Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

Archive pour la catégorie ‘des films…’

LES PETITS MOUCHOIRS – Guillaume Canet

In des films... on septembre 28, 2010 at 8:30

Drame pathétique / Réalisateur français / 2010

Jamais deux sans trois… rarement pour le meilleur, souvent pour le pire. Voilà comment on pourrait sobrement résumer le troisième long métrage commis par celui qu’on prenait pour l’un des meilleurs espoirs de réalisateurs français de sa génération.

Avoir subit un traumatisme est une chose, l’infliger à tous et mal le retranscrire en est une autre. Pour Les Petits Mouchoirs, Guillaume Canet fait ni plus ni moins une thérapie, de celles qui doivent rester sur un divan, couvertes par le secret professionnel. Le réalisateur présent à la séance ayant expressément demandé à ce qu’on ne divulgue ni le début ni la fin du film, nous ne pourrons pas nous étendre sur la pauvreté du scénario, entre Camping 2 et les téléfilms de bons gros sentiments dignes de TF1. Les plans maladroits et fatiguants n’aident pas à camoufler les lacunes de textes qui manquent de rebond.

Autre écueil sur lequel il va sérieusement falloir réfléchir pour son auteur : le choix des acteurs. En particulier, convoquer

« Madame OuinOuin » aka « sa gonzesse qu’il ferait bien de quitter car elle le phagocyte de larmitude » aka « Marion Cotillard » est la pire idée qu’il pouvait avoir. Déjà ridicule au naturel, elle se complait dans un rôle de victime pathétique de la vie, enfant pourrie gâtée incapable de donner. Le reste des acteurs fait ce qu’il peut, tentant de donner vie à des discours plus affligeant de banalité et de trivialité homophobe les uns que les autres. Le seul à qui l’on pourrait éventuellement tout passer reste Joël Dupuch, parce qu’il n’est pas acteur mais ostréiculteur et s’en sort de ce fait plutôt bien. Miser sur sa bande de potes pour tenir le film ne suffit pas. Et d’ailleurs, de véritables amis auraient alerté G. Canet sur la pauvreté de son film plutôt que de le laisser aller se faire ridiculiser auprès de tous sauf des beaufs à gros sabots (qui certes sont nombreux et permettent de gagner un maximum de pognon, mais n’apportent aucune satisfaction en terme d’émulation intellectuelle).

La scène la plus éprouvante est probablement la dernière, elle sonne faux, s’étend en d’interminables longueurs puantes de bons sentiments mais retranscrits et donne envie de hurler au scandale (encore une fois nous ne pouvons pas vous dévoiler de quoi il s’agit, si vous voulez assister au naufrage, dépensez donc vos économies).

La morale pesante de cette histoire est du niveau des cours de récréation :  « Si tu pleures pas, ben t’es insensible et le jour où tu vivras cette situation, ben tu te souviendras de mon film et tu verras que j’ai raison ». C’est à vomir. Sobrement, j’ai vécu pire que sa situation de starlette nombriliste et en voyant son film, j’ai eu envie non pas de pleurer mais de cracher à la gueule du réalisateur tant c’est ulcérant de pathos larmoyant.

 

Il y a fort à parier que cette rature de 2h30 ravira les foules. Malheureusement, gageons que Les Petits Mouchoirs ne seront qu’une parenthèse dans sa carrière. Sinon il ne restera plus qu’à espérer que le prochain film de Gilles Lelouche ne tombera pas dans une telle médiocrité. Et G. Canet peut retourner en analyse en prime tant il est évident qu’il n’a rien réglé…

A lire aussi, la chronique tout aussi élogieuse de Rob Gordon

Les larmes de la jungle

In Ce qui m'énerve, des films... on septembre 15, 2010 at 8:30

© Patrick Rouxel - Green

GREEN – Patrick Rouxel / Film documentaire muet / 2009

Victimes collatérales de la déforestation, les orangs-outangs d’Indonésie pleurent dans Green, documentaire agile de Patrick Rouxel.
2010 année de la biodiversité… Le message est matraqué partout, à longueur de journée et les communes ne cessent de multiplier les fêtes des jardins et autres forums des bio (-diversité, -dynamique, -logique…). Mais, si chaque français est incité à prendre conscience que les papillons et les abeilles de nos jardins se font plus rares alors qu’ils sont essentiels, le thème de la destruction des forêts primaires et de la diversité floristique et faunistique est volontiers passé sous silence.  Six mois sur douze, le documentariste Patrick Rouxel arpente en solitaire les forêts vierges. Green, sorti en décembre 2009 et toujours projeté en festivals, est son quatrième film.

Les forêts de Malaisie, d’Indonésie, de Bornéo et Sumatra ont perdu 90% de leur superficie en un siècle et avec, leur richesse écologique. Les hectares disparaissent pour laisser place à des exploitations de palmeraies qui serviront à alimenter le monde en huile (25% de la consommation mondiale d’huile*), cosmétiques ou encore les agro-carburants.

Les forêts de Malaisie, d’Indonésie, de Bornéo et Sumatra ont perdu 90% de leur superficie en un siècle. Les hectares laissent place à des palmeraies alimentant 25% de la consommation mondiale d’huile, mais aussi l’industrie cosmétique ou les agro-carburants. Parmi les nombreuses victimes, les grands singes, dont l’orang-outan, qui partage avec l’homme 97% de son génome. Son espace vital se réduit comme peau de chagrin, alors le singe affamé sort de la forêt pour manger les jeunes pousses de palmiers. Dans le meilleur des cas, il est recueilli à temps par les associations environnementales. Mais, très souvent, il est vendu ou tué au gré d’un trafic international inadmissible : attaché à des fils de fer, confiné dans des cages trop petites. Pour chaque spécimen capturé, on estime que dix ont perdu la vie.

« Bornéo, un pré mal tondu »

Green, qui donne son titre au documentaire, est une femelle sauvage sauvée in extremis. Sous perfusion, elle git sur la paillasse d’un refuge indonésien et n’a d’autre choix que de rassembler les derniers souvenirs d’habitat naturel qu’il lui reste. Son regard hagard rappelle celui du réalisateur. Patrick Rouxel a grandi en Malaisie. Il a constaté les méfaits de la surexploitation forestière : « Bornéo, c’est déprimant : quand tu la survoles, on dirait un pré mal tondu, y a plus que des touffes d’arbres. ». Green est son témoignage, un acte citoyen. « Le jour où l’homme perd ses forêts tropicales, ses éléphants, ses orangs-outangs, c’est le début de la fin. » Pas de dénonciations ou d’accusations simplistes, les problématiques liées à la disparition des forêts primaires sont complexes, impliquant des logiques économiques allant bien au-delà de la politique des pays où elles se trouvent. En guise de bande-son, pas de discours larmoyant, mais des chants d’animaux, de la musique classique (qui, dit-on, adoucir les mœurs…).

Après avoir raflé une quinzaine de prix, Green est sélectionné pour la finale du Festival Wildsreen (GB) en octobre 2010. « Ca me fait très plaisir de voir que j’arrive à faire pleurer dans le monde entier. » Un nouveau film , Alma, devrait sortir d’ici décembre, portant cette fois sur les enjeux de l’élevage bovin lié à la forêt amazonienne. Gageons que se multiplieront ces témoignages, criants de vérité et d’honnêteté, contrairement à un travers récurent des réalisateurs faisant de l’environnement un marché lacrymal à but lucratif.

D’ici là, Patrick Rouxel est au fin fond du Gabon, sans moyen de communication, en immersion complète. Avec des gorilles.

www.greenthefilm.com

* : Si 90% de l’industrie agro-alimentaire a recours à l’huile de palme, il est encore possible de ne pas en consommer. A chacun d’agir pour sa santé mentale et physique.

Mise à jour 22/10/2010 : Immense satisfaction de voir Green rafler le Panda D’Or du Wildscreen Festival. Alma devrait sortir d’ici quelques mois.

CLEVELAND CONTRE WALL STREET – Jean-Stéphane Bron

In des films... on août 20, 2010 at 8:04

Réalisateur suisse / Docu-fiction politique / 18/08/2010

Il était une fois une ville moyenne d’Amérique. Une de ces cités où chacun, quel que soit son pouvoir économique, est incité à vivre son rêve américain. Avoir sa maison, ses deux voitures, tous les derniers objets électroniques à la mode… Être propriétaire de son toit. Oui mais voilà, vivre à crédit a un prix. Toujours payé par les classes les plus pauvres (puisque ce sont elles qui contractent des prêts). En 2008, la ville de Cleveland, touchée de plein fouet par la crise économique liée à la dégringolade des marchés boursiers de Wall Street, décide de poursuivre en justice 21 banques jugées responsables de la faillite de la ville. L’avocat John Cohen en est le chevalier. Les recours et stratagèmes des avocats des banques se multiplient et le procès tant attendu est repoussé un peu plus chaque jour. C’est alors que Jean-Stéphane Bron, citoyen du pays au système banquier le plus obscur du monde, décide de filmer un procès dans les conditions réelles. Pas de répétitions, pas d’autre jeu d’acteur que ceux des effets de manches des avocats lors de leur plaidoirie et un verdict qui n’est pas un happy end mais celui rendu par le juge et les jurés.

Pas de manichéisme dans ce film, chacun a ses bons côtés et ses mauvais aspects. Huit témoins sont appelés à témoigner et livrent parfois des compléments d’information ou d’opinion en dehors du barreau. La question soumise à la cour est aussi simple que complexe : Wall Street est elle responsable de la situation dans laquelle est plongée Cleveland ? Ces gens jugent leur vie, leur ville, leur pays, leur système judiciaire aussi… Le verdict est rendu par ces mêmes habitants de Cleveland, après moultes délibérations, démonstration qu’il n’y a pas un bien et un mal mais des maux et une honnêteté relative.

Pédagogique (les concepts de subprime ou titrisation n’auront plus de secret pour vous) et instructif (chacun de nous peut être à la place de ces jurés sur lesquels reposent tant d’espoirs et de déceptions à la fois), cette fiction avec que du vrai dedans, manque cependant de cohérence. Non pas dans la structure du film lui-même mais dans la démarche d’impartialité et de total retrait de l’auteur. Ce film était initialement prévu pour être un véritable témoignage historique dans la mesure où le réalisateur devait filmer le procès. En filmant un faux procès dans les conditions du réel, l’auteur pouvait en profiter pour développer les explications parallèles. Certains témoins sont clairement peu instruits et se sont laissés embobiner par des courtiers venus frapper à leur porte. Jean-Stéphane Bron avait ici l’occasion de montrer des extraits des nombreuses publicités dont sont matraquées ces populations, que ce soit à la télévision ou dans leur boite aux lettres. Il choisit de ne filmer que le procès mais glisse pourtant quelques scènes qui ont lieu en parallèle. La démonstration, sans avoir besoin d’être engagée fortement comme peuvent l’être les films catastrophes démagos d’Al Gore ou Michael Moore, aurait mérité d’être parfois un peu plus approfondie.

Malgré cela, ce film mériterait, à l’instar de Violences des échanges en milieu tempéré (Jean-Marc Moutout, 2003), d’être projeté à tout élève étudiant de près ou de loin en économie. Car si les témoignages des victimes de ce système sont émouvantes, elles restent somme toute classiques. Alors que les ultra-capitalistes (repentis ou non) témoignant à la barre sont véritablement des sujets d’études. Un film à voir et méditer. La morale la plus cynique de l’histoire étant que ce film sort au milieu de l’été (donc lorsqu’il n’y a personne pour le voir) et que ses financements proviennent en partie de banques suisses qui ont au moins autant de sang sur les mains.

Retrouvez la chronique de mon ami Rob Gordon qui a toujours raison sauf quand je ne suis jamais d’accord ;)

LE PREMIER QUI L’A DIT (Mine Vaganti) – Ferzan Ozpetek

In des films... on juillet 21, 2010 at 8:00

Réalisateur turc / Tragi-comédie italienne / 2010

Le propre d’une bonne comédie à l’italienne, c’est de ne pas lésiner sur l’italo-pop de qualité, tout en sachant filmer une histoire ni trop complexe ni trop creuse, d’y mettre le paquet de bons sentiments sans tomber dans le dégoulinant, le tout (c’est primordial) avec des acteurs de qualité. Le premier qui l’a dit réunit toutes les conditions requises pour s’ériger au rang des beaux films ritals.

Dans cette comédie, le problème de l’homosexualité et de son acception par la famille lorsqu’elle est restée baignée de culture machiste et d’a-prioris sectaires. Deux frères sont promis à hériter de l’usine de pâtes familiale. Problème, non pas l’un mais les deux sont homosexuels et savent pertinemment que leur père ne l’acceptera jamais, lui qui essaye de les caser avec l’héritière de son nouvel associé. Un drame familial de tous les jours, certes. Mais posé ici tout en sensibilité.

Oui les homos savent jouer au football (très bien même), non ils ne portent pas tous des boas, non l’homosexualité n’est pas une maladie. Cette douleur de ne pas être accepté tel qu’on est, coincé dans un carcan social exigeant de vous que l’étalon italien soit grand, fort, marié et inflexible. Douleur aussi de ces parents qui n’ont tout simplement pas été élevés avec l’idée que c’est chose banale et normale que d’aimer les hommes lorsqu’on est un jeune italien beau, bien portant, sportif, aux yeux à vous retourner la tête à jamais.

Difficile de ne pas divulguer l’intrigue qui se trame tout autour de cette problématique. Tous les personnages sont admirablement joués, le scénario bien ficelé, la musique tordante et la conclusion très émouvante. Allez donc vous rafraichir les idées dans les salles climatisées qui diffuseront Mine Vaganti.

BLISS – Drew Barrymore

In des films... on janvier 13, 2010 at 11:42

Réalisatrice américaine / Premier film / Teen-movie réussi

Drew Barrymore revient de loin. Sa bio ne le cache pas : exposée médiatiquement dès 11 mois, droguée à 11 ans, on ne s’attendait pas forcément à un retour en force de cette qualité. Avec comme personnage principal Ellen Page, jeune actrice douée et hilarante dans Juno, et des personnages secondaires tout aussi talentueuses (Juliette Lewis, Marcia Gay Harden…), Drew Barrymore partait tout droit pour le teenage-movie classique, sans qualités remarquables. La force de ce film ne tient donc pas dans son scénario mais dans des détails.

D’abord, avoir réalisé un casting sans faute est une chose, mais faire exprimer le meilleur de chacune des actrices sans que cela paraisse factice ou que cela soit vulgaire en est une autre. Rappelons que Drew Barrymore se concentre sur un sport méconnu et presque interdit : des filles pratiquant le Roller Derby. Imaginez quinze nanas bien roulées en mini-short, collants moulants et frimousses aguicheuses qui se bastonnent sur des patins à roulettes, c’est terriblement sexy mais on flirte avec le risque de faire un film ultra-vulgaire, du trash-cradingue sans intérêt. C’est donc bien la direction des acteurs qui est ici parfaitement maîtrisée, on n’est pas tant que ça dans le cliché, les filles sont facétieuses et délurées mais certainement pas des biatch.

Ensuite, lorsqu’on réalise un film sur les ados, la tentation est aisée de céder à une adaptation temporelle insuffisante. En général, le réalisateur situe l’action dans l’époque actuelle (il descend dans la rue, laisse tourner sa caméra et c’est plié). Autre grande tendance pas souvent réussie, faire un teen-movie situé dans la jeunesse du réalisateur. On a donc eu droit à une floppée de film « mon adolescence des 70’s » puis une vague « jeunesse des 80’s » et « décadence des 12-18 ans des 90’s ». Drew Barrymore n’a pas cédé à ces deux facilités. Elle a des yeux pour voir, des oreilles pour entendre et un cerveau pas si abimé car il analyse plutôt bien. Il ne s’agit ni de la jeunesse actuelle, ni de la jeunesse de la réalisatrice. Nous sommes au début des années 2000, le monde n’est pas tout rose mais pas encore ultra-policé pour autant. Les jeunes sont en partie désabusés (ils sont mineurs et travaillent pour financer leurs loisirs), pas complètement insouciants (une scène du film est consacrée au fait de boire ou non avant de prendre le volant).

Cette jeune Bliss est une ado type, partagée entre à la fois un violent désir d’émancipation et une envie de rester la fille de ses parents, de remplir leurs attentes et désirs. Alors que j’allais sur mes 16 ans, ma mère m’a proposé en larmes de m’émanciper tout en refusant catégoriquement que je parte en Internat à Londres. Elle n’a pas eu besoin d’en ajouter plus pour que je comprenne qu’il me restait deux belles années de tranquillité avant ma majorité et qu’elle savait simplement que sa fille partirait toujours trop tôt pour elle. Par respect pour elle et sans jamais le regretter je suis restée mineure deux ans de plus chez mes parents. Le film amène cette même morale en douceur : il y a un temps pour tout, l’indépendance viendra, nul besoin de vouloir en profiter trop vite et gâcher tout le plaisir de l’insouciance qu’il nous reste. L’heure de remporter le Roller Derby n’est pas encore venu pour Bliss, son tour viendra.

Enfin, la cerise sur le gâteau vient bien entendu de la bande-son retenue ici. Subtil équilibre de rock des 2000’s (The Strokes en tête bien évidemment malgré un clin d’œil un peu grossier et anachronique à Little Joy) et de musiques de poupées gonflables à prendre au second degré. Le dernier bon point à décerner est le même que celui de Very Bad Trip : son générique de fin. Toutes les scènes trop lourdingues du film ont été coupées et compilées simplement à la fin. Démonstration qu’il n’y a aucune volonté de faire dans le consensuel et le pathos dans ce film.

On ressort de la salle gonflé d’énergie, prêt à affronter n’importe quelle tempête de neige. Drew Barrymore s’est fait bouffé son enfance, matraquée qu’elle était par les médias. Elle s’offre clairement une seconde jeunesse en jouant la casse-cou dans son film. Et si vous l’observez bien, vous verrez son sourire d’enfant de E.T. retrousser régulièrement ses lèvres. Si ce film n’était qu’un navet parmi d’autres, je l’aurai déjà oublié, il me reste dans le crâne c’est bon signe.

En français, 2010 rime avec Bliss, je dédie cette chronique à Emilie, qui se reconnaitra et doit profiter de cette nouvelle décennie qui s’annonce pour la vivre comme elle le mérite : pleine de joies et bonnes surprises.

LE CUIRASSE POTEMKINE par ZOMBIE ZOMBIE @ Cité de la Musique

In des disques..., des films... on décembre 15, 2009 at 7:26

Film muet de Sergueï Eisenstein, 1925 / 12/12/2009

Ne jouons pas les intellos-bobos téléramistes, aller au cinéma pour voir un film muet demande un effort surhumain. Ne serait-ce que de braver le froid hivernal pendant 25 minutes aurait déjà dû me dissuader d’y aller. Sauf que ce soir là, la curiosité fut plus forte que tout car la bande originale du film était revisitée en direct par les deux protagonistes de Zombie Zombie.

Le cuirassé Potemkine est resté célèbre dans l’histoire russe pour sa mutinerie, prémices de la révolution de 1917. Eisenstein propose une version de l’événement qui est probablement erronée. Donc un film muet c’est long et un peu gonflant, un film historique erroné c’est moyennement intéressant et les techniques cinématographiques ont tellement évolué qu’il est difficile de resté concentrer une heure et demi sur du noir et blanc saccadé.

C’est ainsi qu’on découvre quel peut être l’importance d’une bande son et également qu’on peut mesurer le talent d’un artiste. Etienne Jaumet et Cosmic Nemo se donnent complètement pendant le film, ultra-concentrés sur les images qui défilent parfois trop vite pour eux. Au départ il s’agit plus d’un accompagnement musical, cymbales et nappes électroniques rythmant l’action. Mais petit à petit les boucles hypnotiques et les accès de krautrock trouvent leur place. Ce n’est pas un concert de Zombie Zombie mais bien un exercice spécialement dédié à ce film. Très vite les images prennent une autre saveur. La musique qui accompagnait le film devient leader et transforme de ce fait l’écran en images de Vj-ing. On s’attend presque à ce le film prennent les couleurs fluo de la pochette de A Land for Renegades.

Lorsque le mot Fin s’inscrit sur l’écran, la salle est conquise et applaudit chaleureusement. Salle d’ailleurs très hétéroclite, réunissant retraités, jeunes accro d’électro ou couples bobos en mal d’animation du 104. Le seul problème des films, c’est que contrairement à un concert, il n’y a jamais de rappel…  Espérons que l’expérience se renouvellera, voire s’étendra (je verrais bien A smoked husband remis en musique par Sébastien Tellier tiens…).

Note : 8,5/10

D.R.

LE CONCERT – Radu Mihaileanu

In des films... on septembre 16, 2009 at 10:59

Film franco-roumain / Drame comique / 2009

A première vue de l’affiche faisant penser à un mauvais film français avec Timsit, on regrette déjà d’avoir accepté d’aller voir Le Concert, d’autant plus que la grippe A rôde ces derniers temps… Mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et dès les premières minutes du film, on révise notre jugement. Radu Mihaileanu signe ici un film mûri, abouti et avec juste ce qu’il faut d’humour, de contexte historique et de tacle à certains travers des sociétés françaises et russes.

Andrei Filipov (Aleksei Guskov) est un chef d’orchestre déchu sous Brejnev pour avoir refusé d’arrêter de travailler avec des musiciens juifs. Arrêté en plein récital de Tchaïkovski, le traumatisme de l’homme qui brise sa baguette le hante. Il est donc homme de ménage du Bolchoï et tous ses anciens amis musiciens occupent autant de métiers aussi dévalorisants. Mais si tous ont renoncé depuis 29 ans à pouvoir rejouer sur des scènes prestigieuses et en orchestre, cet ex-chef d’orchestre garde au plus profond de son être l’idée de rejouer Tchaïkovski. Un jour, par un hasard des plus loufoques, on lui donne la possibilité d’aller jouer au Théâtre du Chatelet à Paris. Il exigera que la jeune violoniste française Anne-Marie Jacquet (Mélanie Laurent) soit la soliste de ce concert unique et emmène avec lui tous ses amis souhaitant ressusciter leur passion.

Le Concert présente un savant dosage d’ingrédients récurrents chez R. Mihaileanu : mise en valeur de cultures et ethnies minoritaires (tziganes), humour par le biais de la langue (« Je vous baise chaleureusement »), moqueries sympathiques et néanmoins acides sur le communisme (Scène jubilatoire où le communiste russe rend hommage au siège de Colonel Fabien juste avant d’apprendre que le parti compte vendre et n’a même pas 1000 adhérents), dénonciation des tortures faites aux juifs, plaisanteries sur le français critique insatiable, ronchon et ridiculisation de « la Culture » (incarnés ici par Guillaume Galienne et François Berléand).

Le film atteint son climax durant dans sa dernière scène, le Concerto pour violon de Tchaïkovski devient le personnage central de l’intrigue : c’est lui qu’on écoute, c’est lui qu’on regarde être joué, chaque main, chaque tête n’est plus concentrée que sur l’exécution d’un des morceaux les plus difficiles au monde dans le but d’atteindre une harmonie parfaite. On ne rend pas toujours chaque musicien autant à l’écoute l’un de l’autre.  La grande qualité de R. Mihaileanu est de ne pas avoir succombé à la tentation actuelle de couper la musique pour enchaîner sur la suite plus rapidement. Non, on savoure chaque note, la tension du film se focalise sur l’agilité des doigts des violonistes. Très vite, on ne sait plus si l’on regarde un film, un documentaire sur un orchestre ou si l’on assiste à un concert dans la salle du Chatelet car l’ambiance est parfaitement rendue.

Il faut ici saluer la prestation de chacun des acteurs qui, comme leur nom l’indique, sont acteurs et non musiciens professionnels. François Berléand semble avoir accepté de jouer son rôle de directeur du Théâtre du Chatelet comme pour se moquer de lui-même. Chacun des russes est bien plus convainquant que dans la décevante Affaire Farewell. Aucun ne parlait un mot de français avant le tournage et force est de constater qu’ils ont dû bosser comme des malades pour parvenir à avoir un débit de français aussi rapide. Mélanie Laurent semble enfin avoir trouvé sa place dans un rôle. Contrairement à sa décevante prestation dans Inglourious Basterds, elle rappelle cette fois qu’elle est capable de jouer juste. La demoiselle n’avait jamais touché un violon avant ce film, le coaching dont allé a bénéficié est donc impressionnant (ainsi que les effets spéciaux ayant substitué la main gauche d’une violoniste professionnelle à celle d’une actrice).

Certes Le Concert comporte quelques maladresses mais le grand talent de R. Mihaileanu est probablement d’avoir dépeint une Russie et une France plutôt justes, et ce avec quelques clichés. On n’est pas dans le consensus mou comme peut l’être L’affaire Farewell, et contrairement à ce même film, Le Concert reste longtemps en tête. Dans sa quête de démonstration que l’homme peut quoi qu’il arrive parvenir à récupérer sa dignité, Le Concert est probablement l’épisode le plus abouti de R. Mihaileanu, le plus émouvant aussi. Les larmes qui coulent dans ce film sont réelles, catharsis réussie de souvenirs douloureux et d’humiliations impalpables du quotidien qui vous rongent petit à petit.

Si seulement on n’avait pour chaque film que des reproches à faire sur l’affiche ! L’habit n’a jamais fait le moine, un film à voir.

Note : 8,5/10

Sortie française : 4 novembre 2009

HUMPDAY – Lynn Shelton

In des films... on septembre 11, 2009 at 11:29

Film américain / Docu-comédie / 2009

Avant-première dans une salle au quart vide, Humpday peut se vanter d’avoir l’affiche la plus attrayante du moment. « Avez-vous déjà essayé votre meilleur ami ? », on pourrait penser que le film s’inscrit dans la longue tradition des comédies romantiques (Quatre mariages et un enterrement, Le mariage de mon meilleur ami…). Mais non, l’affiche est également sans équivoque sur ce point : il s’agit de deux hommes. Le film se propose donc de répondre à une question que toute femme s’est posé au moins une fois : que se passerait-il dans un lit entre deux amis rigoureusement hétéros ?

Pour son premier film, Lynn Shelton ne s’est probablement pas attaqué au scénario le plus simple qui existe. Deux amis qui ne se sont pas vus depuis longtemps décident de tourner un film porno amateur ensemble pour remporter le concours du Hump Festival. L’un est marié en plein projet de paternité et va donc devoir expliquer son projet à sa chère et tendre. L’autre est plus libre et, considéré comme « un artiste », il se doit d’être capable de transcender ses limites personnelles et de faire l’amour avec son meilleur ami. Plutôt bien réalisé, les moments un peu « bateau » n’excédant jamais la minute, le film est assez jubilatoire, notamment grâce aux deux acteurs principaux qui ne tombent jamais dans le faux semblant. La réalisatrice leur doit tout ou presque.

C’est Mark Duplass, interprétant le rôle de l’homme marié et rangé qui a proposé que Joshua Leonard interprète son acolyte. Ni l’un ni l’autre ne s’était jamais illustré dans un film transcendant jusqu’à présent mais on les aurait bien imaginé dans le jubilatoire Very Bad Trip. On passe l’intégralité du film à être bluffé par tant de justesse, tant dans l’écriture que dans l’interprétation des situations proposées, riant beaucoup et imaginant l’intégralité de ses amis / amants / collègues dans la même situation. Toutes les questions tabous sont abordées (qui est en-dessous / au-dessus ?), tous les éléments pratiques également (bah oui, pourquoi devrait-on savoir exactement comment avoir une relation homo avec son meilleur pote lorsqu’on n’a toujours été hétéro ? Bien entendu que non le fait d’avoir éventuellement eu des rapports anaux avec sa copine n’est pas une réponse, les corps sont radicalement différents quand même ! ), ainsi que des questions d’ordre plus général comme le fait de savoir ce qui se fait au nom de l’Art et/ou au nom de l’amitié, dans quelles limites, sous quelles conditions, etc… La bande son est elle aussi très sobre, alternant musique classique, free-jazz et “musique d’ambiance”.

Car ce film présente paradoxalement la situation la plus banale du monde finalement, ça peut arriver à tout moment, à n’importe qui et n’importe quand. Le traiter sans lourdeur ni longueurs est une très belle performance pour un premier film, qui plus est venant d’une femme. Car il ne s’agit pas d’un film pour filles mais bien d’un film pour tous. Je ne peut pas pousser plus avant l’analyse, ne souhaitent pas révéler le contenu du film, préférant vous inviter à aller le voir. Le public, timide ce soir là, n’a pas franchement osé applaudir, cela méritait pourtant cette attention. On ne parle évidemment pas de “bijou cinématographique” ici mais il mérite plus d’attention que bon nombre de navets fleurissant nos écrans ces derniers temps.

Note : 8/10

L’AFFAIRE FAREWELL – Christian Carion

In des films... on septembre 1, 2009 at 9:53

Film français / biopic / 2009

Bloc de l’URSS, années 80, les fissures commencent à apparaître et certains plus que d’autres souhaitent sa chute pour que la Russie renaisse correctement de ses cendres en repartant sur des bases solides. Parmi eux, Vladimir Ippolitovitch Vetrov, haut-gradé au KGB, va fricoter avec la DST en leur communiquant 2997 documents top secrets. Au milieu de cette coopération, en guise de passeur, un  ingénieur Thomson, Jacques Prévost. Christian Carion se réapproprie l’Histoire par la lorgnette de l’anecdote comme il avait aimé le faire dans Joyeux Noël. Bien, mais peut mieux faire.

Rien à redire sur le casting, Emir Kusturica en Vetrov et Guillaume Canet en Prévost jouent comme il se doit, Les second rôles également sont touchants, hormis les chefs d’Etats qui sont parfaitement ridicules, en particulier Fred Ward qui ressemble plus au Bouffon Vert qu’à Ronald Reagan. Rien à redire non plus sur la manière dont le tout est filmé, plutôt intelligemment, alternant scènes de paysages et plans serrés sur l’intrigue de manière équilibrée.

Christian Carion avait toutes les cartes en main pour réussir son film et signer un biopic de bonne facture. Cependant, durant tout le film, on ressent ce flottement caractéristique des films qui ne fonctionnent pas. Le scénario n’est pas foncièrement mauvais, les dialogues ne sont pas à côté de la plaque mais l’ensemble coince… Et pour une fois, on se met à penser qu’il manque… de la violence. Oui vous avez bien lu, tout est trop lisse, trop doux. On peut penser sans difficulté que ce film est destiné à un public franco-russe : on ne blesse personne, on ne dénonce rien, on lance des micro-attaques anodines. Les stéréotypes sont esquissés (le français râle et fait de l’humour, le russe boit beaucoup…), les pratiques des services secrets jouant avec le capital humain comme aux dames sont évoquées (quelques phrases, quelques images…), mais soyons honnêtes, si Vetrov est un traître à sa patrie et va de ce fait mourir d’une balle dans la nuque, on s’en soucie peu, ça passe comme une lettre à la poste, c’est normal pour ainsi dire. La tension dramatique n’est pas palpable, on a la désagréable d’être un spectateur voyeur, un collabo qui se tait quoi qu’il voit. Le réalisateur ne se mouille pas.

Bref, après réflexion, on est plus deavnt le bon téléfilm à la France Télévision que devant un grand écran. Un film malheureusement aussi vite oublié que vu…

Note : 6/10

VICTORIA : LES JEUNES ANNEES D’UNE REINE – Jean-Marc Vallée

In des films... on août 2, 2009 at 10:29

Film canadien / biopic / 2009

Les films retraçant la vie des souverains sont en général un peu tous les mêmes, ayant tendance à s’étendre de la naissance heureuse à la mort tragique. Jean-Marc Vallée a été capable de nous surprendre avec C.R.A.Z.Y. en 2006, on attendait donc de son Victoria plus qu’un simple film en costumes. Et c’est dans les détails qu’il ne nous déçoit pas.

Le film ne se concentre que sur les mois précédant son couronnement et sur les premières années se son règne, jusqu’à la naissance de son premier enfant, Victoria Adelaïde. Ainsi J-M Vallée évite le premier écueil du biopic trop long et barbant. Seules l’accession au trône et les premières années du plus long règne de l’histoire d’Angleterre nous intéresse, puisque la suite ne sera qu’une répétition du reste : essor colonial et industriel d’un côté, tensions sociales et austérité des mœurs de l’autre. Emily Blunt incarne une jeune Alexandrina Victoria consciente de ses lacunes mais déterminée à s’acquitter de la tache confiée. Hormis que la reine fut une personne assez laide et qu’Emily Blunt est au contraire ravissante et pleine de charme, que les robes ne sont pas toujours fidèles mais restent splendides, rien à dire là-dessus. Les autres protagonistes de l’histoire sont très bien choisis également.

Le film devient intéressant dès qu’on plonge dans l’intimité du château. On nous dépeint une reine inexpérimentée, partiellement bien entourée, amoureuse mais qui a froid et voit pas à travers ses carreaux tant ils sont sales. Les protocoles rigides et ridicules sont régulièrement pointés du doigt de façon plutôt comique. Ainsi la scène où son secrétaire Lord Melbourne est horrifié de la voir donner un bain à son chien quelques heures avant le bal de couronnement.  Le travail de transcription de la vie de château à travers les yeux d’une jeune femme ayant grandi à l’écart de la cour est bien rendu : les scènes de couronnement et d’émeute aux portes du palais restent impressionnantes, imposantes, vertigineuses.

Si ce film a une temporalité monotone et peut paraître parfois ennuyeux, il est sauvé par l’amour du détail de J-M Vallée : les planchers neufs de Buckingham lorsque la Reine visite le palais pour la première fois, le mobilier apparaissant petit à petit toujours sans faute de goût, un gros plan sur les poils du bras de la Reine-Mère qui se hérissent lorsqu’elle entend qu’un coup de feu est tiré sur sa fille, les plaisanteries sur le climat humide de l’Angleterre de la part du prince Albert de Saxe-Coburg… tout cela achève de donner vie à une biographie heureuse, l’empêchant ainsi de sombrer dans l’hagiographie.

The Young Victoria - que j’aurais plutôt traduit par Victoria : les années d’une jeune reine – ne révolutionne pas les films historiques comme on aurait pu s’y attendre venant de Jean-Marc Vallée, mais il s’émancipe de certaines tendances récurrentes du genre comme les monographies interminables (L’allée du Roi) ou les hagiographies barbantes (Marie Antoinette).

Note : 7/10

HARRY POTTER (THE HALF-BLOOD PRINCE) – David Yates

In des films... on juillet 28, 2009 at 1:52

Film anglo-américain / Aventure Fantastique / 2009 

Lorsque paraît la saga Harry Potter en 1997, je suis déjà trop vieille pour m’identifier comme il se doit aux personnages créés pour grandir au rythme des enfants découvrant le monde fantastique de l’adolescence en prime d’une école de magie et d’un tas de problèmes qu’ils n’imaginaient pas. Et lorsque les films adaptés des romans paraissent, je les regarde avec curiosité et… grande déception. Harry Potter au cinéma ou comment flinguer un personnage de fiction qui avait tout pour réussir.

Mis à part le pari plutôt excitant de choisir des enfants pré-ados et de les voir grandir sur les écrans épisode après épisode et de pouvoir bénéficier des derniers joujoux de la haute technologie pour avoir des effets spéciaux capables de vous faire trembler dans votre petit siège de velours rouge, adapter Harry Potter au cinéma ne présentait pas plus d’intérêt que ça.

Alors certes on ne pouvait pas savoir que les acteurs interprétant Draco Malfoy (Tom Felton) ou Harry Potter (Daniel Radcliffe) perdraient tout charme, talent et intérêt en grandissant. Cela faisait partie du coup de poker. Casting heureusement rattrapé par une Hermione Granger (Emma Watson) et un Ron Weasley (Rupert Grint) au top de leur forme qui redoublent d’ingéniosité et d’humour.

On ne pouvait pas non plus en demander beaucoup plus aux différents réalisateurs qui ont fait un travail d’unification de leurs styles assez grandiose. Si l’adaptation par Mike Newell (épisode 4) reste ma favorite, Chris Colombus (épisodes 1 et 2), Alfonso Cuaron épisode 3) et David Yates (tout le reste) s’acquittent plutôt bien de la tâche confiée.

Cependant la qualité créative de Yates décline sérieusement à chaque épisode. D’un Ordre du Phoenix prometteur (s’essoufflant cependant avant la fin), on a glissé vers 2h30 de film monotone et dénué de toute tension dramatique plausible, frisant parfois le ridicule, notamment lorsque Dumbledore-Gandalf se fait assaillir par des créatures aquatiques-Golum.

Harry Potter et le Prince de Sang Mêlé est l’opus du basculement : Severus Snape révèle enfin son appartenance aux forces du mal et Dumbledore s’en va rejoindre ses prédécesseurs, laissant Harry et ses amis devoir gérer la situation. Le film préfère se concentrer sur les tourments amoureux d’ados et l’intrusion des forces du mal dans l’Ecole de Magie. Sauf que cela avait déjà été exploité dans les épisodes précédents de façon plus poussée et de ce fait plus intéressante, en tête la mémorable scène de bal dan La coupe de feu. Draco Malfoy permettra le passage des Death Eaters dans le château, mais tout suspens est avalé dès les premières minutes du film puisqu’on nous le montre entrain de monter son coup. Draco apparaît toujours seul alors que ce personnage est campé comme un chef de meute poltron toujours entouré de ses fidèles serviteurs. Les Death Eaters n’effraient même plus tant ils nous sont montrés comme des guignols s’amusant à mettre le feu à des baraques. Seule Helena Bonham Carter est crédible puisqu’elle a Burton dans a peau et qu’elle incarne un personnage un peu fantasque…. Et on pourrait ainsi énumérer bon nombre de fautes de goût et de construction flagrantes et fatigantes. Si l’on pouvait reprocher aux opus précédents de parfois manquer de fluidité, certains raccords se faisant un peu trop sentir, on a ici le problème inverse : le film nous coule entre les doigts, pas d’intrigues, pas de rythme…

Un épisode qui n’augure rien de bon pour la suite lorsqu’on sait que Yates a décidé de le faire en deux épisodes. Le véritable problème de Yates est de ne pas savoir sur quel pied danser (ou de ne pas savoir les coordonner) : la noirceur d’une époque et de personnages directement inspirés de l’époque Nazie ou le fantaisiste et la beauté de monde féériques ? Confiés à Tim Burton, les épisodes auraient certainement eu plus de panache…

Note : 5/10

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BANCS PUBLICS (VERSAILLES RIVE DROITE) – Bruno Podalydès

In des films... on juillet 14, 2009 at 6:15

Film français / « comédie humaine » / 2009

Une vingtaine de bandes annonces, des affiches envahissant tous les espaces publicitaires possibles, c’est rarement bon signe. Et ce n’est pas Bancs Publics qui dérogera à cette règle. Un film décevant qui avait pourtant tout pour plaire.

Filmé de la même façon que Musée Haut Musée Bas (J-M Ribes), reposant sur le même principe consistant à balancer 30 têtes d’affiches, racontant des bout d’histoires de tous les jours auxquelles on assiste dans un bureau, un square ou un magasin de bricolage, le concept avait tout pour plaire venant d’un Podalydès.

N’y allons pas par quatre chemin, le premier tiers du film sur la vie d’entreprise au bureau est abrutissant de banalité et tombe très à plat. J. Balasko et P. Arditi sont définitivement descendus dans mon estime, ayant cédé à la facilité de s’enfermer dans un seul (mauvais) rôle comme en est capable J-P Bacri. Si vous avez vu Clientes et Le Hérisson alors vous avez déjà vu les scènes de Balasko dans Bancs Publics. Elle a même réussi à nous refourguer son mari indien (pour la touche ethnique où tous ceux qui ne sont pas blancs de peau sont au bas de l ‘échelle sociale).

Le second tiers du film dans le square a quelques belles trouvailles sans que cela réussisse à aller au-delà du gentillet. Si vous voulez voir vos acteurs fétiches se ridiculiser (Elbaz, Bourdon, Amalric, Semoun…) alors ce film est parfait.

La dernière partie du film se passant dans un magasin de bricolage est la plus intéressante mais n’est malheureusement pas plus convaincante. Rappelant la poétique de Jacques Tati par l’univers décalé de ce Brico Dream où la Brico Team porte des blouses de travail ornée de nuages et se dope au revitalisant pour poisson d’aquarium, les requêtes de chacun des clients se transforment en aventure rocambolesque : une petite vitrine en bois a besoin d’un massage cardiaque, la secrétaire du bureau d’en face a du mal à payer les piles géantes spécialement conçues pour la Grossexpresso…

Le véritable problème du film vient d’un manque de cohérence flagrant. Le manque de liens dans l’enchaînement des saynètes plus ou moins intéressantes provoque un désintérêt complet du spectateur doublé d’un effet lénifiant. Le film s’ouvre sur la chanson de Brassens faisant écho au titre du film, Bancs Publics, interprétée par Ridan dans une rame de métro parisien. Selon moi, il aurait été mille fois plus pertinent de remplacer cette scène (et le titre du film) par Fuzati et son Signe du V :

« Pour savoir à quoi ressemble une ville de province dans les années 60, il n’y a pas besoin d’inventer de machine à remonter dans le passé. En partant de Paris il suffit de prendre le bon RER C. Je suis inquiet, toutes les rues d’ici semblent avoir une maladie. Je ne suis pas docteur ès ville mais je crois bien que c’est l’ennui. »

Note : 3/10

GOOD MORNING ENGLAND – Richard Curtis

In Ce qui m'émeut, des films... on juin 30, 2009 at 1:26

Film germano-britannique / Comédie biopic / 2009

Au moment où le CSA se targue d’imposer la RNT (Radio  Numérique Terrestre) comme nouvelle norme d’ici 2012 et pense supprimer la fm d’ici un même laps de temps ; le talentueux Monsieur Curtis revient sur une autre page de l’histoire de la radio, la disparition des radios pirates en Grande Bretagne à l’aube des années 70.

Affublé d’un titre ridiculement « anglicisé » en français (le titre original étant The Boat That Rocked), je n’ai pas grand-chose de plus à dire que Rob Gordon sur ce film très agréable que j’aurais adoré voir sortir en feuilleton télé.

Note : 8 ,5/10

En revanche, en tant que Vice-présidente d’une Radio Indépendante, je n’ai pu m’empêcher d’avoir un pincement au cœur particulier pendant le film. Si les clopes et l’alcool n’ont plus le droit de séjour dans les studios depuis bien longtemps (la coke elle, a encore des accès VIP), le matériel n’a qu’assez peu changé à cela près qu’on passe surtout des titres numériques contre quelques vinyles. Les radios pirates ont rendu l’âme après que le gouvernement s’est acharné à les faire disparaître. Aujourd’hui un scénario similaire se joue : le passage à la radio numérique sera si coûteux que seules les ondes de classe B (dans une logique mercantile donc) pourront se permettre un tel investissement. Cela signifie clairement une disparition progressive des programmes radiophoniques originaux, produits dans le seul but de leur qualité, leur originalité et leur diversité ; ils sont voués à disparaître ou au mieux, à être relégués à des heures de faible écoute.

Il y a trente ans, le message des radios pirates était que les gouvernements pouvaient pondre toutes les lois qu’il leur plairait, la musique rock ou pop ne mourrait pas pour autant, bien au contraire. Aujourd’hui, le rock et la pop sont bien présents sur les ondes, mais leur diversité n’est que très peu mise en valeur. Le pont de plus en plus fréquent entre les animateurs radios et leur apparition sur des chaînes télévisées privées de piètre qualité (comme M6 ou TF1) n’est qu’un indicateur parmi d’autres : les mêmes animateurs sont présents à l’antenne et sur les écrans plats (Le Mouv’, France Inter ou France Culture se prêtent allégrement à ce petit jeu pitoyable).

Lorsque Nova introduit un nouveau titre à sa playlist, Radio Campus Paris en insère une centaine. Et pourtant ceux qui écoutent Nova, ils ont déjà l’impression que la playlist est plus originale que celle de Skyrock ou NRJ… Cela laisse imaginer ce que seront les programmes en 2012 : lisses, uniformes, sans âme. Un peu comme ces derniers jours où tous les canaux se sont sentis obligés de passer du Michael Jackson en boucle…

Je ne suis pas si pessimiste, je ne pense pas que le monde radiophonique va s’écrouler totalement. La fm ne disparaîtra pas aussi facilement que le pense le CSA et les lobbys qui vont avec. Et les nouvelles habitudes de podcast des émissions donneront aux web-radios un avenir à la résonnance différente, sinon plus radieux. Aujourd’hui cet esprit de résistance à une logique du « produire plus pour rapporter plus » est certes organisé et solide mais absolument pas médiatisé. Le mythe du village d’irréductibles Gaulois résistant à l’expansion romaine ne cessera jamais de vivre, il faudra simplement faire des efforts de plus en plus importants pour parvenir à entretenir la diversité et l’exclusivité des programmes.

Le plus beau moment de ce film se situe pour moi à la toute fin du générique, lorsque chaque animateur raccroche son casque. Chacun quitte le studio très différemment car chacun s’occupe de musique et de propos très différents. Mais tous le font comme s’ils venaient de faire leur émission pour la dernière fois. Si pour continuer de préserver cet esprit d’une radio éclectique et surprenante je dois rentrer dans la case des marginaux, alors comptez là-dessus, je n’ai pas peur des étiquettes, pas plus que des menaces de licenciement, je suis déjà au chômage sans indemnités comme beaucoup trop de jeunes diplômés en France…

SUNSHINE CLEANING – Christine Jeffs

In des films... on juin 15, 2009 at 2:40

Film américain / Tragi-comédie / 2009

Tout comme la tradition du cinéma anglo-saxonne se plaisait à dépeindre les problématiques sociales britanniques sous le prisme comique (The Full Monty, Billy Elliot, les Ken Loach ou plus récemment Boy A), on assiste également depuis quelques années à des monographies de quotidiens sordides de l’Amérique profonde tournés en dérision. Ainsi, on avait pu se délecter de l’inattendu Little Miss Sunshine l’année dernière ou, dans un tout autre genre, de Mystic River. Christine Jeffs se frotte à son tour à l’exercice avec Sunshine Cleaning et revisite le monde du nettoyage post-mortem.

Le premier problème de Sunshine Cleaning se trouve dans son titre. On nous sert du sunshine à toutes les sauces, comme s’il s’agissait d’un label valorisant (l’affiche ne manque pas de nous rappeler et souligner en gras que les producteurs sont les mêmes que pour l’histoire de la jeune Reine de Beauté). Ce n’est pourtant pas toujours brillant : si cela fonctionnait pour la Little Miss ou Eternal Sunshine of the Spotless Mind, c’est loupé pour le film qui nous préoccupe dans cette chronique. Le postulat de départ était sympathique : deux sœurs dans la dèche montent une boite d’assainissement de scènes de crimes afin de pouvoir financer l’école privée du fils / neveu un peu lunatique et bourré d’imagination. Elles se retrouvent donc confrontées à diverses situations glauques. Sauf que pour que le tout fonctionne correctement, il aurait fallu rendre les situations à la fois vraiment cocasses et dynamiques. Le film s’essouffle dès la première demi-heure, une fois passé la succession de découvertes très subtiles du type « le sang ça tache très fort », « les cadavres ça pue et ça pourrit vite, surtout quand il fait chaud » ou encore « ah bon ? il existe une règlementation qui fait qu’on ne pas jeter les résidus humains comme de banals déchets ? ».

Ce qui m’amène au second problème du film qu’est un manque flagrant de rythme et d’énergie des personnages. Le jeu du premier rôle tenu par Amy Adams vacille trop souvent du côté pathos pleurnichard pour être complément convaincant. Le second rôle incarné par Emily Blunt (petite sœur un peu rebelle, un peu rigolote, un peu grincheuse, complètement paumée) s’en sort plus honorablement. La prestation d’Alan Arkin en père faisant constamment des promesses dans le vent – sauf pour respecter un happy end aussi délicat et travaillé qu’une marre de sang au milieu d’une moquette blanche – est tout aussi décevante.

Le parallèle entre le fait de nettoyer et de remettre de l’ordre dans sa vie fait difficilement sourire tant le film peine à lessiver toutes les approximations et négligences de réalisation. Un film qui n’a pas vu sa matière et son potentiel suffisamment mis en valeur pour séduire.

Note : 5/10

LE SENS DE LA VIE POUR 9$99 – Tatia Rosenthal

In des films... on avril 15, 2009 at 6:12

Film d’animation australo-israélien / 2009

En dehors de Wallace & Gromit, j’avais toujours eu du mal avec les longs-métrages d’animation. Jusqu’à ce que je vois Le sens de la vie pour 9$99, bijou de création sarcastique.

Dave Peck est un jeune homme au chômage vivant chez son père et refusant de faire le boulot de son frère : huissier de justice. Dans son immeuble se côtoient un magicien endetté, un top model allergique aux poils, un étudiant en pleine rupture amoureuse et en proie à de jeunes alcooliques de 5 cm ; un vieillard qui s’ennuie et rêve de Paradis, ou encore un petit garçon qui se prend d’amitié pour son cochon tirelire… Ce qui va changer la vie de Dave Peck, c’est la commande d’un livre sur le sens de la vie au prix exceptionnel de 9$99… Quels rapports ? Aucun, sinon des saynètes aussi loufoques et inattendues que la première collaboration cinématographique entre une australienne  (Tatia Rosenthal) et un israélien (Etgar Keret).

 L’excellence de la manipulation des marionnettes, la splendeur des décors ou la justesse de la façon de filmer adoptée ici sont quasiment dérisoires comparés à la vigueur poétique et la pertinence cynique des sujets et dialogues. Le sens de la vie ne coûte pas cher effectivement, ce qui est onéreux, c’est de réussir à faire en sorte que le sens que avez choisi soit animé de vitalité. L’ennui et la platitude de l’habitude font la morosité de ce siècle. Il aura fallu plus de 10 ans aux créateurs de ce projet pour parvenir à leurs fins. Ca valait le coup de s’accrocher. 

A découvrir absolument, pour tout adulte consentant à égayer sa vie.

Note : 9/10

WATCHMEN – Zack Snyder

In Ce qui m'énerve, des films... on mars 12, 2009 at 1:59

Film américain / fantaisie héroïque / adaptation / 2009

Disons-le d’emblée, il existe déjà pléthore de critiques de ce film, notamment celle de Rob Gordon. Alors je laisse aux plus vieux les chroniques purement cinématographiques sur la photographie fidèle au livre, la bande son pertinente ou les effets spéciaux bluffants et je vais développer un autre point si vous permettez…

1985 : Michail Gorbatchev accède au pouvoir en URSS, Boris Becker est le plus jeune joueur de tennis à remporter Wimbledon, le réseau Fun Radio voit le jour, Christo emballe le Pont Neuf, on retrouve le Titanic, on sabote le Rainbow Warrior, Assassin et Nirvana font leurs débuts, on lance la première campagne des Restos du Cœur en France… bref 1985 reste l’année de la prise de conscience de problèmes structurels dans les pays développés (oui il existe des jeunes, des pauvres, des enjeux géopolitiques et écologiques majeurs…) et ce n’est que le commencement du naufrage véritable du système capitaliste et de l’impérialisme à la papa… Rien que pour tout cela je suis fière d’être née cette année là.

Alors comme à chaque fois qu’on sent qu’une crise pointe le bout de son nez, on ressort des icônes, quelque chose à quoi se raccrocher. Ainsi en 1985 naît Marty Mac Fly et son habilité à savoir remonter le temps et pouvoir changer le cours des événements (Retour vers le Futur). Le bon temps, il était avant, maintenant on va en baver…

C’est exactement de quoi il retourne dans l’œuvre graphique d’Alan Moore et Dave Gibbons. Les Watchmen sont de vieux héros en collants sur le retour qui ne comprennent plus très bien qui ils sont, où ils vont ni dans quels états ils errent… Ils se font décimer par une puissance invisible, qu’on ne peut pas identifier au premier coup d’œil. Pas de bon gros méchant, plutôt une quête introspective pour tenter de saisir comment on en est arrivé à de telles absurdités sur notre bonne vieille planète. Ils sont vieux parce qu’ils ont encore des capes (tout le monde sait que quand on se balade avec un appareil doté de réacteurs, on ne porte pas de cape, sinon on meurt…), des idées retro-réac sur le monde, et une conception du monde encore très manichéiste. Ils ont compris qu’ils sont out et ils comptent sur les nouveaux nés de l’époque pour se dépatouiller tout seuls.

Ma génération et les suivantes inaugurent un nouveau mode de vie, dans un état psychologique particulier : nous savons que vivre nous demande plus d’efforts qu’à nos aînés. Nous nous construisons en sachant que nous vivrons moins longtemps, dans de moins bonnes conditions et en ayant à gérer une équation de problèmes supérieure. Le monde tend à une exacerbation des violences toujours plus grandes et toujours plus difficiles à identifier. Cela aboutit à une génération désabusée et cynique, posant un regard acerbe sur les événements. L’intrigue des Watchmen se passe en 1985 ? Vous pouvez la transposer en 1991 (Koweit), en 1995 (Croatie), en 2003 (Irak)… etc. On prend les mêmes et on recommence…

Alors pour ces générations là, des réalisateurs et des auteurs prennent le soin d’entretenir une chose essentielle, l’espoir. Pas un espoir tangible, non, celui qui relève de la fantaisie. Les comics-book qui ont bercé notre enfance, puis les dessins animés de nos héros préférés, les figurines en plastiques associées, les jeux-vidéos, puis les séries télévisées comme Heroes, les adaptations cinématographiques de Batman, de Superman, des X-Men… tout y passe pour nous faire un peu mieux passer la pilule. Le « Je me presse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer » (Beaumarchais) s’est mué en « Un homme devient vieux le jour où ses regrets ont pris la place de ses rêves » (John Barrymore) et devient très logiquement « La vie est une farce » dans les répliques du Comédien. Tout est dit, alors dépêchons-nous d’en profiter encore et toujours.

La possibilité de rêver est aux jeunes générations ce que le l’apport du vêtement en coton au lieu du cuir a été à l’histoire de la médecine : une avancée irréversible. Nos parents ont eu Mai 68, les trentenaires ont leurs soirées Gloubiboulga et Chantal Goya, nous aurons nos soirées déguisées Super-Héros. J’ai hâte d’enfiler le costume du Spectre Soyeux II. Je ne demande qu’une chose à nos gouvernements (en lesquels j’ai perdu tout espoir d’attente positive) : qu’ils ne nous coupent pas les subventions pour pouvoir entretenir ces derniers mirages.

A l’entrée du cinéma, on n’autorise pas les moins de 12 ans à franchir le seuil de la salle, mais les plus de 40 ans ne peuvent pas vraiment comprendre non plus… en cela Zack Snyder parvient à réaliser un exploit.

Note : 8/10

UNBORN – David Goyer

In des films... on mars 10, 2009 at 10:48

Film américain / épouvante – comédie pathétique / 2009

Lorsqu’on vous présente un film en vous disant qu’il a été réalisé par le co-scénariste des deux volets Batman de Christopher Nolan, vous n’avez pas idée que vous allez voir un film d’une qualité… déconcertante.

Rien, absolument rien ne ressort de ce film, aventure mêlant fantastique et horreur mettant en scène une adolescente apprenant en bloc qu’elle avait un frère jumeau mort-né, que sa grand-mère est vivante et a été déportée à Auschwitz, que ses rétines changent de pigmentation, qu’il existe des créatures ni-mortes ni-vivantes qui essayent de s’emparer de son corps et qu’elle va devoir subir un exorcisme juif et chrétien pour survivre… D’emblée en lisant ces lignes le sourire vous monte aux lèvres et vous avez bien raison car je crois que nous tenons ici la première grande bouse cinématographique en lice pour le top 2009.

Il ne suffit pas d’avoir réalisé de bons scénarios pour savoir le faire à chaque fois, on retiendra cette phrase sensationnelle de l’héroïne « je ne peux plus habiter ce qui m’habite ». Il ne suffit pas non plus d’emprunter certains bons acteurs comme Gary Oldman (honorable Commissaire Gordon dans les opus de C. Nolan) qui démontre ici qu’il est capable du pire comme du meilleur, on se demande s’il n’a pas accepté le rôle pour se taper des barres de rire en voyant « jouer » Odette Yustman qui, hormis savoir porter des culottes de coton blanc sur sa belle plastique, doit avoir deux expressions à son répertoire.

Les références sont réutilisées de façon vulgaire et relevant du plagiat pitoyable : Shining, Blair Witch projet, l’Exorciste… tout y passe, tout y est massacré dans un gloubiboulga indigeste et risible de procédés d’épouvante éculés. Même le format laisse songeur : 1h27, durée batarde qui est la marque des séries Z…

Bref vous l’avez compris, si vous voulez vous faire une bonne séance d’abdominaux (je n’avais jamais vu une salle aussi hilare), voir des effets spéciaux dignes de ceux des années 40, un casting pire que n’importe quelle mauvaise série et ressortir en vous demandant si vous vous souvenez d’une seule scène valable (il n’y a vraiment rien pour sauver le film)… courez-y ou envoyez-y le cousin germain chiant que vous ne pouvez pas supporter pour avoir la paix durant 1h27 ! Un film qui n’aurait jamais dû passer sur vos écrans…

Et j’oubliais le détail qui tue : Le Mouv’ est partenaire… :)

Note : 1/10

ELEVE LIBRE – Joachim Lafosse

In des films... on février 14, 2009 at 12:09

Film belge / société / 2009

Belgique, période contemporaine, un jeune garçon échoue à ses épreuves scolaires et ses compétitions de tennis. Il choisit alors de passer ses examens en candidat libre, sous la tutelle d’amis de sa mère. Parallèlement, son corps s’éveille à la sexualité et connaît ses premiers émois. A priori, avec un scénario aussi pauvre, on va droit dans le mur… Sauf que Joachim Lafosse a une manière de filmer qui transcende le scénario.

Exit les amourettes d’ados tournées de façon comiques ou grandiloquentes. J. Lafosse ne fait pas un film sur la sexualité mais bien sur l’éducation sexuelle. Jonas (l’élève) a choisit de passer un examen qui compile trois ans en un, sa sexualité va avoir droit aux mêmes méthodes accélérées. C’est direct, un peu froid voire pervers, ça blesse parfois, mais c’est beaucoup plus réel que n’importe quoi d’autre.

J. Lafosse a une façon de filmer très dynamique, les scènes prennent le temps de se dévoiler tout en semblant en permanence sur le qui-vive, les plans sont souvent très fixe mais l’on s’attend à un retournement à tout instant. La justesse du film tient tout autant à la rigueur dont font preuve les acteurs : pas de fioritures, pas d’effets de manches, on suit un ado qui a des boutons, qui ne comprend pas tout ce qui se passe dans son corps, qui parle franchement tout en gardant une certaine pudeur, un élève plutôt docile sans être soumis. Ses éducateurs incarnent parfaitement ceux qui ont compris que s’il y a un domaine dans lequel il ne faut pas perdre de temps, c’est le sexe. Ils prennent également la peine de différencier sexe et amour, ce qui n’arrive jamais habituellement dans ce genre de film.

Ce film démontre avant tout que les sociétés dans lesquelles nous vivons évoluent beaucoup. Les tabous tombent peu à peu. Voir un film porno, parler de sa sexualité avec des adultes autres que ses parents, se poser des questions pratiques (à propos du plaisir, sur la façon de s’y prendre, sur sa normalité…) sont des actes qui ne choquent plus comme avant. Présenter ce film il y a 10 ans aurait attiré les foudres des autorités sanitaires et sociales, la colère des mères de famille, etc. Là, le film n’est interdit qu’aux moins de 12 ans, on considère donc qu’un ado peut voir ce film sans problème.

On ressort de ce film dans un drôle d’état, comme lorsqu’ado on se faisait toute une montagne d’un truc alors qu’en fait, une fois le truc réalisé, ça nous paraissait dérisoire… Joachim Lafosse est une réalisateur qui marque sont territoire et s’impose doucement mais surement. A suivre.

Note : 7/10

WALKYRIE – Brian Singer

In des films... on février 12, 2009 at 10:26

Film américain / biopic / 2009

De ce film je n’attendais strictement rien : histoire dont on connaît déjà la fin + Tom Cruise = non merci. De ce film, je ne pensais pas prendre la peine d’en dire quoi que ce soit car Rob Gordon avait correctement résumé ma pensée et Playlist Society avait tenté d’en soulever pas mal de nuances. Cependant, étant privée d’un œil depuis maintenant 3 jours, je vois les choses d’un autre regard (si je peux me permettre ce jeu de mot ringard).

Côté réalisation, c’est du Brian Singer pas de doute, on retrouve la même manière de filmer que dans les 2 X-Men. Côté scénario on se trouve déjà face à une première aberration : faire jouer tout le film en anglais ! De qui se fiche t’on ? Le film ouvre sur une bataille opposant les allemands aux anglais et tous parlent anglais, quel ridicule ! C’est horripilant au possible, surtout lorsqu’on a le mauvais goût de faire durer la plaisanterie  deux heures.

Concernant le scénario, Brian Singer adepte des histoires où le mal suinte, où les personnalités sont souvent sur le fil, dans l’hésitation de basculer vers une éthique ou une autre (X Men), s’attaque ici à la chance du diable ou comment Hitler est parvenu à échapper à 15 attentats contre sa personne venant d’Allemands. Sujet intéressant s’il en est mais sans pertinence pour les Allemands. Le génocide juif et l’œuvre d’Hitler sont probablement la page d’histoire sombre la mieux assumée par un pays en un temps record. Donc si B.Singer fait un film pour dire que les Allemands aussi avait compris qu’Hitler était une plaie et qu’ils ont essayé de se rebeller, c’est inutile, et la mention à la fin du film des quelques lignes inscrites sur le mémorial de l’holocauste à Berlin n’a aucune pertinence.

Concernant le casting, si Kenneth Brannagh ou Terence Stamp s’en sortent honorablement, je ne peux pas approuver le choix de Tom Cruise pour incarner le comte Stauffenberg. On peut reconnaître que Cruise se maîtrise pour ne pas en faire trop, ne pas être grandiloquent, mais cela ne fonctionne pas. Il aurait mieux tenu le rôle d’Hitler. Stauffenberg était un allemand assez grand, svelte, au front dégagé qui avait perdu un œil lors d’une bataille au Maghreb. Je sais qu’on n’est pas obligé de faire ressembler l’acteur au personnage qu’il incarne, mais le problème c’est que Cruise a tout fait pour lui ressembler : ses cheveux bien peignés et plaqués ne demandent qu’à rebiquer, son œil est bien trop vivant derrière son cache et que dire de sa taille ? Je m’en dispenserai c’est trop facile (mais c’est tentant). Cet œil et ces moignons rapportés de la bataille de Tunis parlons-en, il eut été plus intéressant de faire un film sur l’incroyable habilité du chirurgien (Ernst Ferdinand Sauerbruch) que sur ce noble allemand qui n’a voulu renverser le Fuhrer que parce qu’il n’était pas l’homme adapté à la direction de l’Allemagne.

Ne l’oublions pas, Singer fait ici l’apologie d’un homme qui est ouvertement fasciste, écrivant par exemple à sa femme à propos des polonais : « La population est une incroyable populace, très nombreux Juifs et très nombreuses personnes qui ne sont pas de race pure. Un peuple qui ne se sent bien que sous le knout. Les milliers de prisonniers vont faire vraiment du bien à notre économie agricole. En Allemagne ils pourront sûrement être bien utilisés, vaillants, obéissants et qui se contentent de peu ».

Et c’est bien ce que je reproche à ce film, passons outre le côté lisse et pseudo-pédagogique du film hollywoodien (les américains ne connaissent déjà pas bien l’histoire européenne alors cet épisode…), B. Singer l’homme qui aime tant les films manichéens bien travaillés n’a absolument pas mis en relief cet aspect de la personnalité de Stauffenberg. Son film laisse penser que, parce qu’il revient d’une bataille avec des moignons et un œil de verre, il va soudain prendre conscience du mal qui règne. Le film collectionne les scènes concentrées sur la gestion des nouveaux handicaps de Tom Cruise, mais toujours de la même manière. Il eut été intéressant de consacrer quelques scènes au regard nouveau que les autres portent sur Stauffenberg (là on ne se concentre que sur sa vision à lui) : un homme qui n’est pas « normal » inspire beaucoup plus de méfiance, en particulier sous un régime prônant l’existence d’une race arienne !

Ce film est trop long (1h50), trop lisse, montrant essentiellement des plans de discussions sur la stratégie à adopter pour faire mourir Hitler. Ce film est aussi mensonger, comportant plusieurs inexactitudes sur cette page de l’histoire (à commencer par le nombre d’enfants de Stauffenberg !) : soit on fait un film retraçant un événement historique et on le fait correctement, soit on fait un film de fiction librement inspiré de faits réels et on l’affirme.

B. Singer avait déjà raté son Superman, il serait temps de se ressaisir avant de se faire classer dans la catégorie des espoirs ratés. Aucune bonne raison de voir ce film.

Note : 4/10.

MORSE (Låt den rätte komma in) – Tomas Alfredson

In des films... on février 9, 2009 at 12:16

Film suédois / fantastique / 2009

Banlieue de Stockholm dans les années 80, c’est l’hiver, il fait froid, Oskar (Kare Hedebrant), 12 ans, s’ennuie et souffre des persécutions de trois garçons de sa classe. Il va alors faire la rencontre d’Eli (Lina Leandersson) sa nouvelle voisine, spécialiste du RubixCube… Ils sont dehors dans le froid, il fait nuit et elle est en tee-shirt et sent bizarre. La neige se confond avec leurs deux visages livides. Eli est un vampire et comme lui, la jeune fille (d’apparence du moins) souffre de sa condition. L’union fait la force ?

Oubliez les scénarios à l’américaine d’histoires d’amour niaiseuses entre un mortel et un être surnaturel, l’adaptation du roman de John Ajvide Lindqvist est à 100 lieues de cela. Pas de collier d’ail, pas de scènes grandiloquentes où le vampire majestueux fend le ciel avant de fondre sur une proie, pas d’hémoglobine à profusion, pas de dialogues tout droit sortis des Harlequin. Non. Eli est un vampire et souffre de sa condition. Elle préfère mourir de faim plutôt que de se jeter au cou d’humains (elle va d’ailleurs jusqu’à essayer de manger des bonbons). Et lorsqu’elle ne contrôle plus ses pulsions, elle prend le soin de tuer ses victimes afin qu’ils ne deviennent pas comme elle : ni morte ni vivante, ni femme ni homme (garçon castré).

On peut souligner la qualité d’interprétation des jeunes acteurs. Les dialogues sont désarmants de naturel – lorsque le fragile Oskar demande à Eli si elle veut être sa copine et qu’elle répond non, il ne se met pas la rate au court-bouillon, il comprend. Le rythme de narration est tout aussi modeste : vous êtes en Suède avec des personnes calmes et réfléchies, pas de vagues, pas d’affolement inutile. La bande-son va aussi dans ce sens, pas d’accès stridents mais de douces mélodies classiques, essentiellement au piano. C’est reposant et l’effet produit à une conséquence directe : on ne peut pas classer ce film dans la catégorie épouvante comme le sont tous les films américains traitant du sujet, mais bien dans un genre bien plus noble rappelant un genre littéraire longtemps méprisé et néanmoins grandiose : le fantastique.

Alors certes, certaines scènes sont réalisées avec peu de budget et cela se sent, en particulier lors d’apparition de chats qui hérissent le poil à l’approche des vampires. Mais pour le reste, c’est impressionnant de simplicité et crédibilité. Les vampires ne sont pas morts mais doivent être invités à entrer, il faut les accepter pour leur donner un peu de vie, les autoriser à entrer (Låt den rätte komma in), à partir de là, tout est possible… y compris se parler en morse.

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Note : 8,5/10

L’ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON – David Fincher

In des films... on février 6, 2009 at 12:26

Film US / histoire d’amour improbable / 2009

Des langues mal renseignées diront que je prends systématiquement le contre-pied des avis habituels. Que nenni, j’essaie simplement de rendre compte d’autres avis dans le paysage culturel (le mien en l’occurrence). Mais concernant le dernier film de David Fincher, je ne pourrai que me ranger à l’avis de la majorité : ce film est un très bon long métrage. Bon, mais pas excellent.

Casting impeccable, effets spéciaux incroyables, fluidité des scènes… on pourrait longtemps y aller du compliment. Mais la vraie réussite de ce film tient plutôt au fait que pour la première fois, un réalisateur est parvenu à adapter et retranscrire l’œuvre de F.S. Fitzgerald, l’auteur le plus pessimiste et infréquentable de l’Amérique. Jusque là, dès qu’on abordait le sujet Fitzgerald, on nous ressortait les panamas, les costumes en lin et l’esthétique Minnesota sous la ségrégation raciale. Gatsby le magnifique n’a jamais réussi à sonner totalement juste (après 4 adaptations au cinéma et un téléfilm), Le dernier Nabab reste superficiel et Tendre est la nuit est du niveau Harlequin. Ce qui fait que David Fincher livre un film différent et bien plus juste, c’est qu’il a justement accepté de prendre des libertés avec l’œuvre et ce, grâce à Eric Roth.

E. Roth a transposé l’histoire d’un siècle (XXe au lieu du XIXe), déplacé l’intrigue à La Nouvelle Orléans au lieu de Baltimore, donné plus d’importance à l’intrigue amoureuse, seule reste la structure narrative à revers. Ce scénariste a l’habitude des intrigues du type de Benjamin Button, après Munich, L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, Memories of me ou Forrest Gump, il avait déjà approché tous les éléments nécessaires à l’adaptation de la nouvelle de F.S. Fitzgerald : l’amour, le bizarre, les souvenirs, les combats…

A la Nouvelle Orléans, une ville récemment dévastée par un ouragan, symbole de l’impuissance et l’indifférence des pouvoirs américains ? tiens…

A la Nouvelle Orléans, une ville en majorité de population noire lorsque précisément un homme nouveau vient d’être élu à la tête des USA et que l’intrigue veut que Benjamin Button soit élevé par une femme noire, après avoir été abandonné par son père blanc ? tiens tiens…

A la Nouvelle Orléans, une ville pour laquelle s’est investi personnellement Brad Pitt, alors qu’il se trouve justement être le héros de l’histoire ici ? ahah… on commence à comprendre :

un scénariste qui prend des libertés pour rendre plus vivant le récit ;

+ un réalisateur qui filme comme personne et qui a été capable d’adapter à l’écran un autre roman très controversé (Fight Club) ;

+ des acteurs fétiches qui sont capables du meilleur lorsqu’ils sont bien dirigés : Brad Pitt, Cate Blanchett, Julia Ormond ou la très jeune, non moins captivante, Elle Fanning – 10 ans et 10 film.

= un très bon film, qui a su réutiliser toutes les qualités des films précédents de Fincher et Roth.

Note : 8/10

LE BAL DES ACTRICES – Maïwenn

In des films... on février 2, 2009 at 3:31

Film français / faux documentaire / 2009

Un film sur la vie d’actrices françaises plutôt connues, réalisé à la manière d’un documentaire, réalisé et mettant en scène Maïwenn Le Besco. Rien de palpitant au premier abord, mais le casting est intriguant. Le résultat est bien un film de Maïwenn : mauvais mais moins décevant que d’habitude.

L’affiche du « tas d’actrices » nues et alanguies nous avait pollué tous les murs de Paris, on aurait pu penser que le film serait tout autant sensuel. Jeanne Balibar, Romane Bohringer, Julie Depardieu, Mélanie Doutey, Marina Foïs, Estelle Lefébure, Charlotte Rampling, Muriel Robin… ce ne sont pas les actrices qui manquaient, mais leurs talents n’étaient pas tant que cela au rendez-vous. Toutes sont censées incarner simplement elles-mêmes au quotidien, avec leurs caprices et leurs défauts, mais de manières exagérées. Ainsi Karine Viard affirme que la France est trop petite pour l’épanouissement de son talent, Marina Foïs fait des séances de Botox pour ne pas vieillir, Jeanne Balibar veut tourner des films moins intellos… pas passionnant, parfois drôle et touchant comme lorsque Julie Depardieu explique que l’étendue de sa dépression est proportionnelle aux nombres de fleurs qu’elle porte ou lorsque Linh Dan Pham évoque les pressions familiales et culturelles qui ont failli nous priver de sa belle prestation dans le film d’Audiard (De battre mon coeur s’est arrêté). Et puis forcément, comme toujours avec Maïwenn, on ne peut pas échapper à sa présence dans le film et son déballage sentimental pitoyable, crispant et vraiment inintéressant. Elle-même le sait, elle a donc intégré une scène où les autres actrices critiquent cela. Barbant.

C’est déjà un tableau noir et cela ne s’arrête pas là : il a fallu que Maïwenn nous inflige en prime la mode actuelle des passages de comédie musicale dans les films ! Que dire de la musique ? Si une scène aquatique comporte du Sébastien Tellier bien placé (en revanche la scène n’a rien à faire dans le film), le reste ne sert qu’à ridiculiser un peu plus la scène française… mièvres et mal orchestrés, les titres de B. Biolay, Anaïs ou Pauline Croze sont crispants. Seule la voix de Joey Starr est très bien trouvée pour la chorégraphie de Charlotte Rampling.

Donc ce film était bien parti pour remporter un prix au palmarès des bouses des films français pour 2009… sauf qu’un homme sauve la situation de façon inattendue. Joey Starr, mari de Maïwenn dans le film, a troqué ses dents en or et ses propos vulgaires pour un esprit de synthèse et un franc parler dévastateur et bienvenu ici. Il joue bien, il ouvre la bouche pour faire taire celle de l’écervelée qui lui sert de femme, il est responsable… on pourrait dire qu’il se rachète une conscience après toutes les conneries qu’il a pu faire ou tout simplement qu’il vieillit. Mais il semble simplement bien dans ses baskets et agit comme une bouffée d’air sain dans ce microcosme d’actrices névrosées.

Un mauvais film, on n’en attendait pas moins venant de cette réalisatrice qui ferait bien de clore à jamais sa carrière. Mais un film tout de même regardable en entier grâce aux interventions de Joey Starr, qui n’en fait ni trop ni pas assez.

Note : 5/10

ESPION(S) – Nicolas Saada

In des films... on janvier 30, 2009 at 2:34

Film français / Action, espionnage,  romantisme / 2009

Premier film, excellent casting, film français, polar… C’est suffisant pour aiguiser la curiosité, surtout que le cinéma ne présente pas grand chose de passionnant ces dernières années. Défi remporté pour Nicolas Saada (ancien critique cinématographique des Cahiers du Cinéma).

 D’abord il y a ce beau casting. Certes le casting ne fait pas tout, mais il fait beaucoup. Les premiers rôles sont parfaitement interprétés par Géraldine Pailhas et Guillaume Canet (qui prend ici sa revanche car la belle avait refusé de jouer dans Mon idole). Avoir Géraldine Pailhas pour un premier film (et avoir eu la certitude qu’elle était la bonne personne pour ce rôle) relève du bon gout et de l’intelligence. Elle est Claire, une femme un peu paumée, un peu fragile et bousculée par la vie, qui se retrouve piégée par les services secrets, sommée de fournir des renseignements sur les activités son mari. Tout autant coincé que Vincent (Guillaume Canet), forcé de coopérer avec la DST sous peine de moisir en prison. Les second rôles sont tout aussi chouette : Hippolyte Girardot est un bon chef cynique et laconique de la DST, Stephen Rea est un directeur du MI5 débonnaire, Alexandre Steiger a un tout petit rôle mais toujours autant de talent.

Et puis il y a les lieux choisis. Londres et ses bas-fonds, les aéroports et leurs magouilles, les transports en communs et leur complexité… Plusieurs scènes ne servent pas directement le scénario mais une volonté de prendre le temps de regarder autour de soi au lieu de toujours foncer tête baissée. Les personnages sont maladroits et paumés, ils sont contraints de travailler avec les services secrets, ils ne sont même pas « agents » comme l’explique bien H. Girardot. Il est donc normal que leurs actions soient flottantes parfois, ils prennent des décisions sans vraiment avoir les clés pour réfléchir correctement dans les situations auxquelles ils sont confrontés. Ils ne sont tellement pas préparés qu’ils tombent amoureux…

Dans Secret Défense, Philippe Haim dénonçait déjà les rouages d’une administration qui n’utilise les humains que comme des pions et les balade à son gré comme sur un échiquier. Il n’y a pas d’alternative : on coopère ou l’on disparaît. Il n’existe pas de notion d’héroïsme dans ces missions, seulement de la soumission. Contrairement à Philippe Haim qui signait un film dynamique, N. Saada a choisit de mettre en relief l’inactivité : ces pions passent 90% de leur temps à attendre et le reste à mentir et souffrir. Il est donc parfois difficile de ne pas souhaiter avoir un bouton « avance rapide », parce que personne n’aime vivre ces moments d’incertitude. Mais il est tout aussi plaisant de ne pas avoir ce bouton, d’avoir un film qui prend son temps, ne bâcle pas les plans.

Un premier film plaisant, mais on attend un second film plus rythmé pour ne pas devoir classer Saada dans la case des « irrécupérables des Cahier du cinéma ».

Note : 7/10

SLUMDOG MILLIONNAIRE – Danny Boyle

In des films... on janvier 15, 2009 at 12:10

Film anglo-indien / tragi-comédie / 2009

Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario et Meilleure musique originale… Je ne prête d’ordinaire pas attention aux prix cinématographiques mais cette fois, ces quatre récompenses aux Golden Globes m’ont fait réviser le jugement hâtif que j’avais de Slumdog Millionnaire : la bande annonce et l’affiche font penser à une success-story sans intérêt, ce film est bien plus que cela, c’est une synthèse inédite de deux grandes traditions cinématographiques.

D’un côté le cinéma occidental avec Danny Boyle, ses plans réfléchis et sombres, ses scénarios évoluant dans des mondes illégaux (meurtres, drogues…), sa vision au vitriol d’une société corrompue et décadente… De l’autre, la tradition du chant et de la danse pour habiller des scénarios Harlequin (Deux jeunes s’aiment, mais l’un ou l’autre et promis à quelqu’un d’autre, ils se déchirent et se morfondent pendant des heures avant que tout finisse pour le mieux dans le meilleur des mondes), des films fleuves (3h30 en moyenne), des plans colorés et réalisés rapidement.

Slumdog Millionnaire réussit la synthèse difficile d’intégrer toutes ces caractéristiques. Cela donne un film au scénario à première vue très pauvre, mais qui retrace finalement les 20 dernières années de la vie trépidante de Mumbaï (ex Bombay) à travers les souvenirs d’un jeune homme issu des bas-fonds de la ville et en passe de gagner 20 millions de roupies (ce qui équivaut à 300 000 euros). Ca a l’énergie et la joie des films indiens, tout en retraçant des événements violents, mafieux et tragiques. La durée du film, 2h, est un compromis parfait : ni trop, ni trop peu, on ne s’ennuie pas une seconde pendant une scène romantique, on ne se lasse pas des échanges de coups de feu … Les liaisons introduisant chaque souvenir de l’orphelin Jamal Malik sont habiles. La scène finale de danse en couple et en tableau, à 15 ans d’intervalle est la touche Bollywood qu’il eût été dommage d’oublier. Le choix judicieux de confier la bande-son à des musiciens ayant eux-mêmes impulsé cette volonté de synthèse culturelle, notamment la belle et talentueuse M.I.A., parachève l’œuvre.

Ce qui est fascinant c’est que rien ne semble laissé au hasard alors que tout le film l’est. Mumbaï vit d’elle-même, le scénario se construit et s’étoffe seul, sans aide. L’alternance des plans plus ou moins larges rend compte de cette gigantesque fourmilière en perpétuelle évolution. L’intelligence de Danny Boyle a été de laisser les locaux s’emparer du film : seuls 10 occidentaux auront travaillé à ce projet. Les acteurs ne sont pas parfaits mais simplement égaux à eux-mêmes.

2009 commence avec un coup de cœur, un film qui reconnaît et ouvre les bras à l’Inde comme grande puissance artistique de ce monde. Ces quatre Golden Globes sont plus que mérités.

Note : 9/10

THE SPIRIT – Frank Miller

In des films... on janvier 13, 2009 at 4:04

Film US / bande dessinée de super héros / 2008

The Spirit, ombre justicière, ou Denny Colt, simple lieutenant de police, est né de l’imagination et des dessins de Will Eisner au début de la Seconde Guerre Mondiale. C’est un des rares super-héros à être issu de la classe moyenne (Batman est un riche héritier, Superman est un prince venu d’une autre planète…). C’est aussi un être qui a perdu son enveloppe charnelle, il est mort alors que les autres super-héros sont invincibles. Lorsque Frank Miller décide d’adapter la bande dessinée du Spirit, on se dit qu’il y a matière à réaliser un travail de toute beauté, une complexité du personnage à étoffer et exploiter. Mais au lieu de cela, on a droit à un film hollywoodien qui mise sur un casting de stars et des images de synthèses alambiquées…

Disons le d’emblée, si Samuel L. Jackson n’interprétait pas le méchant Octopus, le film serait du niveau de l’adaptation pitoyable de Daredevil (incarné par un Ben Affleck affligeant et dont Frank Miller était scénariste). Donc le seul atout d’avoir choisi quelques stars pour ce film réside dans la prestation de Samuel L. Jackson, bien que son rôle ne fasse pas honneur à la série d’Eisner puisqu’on ne devrait jamais voir autre chose que les mains gantées de ce personnage. Eva Mendès, incarnant Sand Saref l’amour de jeunesse du Spirit, remplit comme elle peut le rôle bancal qu’on lui fait incarner mais ne convainc pas. Mais la palme du mauvais gout reviens à celle qui incarne Silk N Floss, je trouvais déjà Scarlett Johansson mauvaise actrice et chanteuse imbuvable, cette fois c’est définitif, elle est risible. Il est d’ailleurs à parier que ces tasteless d’Inrocks auront aimé le film pour la raison même pour laquelle je ne l’ai pas aimé.

Ensuite, faire une réinterprétation de la bd grâce aux images de synthèse pourquoi pas, mais il faudrait réfléchir un minimum avant d’opter pour un « tout fond vert ». Lorsque Frank Miller dirigeait Sin City, non seulement il adaptait son propre travail et risquait moins d’en trahir l’esprit de départ, mais surtout il était entouré de bons réalisateurs comme Q. Tarantino, qui l’aidèrent a créer un ovni cinématographique : une bande dessinée animée et filmée. Cette fois, la scène aquatique d’Eva Mendès pue le jeu vidéo, les scènes de batailles avec plein de flingues sont stériles, les dialogues sont dignes de spot publicitaires… Seules les scènes en noir et rouge où le Spirit parcoure la ville par les toits sont vraiment plaisantes, mais là ce ne sont que des scènes en 2 dimensions… et on ne construit pas intégralement un film là-dessus.

The Spirit est déplorable, il y a fort à parier que le second volet de Sin City ne vaudra pas la peine d’être vu. Un film à voir si l’on a du temps à perdre et un verdict définitif cette fois : Frank Miller devrait se contenter de faire ce pour quoi il est doué : des bandes dessinées et non des films.

Note : 4/10

IL DIVO – Paolo Sorrentino

In des films... on janvier 12, 2009 at 2:04

Film italien / biopic / 2008

L’année 2008 aura été plutôt pauvre, cinématographiquement parlant. Parmi les nombreux biopics que l’on nous a proposé, Il Divo sort largement du lot. Rassurez-vous je ne vais pas vous parler d’un film à propos de la carrière d’un quatuor capable de vous faire saigner les oreilles, mais bien du film qui retrace la carrière politique de Giulio Andreotti, omnipotent italien depuis son gouvernement des années 80 à son implication mafieuse.

G. Andreotti a occupé la majorité des postes de ministres (Défense, Intérieur, Finances, Trésor, Industrie et Commerce, Budget, Affaires Etrangères…), a été Président du Conseil des Ministres 7 fois et nommé Sénateur à vie (six personnalités italiennes seulement ont eu ce privilège). Au pouvoir lors de l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro (ils appartenaient au même parti politique, la Démocratie Chrétienne), il restera sourd à tout appel de Moro, ses proches et même du Pape. A partir de 1992, des accusations et procès pour liens avec la Mafia et d’assassinat d’un journaliste commencent à tomber, il en ressortira toujours blanchi. Berlusconi vous fait peur ? Il a de qui tenir !

Le film de Paolo Sorrentino est d’une pertinence et finesse de grande qualité en cela qu’il retrace la vie d’un homme omnipotent, imbuvable, égoïste et insensible tout en ne plongeant pas dans un portrait monotone et terne. Non, on rie dans ce film. Le tout est dynamique grâce à la qualité de la photo et de la réalisation. L’interprétation du « Dieu assimilé » par Toni Servillo, qui jouait également dans Gomorra, est époustouflante : gestuelle, phrasé, démarche… tout y est.

Aujourd’hui le peuple d’Italie est dans les rues, tentant de défendre quelques acquis démocratiques face à un colosse dévastateur, Berlusconi. L’histoire se ressemble pour ainsi dire… Sorti en France le dernier jour de 2008, Il Divo marque la nouvelle année à venir de son sceau : tremblez carcasses, car si l’on ne réagit pas très prochainement en France, nous pourrions bien ne plus rien avoir à envier à nos voisins.

Ordonnance : « film à voir en début de soirée, après un repas léger permettant aux neurones de correctement fonctionner. A faire suivre d’une bonne marche vivifiante dans le froid et d’une lecture d’approfondissement du sujet. ».

Note : 9/10

SECRET DEFENSE – Philippe Haim

In des films... on décembre 18, 2008 at 3:05

Film français / Action, espionnage / 2008

Mardi 16 décembre 2008 aux alentours de 13h, j’exécute tranquillement ma mission de Mère Noël dans les allées du Printemps lorsqu’on nous annonce une évacuation immédiate liée à un attentat imminent. Dehors tout le pâté de maisons est bouclé, la police judiciaire entre en scène dans des combinaisons étanches, les télés et radios d’Europe sont postées tout autour du périmètre, on murmure qu’il y a du sang… Ce qui est frappant c’est qu’on ne sait rien sur le moment, on ne comprend rien et on remarque que les gens cèdent facilement à la panique. Moi, je quitte dare-dare les lieux en repensant à Secret Défense, vu deux jours plus tôt et qui m’avait agréablement surpris.

D’abord le choix des acteurs est cohérent. Gérard Lanvin sait poser sa voix grave et remplir son rôle de formateur des nouvelles recrues des services secrets français ; Vahina Giocante interprète correctement une fille malmenée affectivement prête à tout sacrifier pour devenir agent secret français au Proche Orient (c’est le minimum requis pour être de la partie d’ailleurs) et Nicolas Duchauvelle joue un jeune paumé dont la détresse affective sera repérée d’extrémistes religieux musulmans.

Ensuite, si le scénario laisse penser au départ qu’il ne s’agira que d’une glorification des services étatiques les plus méconnus du grand public, il n’en est rien. Primo, c’est presque une prouesse, le film est truffée d’images d’actualité géopolitique et parvient à ne pas faire apparaître / citer une seule fois Nicolas Sarkozy. Le despote de l’ordre de l’assainissement au Karcher n’est pas si omniprésent lorsqu’il s’agit de la plus haute sécurité du pays. Logique puisqu’il faut travailler dans l’ombre. Secundo, c’est la première fois que, depuis les attentas du 11 septembre, un cinéaste ose faire le parallèle entre les méthodes inquisitrices et manipulatrices des services secrets et des terroristes. Les agents, qu’ils soient au service d’un « Bien » ou d’un « Mal » (tout dépend de quel côté on se place), ne sont que des pions sur un échiquier et qui n’ont d’autre choix que de s’exécuter. On ne cherche pas ici à faire des agents secrets des supers héros possédant tous les derniers gadgets ou dormant avec une nouvelle conquête tous les soirs. Vous l’aurez compris et c’est ce qui avait déplu dans les derniers James Bond, les agents sont des humains normaux, avec tous leurs défauts. On ne cherche pas non plus à faire des martyrs religieux des personnes particulièrement stupides et formant un tout. De chaque côté, chacun agit pour des raisons qui lui sont propres. Il s’agit souvent d’une détresse affective, parfois d’une révolte contre un système qui vous rejette, ou simplement d’une pure cruauté motivée par une autre façon d’appréhender le monde (par exemple servir ses intérêts personnels aux dépends des populations).

Enfin, l’épilogue ne s’étend pas inutilement jusqu’à disperser tout l’intérêt du film, comme c’est bien trop souvent le cas ces derniers temps. Non, la fin est propre, un peu rassurante (depuis le 11 septembre les services secrets français ont déjoué des dizaines de menaces terroristes fondées) mais surtout amère : dans les services secrets ou dans les armées de Dieu, vous dites adieu à toute vie familiale, vous êtes sans cesse seul(e) et devez faire passez votre cause avant la votre.

Un bon film d’intrigue français, correctement monté, sans trop de fioritures et ne faisant pas l’apologie d’un régime ou d’un idéal, mais bien la part des choses dans toute problématique. Ce mardi, des défenseurs d’une logique de sauvegarde d’un Afghanistan allant à l’encontre de la vision que veut adopter la France se sont fait entendre en utilisant une arme maniée par tous : la peur. Tant que nous sommes capables de réfléchir avant d’agir, de replacer chaque événement dans un contexte, il n’y a pas lieu de céder à la moindre inquiétude. Pour cela il faut éteindre sa télévision, écouter la radio et relire la presse trois fois pour en prendre du recul et se forger une réponse seul. Oui mais voilà cela demande du temps et de la réflexion. Aujourd’hui j’ai moins peur d’une menace terroriste que des manipulations médiatiques et politiques qui s’exercent chaque jour…

Note : 7/10

LA BANDE A BAADER – Uli Edel

In des films... on décembre 18, 2008 at 1:06

Film allemand / Biopic / 2008

On pourrait caractériser les dernières années de création cinématographique comme l’ère du Biopic. On nous a servi les fictions retraçant des parcours musicaux (I’m not there, La môme, Control…), de show-bizz (Coluche, Sagan…), politique (Mesrine, Hunger, Il Divo…). Le cinéma d’ex-RDA revisite lui aussi l’histoire en se concentrant sur l’époque pas si éloignée d’« avant la chute du mur». Et jusque là quelques pépites nous avaient ravis : Goodbye Lenine, La vie des Autres… c’était bien filmé avec un style intéressant, c’était pétillant et dynamique, c’était poignant. Alors pourquoi la sauce n’a t’elle pas pris avec La Bande à Baader ?

Uli Edel est expatrié aux USA, selon ses dires il a voulu faire ce film pour expliquer cet événement à son fils qui ne les a pas connu. Premier problème : ce film retrace les grands faits jalonnant l’histoire d’Andreas Baader, Ulricke Meinhof, Gudrun Ensslin et leurs disciples, factuellement, sans prise de position aucune, sans apporter un minimum de réflexion. Or c’est parfaitement impossible en cinéma de vouloir rester objectif : il faut prendre partie, reconstituer et interpréter les cheminements de chacun. Cela s’appelle rédiger un scénario et un script, cela empêche de tourner un film sans savoir ce qu’on veut et où l’on va.

Second problème découlant du premier : aucun mise en perspective des événements sociaux, politiques et économiques du pays lorsqu’éclatent les premiers attentats. Comment réussir à replacer les événements dans leur contexte ? Le fils d’Edel ignore donc uniquement l’épisode Baader et connaît le reste sur le bout des doigts ? Edel a confondu « points clés » et « points d’orgue ». Edel s’est concentré sur les points d’orgues : manifestation contre la venue du Shah, attentats, arrestations, tribunal. Les points clés de l’affaire Baader auxquels il aurait intéressant de s’attarder ne sont absolument pas abordés : si l’on se contente du film de Edel, on pourrait croire que ce qui pousse ces jeunes adultes à prendre les armes c’est le mécontentement qu’ils ont à voir débarquer le Shah en Allemagne. Or ce n’est que la suite logique d’une série de frustrations, incompréhensions, mal-être qui sous-tendait depuis plusieurs années. Les scènes au tribunal sont parfaitement décousues et incompréhensibles. On a sans cesse l’impression que le film survole et avorte le déroulement des faits.

Enfin troisième faute absolue : faire durer la mascarade pendant deux heures et demi ! On se sent pris au piège d’un mauvais exposé, un séminaire pitoyable ou tout simplement un pénible manuel d’histoire de secondaire. On ressort en ne sachant pas sur quel pied danser, en ayant compris la moitié du film seulement.

Techniquement parlant en revanche, les attentats sont plutôt bien réalisés, bénéficiant de gros moyens. Quant au casting d’acteurs il est également plutôt cohérent. Si vous avez du temps à consacrer à L’affaire de la bande à Baader, alors concentrez-vous pendant deux heures à lire un livre de qualité (et imagé).

Note : 5/10

AGATHE CLERY – Etienne Chatillez

In des films... on décembre 5, 2008 at 11:15

Film français / Comédie grinçante / 2008

Agathe Cléry est une cadre sup’ dynamique et efficace dans son travail. Agathe Cléry est méprisante et pourrit la vie de ses collègues de travail. Agathe Cléry est rasciste. Sauf qu’Agathe a une maladie et va devenir noire… Allons bon, avec un scénario pareil, on part droit dans le mur pour une comédie lourdingue comme en sont capables les pointures françaises de l’humour graveleux, indigeste et dont le niveau n’atteint pas celui des pâquerettes – j’ai nommé, au hasard, P.Timsit, G. Jugnot, C. Clavier ou Franc Dubosc. Mais ce serait se méprendre sur Etienne Chatillez et sous-estimer les capacités d’interprétation de l’incroyable Valérie Lemercier.

Valérie Lemercier a côtoyé les beaufs lourdingues de l’acabit des « acteurs » cités plus haut. Valérie Lemercier est loin d’être une imbécile donc elle sait parfaitement ce qu’il convient d’éviter de faire pour qu’un film soit plaisant à voir.

Etienne Chatillez quand à lui est un (encore) jeune réalisateur qui sait se défendre dans la catégorie de la satyre sociale. Alors il succombe lui aussi à la mode d’introduire des passages chantés dans le film mais… pas exactement de la même manière, et ça fait toute la différence. Le film propose un premier passage chanté et chorégraphié sur le quai de la gare du Nord, où des centaines de cadres sup’ européens rentrent de mission et défilent tels de fidèles soldats. Le tableau n’est pas fixe, on alterne des plans de face, de coté, des vues d’ensemble et des gros plans comiques. C’est dynamique, la couleur est belle, ça fonctionne bien. Les autres tableaux sont chacun aussi originaux et réussis (avec quelques bas de temps en temps, ce qui est compréhensible vu que les acteurs interprètent tout les chants et voix sans doublage). Chatillez s’inscrit ici en faux de réalisateur comme Christophe Honoré : chez Honoré c’est mièvre et rébarbatif (grâce aux interventions musicales lénifiantes de Beaupain) avec un casting de bobos-bios qui possèdent trois expressions à leurs répertoires ; chez Chatillez la musique n’est pas transcendante mais ne prétend pas l’être et les acteurs sont tout aussi connus mais sont choisis en fonction de leurs aptitudes et non de leur filiation.

Si Jean Rochefort (patron eugéniste) et Isabelle Nanty (meilleure copine d’Agathe, catho pleine de préjugés) tiennent parfaitement leurs rôles, le film doit tout à la performance époustouflante de Valérie Lemercier. La métamorphose est surprenante, soignée et on la préfère rapidement avec une boule Jackson Five et des fringues colorées plutôt qu’un cardigan gris et un brushing. La plus belle scène est sans conteste celle où Agathe est seule chez elle et se met à danser comme Mickael Jakson dans Thriller en jurant qu’elle récupèrera sa peau blanche. La scène où elle se déchaine sur le dancefloor en déclarant que maintenant qu’elle est noire c’est logique elle a le rythme dans la peau est également hilarante.

En creux, il s’agit d’un portrait au vitriol du monde de l’emploi où les minorités sont jugées sur tout sauf leurs compétences. Tous les poncifs du racisme sont abordés et balayés avec humour et poussés à l’extrême. Ainsi, une fois noire, Agathe est virée de sa boîte et retrouve du travail dans une société qui emploie tout… sauf des blancs.

Comportant plusieurs longueurs (vers la fin surtout), Agathe Cléry est une comédie cynique de qualité. Les passages de comédie musicale font un pied de nez à la tendance actuelle des cinéastes à mélanger tout et n’importe quoi en pensant que ça fera de leur œuvre un objet surprenant et original.

Une bonne comédie française, comme elles se font de plus en plus rares.

Note : 7/10 

MESRINE : l’ennemi public n°1 – Jean-François Richet

In des films... on novembre 26, 2008 at 2:16

Film français / Polar humoristique – Biopic / 2008

Après un premier volet très froid, esthétique et sans parti pris, le second volet du biopic sur Mesrine est déroutant. Le réalisateur et le scénariste avaient prévenu lors d’interviews : pas question de faire deux films dans la continuité l’un de l’autre. Richet voulait même trois films pour pouvoir traduire sa vision de la complexité du personnage de Jacques Mesrine.

Côté mise en scène, la narration est beaucoup plus anarchique que dans le premier volet. On suit la structure mentale du personnage principal : il est posé et déterminé dans le premier film, ne sort jamais du champ de la caméra, analyse et régit rapidement face aux événements qui surviennent ; il est beaucoup plus chaotique dans le second film car sait moins où il va, il a pris 20 kilos, il n’a plus de parrain ni vraiment d’associés stables, il cherche de nouvelles quêtes… c’est le chaos qui s’installe, il entre en guerre contre les services de Police de Broussard et contre lui-même. Les scènes où il entrevoit sa famille traduisent bien la sensation d’étau dans lequel il est : il ne s’occupe pas de sa famille mais lorsqu’elle surgit au parloir ou l’abandonne dans une chambre d’hôpital, elle le démonte en quelques secondes et il est conscient que le roc qu’il voudrait être est très friable. Confusion aussi d’un homme qui a la lucidité d’interpeller le gouvernement sur le danger de mouvement des Brigades Rouges mais qui est pourtant prêt à les rejoindre.

Côté dialogue, on est à mille lieues du premier film. Vincent Cassel ressemble à ses personnages de Kourtrajmé (La Barbichette et Sheitan) avec des blagues à chaque minute. On peut d’ailleurs légitimement se demander si certaines répliques n’ont pas été inventées par l’acteur (comme le magnifique « Un mandat ? Un mandat Lear ? »). Les scènes de passage au tribunal sont ubuesques, on a envie d’acquitter l’accusé et d’aller danser et boire des verres avec lui. La partie de « dialogues » avec son ami François Besse est également très bien retranscrite : Besse était quelqu’un de quasi-muet, c’est donc normal qu’Amalric n’ouvre pas la bouche.

Mais attention, le spectateur ne doit pas se méprendre sur l’objectif du film. Il n’y a ici aucune apologie du truand (ce qui explique mon soin de ne pas utiliser le terme de héros mais bien de personnage principal dans cette chronique). En témoignent les libertés de narration concernant son évasion de Deauville et la scène finale. En effet, Mesrine et Besse se sont bien échappés de Deauville à travers les bois et grâce à la coopération d’une famille d’éleveurs de chevaux, mais ils n’ont jamais eu à devoir passer un barrage avec fouille des voitures. Cet épisode ne fait donc que donner un peu de piquant au polar. Enfin, si le filme débute (dans le premier volet) se termine (dans le second volet) sur le visage d’un truand dégoulinant de sang ce n’est pas sans raison : Mesrine a voulu jouer avec les lois et défier l’Etat, il en paye le prix fort et le dis lui-même dans son testament « Il n’y a pas de héros dans la criminalité », le choix de l’affiche n’est pas anodin.

Ce qui décontenance dans ce diptyque, ce n’est pas tant qu’on a deux film de tons rigoureusement opposés (le premier est grave, le second est humoristique), mais le fait qu’on assiste au gâchis d’un homme vif et intelligent, qui comme tous les anarchistes ont cru à un moment de leur vie pouvoir lutter seul contre le système auquel ils sont contraints. C’est également le problème des courants politiques d’extrême gauche en général. Et, venant d’un homme qui a scénarisé La Commune (Abdel Raouf Dafri) et d’un réalisateur qui filme et comprend la banlieue comme personne (Ma 6-t va craquer), ce n’est pas étonnant finalement…

La conclusion globale de ces deux films est donc positive : pas d’apologie, pas de volonté de réaliser un documentaire non plus, des textes bien sentis, un film bien tourné… l’un des meilleurs polars français depuis bien longtemps.

Note : 7/10

MUSEE HAUT MUSEE BAS – Jean-Michel Ribes

In des films... on novembre 19, 2008 at 12:45

Film français / Tragi-comédie burlesque / 2008

En présence de Jean-Michel Ribes

Tout le monde se souvient de la fantastique série télé Palace, de son humour grinçant, des jeunes talents qu’elle a mis en avant (Valérie Lemercier notamment, qui inaugure d’ailleurs ce mois-ci la réouverture de la salle de spectacle du même nom). Le temps a passé et Jean-Michel Ribes a voulu s’essayer au long métrage sans ses acolytes Roland Topor, Pierre Desproges ou Philippe Khorsand. Une comédie burlesque essentielle dans ce climat politico-économique stressant et morose.

Musée Haut Musée Bas s’intéresse autant aux Arts exposés dans les musées qu’aux œuvres, plus ou moins artistiques, que compose la faune des fréquentateurs de musée (groupes touristiques, écoles, gardiens, familles, étudiants…). Ribes présente une farce burlesque où se mêlent toutes les classes sociales et tous les thèmes ou poncifs se rapportant de près ou de loin à l’Art. La manière de filmer est très dynamique, parfois entêtante, pour mieux créer la mise en abyme du spectateur : je regarde un film montrant des gens qui regardent des situations montrant le travail d’artistes qui ont retranscris leur manière de voir les choses…

Mais en creux se dessine surtout une critique acerbe de « La Culture ». La culture est avant tout politique en France : pas de subvention, pas d’art – et de ce fait on choisit seulement quelques artistes. Le Musée est probablement l’un des derniers lieux de brassage social accessible à tous (car l’Opéra à 75 euros la place en réservant 6 mois avant ou les clubs offrant des concerts privés c’est hype mais pas accessible). Et ces lieux sont avant tout indispensable pour une raison : pouvoir rêver, imaginer à loisir des histoires à chaque œuvre. Il ne s’agit pas de comprendre mais de ressentir quelque chose (positif , violent, furtif… ou non), ce qui devient un luxe dans un monde aseptisé et dictateur (on nous dicte ce qui est bien ou pas, ce qui est beau ou non, ce qu’il faut penser, voter, goûter, dire, voir…). Le Musée, essentiellement étatique dans notre pays, est aussi contraint par les décisions/lubies gouvernementales annexes : le Changement Climatique ou le concept vide de Nature ou Développement Durable sont ici parfaitement transcrit et dénoncés (la Lutte des droits de la Végétation contre le génie créatif Humain).

On peut trouver plusieurs défauts au film, notamment quelques longueurs liées à l’essoufflement de certaines scènes. Ribes est un metteur en scène de théâtre et un scénariste de télévision, moins un réalisateur. Il manie comme personne le moyen métrage, moins le long. L’autre défaut vient du manque de piquant de certaines répliques, non pas parce que le script est mauvais (la patte de Roland Topor n’aurait tout de même pas été de refus), mais parce qu’il est moyennement bien interprété. Un Pierre Desproges en visiteur associant les peintres aux étages de places de parking (Velasquez – B12) aurait été plus jouissif que l’interprétation qu’en fait Daniel Prévost, à qui aurait mieux convenu le rôle de provincial n’aimant QUE les impressionnistes occupé par Gérard Jugnot (qu’on aurait pu dégager du film, lui, même s’il n’est pas complètement mauvais dans son rôle de beauf qu’il est).

Pour aimer ce film il faut avoir fréquenté les musées, en long, en large, en travers, avec des gens à qui l’on tient, avec des gens qui nous hérissent, seul en vitesse entre deux rendez-vous ou après une journée de travail éreintante ou en y ayant consacré la journée… Pour beaucoup de personnes, le Musée est synonyme de « chiant mais culturel ».

Pour aimer ce film, il faut avoir réussi à vivre un détachement par rapport à la situation. L’un des meilleurs moments de musée qui me vient immédiatement à l’esprit concerne le fiasco de tentative de visite du Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers. J’étais en voyage seule avec ma mère, nous étions mortes de froid dehors (il neigeait) et étions heureuses d’arriver enfin au Musée car nous aimions les peintres flamands et avions prévu de voir les Rubens. Arrivées au Musée, il faisait aussi froid que dehors et les pièces maîtresses étaient soit en réfection, soit à Paris pour une exposition (!). Je n’oublierai jamais le fou-rire qui nous prit soudain au milieu de tous ces portraits déprimants (Anvers n’est pas pourvue d’une population riante…), nous éclations de rire devant chaque œuvre, les gardiens nous observaient médusés. Nous n’avons jamais terminé la visite, nous sommes restées à la cafeteria meublée Art Contemporain pendant plus d’une heure à boire du thé, manger des spéculos et lire un Elle qui trainait… c’est mon meilleur souvenir « culturel » je crois. Et depuis ce jour, je n’ai jamais prévu de partir en voyage pour y voir telle ou telle chose mais pour y laisser vagabonder mon esprit comme bon lui semble.

Vous l’aurez compris, pour aimer Musée Haut Musée Bas de M. Ribes, il faut avoir des souvenirs de musées, qu’ils soient bons ou mauvais. Parce que si vous vous en souvenez, c’est déjà que ça a provoqué quelque chose en vous, que ça a remué un ordre trop bien instauré. La moitié de la salle lors de la projection est ressortie déçue principalement parce qu’il ne comprenaient pas « le pourquoi » du film. Selon moi il s’agit simplement d’un ode à la l’imagination, ce « supplément d’âme » qui ne pourra jamais complètement être contrôlé par un tiers sous quelque contrainte que ce soit.

Note : 7/10

QUANTUM OF SOLACE – Marc Forster

In des films... on novembre 7, 2008 at 3:37

Film suisse / Action – Espionnage / 2008

James Bond a changé. Second film avec Daniel Craig, Quantum of Solace est la suite de Casino Royale et ne ressemble pas aux 21 adaptations précédentes. Cela ne plaît pas à tout le monde… Marc Forster, réalisateur du charmant Neverland et de l’adaptation peu fidèle des Cerfs-volants de Kaboul (de Khaled Hosseini) n’a pas respecté tous les codes de l’agent secret britannique.

D’abord, de l’action et du réalisme en veux-tu en voilà. Le film commence par une course poursuite sur les corniches italiennes plus que réelle. J’en suis témoin vivant, mon papa avait cette fâcheuse habitude de passer entre les semi-remorques dans les tunnels des Alpes donc j’ai vécu la même chose en beaucoup moins héroïque (pas de portière arrachée, pas de beaux mecs avec des mitrailleuses partout… juste mon papa, des gros camionneurs et une glissière de sécurité en mauvais état). L’intrigue se passe dans un contexte politique contemporain : la guerre de l’eau a (enfin) supplanté la guerre froide. La perfide Russie cesse d’être l’ennemi numéro un et est remplacé par une forme de terrorisme plus subtile et angoissante : la menace diffuse qu’on ne peut identifier.

Ensuite, on vire l’aspect « J’ai une voiture de Mad Max fabriquée par un savant fou », à la place on a des hôtels qui fonctionnent avec des piles solaires et des voitures électriques (sauf la première scène du film), de la technologie réelle et accessible mais que personne n’a le bon sens d’utiliser.

Enfin, terminé le héros qui saute toutes les nanas qui lui tombent sous la main, qui remet ses boutons de manchettes sans arrêt en place et a toujours un brushing impeccable, James est ici un homme qui sue lorsqu’il cavale après des méchants, qui a les cheveux en bataille lorsqu’il sort du lit et des coups de soleil s’il reste trop longtemps dehors.

Si le casting est impeccable – Daniel Craig (James Bond) n’a pas besoin d’un brushing pour être classe, Olga Kurylenko (Camille) est une Bond Girl qui a un cerveau et des muscles opérationnels (pas une anorexique écervelée  juste bonne à coucher avec le héros), Judi Dench (M) est égale à elle-même et Mathieu Amalric (Dominic Greene) jubile et excelle dans la peau du méchant – la réalisation manque parfois de finesse (on reconnaît un peu trop la doublure de Daniel Craig dans certaines scènes) et de fluidité (on peine à raccorder tous les bouts d’intrigues si l’on n’a pas revu Casino Royale depuis sa sortie sur grands écrans).

Alors pourquoi la critique n’a pas aimé ce film ? Parce que ce sont des vieux shnoques ! Ils n’aiment plus James Bond depuis les années 60 ! Ce Bond, encore plus que le premier volet Casino Royale, marque l’évolution d’un personnage de carton pâte vers un humain sérieux et efficace dans son boulot (de la même façon que C. Nolan a donné une consistance plus grave au personnage de Batman). Plus de grand guignol, plus de scénario en 4 actes immuables (James couche avec une nana et en fait elle est méchante – James effectue sa mission même si la hiérarchie lui dit non – James sauve l’héroïne grâce à ses gadgets – James couche avec l’héroïne dans une scène finale torride et improbable). Les personnages sont calmes et très peu expressifs ? Normal ils sont concentrés sur la tâche à accomplir et ne laisse pas l’ennemi filtrer leurs émotions.

Ce nouveau James Bond est un bon film qui, en dépit des mauvaises critiques, séduit le public. S’il plaît autant c’est aussi peut-être parce qu’il correspond mieux à notre société (pas forcément dans le mauvais sens) non ?

Note : 7,5/10

THE DUCHESS – Saul Dibb

In des films... on novembre 7, 2008 at 11:29

Film britannique / Romance tragique / 2008

Invitation à la dernière minute à l’avant première du second film de Saul Dibb. Après les banlieues chaudes de Londres (Bullet Boy), le réalisateur s’attaque à la biographie d’une belle aristocrate du XVIIIe siècle en avance sur son temps, la duchesse du Devonshire. Un beau film en costumes pour les filles en mal de romantisme.

Donc la belle Duchesse Georgiana de Devonshire, incarnée par Keira Knightley qui a l’habitude des films du genre (Reviens moi, Pride and Prejudice…), se retrouve mariée à 17 ans à un homme plus vieux qu’elle et n’ayant pas exactement la même vision des relations amoureuses qu’elle… Sa mission : donner un héritier au Duc. Et évidemment elle est amoureuse d’un autre homme, sans situation ni nom ni rien du tout, l’agitateur politique Charles Grey (futur Premier Ministre au moment des faits). Sauf que la dame déchante très vite : son mari a des maîtresses, a tout pouvoir sur elle et ses enfants (ses filles), sa seule confidente devient la favorite du Duc de Devonshire… bref c’est la fête et elle a beau avoir de l’esprit, des atouts physiques, des goûts vestimentaires en avance sur son temps, elle reste une pauvre femme soumise et impuissante qui ne pourra pas vivre aux côtés de l’homme qu’elle aime. Dans la droite lignée de cette fresque romanesque s’en est inscrite une autre au XIXe siècle, la vie de son héritière Diana est semblable sur bien des aspects. Et d’ailleurs, les femmes ont beau avoir gagné des combats de liberté depuis (droit de vote, port du pantalon, permis de conduire, divorce…) elles restent souvent dans des situations aussi peu enviables.

Le casting d’acteurs est impeccable, la mère de Georgiana jouée par Charlotte Rampling est notamment très bien choisie. Et Keira interprète parfaitement la femme prise au piège (ses enfants et l’aisance financière ou son bonheur, le dénuement et l’opprobre). Par ailleurs, les accents anglais sont délicieux et travaillés correctement pour ajouter un peu plus de réalisme aux scènes.

Le hic du film est que tout les autres éléments ont l’air factices : costumes mal coupés (et mal cousus, on voit des fils pendre !), décors dans les véritables lieux de vie de la Duchesse (Bath, château du Duc de Devonshire à Chatsworth) mais peu mis en valeur, dialogues manquant trop souvent de piquant et de spontanéité… Les scènes les plus réalistes sont finalement celles des meetings politiques avec le peuple.

L’objectif de ce film m’échappe également.

 

  • Objectif banal : Est-ce pour dire que la vie des femmes aisées deux siècles plus tard n’est pas si éloignée de celle de cette Duchesse, mis à part que les robes sont moins contraignantes (le film débute sur la nuit de noces de la Duchesse où son mari lui arrache ses vêtements et laisse apparaître de splendides cicatrices dues au corset trop serré, ça seules les femmes peuvent comprendre !) et les relations amoureuses un peu plus humaines ? Nous avons le droit de vote certes mais notre poids politique n’est pas beaucoup plus respecté, nous sommes restées des faire-valoir des hommes (cf. la jolie Carla et l’hideux Sarkozy).
  • Objectif politique : Est-ce pour signifier qu’en sacrifiant son bonheur, cette femme a permis à un homme de l’opposition d’accéder au gouvernement britannique et d’instaurer des lois plus socialistes (cf. Diana et Tony Blair)?
  • Objectif people ridicule : Est-ce encore pour démontrer que lorsqu’on est belle, intelligente et qu’on a un peu d’influence, c’est de famille (cf. Diana et la Duchesse de Devonshire) ?

 

Il y a seulement deux ans, j’aurais probablement adoré ce film, en vieillissant un peu – cynisme ou simple mûrissement ? – je constate simplement que dans nos sociétés, les femmes qui réussissent en politique ne sont pas intéressantes, que les femmes intelligentes ne sont pas mises en valeur, que les femmes qui sont belles n’ont pas le cerveau qui suit… et que cela va en s’aggravant.

Note : 6,5/10

MESRINE : l’instinct de mort – Jean-François Richet

In des films... on octobre 28, 2008 at 11:54

Film français / Thriller – Biopic / 2008

Encore une biographie par le cinéma français, qui plus est la bio d’un très méchant truand… une apologie du crime et du vice, un jeu dangereux s’il est mal interprété. Sauf que contrairement à l’accumulation de navets français retraçant les bios de personnes ayant marqué l’histoire du XXe siècle (dernière en date Coluche), le premier opus du dyptique consacré à la vie de Mesrine est réussi et remplit son contrat de bon thriller palpitant et inquiétant.

Cela tient avant tout à un homme, le scénariste Abdel Raouf Dafri, qui doit aujourd’hui être une espèce en voie de disparition dans l’hexagone tant les films français de qualité se font rares. Le film est construit telle une respiration avec ses échauffements (petits larcins), ses respirations lentes et apaisées (scène de danse dans le salon) et bouffées rapides dans l’action (évasion d’une prison, gros coups). Les dialogues font mouches (un peu moins dans la scène pastiche des deux gardes forestiers au Canada), ni trop ni pas assez de dialogues. Pas de grosses ficelles du type « c’est la scène clé, vous ne comprenez pas Mesrine si vous ne voyez pas ça ». Non, le scénariste de la série La Commune (qu’il a volontairement placé en banlieue et non dans les corons), le scénariste du prochain Audiard est autodidacte et certains feraient bien d’en prendre de la graine.

Le talent du réalisateur n’est pas non plus étranger à la réussite du film. Dès la première scène du générique, on comprend qu’on ne pourra pas être déçus : trois caméras filment la même scène d’un angle différent et à 10 secondes d’intervalles, les images dansent, le temps comme notre attente sont suspendus et curieux de voir la suite. Jean-François Richet est discret mais il maitrise son sujet. 10 films en 13 ans dont le génial Etat des lieux (1995), l’homme a grandi dans les banlieues de Meaux et filme mieux les paysages urbains en décomposition / reconstruction / transition que la verte campagne canadienne. Bref il est plus à l’aise sur le macadam qu’au milieu des épicéas, tout comme son personnage, l’ignoble truand Mesrine.

Car le film fonde sa réussite sur un autre tandem : l’acteur incarnant Mesrine, Vincent Cassel, et Mesrine lui-même. Le truand qui s’était attiré la sympathie des médias avait oublié de ne dire que des conneries. Il dénonça notamment les traitements infligés aux détenus dans les QHS. Et Vincent Cassel incarne bien le personnage, contrairement à la tendance des films actuels, il n’imite pas un truand, il en est un. Cassel joue avec son franc-parler, ses actes d’une incroyable douceur et dureté à la fois. Impitoyable, l’homme poignarde de sang froid un maq qui a tabassé une prostituée avant de fourrer le canon de son arme dans la bouche de sa femme…

Deux petits reproches viennent entacher la qualité du film cependant. D’abord, les sauts temporels sont parfois difficiles à suivre, on passe d’une scène d’action à la prison, c’est parfois un peu frustrant car on aimerait voir par exemple comment se défend ce genre d’accusé dans un tribunal. Et également, la partie du film concernant son exil au Canada est parfois médiocre : scène dans la forêt, épisode chez le milliardaire… ou encore cette scène surréaliste dans l’Arizona où coursés par une vingtaine de voitures de flics, Mesrine et sa copine croisent un vieil indien en panne sur le bord de la route : la scène est vraiment géniale, sauf qu’elle ne colle pas dans le film, on est dans un Richet pas un Tarantino !

Pour finir, il faut attendre le second volet de la vie de Mesrine – L’ennemi public n°1 – pour voir quelle conclusion tirer du nouveau film de J-F Richet, mais le premier épisode rehausse le cinéma français à un niveau plus acceptable. Manque de temps ou de budget, certaines lacunes techniques et matérielles (décors) auraient méritées d’être comblées.

Note : 7,5/10

COLUCHE – Antoine de Caunes

In des films... on octobre 27, 2008 at 6:35

Film français / biographie / 2008

Quelle mouche a piqué les réalisateurs français ces dernières années ? Sous prétexte que le cinéma se porte mal, on en profite pour jouer à Qui est Qui avec les acteurs ? Donc on avait eu une chanteuse (Cotillard aka Piaf), une écrivain (Testu aka Sagan), on nous refourgue maintenant un comique : François-Xavier Demaison aka Coluche. Outre la performance remarquable des acteurs principaux, le film d’Antoine de Caunes est mauvais… Moyennement bien filmé, plutôt mal scénarisé, l’ensemble est indigeste et ennuyeux.

Le réalisateur a choisit de se concentrer sur l’année et demie que l’humoriste Coluche a consacré à la politique lors de sa campagne pour la présidence de la République en 1981. On a une biographie (avec toute la part de subjectivité qu’elle comporte) alors qu’on aurait davantage aimé un documentaire sur le sujet…

Côté acteurs, il y avait de quoi faire. Outre la belle prestation de F-X, le Jacques Attali joué par un Denis Podalydès méconnaissable est assez intéressant, d’autant plus du fait du revirement politique récent de l’homme.

Côté caméra, rien de transcendant, c’est assez monotone et on s’ennuie un peu parfois.

Côté scénario, eh bien, c’est atterrant… Par son manque de pertinence d’abord. On a par exemple lors d’une fête chez l’humoriste, une scène où Coluche dit à Attali « Viens, je vais te présenter Johnny » et ensuite ? Eh bien il ne se passe rien, on ne voit pas Johnny, on passe à une autre scène. Quel est l’intérêt de cette scène ?

Le sous-titre du film est « l’histoire d’un mec… », c’est faux, on ne raconte pas la vie d’un mec, on ne parle que d’une année de la vie d’un mec. L’histoire de Coluche, ce n’est pas de devenir politicien !

Un problème de taille reste le fait que De Caunes ne demande pas à ses acteurs d’interpréter mais de copier les personnages qu’on leur confie. On reste tout le temps du film en attente d’autre chose, d’une incarnation qui ne vient pas. On peut difficilement réinterpréter un comique de la taille de Coluche, alors si on le copie c’est vraiment mauvais… Une scène est consacrée à « l’étincelle qui va donner l’idée à Coluche de créer les restos du cœur », le reste est résumé en une phrase.

Coluche, on en entend parler tous les jours (via les restos du cœur), on voit encore ses sketches régulièrement au petit écran, on entend sa voix à la radio… bref, ce n’était pas le personnage qui avait besoin d’un film actuellement, qui plus est un film médiocre. J’espère que si l’humoriste avait été vivant, il aurait chauffé les oreilles d’Antoine De Caune, lequel aurait mieux fait de rester à sa place depuis longtemps : animer des émissions de télévision… A quand Cauet adaptant la carrière de Dieudonné ?

Note : 3/10 et c’est cher payé…

LA BELLE PERSONNE – Christophe Honoré

In des films... on octobre 1, 2008 at 6:15

Film français / drame / 2008

Je n’ai pas pour habitude de parler des choses inintéressantes mais Christophe Honoré a un problème qui devient vraiment casse-pied : tous ses films s’apparentent à des premiers films. La belle personne est censée être une adaptation du roman de Mme de La Fayette (La Princesse de Clèves) doublé d’une réponse de Nicolas Sarkozy à l’œuvre. Il ne s’agit que d’une fresque où ni l’unité de temps, ni l’unité de lieu, ni le choix des acteurs ne convient, un peu léger pour réussir un film non ?

D’abord le lieu de l’intrigue : le lycée Molière dans  le XVIe arrondissement parisien sous un temps gris, froid et déprimant ; un café miteux en face du lycée ; un hall d’immeuble froid et répulsif des années 80. On a d’emblée envie de lui rappeler que le tout est censé avoir lieu à la cour… ce qu’il aurait été intéressant d’exploiter dans une problématique où Honoré était censé répondre à Sarkozy. Au final, c’est le réalisateur qui cause le plus de tort à l’œuvre de La Fayette.

Ensuite le choix des acteurs. Louis Garrel n’est absolument pas crédible en professeur d’italien qui fricote sans retenue avec ses élèves.  Il est certes beau garçon mais n’a rien d’autre pour lui, possédant au total environ 3 expressions depuis le début de sa carrière (il fait la moue, il passe la main dans ses cheveux, il soupire). Il serait temps de faire un peu mieux ! Le reste des acteurs ne représente que la plus belle brochette de fils et filles de (Bonitzer, LePrince-Ringuet, Lang !). En fait il aurait mieux fait de prendre Jean Sarkozy et ses amis ça aurait beaucoup mieux collé. Il s’érige contre N. Sarkozy mais reprend tous les codes qui sont chers au nabot (et je n’y vois aucun second degré).

Rappelons le, avant La belle personne, Honoré nous avait infligé Les chansons d’amour qui, au delà du titre mièvre et débilitant, avait la bande son la plus exécrable du moment (Alex Baupain, compositeur minimaliste aux 3 accords de piano et à la voix monocorde).  Rebelote ici, on a droit à ses chansonnettes mièvres et niaises. Il y en a moins, mais il y en a encore trop à mon goût.

C. Honoré a tout de même une qualité de taille, il sait filmer Paris. Son film intitulé comme la ville était d’ailleurs un petit bijou du genre. Le XVIe dépeint ici par le réalisateur est fidèle à sa réalité de ce quartier : grisâtre, déprimant, vide, sans aucune autre odeur que celle du fric… 

Un film décevant et raté. Note : 3,5/10

MARTYRS – Pascal Laugier

In des films... on septembre 10, 2008 at 10:51

Film français / 2008

De cet auteur je ne connaissais rien, hormis une photo un peu glauque dans Technikart. Du genre, épouvante-horreur, je ne suis pas spécialiste, plutôt très nerveuse de mon état j’effraye plus la salle que ne le fait le film dans ces cas là donc j’évite.

Ce qui m’intéressait, c’était qu’on ait fait passer son interdiction de projection de -18 ans à -16 ans… ce qui me paraissait un peu absurde. J’allais donc voir ce film sans grandes attentes. Et je n’ai pas vu ce à quoi je m’attendais.

 

Il y a d’abord une erreur de classification de ce film selon moi, il s’agit moins d’horreur que de thriller psychologique. On est face à deux jeunes filles, Anna et Lucie, dont Lucie semble poursuivie par un monstre à forme humaine. On comprend immédiatement qu’elle a des visions morbides et que l’intérêt de la première partie du film réside plutôt dans la relation entre les deux jeunes filles, Anna assistant impuissante à l’autodestruction de son amie. On peut ici souligner les performances des deux actrices principales, qui interprètent sans fioritures leurs rôles plutôt ardus.

La seconde partie du film est beaucoup moins réussie selon moi puisqu’on bascule dans un délire d’obscure secte cherchant à recréer la situation de martyr, et non simplement de souffrance, afin de percer le mystère de ce qu’il y a après la mort.

Le spectateur assiste donc à une série de torture en tous genre, jusqu’au décharnement. Ce qui est le plus choquant, c’est que la plupart des sévices sont banal, rappelant les femmes battues ou les otages de groupuscules extrémistes.

Le bilan pourrait donc s’arrêter là : mitigé mais intéressant, un petit 7/10. Mais là où Laugier ne convainc pas, c’est aussi dans sa façon de filmer et d’aborder le sujet, très intéressant, dont il voulait traiter.  

Dans son film, les gens ont tous des gros calibres et s’en servent aussi bien que des snippers… Pourquoi avoir tenu à situer l’histoire en France dans ce cas ?

Dans son film, les gens creusent des fosses de 3 mètres de profondeur pour faire de la plomberie du dimanche dans leur jardin, quel intérêt pour l’histoire à part avoir fourni une fosse géante pour les cadavres ?

Pourquoi une interdiction au -16 ans et pas 18 finalement ? Parce qu’il n’y a pas de sévices sexuels ? Ce film est selon moi beaucoup plus violent que n’importe quelle daube américaine de film d’épouvante justement parce qu’il touche au réel, au plausible. On ne garde pas en mémoire les visions de d’humains monstrueux, mais cette violence sourde et latente de chaque jours, qui pourrait arriver à n’importe qui… 

Quant à l’épilogue, que je ne dévoilerai pas ici, il est laissé en suspend de façon éhontée, comme si le réalisateur n’avait pas jugé nécessaire de terminer son film. Dommage, il y avait matière à faire beaucoup mieux je crois. Note : 4,5/10