Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

Archive pour la catégorie ‘des disques…’

FLORENT MARCHET – Courchevel

In des disques... on novembre 4, 2010 at 8:30

Artiste français / Chanson / PIAS

Troisième album, troisième ville. Après l’album concept Rio Baril et l’album cliché Gargilesse, on s’attend donc à la monographie de Courchevel. Au passage, l’artiste s’est investi dans plusieurs projets parallèles et a changé de label. Se serait-il perdu en route ?

Si Gargilesse était intéressant, Rio Baril était incontestablement un album concept d’une grande qualité. Et le projet Frère Animal avec Arnaud Cathrine n’était pas en reste. Pas plus d’ailleurs que son travail pour diverses jolies femmes (Clarika et La Fiancée en tête). Alors pourquoi ce nouvel album de Florent Marchet est d’emblée si décevant ?

Avant tout, on peut être surpris par la concision de l’opus. Après des albums longs et progressifs, où les morceaux dévoilaient leurs subtilités au fur et à mesure, on est confronté à des titres en bloc, qui donnent tout ce qu’ils ont en moins de deux minutes. C’est d’autant plus déroutant que la sortie du disque avait pris du retard, on s’attendait à des finitions plus soignées : Hors-piste, titre instrumental, sonne comme une excellente base de travail inachevée.

Et d’ailleurs point de monographie mais un foutoir foutraque de villes sur-chantées qui n’ont en commun que d’accueillir les populations par vagues (de cathos bourges coincés à Courchevel, de beaufs et familles nombreuses à Narbonne Plage, d’un peu de tout à Roissy).

Côté textes et orchestrations pas grand-chose de novateur et, si on reconnait sans peine la justesse du propos de La Charrette ou Courchevel, L’Idole, la Famille Ricoré ou Benjamin donnent une impression de déjà entendu plutôt désagréable.

Le plus dérangeant de ce troisième album reste ce nouveau tic de chant contracté par un artiste qui avait le mérité de livrer ses textes sans jamais sombrer dans la caricature pataude. L’Eau de Rose est une splendeur de texte ciselé gâché par des accents de Patrick Bruel. Pourquoi ce chanteur se met-il à avoir des trémolos pathétiques et totalement kitsch dans la voix ? Le paroxysme du pitoyable survient sur Pourquoi êtes-vous si triste ? où le piano-voix larmoyant donne juste envie d’en coller une à son auteur pour le réveiller d’un mauvais rêve.

Florent Marchet a changé de crémerie et, à force de pourvoir tous ses amis en produits laitiers frais, il n’a gardé pour lui que des productions au goût un peu rance… Troisième album celui de la maturité ? Pour quelqu’un qui chante encore Qui je suis ? ou depuis le temps…Non.

FRANCESCO TRISTANO – Idiosynkrasia

In des disques... on novembre 3, 2010 at 8:30

Artiste luxembourgeois / Electro – Piano / Infiné

Mise en garde 1 : cette chronique n’est absolument pas conventionnelle…

Mise en garde 2 : un dictionnaire vous sera éventuellement utile…

727 Fifth Avenue, 10022 New York City. C’est écrit en toutes lettres sur l’anneau argenté qui orne mon annulaire. L’adresse d’un joaillier, immortalisé par un film dont je n’ai jamais aimé la traduction française, Breakfast at Tiffany. Ce produit fini dans la vitrine, attendant qu’on lui fasse vivre une vie pleine de rebondissements, a été façonné par un orfèvre dont le nom est estampillé sur le certificat qui tapisse le fond de l’écrin bleu turquoise.

Mais l’orfèvrerie ne s’applique pas qu’aux bijoux. Elle peut être musicale. Et Francesco Tristano est assurément l’un des meilleurs artisans que l’on puisse trouver sur le marché. Définition.

Solitaire méticuleux et endurant

L’orfèvre conçoit et dessine un objet et passe ensuite à sa réalisation. Il travaille toujours en atelier, le plus souvent en position assise. Toutes les étapes de la fabrication exigent une grande minutie de gestes et une attention constante.*

Pianiste dit « classique » de formation, Francesco a usé pas mal de pantalons sur les tabourets laqués recouverts de velours. Ne regarde pas tes mains / Sans effets de manches ! / C’est écrit Allegro et non Moderato / Retravaille la seconde partie. Comment peut-on passer sa vie à interpréter des auteurs morts ? A moins de manquer d’imagination, on ne peut pas. Et rien qu’à voir cette belle gueule aux boucles indomptables, on saisit que F. Tristano ne va pas en rester à se contenter de magistraux récital de Bach ou Chopin. On est au XXIe siècle bon sang.

Réinterpréter au piano des électroniciens loin d’être morts. Premier affranchissement et non des moindres lorsque Francesco reprend Autechre  au piano (Andover – Not for Piano). Le pas est franchi, plus de retour en arrière possible pour notre plus grande satisfaction de le voir passer d’une banale profession artistique à un difficile et délicat métier artisanal.

Efficacité et beauté lapidaires

Francesco est luxembourgeois – ou français puisqu’il réside souvent à Paris – ou espagnol comme il a élu domicile à Barcelone – ou américain puisqu’il a été formé en grande partie à New York… Qu’importe, il faut savoir voyager pour aller s’approvisionner des meilleurs matériaux. Notre artisan travaille les gemmes. Au fil des disques, ses yeux saphir déchiffrent inlassablement des combinaisons musicales de plus en plus complexes, ses ongles deviennent rubis à force de répétition, ses partitions ont peu à peu la limpidité émeraude des plus beaux océans.

A chaque étape de l’élaboration de l’objet l’orfèvre recuit la pièce au chalumeau pour assouplir le métal.*

Francesco Tristano martèle toujours plus les métaux électroniques et à force de les refouler, les ciseler, les graver, les limer, les polir et les aviver, le sertissage du piano devient intéressant et sa réfringence devient splendide.

Pour ce troisième album, Francesco a utilisé des pierres plus dures. Et pour révéler les mille feux de ces beautés cristallines, il a su faire appel au meilleur des diamantaires, Carl Craig, au savoir-faire électronique impeccable de Detroit.

La taille du diamant sera effectuée par un diamantaire, en raison de sa dureté qui nécessite des techniques et un matériel appropriés.*

Le résultat est cette Idiosyncrasie digne des meilleurs glypticiens : de longs morceaux mélangeant gravure (Eastern Market), sculpture par abrasion (Wilson, Hello-Inner space Dub), intaille (Single and Doppio), camée (Idiosynkrasia), ronde-bosse (Frangrance de Fraga), haut et le bas-relief (Lastdays, Mambo). Seul reproche, dans un souci de satisfaire tous les clients, les morceaux restent un peu trop lisses dans l’ensemble. Chacun est beau et original, mais tous restent des bijoux.

Idiosynkrasia, Francesco Tristano. C’est écrit en toutes lettres sur la pochette du disque qui me fait face sur mon bureau. Le nom d’un orfèvre musical, que je me suis procuré chez le joaillier Infiné. Ce produit fini dans son écrin de carton, attend seulement qu’on le glisse dans une platine pour illustrer une vie pleine de rebondissements. Celle que vous voudrez lui faire vivre. A vos disques…

Sortie le 15 novembre

* Toutes les définitions en italique sont issues de www.cidj.com

PVT – Church with no magic

In des disques... on novembre 2, 2010 at 8:30

Groupe anglais / Rock électronique / Warp

Dans les courants de dénomination de groupes de musique, celui consistant à supprimer toutes les voyelles de son nom prend de l’ampleur. Ainsi on avait MSTRKRFT ou ChkChkChk, et Pivot est devenu PVT. Volonté de ne garder que l’essentiel ? La substantifique moelle de compositions sombres et envoutantes ?

Structure simple comme un feuillet de messe catholique

Une rythmique rock, des synthés qui font mugir l’électronique et une voix grave avec une réverb qui ajoute au côté mystique. Ici les chœurs ont laissé la place à des cris harmonieux, sortes d’incantations pour mieux entrer en communication avec les esprits. Mais quels esprits d’ailleurs ? Nos synapses tout simplement. PVT livre des ballades neuronales qui plongent l’auditeur dans une transe à la fois grave et joyeuse. La voix et la batterie vous guide, impossible de s’en défaire, les neurones de votre cerveau papillonnent de plaisir et votre hypothalamus s’en donne à cœur joie, délivrant endomorphines à tout va.

Album en Rosace de la Sainte Chapelle

Church with no magic est un disque qui vous entraine toujours plus loin dans une spirale envoutante. Simple curieux qui pénètre un lieu sacré dont la porte est fraternellement ouverte (Community), on se fait happer dans ces mélodies rock dont les motifs s’avèrent de plus en plus complexes à mesure que les titres défilent. Cela a beau être fascinant, il n’y a de spirituel que cette sensation délicieuse de s’élever soudain, comme si deux ailes avaient poussé de part et d’autre de notre colonne vertébrale. En fermant les yeux, c’est une mosaïque de sons, d’images mais aussi de sensations qui envahit chacun de nous. Pas de drogues, pas de d’ordres divins, chacun est libre d’éprouver ce qu’il veut, un lieu de culte personnel, façonné à l’image de chacun, sans écrans de fumée. Pas de magie mais l’honnêteté qu’on veut lui accorder, comme l’illustre la distorsion des rythmes sur Window, jeu de fenêtres en trompe-l’œil pendant lequel votre cerveau joue à cache-cache avec vos tympans, ne parvenant pas à remettre les images en face des sensations correspondantes..

De culturel à cultuel il n’y a qu’un pas.

Religion opium des peuples ? La musique de PVT est alors un culte sain auquel se vouer sans retenue. Splendide album démontrant qu’un changement d’appellation n’entraine pas systématiquement une altération de la qualité. Trois lettres au lieu de cinq, renforçant la parfaite trinité : le groupe, la musique… et vous.

LES BELLES HISTOIRES #5 : CHARLES PASI

In Les belles Histoires, des disques... on octobre 26, 2010 at 3:38

Les belles histoires musicales ou comment, dans un monde de la musique qui crise, on peut encore trouver des rêves qui se réalisent. Parce que je suis une fille qui a aussi le cœur guimauve.

Il était une fois un jeune homme qui aurait pu devenir un Justin Bieber. Ou un Justin Timberlake. Mais il s’appelait Charles alors il a fait autre chose. Mieux.

Charles est franco-italien. Et s’il a grandi à Paris, il a passé beaucoup de ses étés outre-Atlantique à écouter Miles Davis, Otis Redding, Ray Charles ou Bob Dylan qui ont forgé son identité. De la musique qui vient des tripes. Lorsqu’il commence la musique à 17 ans, Charles ne choisit pas une guitare électrique mais… un harmonica. Contre l’avis de tous, il suit son idée et prend des cours de chant et d’instrument. Après avoir rejoint un groupe de Gospel puis fait des études de musique en Italie, il décroche plusieurs tremplins et prix, écume les jam-sessions et, après avoir terminé finaliste de l’International Memphis Blues Festival en 2006, débute une tournée internationale (Etats-Unis, Canada, Russie, Hongrie, Benelux, Italie, Espagne…).

Si son premier opus était teinté de blues (Mainly Blue), le second est inclassable.

Incasable.

Affecté en dressant le constat que les jeunes générations n’ont plus de grand combat à mener comparé à leurs ainés sur Lost Generation ou lorsque la ville qu’il aime se désincarne un peu plus chaque jour (Old lady Paris), Charles Pasi a des textes souvent sombres mais dont les mélodies sont de couleurs diverses. Fougueux et enthousiastes, les arrangements sont un mélange d’influences funk, soul ou rock, à l’instar de Wild it up, titre franc comme un uppercut aux sonorités Red Hot Chili Peppers ou Rage Against the Machine.

Du haut de ses 27 ans, Charles nous parle aussi d’un temps que les moins de trente ans devraient apprendre à mieux connaitre. Un instrument pour les mélodies de vieux l’harmonica ? Pas lorsqu’on sait en truffer habilement l’ensemble des musiques actuelles, Charles Pasi en fait la démonstration grâce à ses invités. En particulier lorsqu’Archie Shepp, émérite pilier de l’afrocentrisme et du free-jazz (avec Cecil Taylor), joint son sax-ténor à l’harmonica et au reste du groupe.

Archie Shepp ? Oui oui vous avez bien lu, quand on veut on peut comme dirait l’autre. Il suffit de prendre son courage à deux mains et de composer le bon numéro sur son clavier numérique…

Des frissons vous parcourent l’échine pendant Farewell my love, douce rêverie au piano interrompue brutalement par une saillie de cuivres. Votre cœur tressaute sur Better with Butter, générosité à l’état brut qui vous fera déhancher aussi bien que sur un James Brown et vous donnera envie de revoir tout Bertolucci ou Ferreri. Le phrasé détonnant du saxophone mêlé à la voix charmeuse de Charles Pasi ne trahit à aucune seconde qu’un demi-siècle sépare les deux hommes.

« Un latin aux yeux ravageurs qui chante comme un noir américain et joue aussi bien des mélodies jazz que rock ? » Ne cherchez pas à cataloguer Charles Pasi, ce doux rêveur observe autant le passé que le présent pour mieux construire et comprendre le futur. Ecoutez, vous comprendrez.

Il était une fois Charles Pasi, qui livre avec Uncaged un témoignage poignant de ce que peut être la musique d’hier remise au goût du jour et habilement mélangée par un passionné d’aujourd’hui. Il vivait heureux avant et vivra aussi bien maintenant. Et toujours sans gomina.

Myspace chic

Charles Pasi – Uncaged / Believe

Episodes précédents

Les belles Histoires #1 : LUC VERTIGE

Les belles Histoires #2 : SHINE feat. Terry Reid

Les belles Histoires #3 : THE NARCOLEPTIC DANCERS

Les belles Histoires #4 : LONELY FACTION

Episode à venir : Mondrian

SYD MATTERS – Brotherocean

In des disques... on octobre 21, 2010 at 2:01

Groupe parisien / Pop – Folk / Because

Deux ans qu’on était sans nouvelles de notre groupe favori de Paris. Il faut dire que la joyeuse troupe n’a pas chaumé en travaillant à divers projets parallèles (Chicros, Tahiti Boy and the Palmtree Family, My Girlfriend is Better than Yours…). Une manière d’autant plus efficace de vérifier que le projet Syd Matters n’y a pas perdu son identité.

Album aux sonorités un peu plus électroniques dès le second titre (Hi Life), Brotherocean contient cependant tous les ingrédients gagnants des opus précédents : chœurs, arpèges joués en boucle, piano hypnotique…

Syd Matters grandit et se construit peu à peu, sans rien renier, ainsi A Roberry reprend le thème de l’album précédent, clin d’œil bienvenu tant ces trois accords sont apaisants malgré leur mélancolie.

Parfois, la douleur vous prend au milieu de tous. Tout s’agite, la ville fourmille et vous restez comme paralysé, terrassé par l’incompréhension de l’inadéquation entre votre cerveau et votre corps. Vous êtes à la fois en terrain connu et complètement paumé. Vous êtes comme comme une roche au milieu d’un cours d’eau de montagne. What a strange feeling to be lost. River Sister pourrait être une allégorie à Virginia Woolf, entrer dans le cours d’eau pour tout oublier, à la fois profond désespoir du présent et puits sans fond de foi en l’avenir comme le souligne également Lost et Brotherocean.

L’autre talent de cette troupe de garçons est d’avoir un cœur plus pop que la majorité des filles. De grands rêveurs pas effrayés à l’idée de vous entraîner avec eux. We are invisible, grande balade pop nous entraine dans ces rêveries, on chevaucherait une licorne qu’on ne serait même pas étonné. Une sorte de « Tout devient possible ». On oublie un instant nos angoisses si récurrentes qu’elles nous font honte.

Par ses textes et mélopées, Syd Matters est la transcription musicale d’un massage du cuir chevelu : dénouer les tensions, les apprivoiser, les emporter ailleurs pour les laisser torturer les vilains de ce monde. L’espace d’un disque on respire profondément et l’espace d’un disque, ce n’est déjà pas si mal…

BERTRAND BELIN – Hypernuit

In des disques... on septembre 29, 2010 at 9:31

Chanteur français / Folk – Chanson / Cinq7

Après avoir fait saliver plusieurs mois sur sa mini-prestation en première partie de Dominique A, le disque de Bertrand Belin était probablement l’un des plus attendus de l’année. Hyper-clean, Hyper-classe, Hyper-beau.

Il a toujours été difficile de chroniquer des disques de chansons française, pour la simple raison que sa première qualité de cette dernière se doit d’être une musique immédiate, sans arrière pensée, dont on ne se défait pas facilement, rarement en pouvant l’expliquer. Ainsi on ne perçoit pas immédiatement la puissance musicale d’un Nougaro, Souchon, Higelin, de certains Joe Dassin, ou plus récemment d’Arnaud Fleurant-Didier, Biolay ou Bertrand Belin. Encore un B.B. !

Comment ne pas succomber aux charmes de textes combinant si habilement chic, beauté et poésie, orchestrés guitare-piano d’une main de maître. A l’instar de Tout a changé, morceau calme au texte qui évolue virgule par virgule pour devenir un autre (Te revoilà / Te revoir là / On ne dit pas ces choses à ceux qui sont restés – ici – Tout a changé/), l’opus de Bertrand Belin s’écoute d’une traite. On se laisse porter par les rythmes aussi entrainants qu’apaisants qui rappellent les grandes heures de J-L Murat mais surtout de Manset.

On accorderait n’importe quelle faveur à cette voix grave en qui on a confiance. On est ce Petit Chaperon Rouge qui avait le sommeil plein de loups Avant les forêts, qui refourgue la peur à d’autre, comme hypnotisé par cette douce voix caverneuse. Petit être fragile et sauvage, réfugié dans les replis confortables de ses souvenirs, Bertrand Belin s’immisce doucement et habilement, jure qu’avant le soir il [nous aura] touché la main et qu’[on] en reviendra pas. Et ça fonctionne parfaitement. On l’adopte sans concession.

Par-dessus tout, cet album est un parfait équilibre entre raffinement et immédiateté, classe et popularité, complexité et simplicité. On ne sait à la fois rien expliquer et tout expliciter, c’est d’ailleurs la vocation première de la chanson française : personne ne sait pourquoi on continue de fredonner Aux Champs Elysées en descendant la grande avenue ni ce qui nous pousse à avoir Brandt Rapsodie dans le crâne lorsqu’on fait le point sur sa relation amoureuse, mais quelle que soit l’opinion qu’on ait des interprètes de ces titres, on continue de les avoir dans le crâne…

Pas la peine de s’étendre plus sur ce disque qui a fait l’unanimité de la critique, chose suffisamment rare pour qu’on y prête attention. Enfin un disque de l’année pour la Chanson Française dont les lettres de noblesses sont trop souvent trainées dans la boue. Et par la même occasion, un redressement de la qualité des productions vraiment trop plates de ce label ces derniers temps. Sublime.

A lire aussi, des très belles parlotes chez PlaylistSociety et Arbobo

EDWYN COLLINS – Losing sleep

In des disques... on septembre 27, 2010 at 8:30

Artiste écossais / rock / Heavenly – Cooperative Music

La vie n’est pas un long fleuve tranquille, il faut s’y faire. Et tant mieux d’ailleurs sinon on s’ennuierait probablement beaucoup trop. Edwyn Collins a côtoyé la mort ces dernières années. Un flirt poussé qui ne laisse à la mort que l’alternative d’une crise existentielle. Une remise en question complète de soi, ses choix, ses buts.

- Faire le bilan pour mieux repartir -

I’m losing sleep – I’m losing dignity and it’s guetting me down / Sometimes I wonder what is my role / Half way down to the underground – and I’m bored so bored – I’m not sure what to do what to say – where my heart is, where I’m gone where I’m going / Let me find out who I am, let me live and let me dream /

Noiceur du cœur, sombre énergie qui vous change petit à petit en étranger à vous-même, le miroir ne veut plus vous reconnaitre, vos musclent sont en pilotage automatique.

- Lever le pommeau de douche/ savonner/ actionner la machine à café/ glisser la pastille de magnésium dans votre verre/ fermer la porte à clé/ tapoter sur votre clavier pour boucler ce foutu rapport/ éteindre la lampe de chevet.-

Et soudain, le bras qui se tend, qui vient de là où on ne l’attend jamais. De ceux qui vous ceinturent, comme ce qui retient votre vie au volant du bolide sans freins qu’est devenu votre quotidien. Vos amis en général vous ont lâchement ou timidement laissé de côté mais ces presque inconnus dont vous n’attendiez rien ou pas grand-chose sont là eux, n’attendant rien d’autre que de voir un sourire ensoleiller votre visage.

I can see it in the way you walk / Come today come tomorow – no more tears / The politics of life are obscure and you wanna go I’ll let you go / I still believe in You but it’s okay just hear the voices riding round your place /

- Respirer/ regarder les vagues sous le crachin pendant des heures depuis les remparts/ S’abrutir de films stupides et en lister goguenard tous les défauts/ Dormir/ Déguster un plateau d’huitres en se foutant de penser à partager.-

Some day soon I’ll find a new place, back to the country the cynic life / When I’m older when I’m wiser Over the Hill / and I try to comprehend the forth the fears I’m willing to except the good that is near / Some sweet day we’ll get it in the end and I’ll always be lucky in my life /The simple life, the simple choice.

Revenir à la vie peut se faire de plusieurs façons, la musique en est un vecteur efficace. Rien ne pouvait faire plus plaisir d’entendre à nouveau Edwyn Collins, sa poésie, ses mélodies désuètes qui n’ont pas pris une ride, ses accords de guitares limite ringards qui vous font tomber amoureux du moindre clin d’œil du quotidien.

Le rock à la papa truffé de procédés actuels qui vous entraine pour ne plus vous lâcher, une étreinte sans fins ni fin.

Je dédie cette chronique et cette pochette pleine d’oiseaux à de belles personnes rencontrées de la manière la moins naturelle du monde, sur Twitter. Elles se reconnaitront, merci.

BACHAR MAR KHALIFE – Oil Slick

In des disques... on septembre 13, 2010 at 8:30

Artiste libanais / Electro projet / Infiné

Dans la famille Khalifé on connaissait Marcel, le père à la douceur créative, on était resté subjugué par la dextérité du frère Rami dans sa participation au projet Aufgang, mais on n’avait pas vu venir ce petit frère… et on n’aurait pas parié sur autant de qualité.

Signé chez Infiné (tout comme Aufgang) Bachar Mar Khalifé a plusieurs invités, dont Aymeric Westrich et Rami Khalifé. Album pistonné ? Certainement pas. Six titres seulement, concentré ultime de qualité, matière brute et évolutive à travailler à jamais. Dès les premiers accords on se fait surprendre par la violence des orchestrations. Quelque chose qui nait au fond des tripes pour se répandre dans chacune de vos veinules, propulsé par les tressautements des battements de votre cœur. Une marée noire. Liquide visqueux qui vous embourbe pour ne jamais vous lâcher. Ce qui s’apparentait à une simple comptine enfantine devient en un clin d’œil une éprouvante machine émotionnelle.

On n’est beau que s’il existe le laid, on n’est intelligent que si des imbéciles s’expriment, on n’est doux que si l’on connait la violence, on sait reconnaitre une belle âme lorsqu’on s’est frotté à des raclures monstrueuses. Cet album fonctionne de la même manière, soufflant le chaud et le froid, alternant passages rapides et plus lents. Mélangeant en permanence sonorités classiques (piano, batterie, voix, cuivres) mâtinées de traditionnel libanais et rehaussé d’électronique, le résultat oscille entre jazz et minimal, passant par la pop.

Si ce disque est très structuré, il n’en reste pas moins spontané. On ne ressent pas un disque travaillé pendant des années mais une idée mûrement réfléchie et splendide en quelques prises lorsqu’il a été enregistré.

Laisser les émotions sourdre d’elles-mêmes.

Des douleurs et des colères dans leur expression la plus sobre lorsque sont énumérés un à un les prisonniers politiques libanais ; une prise de position forte en choisissant de chanter une douce comptine en duo avec la chanteuse palestinienne Lita Jana.  Never to forget / Never to forgive.

La pièce maîtresse a donné son titre à l’opus. Oil Slick est une bile qu’il est sain d’exprimer. Chaque mot, chaque note jouée, chaque rythme donné est ici à la fois une entité indépendante d’une violence redoutable et fait partie d’un ensemble d’une beauté fascinante. Une sorte de syndrome de Stockholm schizophrène (Tu me Dégoûtes – Enlever le goût – Ordure – Sac à merde – Minable – misérable – inconscient qui n’a pas de conscience, qui provoque le mal autour et en lui – même malgré lui), un monologue de rejet de soi et de tout ce qui nous entoure, être son propre bourreau, plus la peine est lourde, plus on l’aime (Je m’en veux terriblement. Elle m’en veut, je m’en veux, je m’en veux parce qu’elle m’en veut, parce que je n’ai pas le droit qu’elle m’en veuille, ça ne se fait pas… je m’en veux qu’elle m’en veuille). Durant les sept premières minutes, le piano n’est plus qu’une seule boucle, fil rouge, la batterie lui emboite le pas et les phrases électroniques font de brèves incursions dans ce récit.

Certaines familles doivent être décidément douées pour avoir du talent. Si les productions de Khalifé père et celle de Rami sont ambitieuses et de haute qualité, Bachar Mar Khalifé possède résolument comme une aura supplémentaire et une créativité bouillonnante qui font de son disque un opus indispensable. Matière à remixes, outil de méditation et de réflexion, objet de contestation, par-dessus tout splendide transposition musicale de ce qu’est une marée noire : un désastre d’une incroyable cruauté qui est également diaboliquement beau et qu’on voudrait contempler à jamais.

Sortie le 27 septembre, Myspace (qui n’est pas représentatif du sublime de l’œuvre)

En écoute : Distance – Bachar Mar Khalifé in Oil Slick

Chronique à retrouver sur Le Hiboo

THE HUNDRED IN THE HANDS – s/t

In des disques... on septembre 7, 2010 at 11:21

Duo Brooklyn / Pop – Electro / Warp

Avec un nom aussi long qu’incompréhensible, le duo The Hundred in the Hands serait passé à côté de mes oreilles grâce à l’apriori tenace que je conserve à l’égard des groupes au nom fashion-ta-mère. Et pourtant, c’est véritablement un des meilleurs disques de cette rentrée musicale.

Les mélodies oscillent entre pop soignée et electro voluptueuse. Essentiellement dirigées par la basse-rythmique, la voix de la chanteuse vient s’y nicher sans fioritures. Dès les premiers accords de guitare, on reste subjugué et envouté par le timbre d’Eleanore Everdell qui a recours à une légère reverb qui n’est pas déplaisante. Ici plusieurs échos à la disco des 80’s ajoutent une texture rétro terriblement dansante et euphorisante. Là nos oreilles reçoivent de plein front des accents shoegaze donnant envie de tout faire valser.

On peut d’ailleurs souligner un enchaînement des morceaux particulièrement prenant qui vous émeuvent autant le corps que l’esprit. Ca pétille de partout et, telle Cendrillon, on voudrait ne plus s’arrêter et avoir de nouveau vingt ans pour danser de bout en bout sans respirer le temps de cet LP.

Un album à la fois frais et acide par ses sonorités, sombre par ses textes, entraînant par ses orchestrations, The Hundred In The Hands se révèle un duo qui a de beaux jours devant lui, qu’il ne faudra rater sous aucun prétexte lors de leur prochaine scène.

Sortie le 20 septembre

JAMAICA – No Problem

In des disques... on septembre 1, 2010 at 8:30

Duo parisien / Electro-rock / Ctrl Frk / V2 / Coop

Combien de fois vous êtes vous pris pour un rocker dans votre chambre, sautant allègrement sur le lit au risque d’en claquer les lattes et beuglant un pseudo-baragouin anglais ? Vous regrettez le temps où vous n’étiez pas encore « assez parisien » pour vous retenir de danser à n’en plus finir dès que l’occasion se présentait ? Alors Jamaica est un duo pour vous.

Avant Jamaica avait un nom qui sentait fort. Poney Poney est mort, vive Jamaica (pas beaucoup plus génial comme titre, mais moins gnangnan). Cependant les titres de ce duo restent dignes des meilleures écuries… automobiles. La Ferrari Short and Entertaining qui démarre au quart de tour, l’Aston Martin Secrets chic et sportswear, la Bugatti She’s gonna racée comme les meilleures italiennes… Bref cet album dépote à 200 à l’heure, sitôt écouté, sitôt terminé. Une boite à rythmes, une guitare aux riffs bien aiguisés, des textes qui en ont dans le ventre comme ce When Do You Wanna Stop Working appel l’épuisement avant d’arriver à une retraite qu’on ne touchera jamais.

Un disque qui a des tripes, qui vide la tête et permet de s’évader d’un morne quotidien. Avec eux, il n’y a pas de problème, plus de problème.

MARTINA TOPLEY BIRD – Some place simple

In des disques... on août 27, 2010 at 9:33

Artiste britannique / Pop classieuse / Honest Jon’s Record

Oh chouette une femme qui fait de la pop un peu plus évoluée que celle de tops models écervelées !

Ahem. Martina a des cheveux crépus décolorés, une voix possédant un petit grain de quelque chose qui la rend suave et des orchestrations qui donne envie de danser partout. Une voix ne s’oublie pas, celle de Martina a accompagné Tricky et est encore présente aux côtés de Massive Attack. Ajoutez à cela que ce disque est une bonne idée de Damon Albarn qui l’a incité à sortir cet opus, savant équilibre de nouveaux titres et de morceaux plus anciens réorchestrés. Elle est super VIP cette petite !

Bon, en revanche côté textes, c’est plutôt du genre mélancolique. Le petit clown en apparence rongé par des idées noires… Tiens tiens ça me rappelle quelqu’une ça… Particulièrement poignants Lying, Poison ou Valentine dessinent une jeune femme encore capable d’émotion qui sonnent vrai, qu’elle sait exprimer pudiquement. Côté orchestration, on passe sans problème de la douce mélodie susurrée à la hargne du coup de gueule guitare-percussions qui réveille, en passant par les titres ludiques. Un titre à faire regretter Tarantino de ne pas l’avoir contactée pour Kill Bill (Sandpaper Kisses), des jeux de voix à l’aide de samplers (Ilya) qui renvoient cette coquille vide de Micky Green à son rang… Indéniablement, Martina Topley Bird prend un plaisir incroyable. Ni torturée, ni dépressive, elle est une jeune femme autant capable de frivolité que de sérieux. Rien qu’à entendre sa voix, on est saisi par le puissant charisme d’une artiste qui ira loin et n’en a pas terminé de nous ravir. Elle est ce Phoenix en mutation permanente, un oiseau fantastique qu’on ose pas approcher de trop près de peur qu’il ne s’envole.

Une pop très chic qui aurait tout aussi bien pu venir de Brooklyn :)

Sortie 12 juillet 2010.

Martina Topley Bird jouera à Rock en Scène en compagnie d’un groupe de classe premium de type très connu parmi les famous… Ca commence par Massive et se termine par Attack. Je dis ça je ne dis rien hein… ;)

INEDIT DERNIERE MINUTE : Martina se produira aussi en live solo samedi à Rock en seine à 18h25 sur la Scène de l’industrie.

THE DRUMS – s/t

In des disques... on juillet 19, 2010 at 8:00

Groupe américain / rock / Moshi-moshi Records

Parfois on rève d’être né à une autre époque. Il arrive qu’on y pense tellement fort que cela influe sur notre comportement et nos actes. Les jeunes de The Drums sont de ceux qui auraient dû naître quarante ans plus tôt et sous une autre nationalité.

Sans même l’avoir écouté, la pochette de ce disque fait presque froid dans le dos. Fluokids ? Electro bling-bling ? Indie rock qui se la raconte ?

A l’écoute c’est tout aussi troublant. On croit reconnaitre en permanence The Clash, Joy Division, les Beach Boys… sauf que non, ce sont des jeunes d’aujourd’hui.

On peut d’ailleurs s’interroger sur cette tendance actuelle des jeunes groupes à ne jouer de la musique d’avant leur naissance. Notre époque est-elle si anxiogène et déprimante que les mois de trente ans en perdent leurs facultés créatives pour s’enfermer dans des ersatz d’une époque qui semblait plus heureuse et facile ? Un No future de désespoir tout en restant un Fuck the future de jeunesse qui leur passera.

Si les titres de cet opus sont tous des singles en puissance, la qualité des textes n’atteint pas celles de leurs aînés, pas plus que les orchestrations rivalisent avec les groupes d’origine.

C’est à la fois agréable et agaçant de sans cesse avoir l’impression de retrouver d’autres groupes de rock. Un disque plaisant qui, passé l’effet de surprise, s’avère assez lassant mais n’en demeure pas moins de qualité. Reste à voir si, l’effet de surprise passé et la saison estivale derrière eux, The Drums saura s’extraire plus habilement que Mgmt du carcan que l’on a commencé de leur fixer.

BOUGE TON BOULE ! #2 : les remixes

In des disques... on juillet 13, 2010 at 8:28

L’été est là ! (ah bon on ne vous avait pas dit ? Profitez-en, ça ne dure pas longtemps !) et c’est l’occasion d’écouter de la musique un peu différente du reste de l’année. Comprendre : les corps dénudés et le soleil affriolent toutes les hormones et de ce fait, on se met à apprécier les trucs un peu dégoulinants (de bons sentiments ou de rythmes chaloupés, yeah bébé…). Mais qui dit « musique d’été » ne signifie pas qu’on n’a pas le droit d’être exigeants. Donc on écoute le haut du panier.

C’est involontaire de ma part, cet épisode est tout consacré à Record Makers, label parisien vivant dangereusement entre des égorgeurs et des assassins à armes automatique au cœur du 18e arrondissement.

Vous avez des voisins un peu bruyants sexuellement parlant ? Et d’autant plus quand vient l’été car ils vous laissent profiter de leurs ébats en laissant les fenêtres ouvertes ? Eh bien il existe un remède simple : Sébastien Tellier remixes. L’album original, Sexuality, était une matière première idéale pour des réinterprétations électroniques. Et ceux qui se sont attelés à la tache ont fait ça bien. Midnight Jugernauts, Danger ou Boys Noize transforment les morceaux parfois un peu lisses en des tubes dancefloors imparables. Pour votre voisin casse-bonbon collez-lui Kilometer – A-Track Remix ou Kilometer – Moulinex Remix et croyez-moi, les vagissements et les basses sont tels que ça lui coupera toute envie de vouloir faire le paon.

Toujours chez Record Makers, lorsque la chaleur estivale retombe vers 4h, vous pouvez vous passer en boucle les remixes de Baltimore, excellent morceau extrait du B de Turzi. Le featuring de Bobbie Gyllepsie ici assaisonné aux épices Zombie Zombie devient une splendeur krautrock hypnotique et addictive. Cette collaboration enregistrée en live (au Point FMR) est aussi époustouflante sur scène que sur disque.

A côté des bureaux de Record Makers, on trouve ceux de Tricatel. Et je ne peux que vous conseiller très vivement d’inclure dans votre playlist estivale le kitshissime remix de Showgirls (écurie Tricatel) par Hypnolove (écurie Record Makers). Bien meilleur que l’original, sucré à souhait (déconseillé aux diabétiques), si vous n’arrivez à conclure sur ce titre, c’est moi qui vous embrasse à pleine bouche.

Et comment se passer d’Acid Washed en ce mois de juillet moite. Le titre automobile General Motors, Detroit, America et ses nombreux remixes s’écoute jusqu’à plus soif, entre citronnade et gin-tonic, indispensable (Ne pas louper le live cet été pour les chanceux qui ne prennent pas leurs vacances en aout et peuvent profiter de Paris déserté de ses populaces – Festival FNAC Indétendances, 14 août).

Allez, si avec tout ça vous ne trouvez pas votre bonheur…

Sébastien Tellier and friends, Sexuality remix, Record Makers

Turzi, Baltimore, Record Makers.

Acid Washed, Acid Washed, Record Makers.

Showgirls, Showgirls mini, Tricatel.

Dans la même série :

BOUGE TON BOULE ! #1 : les reprises

BOUGE TON BOULE ! #3 : les trucs sucrés de filles

BOUGE TON BOULE ! #1 : les reprises

In des disques... on juillet 8, 2010 at 7:49

L’été est là ! (ah bon on ne vous avait pas dit ? Profitez-en, ça ne dure pas longtemps !) et c’est l’occasion d’écouter de la musique un peu différente du reste de l’année. Comprendre : les corps dénudés et le soleil affriolent toutes les hormones et de ce fait, on se met à apprécier les trucs un peu dégoulinants (de bons sentiments ou de rythmes chaloupés, yeah bébé…). Mais qui dit « musique d’été » ne signifie pas qu’on n’a pas le droit d’être exigeants. Donc on écoute le haut du panier.

Les reprises sont un art plus ou moins réussi, plus ou moins intéressant aussi. Et l’été fleurit de tubes qui seront parfaits pour le camping ou mal faire l’éducation des ados découvrant le joyeux monde de la puberté.

Tout le monde n’est pas fan de la location entre amis à beauf-land et certains sont assez charitables pour mettre des disques intéressants dans les mains des ados (tant qu’à faire, ils vont les écouter en boucle avec les fenêtres ouvertes, alors autant se fader des choses potables plutôt que « cette année là » version raï…). Voilà deux opus qui devraient faire votre bonheur.

Après My Bloody Valentine, Pas de  Printemps pour Marnie revisite cette année le répertoire des Bee Gees. Au premier abord on a envie de crier au scandale car les originaux des Bee Gees l’été, on aimerait bien qu’ils passent plus souvent, plutôt que les tubes faussement disco avec chorés ridicules. Sauf que Pas de Printemps pour Marnie fait ça bien. Version pop. Très doux, très mignon, qui donne envie aux ados de rester enfermés toute la journée dans leur chambre, allongés sur leur lit avec leurs yeux de Merlan frits et leurs rires niais à la fois horripilant et touchants. En plus y’a des enfants (les classes de CE1 et CM2 de Toulouse) et c’est même pas casse-bonbon (ouais parce que les chœurs de mômes ça va deux minutes en général, c’est sympa pour la kermesse une fois tous les cinq ans…).

Autre genre, autres reprises. The Hillbilly Moon Explosion et sa pochette grunge se révèlent être un bijou 50’s. Du rock n’ roll à la papa, du twist veux-tu en voilà et des reprises de Gainsbourg qui fondent dans les oreilles comme les anis… hum je m’égare. Ne pas rater « Johnny are you gay ? » qu’on aimerait voir remplacer ces R’n’B putassiers dans les guettos-blasters des midinettes. Des jeunes suisses qui font de la musique de vieux américains, c’est rare et précieux.

Pas de Printemps pour Marnie, Nuit Fièvre, MVS Records, sortie le 16 août.

The Hillbilly Moon Explosion, Raw Deal, Believe, sortie le 15 juin.

A venir :

BOUGE TON BOULE ! #2 : les remixes

BOUGE TON BOULE ! #3 : les trucs sucrés de filles

APPLAUSE – s/t EP

In des disques... on juin 25, 2010 at 8:27

Groupe belge / Trip hop – Soul / 3e Bureau

La pochette est antithétique avec le nom du groupe. Comment Applaudir alors que vos deux mains sont occupées à vous boucher les oreilles ? Ce paradoxe n’est que le premier d’une longue série. Un EP qui en a dans le ventre à découvrir ardemment.

Les contradictions, APPLAUSE les cumule. A la première écoute on croit détenir l’opus d’un nouveau cru anglais. Des accents de Morcheeba ou Massive Attack mêlés à une culture britpop. Mais lorsqu’on consulte le communiqué de presse (qui pour une fois n’est pas vain), on tombe des nues en découvrant que ces gars là viennent de Belgique. Ce pays en crise existentielle et identitaire produit régulièrement son lot de petites perles musicales assez insolites.Les textes d’APPLAUSE font d’ailleurs implicitement référence à cet égarement, ils cherchent un phare, un lapin blanc à suivre.

Autre curiosité, alors que d’ordinaire ce genre d’album traverserait vos oreilles aussi vite qu’un Thalys (aussitôt écouté, aussitôt oublié), les mélodies d’APPLAUSE sont plus tenaces que les taches Eau Ecarlate. Sitôt écouté, sitôt accro. On se surprend donc à user la touche repeat sur The Lighthouse ou White Rabbit.

Et puis il y a cette voix, ce chanteur grave et bouleversant, dont les cordes vocales semblent sur le point de se désintégrer à chaque minute.

Pour toutes ces raisons, j’attend avec impatience l’album pour me faire un avis plus approfondi et je salue l’initiative d’un label qui a su prendre le risque de soutenir un groupe moins bankable que le reste de son catalogue.

Sortie le 19 juillet

Album à venir en 2011

En concert gratuit sur la plage du Glazart le 25 juin.

ARANDEL – In D

In des disques... on juin 22, 2010 at 7:45

Artiste français / Electro minimale – kraut / Infiné

Chez certains bons labels il existe un grain, une texture récurrente dans chaque disque, quel qu’il soit. Tout comme il existe « une patte Record Makers », on retrouve chez Arandel le « sceau Infiné ». Ce projet de ce qui est entrain de devenir l’un de mes labels favoris est probablement plus expérimental et introspectif que les autres. Une pièce maîtresse de l’identité Infiné.

Dès les premières minutes, on sait qu’on ne va pas ressortir de ce disque indemne. Pétri de références Krautrock et électro minimale (In D fait référence au In C de Terry Riley), cet opus est à la fois intemporel et actuel, complexe et aisé, graphique et architectual.

Intemporel par la foule de références présentes (en plus de ceux cités plus haut, il y a de splendides plages Philip Glass) ;

Actuel par ce grain Infiné faisant écho à des artistes contemporains (Zombie Zombie et Etienne Jaumet solo pour la partie Kraut hypnotique, Fredo Viola pour les parties de chants mystiques, Clara Moto ou Rone les autresdisciples Infiné pour les progressions  liquides mélancholiques mais entraînantes…) ;

Complexe par la multiplicité des instruments utilisés (flutes, violoncelles, xylophones, cuivres… tout en bannissant le recours aux samples ou MIDI) ;

Aisé par la rectitude du chemin qu’il trace, toujours plus hypnotique et prenant ;

Graphique par les émotions visuelles qu’il provoque ;

Architectural tant sa structure au premier abord fragile et indécise s’avère reposer sur un socle inaliénable.

Fil conducteur, ce cœur qui bat, tantôt simple goutte d’eau, tantôt violente batterie. L’expérience d’Arandel respire la vie. On se retrouve régulièrement catapulté au beau milieu de nos rêves d’apesanteur contemplative à la Kubrick.

Un disque addictif et euphorisant, plus réussi qu’un bon cours de Yoga.

Sortie le 28 juin 2010, à se procurer d’urgence ou à la rigueur, à écouter sur Deezer.

Une chronique qui pense comme moi à ma plus grande satisfaction d’ailleurs) chez Chroniques ELectroniques

LA FIANCEE – EP Un & Deux

In des disques... on juin 16, 2010 at 8:18

Artiste française / Chanson française / Polydor

Mes fidèles lecteurs savent que les « filles qui font de la pop » m’insupportent.

Enfin pas toutes.

Mélanie Pain par exemple est un modèle de charme ultra-puissant qui redonne foi dans le Deuxième Sexe.

Camille a ce quelque chose de fascinant qui me font oublier combien d’autres savent être déplorablement mauvaises.

Donc d’accord pas toutes. Et La Fiancée pourrait bien rejoindre la Dream Team des chanteuses françaises qui ne ne se contentent pas d’avoir du potentiel mais qui le livrent vraiment au public.

En chroniquant deux EP d’un coup, on a presque un album. Et en écoutant ces deux mini-opus d’affilée on ne peut que se rendre compte que ça tient la route dans le cas de notre mariée en devenir.

Il faut dire que la demoiselle a eu le bon goût de s’entourer d’hommes de bon conseil, comme ce Florent Marchet qui s’avère décidément fichtrement doué pour coller des mots adéquats sur des émotions sensibles.

Les Mains Sales (EP 2) dont le titre pourrait laisser présager un mauvais remake Sartrien est doux comme la soie tout en cachant une douleur profonde comme les gorges du Tarn.

Edgar Ficat n’est pas en reste non plus avec cet Emploi du moi (EP 1) ou On avait Juré (EP 2), deux morceaux particulièrement touchants pour n’importe quelle jeune femme qui, au sortir de l’adolescence, se retrouve à jongler entre ses aspirations d’adulte et ses réflexes d’enfant. Construire c’est difficile, on s’y perd souvent.

Des paroles un peu bobo mais pas trop,

Des mélodies simples mettant en valeur cette voix toujours sur la brèche.

En plus elle est jolie.

Et pour l’avoir vérifié lors d’un pique-nique musicale (in We Pop we trust), elle est super sympa.

Merde, pas juste ça, avoir du talent, savoir l’exprimer ET être belle et gentille…

Messieurs, je ne sais pas si son cœur est à prendre, mais vous devriez vous bousculer au portillon. Une future grande dame.

Vivement l’album. L’écouter c’est l’épouser ! (bon d’accord elle était facile celle-là…)

MENOMENA – Mines

In des disques... on juin 15, 2010 at 8:09

Groupe américain / Indie Rock / City Slang

Après le side-project Ramona Falls l’année dernière, Menomena signe un nouvel album qui, en ces temps de vache maigre musicalement parlant, fait un bien fou.

Rythmiques légères, voix cassée, chœurs, envolées de piano… ne croyez pas que Menomena se contentera de vous balader sur la planète Pop. La déflagration sous-jacente entre post-rock et electro-rock est primordiale pour ce groupe qui ne cesse de surprendre. Menomena évolue donc entre plages musicales calmes et splendides orchestrations entraînantes.

L’un des morceaux les plus aboutis de ce point de vue est probablement ce Killemall toujours en grand écart entre pop expérimentale, rock structuré, post-rock aguicheur et terriblement dansant. On a envie de sortir embrassez l’assassin du bout de la rue du 18e sous une pluie tropicale et de saluer l’ange de sa victime. Quant à Dirty Cartoons, vous en finirez pas de le chanter dès que vous faites des heures sup’ en milieu hostile « I’d like to go home go home… ».

Ecoutez le une fois ou mille, vous ne vous en lasserez pas tant la capacité de cet opus à provoquer des émotions contraires est impressionnante et fait du bien. A se procurer d’urgence. Et maintenant vous le savez : tout ce qui touche à Brent Knopf, Justin Harris ou Danny Seim doit être écouté les yeux fermés, sans se poser de questions sur sa qualité : elle est toujours impeccable.

Retrouvez aussi la chronique de Benjamin F. sur Playlist Society, il n’est jamais d’accord avec moi (normal c’est mon ami pardi !)

Les belles histoires #3 : THE NARCOLEPTIC DANCERS

In Les belles Histoires, des disques... on juin 2, 2010 at 8:00

Les belles histoires musicales ou comment, dans un monde de la musique qui crise, on peut encore trouver des rêves qui se réalisent. Parce que je suis une fille qui a aussi le cœur guimauve.

Il était une fois un petit garçon élevé par sa mère à Saint Etienne répondant au doux nom d’Anton. Anton aimait plus le chant et la musique que le ballon rond. Anton était né à l’aube des années 80 et aimait plus la pop que l’electro.

A des kilomètres de là, aux Pays-Bas, vivait Melody, jolie jeune fille aimant la musique et les légumes. Melody était née après la chute du mur de Berlin mais préférait la pop à l’euro-dance.

Un jour, Johnny, le père de Melody, se sachant condamné à voir ses cellules devenir malades les unes après les autres, décide d’organiser une grande réunion de famille pour dire au revoir et rejoindre l’au-delà tant qu’il en est encore temps. A cette occasion, Melody s’est faite belle et espère bien rencontrer l’homme de sa vie. Elle tombe alors sur Anton et découvre qu’il n’est pas son Prince Charmant mais son grand frère !

Johnny Van Kapers était footballeur et avait donc logiquement eu l’occasion de fréquenter le stade stéphanois. Il meurt en faisant une belle rencontre et en sachant sa fille bien entourée.

Anton et Melody séparés si longtemps ne se sont plus jamais quitté et ont formé les Narcoleptic Dancers, en hommage à la chevelure de leur père. Et en toute logique, plutôt que de céder à la tendance revival electro-dance du moment, ils firent de la pop la pièce maîtresse de leur équation musicale.

Le résultat est ce splendide EP, perle pop cristalline concentrant le meilleur des Au Revoir Simone, Air, Grizzly Bear ou des B52’s. Il vous suffit d’écouter Rastakraut pour comprendre combien ce duo respire l’amour et la joie, vous le transmet encore et encore (il suffit d’appuyer sur repeat).

Il était une fois deux enfants ayant grandi avec une pièce de puzzle vacante et qui peuvent enfin se sentir entiers. Ils vivaient heureux avant et vivront aussi bien à présent.

Le Myspace et le site de Capitaine Plouf (des gens biens qui croient en d’autres gens biens)

Episodes précédents :

Les belles histoires #1 : LUC VERTIGE

Les belles histoires #2 : SHINE feat. Terry Reid

Episodes à venir : Eliot and the Ritournelles, Mondrian

LILLY WOOD AND THE PRICK – Invincible friends

In des disques... on mai 18, 2010 at 12:04

Duo français / Pop / Cinq 7

Lilly Wood n’a rien à voir avec Dorian Wood, artiste Net Emergence de février que je ne saurais que trop vous recommander d’écouter. Non, Lilly Wood and the Prick est un duo cher aux bloggeurs. En effet, c’est une communauté virtuelle qui avait fait la promotion de l’EP. Quelques sublime session acoustique  – comme celle du HibOO – ou concert glorieux – comme le sauvetage d’une journée de Rock en Seine – plus tard et voilà un beau premier album, signé sur un label plus que recommandable, qui abrite d’ailleurs leurs cousins The Do.

Difficile de dire du mal d’un disque lorsqu’on l’attend depuis deux ans. Difficile également de l’encenser aveuglément lorsqu’on en attend autant de leur part. Le résultat est plutôt réussi donc, même si l’on regrette parfois des arrangements (excès de reverb dans l’air du temps un peu pénible et fâcheuse tendance à ne pas terminer ses morceaux de manière franche) ou des titres un peu faciles (mais ça reste de la Pop, c’est donc excusé).

Assurément Lilly Wood and the Prick détient dans sa besace pas mal de tubes pour l’été comme No No (Kids), sorte de contrepied du titre over-matraqué de Mgmt. My Best est mon pari pour l’été, capable de rivaliser avec les meilleurs sur tous les dancefloors : un morceau qui prend son temps, frais et pétillant à souhait tout en sachant provoquer ce déhanchement irrépressible dès les premiers accords et dont on ressort avec un moral à toute épreuve en se prenant un peu pour la Reine du monde accompagnée de ses Copains Invincibles. Les titres de l’EP n’ont pas pris une ride, ce qui est diablement bon signe. Little Johnny vous provoque toujours la larmichette et Down the Rain reste un morceau parfaitement construit et intéressant, tant au niveau des textes spontanés que de l’orchestration plan-plan kitsh à souhait qui leur va à ravir.

Si la mode musicale est aux duos, ça tombe bien car ces deux là n’auraient jamais pu travailler autrement qu’ensemble. Si la tendance pop est le rétro-nineties, ça tombe bien car leurs orchestrations en ont toujours été imprégnées. Si le dernier cri c’est d’aller à des concerts géniaux, ça tombe bien car ces jeunes là sont vraiment bluffants sur scène. Si l’humeur du moment est d’acheter beaucoup moins de disques qu’avant, ça tombe bien car ce premier album ne vous lassera pas de si tôt. Chez moi, on appelle ça un heureux concours de circonstances, pas un pur produit marketing.

Sortie le 31 mai

En concert à l’EMB-Sannois le 21 mai

Les belles histoires #2 : SHINE feat. Terry Reid

In Les belles Histoires, des disques... on mai 13, 2010 at 10:58

Les belles histoires musicales ou comment, dans un monde de la musique qui crise, on peut encore trouver des rêves qui se réalisent. Parce que je suis une fille qui a aussi le cœur guimauve.

Il était une fois Guillaume Simon, Antoine Delecroix et Laurent Houdard, trois parisiens musiciens et pas du genre à se dire qu’ils se contenteraient d’un simple groupe de musique. Non seulement ils avaient plusieurs groupes, d’inspirations différentes, mais en prime ils avaient encore ce sentiment trop souvent mal utilisé et galvaudé : la foi. Pas une fois en un genre d’autorité supérieure qui nous observe, plutôt une foi de ceux qui sont à très juste titre convaincus que ce qu’ils font est bien, qu’ils sont faits pour exercer leur talent et que des aventures extraordinaires sont susceptibles de survenir sans prévenir.

Et, un jour qu’ils regardent tranquillement Arte à la maison – parce que bon, ce sont des parisiens qui préfèrent un documentaire à un show de divertissement, on ne leur en tient pas rigueur, bien au contraire – ils tombent en admiration devant Terry Reid qui fait le foufou à Glastonbury.

Terry Reid, c’est le genre d’artiste capable d’avoir l’intelligence de conseiller un petit gars de Birmingham, Robert Plant, au groupe Led Zeppelin qui voulait que Terry Reid les rejoigne. Non Terry Reid il sait que cette place n’est pas la sienne et il décline l’offre en préférant galérer dans son petit bonhomme de chemin qui fait des premières parties comme les Rolling Stones. Terry Reid, c’est le genre de type assez lucide pour comprendre qu’il ne doit pas accepter d’être le nouveau leader des Deep Purple car quelqu’un d’autre est taillé pour le rôle, pas lui.

Mais Terry Reid c’est le gars assez fantasque pour accepter, à plus de soixante berges, de traverser l’Atlantique pour venir jouer et enregistrer des morceaux avec SHINE. Et roule la galère c’est parti pour trois titres.

Terry a une voix entre Rod Stewart et Iggy Pop et il se produit un mélange explosif lorsqu’elle entre en contact avec les mélodies électro-pop tendance jazz-blues avec SHINE.

Paf ! Telles des abeilles trop gourmandes, vous vous coincez les ailes dans ce pot de miel.

Et lorsque Terry Reid vous chante la ballade I’m here, votre cœur peut s’arrêter de battre, votre femme peut vous annoncer qu’elle est enceinte de quintuplés, un juge peut vous condamner à 300 années de prison incompressibles, ce n’est pas grave, vous ne serez plus jamais seuls.

Il était une fois un groupe parisien qui avait foi en son travail et qui, avec un peu d’audace et d’auto-persuasion bien placées, vivait heureux avant et vivra aussi bien maintenant.

On parie combien que vous allez cliquer et écouter ?

Le Myspace ou Le Site.

…et bien entendu, il est fortement conseillé de soutenir ce groupe en achetant la petite chose à l’artwork soigné, sortie chez Tubes à Essais

Episode précédent des belles histoires : Luc Vertige

Prochain épisode des belles histoires : The Narcoleptic Dancers

AS THE STARS FALL – Tempus Fugit

In des disques... on mai 6, 2010 at 10:42

Groupe français / Pop mélancolique / Low Wood

Yann Tiersen se fait vieux, il est temps de lui trouver des héritiers pour marcher dans ses pas. Des jeunes pour illustrer des films qui vous arrachent une larmichette, des spectacles de théâtre ou de cirque où les personnages sont perdus et/ou tristes et /ou rêveurs.

Un titre en latin, des morceaux mélancoliques, une mélodie post-rock atteinte de spleen, des samples aux paroles dont la seule idée de les entendre dans la bouche d’un proche vous retourne l’estomac… je n’étais pas certaine d’avoir envie de m’infliger cela au départ. Et pourtant, ce disque agit comme une catharsis.

Ces orchestrations baladent votre petit cerveau dans les circonvolutions de son propre cortex, si le temps passe souvent trop vite, il faut être capable de regarder autant devant que derrière sans frémir. Tempus fugit illustre tout cela : les super souvenirs de 400 coups avec son frère (A dead leaf dance), les années où l’on regarde ses enfants tenter de tracer leur bonhomme de chemin(Revolt), les mauvaises passes qu’on préfèrerait oublier aussi (I gave you a choice)… Ce temps qui passe sans pour autant vous donner un coup de vieux, plutôt en vous rendant capable de vous affronter. Un chouette EP.

Je dédie cette chronique à Rob Gordon, ami précieux que je vois trop peu souvent. Si j’avais écouté ce disque à temps, je lui en aurais parlé dans son grandiose Questionnaire, à la question n°02.

MOLECULE – Besides

In des disques... on mai 5, 2010 at 8:00

Artiste français / Dub – Electro – Rap / Underdogs Records

2008, je découvre Molécule en aidant à peaufiner la programmation d’une belle soirée Radio Campus Paris… Ce n’est pas mon genre favori mais je reste tout de même à écouter sans effort. Deux ans plus tard, je reçois Besides, quatrième album de Molécule. Je ne vais pas mentir, je n’en attendais rien puisque ce n’est pas mon domaine musical de prédilection. Mais quelle claque bon sang lorsqu’on met en route cet opus qui s’écoute d’une seule traite.

Les plages musicales aux dominantes dub ou reggae n’en finissent pas de vous entraîner dans de douces rêveries aussi reposantes qu’un week-end à la mer mais les featuring agissent comme des électrochocs venant vous secouer la couenne.

Molécule a su s’entourer d’artistes de qualité. Les collaborations de Féfé (Jamais Choisi) et Leeroy (L’Entrée du chef) sont particulièrement impressionnantes par leur justesse de propos, de flow, de rythmique. La problématique des banlieues, de ses habitants au passé autre que franco-français et d’un genre musical qui s’y est développé est abordée par les biais de l’humour et du cynisme. Ouverture d’yeux au forceps sur des réalités déformées par les prismes de ceux qui ne les vivent pas mais passent leur temps à en parler.

Moi qui il y a encore cinq ans pensait ne pas apprécier le rap, quel retournement de veste agréable ! Un bien joli disque d’un artiste qui a su prendre le temps d’approfondir intelligemment une démarche musicale aussi douce que brutale, aussi légère que fouillée.

Retrouvez aussi l’article de Romink sur My (Good) Zik

Un an après : ORELSAN au Pays des Merveilles

In des disques... on avril 30, 2010 at 7:42

D’aucun diront que j’ai dix trains de retard, mais après une grève ferroviaire de 10 jours, on peut tout se permettre. Il y a un an donc, l’album d’Orelsan et le cas du jeune rappeur interdit de festivals défrayaient une presse musicale française vieillissante n’ayant rien de beaucoup plus trendy à se mettre sous les plume.

Alors pourquoi reparler d’Orelsan maintenant ? Parce que le cinéma n’est plus un lieu fréquentable. Donc là, vous vous dites que je suis fêlée de la cabosse, qu’il n’y a aucun lien. Et vous avez raison, enfin presque. Car pour réussir à supporter Alice aux Pays des Merveilles version Tim Burton, rien de mieux qu’Orelsan.

[Attention, Tim Burton était jusqu’il y a peu, mon réalisateur favori, c’est le seul dont je possède la filmographie complète et que je regarde très régulièrement sans m’en lasser. Mais là, non, ça va trop loin. Ca devrait quasiment être classé X tant c’est choquant de médiocrité.] Loin de moi l’idée de faire l’analyse du film en rapport avec le livre dont il est censé s’inspirer, je m’attacherai seulement à une cohérence bande-son / images. Car Avril Lavigne ça ne passe définitivement pas. Relisons ensemble le scénario.

N’importe quelle commune de Basse Normandie 14000 tu sais où j’habite ? possède  sa « boulangerie Marc et Sophie », sa « pizzéria La Gondole », son « restaurant oriental La Burqua » et sa « foire à tout ». Le Calvados c’est moderne et chatoyant et Orelsan, tout comme Alice, s’ennuie à mourir dans cette société ultra-hiérarchisée socialement et culturellement. Ce qui ne l’empêche pas d’épouser ce carcan pour autant : Alice va épouser un abruti pendant qu’Orelsan fait sa caillera. Tous les jours j’fais l’acteur, j’ai semblant, j’maquille la peur en plaisantant / J’ai peur de l’avenir et de ses déceptions et de la dépression.

Alors, comme ils sont jeunes et risquent de s’encroûter, des éléments extérieurs du registre de l’imaginaire viennent leur secouer la cabosse : Tu vas rester sur la touche si tu bouges trop lentement, pour suivre le changement c’est du taf à plein temps. Et là, nos Alice et Orelsan se disent que ouais, ils sont en retard, toujours en retard comme cette salope de lapin blanc, et du coup, ils le suivent le lapin, histoire de vérifier si l’herbe est plus verte ailleurs.

Alors ils font le point avec un psy-chenille addict de joints bien chargés :

- Qu’est-ce que qui t’amène man ?

- Bah, avant j’écoutais les sons, j’écoutais même ceux que j’aimais pas / Maintenant j’ai 40 giga de mp3 que j’écoute même pas.

- Ha oui mes condoléances, ça craint ton époque… Vas donc voir Chapelier Fou il pourra p’têtre te dépanner ?

Ok roule pour la rencontre d’un autre loustic encore plus branque que le premier. De toute façon le présent les gave, ils ne pigent que dalle. On s’en branle du futur quand on comprend pas le présent.

Et donc le chapelier là, il assume à fond son syndrome de Peter Pan, pas de prise de tête pas besoin de se poser des questions sur l’après. Pour les trois prochaines minutes, j’veux qu’on m’appelle Jimmy Punchline. Alors ils font la teuf, toute la nuit. Une bonne soirée c’est une soirée dont j’ai pas de souvenir / Anti-héros j’suis la version humaine de Calimero.

Orelsan et Alice sont des chouettes jeunes, alors on leur propose de combattre un vilain monstre qu’une vieille peau de Reine de Cœur leur impose. Pour les besoins de l’histoire nous l’appellerons « Médiocrité Culturelle ». Et c’est parti, on se relève les manches et on va mettre sa claque à la bestiole qui dans mon récit porte le doux patronyme de « Responsable de festival frileux ». Alice et Orelsan réfléchissent deux minutes, si coup de main il y a, il ne faudra pas compter sur eux pour qu’ils restent dans ce pays tordu : Si je rentre sur le terrain c’est pour mettre une droite à mon coach.Banco répondent les autres, ça sera toujours une saleté de moins dans les alentours.

En plein combat, Alice et Orelsan ne sont pas certains de l’intérêt de combattre l’armée de la Reine et ses freaks, ils oscillent entre Bien et Mal. La culture française mérite-t’elle d’être aidée ? Qu’est-ce que ça va changer ? Et finalement, même s’ils sont nuls à chier à PES, le monstre trépasse.

Et voilà, il est temps de rentrer à sa petite vie, même s’il a peur de perdre, peur de l’échec, peur d’affronter les épreuves de la vie, Orelsan ne ressort pour moi que grandi de l’acharnement médiatico-politique qu’il a subit. Certes, ses plages de vocodeur sont fatiguantes, ses orchestrations grandiloquentes au violon nous forcent à prendre son disque au second degré pour ne pas rire, mais ce gars là a du talent, du vrai, brut et pas encore parfait.

Nous sommes dans une société de la vitesse et de la contraction, alors allons-y : Orelsan est une Merveille. (Ré)écoutez, vous verrez… Et on attend la suite avec impatience…

HEY HEY MY MY – A sudden change of mood

In des disques... on avril 6, 2010 at 8:00

Groupe français / Pop – Rock / Sobber and Gentle – Discograph

Dans la droite lignée de la mouvance « on va l’écrire deux fois les gens s’en souviendront mieux (pour le meilleur et pour le pire) », Hey Hey My My s’est carrément payé le luxe de répéter deux fois chaque mot. Comme ça si vous étiez bègue, vous pouvez prononcer le nom de ce groupe sans problème. Grandeur d’âme de leur part que de penser à ceux qui souffrent de handicaps mineurs. Ou est-ce pour le plaisir de voir ce correcteur orthographique sous Word s’emballer sur les répétitions ? Leur nouvel album lui, porte bien son nom car il annonce un soudain revirement de cap. La qualité semble avoir enfin décidé de s’installer dans tout ce que Hey Hey My My a travaillé.

Soulagement pour la France, chaque morceau de HHMM respire enfin. Ce n’est pas à tomber par terre peut-être (comme tous les disques de 2010 pour l’instant), mais bon sang ça mérite de pouvoir squatter les ondes et les dancefloors sans problème. L’été arrive, les jeunes filles sont en fleurs (non, ne cherchez pas de graveleux là-dedans) et les accords pop-rock des trois parisiens soufflent juste ce qu’il faut de brise légère dans les cheveux, les oreilles et sous les robes de popeline de coton pour passer un excellent moment.

Du bon rock n’ Roll des familles aux accords simples mais efficaces (Oh Lord, Pool) ou des passages plus electro-pop dont les accents dark rappellent presque Poni Hoax par moments (Go to Hell, Jazzol), entrecoupés évidemment d’interludes plus folk-britpop, leur spécialité (We Go, Xmas Day, Hopeless Girl)

Pas mal d’humour aussi dans ces paroles, ce qui ne fait pas de mal (You Look All The Same, Not Fun Anymore) : on peut faire à la fois de la musique légère et second degré.

Donc oui, parfois les jeunes groupes font bien de s’accrocher pour nous démontrer qu’on pouvait avoir tort. HHMM produit une musique intuitive et entièrement dans l’émotion immédiate, des mélodies destinées aux filles, indéniablement. Alors sachons en profiter Mesdemoiselles. Bis repetita placent – traduction béotienne : Les choses répétées plaisent – c’est bien connu et, quitte à devoir se répéter, Hey Hey My My a bien fait d’insister.

Sortie le 24 avril

ANGUS & JULIA STONE – Down the way

In des disques... on mars 23, 2010 at 8:30

Duo australien / Pop – Folk / Discograph

D’Angus et Julia Stone je ne savais rien (alors quand je lis que leur premier opus avait conquis toutes les radios je me dis que quelque chose a dû m’échapper). Je n’aimais pas leurs patronymes qui sonnent un peu faux à mon goût (mais bon ils n’ont pas choisi) ni la formule factice du frère-et-sœur-qui-s’entendent-tellement-bien-qu’ils-montent-un-groupe-ensemble (encore moins crédible que le reste, chacun sait qu’un frère et une sœur ça adore se taper dessus et ça ne peut pas supporter de rester trop longtemps l’une avec l’un). Et en prime le Angus m’avait tout l’air d’être un gros bourrin malpoli pas même capable de mettre le prénom de sa sœur en premier (honneur aux dames, connaissent pas au pays des ex-bagnards britanniques ?). Donc j’étais pleine d’aprioris (fondés) à l’égard des p’tits australiens. Et comme seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, voilà un petit mea culpa.

Angus & Julia Stone vous envoûtent en moins de temps qu’il m’en faut pour rédiger cette phrase et vous pour la lire. Pas une mais deux voix atypique prennent vos oreilles en otage et vous forcent gentiment à écouter leur opus en entier. Et vous ne demandez pas votre reste parce qu’au fond c’est plutôt plaisant comme contrainte.  Du coup, vous vous laissez faire par ces deux petits manipulateurs.

Parce qu’il n’y a rien de fantastique dans le travail de Julia & Angus Stone, quelques accords de guitare sèche, quelques paroles à la limite de la banalité affligeante (I’m somewhere You’re somewhere / I’m nowhere You’re nowhere… sérieusement les enfants). I don’t believe in you, ils le disent eux-mêmes, … Mais pourtant, inlassablement, vous réinsérez régulièrement le disque dans la platine. Et à chaque fois le trio imparable Big Jet Plane, And the Boys et I’m not Yours ont raison de vous. Votre petit cœur élevé à la Bripop ne peut s’empêcher de s’émouvoir.

C’est terriblement rageant ce genre de groupe qui vous vous font aimer leur disque alors que vous ne trouvez pas de raisons objectives vous permettant de comprendre pourquoi. Peut-être est-ce ce qu’on appelle « coup de cœur » ? Ou pire, « talent » ?

Sortie le 6 avril

LA MAISON TELLIER – L’art de la fugue

In des disques... on mars 22, 2010 at 8:30

Groupe français / Folk – Rock – Country / Wagram

Troisième opus déjà pour la famille Tellier, des gars bourrés de talent pour qui il a fallut inventer une appellation : celle de cowboys normands. Back to basics – ouais en anglais pour une fois ça sonne mieux – et tour du propriétaire.

L’art de la fugue, titre polysémique, rappelle immédiatement l’une des qualités du groupe : leur capacité de savoir magnifier la langue française dans des morceaux « à l’américaine ». Donc l’art de la fugue c’est à la fois une référence musicale classieuse aux auteurs classiques et un clin d’œil aux voyous du Far-West qui leur sont chers (leur petit héros-martyr perso s’appelant Cactus Kid). Et ce jeu de mot voyez-vous, n’est possible qu’en français, donc on dit merci et chapeau bas, ce titre ne sort pas de nulle part et a un sens, ce qui devrait être de rigueur pour tout album d’ailleurs (non, je ne m’engagerai pas sur cette pente glissante aujourd’hui). Plus que jamais, la fratrie Tellier manie le double langage avec délicatesse, entre humour et dérision (Aime ton prochain / mais aime-le de loin ou Ils ont renoncé à le pendre / une vie est de nouveau à vendre), à mi-chemin entre tristesse et joie, autant en français qu’en anglais.

Seconde constante du groupe : leur perpétuelle évolution du groupe. Parce qu’une famille ça fait des enfants, ça enterre des morts aussi, alors il est normal que d’un couple des débuts (Helmut et Raoul Tellier en 2006) on en arrive à un noyau de cinq personnes. Avec des électrons libres récurrents comme The Elektrocution (Please Do, Josh the Preacher) ou Lippie (Il n’est point de sot métier Part 2) qui font office de cousin en visite régulière. Et chacun apporte sa pierre à l’édifice : une voix, une trompette, une batterie, quelques accords de guitares… Rien n’est inutile dans un clan, rien n’est essentiel dans une bande.

Troisième invariable du projet, La Maison Tellier suit une route longue et rectiligne (cf. No name dont un épisode est présent sur chaque opus). On ne s’amuse pas à essayer tous les styles, on fait de la musique folk-country et du rock, eh bien on s’y tient. On est réputé pour des reprises géniales (la plus connue étant celle de Killing in the Name, mais celle de Toxic restera ma préférée), eh bien on persévère et l’on démontre que les reprises ça peut être classe et réussi quand c’est travaillé avec amour et rigueur.

Le petit défaut de ces constantes est que le projet de La Maison Tellier a tendance à virer à la maison close. Pas celle du premier opus, fraîche et délicate, mais plutôt dans le sens où il ne sort pas grand-chose de très nouveau de ce troisième album. Cohérent mais pas révolutionnaire. Bien mais pas exceptionnel. Comme un beaujolais, L’art de la fugue ne fait que passer, sans laisser trop d’impression.

On ressent la même légère déception qu’à l’écoute de Second Souffle. Mais on ne se fait pas de bile. Car La Maison Tellier est avant-tout un excellent groupe de scène, capable de vous retourner l’âme, le corps et tout ce qui peut aller avec. Nul doute que cette nouvelle tournée sera encore plus chouette qu’auparavant. Je me plais à croire qu’il me suffit d’attendre et voir…

Sortie le 22 mars

Un live report de La Maison Tellier (2008)

Une interview d’Helmut Tellier (2007)

BOOGERS – As clean as possible

In des disques... on mars 15, 2010 at 8:30

Chanteur français / Pop-rock hétéroclite / At(h)ome – Wagram

En ce jour de votation nationale (mobilisation allant de mal en Pi, haha) et deuil populaire (RIP Jean Ferrat), Basil(hic) mon poisson amoureux de tout sauf de l’eau a succombé à une dernière sortie de bocal. C’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup. Journée difficile à rattraper donc. A moins d’avoir Boogers qui traîne là sur la platine et n’attend qu’une chose, un peu d’attention. Méritée.

A la pochette, on frémit. Un barbu torse-poil imberbe laisse dépasser un caleçon bleu roi « Sport » d’un futal informe et trop court. Encore de la musique de néo-hippie ? Point du tout ! Boogers est un mec qui fait tout, tout seul. Et en prime il le fait bien. Telle une entreprise vertueuse, la pochette de Boogers affiche en toute transparence tout le matériel utilisé pour produire cet album ovni : une platine vinyle, un ampli, une table de mixage, une guitare, quelques baguettes, deux paires de baskets, un micro et quelques bidules de plus. L’album est réellement as cleen as possible, débarrassé de toutes ces fioritures fashionable, Boogers fait de la musique, pas du gloubiboulga sonore.

Premier constat agréable : l’homme semble prendre beaucoup de plaisir dans son travail. Et désolée de devoir le souligner, ce n’est pas si courant ces derniers temps à Paris où, crise oblige, il est de rigueur d’afficher une moue dédaigneuse tout en s’évertuant à paraître sérieux (Gibus’ generation, suivez mon regard…). Le tout rocke à tout va, swingue comme il faut et procure une irrépressible envie de se déhancher. On retrouve quinze ans de culture musicale rock (The Clash, The Ramones, The Streets…) mélangée à des accents beaucoup plus nerveux parfois inattendus rappelant les Eagles of Death Metal, Weezer ou les Queens of the Stone Age.

Le plus étonnant là-dedans c’est que Boogers est tout seul. Il fait tout ça tout seul, sans l’aide de personne (physique car des amis imaginaires je ne doute pas qu’il y ait du monde au portillon). De son petit monde onirique-violent s’échappent des chimères attentionnées et des mélodies pleines de bonne volonté. On compatit pour les parents du bonhomme qui ont dû assister à un sacré paquet de pétages de plomb de leur fiston, habité de mille amis souvent contradictoires : « j’veux des mélodies faussement hard-rock (I’m sorry) – Nan, du rock classique à trois accords (Put your head) – Hors de question ce sera à la Grandaddy ou rien (I lost my lungs) – T’es ouf on a dit Britpop ! (Anywhere) – M’en fiche moi j’veux des cuivres qui flonflonnent sur des textes de Martin Luther King (The Devil) etc etc… »

Et plus on écoute Boogers, plus on se dit qu’il pourrait être super copain avec nos caennais favoris, les déjantés gaBLé. Et on se dit que Jean Ferrat doit swinguer dans son linceul, que les candidats aux régionales pourront se consoler quoiqu’il arrive à notre République, que Basil(hic) peut buller tranquille au paradis des jeunes combattants…

Et puis honnêtement, un gars qui a un titre intitulé Perfect week dont le refrain est « I’m on the radio now », on ne qu’avoir envie de lui faire plaisir : dès demain sur les bonnes ondes parisiennes (j’ai nommé la belle Radio Campus Paris) !

Sortie : 15 mars 2010

A voir aussi la session de Boogers sur SOUL KITCHEN

ASWEFALL – Fun is dead

In des disques... on mars 12, 2010 at 8:00

Duo français / électro – cold pop / Isolering (Modulor)

Avec un titre aussi engageant, il fallait au moins que le label de ce duo français soit suédois pour que j’arrive à me convaincre d’insérer le disque dans la platine…  Un peu de courage n’a jamais fait de mal, la preuve.

Clément Vaché et Léo Hellden n’en sont pas à leur coup d’essai. Avant Fun is dead, ils avaient tissé un premier disque aux fortes influences New OrderThe Clash. Ils ont pris leur temps, Bleed étant sorti en 2005.  Et on préfèrera la prudence à la précipitation dans leur domaine : ne pas tomber dans les travers de Air sans pour autant livrer un album trop électro minimaliste rétro, ce n’est pas toujours évident. Aswefall flirte parfois avec le raté (la boite à rythme introduisant Isolation ou les morceaux sonnant légèrement creux comme Shadows of love ou Ex), jamais avec le mauvais goût.

Ce duo est français, signé chez des suédois et chante en anglais en ayant des références américaines… Musique internationale ? World music ? Musique passe-partout prête à envahir les clubs de partout ? Pas exactement…  Car leur univers est moins minimaliste que sobre, plus retro que tendance come back. Aswefall a la capacité de plaire à bon nombre d’amateurs de sad-electro, vers quatre du mat’, avec ses mélodies 80’s et ses parties de basse – rythmique vous plongeant dans Joy Division et New Order (notamment Wich side of me qui clôt cet opus).

Mais Aswefall risque de déplaire à bon nombre d’aficionados de l’electro sombre pour la même raison. Dès la pochette Fun is dead est une sorte de mise en garde comme « fumer tue » ou « boire avec modération ». Car Aswefall réveille un sentiment de genre bien français : le Spleen. Le Spleen, une mélancholia si puissante qu’elle vous pousse dans vos retranchements les plus intimes. Un sentiment de désespérance et d’incompréhension de soi-même si violent (Memphis) que certains consommateurs de stup’ du dancefloor ou de jeunes cerveaux encore trop malléables imbibés d’alcool risquent de ne pas le supporter. Quand le Spleen vous bouffe les tripes, il faut un moral d’acier et/ou les idées bien claires pour pouvoir en apprécier les mélodies. Hommage à Baudelaire, E-A Poe (Prison) ou Verlaine (Nevermore). Fun is Dead doit pouvoir se lire et s’apprécier dans l’autre sens pour l’appréhender dans toute sa subtilité : (be) Fun is dead as (be) dead is Fun. A partir de là, le monde vous appartient, la délivrance s’exprime et vous rester coi pour ne pas perdre une miette de ce flirt létal.

Quelle bonne idée j’ai eu ce jour là, un opus bien fignolé qui donne envie de sortir d’un club à cinq heure du matin, lorsque la ville est sur le point de s’ébrouer, dans les nuits un peu fraiches du printemps en robe légère légère, un fin lacet de sueur tiède serpentant du creux des épaules jusqu’aux reins, l’euphorie du dancefloor cinq minutes derrière soi : « Nous étions seul à seule et marchions en rêvant / Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent. »

BALLAKE SISSOKO & VINCENT SEGAL – Chamber Music

In des disques... on mars 10, 2010 at 8:30

Duo franco-malien / Kora-Cello / sortie octobre 2009

Hiver trop long, cheveux ternes, corps fatigué… Le besoin de soleil et de repos se fait ressentir plus que jamais. Ballaké Sissoko et Vincent Ségal paraissent avoir anticipé à merveille cette lassitude tant physique que psychologique. Lorsque le besoin de sérénité et de soleil se fait ressentir alors qu’il fait moins deux dehors (en mars !), il vous reste cette splendide Chamber Music.

De la musique sub-saharienne j’en ai été bercée toute mon adolescence. Avec la britpop et les sonorités tziganes, ce fut la triangulation optimale pour que je me mette à adorer la psyché-pop et l’électro au sortir de l’adolescence. A parents bobos-cool, enfants borderline-nerveux… A priori donc, aucune raison de vous parler de Ballaké Sissoko. Et Vincent Ségal de Bumcello, c’est un disque « bien » que je n’écoute pas plus d’une fois par an. Et pourtant. L’épure et la nonchalance chic de ce disque font qu’il tourne en boucle dans mes oreilles depuis qu’il m’est tombé dans les mains.

Arpèges (Houdesti) ou boucles (Histoire de Molly), morceaux dynamiques (Wo yé n’gnougobine) ou très doux (Chamber Music), avec parties de chants (Regret) ou instruments seuls (Oscarine), à dominante ventée (Future) ou métallique (MaMa FC), aux tonalités graves (Mako Mady) ou plus enjouées (Halinkata Djoubé), l’opus vous emmène en voyage loin du métro, du vent froid et du stress ambiant pour des étendues plus ensoleillées, où le souffle chaud d’un zéphyr vous détend la nuque.

L’équilibre parfait entre musique traditionnelle malienne (à la kora) et influences plus occidentales au violoncelle, ni « world » ni « ersatz d’exotisme ». C’est rare une pureté de travail pareille, travail d’orfèvres experts en la matière. Un disque sans frontière et non sans patrie. Chamber Music s’adresse à la carte la plus rare, celle de l’intellect sensible.

ACID WASHED – Acid Washed

In des disques... on mars 3, 2010 at 8:30

Duo français / Electro / Record Makers

« Un album fracassant par an », telle pourrait être la devise du label parisien Record Makers. Depuis dix ans (!), Record Makers jalonne le nouveau millénaire de disques détonants : Klub des loosers, Kavinsky, Turzi, Sébastien Tellier… chaque disque qui sort frappe fort. Acid Washed, dernier projet signé est loin d’être un « petit ».

Acid Washed fonctionne comme une petite industrie, chacun ayant un rôle bien défini comme lors d’un travail à la chaîne. Une electro française Detroito-Berlinoise (General Motors, Detroit, America ; Change) qui s’enrichit de collaborations multiples pour devenir petit à petit un objet envoûtant et addictif aussi jouissif dans son salon qu’au milieu d’une piste de danse.

Derrière Acid Washed se cachent deux garçons aux machines, Richard d’Alpert (non rien à voir avec l’homonyme de la série Lost, ne faites pas de gaffes comme nos chers politiques avec Ali Soumaré…) et Andrew Claristige, qui aiment les filles et leur offrent volontiers des featuring de leurs titres. Barbara Panther et Lippie apportent leur touche psychédélique sur le très entraînant Snake pour la première, plus douce version pop sur Apply ou planant sur Snow Melt pour la seconde.

L’opus fait également la part belle aux collaborations masculines. Christophe Chassol (qui a signé les arrangements de Politics de Sébastien Tellier ou les des accompagnements « art contemporain » pour Sophie Calle) renforce les textures late seventies de Acid Washed et Royal Soda à l’aide de synthés vintage. Dakar (Get Physical) revisite quand à lui le funky The Rain.

Entre incisif (Concorde in the Sunrise) et kitsh (Bikini Atoll), la mondialisation d’Acid Washed aura permis une amélioration ultra-efficace de l’organisation du travail électronique : mixité des influences, des voix, des sexes… et des occasions d’écouter cette perle rétro-futuriste.

Sortie le 29 mars 2010

ELDIA – Yayaya

In des disques... on février 23, 2010 at 8:30

Groupe parisien / Rock – Pop / Emergence Music

Deux EP d’eLdia ont tourné dans nos platines avant de recevoir ce premier album au nom un peu fashion-branchouille répulsif (mais en accord avec leur nom de scène…). Yayaya, tic de langage hispanique, est aussi excitant que de picoler une pina-colada à l’ombre d’un palmier et évoque des sonorités tout aussi… rafraîchissantes.

On avait eu un aperçu intéressant de ce qui nous attendait avec la sortie de l’EP Favourite Murderer en juin dernier, de la pop léchée assez énergique, suffisamment travaillée pour avoir envie de croire que ce groupe pourrait avoir les faveurs d’outre-Manche. Et l’album n’est pas à la hauteur des suppositions qu’on avait émises lors de l’avant-goût. Alternant entre britpop impeccable et rock aux accents Joy divisionesque, il faut attendre le troisième titre (celui de l’EP, Favourite Murderer) et ne pas se formaliser du copier-coller sur les Strokes de I Wish I Could Be So Free pour commencer à trouver qu’eLdia aura droit à plusieurs écoutes de notre part. Deux titres sortent cependant largement du lot. KO est aussi entrainant que les meilleurs morceaux de pop sucrée dont, telles des abeilles en manque de nectar, on se délecte. Et les sombres variations de Kenneth Anger Satanic Blues ne sont pas dénuées de charme.

On peut déplorer qu’un groupe prometteur, que l’on suivait et soutenait, se ramasse de cette façon. On ne peut se retirer du crâne que les membres d’eLdia sont des personnalités froides, la pochette de cet opus continue de le laisser penser. Hautains, méprisant, distants, ils ne semblent pas enclins à devenir vos meilleurs potes (je n’ai pas mis leur pochette d’album que je ne sais pas définitive ou non). Déception. Plus “Nonono” que “Yayaya”, on leur préfèrera de loin les Gush.

GASPARD ROYANT – You can have me (if you want to)

In des disques... on février 22, 2010 at 8:30

Artiste français / Pop – Folk / 2009

Gaspard Royant n’était qu’un nom associé à celui de Marie-Flore en première page de Deezer pour moi, alors que je cherchais des concertos de F. Chopin. D’ordinaire, Deezer me propose des titres du niveau Star Academy alors j’ai eu beaucoup de réticences à appuyer sur play. Grâce à une collaboration avec Marie-Flore, j’ai trouvé une nouvelle tête à surveiller.

Cinq titres pour se faire une idée d’un artiste, c’est un peu court, surtout s’il s’agit de morceaux courts alternant entre  pop-rock (Things I want to remember) et ballades douces (Grow, The Big Sleep). Alors certes, si l’orchestration est parfois un peu pataude (les grands coups de cymbales sur Things I want to remember ou le poum-poum de Last song of a pistolero), on ne peut pas rester indifférent au timbre de voix de ce beau jeune homme, un peu velouté. Et s’il prend sa guitare, alors vous n’avez plus qu’une envie, qu’il soit là chaque soir pour vous border et vous bercer. Ajoutez à cela un duo avec Mari-Flore (Yours) et vous faites de beaux rêves, sensuels et délicatement parfumés (un champ de roses, un petit jardin anglais, la mousse des sous-bois le matin…)..

Les textes en anglais sont simples mais touchants (notamment Grow), les mélodies sont entraînantes tout en étant un peu mélancoliques, ce qui se prête très bien au temps maussade régulier. Pour avoir vu à deux reprises Gaspard Royant sur scène, je suis convaincue qu’il faut attendre un opus intéressant de lui. Alors attendons… :)

A lire aussi :

Gush & Gaspard Royany @ Scopitone

Marie Flore Release Party @Sunset

Benjamin Biolay feat. Jeanne Cherhal = Jeanne Cherhal feat. Benjamin Biolay ?

In des disques... on février 12, 2010 at 11:32

Benjamin Biolay – La Superbe / Artiste français / Parisianismo-cyniquo-chanteur /Naïve


Jeanne Cherhal – Charade / Artiste française / Petasso-braillarde / Barclay.

En recevant le disque de Jeanne Cherhal – je souligne d’ailleurs que je n’avais rien demandé, cette chose rose m’a été envoyée sans mon consentement – je pensais trouver des titres intéressants à me mettre dans le creux de l’oreille. Car, depuis le splendide opus de Benjamin Biolay (La Superbe), Jeanne Cherhal était un peu remontée dans mon estime… J’avais tort, complètement.

Benjamin Biolay ce sont 22 titres tous plus brillants les uns que les autres, des orchestrations allant de la ballade sombre (Ton Héritage) au hip hop (La Superbe) en passant par le jazz (La Toxicomanie) ou la pop (Lyon Presqu’île), des textes flirtant avec la mort, la dépression et l’impudence avec une désinvolture déconcertante. Des morceaux taillés dans les meilleurs rocs, un humour sardonique et une capacité à nous faire rire de toutes les situations les plus pourries qui jalonnent la vie de tout parisien classe-moyenne-sup-intello-bobo qui est avant tout, tout seul. La vie de famille, les enfants, les amis sont autant de papiers de soie autour d’un cadeau : splendides, indispensables mais terriblement inutiles et décoratifs. Même au milieu de vingt personnes, on reste isolé (L’espoir fait vivre, vivre l’espoir fait vivre).

Alors certes, ceux qui croient en des gros mots comme l’Amour pourront s’offusquer de ce génialissime duo avec Jeanne Cherhal sur Brandt Raphsodie qui résume, de façon à peine caricaturale, l’histoire d’un couple parisien du début à la fin à travers les Post-It laissés dans l’appartement: d’abord délicats et inventifs, les textes se font de plus en plus pragmatiques et banals, jusqu’à devenir informatifs et transpirant le dégoût et le mépris cordial. Surmenés par leur environnement, les couples citadins se font et se défont très souvent de cette manière, inutile de chercher à le nier. C’est en réalité une excellente analyse sociologique, si elle vous dérange, posez vous des questions. Brandt Raphsodie est la pièce maîtresse de l’opus de B. Biolay, tous les autres titres sont des moments de vie pouvant se situer entre le début et la fin de cette histoire. Ce n’est pas parce que les histoires d’amour finissent mal en général qu’on ne peut pas en profiter entre temps (J’avale le vent, j’avale la vie, j’avale les gens, j’avale la nuit, je bois le jour…). Benjamin aime (Night Shop, Tu es mon Amour), Benjamin vit (Buenos Aires), Benjamin se pose des questions (Miss Catastrophe, Jaloux de tout), Benjamin est insouciant pour le meilleur (Prenons le large) et pour le pire (Tout ça me tourmente).

Nous nous disions donc, pour revenir à nos moutons, que Jeanne Cherhal ayant accepté un duo avec B. Biolay pour un titre tout sauf cul-cul, on pouvait attendre une fantaisie similaire sur son propre disque (Charade). Mais chez Cherhal – Chez Cherhal : lisez cela à voix haute en boucle, cela devient rapidement drôle – point de création subtile, seulement des titres d’un ennui et d’une platitude frisant l’outrage. On avait pourtant bien le même thème décliné, c’était bien parti pour les discours où la fille n’est pas trop stupide et ne se laisse pas avoir par des romances sans suite. Certaines cassures de rythmes dans les titres (Mon corps est une cage), des parties douces de piano (Hommes perdus ou Reviens moi) nous faisaient miroiter quelques passages intéressants, mais non, rien n’y fait, les textes niveau ras-de-pâquerette plombent l’ensemble. Son humour n’est pas noir mais éculé à la Delerm, son phrasé fatigue par ses répétitions incessantes de syllabes inélégantes (Qui qui qui qui qui me vengera ou l’inaudible Lorsque tu m’as). Seule Plus rien ne me fera mal est d’un niveau supérieur, où trois accords de piano et une boîte d’allumette magnifient un texte ciselé sur la douleur humaine (abstraction faite du titre du morceau bien entendu qui est laid et même si elle ne peut s’empêcher de flinguer la fin du titre en répétant cinq fois la même phrase…).

Enfin, J’ai pas peur, le titre cosigné avec Benjamin Biolay, le retour de flamme de Brandt Raphsodie qui nous intéresse par-dessus tout, ne décolle pas beaucoup plus haut (J’ai pas peur dans le noir mais ne rentre pas trop tard, si tu me quittes j’me quitte avec). Par-dessus tout, Benjamin ne chante pas, la laissant s’époumoner seule. Lui qui rythmait leurs échanges de petits papiers pour laisser respirer le titre, lui qui par son timbre grave permettait à nos oreilles de se délecter de toutes les variations d’octave, lui est absent alors qu’il s’agit d’une déclaration d’amour un peu marrante, il y avait largement matière à instaurer un dialogue décalé.

De là deux suppositions. Soit Benjamin Biolay est un en*** qui utilise quelques voix féminines pour leurs seules qualités vocales et assure le service minimum lorsqu’il s’agit de leur rendre la pareille, un personnage proche de celui dépeint dans le dernier titre de l’opus (15 septembre, réponse amère et brutale au 15 août feat. Valérie Donzelli). Mais l’exemple précédent de ses travaux avec Chiara Mastroiani aurait tendance à démontrer l’inverse. On optera donc pour la seconde proposition qui voudrait que B. Biolay a simplement du talent pour composer et écrire des morceaux qui magnifient ceux qui les interprètent, mais n’est pas capable d’intervenir dans le travail de ses collègues pour leur dire qu’ils filent un mauvais coton. Talentueux mais timide, doué mais lâche, il est à l’image de « sa gueule » : plutôt attirant et semblant bienveillant, mais aux si cheveux gras qu’on se tient à distance.

Définitivement non, un titre de Benjamin Biolay feat. Jeanne Cherhal ne joue pas dans la même catégorie qu’un morceau de Jeanne Cherhal feat. Benjamin Biolay. Dommage.

Sur le même sujet, ne pas manquer la chronique de La Superbe en bonnes et dues formes par Good Karma

CLARA MOTO – Polyamour

In des disques... on février 5, 2010 at 8:30

Dj autrichienne / Electro – Minimale / Infiné

Non content d’être un artiste renommé et de qualité, Agoria est également un excellent dénicheur de talents. N’ayant pas l’oreille dans sa poche, il a ainsi révélé les garçons de Rone et Aufgang en 2009 et récidive avec Clara Moto en 2010, une autrichienne qui signe un premier album d’électro sensible.

En 2008, j’assiste mi-médusée mi-perplexe au set de Clara Moto aux Transmusicales. Il n’y a personne et pour cause, ces imbéciles l’ont programmée à 21h. De la minimale de si bonne heure, personne ne se bouscule au portillon, mais du haut de ses 22 ans, Clara joue dans ce gigantesque hangar vide sans se démonter et aligne les titres house de Silently, première collaboration avec Mimu. Combien d’artiste electro femme connait-on ? Vos mains suffiront pour faire le total, dans cet univers nocturne, gagner ses galons lorsqu’on est une femme n’est pas aisé. Clara Prettenhofer a eu recours à un sentiment noble et sans bassesses : l’amour.

De l’amour Clara en a revendre. De la musique d’abord, Clara déroule calmement des influences tantôt pop (Alma ou le splendide Deer and Fox, l’une des masterpieces de cet opus), tantôt punk (The Opposite Is Also Wrong), parfois très masculines (Glove Affair, Take a Second). Du travail bien fait également, son electro est sensible, attentive au moindre détail, les nappes sont étudiées et sonnent souvent comme un appel à prendre le temps d’aimer. De la vie aussi, l’electro est une matière souple et vivante, à condition qu’on sache lui donner suffisamment d’importance pour qu’elle vous raconte des tranches d’existence. A trois reprises, Clara Prettenhofer partage ses titres avec Mimu pour des collaborations extrêmement léchées et dynamiques, notamment le beau paradoxe de Silently qui ne cesse d’inviter au dialogue.

Mimu qui signe par ailleurs la pochette à l’image de l’artiste – féminine par ses formes rondes, rigoureuse de par sa déclinaison de gris et pointilleuse à la Kandinsky – est la touche de classe indispensable au parachèvement de la très belle première œuvre musicale d’une jeune autrichienne parvenue à se faire une place dans un monde masculin et impitoyable. Clara Moto clame sa passion des influences musicales variées (Joy of my heart), affirme son euphorie de faire partie du monde de la nuit (Goodnight Twilight) et cligne de l’œil pour rappeler que « ce n’est que le début, elle est là pour longtemps » (Song of Exhaustion and Ivory).

L’amour, l’amitié et la beauté sont des thèmes si galvaudés qu’il fallait bien l’audace d’une jeune-femme-seule-dans-un-milieu-hostile pour parvenir à les réhabiliter : une Clara Moto à estimer, un Polyamour pour synthétiser.

Son album dans les bacs un an jour pour jour après celui de Rone : sortie le 1er mars 2010

Autre chronique chez le revenant GoodKarma (comprenez par là que si même lui sort de son silence pour parler de Clara Moto, c’est qu’il vous faut  vraiment ce disque…)

GUSH – Everybody’s god

In des disques... on février 4, 2010 at 4:11

Groupe français / Rock – Pop / Cinq 7

Le premier album de Gush est une complète révision de mes a-prioris. Mais lorsqu’un groupe français rocke comme il faut, on se doit de le souligner. Un premier opus plein de fraîcheur et d’humour qui s’écoute en boucle.

Il y a quelques années, les quatre énergumènes de Gush m’avaient massacré les oreilles à grands coups de rock un peu pataud. Mais ils étaient déjà plein d’énergie et j’aurai dû mieux me méfier…

Ce groupe porte parfaitement son nom, sa musique jaillit littéralement. Il vous suffit d’insérer l’opus dans votre platine et boum ! Vous vous retrouvez comme devant les plus beaux geysers d’Islande, mais version rock. La pochette du disque souligne leur aspect brut de décoffrage, pas de fioritures ennuyeuses – No more chitchat, we’re back on the track, ils semblent n’avoir gardé que le meilleur de chacune de leurs influences.

Les quatre membres du groupe font alterner leurs influences musicales entre britpop, rock endiablé et soul entraînante ; mais changent aussi régulièrement d’instruments. Tous chantent, tous jouent, tous s’amusent, tous ont leur moment de gloire personnelle. Je souligne d’ailleurs encore une fois (cf. chronique du concert au Scopitone) les talents du batteur qui a une voix à faire fondre les glaciers islandais.

Parmi les treize titres, seul un est plus calme (In the Sun), ce qui vous laisse augurer de l’écoute que vous allez passer : sportive. Impossible de rester statique lorsque Gush entonne You Really Got Style ou qu’ils vous font (re)vivre les seventies avec Let’s Burn Again. Les titres sont bourrés d’humour plus ou moins évident. Ainsi P.nis, au titre pourtant explicite, prend des allures de gospel, musique Sainte avant de se changer en rock-soul en hommage à leur organe…sacré, sans jamais tomber dans le graveleux : I’m never gonna give you up. C’est très cohérent avec le titre de ce premier opus finalement : à la fois personne et tout le monde est Dieu… ou Vit… et vice-versa.

Une fois de plus, Gush m’a permis de vérifier que mon dicton favori est toujours d’actualité : seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis. Leur univers musical, bien que bordé de nombreuses influences très présentes, se dégage peu à peu. Gush a de l’avenir dans la tête et le corps, leurs mélodies dansantes ne laissent personne de marbre et c’est déjà une grande victoire dans une capitale morose et austère comme Paris.

Sortie le 15 février 2010

FIRST AID KIT – The Big Black And The Blue

In des disques... on février 1, 2010 at 10:38

Groupe suédois / Folk – Country / Wichita

Klara et Johanna Söderberg suscitent l’admiration : elles sont bien trop jeunes pour avoir autant de maîtrise. Et en prime, elles cachent très bien leur jeu. Du plaisir de ne pas recevoir de communiqué de presse, pour faire des découvertes inattendues au détour de morceau entrainant et addictif…

Entre chants traditionnels des campagnes anglaises et mélodies des grandes plaines américaines, leur folk est très classique, tantôt mélancolique (Winter Is All Over You), tantôt plus joyeuse (Sailor Song, Heavy Storm). Avec des orchestrations très épurées, reposant essentiellement sur la guitare sèche agrémentée de quelques parties de piano ou rythmiques. Les voix des deux sœurs sont déjà matures, avec ce velouté dans le fond de la gorge qui ne laisse en rien supposer qu’elles sont si peu âgées (16 ans). Leur accent est impeccable et il faut les entendre compter en suédois au début de Sailor Song ou A Window Opens pour comprendre qu’elles viennent d’un pays où l’on ne passe pas ses journées à cheval ou dans des champs de jonquilles sauvages. Que ces beaux filets de voix s’expriment l’un après l’autre (comme sur la Waltz for Richard) ou en chœur (dès les premières secondes de In the Morning), elles sont douées pour faire fondre toute les glaces qu’elles rencontrent. Le froid elles connaissent, c’est synonyme de « neuf mois de l’année », alors elles font ce pour quoi elles sont douées : elles vous réchauffent.

Pas tout à fait adultes, on se délecte de les voir encore rêver et prendre autant de plaisir romantique à espérer revoir un amoureux (Gost Town, Will Of the River) ou à exprimer leur chagrin à un cher disparu (Winter Is All Over You). Mais elles sont loin d’être juste des petites chanteuses nunuches pour autant, faisant preuve de violence et détermination quand il faut se faire entendre (I Met Up With A King). Très vite, nos oreilles redemandent à entendre ces chants plein de confiance dans beauté de la vie : And it’s one love, and it’s life and it’s beautifull (Hard Believer). Elles rappellent parfois leurs homologues anglais masculins de Noah and the Whale. Et, si vous êtes parent, lorsque cette petite fille vous demande de ne pas la laisser tomber et de la soutenir dans le monde cruel qu’il va lui falloir affronter, Don’t leave this world to me (Winter Is All Over You), votre cœur ne résistera pas.

Un disque conventionnel, mais de la country qui a une âme et des jeunes filles qui ont encore tout à construire. Nul doute que les deux sœurs de First Aid Kit portent un nom qui leur va comme un gant : leur album est à écouter en guise de bouée de sauvetage lorsqu’on se désespère de pouvoir écouter un bon disque de folk novateur.

HOT CHIP – One life Stand

In des disques... on janvier 27, 2010 at 8:00

Groupe anglais / Electro – pop / EMI

Quatrième album pour le quintet electro-geek. Quatrième virage, quatrième réussite, certes moins évidente pour le péquin moyen mais terriblement efficace.

Un seul groupe sait aujourd’hui réunir et réconcilier les exigeants porteurs de lunettes à grosses montures d’avec les fans d’électro Ed Banger accessible dès les premières notes : Hot Chip. Si vous allez jeter un œil sur la toile des blogs français, ils vous assèneront, sans arguments aucun, que ce nouveau disque est mauvais, que seuls les single valent la peine qu’on s’y attarde. Un peu de justification n’a jamais fait de mal à personne, bien au contraire, et c’est ce que je compte faire ici, contrairement à ces rustres à court d’arguments pour expliquer leur point de vue, nous rappelant ainsi des journaleux ayant tourné très vieux cons.

Hot Chip est un groupe solide, voilà dix ans qu’ils tournent et produisent, en plus du travail de groupe, des albums solo particulièrement soignés (notamment celui de Joe Goddard sorti fin 2009). Et ils ont le mérite par-dessus tout, de ne pas produire des albums copies conformes les uns des autres.

Oui, One Life Stand est un disque aussi ambitieux que les autres, simplement il est plus difficile d’accès. Si l’on ne se concentre pas, il est aisé de se laisser à penser qu’il ne s’agit que d’une électro-bling bling, un peu eurodance putassière de bas-étage. Dès les premiers accords de Thieves in the Night, on comprend qu’on ne va pas abandonner le disque de sitôt. Son electro-pop est entraînante, quasi jouissive et se termine de la même manière avec Take it In.

L’album est très pop, qu’elle soit joyeuse (Hand Me Down your love, Alley Cats) ou plus tristounette (Slush), reposant sur des choeurs, des orchestrations un peu kitsh et un tas de petits sons auxquels il faut savoir prêter attention. Premier piège dès le troisième titre, I Feel Better peut paraître baclé à la première écoute, mais si l’on se concentre il regorge de pépites dance distillées dans une electro bien structurée et magnifie les voix d’Alexis et Joe, créant un contraste entre l’apparente simplicité du morceau et le raffinement de la production. Même topo pour One life stand, un des morceaux les moins intéressants de l’opus à l’accroche un peu abrupte et qui se décline ensuite dans la droite lignée des titres de Ready for the Floor.

Rien qu’avec Brothers, titre mélancolique et terriblement émouvant, cet album passe le contrôle qualité haut la main. Que ce soit les lignes de synthé ternaire et de batterie binaire, les chœurs ou les paroles elles-mêmes, on n’a pas signé témoignage plus synthétique et humble de ce que peut être l’amour fraternel, lien extrêmement puissant qui ne se manifeste la plupart du temps que lors des coups les plus durs. Ce titre résume tout ce qu’on n’exprime pas mais qu’on devrait dire plus souvent à ses frères (et sœurs). Ce morceau va de paire avec le plus énergique We have love qui rappelle que peut importe les aléas de la vie, il reste l’amour coûte que coûte. Un message universel trop souvent spolié et dénaturé par des traductions musicales pop dégoulinantes. Ecueil soigneusement évité ici.

On ne peut que déplorer que certains ne se sentent plus *** à l’écoute d’albums aussi classiques et sans valeurs ajoutées de groupes comme les Fuck Buttons, The Horrors, Passion Pit ou le dernier Yeah Yeah Yeahs et se permettent de critiquer aussi vertement et sans aucun effort de justification le nouvel opus d’Hot Chip, un groupe qui, ne serait-ce que par sa longévité et sa capacité de renouvellement et prise de risque, ne peut pas entrer dans la même catégorie que des « groupes hype du moment ». Mettez vos aprioris de côté, à commencer par ne pas regarder la pochette, vissez-vous un casque au crâne et écoutez ce bijou, vous verrez, vous appuierez sur repeat sans même vous en rendre compte !

Note : 8/10 (petite pénalité pour la pochette…)

Sortie le 1er février 2010

Autre chronique sur Sound of Violence

BOYS NOIZE – Power

In des disques... on janvier 25, 2010 at 8:45

Dj allemand / Electro / BoysNoize Records

Le premier album d’Alex Ridha Oi Oi Oi (2007) avait du mordant, le second opus a sacrément du chien. Du bruit de garçons assurément, mais qui séduit les filles ; pour les jeunes et les plus vieux.

C’est souvent le cas en électro, le second opus est plus rapide, plus agressif que le premier. Oi Oi Oi était très structuré et aux sonorités électriques, euphorisant pour plusieurs heures de dancefloor. Power fait l’effet du bouton on d’un ampli actionné alors que la platine tournait déjà, les baffles à plein régime. On est propulsé au cœur de la fête et on suit sans moufter le cyborg qui nous invite à la fête (Kontact me). Et c’est parti pour un trip galactique qui vous retourne le cerveau dans tous les sens (le tourbillon Starter, le ronronnement Transmission, l’ascenseur Sweet Light…).

Il y a deux ans, on retrouvait des clins d’œil à d’autres groupes électro montants (comme le sourire croisé JusticeSimianBoys Noize sur Oh ! ou Shine shine). Cette fois, on perçoit un salut aux collègues de Simian Mobile Disco (Jeffer) et un encouragement clair pour la belle Clara Moto (Drummer).

Nerve aurait pu faire partie intégrante de la BO District 9 où l’on a l’impression de retrouver les dialogues liquides des extraterrestres narcoleptiques. Alors que Gax et Nott seraient plutôt adaptés au Mars Attack de T. Burton. Et pas question d’être à cours de jus en cours de route, Trooper nous propulse illico en pleine guerre : Left right left right left, chargez les canons, scruter le terrain ennemi et tirez sur tout ce qui bouge. On s’exécute sans même se demander pourquoi. Et on s’amuse beaucoup au final. L’artiste prend une dernière fois soin de nous avec son dernier titre planant aux sonorités liquides (Heart Attack), permettant d’éviter la crise cardiaque avant de reprendre une activité classique (comme aller faire cuire des pâtes et scruter le programme électro des nuits parisiennes). Paradoxalement, l’album est plus nerveux tout en restant plus accessible.

Un beau disque, qui passe avec succès le virage raide du second opus. Boys Noize a su trouver sa place dans le panorama des artistes electro à la fois accessibles et un peu raffiné. A retrouver d’urgence dans les clubs, car sa musique se vit.

Charlotte GAINSBOURG – IRM

In des disques... on janvier 15, 2010 at 1:49

Artiste française / Pop – Folk / Because

Ne me demandez pas de faire l’éloge de Charlotte Gainsbourg. Elle m’énervait dans ses rôles d’actrice maladive et je la méprisais d’avoir cédé à la facilité de l’actrice arty qui sort un disque… Air featuring Charlotte plutôt que l’inverse, le premier album de la fille de l’homme à tête de choux semblait répondre à un appel d’offre pour « Musique d’accompagnement de compagnie aérienne ». Et puis Charlotte G. a eu des ennuis de santé en bonnes et dues formes et curieusement, elle s’est mise à avoir enfin du caractère, des formes, du cran, à jouer dans des films où elle donnait de sa personne (en particulier le délirant AntiChrist)… Elle a commencé à être la fille de son père au bon sens du terme. Une fois n’est pas coutume, je remets à l’honneur une expression que j’utilise finalement souvent : « Seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis ». Le second disque de Charlotte Gainsbourg est une belle collaboration avec Beck, réussie, soignée et dotée d’une classe de la trempe de ces deux artistes.

IRM est un album inégal mais si touchant qu’on a envie de lui passer ses faiblesses. Parmi ce qui me déplaît notamment le titre, IRM. On sait que Charlotte Gainsbourg a eu des soucis de santé, pas la peine d’insister lourdement dessus en l’érigeant en titre d’album. Également des rimes en français dignes des pires « auteurs compositeurs français » (vague V. Delerm, Bénabar etc) qui feraient retourner le Serge dans sa tombe. On le voit bien lui dire « Mais ma fille, c’est d’la merde ce Chat du Café des Arts ! Fous-moi ça tout de suite à la poubelle ! »

Oui mais voilà, tout le reste est bourré de qualités. Des orchestrations à la guitare sèche aux passages (Heaven Can Wait) au vocodeur (Greenwich Mean Time), cet album sonne juste. Des mélodies pop toujours aériennes mais qui donnent envie de les réécouter (Vanities), des voix chaudes (Time Of The Assassins) dont on ne veut pas se séparer et des petites prises de risques où l’on sent que cette femme s’amuse, enfin, comme ce Trick Pony aux airs de The Kills ou Dandelion qui revisite Elvis

Pour avoir flirté avec la mort ces deux dernières années, pour avoir failli perdre l’être de ma famille que j’aime le plus, avoir assisté impuissante à la disparition d’un autre membre de cette famille, avoir haï l’hopital, ses lits et ses couloirs morbides ; je peux enfin affirmer que Charlotte Gainsbourg signe avec IRM un disque poignant, qui sonne juste et a du chien.

KAREN O and the kids – Where the wild things are

In Ce qui m'émeut, des disques... on janvier 11, 2010 at 10:36

Bande originale du film de S. Jonze / Pop – Folk

Where the Wild Things are, traduit en français par Max et les Maximonstres, a une résonnance particulière dans ma famille. Livre de chevet, base de nombreux déguisements, idée de mon premier roman à 5 ans (Les Monstres, en 5 actes, évidemment largement inachevé), ce livre m’a été raconté, mimé, théâtralisé, dansé… par l’intégralité des membres des personnes m’ayant bordé une fois. Maxime était aussi un de mes meilleurs amis lorsque j’étais enfant, et il ressemblait tellement au petit garçon de l’histoire que j’étais persuadée qu’on avait écrit le livre en se référant à lui.

Max est un petit garçon plein d’imagination qui s’ennuie et souffre d’un déficit d’attention de sa famille. Ca l’énerve alors il boude et fait et/ou dit des choses qu’il regrette. Il se retrouve donc régulièrement consigné dans sa chambre. Igloo c’est cet enfant qui imagine son monde, il joue seul à être le roi du monde. Mais vite, un petit roi tout seul ça s’ennuie, il va donc embêter sa grande sœur et sa bande de potes (Capsize). Mais le fait d’aller l’enquiquiner n’est rien d’autre qu’un geste d’amour, c’est qu’elle compte pour lui (All is Love), même s’il fait des bêtises qu’il regrette ensuite (Worried shoes).

Puni pour ses bêtises, Max ne comprend pas toujours pourquoi et voudrait que toute sa famille disparaisse pour pouvoir diriger un monde comme il l’entend. Il n’est pas un monstre comme peuvent lui dire ses proches lorsqu’ils sont fâchés après lui, pire, il est le Roi des Monstres. Et pas des tout petits monstres, non des Maximonstres, très grand et qui font très peur. Rumpus et Rumpus reprise constituent à cet égard les deux titres correspondants parfaitement aux illustrations du livre original. Max rêgne, Max est insouciant (Clliffs, Heads Up), Max s’amuse (Animals), Max oublie (Hidaway, Building All is Love).

Mais Max n’est qu’un enfant, et il a beau se dire qu’il est bien là, tout seul au milieu de son monde, ceux qui l’énervent sont aussi ceux qu’il aime et qui lui manque (Lost Fur). Max apprend à faire des choix, sa famille ou son monde. Il rentre à la maison (Sailing Home) pour découvrir que sa mère ne lui en veut pas du tout et que son repas tout chaud l’attend encore (Food Is Still Hot).

En général lorsqu’on a adoré un livre, on n’aime rarement son adaptation cinématographique. Le film de S. Jonze a plusieurs qualités et quelques défauts, que je n’exposerai pas ici. Car parmi les très grandes qualités de cette adaptation il y a cette bande originale à tomber par terre. Moi qui avait classé les Yeah Yeah Yeahs dans la catégories des groupes qui ne produisient plus rien d’interessant (l’album It’s Blitz ! de 2009 était une véritable catastrophe ultra décevante), je reconnais sans mal que Karen O n’a rien perdu de son talent. Mieux, elle en a des cachés. Car qui aurait cru que derrière la femme délurée se cachait une amoureuse du livre le plus poétique et émouvant du monde ? Qui aurait affirmé il y a un an encore que Karen O est capable de composer des mélodies douces sans accros, de remplacer les guitares électriques par un banjo et la voix aguicheuse et piquante par un organe sucré comme le miel et candide. Si le Petit Prince  avait vu ce film il aurait dit en parlant de la musique « C’est exactement comme ça que je l’imaginais ».

VAMPIRE WEEKEND – Contra

In des disques... on janvier 11, 2010 at 9:41

Groupe américain / Pop – afrobeat blanc / XL Recording

Après un premier album aux influences fortement afrobeat et un projet parallèle tout aussi teinté de culture africaine (cf. The Very Best), Vampire Weekend remet ça avec Contra, un opus qui s’essaye à l’electro-afro.

Le premier disque de Vampire Weekend avait ravi les critiques car il était amusant, touchant et novateur. On revivait régulièrement notre rêve du Roi Lion, se trémoussant au milieu de la savane avec des animaux sauvages. Contra part donc avec un fort a-priori positif (malgré des prestations scéniques presque insultantes de médiocrité). Et surtout il est à la hauteur des attentes qu’on avait placé en lui.

Contra est un disque aux rythmes afro-caribéens beaucoup plus rapides, truffé de surprises electro-pop qui agissent comme de véritables stimulateurs de bonne humeur. Si Run ou White Sky s’inscrivent dans la droite lignée du premier album, le reste est plutôt novateur : Giving up the Guns et ses accords rock enjolivés de chant pop-sucrée vous collent une irrépressible envie d’entamer un solo de danse au milieu d’une gare bondée ; Holiday, comme son nom l’indique, vous replonge dans vos meilleurs souvenirs de vacances au soleil alors que vous affrontez une tempête de neige ; Cousins s’essaye même aux groupes de rock à la New Order. Des morceaux plus doux, voire mélancoliques sont aussi présents (I think you are a Contra, Taxi Cab), ce qui ne retire rien au charme de l’ensemble, agissant comme des respirations dans cet afflux de trémoussements dans tous les sens.

Nul doute que Contra va fournir beaucoup de matière aux DJs sur les dancefloordes mois à venir. Cet opus reste bourré d’influences afrobeat mais est beaucoup plus travaillé ce qui le rend nettement plus intéressant (car ça devenait un peu pénible la case obligatoire « afro »). Le véritable défi sera de se renouveler complètement pour un troisième disque, l’avenir nous le dira !

N.B : Attention Vampire Weekend peut provoquer des effets indésirables, comme chez PlaylistSociety

LE LOUP – Family

In des disques... on janvier 8, 2010 at 1:50

Groupe américain / Pop-folk / Talitres Record

Après un premier opus déjà très réussi, Le Loup nous livre depuis Washington ses nouvelles marottes typiquement américaines dans le milieu de la pop ces derniers temps : le revival de l’afrobeat. Un disque accompli qui assure sans peine le virage dangereux du second opus.

Oui je continue de le penser, l’Amérique a vibré un an au son de la campagne politique d’un homme noir, qui plus est a été élu à l’issue d’une longue bataille médiatique et culturelle. Et depuis, les groupes de pop indé de la East-coast n’ont de cesse de nous proposer des sonorités africaines (Yeasayer, Vampire Weekend, The Very Best…). Certes il y a aussi le Mondial de foot en Afrique du Sud qui arrive à grands pas, mais je pense que l’élection d’un président noir a encore plus joué. Bref, Le Loup est également de la partie avec ce Family. Un peu Benetton en quelque sorte, la famille d’aujourd’hui est multi-culturelle et métissée, à l’image des rythmes de cet opus. Tantôt ballade pop anglaise (Morning Song), tantôt rythme dynamique pétri de racines africaines (Beach Town ). Les notes de tête voix – banjo – guitare sont complétées des accords de cœur clavier – percussions pour produire un ensemble terriblement entraînant. Family, titre éponyme de l’album est sans doute la meilleure synthèse de ce disque : sonorités chaudes et  aquatiques agrémentées de chants incantatoires de l’hémisphère Nord au départ, elle évolue doucement vers des rythmes caribéens avec un chant folk-pop particulièrement dynamique, très vite rejoint par un chœur qui rappellent les verts pays irlandais. On retrouve beaucoup de Fleet Foxes chez Le Loup et c’est tant mieux.

Un très bel opus dont il aurait été dommage de passer à côté. Les groupes de rock truffent leurs partitions de krautrock, ceux de pop s’adonnent à l’afrobeat, pourquoi pas, voyons si le troisième opus du Loup saura, non plus suivre, mais guider la meute.

What’s up pour 2010 ?

In des disques... on janvier 3, 2010 at 9:25

D.R.

Après avoir fait le bilan de l’année et le bilan de la décennie, il est temps de regarder ce que nous réserve l’année à venir.

Les disques qui font un peu saliver :

Menomena : Ramona Falls n’est qu’un side project, Ramona Falls n’est qu’un side project, Ramona Falls n’est qu’un side project…

Final FantasyHeartland : leur seul défaut a toujours été d’avoir un nom de jeux vidéos… et de sortir trop peu de disques. D’accord ça fait deux défauts :)

The Strokes : cette fois il parait que c’est pour de vrai, les side projects sont si mauvais qu’il nous faut ce retour…

Hot ChipOne life Stand : quand les binoclards prennent le contrôle du dancefloor…

Les disques attendus :

Midlake - The courage of others : ils ont fait quelques faux pas mais cet album risque de faire pleurer dans les chaumières.

EldiaYayaya (sortie 22 février 2010) : des français qui font de la pop rock correctement, ça existe et je me suis échinée durant 2009 à vous le démontrer. ALors après avoir reçu l’EP qui swingue, je peux déjà affirmer que leur disque sera dans pas mal de platines… Chronique imminente !

My Girlfriend is Better than Yours : après l’EP et le concert, il faut boucler la boucle de ce projet mignon tout plein !

Of MontrealFalse Priest : comme d’habitude, ça promet !

Born RuffiansSay ItBand of HorsesNight RainbowsFleet Foxes ; Four TetThere is love in you ; The National ; Vampire WeekendContra ; YeasayerOdd Blood ; Syd MattersMina Tindle ; Gush

Les disques dont on se fiche un peu :

Cat Power : arrête de pleurer Pénélope, on a trouvé d’autres filles avec ta voix (cf. Marie Flore)

Arcade Fire : leur dernier disque était mauvais, le nouveau peu-il être pire ?

Interpol : Stop ! les come-backs ne sont jamais bons ! (enfin j’écouterai quand même, juste pour rire, hahaha)

MgmtCongratulations : Revus à Rock en Seine, les pauvres jeunes sont bons pour retourner travailler… ils auraient dû suivre l’exemple des Yeasayer !

2000 – 2009, manuel des années 2000 à l’usage des vieux et des plus jeunes

In Ce qui m'amuse, des disques... on janvier 1, 2010 at 3:30

2000 – 2009, manuel des années 2000 à l’usage des vieux et des plus jeunes

Allez c’est parti, nous allons décompter ensemble de 9 à 0 en honneur à la première décennie d’un nouveau millénaire.  Les plus jeunes pourront y trouver quelques éléments de culture qui leur aurait échappé parce qu’ils ont le nez dedans et ne peuvent pas se souvenir de ce qu’était la vie sans mp3. Les plus vieux pourront se remettre à la page question vocabulaire et arrêté de penser que c’était forcément « mieux avant ».

9 concerts… ou presque (c’était parfois trop difficile de trancher alors j’en ai indiqué 2)

2000 : Herman Düne + At the Drive In + De la Soul + Simian @ Transmusicales – Rennes

2001 : Starsailor @ La Maroquinerie & Tool @ Zenith

2002 : Interpol @ Route du Rock

2003 : David Bowie + The Dandy Warhols @ Bercy

2004 : Air + Sébastien Tellier @ Zenith

2005 : Lou Reed @ Grand Rex & The Strokes @ Trabendo

2006 : TV on the Radio @ Rock en Seine & Battles @ Sous la Plage

2007 : Acoustic Ladyland @ Nouveau Casino & Art Brut @ Maison de la Radio

2008 : La Maison Tellier + Syd Matters & Poni Hoax @ EMB – Sannois

2009 : Toy Fight @ Café de la Danse & Turzi + Koudlam @ Elysée Montmartre

8 disques sitôt écoutés, sitôt adoptés

The Strokes – Is this It – 2001

Apparat Organ Quartet – s/t – 2002

Joakim – Fantômes – 2003

Franz Ferdinand – s/t – 2004

Camille – Le fil – 2005

Sébastien Tellier – Sessions – 2006

Caribou – Andorra – 2007

Syd Matters – Gost Days – 2008

Aufgang – s/t – 2009

7 pochettes de disques gravées dans ma mémoire

Thomas Fersen – Pièce montée des grands jours – 2003

Philippe Katerine – Robots après tout – 2005

Of Montreal – Hissing Fauna, are you the destroyer ? – 2007

Chicros – Sour Sick Soul – 2007

Noah and the Whale – Peacefull the world lays me down – 2008

Turzi – B – 2009 (vinyle)

et…

Mauve – Kitchen love – 2008 :)

6 horreurs dont on se serait passé

Les Star Ac’ et tout ce qui va avec (les shows, les sous-artistes…)

U2 (sa vie son œuvre…)

La pochette d’Animal Collective – Strawberry Jam – 2005 (Il existe malheureusement des centaines de disques dévalorisés à cause de leur pochette, Animal Collective gagne le pompon…)

La pochette de Metronomy – Night’s out – 2008

Superbus en première partie : il fut une époque où aller à un concert quel qu’il soit (Stéréophonics, Weezer…) ne pouvait pas se faire infliger l’ignoble Superbus en première partie, on se réjouie de ne plus les voir !

Pete Doherty, sa drogue, sa pauvre life et ses Babyshambles : circulez, y’a rien à voir…

5 enrichissements de notre vocabulaire :

  • Téléchargement : terminé le cd et la queue chez le disquaire. A l’aube de la décennie 2010, la Fnac Bastille, unique enseigne dédiée à la musique, vient de mettre la clé sous la porte. La musique se fait numérique. On a tous commencé avec nos « cd gravés », rapidement remplacés par la clé USB, on a tous fréquenté Emule ou Soulseek et on s’est tous équipé de la FreeBox (tout comme l’Oréal parce qu’on le vaut bien, on a free, on a tout compris).
  • Mac : La bataille Mac/pc existait avant les années 2000, mais avec l’utilisation massive d’Internet, devoir updater des mises à jour anti-virus, anti-bug, anti-plantage anti-anti tape sur les nerfs de tout geek qui se respecte. Et donc, logique, on switche. Internet Explorer se fait raccompagner à la frontière pour Firefox et la suprématie iPod, iPhone finit de bouter les derniers reliquats de Macroshit hors de notre univers. Décennie 2010 celle de l’Empire contre-attaque pour Pc (cf. les mini-pc) ?
  • Myspace : avant lorsqu’on parlait de découvertes musicales, on donnait une démo ou on faisait écouter un disque à ses amis. Les années 2000 ont offert un nouveau tic de langage « T’as un Myspace ? / T’as son Myspace ? / Je vais checké son Myspace » En réalité cet outil a toujours été un peu pourri, ramait sévère entre chaque changement de page, sautait entre les titres… Mais le Myspace pour un groupe des années 2000, c’est un peu comme la Rolex en politique, si t’en a pas t’as raté ta vie. Le même raisonnement est valable pour la vidéo et l’apparition de Youtube et Dailymotion comme mot de vocabulaire à part entière. Et pour Wikipédia comme alternative au Petit Robert.
  • Facebook : l’invention du réseau social virtuel qui fonctionne… Chaque jour, chacun s’est créé une nouvelle dépendance en allant discuter, regarder des photos/vidéos, et raconter la moindre miette de ses activités, le tout virtuel bien entendu. Twitter est passé à la vitesse supérieure en ne permettant de s’expriment qu’en 140 caractères. Ainsi, chacun sait tout ce que chacun fait. George Orwell n’avait pas imaginé un Big Brother si puissant…
  • Blog : en terme de lecture, donc de loisirs, avant on avait les abonnements aux magazines, les fanzine voire les webzine. Après 2000, le Blog fait un boum. Chacun veut raconter les choses comme bon lui semble, marre des lignes éditoriales auxquelles il faut se plier, des deadlines à respecter, chacun veut faire comme il veut quand il veut. C’est ainsi que les Blogueurs ont pris une place considérable dans notre panel de lectures. C’est un mouvement tellement nouveau qu’on ne sait toujours pas comment orthographier les choses : bloggeur, blogueur, blogger… ? Au départ les journalistes ont vu ça d’un mauvais œil, les « sans carte » contre les « avec carte » de presse. Puis très vite ils se sont mis à avoir leur propre blog au sein de la rédac ! Tout comme il y a des mauvais magazines, il existe des mauvais blogs, mais la réciproque est aussi vraie :)

4 mots-clés à retenir en matière de tendances musicales (et tous les groupes cités méritent une attention particulière et constituent de ce fait mon Top 2000 – 2009) :

  • Retour : si l’on peut à jamais faire le deuil du R’n’B qui ne produit plus rien d’intéressant depuis les 70’s, le rock a fait son come-back flamboyant parmi les jeunes. On tient souvent pour responsables The White Stripes,  The Libertines et The Strokes qui ont eu le bon goût de (re)faire de la musique de leurs parents en ajoutant une touche contemporaine. Plus nerveux, plus rapides, aux paroles moins molles et plus réalistes et aux mélodies recentrées sur le minimalisme et l’efficacité, on a assisté à plusieurs déferlantes de « groupes en The » : The White Stripes (1999*), The Strokes (2001*), The Libertines (2002*), The Kills (2002*), The Rakes (2005*), The Spinto Band (2005*) ou plus récemment The Dead Weather (2009*). Lesquels se sont vu opposer l’autre tendance des « noms de derrière les fagots »: Phoenix (2000*), Yeah Yeah Yeahs (2002*), Franz Ferdinand (2004*), Clap Your Hand Say Yeah (2005*) ou Artic Monkeys (2006*). L’Electro est l’autre grand courant à bénéficier d’un joli succès. Alors qu’on pensait que les Djs allaient mal vieillir et devenir les ploucs en survêtements bling-bling, non seulement (à quelques mauvais exemples près dont on ne prendra pas la peine de parler ici) les quarantenaires ont encore de la ressource (Etienne de Crécy, Zdar, Alex Gopher…) mais en prime les relèves ont bel et bien assuré. On va d’ailleurs très vite distinguer deux types d’électro : la musique à (j)ouïr et l’électro intello. A la première catégorie les mélodies sitôt écoutées –sitôt dansées – sitôt oubliées à la Ed Banger** (SebastiAn, Justice, Yuksek, Uffie…) s’identifient les plus jeunes en manque de culture musicale et adeptes de la surconsommation en tout genre. Génération mal-être aussi qui achète sans compter et se vide la tête chaque semaine sur des rythmes binaires. A la seconde branche électro on retrouve des mélodies aux pieds beaucoup plus travaillés, de la musique moins accessible de prime abord : Arnaud Rebotini, Yvan SmaggheEllen Allien… De l’électro qu’on peut écouter en se concentrant dans son salon, pas forcément sur un dancefloor.
  • Mélange : La vraie caractéristique des années 2000 est cette beaucoup plus grande mixité des sonorités. La mondialisation et l’accélération vertigineuse des transmissions des données via l’informatique auront véritablement permis l’émergence de mélanges assez inédits. St Germain (2001) et Gotan Project (2002) ouvrent la voie en popularisant l’électro-jazz et l’électro-tango. L’électro-rock suivra rapidement avec des formations comme Cansei de Ser Sexy (2004*), Klaxons (2006*), Boys Noise (2007*), Midnight Juggernauts (2007*) ou Foals (2008*). Métissage qui s’accompagne aussi de mélanges intercontinentaux. Certains groupes de pop ont d’ailleurs créé une tendance consistant à usurper son identité : I’m From Barcelona (2006*) sont suédois, Architecture In Helsinki (2004*) sont australiens ou encore Of Montreal (1997*) sont américains On a vu un renouveau de la soul et de la funk, du jazz tant bien que mal. La dernière tendance (Obamania oblige ?) est à l’afrobeat d’Hémisphère Nord. Ainsi Ezra Koenig semble se spécialiser dans le domaine avec Vampire Weekend (2008*) et The Very Best (2009*). Nombre de groupes de Brooklyn suivent la même tendance (Mgmt, Yeasayer…).
  • Extrême : Dans la prolongation de la veine des Mélanges, certains ont poussé les expériences à leur paroxysme. Distorsions de sons, bidouillages de machines récentes et dinosaures, triturages d’instruments… tous les genres musicaux se font revisiter par des collectifs bien déjantés. La pop borderline d’Of Montreal, les mélodies entêtantes de GUiLLeMoTs (2006*), les textes acides du Klub des 7 (2006*), les expériences appartementales des sœurs Cocorosie (2004*), la dentelles de batterie de Battles (2007*) ou plus récemment le massacre de guitares à la perceuse par GaBlé (2008*) et la désinvolture des supporters de foot sous-tendu de musique classique de Koudlam (2009*) ont apporté une touche de fantaisie dans le paysage musical actuel qui crie à l’uniformisation des goûts et des labels. Ces artistes ont trouvé une parade très intéressante au piratage et ont su évoluer avec leur temps : certes leurs albums sont bons mais c’est surtout sur scène qu’il faut observer ces drôles de trublions. Et ça un concert, c’est une expérience unique, beaucoup plus difficile à pirater :) !
  • Avènement de la musique Nerd : Et oui, le gros boutonneux à lunettes n’est plus répulsif et reclus de la société. C’est devenu un sex-symbol de certains courants musicaux. Dans un premier temps, il y a eu le retour en force du Post-rock, certes pas sur toutes les ondes de radios (qui elles aussi subissent un formatage poussé), mais dans les cercles musicaux, continuer de cracher sur le post-rock aujourd’hui est presque un pêché capital. Si Tortoise (1994*) ou Godspeed You ! Black Emperor (1994*) étaient l’apanage de happy few, le post-rock des années 2000 est bien plus In, le dernier en date étant le splendide travail de Cougar (2007*). Autre courant qui connaît un beau revival nerd, le krautrock. Zombie Zombie (2007*) est l’exemple français le plus délicieux de cette nouvelle tendance où l’on prend plaisir à voir deux passionnés de musique produire des sonorités assez incroyables de machines bizarres. Etienne Jaumet (album solo 2009*) est à la fois l’ami et l’icône. Sur ces traces et tout aussi talentueux, on place beaucoup d’espoirs en Turzi (2006*) qui manie les machines aussi bien que les guitares. Enfin, les années 2000 sonnent la Grand-Messe pour les musiques scandinaves. Une déferlante de pop glacée et musiques planantes.
  1. Suédois (tendance pop) : The Hives (1997*), The International Noise Conspiracy (2000*), Peter Bjorn and John (2002*), Melpo Mene (2004*), Peter Von Poehl (2006*), Lykke Li (2008*), Fever Ray (2009*)…
  2. Islandais (tendance orchestrale) : Gus Gus (1995*), Sigur Ros (1997*),  Bang Gang (1999*),  Mùm (2002), Apparat Organ Quartet (2005*), FM Belfast (2009*)…
  3. Norvégiens (tendance belles finitions) : Röyksopp (2001*), King of Convenience (2001*), The Whitest Boy Alive (2006*)…
  4. Danois (tendance nerveuse) : The Raveonettes (2002*), Efterklang (2004*) Vincent Van Go Go

Voilà, je m’arrête là pour ce tour d’horizon des bouleversements musicaux des années 2000 et j’espère que vous ferez quelques découvertes :)

* : j’ai choisi de prendre en compte l’année du premier album et non de la formation du groupe.

** : J’ai écrit à la Ed Banger, ils ne font pas forcément partie du label mais s’y assimilent (d’accord Pierre Emmanuel :) ?)

3 morts… On sait tous qu’il y a eu plus de décès que ça parmi les musiciens au cours de cette décennie mais j’en ai retenu trois par-dessus tout.

Au début des années 2000, nombre d’anciens rockers passent de l’autre côté et laissent ainsi s’exprimer une nouvelle vague d’artistes (décrite au numéro 4) : Joey (2001) et Dee Dee Ramones (2002, Ramones), Georges Harrison (2001, The Beatles), Joe Strummer (2002, The Clash), John Entwistle (2002, The Who) ou Nina Simone (2003) marquent la fin de la jeunesse de nos parents et nous laissent un peu respirer et voler de nos propres ailes. Le monde de la rétrospective pour les aînés, la scène pour les cadets.

D’une manière générale les morts violentes sont fréquentes dans le milieu du rock, c’est lié à leur mode de vie et ils l’ont bien cherché, pas besoin de s’apitoyer dessus plus que ça. Les trois décès qui m’ont marqué sont plus récents et d’une autre nature, me touchant de ce fait pour des raisons différentes :

  • Esbjörn Svensson s’en est allé en juin 2008, trop jeune et accidentellement (plongée sous-marine). Il lui restait beaucoup à apporter au jazz et ce milieu peine à trouver des successeurs qui sachent s’imposer.
  • Alain Bashung en a terminé du monde des vivants en mars 2009 et si son œuvre n’était pas totalement achevée (et reconnue à juste titre), le choc pour moi est venu du fait qu’il avait exactement l’âge de mon père… Ayant grandi avec mon papa sous les yeux et Bashung dans les oreilles, c’est un bout de mon équilibre naturel qui fichait le camp.
  • Vic Chesnutt enfin a choisi d’en finir à quelques jours d’une nouvelle décennie. Violence d’un choix qui rappelle la pendaison lointaine d’un très jeune Ian Curtis ; refus de continuer d’accepter de vivre dans certaines conditions (non pas matérielles mais psychologiques). Il n’y pas d’acte plus radical que sa propre mise à mort.

2 séparations de groupes mythiques qu’on ne regrettera pas… (ahahah bon débarras)

2000 : RIP Spice Girls & 2009 : NOasis

1 gros coup de vieux pour moi. Alors là vous riez, vous vous dites « ahah, ben comment donc, elle n’a même pas 25 ans et elle parle de coup de vieux. » Eh bien oui, car la décennie 2000- 2010 marque pour moi le passage à l’âge adulte. Je n’étais pas majeure en 2000. Je vivais dans une douce ville de province grise (où le granite qui recouvre le sol et parfois les bâtiments, une ville assortie au ciel pluvieux, j’ai nommé Rennes), j’habitais un appartement et une maison ultra-confortables (mon appartement parisien doit tenir dans ma chambre d’enfant) et j’étais à mille lieues de certaines préoccupations. Quand on est mineur, on peut assumer sans problème d’écouter Aqua, Britney Spears ou les Freestylers. Adulte il faut savoir argumenter pour pouvoir le clamer.  Il y a encore quelques années, dormir 3h par nuit ne me posait pas de problèmes alors que je restais tranquillement à la maison, maintenant que j’aimerais enchaîner les concerts toutes les nuits, je mets 3 jours à me remettre d’un écart au-delà de minuit ! Et par-dessus tout, argument ultime, en 2000 je n’avais pas de lunettes !

0 regret, il ne faut pas jouer les vieux cons, le standing de vie n’a jamais été si confortable même si l’on sait que, pour la première fois dans l’histoire de l’homme, le niveau de vie des générations futures sera inférieur au nôtre. Alors profitons de la vie et consommons de manière raisonnée, n’oublions pas d’aller voter, ne négligeons pas de sortir le nez dehors (aller voir ce qui nous entoure, les cités, les sdf, les rayons de soleil qui parviennent encore jusqu’à nous…) et puis arrêtons de nous plaindre, ce sera pire plus tard J !

Je vous souhaite que 2010 vous apporte autant de bonnes surprises et de joies que possible.

Avec ton mon amour et toute mon affection virtuels que je peux transmettre via les touches d’un clavier, votre dévouée V.

TOP DES 15 DISQUES DE 2009

In des disques... on décembre 28, 2009 at 3:58

Alors pour ce top je ne peux pas les classer, simplement vous livrer mes quinze albums préférés dans l’ordre de parution (ou du moins d’écoute). Pourquoi 15 ? Parce que 10 c’est trop court et 20 c’est trop compliqué car trop d’ex-aequo.

Dalek – Gutter Tactics

Expérience inédite d’électro hip-hop qui vous vrille le ventre comme avant des montagnes russes méchantes-quifonttroppeur-ouaicht’asvu.

Franz Ferdinand – Tonight

Comme un bon macaron : une coque rock, une coque pop, une ganache qui vous explose en bouche ! Tonight et tous les soirs !

Matt Bauer – The Island moved in the Storm

Le disque de folk le plus épuré et le plus oublié de l’année (malheureusement…) Ecoutez-le et vous serez obligés de concéder qu’une fois de plus j’avais raison (pas de panique ça arrive très souvent, hein Benjamin ;) !)

Dear Reader – Replace Why with Funny

Pourquoi fait-on tout un foin lorsque des blancs font de la « musique de noirs » et ne dit-on rien lorsqu’un pays d’Afrique fait de la musique européenne ?

Micachu and the Shapes – Jewellery

Il existe encore des groupes capables d’assumer un côté déjanté qui ne soit pas uniquement commercial (cf. Animal Collective qui a perdu tout intérêt musical en essayant de théoriser le « barré »).

Peter Bjorn and John – Living Thing

Probablement leur album le plus abouti. Ces suédois partagent mon amour du perfectionnisme : bonne musique, splendide mise en scène, excellente réflexion d’ensemble. Ce n’est pas mensonger, c’est vivant !

Grizzly Bear – Veckatimest

Que peut-on ajouter de plus que « ce groupe est génial » ? Cela : « avant j’étais sceptique, maintenant je suis convaincue ». Tout simplement divin.

Gossip – Music for Men

Je ne peux pas vous proposer uniquement de la musique d’appartement, le dancefloor c’est important. Pour le plaisir des oreilles uniquement. Les temps changent : pour une fois, les obèses ont une utilité ! (Et on parie combien que je vais me faire troller pour ça :) )

St Vincent – Actor

J’ai mis beaucoup de temps à reconnaître la pureté et la qualité de cet opus pour lequel je pensais que l’engouement était factice. Une fois aperçue sur scène, force est de constater que c’est un disque remarquable.

Cougar – Patriot

Jamais je n’aurai pronostiqué qu’un groupe rendant autant hommage à l’US Army aurait un jour sa place dans un de mes classement d’albums préférés… Du post-rock dans les rêgles de l’art, avec la créativité en dosage équilibré.

——

The Very Best – Warm Heart of Africa

Bien plus abouti que le projet Vampire Weekend, bien moins « vernis de la tolérance multiculturelle ». The Very Best est un brin provocateur, un chouia délicieux, sans oublier une pointe de pureté dansante.

Noah and the Whale – The First Day of Spring

Leur premier disque était génial, leur second opus est encore plus cynique. Enfin un groupe qui assume de faire de la pop en réfléchissant objectivement sur la légende urbaine de l’Amour…

Turzi – B

La réponse française à l’acharnement perfectionniste musical. Un alphabet, un travail de titan, des influences multiples… et toute mon admiration, il n’a pas trente ans et va déjà très loin.

Aufgang – s/t

Un trio, trois pays, trois influences majeures, trois chroniques de ma part sur leur compte, trois regards… C’est un peu la Sainte Trinité revisitée dont je suis le Messie J (oui je me lâche).

Esser – Braveface

Pour leurs mélodies pop barrées, pour les coupes de cheveux si délurées, ces touche-à-tout sont résolument craquants !

Déjà fini ? Allez, autorisez-moi ces quelques mentions spéciales :

Health – Get Color : Jamais un acouphène n’a été aussi désirable, un batteur à surveiller de très près.

Fever Ray – s/t : Ah si seulement elle n’avait pas cette infâme voix rappelant la détestable Bjork ! Un album splendide.

Naive New Beaters – Wallace : Faire de l’aérobic en pull-over tricoté par mamie il y a trente ans n’est pas chose courante chez les moins de trente ans… J

Vic Chesnutt – At the cut : Parce que je publie ce top après son tragique décès et ne veux pas me faire accuser de l’avoir mis dans le top juste pour faire des bons sentiments… Un album splendide, comme à peu près tous ses disques.

TOP DES 15 DISQUES FRANCAIS MARQUANTS DE 2009

In des disques... on décembre 21, 2009 at 7:00

Pour la première fois depuis des années, j’ai eu envie de distinguer un Top des disques français d’un Top International. En cette période de grands débats sur les questions d’identités nationales, je trouve amusant et intéressant de voir des disques français rayonner justement parce qu’ils ne mettent pas en avant qu’ils le sont, français. Parce qu’ils chantent en anglais, parce qu’ils sont produits par des étrangers ou parce qu’ils font recette surtout ailleurs que dans l’hexagone, je suis fière de souligner encore une fois la qualité de quinze disques français sortis cette année. Et pour personnaliser encore plus le tout, je vous livre quels sont mes morceaux favoris.

Aufgang – s/t

Je crois que j’ai déjà tout dit à leur sujet hein, à force de casser les pieds de chacun avec ça, mes chouchous de l’année se hissent à la sixième place d’un top de blogueurs qui étaient plutôt réticents jusqu’à ce qu’ils écoutent ce premier album.  Aufgang n’est qu’un disque, tout comme un diamant n’est qu’un caillou…

Titre préféré : Channel 8


Turzi – B

Deuxième opus, deuxième confirmation du talent de Romain Turzi. Une intelligence et une sensibilité musicale doublées d’une classe incroyable (élu meilleur porteur de tee-shirt touristiques de l’année). Turzi ou comment réapprendre à lire, écouter, déguster…

Titre préféré : Bombay


Rone – Spanish Breakfast

Beau cadeau que de sortir ce premier opus le jour de mon anniversaire. Rone n’a pas eu cette année le rayonnement qu’il mérite amplement, des boucles élégantes et des samples de qualité, je suis certaine de vous en reparler.

Titre préféré : Tasty City


Toy Fight – Peplum

…ou l’histoire de jeunes musiciens français ayant repris confiance en eux et leur travail grâce à des allemands… Fourmillement d’instrumentation et voix au franglais décomplexé font de cette pop-folk une délicieuse musique pour garder son âme d’enfant.

Titre préféré : Les Indes Noires


Etienne Jaumet – Night Music

Quand un Zombie Zombie doublé d’un Married Monk se consacre enfin à un album solo, cela donne une aventure intergalactique des plus éclectiques. Carl Craig a mis son oreille dedans pour parfaire le tout. Musique nette et précise comme une signature Mont Blanc.

Titre préféré : For Falling Asleep


Sammy Decoster – Tucumcari

Quand un thérapeute d’hôpital psychiatrique par à la conquête de l’ouest, ça donne un opus de rockeur qui a du chien. Un premier album qui démontre qu’on peut signer chez une major et faire de la musique indie. La musique américaine peut aussi venir d’ailleurs…

Titre préféré : Mon dernier rêve


The Limes – s/t ex-æquo Centenaire – The Enemy

Ces deux disques n’ont rien en commun sauf le fait d’être d’excellente facture et de proposer une musique d’origine française, d’origine seulement… Très belle démonstration de ce que peut être l’apport de la mondialisation à la musique.

Titres préférés : City Lights et Testosterone


Chicros – Radiotransmission

Troisième disque et toujours un sans-faute… Un opus concept qui vous fait revisiter et parodie tous les meilleurs canaux radiophoniques. Radio Campus Paris est fière d’avoir soutenu depuis toujours ces doux gentlemen qui ne s’expriment plus qu’en anglais mais habitent toujours Paris !

Titre préféré : Negrita


Boulbar – Requiem pour un champion

Difficile de marcher sur les traces de Serge Gainsbourg sans se casser la figure. Boulbar semble s’être équipé d’excellents crampons et signe un opus concept qui emprunte autant à la culture française qu’américaine.

Titre préféré : Iron Jack


Oxmo Puccino – Larme de paix

Oui le rap et le hip-hop ont leur place en France, non cet album n’est pas la « caution noire » ou le « disque de l’ouverture » de mon top. Je l’aime simplement pour ce qu’il est, pour les textes qu’il propose, pour l’humour bienveillant d’Oxmo Puccino, un artiste bien plus engagé que n’importe qui.

Titre préféré : Soleil du Nord


Krazy Baldhead – The B suite

Un premier album très construit à la régularité de métronome, de l’electro puisant autant dans le jazz que le funk ou le hip hop, de quoi redorer l’image d’Ed Bangers…

Titre préféré : Third Movement / Third Part « Sweet Night » feat. Outlines


Mélanie Pain – My name

Il est rare que j’aime un disque de fille en solo, malgré quelques vices tout à fait perfectibles, Mélanie a sa place dans ce top des disques français marquants de l’année : comme tout bon chocolat, elle est douce avec ce petit piquant qui fait oublier les calories superflues.

Titre préféré : Ignore-moi


Benjamin BiolayLa Superbe ex-æquo Dominique ALa Musique

Grosse surprise pour moi, preuve qu’il ne faut jamais dire jamais, je n’aurai pas cru reconnaître un jour que Benjamin Biolay et Dominique A sont des artistes qui me touchent… Et oi j’ai en plus le culot de les comparer l’un à l’autre ;)

Titres préférés : Brandt Rapsodie et Le bruit blanc de l’été

Mais aussi (car il était difficile de tous les départager) :

Koudlam – Goodbye

GaBLé – I’m Ok

Le Klub des Sept – La classe de musique

Et on attend avec impatience les premiers albums de :

My Girlfriend Is Better Than Yours, Mina Tindle, Eldia

Un Top Musical peut en cacher un autre…

In des disques... on décembre 21, 2009 at 4:17

La fin de l’année approche aussi vite que la vague de froid à Paris et l’heure est partout aux « Top ». Sur ce même blog, vous avez d’ailleurs peut-être découvert le Top des Blogueurs 2009 auquel j’ai participé. Mais un Top collectif n’est bien évidemment pas le même qu’un Top personnel. Car il en va (heureusement) ainsi de la société : chacun est sensible à différentes sonorités, différents concepts musicaux etc… Et au final, le Top de Machin ne sera pas meilleur que le Top de Truc, il sera simplement différent.

Pourquoi je continue donc de vous proposer un Top chaque année puisque j’affirme qu’avant tout il ne reflète que mes goûts, bâtis en fonction de ma personnalité (un peu “déviante” vous diront les mauvaises langues, simplement hyperactive vous affirmeront d’autres…) ? Tout simplement parce que j’aimerai que vous lisiez ce classement en y faisant des découvertes, que votre froide journée d’hiver soit éventuellement égayée d’un nouveau disque qui lui donnera des couleurs.

Cette année marque également la fin d’une décennie, c’est pourquoi je vous ai concocté non pas un, mais trois Top musicaux différents.

Le Top des 15 disques français marquants de 2009

Le Top des 15 disques de 2009

Le Top 2000 – 2009

Et comme à chaque jour suffit sa peine, vous pourrez les découvrir en plusieurs fois ;) !

Top des Blogueurs 2009

In Ce qui m'amuse, des disques... on décembre 16, 2009 at 10:00

Le Top Blogueurs 2009 : La sélection des meilleurs albums de l’année :

Le Top des Blogueurs regroupe 37 passionnés de musique réunis autour d’un classement des meilleurs albums de l’année avec pour objectif de défendre leurs coups de cœur et découvertes sans pour autant négliger les incontournables de 2009. Après de longs débats et plus de 580 disques cités, nous sommes heureux de vous présenter cet article collaboratif publié simultanément sur tous nos blogs !

St Vincent - Actor St Vincent – Actor

Panda Panda : Dans le monde merveilleux d’Annie Clark, les instruments à vent et à cordes dansent ensemble d’une jolie manière, parfois balayés par l’horreur tapie dans un coin qui ressurgit sous la forme de déflagrations électriques et tordues, l’imaginaire de la belle étonne et ne ressemble à nul autre avec ses cent idées à l’heure. C’est donc tout naturellement et avec un plaisir immense qu’on retrouve ce drôle d’Actor à cette vingtième place. (A lire également la chronique d’Olivier).

Marie-Flore - More than thirty seconds if you pleaseMarie-Flore – More than thirty seconds if you please

Arbobo : Le parcours de trop de “grands” a fait oublier combien un premier disque pouvait être fort, déjà brillant, déjà puissant. Combien c’est rare de faire des débuts aussi bluffants. L’air de rien, Marie-Flore réussit à nous faire lever les poils du premier au dernier titre. Avec ses morceaux tout sauf standards, son sens de la mélodie et sa voix sortie d’un livre de sortilèges, on se demandait si elle saurait nous impressionner autant sur disque qu’elle le fait sur scène. Oui, évidemment, oui. (A lire également la chronique de Benjamin F).

The Tiny - Gravity & GraceThe Tiny – Gravity & Grace

Saab : Trop souvent, on voudrait intellectualiser la musique, qu’elle rentre dans un format cartésien nous permettant de différencier la bonne de la mauvaise. Mais la musique est essentiellement une question d’émotions et le groupe suédois The Tiny en témoigne avec leur troisième album Gravity and Grace, petit chef d’oeuvre inclassable entre folk boisé et pop de chambre. Le chant déchirant d’Ellekari Larsson y est inoubliable. (A lire également la chronique de Daniel).

The XX- S/TThe XX- S/T

Christophe : Le buzz est un fleuve intarissable qui prend sa source, selon les cas, à Londres ou Brooklyn. Concernant The XX, c’est de la capitale anglaise qu’est parti l’incendie cold-wave et il a tout ravagé sur son passage, jusqu’au line-up du groupe amputé depuis d’un de ses membres. Il y a comme toujours avec ce genre de phénomène, les « pour » et les « anti » mais une chose est sûre, The XX aura marqué d’une belle empreinte l’année 2009. (A lire également la chronique de Paul).

Fever Ray - Fever RayFever Ray – Fever Ray

Kris : Il se déroule toute une vie parallèle dans les univers perpétuels de The Knife, et aujourd’hui chez Karin Dreijer Andersson en solo sous le pseudo de Fever Ray. Chaque rythme, chaque production, chaque profondeur atteint dans cet album sonne comme des anathèmes foudroyants du monde qui est le nôtre. Cette rugosité empathique, cette urgence apocalyptique, font de Fever Ray une expérience incontournable et impitoyable. (A lire également la chronique de Rod).

Benjamin Biolay - La SuperbeBenjamin Biolay – La Superbe

Romink : Conquis, comme tombé sous les charmes de La superbe. Un disque d’hiver, enivrant, enveloppant et compact à la fois malgré son format. Pudique et exhibitionniste, parfois dur, parfois tendre, il berce, stresse, repose et interroge. Comme une météorite qui pénètre l’atmosphère, le double album de Benjamin Biolay illumine l’automne et laissera, c’est certain, son empreinte dans la mémoire collective. (A lire également la chronique de JS).

Dominique A - La MusiqueDominique A – La Musique

Christophe : Depuis la mort de Bashung, ils ne sont plus très nombreux les artistes français capables de réconcilier les amoureux de chansons à texte, à la française, et les adeptes de mélodies pop-rock à l’anglo-saxonne. Dominique A est de ceux-là, sans doute même son plus beau représentant. Après presque 20 ans de carrière, il vient une nouvelle fois de prouver tout son talent sur un double album somptueux. (A lire également la chronique de Benoit).

Current 93 - Aleph at Hallucinatory MountainCurrent 93 – Aleph at Hallucinatory Mountain

Mr Meuble : Album à l’image du groupe, trouble, halluciné et vibrant. Les chants tibétains y côtoient les chants de Maldoror et milles expérimentations cathartiques. Un voyage fascinant qui sonne à la fois comme la bande son de l’apocalypse et celle de la rédemption. (A lire également la chronique de Twist).

Converge - Axe to fallConverge – Axe to fall

Systool : Inutile de le nier, Converge aura une fois de plus attaqué notre cortex de plein fouet via les constructions complexes et les guitares abrasives de Axe to Fall. Si on peut louer les collaborations de membres éminents de Neurosis, Cave In ou encore Genghis Tron, on sait pertinemment que tout le mérite revient à Jacob Bannon et à ses trois acolytes. Une écoute traumatisante, indispensable pour cette année 2009 résolument folky. (A lire également la chronique de Benjamin F).

Bill Callahan - Sometimes I Wish We Were An EagleBill Callahan – Sometimes I Wish We Were An Eagle

Dali : Il se cachait depuis longtemps derrière le pseudo Smog, Bill Callahan sortait cette année un deuxième album en son nom propre : Sometimes I Wish We Were An Eagle. Un disque folk mélancolique et doux, aux mélodies subtiles, en apparence un peu austère : à l’image de Callahan lui même, droit, un peu grave et d’une classe folle, qui se bonifie avec le temps et les écoutes. (A lire également la chronique de Thibault).

DM Stith - Heavy GhostDM Stith – Heavy Ghost

Disso : Cet album est un chef d’œuvre empli de grâce et de douceur. Des fantômes sur la pointe des pieds dansent sur la mousse des sous-bois, les anges emplissent l’air de leurs chœurs et DM Stith, berger mystique d’une troupe céleste, nous envoûte avec sa musique au charme gracile et glacial. (A lire également la chronique de Erwan).

The Limes - S/TThe Limes – S/T

Violette : Un « Groupe Super » où chacun apporte son énergie, sa douceur et sa poésie au petit édifice pour rendre ce premier disque, à première vue basique, unique une fois dans la platine. On ne peut s’empêcher d’être fier et rassuré de voir une jeune relève française sachant s’affranchir des frontières pour notre bien (essayez donc de lire cette phrase à haute voix !). (A lire également la chronique de Arbobo).

Vic Chesnutt - At the CutVic Chesnutt – At the Cut

Mmarsupilami : Vic Chesnutt, vingt ans de carrière, quinze albums et un couronnement de plus avec At The Cut. Les complices musiciens du label Constellation s’effacent pour créer une oppressante ambiance musicale faite de cordes, drones et menaces. La voix de Chesnutt zèbre et éclaire cet orage électrique de sa fulgurance. Prises au piège de l’humanité, les pierres en pleureraient… (A lire également la chronique de Thomas).

Cougar - PatriotCougar – Patriot

Anousonne : Cougar est une des surprises de l’année, mais amplement méritée tant Patriot a réussi à synthétiser le raffinement de Tortoise, l’intensité fleuve d’un Do Make Say Think tout en s’accordant des plongées mélodiques échappées du cerveau de Four Tet. Patriot est un album angulaire, instrumental, bruyant, puissant, jouissif, intense où Cougar redéfinit musicalement sa vision du post-rock. (A lire également la chronique de Martin).

Aufgang - S/TAufgang – S/T

Benjamin L : « 2 pianos, 1 batterie : ascenseur pour l’inouï », voila comment est vendu Aufgang par son label. En réalité, l’album est tout simplement un des projets les plus ambitieux de ce début de siècle. Un savant mélange entre musique électronique et musique classique, composé comme un mouvement symphonique, avec un début, une fin et surtout un contenu. Précis, incisif, puissant mais mélodieux, cet album pourrait, d’ici quelques années, servir de manifeste à une nouvelle génération de musique. (A lire également la chronique de Violette).

Danger Mouse & Sparklehorse - Dark Night of the SoulDanger Mouse & Sparklehorse – Dark Night of the Soul

Laurent : Un casting trop luxueux face à un producteur trop en vue, le tout magnifié par les images de David Lynch, Dark Night Of The Soul avait tout pour n’être qu’un feu de paille de plus. Mais c’était sans compter sur le songwriting de Mark Linkous qui insuffle ici une vraie cohérence via des instrumentations racées, écrin idéal pour les voix abîmées de Vic Chesnutt, Franck Black et Iggy Pop. Au final, une œuvre où les talents ne nuisent jamais à l’intimité. (A lire également la chronique de Ju).

Fuck Buttons - Tarot SportFuck Buttons – Tarot Sport

Ed Loxapac : Le duo Fuck Buttons transforme l’essai avec le magistral Tarot Sport. Bien aidés par la production d’Andrew Weatherall, ils réalisent un album épique, telle une déflagration sonique digne d’un moteur d’avion au décollage. Diffusant un air étrangement euphorisant, Tarot Sport franchit le mur du son en ne laissant derrière lui que cendres et poussières. (A lire également la chronique de Eddie).

Animal Collective - Merriweather Post PavilionAnimal Collective – Merriweather Post Pavilion

Sfar : 2008 déjà : un EP époustouflant, des versions live prometteuses d’un album à venir. Mi janvier 2009 : personne ne sort indemne de la sortie de Merriweather Post Pavilion. On évoque alors tout et son contraire : de l’œuvre géniale à l’imposture musicale. Une tournée, une année sont passées et l’album est toujours présent sur nos platines. CQFD. (A lire également la chronique de François).

Grizzly Bear - VeckatimestGrizzly Bear – Veckatimest

Mathieu G : Veckatimest possède une indéniable force mélodique, quelque chose qui redonne à la pop un peu de son sens originel, la bande son qui améliorerait les petits tracas de notre vie quotidienne. En étant à la fois acoustique et puissant dans ses constructions qui partent dans une multitude de directions ; Grizzly Bear vient de réaliser le grand moment pop de l’année. (A lire également la chronique de Julien).

Ramona FallsRamona Falls – Intuit

Lyle : Qui l’aurait cru en début d’année : un album du leader de Menomena classé ici ? Mais sous le nom de Ramona Falls, Brent Knopf, accompagné d’un tas d’amis, a mis de l’ordre dans la pop foutraque de son groupe pour en garder le meilleur : une musique aux influences variées, complexe dans ses arrangements mais extrêmement entrainante et accessible. Digne d’être plébiscitée par le plus grand nombre. (A lire également la chronique de Thibault).

Les participants au Top des Blogueurs 2009 :

Anousonne de Grandcrew ; Benjamin F de Playlist Society et du Ricard sa Live Music ; Benjamin L de Soul Kitchen, Benoit de Pop Revue Express, de Hop Blog et de Benzine ; une bonne partie de l’équipe de Dans le mur du son avec : Arbobo de Arbobo, Erwan de The man of Rennes steals our hearts, Lyle de J’écoute de la musique de merde, Thomas du Golb et de Culturofil, et Twist de I left without my hat ; Dali de This Is All About Audio Dynamite ; Daniel de Listen See Feel ; Disso de Derrière la fenêtre ; Ed Loxapac de Chroniques Electroniques ; trois Indie Pop Rockeurs avec Christophe de La Tête à Toto, Mathieu de Ramdom Songs et Paul de Pomme de Pin ; Eddie du Choix de Mlle Eddie ; François de Dans Mon Mange-Disque ; JS de Good Karma ; Ju de Des Oreilles Dans Babylones ; Julien de Des Chibres et Des Lettres et de Goûte mes Disques ; Kris d’Au bout du chemin et de Sound Of Violence ; Laure de Not For Tourists ; Laurent de Rocktrotteur ; Martin de Branche Ton Sonotone ; Mmarsupilami de Little Reviews ; Mr Meuble de Sous les pavés, la Plage ; Olivier de Feu à Volonté ; Panda Panda de Ears of Panda ; Pierre de Musik Please ; Rod du Hiboo ; Romink de My(Good)Zik ; Saab de With Music In My Mind ; Sfar de Toujours un coup d’avance ! ; Systool du Gueusif Online ; Thibault de La Quenelle Culturelle et Violette des Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Vous pouvez retrouvez l’intégralité des disques cités dans le classement ici

Chef de projet : Benjamin F / Conception et Logo : Laurent / Communication : Waaa

LE CUIRASSE POTEMKINE par ZOMBIE ZOMBIE @ Cité de la Musique

In des disques..., des films... on décembre 15, 2009 at 7:26

Film muet de Sergueï Eisenstein, 1925 / 12/12/2009

Ne jouons pas les intellos-bobos téléramistes, aller au cinéma pour voir un film muet demande un effort surhumain. Ne serait-ce que de braver le froid hivernal pendant 25 minutes aurait déjà dû me dissuader d’y aller. Sauf que ce soir là, la curiosité fut plus forte que tout car la bande originale du film était revisitée en direct par les deux protagonistes de Zombie Zombie.

Le cuirassé Potemkine est resté célèbre dans l’histoire russe pour sa mutinerie, prémices de la révolution de 1917. Eisenstein propose une version de l’événement qui est probablement erronée. Donc un film muet c’est long et un peu gonflant, un film historique erroné c’est moyennement intéressant et les techniques cinématographiques ont tellement évolué qu’il est difficile de resté concentrer une heure et demi sur du noir et blanc saccadé.

C’est ainsi qu’on découvre quel peut être l’importance d’une bande son et également qu’on peut mesurer le talent d’un artiste. Etienne Jaumet et Cosmic Nemo se donnent complètement pendant le film, ultra-concentrés sur les images qui défilent parfois trop vite pour eux. Au départ il s’agit plus d’un accompagnement musical, cymbales et nappes électroniques rythmant l’action. Mais petit à petit les boucles hypnotiques et les accès de krautrock trouvent leur place. Ce n’est pas un concert de Zombie Zombie mais bien un exercice spécialement dédié à ce film. Très vite les images prennent une autre saveur. La musique qui accompagnait le film devient leader et transforme de ce fait l’écran en images de Vj-ing. On s’attend presque à ce le film prennent les couleurs fluo de la pochette de A Land for Renegades.

Lorsque le mot Fin s’inscrit sur l’écran, la salle est conquise et applaudit chaleureusement. Salle d’ailleurs très hétéroclite, réunissant retraités, jeunes accro d’électro ou couples bobos en mal d’animation du 104. Le seul problème des films, c’est que contrairement à un concert, il n’y a jamais de rappel…  Espérons que l’expérience se renouvellera, voire s’étendra (je verrais bien A smoked husband remis en musique par Sébastien Tellier tiens…).

Note : 8,5/10

D.R.

Islandic trip 4 : musiques nordiques

In Ce que je regarde, des disques... on décembre 9, 2009 at 12:47

Lorsque j’ai voulu acheter des disques islandais, je ne m’attendais pas à une telle pénurie chez les disquaires. Non seulement on ne comptait pas beaucoup de disques, mais il y avait parmi eux une proportion très faible de musique islandaise. Une cinquantaine d’opus, tout au plus, dont la moitié était trustée par Bjork et Sigùr Ros. Rien à dire sur Sigùr Ros, rare groupe pour lequel on ne s’émeut pas de ne rien comprendre aux paroles et dont les orchestrations grandiloquentes sonnent agréablement aux oreilles. En revanche qui me connaît bien sait qu’une bonne définition de la torture auditive est de m’infliger l’écoute de la voix geignarde hérissant le poil de celle dont le nom fait vomir (Beurk !). Donc je commence à fouiller les rayons et il se dégage vite plusieurs constats évidents.

Il existe très peu de mauvais groupe parmi ces disques, l’avantage d’avoir un pays de la superficie d’un cinquième de la France et aussi peuplé qu’une ville moyenne (320 000 habitants) est qu’il y a indéniablement un écrémage rapide et efficace. Donc le plus mauvais disque islandais que j’ai pu entendre était Pall Oskar, dont l’eurodance cradingue pourrait rivaliser avec le nouveau Calvin Harris (la prod en moins, c’est dire…) et les meilleurs tubes d’animations de camping (mais il en faut pour tous les goûts comme dirait l’autre…).

La deuxième tendance réside dans le choix des artistes de chanter dans leur langue natale ou en anglais (la question se pose pour tous les groupes scandinaves finalement). Ainsi on distingue les Sigùr Ros, Hjaltalin ou Vilhjàlmur Vilhjàlmsson d’un côté et les Emiliana Torrini, Apparat Organ Quartet ou Ampop de l’autre. Les groupes ayant choisi l’anglais évoluent dans des styles plus variés allant du rock à l’electro minimale (je n’ai pas trouvé de groupes de rap islandais).

Car oui, l’une des particularités des groupes islandais est qu’ils proposent beaucoup de mélodies rappelant l’univers naturel islandais. Vent permanent (Mùm), geysers (Hjaltalin) ou activités volcaniques (GusGus), leur bonne vieille terre froide semble être un terreau d’inspiration.

J’ai acheté des disques en les choisissant à leur pochette : playmobils sur fond de volcan (Apparat Organ Quartet et ses synthés vintage aux mélodies 8 bit), artworks colorés (Mùm ou Seabear et leurs mélodies douces qui vous font faire des rêves reposants) ou à l’inverse pochettes austères (GusGus ou Bang Gang et leurs portraits sur fond noir…)

Quels qu’ils soient, les groupes ont subi de plein fouet la crise qui a gravement touché  le pays et mis en danger la culture de cette île. Tous se sont réfugiés ailleurs – en Grande Bretagne et en France notamment, guettez bien les agendas ils sont présents régulièrement !

Une fois n’est pas coutume, quelques liens à visiter :

Pop éthérée / musiques douces

http://www.myspace.com/sigurros

http://www.myspace.com/mumtheband

http://www.myspace.com/hjaltalinband *

http://www.myspace.com/amiina

http://www.myspace.com/seabear *

http://www.myspace.com/olofarnalds

http://www.myspace.com/banggangband *

Rock

http://www.myspace.com/ampopband

http://www.myspace.com/mugison

http://www.myspace.com/singaporesling *

http://www.myspace.com/skakkamanage

Hip-Hop foutraque

http://www.myspace.com/ghostigital

Electro

http://www.myspace.com/gusgus

http://www.myspace.com/fmbelfast

IGGY POP – Préliminaires

In des disques... on novembre 21, 2009 at 1:05

Artiste américain / Ballades Pop – Crooner rock /  EMI

Si certains membres des Stooges se font à présent dévorer par la riche biodiversité de dessous-terre et que l’Iguane s’est calmé côté consommation de stupéfiants, Iggy Pop n’a pas pris sa retraite pour autant et signe avec Préliminaires un album touchant. Premier disque d’un nouveau virage musical.

Douze titres doux et très bien choisis qui semblent conçus comme un hommage à la culture française et à l’Amérique profonde. L’opus s’ouvre et s’achève sur une reprise des Feuilles Mortes de Jacques Prévert faite d’accords de guitare et saxophone très jazzy sur lesquels s’impose une voix charmeuse qu’on a du mal à associer à Iggy Pop tant elle est calme. Je sais que tu sais fait directement appel à Gainsbourg et ses duos sensuels. On retrouve le Iggy rock n’ roll dans Nice to be Dead ou She’s a business mais ces titres restent moins nerveux que l’ensemble de ses trente années de carrière punk. Le reste du disque oscille entre piano-voix mélancolique (I wanna go to the beach ou How insensitive) ballades reposantes (Spanish Coast, He’s Dead / She’s Alive) qui pourrait servir à traverser les USA à cheval, un clopo au coin du bec, ou évoquent un univers cabaret foutraque (King of the Dogs et Party time).

Le Iggy aux grosses lunettes de vue qui en 2008 (à la Garden Nef Party d’Angoulême) nous avait expliqué qu’il ne buvait plus que du lait chaud semble s’être assagi et avoir simplement accepté une chose simple de la vie : il vieillit. Il n’y a pas d’âge pour devenir mature, Préliminaires est peut-être le départ d’une nouvelle carrière ?

Note : 8/10

ED LAURIE – Small boat Big sea…

In des disques... on novembre 11, 2009 at 11:29

Artiste britannique / Folk / Tôt ou Tard

Il est rare que j’apprécie les disques qu’on prend la liberté de m’envoyer sans demander mon avis avant (cf. Asyl). Ajoutez à cela un nom qui ne donne pas envie d’enfourner le disque dans la platine et Ed Laurie semble le parfait artiste bien parti pour finir dans mes oubliettes de la musique. Et pourtant, je reste retenue par la pochette et un titre attrayant.

Ed Laurie s’inscrit dans la droite lignée des meilleurs songwriters de folk classique. Celle qui vous ballade, vous repose, vous laisse songeur quel que soit le paysage sous vos yeux. Rappelant Hugh Coltman par son timbre de voix envoûtant et naviguant entre des orchestrations évoquant Cesaria Evora, Chet Baker ou Django Reinhardt, Ed Laurie signe douze titres mélancoliques et émouvant juste ce qu’il faut pour ne pas tomber dans le caricatural et sirupeux. Où que l’on soit, on prend le large, on s’évade l’instant d’un disque. L’une de mes favorites est la très orchestrale Never the same day twice qui vous plonge dans une aventure plus ou moins agitée.

Le mot clé de cet opus reste qu’il est reposant, ce qui dans nos sociétés urbaines, devient un luxe dont il faut savoir se délecter dès que l’occasion se présente. Attendons la suite de cet anglais charmant – desservi par son nom – pour continuer de partir vers de nouvelles destinations.

Note : 7,5/10

CENTENAIRE – The Enemy

In des disques... on novembre 10, 2009 at 4:28

Groupe parisien / Folk – Avant-rock / Chief Inspector – Clapping music

L’écoute d’un disque et la découverte d’une splendeur tiennent parfois à peu de choses. Lorsque mes yeux tombent sur la pochette incompréhensible du disque promo de Centenaire, j’en suis à ma sixième heure de montage pour les émissions radiophoniques à venir dont j’ai la charge. Le nom m’évoque vaguement quelque chose. De retour chez moi, je constate avec désolation que le disque est dans mon ordinateur depuis des mois mais que, envoyé sous forme numérique il était passé à la trappe. Probablement reçu à un moment où j’avais beaucoup d’autres choses à faire… Je décide alors d’avoir une première écoute de l’album en faisant la vaisselle. J’en ai cassé un verre. Chronique de rattrapage d’un disque qui ne doit pas passer inaperçu.

Sept pistes, sept magnifiques titres qui ne doivent pas être assimilés à tort à un EP ou album trop court. Non, le travail de Centenaire est une réflexion parfaitement construite et épurée. Oui l’œuvre de Centenaire est un album complet et abouti.

On entre dans l’univers de Centenaire avec Weelchair qui vous donne tout sauf envie de rester assis et égale les meilleurs morceaux de Grizzly Bear (si si…), on en ressort avec un morceau tout aussi pop-folk (Back Home). Ente les deux s’est produit un petit cataclysme, une sorte de tornade qui vous ébouriffe les oreilles (The Enemy, Farmers Underground, A Cure). Des titres noirs aux riffs de guitare acérés, aux enchaînements de rythmiques d’une rigueur implacable, aux nappes de clavier et basses hypnotiques. Le titre le plus significatif pour moi est sans conteste Testoterone qui combine douceur et accès de violence comme en est capable cette hormone masculine dans la vie de tous les jours. Brouillage des pistes, on ne sait plus sur quel continent on est et c’est tant mieux.

Tout heureuse que j’étais d’être parvenue à convertir mes meilleurs amis à des disques incontournables pour 2009 comme Aufgang, The Limes ou Marie-Flore, j’en avais oublié de voir qu’ils clamaient tous leur engouement pour Centenaire. Retour d’ascenseur et Mea Culpa. Les ennemis ne sont jamais là où on les attend…

Note : 8,5/10

Autres chroniques sur Words and Sounds, Playlist Society ou Branche ton Sonotone

BOULBAR – Requiem pour un champion

In des disques... on novembre 9, 2009 at 10:24

Artiste français / Chrooner – Jazz / Roy Music

Quel lien y a t’il entre un jeune chanteur français, un boxer américain, une jeune fille frivole attirée par l’argent ou un vieux snack-bar sur l’autoroute ? Boulbar et un très bel album réédité chez Roy Music (après avoir été autoproduit). Après la bande dessinée au cinéma, laissez-moi vous présenter la bd au casque…

Requiem pour un champion est plus qu’un disque, c’est une épopée tragique et moderne qui vous fout un cafard terrible doublé d’un puissant amour de la vie et de ses emmerdes. Jack Ranieri, ancien boxeur à la gloire éphémère, tient un snack-bar sur l’autoroute, au milieu de nulle part. Un jour il vient à passer une oreille attentive et Jack raconte comment il en est arrivé là, pourquoi la boxe c’est fini, comment il a fait de la taule, où il est tombé amoureux…

Une orchestration jazz-blues classique et classieuse piano-contrebasse-batterie accompagne une voix qui se fait plus originale, oscillant entre les influences de Gainsbourg (phrasé et nonchalence), Grand Corps Malade (dans ce qu’il a apporté d’intéressant au slam), Miossec (détermination dans le propos) ou Dominique A (amour des rimes un peu faciles). Ce qui est poignant, presque troublant, ce sont les textes : pas une once d’humour, pas un trait de légèreté permettant de respirer…non Boulbar n’a pas fait comme son collègues Florent Marchet, ce qu’il raconte est noir, glauque, triste, une descente directe vers la vie dans ce qu’elle a de plus triste et déprimante. Exercice difficile de ne pas tomber dans le pathos lorsqu’on raconte la déchéance d’un homme qui s’est réduit à néant par ses seuls choix de vie.

A l’écoute de cette aventure tragique, on pense aux films de Clint Eastwood (la Mustang, la boxe, la petite frappe, les paysages à vous couper le souffle par leur beauté sans concessions…), on a en tête des polars retraçant les péripéties de voyous attachant pour qui on n’éprouve pas de pitié mais de la compassion (Bonnie Parker & Clyde Barrow, John Dillinger, Jacques Mesrine & Charlie Bauer, Billy the Kid…). De cette histoire noire, on a soudain des images en sépia qui nous apparaissent, ce sont bien des planches de bandes dessinées, on n’a seulement les images principales, quelques scènes et discussions… pas étonnant que Boulbar ait collaboré à un projet avec Vincent Gravé qui a choisit de développer une partie de l’histoire simplement suggérée (un hold-up raté).

On pourrait simplement parfois regretter que Boulbar n’ose pas aller jusqu’au bout de certaines démarches. Les titres terminent souvent un peu trop secs (surtout les derniers), les textes en anglais sont moins intéressants que les paroles en français (surtout que l’accent laisse franchement à désirer, notamment sur Le rêve américain) et le vocabulaire mériterait d’être parfois plus littéraire, plus fouillé et recherché. Quelques figures de styles ne seraient pas malvenues, pour cela Boulbar devra travailler sur sa capacité à distinguer les textes aux fioritures inutiles des discours complexes mais raffinés qui apportent une valeur ajoutée certaine.

C’est quoiqu’il en soit un très beau disque, qui mérite que l’on y revienne plusieurs fois. Et, dans cette détresse affective et sociale, dans cette noirceur intransigeante, on arrive à ressortir de cet album étonnamment calme et apaisé. Le feu de la rage s’éteint, la colère s’estompe, on ravale ses larmes et l’on va de l’avant. Parce que la vie c’est ça, du malheur à la pelle ponctué de moments de bonheur fugitifs qu’il faut savoir attraper, emprisonner dans sa mémoire pour pouvoir vivre heureux quoi qu’il arrive.

Note : 8/10

Sortie le 9 novembre

Pour une chronique plus longue et rédigée par la gent masculine, essayez La Quenelle Culturelle

THE LIMES – s/t

In des disques... on octobre 26, 2009 at 10:02

Groupe transcontinental / Folk – Rock / Sauvage Records

Les limes, ce sont ces citrons verts mi-acides, mi-amers que l’on aime ajouter à beaucoup de plats asiatiques et sud-américains. C’est aussi le meilleur ami des cocktails à base de rhum qui se boivent comme du petit-lait. A ce titre, The Limes est un groupe qui porte très bien son nom. Démonstration.

1)   Un citron vert reste un citron. Sous une peau épaisse et rugueuse se cachent des grains fins et lisses. Lesquels renferment un liquide clair et acide. Les dix titres de The Limes sont autant de surprises : on s’attend à une pop-folk forcément déjà un peu entendue vu qu’on connaît (et apprécie) les autres groupes auxquels ces musiciens appartiennent (Toy Fight, Milk n’ Juice ou Mina Tindle par exemple), mais il n’en est rien. Pauline et sa voix cristalline transcendent Between Roof and Bird, Maxime donne tout son cachet à Left Hand Cycles, Brent Ballantyne (aka Henry Sparrow) kidnappe vos oreilles sur Morning Noon and Night ou Dead Furnitures… Chacun apporte son énergie, sa douceur et sa poésie au petit édifice et rend ce premier disque à première vue basique mais bien unique une fois dans la platine.

2)   Un citron vert est plus petit qu’un citron, mais beaucoup plus fort et aux arômes plein de subtilités. Pas de titre superflu parmi les dix balades oscillant entre pop fruitée, folk énergique et rock dansant ; du concentré de talent. City Lights démarre comme un morceau des  New Order et se poursuit comme un morceau des Toy Fight. Pas de longueur, pas de subtilités superflues, simplement des mélodies et instrumentations qui se complètent pour parfaire un morceau calme qui résume parfaitement ce qu’on peut éprouver dans un taxi en regardant les lumières danser dans une ville que l’on ne connaît pas (encore). Les deux titres suivant sont beaucoup plus énergiques, avant d’évoluer en folk.

3)   Un citron vert, c’est un basique de la cuisine, vous avez toujours dans le réfrigérateur, comme les tomates. Du coup, vous ne posez plus trop la question de savoir d’où viennent les citrons verts. Il doit en pousser à côté de chez tout le monde vu qu’on en trouve toujours. Alors quand vous vous penchez sur l’origine contrôlée de The Limes, vous découvrez qu’ils sont à la fois proches et éloignés de votre chez-vous. Composé à distance, les titres de cet album sont à la fois français et américains. Mais au final le résultat est le même : vous le gardez sous le coude car on en a toujours besoin. C’est leur première réussite, avoir travesti leurs origines et s’être rendus indispensables. Avoir rendu originale une musique intemporelle.

Résolument l’un des meilleurs albums de l’année dans sa catégorie, on écoute The Limes comme on se délecte d’un bon poulet à la thaï le soir, comme on boit jusqu’à la lie un Mojito frappé en profitant des derniers jours d’été indien, comme on danse sur nos albums pop favoris… Et l’on ne peut s’empêcher d’être fier et rassuré de voir une jeune relève française intelligente sachant s’affranchir des frontières pour notre bien (allez-y, essayez donc de lire cette phrase à haute voix !). Les super groupes existent en France, les groupes super aussi.

Note : 8,5/10

Pour les férus de lecture sur le même sujet, lisez Words and Sounds, Arbobo, Dans le Mur du Son ou Playtime

MARIE FLORE – More than thirty seconds if you please

In des disques... on octobre 19, 2009 at 9:00

Chanteuse parisienne / Rock rétro – Pop minimaliste / Autoproduit

Rock en Seine 2009, je m’ennuie comme un rat mort devant des prestations scéniques toutes plus affligeantes les unes que les autres. Lorsque sans prévenir je croise quelqu’un qui a le bon goût de me glisser le mini-album de Marie-Flore entre les mains…

A la première écoute, on pense à une chanteuse venue du froid, une petite suédoise à l’orchestration minimaliste, épurée et mélancolique.  Cette voix légèrement fêlée rappelle étrangement  Cat Power (Trapdoor) mais l’on sent immédiatement que Marie-Flore ne copie pas, elle a simplement le même timbre, sa voix sort telle quelle, ainsi soit-il. Et contrairement à Chan Marshall, les titres de Marie-Flore s’ils sont parfois mélancoliques, ne sont jamais dépressifs ou déprimants, jamais de pathos. La créature est fragile d’apparence, d’apparence seulement. Les lignes de batterie ont l’efficacité et la simplicité des meilleurs Janis Joplin,  c’est entêtant comme les meilleures pop des seventies… Marie-Flore et son prénom désuet semblent tout droit sortis d’une autre époque. Les duos avec des voix masculines (dont je n’ai pas trouvé les interprètes) sont d’autant plus touchants qu’ils sont d’une sobriété déconcertante. Notamment Empty Walls qui ne comporte que trois accords de guitare et synthé pour magnifier les deux voix  qui viennent vous chatouiller le bas de l’épine dorsale. Vous avez le titre dans le crâne pendant trois jours, vous pourriez regarder la pluie tomber derrière les carreaux pendant des heures.

Et c’est avec délectation qu’on a la confirmation que cette jeune-fille frêle est bien française. Presque l’intégralité du disque est chantée en anglais mais l’on trouve quelques passages dans sa langue natale qui tombent justes, pas de fioritures, pas d’emphase… Simplement sa voix et quelques orchestrations qui habillent l’ensemble. Le dernier titre est probablement le plus complexe, Gregg Foreman ayant monté un groupe à Philadelphie autour de Marie-Flore : les Rare Birds. C’est sur ce titre splendide aux mélodies pop-rock dignes des plus grands que Marie-Flore consent à chanter timidement en français.

Alors oui, définitivement oui, on lui accorde bien plus que trente secondes d’attention. Nul doute que cette artiste va aller loin, on lui souhaite de gravir les échelons avec autant de modestie et d’assurance qu’elle en a aujourd’hui. Petit à petit l’oiseau fait son nid, Gregg Foreman a vu juste, Marie-Flore est un oiseau rare, qui n’a pas besoin de cage (ou de label) pour démontrer qu’elle est talentueuse et prochainement, on viendra la chercher pour participer à de belles et grandes épopées musicales.

Note : 8,5/10

N.B. 1 : Vous pouvez vous procurer son album via son Myspace, vous ne serez pas déçus !

N.B. 2 : Vous pouvez retrouver d’autres chroniques qui partagent mon avis chez Arbobo

N.B. 3 : Marie-Flore sur scène ? Mini-reportage !

MY GIRLFRIEND IS BETTER THAN YOURS – Foreplay EP

In des disques... on octobre 12, 2009 at 3:21

Duo parisien / Folk / Chicrodelic – Discograph

Il est des histoires d’amour qui sonnent vrai, justes comme il faut. En général c’est celle que l’on attend pas/plus. Olivier et Laurie en ont fait les frais… pour le grand plaisir de nos oreilles. Le premier fruit de leur union est à leur image : simple et raffiné.

Lui c’est Olivier Marguerit, le type dont les yeux bleus glaciers feraient fondre les neiges éternelles du Kilimandjaro. Celui que je croise presque toutes les semaines à des concerts sans jamais avoir été fichue de me faire une réflexion simple : il joue dans (presque) tous mes groupes parisiens préférés. Fugu et ses mélodies pop rigolotes, Syd Matters dont on retrouve sur cet EP la filiation directe des mélodies planantes et des cœurs, Chicros par-dessus tout et sa guitare cowboy… Bref on m’envoie son disque et il m’a fallu le croiser par hasard (et oser lui parler pour entendre le timbre de cette voix) pour me rendre compte que pas un jour ne passe sans qu’il soit le temps d’un titre dans mes oreilles.

Elle c’est Laurie Lassalle, la fille dont je serais forcément jalouse si j’étais célibataire. Elle porte le même prénom qu’une chanteuse pour ado, mais avec une orthographe cent fois plus raffinée, elle a des propos piquants comme un excellent pecorino de 36 mois d’affinage, elle chante d’une douce voix un peu moqueuse. Bref elle me plaît.

Leur premier bébé, Foreplay, comporte huit titres à l’image de ses parents : des textes piquants, des mélodies douces-amères, des voix rassurantes et espiègles. La pochette d’abord vous provoque avec ses seins et son pénis dressé en oblique vers ces derniers, prenant ainsi le contrepied de bon nombre de duos musicaux cul-culs et/ou dégoulinants dont on se passerait volontiers. Ainsi on trouve la version « Je suis un musicien et j’invite ma copine qui n’a pas de talent » avec Binki Shapiro et Fabrizio Moretti dans Little Joy, la version « on n’est même pas un couple mais on fait un duo pour tenter de donner un autre souffle à nos carrières » avec Lilly Allen et Ours, la palme revenant à Julien Doré et Béatrice Martin pour leur version « on casse les oreilles du monde entier chacun de notre côté, mettons-nous y à deux pour leur exploser définitivement les tympans et les nerfs ».  Autant de mauvaises références leur donnant d’autant plus de légitimité à affirmer que My Girlfriend Is Better Than Yours et d’obtenir un label de mon cru d’Appellation de Groupe d’Origine Contrôlée. Les titres sont catchy au début (avec ruptures de rythme à la Chicros) et évoluent vers des balades-berceuses joyeusement inspirées de Syd Matters. Les samples (Before my Memory) et autres délicatesses auditives (sirène de pompier, Casios…) apportent une touche arty mais classe. Les deux comptines qui clôturent cet album permettent de vous plonger dans des rêves délicieux tout en gardant à l’esprit que le mignon c’est bien gentil mais le cruel c’est quand même bien plus drôle : Un jour la terre sera dévastée… mais on se sera bien marrés avant, maintenant petit EP, au lit, tes parents doivent concevoir et produire un disque !

Note 8/10

THE RAVEONETTES – In and Out of Control

In des disques... on octobre 7, 2009 at 9:42

Duo danois / Pop – Rock / Fierce Panda

Déjà presque dix ans d’existence pour The Raveonettes, un duo-couple qui tient la route. In and Out of Control est leur cinquième opus, un tous les deux ans, une bonne régularité permettant de ne pas s’essouffler ?

Révélés par leur Pretty in Black (2005) truffé de collaboration fructueuses, notamment avec Moe Tucker (The Velvet Underground) et Ronnie Spector (The Ronettes), leur disque suivant avait terminé de nous rendre accro au groupe (Lust Lust Lust en 2007 et ses prestations scéniques époustouflantes aux Routes du Rock version hiver et été). A l’annonce d’un nouveau disque, on attendait donc la nouvelle pépite avec grande confiance. Après l’amour et la luxure, les drogues et les hallucinations délicieuses, le duo glacé s’attaque aux mêmes sujets du côté obscur. Ce qui était Pretty in Black devient « Dark », ce qui n’était que Lust Lust Lust se mue en « Break up » ou « Break out ». Ca donne Suicide, Last Dance, Gone forever ou Oh, I Buried You Today pour le côté « joie de vivre » et Boys Who Rape (Should Be Destroyed), Heart of Stone, D.R.U.G.S, Break Up Girls ! et Wine pour l’aspect « optimisme, bonté humaine et plaisirs de la vie ».

Malgré ces titres peu engageants, l’ensemble reste terriblement entraînant et pêchu (sauf Wine déprimante à souhait), spirale revisitant les coins les plus tristes et ténébreux de nos cerveaux tristes mais libérant les corps. Bang ! vous envoie d’emblée un coup au plexus pour vous faire quitter votre chaise ; Suicide glisse comme une vodka-tatin : forte mais masquée par beaucoup de sucres ; Last Dance ne donne qu’une envie, celle de continuer de danser… Les influences 60’s ne se sont pas fait la malle, c’est toujours aussi bien fignolé.

Mais… Il y a un « Mais » d’importance cette fois, un de ceux qu’on ne peut pas éluder. The Raveonettes, c’est beau, c’est sympa, ça provoque une adhésion quasi-mystique sur scène mais ce nouvel album, alors qu’il se propose de revisiter les recoins de nos âmes, est en dépourvu justement, d’âme. C’est trop bien terminé, trop bien respectueux des aînés Phil Spector ou Jesus and Mary Chain, trop propre pour parler de suicide, trop clean pour aborder les drogues. On est comme en face de ses dix doigts ressortant d’une manucure Dior : on a peur d’utiliser nos doigts de peur d’écailler le vernis… Et d’ailleurs la véritable réflexion qu’on se fait c’est « Depuis quand je suis le genre de pouffe qui va se faire faire une manucure ? ».

Un album qui contrairement aux deux précédents, ne restera pas longtemps dans nos platines car il s’avère très vite lassant. L’album porte mal son nom, il n’est jamais Out of Control et ne donne jamais l’impression d’être spontané, à l’image de la pochette du disque d’ailleurs, plus calculé tu meurs. Mais nul doute que sur scène, ça sera toujours aussi beau.

Note : 7/10

Sortie début octobre

RONE – Spanish Breakfast

In des disques... on octobre 2, 2009 at 9:00

Artiste parisien / Electronica – Minimal / Infiné

3 mars : Mon corps prend un coup de vieux, mon mental a du mal à s’en remettre et il me faudra… six mois avant de parvenir à écrire sur Rone. C’était un beau cadeau d’anniversaire ce disque pourtant. Allons, rattrapons le temps perdu.

Dans la panoplie des artistes électro français, on n’en connaît assez peu capables d’affronter l’international. Zombie Zombie ou Turzi bien sûr, l’exilé Dantom Eeprom probablement… auxquels il faudra désormais intégrer Rone. C’est sous protection d’Agoria et signé chez le prestigieux Infiné qu’il nous livre (enfin) son premier opus après un EP remarqué (La Dame Blanche).

Electronica classieuse et minutieuse, structuré par une Intro, une Outro et un Interlude, avec Rone la plongée se fait douce et hypnotique. Le temps semble se démultiplier, on est propulsé dans des rêveries agréables sans angoisses. Le saxophone fait régulièrement des apparitions tel un phare, pour nous guider à travers ces mélopées minimal. On passe une nuit éveillée dans l’optique de déguster un petit-déjeuner espagnol mais c’est pourtant Paris que l’on revisite. Belleville et ses sonorités asiatiques, Bora et ses conseils littéraires tout droit sortis du café des Editeurs (La seule chose qui ait de la valeur c’est quand tu es capable de faire un chapitre comme celui-là, ça mérite que tu vives, tu peux vivres pour écrire ça) ou Tasty City et ses quais au petit matin, quand Paris est calme. Outro sonne comme la fin de l’insouciance, le stress va bientôt recouvrir la ville de sa chape de plomb, on étouffe, mieux vaut partir se coucher en rattrapant un marchand de sommeil avare.

Seules ombres au tableau, cette pochette hideuse et la durée du disque un peu ric-rac… ce dernier point étant excusé par sa qualité irréprochable (pas une seconde n’est superflue). Un très bel album, probablement l’un des meilleurs de 2009, un artiste à suivre de très près.

Note : 8,5/10

MELANIE PAIN – My name

In des disques... on octobre 2, 2009 at 12:03

Artiste française / Pop / Cinq7

Il y a certains matins où, lorsqu’on est une fille, on est d’humeur plus légère et tout notre être désire de la musique frivole. Mélanie Pain répond parfaitement à cette requête corporelle exclusivement féminine. Et, un matin où j’avais quitté mes apriori sur « la musique que j’aime », je me suis surprise à aimer ce disque.

Résumons, My name est un premier album, dans lequel Mélanie Pain cherche son identité : professionnelle, musicale, sexuelle… Force est de constater qu’au sortir de l’adolescence et après ce court moment où les filles sont à la fois majeures, innocentes et sûres de leurs atours, toute femme passe par cette phase d’interrogation : Qui suis-je ? Où vais-je ? Pourquoi et comment ? Période délicate, douloureuse et faisant prendre un coup de vieux radical. C’est l’âge des essais, des one night stand et autres expériences plus ou moins dégradantes. Mélanie Pain synthétise toutes les réponses que toute fille rêve d’être capable d’avoir avec certains ratés le lendemain (Peut-être pas), certains sentiments une fois loin (Helsinki), certains rêves de gamine (L’espace d’un instant). Mélanie Pain parvient à livrer une pop qui ne vire jamais dans le trop sucré, même si l’on pourrait reprocher ses titres trop mélancoliques (Sans l’ombre de toi) qui sont de trop. Son interprétation simple et touchante de Little Cowboy ou la pertinence des paroles et du ton charmeur de Ignore-moi ou La Cigarette parviennent à briser les barrières de mon petit cœur d’ordinaire bien carapacé contre la cruauté affective ambiante.

Alors certes, ne comptez pas sur moi pour trouver que les chanteuses françaises sont subitement devenues très talentueuses, non, mais plusieurs morceaux de Mélanie Pain démontrent qu’elle se hisse sans problèmes en haut du panier. Est-ce par besoin de se rassurer ou parce que cela pourrait contribuer à lui faire vendre plus de disques, la demoiselle n’avait absolument pas besoin d’un featuring avec cet insipide Julien Doré qui ne peut s’empêcher de se donner de grands airs. Le duo avec l’autrement plus classieux Thomas Dybdahl est plus intéressant mais était dispensable. La seule collaboration qui aurait méritée d’être précisée est ce dernier titre travaillé avec Phoebe Killdeer (If You Knew). On regrette qu’elle n’ait pas collaborer sur l’album de Séverin, ça aurait probablement eu du chien.

« Suis-je une femme ou une fille qui essaie et qui échoue lamentablement » (Celle de mes vingt ans) est une question qui traverse tout cerveau féminin normalement constitué jusqu’à ses trente ans où la question de « l’horloge biologique qui tourne » prend le pas sur le reste. Que souhaiter d’autre à Mélanie Pain que de garder sa fraicheur et d’oser avoir confiance en elle pour un second disque sans fioritures masculines inutiles. Quoiqu’il en soit, elle remporte son pari, beaucoup connaissent son nom à présent.

Note : 7,5/10

ETIENNE JAUMET – Night Music

In des disques... on septembre 30, 2009 at 12:32

Artiste français / Expérimentations Electroniques / Versatile

On le connaissait Married Monk, on le savait Zombie (l’autre Zombie étant Cosmic Neman), il nous flanquait régulièrement la chair de poule lorsqu’il accompagnait Turzi au point FMR. Le voilà seul, prêt à étaler son talent à la face d’un monde en mal de musique audacieuse. Accrochez bien vos oreilles, ne paniquez pas si vos sens sont détraqués, les baptêmes de la NASA à côté du Voyage Jaumet sont des parcours de santé pour débutants.

Pour assurer un envol de qualité, notre savant agitateur de machines électroniques s’est entouré d’un copilote de choix, Carl Craig. Appréhension au moment d’introduire le disque : le premier titre dure 20’26. Je ferme les yeux, ça ira mieux. Décollage en douceur mais ferme, en moins de quinze secondes votre cerveau navigue déjà ailleurs. Le micro crachouille, Etienne nous livre son plan de vol à travers les univers parallèles : For Falling Asleep, Mental Vortex, Entropy, Through the strata, At the Crack of Dawn… Je tente d’émettre une protestation à l’énoncé de ce dernier lieu, je crève de trouille : Jaumet je t’aime beaucoup mais je ne veux pas y passer ce soir / Soit humain et tais-toi, écoute. Pauvre être que je suis, je me fais happer avec délectation par les boucles hypnotiques. La sirène Emmanuelle Parrenin me tient la main et chante pour moi. Les premiers Ovni commencent à croiser notre route, les battements de cœur s’espacent, le plexus se libère, le cerveau laisse les pleins pouvoirs au reste du corps. Je suis le saxophone, à demi-rassurée, au bord du gouffre qui me sépare de la population terrienne, bordel ce que c’est beau !  Parlementations avec d’autres formes de vie, reflexe terrien que de vouloir se réfugier dans le paracétamol. Geste ferme d’Etienne, Ne touche à rien, tu as seulement le cerveau en ébullition, c’est que du bon. Une guitare retentit pleine de douces sonorités, les aliens ont compris, s’amusent et nous laissent nous poser.

Soudain, on se saisit de mon crâne, on y place des électrodes, je ressemble à une méduse avec tous ces câbles. On me retire du fluide formaté, on m’insère des vagues de nouveauté. C’est rond, c’est doux, c’est régulier… on va me laisser essayer de prendre les commandes du vaisseau ? Clignotants, klaxon, train d’aplanétage… Non ! il ne fallait pas toucher à ça ! Ah décidément, retourne à ta place ou je te renvoie à ta misérable vie !

Assoupissement, notre multi-instrumentiste et ingénieur du son hors-pair a tout réparé, on a quitté une galaxie pour une autre, je me réveille sous un néon violent, les pieds se muent en Minimal, je suis reliée à un défibrillateur « au cas où ».  Les tressaillements de mon corps sont normaux, je me gave de nouvelles manière de me déplacer paraît-il…

Allez j’ai été sage, j’ai gagné le droit de visiter le temple des illuminations suprêmes. Marrant car jusque là j’avais toujours eu un mauvais à-priori des sectes, celle-là est remarquable. On m’inocule le bacille de la musique psychique. Les cornemuses acclament l’arrivée d’un des leurs, Emmanuelle Parrenin entre en transe devant cet apôtre. Dieu n’existe pas, Etienne Jaumet si.

Notre dernière escale est trop courte, je ne veux plus sortir, Etienne me fiche à la porte, m’ouvre les yeux, rallume la lumière. Il a promis de revenir, de m’emmener découvrir de nouveaux horizons… Seule, hébétée, je range le précieux sésame dans mon étagère aux trésors, à côté de Turzi et Aufgang. Night Music s’écoute le jour, pour prolonger l’expérience psychédélique. Cet homme vient d’ailleurs, la planète Splendeur ?

Note : 9/10

Sortie le 5 octobre

En concert le 28 octobre au Point FMR.

Cette chronique est aussi sur Le HibOO

YACHT – See Mystery Lights

In des disques... on septembre 16, 2009 at 3:33

Duo américain / Psyché – Pop / DFA Records – Cooperative Music

Attention musique à danser ! Yacht déboule pour énergiser les dancefloors un peu mollassons de rentrée. Comment faire du neuf avec du vieux…

Yacht n’a rien inventé mais sait parfaitement exploiter et digérer différentes influences actuelles pour proposer de nouveau morceaux qui ne manquent pas de charme. Prenez l’énergie d’Architecture In Helsinki, la structure régulière de la house et du phrasé de LCD Soundsystem, la voix de Kevin Barnes (Of Montreal), quelques soupirs érotiques 70’s (Gainsbourg au hasard). Vous obtenez un bon petit cocktail pétillant, dynamisant et qui se laisse très bien écouter. Certains titres laissent songeurs comme I’m in Love with a Ripper avec son vocodeur et sa rythmique disons basique, ou It’s Boring / You can live anywhere you want et ses guitares électrisantes. Dans l’ensemble ce n’est pas transcendant mais on a quand même envie de réécouter le disque une fois de plus. Ca n’a pas la qualité de Hot Chip, ni la classe dégingandée de Metronomy mais on en retrouve certains aspects.

Vos oreilles tomberont tôt ou tard sur Yacht un soir de sortie, dans ce cas ouvrez les bien grandes car vous pouvez jouer à retrouver toutes les influences dont ils sont pétris. Le concert pourrait s’avérer intéressant aussi. Un album convainquant mais qui demande plus de perfection pour la suite.

Note : 6,5/10

Sortie le 14 septembre

SEVERIN – Cheesecake

In des disques... on septembre 10, 2009 at 9:59

Artiste parisien / Pop-rock rétro / Cinq-7 /2009

En voilà un qui a trouvé le bon plan… Suite à la séparation d’avec sa compagne avec qui il avait le groupe ONE-TWO, le bonhomme s’est entouré de quatorze voix féminines pour… se consoler. Bonne chair et bonne bouffe, en général ensuite ça va mieux.

Les quatorze femmes qui ont prêté leur voix ne sont pas toutes chanteuses mais Séverin a su se concentrer sur la mise en valeur de leur timbre, ce qui rend l’album beaucoup moins pénible que les disques de midinettes qui fleurissent depuis l’avènement des jeux télévisés. Ainsi Elvire Bonduelle (dans la série nom et prénom ingrats…) propose un chant sans la moindre intonation, comme un échantillon témoin, c’est décalé et ça fonctionne parfaitement – pour un titre du moins, on n’imagine pas un album complet de cette manière. L’orchestration est quant à elle est minimaliste, produisant un résultat… synthétique. Années 80 en veux-tu en voilà. Plusieurs textes sont plutôt piquants comme Johnny (Constance Verluca) ou Wasted Life (Lippie).

On a ainsi l’impression d’écouter un gros sampler qui aurait une ligne directrice. Pochette acidulée comme autant de bonbons à croquer… ou cracher. Cela permet d’avoir envie d’en savoir un peu plus sur quelques-unes, comme Marie Flore ou Martina Björn (au parcours foutraque : architecte, basketteuse…) ; et d’en réécouter d’autres, comme Marina de Bonde de Role. Malheureusement on se lasse très vite des synthés et des boites à rythmiques monotones. Et certains titres plombent le disque, comme Ti adin (Natalia et son snobisme pseudo-russe), The Edge of a Sunday (Nadège Winter) ou You run again (Mai, qui massacre la belle langue anglaise).

Il existe deux sortes de cheese-cake. Le premier dans sa version italienne est à base de ricotta fouetté, il est donc léger tout en sachant vous délivrer ses 3000 calories. Le second est une version américaine des émigrés juifs : splendide à regarder mais lorsque vous l’avalez, c’est un peu indigeste. Séverin appartient plutôt à la seconde catégorie d’amateurs de cheese-cake : tout dans le paraître, c’est beau à regarder mais on se lasse très vite de l’écouter.

Note : 6,5/10

Sortie le 28 septembre

NOAH AND THE WHALE – The First Day Of Spring

In des disques... on septembre 9, 2009 at 2:07

Pop-folk / Grande Bretagne / Young and lost club Records – Coop /2009

Un peu plus d’un an après leur premier album (Peacefull the world lays me down) qui m’avait fait chavirer le cœur, le quatuor de Noah and the Whale (en référence au réalisateur Noah Baumbach) poursuit son exploration des « musiques filmogéniques ».

Environ quarante minutes de douces balades pop-folk qui vous propulsent sur les sentiers champêtres britanniques. Les balades en forêt, l’odeur du sous-bois, le réveil de la faune après l’hiver, les premiers rayons de soleil venant dévorer la nuque… Les mélodies de The First Days Of Spring racontent tout cela avec toujours cette mélancolie à la Virgin Suicide qui imprègne tout les titres. Les violons sont mélancoliques, jamais pleureurs ; les rythmiques sont dynamisantes et structurantes, jamais étourdissantes ; et par-dessus tout cette voix un peu cassée qui pourrait provoquer un réchauffement climatique à elle toute seule. Les sujets traités sont toujours ceux qui restent chers à ces adorables jeunes hommes : l’échec amoureux, les difficultés de réussir à entretenir « une flamme »… etc.

Et une fois de plus, c’est réalisé avec une telle délicatesse qu’on ne peut que succomber. Le débit de paroles est plus lent, le tout est plus posé, mûrit, les fougues et ses élans adolescents s’estompent (It’s time to leave those feelings behind – Blue Skies) pour laisser place à plus de réflexion doublé d’une théâtralisation assez tordante. Ainsi Love of an Orchestra comprend des cœurs d’opéra rappelant Shakespeare. Nouveauté également, les deux titres instrumentaux d’une minute trente qui rythment le disque, sortes de respirations dans cette exploration du « comment vivre avec quelqu’un / comment savoir si c’est la bonne personne ». L’album se termine sur un consensus que l’on retrouve de plus en plus dans nos sociétés : la porte entrouverte. Il n’y a plus de partenaire officiel, chacun est libre de revenir ou non. Morceau à la guitare sèche probablement le plus triste de l’opus, ça fait mal au cœur de voir que Noah and the Whale renonce à une pointe d’optimisme. Il est encore de possible d’y arriver, de s’accrocher un peu. Sur l’autel d’un monde toujours plus pressé, plus stressé, plus exigeant et impatient, il ne faut pas y sacrifier les sentiments.

Un très bel opus qui accompagnera divinement n’importe quel film sur la perte de confiance en soi, l’abandon, la rupture brutale (affective ou amoureuse). Et toujours cette incroyable capacité de mettre les larmes aux yeux tout en étant extrêmement reposant.

Note : 8,5/10

Sortie le 21 septembre

AUFGANG – Aufgang

In des disques... on août 28, 2009 at 11:41

Trio / Electro – Piano / Infiné – Discograph / 2009

Le piano a cela de particulier et fascinant qu’il possède, plus que tout autre instrument, la faculté de vous faire passer par toute la palette des émotions en un temps record et dans toutes les situations. Seul ou en orchestre, classique ou contemporain, reposant ou excessivement excitant… Rien n’est impossible pour un piano, encore faut-il trouver le pianiste capable d’exploiter toutes les capacités de son instrument. Ils s’y sont mis à deux pianistes et un batteur-électronicien pour relever le défi. Il ne s’agit pas seulement de mélanger du piano à l’électro mais bien de réussir à révéler tout le potentiel d’un clavier aux touches d’ivoires. Aufgang réussit ce petit exploit, en trois actes.

Franscesco Tristano et Rami Khalifé sont pianistes classiques, l’un s’illustrant dans des interprétations toniques de Bach, le second ayant la fougue et la rigueur de Rachmaninov. Tous deux ont fricoté avec le jazz, leur troisième acolyte, Aymeric Westrich, apporte la touche rock (batteur de Cassius) et hip-hop pour parfaire la maîtrise des genres. Le résultat est détonnant, original et envoûtant. Channel 7 et Channel 8 ouvrent l’opus avec cette douce montée des pianistes des sonorités principalement classiques vers des rythmiques de plus en plus hip-hop et électro. Barock porte bien son nom, rappelant les clavecins du XVIIIe siècle où s’immiscent des boucles de minimal hypnotiques. Sonar, titre qui a fait leur succès au festival barcelonais du même nom parfait cette plongée dans les vagues électroniques de plus en plus acides. Ce qui est remarquable, c’est qu’à aucun moment, les pianos ne perdent de leur force, au contraire, ils se font de plus en plus répétitifs, les mélodies comportent de moins en moins d’accords mais le rythme est démultiplié ce qui rend la tache finalement bien plus complexe. Les rôles traditionnels sont inversés : les partitions électroniques respirent, s’arrêtent régulièrement, alors que les claviers continuent sans cesse. On devient euphorique, on rêve de Saint-Malo pendant les grandes marées ou d’une piste de danse sur la terrasse d’un gratte-ciel new-yorkais.

Prélude du passé (in Memory of Kevin) marque une pause dans l’opus, très calme, mélancolique, on retrouve l’univers des partitions funèbres, sans pour autant tomber dans le pathos ou le grandiloquent. Good Generation est le seul morceau avec paroles intelligibles. Morceau éthéré, on pense à Air avec une touche de classe supplémentaire. C’est peut-être le morceau le moins intéressant en cela qu’il paraît plus banal et surfait. Il n’en reste pas moins agréable.

3 Vitesses marque le second tournant de ce disque. On plonge dans des rythmiques rappelant le post-rock expérimental de Battles, ce que Battles a réussi avec sa batterie, Aufgang le recrée au piano. Les samples de voix sont réduites à des simples onomatopées. Aufgang est le morceau probablement le plus trompeur. S’apparentant à une housse traditionnelle dans un premier temps, on commence à perdre nos repères auditifs dès que les claviers se mettent dans la partie. Tout tourbillonne, on se fait embarquer dans une épopée musicale polymorphe, jonglant avec les influences musicales. Les partitions sont à la fois très banales et relevant de l’improvisation, à la fois très construites et déstructurées comme la musique contemporaine difficile d’accès, à la fois linéaires et donnant l’impression de sauter dans tous les sens. Les membres du trio sont plus que jamais à l’écoute afin de nous rendre les distorsions soniques semblables à des montagnes russes.

Le disque se termine sur Soumission, la nôtre, public soudain concentré sur chaque intervention des percussions. C’est une soumission au piano, instrument massif capable de tant de finesse. Chaque marteau venant frapper ses cordes, chaque doigt effleurant son vernis, chaque frôlement de semelle contre ses pédales, l’odeur puissante du bois mêlé à la poussière des années lorsqu’on lui ouvre la table d’harmonie. Ce moment précis dans la pratique d’un instrument où l’on ne souhaite plus faire qu’un avec sa machine musicale, où l’on répète chaque geste, chaque note jusqu’à penser en discerner toutes les subtilités. Et toujours cette tension palpable, cette puissance qui nous fait jouer jusqu’à l’épuisement, une fois qu’on goûte à ces plaisirs là, on ne peux plus s’en libérer et cet ultime morceau de dix minutes en est la preuve. Le clavier se fait rattraper par la batterie, prisonnières les quatre mains n’ont d’autre choix que de jouer encore et encore. Et soudain l’instrument les libère, sans crier gare, le morceau est terminé.

Ni Ascenseur pour l’échafaud, certainement pas une fade musique d’ascenseur, le trio Aufgang signe un opus très éprouvant. Les instruments semblent y être les rois, on ne décide pas de la fin du morceau, elle est comme dictée. Ce n’est que l’écoute d’un disque et pourtant, vous avez la sensation d’avoir couru un marathon. Défi réussi de nous emporter au-delà des genres musicaux, bien au-dessus de l’a priori rétrograde prônant que les musiques amplifiées ne doivent pas côtoyer les mélodies de chambre. Un premier album d’une heure dont on ressort avec une irrépressible envie d’appuyer sur repeat. Vous n’appuierez plus jamais sur le bouton de l’ascenseur de la même manière !

Album coup de coeur. Note : 9,5/10

Sortie le 12 octobre 2009

Vous en voulez encore ? Une chronique différente mais écrite par la même personne sur Le HibOO

TURZI – B

In des disques... on août 26, 2009 at 3:45

Groupe français / Kraut – Rock – Electro – Psyché / Record Makers / 2009

« On prend les mêmes et on recommence » n’est pas un adage qui s’applique à Turzi, que ce soit en tant que personne, que groupe, que musicien. B n’est pas la suite de A mais bien une évolution audacieuse, bien conçue et incroyablement foutraque tout en étant d’une rigueur exemplaire. Retour sur les supputations émises après son concert au Nouveau Casino.

Le jeune Versaillais vient, par la qualité de ce nouvel opus, parfaire une boucle Daft PunkAirFuzatiPhoenix. A était un album aux connotations krautrock d’une texture psychédélique délicieuse. Avec B, on quitte l’Allemagne pour filer sous la Manche, on redécouvre le rock, l’indie noise et la géographie.

L’album s’ouvre sur Beijing, comme lors du concert. Il pourrait s’agir d’une ouverture de film d’épouvante aux références sataniques comme Rosemary’s Baby que cela ne nous choquerait pas. La batterie et les guitares encadrent parfaitement une voix venue d’outre-tombe. Et dès Buenos Aires, le second titre, vous comprenez que vous venez de vous faire embarquer dans un voyage burlesque et inquiétant, vous êtes Alice au Pays des Merveilles, le Chat vous accompagne et ne vous lâchera pas avant la fin. Le clavier se met au pas, une complainte au violon vous indique la marche à suivre. Vous voilà bazardés au beau milieu des favelas, les mafias et dealers sont à vos trousses, vous n’avez quelques secondes de répit avant la grande cavalcade de Bombay que j’avais appelé « Bande de Gaza ». Les instruments grondent, lancés à pleine vitesse vous n’avez d’autres choix que de les suivre dans leur descente vertigineuse en territoire dangereux. S’en suit le plus apaisé mais tout aussi dantesque Bethlehem que j’avais dénommé « Beyrouth », véritable évolution du A Notre Père de l’album précédent.

Baltimore opère un revirement rock assez fascinant, notamment grâce à la présence au chant de BoBBy Gillespie qui insuffle les vagues métalliques, urbaines, underground que l’on trouvait dans les bons albums de Primal Scream (donc pas le dernier hein…) et chez les Stooges sous extazy.

Après un Brasilia au synthé hypnotique et un grisant Bangkok aux guitares rugissantes, ce que j’avais intitulé « Bâle-Beauvais-Berlin » le 6 juillet dernier se nomme logiquement Baden Baden (longtemps au cœur des guerres de religions et jouxtant la Forêt Noire). Un débit de paroles plus souple évoluant en distorsions soniques maîtrisées et entêtantes, rappelant en cela un Trip Hop macabre.

Après un Bogota plus doux, l’album termine en apothéose avec Bamako et une collaboration avec la Reine du Foutraque, Brigitte Fontaine et son mari Areski (tiens tiens, encore un Versaillais). Toute la place est donnée à cette voix rocailleuse et éreintée, à ces paroles mystiques. « Nous sommes des mutants […] sur le vaisseaux du temps » affirme Brigitte Fontaine, on l’a compris, Turzi nous ballade un peu partout, lui, son groupe, les artistes qui l’accompagnent et le guident sont tous sans cesse en transformation.

De Turzi, on suivait le talent, les interviews vraiment pertinentes, les progrès, l’exploit de conquérir les States et ce second album inaugure une nouvelle saga à succès : il y avait l’alphabet de Mozart, il y aura désormais l’alphabet de Turzi. Certes Turzi n’en est qu’à la lettre B, mais avec un tel pouvoir d’évolution dans sa musique, il pourrait faire les 26 sans problèmes. Turzi n’est pas un musicien à étiquette, ni un adepte de « faire de la musique pour plaire », gardez-le pour acquis.

Note : 9/10

Sortie le 27 octobre

P.S 1 : Non, contrairement à Monsieur Romain Turzi, je ne prends pas de drogues, surtout lorsqu’il s’agit de chroniquer ses disques.

P.S. 2 : Si vous êtes amateurs d’une chronique plus classique ou de « garçons » avec des références aux influences et tout et tout, allez-donc jeter un œil chez Benjamin de  Playlist Society.

THE DODOS – Time to Die

In des disques... on août 25, 2009 at 2:34

Trio San Franciscain / Pop-rock, Psyché-folk / Wichita – Cooperative Music

Il y a quelques mois, Mgmt nous annonçait que le temps était venu de feindre (Time to Pretend). Un an après la météorite de Visiter leur premier album, le duo de San Francisco au vieux nom d’oiseau revient pour un plan à trois se proposant d’explorer les frontières de la vie. Ont-ils la pêche au point de nous en faire crever ou vice-versa ?

Neuf titres oscillant entre 4 et 6 minutes, dont l’entrée en matière commence fort. Small Deaths porte bien nom, les chœurs chatouillent nos oreilles, la montée de batterie suit un rythme tout à fait adapté, les accès de guitares titillent nos sens, provoquant ce petit frisson qui remonte l’échine depuis le creux des reins… On pourrait s’arrêter là et avoir envie de repasser dix fois le titre.

Les Dodos ont gardé quelques clés de leur succès : boucles d’accords répétés jusqu’à devenir bileux, guitares électrisantes provoquant des remontées acides,  le tout accompagné de voix douces comme le pain constituant le meilleur des miel pour grog… Bref à chaque fois, on ressort secoué d’une écoute qui rappelle l’arrivée d’un gros grain lors d’une transat en voilier : ressac, creux de vagues, pluies tropicales passagères. Autant de cassures de rythme qui sont bien présentes dans Two Medecines. C’est éprouvant et on en redemande.

Cependant, on reste un peu dubitatif devant la platitude des trois dernières plages de l’opus. On ne comprend pas très bien l’intervention d’un titre en allemand non plus… Troll Nacht est un titre aussi pertinent que La danse des canards… Ballades folk molles et classiques, peut-être est-ce finalement l’explication de ce Time to Die, mieux vaut rentrer dans sa tombe plutôt que de continuer à écouter ça ?

The Dodos est assurément un bon groupe californien, à suivre scrupuleusement. Malgré quelques maladresses que l’on aurait préféré ne pas voir apparaître sur un second album, on peut les emporter dans la tombe, histoire de faire swinguer les squelettes un peu coincés.

Note : 8/10

Sortie le 31 août

COUGAR – Patriot

In des disques... on août 14, 2009 at 11:53

Groupe américain / Post-rock / Counter Records

Nombre de félidés et animaux majestueux peuplent l’univers musical ces dernières années : Le Loup, Le Tigre, Grizzly Bear, Caribou… auxquels on peut même ajouter un promoteur, Coyote Music. Les cinq membres de Cougar sont probablement ceux qui portent le mieux leur nom. Beauté, précision, discrétion, Cougar en fait la démonstration en onze titres.

Un batteur issu du Young Blood Brass Band ne gardant que la précision, trois guitaristes qui font rugir en rythme leurs instruments, des vagues électroniques et une basse qui plantent leurs griffes régulièrement… et le tour est joué. Plus facile à dire qu’à faire en réalité. L’alchimie tient à un savant dosage des influences, rappelant à la fois la scène post-rock classique de Tortoise, le rock à la Nick Drake ou l’electro-psyché instrumentale de Battles.

Cougar a donné à son second album le nom d’un missile. Et c’est exactement ce qui explose en pleines oreilles, on ne sait plus où donner de la tête tant chaque construction des morceaux paraît complexe tout en restant extrêmement fluide. Stay Famous ouvre le disque en beauté en envoyant une sauce calibrée, énergique ; Florida logic est un peu plus classique mais serait une excellente matière première à un remix ; Rhinelander est un des rares titres avec des cœurs christiques mais évolue vers du Ratatat avec ses guitares vintages saturées ; Thundersnow redevient beaucoup plus agressif et incisif, sorte d’introduction de deux minutes à Heavy into Jeff qui explore des terres électro beaucoup plus barrées. Le reste du disque est beaucoup plus doux, ballades très agréables, reposantes, comme lorsqu’un félin scrute la plaine, repus, prêt à la sieste. Les instruments à vent prennent le pas sur l’électro et les riffs.

Belle surprise que ce Cougar, qui a su surprendre la petite proie que nous sommes. Lorsqu’on entend ce genre de groupe, on reprend confiance en l’humanité et sa capacité à produire autre chose que du commercial entêtant et calibré (le dernier artiste déshonorant les félidés étant sans conteste Patrick Wolf :) ). On regrette seulement qu’ils ne soient pas programmés cet été dans un festival…

Note : 9,5/10

Sortie le 24 août

THE BACHELOR – Patrick Wolf

In des disques... on juillet 31, 2009 at 11:45

Artiste britannique / pop mélo / Bloody Chamber Music

Quatrième album aussi hétéroclite et indigeste, The Bachelor de Patrick Wolf marque une évolution de l’artiste qui ne peut que promettre un The Conqueror (attendu pour 2010) plus prometteur. Chronique de leçon « peut mieux faire ».

Découvert pour ma part en 2007 avec son Magic Position et sa pochette… colorée dirons-nous, Patrick Wolf reste un artiste un peu particulier. Un bagage musical solide (piano, violon, chant), un background familial qui se veut larmoyant (sur sa bio on peut lire des phrases comme « P.W. quitte ses parents à seize ans. Désormais sans attaches […] il se produit dans la rue »), un goût pour les chansons brouillons et grandiloquentes ; il s’érige en quelque Mika souffreteux. En résumé, comme chez tout célibataire masculin, il y a à boire et à manger dans The Bachelor.

D’abord cette atroce manie de nous assaisonner tous ses titres avec de longues complaintes de violons un peu crispantes, voire irlando-gonflantes. Tout à fait à leur place dans  The Bachelor ou Thickets, elles sont lassantes sur Hard Times ou Damaris.

Ensuite cette fâcheuse habitude de tomber dans le mélo Disney, le summum de l’inaudible de l’album se situant probablement sur Who Will, où l’on se demande ce qu’on a fait pour mériter d’avoir les oreilles qui saignent à ce point. Moi qui aime pourtant le kitsch, là ça en devient vulgaire.

Enfin, on ne peut pas s’empêcher d’avoir envie de considérer ce type comme un pauvre petit garçon qui ne veut pas grandir, atteint du syndrome de Peter Pan ou adorant David Bowie sans parvenir à en faire quelque chose d’intéressant. Les vidéos de ses clips prouvent cependant que son imagination est capable de produire de belles idées. Et l’animal, même roux ou blond a quelque chose d’attachant et déterminé.

Je m’arrêterai là, en souhaitant au jeune homme bonne chance. Gageons qu’il perdra quelques mauvais tics pour savoir mettre en valeur ses qualités. Cependant, c’est déjà le troisième album… L’espoir fait vivre, heureusement.

Note : 4/10

THE VERY BEST – Warm Heart Of Africa

In des disques... on juillet 14, 2009 at 8:10

Collaboration GB-Paris-Malawi / Electro – Indie World / Moshi Moshi – Cooperative Music

L’élection d’Obama a provoqué dans le monde musical un grand retour de l’Afrobeat. En veux-tu en voilà, on nous en glisse partout, notamment dans l’indie de Brooklyn (Vampire Weekend, Animal Collective, Mgmt…). Il faut assurément un soupçon de culot pour intituler son groupe Les meilleurs, mais il faut également beaucoup de courage pour être à la hauteur de son titre et risquer d’être la risée du monde musical et de griller de futures cartouches. Derrière ce titre pompeux se cachent Johan et Etienne aka Radioclit, qui se sont alloués les bons services de Esau Mwamawaya, artiste du Malawi. Si vous avez été bercés par Johnny Cleg dans votre enfance, vous risquez d’apprécier.

Bienvenue dans ce qui ressemble à l’Afrique du Roi Lion à la première écoute : de beaux animaux sauvages, des paysages dépouillés, de gentils autochtones. Comme on ne comprend pas les paroles (en Malawi), on a tout le loisir de se concentrer sur le reste et on est très loin d’une bande-son cul-cul la praline.

Nsokoto opère un décrochement dans l’album, si l’on garde des sonorités et instruments évoquant le continent oublié (Bâtons de pluie, claves, djembés…), les boucles d’électro se font de plus en plus présentes. Parfois de manière ultra-kitsch comme sur Angonde où l’on s’attend à voir une girafe en caoutchouc traverser le salon.

Atout supplémentaire dans ce jeu de cartes hype, les featuring d’amis réputés. J’ai nommé les deux seuls titres en anglais de l’album. Warm Heart Of Africa pourrait être un titre de Vampire Weekend de part les rythmes du morceaux mais surtout la présence d’Ezra Koenig et sa voix d’Afro-américain blanc. De même, la douce M.I.A. ensorcèle la danse de la pluie, l’air en est plus moite ensuite (Rain Dance). Le clin d’œil à Architecture In Helsinki dans Kamphopo enfin achève de rendre l’opus extrêmement bankable.

Des rythmes qui respirent l’hémisphère Sud, des voix chaudes façonnées à l’ombre de canicules étouffantes – qu’elles soient d’Afrique, d’Inde, du métro londonien ou new-yorkais ; lorsqu’on a un été pluvieux, rien de tel pour égayer la maison. Le tout est diablement bien fichu, dansant et très réussi, l’Indie World existe et à un avenir.

Note : 8/10

Sortie le 21 septembre

MOBY – Wait for Me

In des disques... on juillet 7, 2009 at 12:22

Artiste américain / Electronica / Because

Comme il y a Air la révolution de la musique électro-planante de qualité, il y a Moby la machine à musique de spots publicitaires. Alors lorsqu’on reçoit le nouvel album de Moby accompagné d’une lettre de l’auteur pour présenter le disque, on devient curieux et on fait l’effort d’insérer le disque dans la fente de la chaîne prévue à cet effet.

Après Play (1999), Moby n’avait plus produit que des musiques parfaitement calibrées pour la publicité, chaque fois un peu plus sans âme ni originalité. Dix ans après, le chauve renverse enfin la vapeur et revient avec un opus home-made. Evidemment, Because ne nous aura pas aussi facilement, je ne vais pas lire le communiqué, la lettre ni le descriptif de l’histoire des morceaux titre par titre avant d’avoir écouté l’album plusieurs fois en entier. Et le résultat n’est pas décevant.

D’abord, les titres cessent un peu d’être calibrés pour la promotion radiophonique en ayant des durées entre 55 secondes et 4,40 minutes. Il y a plus de spontanéité dans cet opus, moins d’arrangements pointilleux, les sonorités se font plus brutes (Jltf), les voix sont parfois hésitantes (Pale Horses). L’ensemble, à l’image de sa pochette, n’est pas original, mais il est reposant sans être lénifiant. Et c’est déjà beaucoup. Même si cet album reste aussi mélancolique et parfois plombant comme Moby l’a toujours fait, on sent que l’auteur respire derrière.

Dans les explications fournies par Moby morceau par morceau, on retrouve toutes les remarques que tout critique aurait pu faire de l’album, Study War pourrait être un extrait de Play2 moins intéressant que le Play original, Mistake est de loin le titre le plus conventionnel de l’album, Gost Return est un morceau « Lynchien »… Moby a une vision et une analyse assez honnête de son travail et, même si son discours est calibré (il ne cesse de répéter que le tout a été enregistré dans des conditions pourries avec un matos cheap), il transparaît une véritable satisfaction de l’auteur à vouloir livrer un travail humble, sans prétention.

Dans sa lettre présentant son travail et sa démarche, Moby parle d’une révélation survenue après un discours de David Lynch qui soutenait l’idée d’une créativité artistique comme objectif premier, émancipée de toute pression de rentabilité de l’œuvre. Qu’il ait fallu ce genre de discours à Moby pour prendre conscience que le travail premier d’un artiste ne s’inscrit pas dans une logique marchande, soit. Qu’il ait accepté de relever le défi, on ne peut s’empêcher de penser qu’il l’a fait car son portefeuille peut largement se le permettre. Qu’il accompagne son disque d’une description, ça sent la tentative d’amadouer les chroniqueurs, mais seuls les mauvais auront besoin de cela. Mais qu’il termine son courrier en demandant aux auditeurs de faire l’effort d’écouter le disque en entier et non par single, cela m’inquiète. Sommes-nous donc dans une société où l’on se fait une idée d’un travail sur un simple single ? Les émissions de télé-réalité et certaines Major produisent certes leur lot de boulets et leur flot de singles inaudibles, voire d’albums transpirant la médiocrité (Julien Doré en tête). Mais j’ose encore croire qu’il existe une majorité de population sensée, capable de discerner le bon grain de l’ivraie. Si Moby prend la peine de faire ce genre de requête, elle ne doit pas être infondée, elle me fiche le cafard c’est tout. Et du coup, je remets le disque à tourner sur la platine.

Note : 7/10

LILLY WOOD AND THE PRICK – Lilly Who and the What ? EP

In des disques... on juin 24, 2009 at 1:44

Duo parisien / pop – folk / Choke Industry

Chacun a encore en tête L.E.S. Artistes de Santigold et la reprise qu’en avait fait Lilly Wood and the Prick est probablement l’une des plus touchantes. Derrière ce patronyme au nom dans la mouvance des groupes anglo-saxons de pop – folk actuels (Tilly and the Wall, Noah and the Whale…) se cache un jeune couple parisien, Ben et Nili. Leur premier EP mérite d’être chroniqué pour des tas de raisons.

D’abord, un couple parisien qui fait de la pop – folk britannique intéressante, ça ne court pas tant que ça les pavés. On assiste, assez impuissants, à une uniformisation des jeunes groupes parisiens qui proposent tous de l’electro-rock plus ou moins réussi (dernière grande lamentable plantade : Revolver). De temps en temps, l’un s’échappe du lot (Toy Fight) et dans ces cas-là, mieux vaut l’attraper au passage sinon il fiche le camps en province ou de l’autre côté de la Manche, voire de l’Atlantique (et il a bien raison).

Ensuite, sur les cinq titres de leur EP, Lilly Wood and the Prick propose quatre morceaux vraiment intéressants. Si Down the Drain est une pop-rock très conventionnelle, dès Water Ran, on sent que ces deux-là ont un quelque chose qui ne laisse pas indifférent. Cette belle voix veloutée de Nili dont on ne se lasse pas en premier lieu. On nous annoncerait que Cat Power interprète This is a Love Song que cela nous étonnerait à peine, on se dirait que sa dépression est terminée et on serait content. La batterie n’est encore toujours au top, la guitare reste sur des lignes très simples, mais le tout est très agréable, notamment grâce au piano. La ballade de Little Johnny qui clôt ce cours opus est idéale à emporter en vacances. Légère brise, robe au vent, à cheval ou en Vespa, on regarde Lilly Wood and the Prick aller se promener mais on attend leur retour de pied ferme… Un coup de coeur pour la pochette également.

Note : 7,5/10

KAP BAMBINO – Blacklist

In des disques... on juin 24, 2009 at 12:59

Duo français / Electro-noise et Pop-grindcore / Because

Dans la série Je suis jeune et je veux bouger mon corps sur autre chose que punk-hardcore de mauvaise facture ou de l’electro sans âme, Kap Bambino constitue un bon exemple français d’une relève énervée de qualité.

Le premier gage de qualité dans ce domaine, c’est de réussir à aller sans se forcer jusqu’au bout de l’album, car méfiance avec toute musique comprenant « core » ou « noise » dans sa bio, on sait qu’en général, au delà de trois minutes ça ne tiendra pas la route. Dans le cas présent, au bout d’une demi-heure, vous en demandez encore.

On se souvient de Crystal Castles, assez insupportable sur scène mais terriblement efficace sur disque. Et en entendant Caroline Martial et Orion Bouvier, on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement, concernant l’opus tout du moins. Les rages électroniques font core avec les assauts enragés de la voix féminine vocodée. Les textes sont plutôt kitsch, s’interrogeant ainsi sur ce que ça fait d’enlever sa peau (Lezard) ou l’hymne au retour aux Batcaves. Les mélodies sont dans l’ensemble très pop, ce qui mélangé à l’electro-noise, produit un mélange explosif. Alors même s’il manque encore un peu d’originalité dans certains titres (Plague ou Blond Roses), ce petit disque aidera bien à faire onduler les boucles blondes et shorts en mousse sur les plages tout l’été (et certainement pas les émos ou ce genre de fléau).

A vérifier sur scène, mais Kap Bambino ne devrait pas terminer sur les Blacklists des pires disques de l’année.

Note : 7/10

OXMO PUCCINO – L’arme de paix

In des disques... on juin 23, 2009 at 1:57

MC parisien / Rap – Soul / Cinq7

Alors que le Lipopette Bar et son rap-jazz a encore sa place dans les playlistes, Oxmo Puccino livre une nouvelle perle et repart au combat, bien décidé à abattre les idées reçues.

La vie n’est pas toujours une partie de plaisir certes, mais des milliers de raisons lui donnent la peine d’être véue. Oxmo réfléchit (365 jours), regarde derrière lui (L’arme de paix) pour tracer sa route de demain (Sur la route d’Amsterdam). Le titre le plus touchant est de loin cette analyse cinglante du Soleil du Nord et son verdict simple « la misère serait moins pénible au soleil ». De la colère oui, de la haine jamais. Pour se faire entendre, nul besoin d’élever la voix ou d’insulter à tout va. Puccino sait ça. Les accords de guitare qui accompagnent les mots sont calmes, un peu mélancoliques sans être mélodramatiques.

Mais si l’on prend la peine de livrer noble bataille, c’est qu’avant tout on respecte son adversaire. Et pour gagner contre une femme, on peut alors avoir recours à des subterfuges amoureux. Oxmo décrypte les femmes (Les unes les autres), les charme (J’te connaissais pas), s’explique (A sens inverse) et ses mélodies groovent.

Monsieur Puccino a le flow plus doux que le miel mais les propos plus amères et incisifs que les griffes de l’ours. Si tu veux la guerre, prépare la paix, la philosophie dépose les armes devant ce grand poète des problématiques trop souvent périphériques.

Note : 8,5/10

Relisez aussi la chronique du concert à l’EMB – Sannois

AUTOKRATZ – Animal

In des disques... on juin 21, 2009 at 3:45

Duo britannique / Electro-dance / Kitsuné – Cooperative Music

Le soleil, les vacances, la voiture décapotée… et pas de son un peu m’as-tu-vu intéressant à balancer ? Alors optez donc pour le dernier petit AutoKratz des familles et évitez ainsi d’être assimilés à tous ces beaufs et leurs voitures tunées.

Avec des titres un peu piquant comme The Idiots are Winning ou Speak in Silence aux sonorités Daft Punk ou Last Show qui rappelle l’electro des eighties. Et lorsque vous passerez la quatrième sur la nouvelle « autoroute écolo », n’oubliez pas de réveiller les biches et les lapins avec Gone Gone Gone ou Past your Heart qui s’inscrivent dans la veine Kavinsky. Au final cet album sonne un peu comme régressif, mais ça ne déplait pas car la qualité est là. Notamment grâce à la touche rock travaillée qui rappelle le rock d’aînés comme New Order.

Il y a peu, un Mister Oizo nous affirmait que nous sommes tous des animaux, le message des AutoKratz n’est pas très différent dans ce dernier album bestial, onze titres de retour aux racines rock et électro-dance qui demandent régulièrement à être réveillées. Un disque à écouter également les fenêtres fermées !

Note : 7,5/10

Sortie le 29 juin

MAJOR LAZER – Guns Don’t Kill People… Lazers Do

In des disques... on juin 20, 2009 at 3:06

Djs américains / Electro Booty-shaker / Downtown – Cooperative Music

Si l’on continue notre panorama musical des arrivages estivals 2009, alors nul doute que votre petit corps se déhanchera très prochainement sur Major Lazer. Et si ne suis pas particulièrement adepte des gros lascars et de leurs sons « move your booooooty », je vous rejoindrai cette fois sans peine au milieu du dancefloor.

Des titres électro ragga dancehall remuant en veux-tu en voilà, du vulgaire un peu avilissant avec des sirènes, des voix de gros lascars, des flingues, du fric qui pue la dope, des corps qui caramélisent sous le soleil californien, des pouffes qui ondulent leurs corps plus que de mesure et font monter la température alors qu’on crevait déjà de chaud… Voilà ce qu’évoquent ces titres à la première écoute… pas ma came et pourtant… le second coup d’oreille révèle bien  des surprises.

Il y a d’abord la qualité et la richesse des titres mixés. Derrière les Major Lazer se cachent les talentueux Diplo et Switch. Du coup, c’est tellement bien foutu qu’au lieu de zapper, on réécoute. En 12 titres, vous avez déjà fait 3 fois le tour du monde des ghettos ensoleillés : Favela pas chics, Africolor, Merengue, West-coast US, Deep India… Leur talent n’a d’égal que leur bon gout qui permet à chaque titre de ne jamais sombrer dans le vulgaire, le redondant ou le barbant mais bien de surfer sur tant d’influences stimulantes que les codes habituels sont détournés et ravissent les corps et les esprits : Mary Jane est tordant lorsqu’on l’écoute au 5e degré, Keep It Going Louder vous propulse illico au milieu d’un bidonville de Bombay où seules des Pussycats siliconées croiseraient votre chemin, Baby est aussi court que kitsh…

Une grande partie de rigolade, je gesticulais seule dans mon appart sous les yeux ébahis des teenagers qui ont fini par venir me demander ce que j’écoutais car « ça tabasse ». Je me suis déhanchée au sens littéral : pu*** ça fait mal quand l’os rentre dans l’articulation qui lui appartient… Pas besoin de prendre une balle perdue, la danse des Lazers opère bien mieux. A se procurer d’urgence pour égayer vos après-midi de volley à Paris Plage :)

Une mention spéciale à la pochette, digne des comics de notre enfance.

Note : 7,5/10

Sortie le 29 juin

LISSY TRULLIE – Self Taught Learner EP

In des disques... on juin 20, 2009 at 2:54

Minette New-yorkaise / Rock / Wichita – Cooperative music

L’été revient plus ou moins et les productions sexy – fleuries – glossy font comme chaque année leur come back. Alors si l’on vous parle d’une jeune mannequin qui se met à fricoter avec la musique, vous pensez à une australienne et ses tee-shirt blanc… et vous avez tort. Car il y a plus prometteur, il y a Lissy Trullie.

A peine 20 vingt ans, des couv’ de magazines de mode qui se multiplient… Lissy semblait partie pour nous proposer autre chose que ce rock brut et dirty. Avec une voix rappelant Debbie Harry ou l’injustement méconnue Justine Berry (Hey Gravity) et un accent frisant le plagiat Pete Doherty-que (pardon pour ce barbarisme), on est loin des intonations bitchy d’écervelées du milieu de la mode. Il en va de même pour les textes, Lissy n’a pas pour sujet principal de préoccupation ses tee-shirts blanc (même si je vous l’accorde, elle montre son short noir) ou des soirées branchouilles mais aborde plutôt de grands thèmes universels (l’amour, l’argent, le respect…) sur un ton sarcastique et cinglant (you don’t have to say I love you too, it’s not what I want to ear from you). La batterie et la basse aux lignes basiques mettent en valeur les accents crus d’une guitare un peu déglinguée, le tout magnifié par cette voix de fumeuse de 40 berges.

Et par-dessus tout, il y a cette reprise de Hot Chip, Ready for the floor, qui parachève de nous amener à penser que cette Lissy est loin d’être une cruche, ira un peu plus loin dans la qualité musicale de ses congénères et restera quelqu’un quoiqu’il arrive une personne de bon gout capable de ne pas massacrer les reprises. Une excellente autodidacte donc… Verdict final avec l’opus complet.

Note : 8/10

ELDIA – Favourite Murderer EP

In des disques... on juin 15, 2009 at 2:30

Groupe parisien / Pop-rock / Emergence Music

Après un album prometteur il y a un an (All The People On The Ship Say), eLdiA sort un EP en avant goût d’un nouvel opus à venir pour l’automne. Des chansons pop-rock qui balancent bien comme il faut.

En quatre titres on peut déjà déceler que l’album promet quelques singles alléchants. A commencer par le titre éponyme de cet EP. Favourite Murderer s’inscrit dans la droite ligne de la britpop avec une ambiance sonore très Beatles. On reconnaît aussi la patte des folkeux parisiens comme Tahiti Boy ou les géniaux Toy Fight. The Way You Move rappelle pour sa part la vague rock new-yorkaise, dont on ne peut que regretter leur abus de reverb sur le refrain. Alors que Did You Run ? passe plus inaperçu de par son classicisme ultra « déjà entendu partout », The Drunk Song mérite de s’y attarder, balade folk mélancolique qui donne envie de réécouter en boucle les cowboys normands de La Maison Tellier.

Reste qu’il faudrait que ces 5 jeunes s’affichent sur leur pochette dans des postures moins « j’suis un péteux parisien, j’porte la moustache, un slim et du cuir car c’est trop bien le rock ». Bref il y a bien du potentiel chez eLdiA, rien de très original mais travaillé avec un peu d’attention, si tous les groupes pouvaient déjà commencer par respecter  cette règle élémentaire alors la scène française pourrait mieux se défende outre Manche. Encore un peu de travail ne ferait pas de mal…

Le Colonel Moutarde dans la cuisine avec un chandelier ? Verdict complet avec l’album.

Note : 7/10

CHICROS – Radio Transmission

In des disques... on mai 26, 2009 at 2:29

Groupe parisien / pop-rock noisy / Discograph

Après avoir été des mecs Too Cool For School (2005) et avoir produit un album de maturité (Sour Sick Soul, 2007), les Chicros reviennent avec un bel album assez hétéroclite qui confirme le talent des Chicros.

Le 7 inch avait déjà, en plus d’un artwork à croquer, un concept adorable : des tickets d’or qui, comme dans Charlie et la chocolaterie, permettait d’avoir un concert privé du groupe chez soi. L’album repose sur le même postulat que les programmes d’une radio généraliste : nous sommes tous différents, il en faut pour tous les goûts. C’est ainsi que dans ce nouvel opus, les quatre Chicros se travestissent en Big Daddy Pimp Jr, The King of Heart ou The law-Abiding Citizens et s’essayent au Hip Hop US, la new-wave, le film d’horreur ou la country rappelant celle de La Maison Tellier. Les Chicros font preuve de tout l’humour et la créativité dont ils sont capables en nous faisant surfer sur les programmes imaginaires psychédéliques de Radio Depressed, Radio Jesus ou encore Radio Drugs. A souligner aussi un très beau duo sad-pop entre les Chicros et Brisa Roché (Without You) et une géniale reprise des Dead Kennedys (Straight As’). Au total, on a 19 pistes courtes pour 36 minutes de musique. C’est d’ailleurs le seul reproche qu’on pourrait trouver à cet album, pour un troisième opus il est un peu court… Mais mieux vaut faire trop court que trop long et risquer de lasser l’auditeur, tout bon animateur de radio sait ça J.

Chicros a certes perdu sa particule (anciennement Los Chicros) mais n’en a gagné que plus de maîtrise, de talent et conserve toute notre estime.

Note : 8,5/10

ASYL – Brûle Brûle Brûle…

In des disques... on mai 25, 2009 at 8:00

Groupe français / Rock / Because

Préambule : mon habitude est de ne pas prendre la peine de chroniquer les bouses musicales qui peuvent venir échouer dans ma boite aux lettres, mais cette fois, Because ayant joué à pile ou face en envoyant un communiqué de presse censé être humoristique et ironique, je me devais de rendre à un label comportant plusieurs qualités, la monnaie d’une pièce à qui je n’avais rien demandé.

Rien qu’au titre et avant même d’avoir tenté d’écouter le nouvel album d’Asyl, on avait des raisons d’être enjoué. Car Because ne se contente pas d’inonder les boites aux lettres de choses qui vous font saigner les tympans, ils ont du fric à dépenser pour vous en faire la promotion et tenter de vous convaincre du bien fondé d’un groupe qui n’a aucune raison valable de perdurer. Présentation de la meilleure barre de rire d’un mois de mai parisien humide.

Alors résumons, Asyl est un groupe de rock français, qui chante plutôt mal en français sur des accords de guitare entièrement recyclés à partir de groupes talentueux et produit par des gens pour qui on pouvait avoir de l’estime (Andy Gill des Gang of Four s’est abaissé à les aider pour leur premier opus). Donc le groupe au nom le plus insultant de l’Hexagone revient nous casser les oreilles et les pieds avec un second album.

A la manière des gallinacés, Asyl est un groupe qui caquette et vient nous déranger dès 5h du matin par des cris aussi irritants que disgracieux. Asyl pourrait en être au 2e ou au 94e album, la différence ne serait pas perceptible : une grosse batterie irritante, des lignes de cordes qui donnent envie de pendre haut et court ou étrangler les sous-musiciens et pire que tout, cette voix qui atteint des sommets de médiocrité plus élevés que le beau palmarès de Nicolas Sirkis. Pour résumer, à l’écoute d’Asyl, vous avez la même envie irrépressible que quand les clandestins yougoslaves du métro viennent perturber l’écoute des nocturnes de Chopin dans votre casque : qu’ils s’arrêtent et fichent le camp au plus vite avant que vous ne soyez de mauvais poil avant même d’arriver au boulot. Ce nouvel album aurait été enregistré dans le studio de Michel Sardou que ça ne nous ferait ni chaud ni froid (ahahah), si vous souhaitez vous donner la peine de rencontrer ces jeunes, balancez-les à la Seine, ça refroidira peut-être les ardeurs de pauvres types qui n’hésitent pas à affirmer « qu’il faudrait être sourd pour ne pas entendre que le talent d’Asyl à rafraichir une musique née il y a plus de trente ans, pour en faire un rock moderne à l’image de son époque, c’est-à-dire délétère et implacable ». Ne vous fatiguez pas à écouter ou acheter ce disque de zouk toulousain tendance « tais-toi » voire « ta mère ne t’as jamais appris qu’on ne braille pas comme ça ? ».

Je me permettrai ce dernier très mauvais jeu de mot en disant que cette fois, Because a joué avec le feu… Brûle Brûle Brûle, une bonne blague de pyromane de type qui ont finalement bien choisi leur nom en érigeant les ancêtres des hôpitaux psychiatriques comme un label de qualité, l’Asile je ne vous souhaite que ça Messieurs… de partir en fumée et de nous laisser en paix.

Note : 0,5/10 pour Because qui a su reconnaître implicitement que ce sous-groupe fait tache dans leur catalogue…

PAMELA HUTE – Turtle Tales From Overseas

In des disques... on mai 24, 2009 at 10:30

Groupe parisien / Rock / IB Records

A l’écoute du sampler, j’avais déjà tout dit, le talent de Pamela Hute se résume en trois mots : énergique, épuré, élégant. L’album de Pamela Hute doit-il se contenter d’un bon sampler de 5 titres ou peut-on trouver d’autres atouts parmi les 13 titres de ce premier album ?

S’il y a quelques passages un peu agaçants comme le refrain de You Call Me Dear qui donne l’impression d’un travail un peu bâclé cédant à la facilité, ce disque n’a pas été fait à la va-vite. Comme pressenti avec le sampler, on perçoit un véritable travail d’émancipation de la mouvance actuelle consistant à balancer du rock en braillant comme un âne et en plaquant des accords de guitare désastreux censés relever le niveau… Autrement dit, Pamela Hute révendique le Back to basics mais dans le bon sens du terme : Nirvana (Umbrella), Portishead (Pink Safari), Pretenders (My Dear). Il ne s’agit pas de piller les aînés mais de s’inspirer de leur hygiène (musicale, pas de vie hein…). La synthèse avec la tendance électro d’aujourd’hui présente ça et là (My Dear) permet aux Turtle Tales From Overseas d’être un album bien dans son genre, capable de prendre le meilleur des époques qu’il traverse.

Tie est un titre capable de vous mettre en appétit pour une nuit de concerts punk, Don’t Help Me pourrait bien vous faire danser, et le petit dessert reste Pink Safari, dont les volutes sonores sauraient presque vous tirer une larme sans tomber dans le mélo.

Un bon premier disque qui aura besoin d’envoyer avec autant d’énergie et de concentration sur scène pour se faire respecter comme il se doit dans la cour des musiciens professionnels. Tiens, d’ailleurs ils ont un site Internet, c’est un bon début ;) : www.pamelahute.com

Note : 7/10

RICHARD SWIFT – The Atlantic Ocean

In des disques... on mai 13, 2009 at 4:58

Chanteur américain / Pop-rock / Secretly Canadian

Après avoir sorti deux albums en 2008, l’inépuisable Richard Swift remet ça avec un quatrième opus résolument pop. Piano déglingué, partitions boogie, synthés dégingandés, rythmique ultra classique mais résolument entraînante, clap-clap, voix franche… Tout y est, pas question de faire le boulot à moitié.

L’opus ouvre sur le titre qui donne son nom à l’album, « grosse ficelle » avant le grand dévoilement du talent de Swift qui a su s’entourer de personnes compétentes (comme Mark Ronson ou Sean Lennon). Les 11 titres oscillent entre des mélodies pop acidulée séduisantes (The Original Thought, Hallelujah Goodnight, A song for Milton Feher) et morceaux beaucoup plus sombres (R.I.P., The End of an Age, Already Gone). En effet, cette trilogie poignante permet d‘ériger cet opus non pas au simple rang de bon album de pop, mais bien dans la catégorie des douceurs teintées d’amertume qui vous retourne un peu, qui vous bouscule sans jamais tomber dans le mélo, fissure ouverte en chacun de nous….

Une fois de plus, Swift balaye les idées reçues en démontrant qu’on peut produire plusieurs très bons disques par an. Une chose est certaine, on a hâte qu’il traverse l’océan atlantique pour venir démontrer tout le talent dont il est capable* !

Note : 8,5/10

* Richard Swift jouera le14 mai @ Point FMR

DIVING WITH ANDY – Sugar Sugar

In des disques... on mai 8, 2009 at 6:08

Trio français / folk – pop / Universal

Il y a trois ans, je plongeais avec délectation dans l’univers chic et raffiné de Diving with Andy et leur premier album éponyme. Je n’avais pas prévu de second disque, persuadée que l’idylle n’était qu’une passade dans l’air du temps, un album concept qui devait s’arrêter là avant de porter chacun des membres vers d’autres projets. J’avais tort donc, mais ce second opus est-il vraiment à la hauteur du talent qu’on avait accordé au trio angevin en 2006 ?

On ne change pas une recette qui fonctionne ? Des arrangements travaillés, des textes léchés, une orchestration classique mais classy… le nouvel opus de DWA est indéniablement très agréable à l’oreille. Le velours de Juliette Paquereau produit toujours son petit effet frissonnant et reposant après une journée harassante parisienne type. Malheureusement cela ne suffit pas, comme son nom l’indique cet opus est un peu trop calorique, comme un gâteau industriel.

Ce groupe, auparavant signé sous les auspices bienveillantes d’aînés du renouveau de la chanson française (l’éphémère label Dièse, sous la direction de Benjamin Biolay ou Kerenn Ann) se retrouve maintenant dans le catalogue fourre-tout d’Universal. Et en effet, la pertinence de ce second disque reste à démontrer, seuls des titres comme Kate Weal… et Anna May réussissent à renouveler le style très linéaire du trio qui ne s’éloigne pas assez de ses rituels violon-voix ou piano-voix. Sans compter l’aspect légèrement crispant des clips qui pompent tout aux aînés comme Cat Power : copier n’est pas resssembler…

C’est donc avec une légère amertume que je n’attends pas de troisième album de DWA. Il y a trois ans, je leur souhaitait bon vent du côté arrière scène, je renouvelle mes vœux. Julien Perraudeau et Rémy Galichet sont capables de rivaliser avec les meilleurs ingénieurs du son ou arrangeurs et il paraît maintenant pertinent qu’ils laissent d’autres projets prendre le pas sur ces plongeons avec Andy qui n’ont plus leur fraicheur d’il y a trois ans et sont trop sucrés pour qu’on ne fasse pas d’indigestion.

Un album qui égaiera malgré tout sans peine ce printemps capricieux.

Note : 6,5/10

THE NOISETTES – Wild Young Hearts

In des disques... on avril 22, 2009 at 1:08

Trio anglais / Rock-pop / Mercury

En février 2007, on découvrait le premier album des Noisettes avec enthousiasme : un équivalent de Bloc Party version féminine ? Un The Gossip anglais et plus sexy ? L’album était vitaminé et terriblement rock grâce à la voix de Shingai Shoniwa, faisant office de dynamite. Le virage difficile du second opus est en partie surmonté mais convainc relativement…

Si The Noisettes a su garder les qualités qu’on avait cru déceler telles l’influence Riot Grrrl (Don’t Upset the Rythm, Saturday Night) ou la qualité des refrains hautement addictifs (Every Now and Then, Never Forget You, So Complicated) ; le groupe a pris un virage plus lent / calme dans ses chansons, ce qui déçoit un peu puisque c’était justement cette énergie supra-vitaminée qu’on louait. Certains titres sont délicats et pleins d’attentions intéressantes comme Atticus et Cheap Kiks où l’on ne finit pas de se délecter des modulations de la voix soul d’une pureté qui fait vibrer le creux du ventre. Mais le premier tiers de l’opus ne relève que d’une électro-pop banale et sur-entendue ces derniers mois. Ajoutons à cela une batterie qui reste encore un peu trop jouée par des gros bras (le titre éponyme de l’album est d’ailleurs l’un des plus décevants de l’opus), une pochette de disque plutôt laide comparée au pétillant et humoristique What’s the time Mr Wolf ? et un second disque moins long que le premier (on pardonne un 35 minutes à un premier album, moins à un second)…

Cet album relève finalement d’une pop beaucoup plus consensuelle que le précédent, le premier opus ne faisait pas état d’une originalité à toute épreuve mais un petit quelque chose qui présageait que The Noisettes résisterait à l’envie de faire comme tout le monde… Une déception qui ne nous empêchera de l’écouter pour l’été ! Et les concerts promettent mieux que cela.

Note : 7/10

Player The Noisettes

AU REVOIR SIMONE – Still Night, Still Light

In des disques... on avril 8, 2009 at 3:42

Trio américain / Pop Aérienne / Moshi Moshi – Cooperative Music

 

Deux ans après The Bird of Music, les Au Revoir Simone remettent ça avec un album printanier toujours aussi léger…

Ce nouvel album a un titre de plus que le précédent mais est moins long… arf. Ça commence moyen c’histoire… A priori, il ne faut pas s’attendre à un grand renouvellement de la part des trois Miss de Brooklyn, d’ailleurs la couleur est annoncée dès le début, il ne s’agit que d’une Another likely story. On retrouve donc les claviers, les voix claires en chœur, la boite à rythmes… et leurs thèmes favoris reviennent également : la perte amoureuse, le questionnement, l’inquiétude, la solitude…

Mais si on pouvait se montrer sceptiques à l’idée de se faire à nouveau envahir par la vague électro aérienne américaine copiée-collée de nos frenchies Air (dont elles avaient d’ailleurs assuré les premières parties), on ne peut finalement que succomber une fois de plus et se laisser embarquer dans les épopées éthérées d’Au Revoir Simone. Knight of Wands révèle vos rêves les plus enfouis de Magicien d’Oz, Take Me As I Am est ce vous aimeriez dire en cas de scène de ménage et Organized Scenary vous plonge dans un délicieux sommeil lorsque vous peinez à le trouver.

Douze titres qui fleurent bon le soleil, les arbres bourgeonnants et les robes légères en coton s’agitant dans la brise matinale, délicatement parfumées de senteurs boisées. A écouter à la tombée de la nuit, appuyé à la balustrade de la fenêtre de votre chambre. Fermez les yeux et, oui, vous sentirez la morsure des températures qui déclinent légèrement après une belle journée… Still Light, Still Night.

Note : 8/10

KRAZY BALDHEAD – The B Suite

In des disques... on avril 4, 2009 at 11:43

Dj français / Electro / Ed Bangers – Because

Ed Banger sait régulièrement redorer son blason un peu trop fluokids en livrant de belles productions électro. Pierre-Antoine Grison, aka Krazy Baldhead, fait partie de ceux-là. Après des remixes (dDamage, Aufgang) et des EP’s (Bill’ s Break – 2004 et Dry Guillotine – 2007) très efficaces depuis 2004, voilà enfin le premier album solo, orné de quelques collaborations intelligentes.

The B Suite comporte seize titres présentés avec une géométrie parfaite en quatre mouvements, rappelant par là la formation classique de l’artiste. Quatre thèmes donc, aux pieds simples et rigoureux, déclinés avec brio grâce aux incorporations de jazz, hip-hop (Third Movement – First part) ou funk. Le Second Movement – Second Part offre à cet égard une belle synthèse des genres. L’album s’écoute en entier, pas de zapping de titres, la progression s’apprécie dans sa totalité. Le quatrième mouvement présente les titres les plus intéressants, paradoxalement moins mainStream, adoptant presque des rythmiques post-rock, jouant de décompositions et distorsions sonores, réintégrant des plages de scratch, pour terminer sur un featuring de Beat Assaillant assez réussi au cut très sec.

Ed Banger Records a encore quelques atouts en main, Krazy Baldhead ne devrait pas avoir de difficultés à trouver sa place sur la scène électro. Avec des influences à mi-chemin entre les Chemical Brothers et Miles Davis ou Bill Evans, son album electro a la capacité de réconcilier des genres parfois fâchés, c’est aussi ça la tolérance sur un dancefloor… Nul doute que la suite de la B suite sera tout aussi intéressante.

Note : 8/10

TOY FIGHT – Peplum

In des disques... on avril 3, 2009 at 1:55

Groupe parisien / Pop-rock / Cityslang

Trois ans qu’on attendait la suite des aventures d’un groupe parisien qui mérite d’être connu et reconnu… Sébastien Broca, David Simonetta et Maxime Chamoux passent avec brio le périlleux exercice du second opus.

Sortir un bon premier album lorsqu’on est un groupe de rock-pop parisien, ce n’est pas gagné. Il faut éviter le piège des baby-rockers (Second Sex, BB Brunes …ou pire, les Naast) et des groupes bankable dénaturés (The Do). Mais également se démarquer des proches ainés talentueux (Syd Matters). Autoproduit, le premier opus de Toy Fight (Anagram Dances) avait ravi nos oreilles en 2006, restait alors l’épreuve la plus difficile : le retour de bâton de la critique lors du second album labellisé. Après avoir longtemps hésité à tout plaquer, le groupe livre finalement seize titres qui vous embarquent dans une aventure musicale, entrecoupée de trois teasers d’une demi-minute (David Simonetta présente, Maxime Chamoux présente et Sébastien Broca présente).

Dans un bon Peplum, il y a d’abord des costumes. La pop de Toy Fight s’est parée de tous les atours nécessaires pour livrer bataille à la médiocrité : voix, guitares, mandoline, banjo, glockenspiel, piano, farfisa, claviers, mélodica… Et puis, pour mieux se battre, notre trio a recruté trois nouvelles têtes pour leur prêter main forte : Bertrand Faure-Brac (bassiste ingénieux), Jean « Jaune » Thévenin (batteur humble), et Pauline De Lassus (voix féminine bienvenue).

Après évidemment, il faut des grands discours de valeureux guerriers, toujours un peu mystérieux et très poétiques. Le respect des aînés d’abord, la britpop, le Velvet Underground, la vague scandinave sont des influences qui sont respectées sans être plagiées ou dénaturées. Les paroles aussi, encore une fois notre groupe parisien s’en sort très bien : lorsqu’on chante dans une autre langue que son langage maternel, on ne conceptualise pas exactement les idées comme un natif le ferait. Cela donne lieu à des paroles fantastiques et surprenantes (Les Indes Noires) et terriblement craquantes (Golden Make Up).

Enfin, dans tout Peplum se dissimule toujours une histoire d’amour. La déclaration de Toy Fight va droit au cœur, ils aiment trop la musique pour la quitter. Dépêchez-vous donc de les accueillir comme il se doit, le paysage musical de notre vieille capitale en a bien besoin.

Toy Fight était un trio autoproduit, trois ans après c’est un beau groupe signé chez Cityslang. Bis repetita placent, ce second opus est leur victoire.

Note : 8,5/10

Retrouvez aussi : l’interview et la chronique du concert

DEAR READER – Replace Why with Funny

In des disques... on mars 27, 2009 at 3:15

Trio sud-africain / Pop-folk / City Slang

Aperçus succinctement après moult problèmes techniques lors du Festival Alligator, Dear Reader, ex Harris Tweed, sort un premier album pour le printemps. Oui, pour une fois la coupe du Monde de football sert à quelque chose d’intéressant, promouvoir la scène musicale d’Afrique du Sud.

Originaire de Johannesburg, leur musique est pourtant à l’image de leur couleur de peau : blanche. Alors certes, Dear Reader n’est pas exactement ce à quoi on s’attend, point de musiciens noirs mais de jeunes adultes issus de l’émigration britannique. Oubliez Johnny Clegg également car les rythmes chauds de l’Afrique n’animent pas particulièrement l’opus. Seul le premier titre de l’album, Way of the World, laisse entendre quelques sonorités de la sorte.

Dix titres composent l’album, exclusivement chantés en anglais et emplis de références à la littérature classique anglaise. Charlotte Brontë aurait probablement trouvé comique de voir sa phrase leitmotiv de Jane Eyre, adaptée à un groupe de pop. La voix de Cherilyn MacNeil épouse les volutes sonores concoctées à l’aide de Brent Knopf, guitariste de Menomena. L’univers très poppy évoque essentiellement le thème classique de la déception amoureuse. Fort heureusement l’orchestration ne se cantonne pas à du piano-voix (Never Goes) mais est agrémenté d’envolées de batterie, de cuivres, carillons (Great White Bear), guitares un peu déglinguée (Out out out) et autres petites trouvailles qui font qu’on aime Menomena et qu’on s’intéresse maintenant à Dear Reader.

Il y a dans la rupture de sentiment (amoureux, amical, familial…), un moment paroxysme et paradoxal : lorsque la douleur et la tristesse sont si intenses que leur vibration en devient splendide. La voix claire et les chœurs de Dear Reader le traduisent bien. Dear Reader ou l’hommage de jeunes sud-africains à leurs racines : l’Angleterre. He oui, car finalement penser qu’on va écouter des noirs faire de la musique seulement parce qu’ils sont d’Afrique du Sud, c’est aussi un préjugé. L’Afrique n’est pas exemptée du phénomène de métissage. Un opus tout en douceur, idéal pour regarder s’ouvrir les bourgeons printaniers de ce côté du globe…

Note : 7,5/10

FREDO VIOLA – The turn

In des disques... on mars 25, 2009 at 11:02

Chanteur américain / pop / Because

Inconnu à mes oreilles il y a quelques mois seulement, Fredo Viola est devenu rapidement un de mes disques de chevet du moment. Rien de transcendant, rien de vraiment original, mais un opus pop frais et très agréable à écouter. Un disques pour les nostalgiques de la britpop des 70’s ? Pas seulement…

De la pop assurément. Et interprétée comme il faut. Claquement de doigts et de mains assurant la rythmique, cœurs dynamiques, flûte et carillon joyeux, orchestration classique (piano-voix-synthé,) et parfois un peu kitsch… Son timbre de voix fait tour à tour penser à Sigur Ross ou Peter Von Poehl (Friendship Is…, Robinson Crusoe), aux Beatles et Beach Boys (Red States, Moon after berceuse), voire à Mika (Puss).  Le premier titre The turn, qui a aussi donné son nom à l’album, est assurément le plus agréable, s’inscrivant dans la tradition un peu tombée en désuétude des Flying Pickets, impulsant un rythme assez lent et reposant, agrémenté de diverses sonorités vacancières : un café où l’on discute, des goélands guettant le retour de chalutiers…

Mais l’intérêt du disque est d’être régulièrement entrecoupé de titres plus inhabituels comme K thru 6, qui joue de distorsions de sons un peu angoissantes, ou les plus graves Death of a Son et Umbrellas rappelant les requiems et les chants traditionnels du nord de l’Angleterre.

Fredo Viola, dont le nom rappelle ce vieil instrument à vent, produit un très bel opus qui réalise une belle synthèse de héritage musical sur lequel se fonde la pop actuelle : musique de chambre du XVIIIe siècle, chœurs liturgiques médiévaux, mélodies planantes et entrainantes, sonorités aquatiques…

Et ce n’est pas tout, car il faut mentionner le splendide objet qu’est ce disque, accompagné d’un Dvd de montages vidéos de l’artiste tous plus réussis les uns que les autres, rappelant une fois de plus un temps révolu où l’on avait recours à des kaléidoscopes et autres rubans de photos pour créer le mouvement. A noter une très belle interprétation de ‘Silent Night’ avec le baryton norvégien Nils Christian Fossdal. Le livret n’est pas en reste, très soigné, orné de différents dessins rappelant le travail des moines copistes du XIIIe siècle.

Vous l’aurez compris, Fredo Viola est un artiste complet, qui tel un chevalier, a attendu the (right) turn pour nous conquérir… Reste à vérifier que la prestation scénique sera à la hauteur de cet opus.

Note : 8,5/10

PETER BJORN AND JOHN – Living Thing

In des disques... on mars 22, 2009 at 9:53

Groupe suédois / pop – rock / Wichita-Coop-Pias

La machine à tubes est de retour ! Alors que tout le monde a encore en tête Young Folks, qui est régulièrement remixé (celui de Diplo est d’ailleurs très plaisant), le trio suédois ne s’arrêtent pas en si bon chemin et signent un quatrième album toujours aussi dansant.

Sonorités glaciales, rythmique de batterie ultra-basique, guitare aux lignes simples et évidemment ces voix qui enchantent nos oreilles à chaque fois… la même chose qu’à l’accoutumée est-on tenté de penser, sauf que curieusement, c’est très différent.

Les mélodies regorgent de petites trouvailles toutes plus délicieuses les unes que les autres : jeux de respiration saccadée, utilisation raisonnée du vocodeur, claps, boucles très courtes de piano, échos métalliques, agitation de plaques de plexiglas… Les textes sont tout sauf niaiseux, comme dans Lay It Down, où la mélodie pop-sucrée ne laisse pas penser que les textes sont si piquants : « Hey shut the fuck up boy, your’re starting to piss me off, take your hands off that girl, you’ve already had enough ». Ou très drôles dans Picasso lorsque la narration prend la point de vue d’un tableau de Picasso s’ennuyant sur le mur du Musée de Barcelone et ayant besoin d’affection…

The Feeling et Nothing to worry about sont déjà calibrés pour les dancefloors de la planète, prêts à être réappropriés par les djs du monde entier… à la maison ou dehors, vous n’avez pas fini d’entendre Peter Bjorn and John, qui s’imposent en douceur comme des références incontournables de l’eletro-pop.

Note : 8/10

(Cette chronique est la centième…)

AUFGANG – Sonar (Maxi)

In des disques... on mars 19, 2009 at 1:11

Electro / trio / Infiné

Je chronique rarement des maxis, donc lorsque je le fais, il faut vraiment que la chose m’ait tapé dans l’oreille… C’est le cas du projet Aufgang qui mérite comme il se doit une sortie chez Infiné.

Une batterie et deux pianos réunis pour réinterpréter de l’electro, la recette est simple mais il fallait y penser. D’abord on a Rami Khalifé, pianiste de jazz d’origine libanaise et bon interprète des œuvres de Rachmaninov. Ensuite on trouve Francesco Tristano, pianiste de classique aimant Mozart et Bach et de jazz, qui s’était déjà fait remarquer avec Not for Piano (2007) où il réinterprétait les grands classiques électro (Autechre, Jeff Mills…). Enfin, Aymeric Westrich, batteur de Cassius, vient rythmer les deux instruments à cordes…

Si leur titre phare, Sonar, est un peu trop répétitif et finalement assez consensuel, on perçoit toute la subtilité du travail de ce trio avec le splendide Barok. Les deux remixes de Spitzer (Lyon) et Krazy Balhead (Ed Banger touch) présents sur le maxi sont également de bonne facture. Cet ascenseur n’a pas l’air parti pour l’échafaud…

Note : 8/10

Leur album Aufgang est sorti : découvrez-en l’apologie ici !

MATT BAUER – The Island moved in the Storm

In des disques... on février 21, 2009 at 8:02

Folk / USA / Autoproduit

La pochette fait froid dans le dos, mettant en scène l’histoire de The Tent Girl, une jeune femme retrouvée noyée enveloppée dans un drap (dont je vous recommande chaudement le récit dans la version kitchissime et désopilante de ce site Internet). Matt Bauer porte cette jeune femme, tel un colosse évadé de prison (tête nue, barbe touffue), peut-être sa manière à lui d’exorciser de vieux souvenirs avec lesquels il a grandi dans le Kentucky. Ca décontenance un peu avant d’écouter le disque… Et pourtant, une fois l’album englouti par votre mange-disque, vous aurez du mal à vous en défaire.

Matt Bauer livre une folk mélancolique qui, dès les premiers accords, vous fend le cœur en autant de morceaux que le disque compte de titres : plus c’est triste, plus c’est beau, plus on a envie de l’écouter et plus on est paradoxalement détendu. Les voix féminines de Mariée Sioux ou Alela Diane viennent s’ajouter régulièrement à la voix rauque et puissante de Matt Bauer, qui apparaît rapidement comme quelqu’un dans les bras duquel on a une irrépressible envie de venir se lover. Que ce soit au banjo (Foxgloves) ou à la guitare (Floride Rain), les accords de Matt Bauer, orchestrés tout au plus par des rythmiques discrètes ou des claps, sont habiles et sans prétention. On en oublierait notre coup de cœur pour Bon Iver. Seize titres qui passent très vite, on a immédiatement envie de réécouter l’ensemble. Quant à recommander quelques morceaux, la tâche est ardue tant l’album forme un ensemble de qualité… Rose and Vine pourrait cependant être une belle synthèse du talent de Monsieur Bauer.

Un album a se procurer d’urgence, car s’il est mélancolique, cet album est néanmoins capable d’égayer vos journées les plus ternes.

Allez, ne lésinons pas, note : 9/10

YUKSEK – Away from the sea

In des disques... on février 12, 2009 at 11:24

Dj français / électro / 2009

Ahah on l’attendait au virage lui… et il s’en sort honorablement. Yuksek ou l’histoire du mec à qui on ne peut rien envier de prime abord (vivre à Reims et s’appeler Pierre-Alexandre Busson, ça n’a rien d’excitant)… de prime abord seulement. Après le succès de son maxi Tonight et de ses multiples remixes de ShitDisco, Zombie Nation, Chromeo, Naast, Detect, Teenage Bad Girl et Adam Kesher, Yuksek sort enfin son premier album.

La pochette d’abord, on n’en attendait pas moins du rémois : tel un livre d’enfants, vous découvrez que derrière les yeux oranges du visage se cache une photo d’un Yuksek affalé dans un pouf 70’s devant une photo ultra cliché de couché de soleil caribéen. Sur la droite est posé à l’envers un carton de présentation de Yuksek… il semble bouquiner en attendant que ce soit son tour de mixer tout simplement. Alors forcément ça donne envie d’ouvrir le troisième volet tout en noir et turquoise et de découvrir un livret comportant une petite histoire qui en une seule (très longue) phrase résume et relie tous les titres de l’album. L’album, tout comme sa présentation, est progressif, très scolaire mais pas chiant.

La musique est à l’image de la pochette, jouant de titres ultra-rabachés disco, funk et pop. Quelques bits classiques par dessus et des rythmes énervés accompagnés d’un soupçon de break, le tout produit une petite mixture explosive, terriblement efficace et incroyablement belle. Dès le premier titre (Break Ya) on est au milieu du dancefloor, avec la pêche et l’envie d’en découdre, comme savent le faire Brodinski ou Danger. Tonight confirme que le titre est un tube incontesté et avec A certain life, ça y est vous ne voulez plus sortir du club (mélange Jackson Five, Brodinski, le tout posé et avec un texte scandé). Notons le délicieux So Far Away From The Sea où Yuksek ressuscite Grandaddy, Architecture in Helsinki et autres groupes de psyché-pop de la même veine. A la moitié de l’album (I Could Never Be a Dancer), les paroles s’estompent peu à peu ou deviennent très géométriques et laissent place à des titres de minimal très construits. Les titres qui oscillaient entre 3’01 et 3’42 s’allongent graduellement (de 4’16 à 7’39). A plusieurs reprises, on ne peut s’empêcher de penser au duo de Justice (So Down surtout), mais la version Yuksek est plus chaloupée, comme possédant une touche Afro. L’album se termine sur un titre pop-rock basique (voix-guitare-batterie).

Alors oui, pour un premier album qui a su se faire désirer (trois ans d’EP et remixes), le premier opus de Yuksek est à la hauteur (comme son nom l’indique en turc). Yuksek ne sera peut-être jamais un danseur et vivra toujours loin de la mer dans les terres froides, mais il va sans aucun doute continuer de faire se remuer un bon nombre de petits corps dégingandés… y compris sur la plage sous les tropiques après une journée de surf.

Note : 8/10

Prestations de Yuksek en concert ?

Chronique de Yuksek à la Cigale (09/04/2009)

Chronique de Yuksek au Point FMR (12/10/2009)

TUCUMCARI – Sammy Decoster

In des disques... on janvier 21, 2009 at 11:38

Rock et ballade franco-américaine / 2009 / Barclay

Il y a 2 ans je découvrais l’EMB-Sannois (salle géniale, je ne me lasserai jamais de le dire) et sur scène un jeune homme, un peu hésitant, un peu maladroit, qui semblait néanmoins ne faire qu’un avec sa guitare… et terriblement émouvant ! Parce que voilà, la chanson française ce n’est pas mon très grand dada, mais il y en a quelques uns capables de me toucher. Et puis, d’un coup, plus rien, coupure de son, plus de Sammy… jusqu’aux Transmusicales 2008 et la sortie de son premier disque.

Pendant ¾ d’heure, le premier album de Sammy Decoster vous embarque dans un road-movie (à la fois en voiture, en bus et à cheval) un peu mélancolique à travers les états d’âmes de ce jeune chanteur. Rien de pleurnichant, rien de gnan-gnan, non, seuls les textes laissent transparaître une douleur lancinante. Les mélodies elles, restent entrainantes, alternant doux arpèges de guitare acoustique et chœurs (Venaco), de piano désaccordé (Mon dernier rêve), scie hurlante (Tu me hantes), ou banjo (Savannah Bay), avec des passages plus nerveux guitare-batterie (L’Exil). Le tout est extrêmement dynamique, dansant et émouvant. Que dire de la voix ? Sammy nous annoncerait qu’il s’est fait greffer les cordes vocales d’Elvis que cela ne nous étonnerait pas. Donc nous voilà transportés au Nouveau Mexique par un jeune français qui revisite le(s) rock(s) à l’américaine tout en chantant en français… à mi-chemin entre Memphis et Los Angeles.

Mais la cerise sur le gâteau, c’est bien la beauté des textes. Cela ne m’avait pas frappé auparavant, mais à présent qu’on prédit macabrement la fin imminente du génial M. Bashung, voilà enfin quelqu’un qui serait digne de lui succéder, qui aurait la classe et la carrure pour continuer de tracer une route que je ne souhaite pas voir s’arrêter en 2009 (au moins jusqu’à ce que je le vois en concert). Fantasques, emplis de spleen et faisant fondre le cœur, c’est ainsi que j’ai toujours considéré les textes de M. Bashung. Sammy Decoster peut relever le défi : il crève de trouille à Tucumcari, voit le reflet de l’homme qu’il n’est pas lorsqu’il se regarde dans les yeux (une histoire qui s’achève sur un grand champ de Colza, c’est un choix), met le « feu au couple » et part se suicider à Hawaï, discute avec Satan de ses rêves, quitte tout sans dire Adieu et reste hanté par tout ce qu’il a laissé en plan.

Sûrs de nous, on a attendu Sammy Decoster, on l’a attendu 2 ans et ça en valait la peine. Il revient avec un premier opus poignant, très bien fini (signer directement chez Barclay n’est pas donné à tout le monde) et il est prêt à prendre sa place dans le paysage de la chanson française : la meilleure. Bon vent joli cœur !

Note : 8 ,5/10

Retrouvez cette chronique sur Novorama

ARCH WOODMAN – Drapped Horse Blue Licorne Argentée Feather Blue

In des disques... on janvier 19, 2009 at 11:38

Folk-rock / Groupe français / 2009 / Autoproduit

Tombée sous le charme au Nouveau Casino, voilà enfin l’album d’Arch Woodman. Et force est de constater que ce qui m’a surprise et convaincue sur scène se retrouve tout autant dans l’album.

Alors en voyant le titre de ce premier disque, on pourrait que le jeune se la joue supra-arty-hype-machin-chouette à la parisienne… Mais non, l’opus est certes soigné, mais pas alambiqué pour autant. D’ailleurs les titres ont des appellations très simples, eux. Et puis il n’est pas parisien mais breton. Et comme dit le proverbe : Tout est bon dans le breton !

L’ambiance légèrement mélancolique, créée à l’aide d’une guitare, d’interventions ponctuelles d’instruments à vent, de carillons et d’une voix feutrée qui accompagne le tout pour mieux mettre en valeur les mélodies entrainantes, parfois même étourdissantes. Le soutien d’une voix féminine sur We were HuntersPenfriends ou Horse Trapper est bienvenu. Slowly singing, pièce maîtresse du disque avec ses 12 minutes, est une belle synthèse des évolutions à la fois calme et plus nerveuses dont est capable le jeune groupe.

 Le disque totalise 38 minutes, et chaque seconde a ici a toute sa place pour une raison simple : Arch Woodman est perfectionniste. Car il s’agit bien de qualité ici, les voix et les rythmiques s’effacent au profit d’arrangements soignés, on reconnaît un amoureux du son avant tout. Il y a quelques années, on avait fait les mêmes remarques à propos d’un certain Syd Matters… vous saisissez ? Souhaitons à Arch Woodman autant de succès que ses aînés (Pokett, Do Make Say Think sont aussi des références perceptibles tout au long de l’opus). L’année 2009 commence en douceur et en beauté. 

Note : 8/10

PAMELA HUTE – Turtle tales from Overseas (sampler)

In des disques... on décembre 28, 2008 at 9:01

Rock électrique/ trio français / 2009 / Autoproduit

Si l’on se tient à la définition stricte du rock, Pamela Hute ne peut pas concourir dans cette catégorie. Une guitare, une batterie et un synthé : il manque une basse et pourtant il s’agit véritablement de musique rock et la basse ne manque nullement.

C’est frais, c’est énergique, c’est un soupçon sombre et c’est terriblement dansant. Batterie efficace et épurée comme dans les années 80, lignes de guitares raffinées remplissant l’absence de basse et une voix féminine au timbre un peu grave et aguicheur. Oubliez toute fioriture inutile, Pamela Hute évolue dans un univers qui s’est débarrassé de tout ce dont on nous rabat les oreilles actuellement : le faussement original. Tel un funambule, le trio a su mesurer chaque proportion d’insolite, d’émoi et de délicatesse pour ne pas tomber dans le maniérisme. C’est difficile à expliquer mais je dirais qu’ils touchent au spleen, une émotion puissamment mélancolique qui est pourtant animée d’une fulgurante pulsion de vie… Pink Safari est probablement le titre le plus significatif de la manière dont Pamela Hute est capable de vous tenir aux tripes : la voix rappelle du Portishead en moins plaintif et nombriliste… Epuré je vous l’ai dit.

Quel est l’intérêt d’avoir un album dont la moitié est à jeter ? Le sampler de Turtle tales from Overseas ne comporte que cinq titres (sur les 13) mais ils ont le mérite d’être tous efficaces et concentrés en énergie. Gageons que le reste sera à la hauteur de cette mise en bouche… verdict final en 2009.

Note : 7,5/10

MINUSCULE HEY – We feel minuscule (EP)

In des disques... on décembre 28, 2008 at 3:39

Electro-pop barrée/ Duo français / 2008 / Alienor Records

Après la claque inattendue au concert de GaBlé aux Transmusicales, on pouvait penser que ce serait lassant sur disque. Mais en découvrant le EP de Minuscule Hey, on peux se rassurer concernant ce genre de musique : c’est aussi bon sur disque qu’en live.

Je ne chronique jamais de EP, donc si je fais une entorse à mes habitudes c’est que ça en vaut la peine. Quatre titres qui laissent entrevoir un répertoire assez étendu et plutôt bien maîtrisé : I feel minuscule et Watch out ! The Sillycats ! rappellent l’univers Acoustic Ladyland, Shoelaces dancing like a yo-yo à l’univers poétique du Spinto Band ou de Noah and the Whale avec un soupçon d’efficacité électro à la Hot Chip et Kiss Richard est probablement le titre pop qui a émoustillé mes oreilles dès la première écoute.

Un duo masculin féminin comme on en refait de plus en plus : rock, complices, déjantés et qui chantent correctement anglais (cf. John et Jehn ou The Do dont ils assurent d’ailleurs les premières parties). En plus de cela, les deux loustics ont des textes agréables et touchants (I’m gonna kiss you Richard).

Pas de très grande originalité, ce n’est pas la découverte de l’année, mais s’amuse beaucoup en leur compagnie et le tout est très bien ficelé (ce qui dans une société star-académiste vient à manquer).

Note : 8/10

NOAH AND THE WHALE – Peaceful the world lays me down

In des disques... on décembre 4, 2008 at 7:41

Pop-folk-rock / Grande Bretagne /Young and lost club Records /2008

Le principe d’une surprise, c’est qu’elle déboule toujours au moment où vous vous y attendez le moins. Lorsqu’un ami me glisse l’album dans les mains, je dis merci (c’est toujours très agréable de recevoir un cadeau) mais je ne m’attendais pas à être subjuguée par un simple album pop-rock. C’est ce qu’on peut appeler une pépite. Et celle-là est de taille.

Le principe d’être subjugué par une œuvre, qu’elle soit musicale, littéraire, cinématographique ou picturale,  c’est que lorsqu’elle vous est présentée, ce sont immédiatement des critères subjectifs qui vous viennent à l’esprit. Et ce sont ces chroniques qui, tout en étant celles qui vous tiennent le plus à cœur, sont les plus difficiles à rédiger. Et pourtant il s’agit uniquement de chansons d’amour…pas un défi facile car il n’y a rien de plus gonflant que des groupes qui ne parlent que de L’Amour (comme d’autre parlent de La Nature).

Le nom du groupe tout d’abord est génial. Ces dernières années, on a eu les « groupes en The » (The Strokes, The Spinto Band, The Do…) , les noms amusants avec une volonté transfrontalière pour être compris de tous (Caribou, Metronomy, Mgmt,…), les noms de provenances truquées (Of Montreal, I’m From Barcelona, Architecture in Helsinki…). On avait aussi eu les copains qui s’affichent (Fujiya & Miyagi, Anthony & the Johnsons, Uzi & Ari…), mais Noah and the Whale inaugure une nouvelle tendance : les inspirations cinématographiques rendant hommage à un réalisateur et son film préféré, il s’agit ici de Noah Baumbach avec The Squid and the Whale (en VF Les Bergman se séparent, racontant la séparation hilarante de parents du point de vue d’un petit garçon). Donc les membres de Noah and the Whale ont d’abord d’excellents goûts en matière de ciné. Ils se retrouvent en prime un nom loufoque qui interpelle.

Côté musique, on peut y retrouver un côté Beirut dans la voix et un côté Arcade Fire (bonne période) ou Tilly and the Wall dans l’orchestration, mais à mon humble connaissance personne n’égale le piment des textes d’amour de ces quatre anglais. Car si leur univers est un peu mélancolique, leurs piques sont jubilatoires : par exemple Mary où Charly raconte comment il a avoué son amour à Mary qui lui répond oui juste pour lui faire plaisir, il lui demande alors de ne pas lui mentir car il en souffre et elle lui répond juste de la fermer… Cul-cul et barbantes les chansons d’amour ? Pas du tout, c’est plutôt le combat du siècle le plus éprouvant : Si l’amour n’est qu’un jeu pourquoi ce n’est pas drôle ?/ Si l’amour n’est qu’un jeu pourquoi je perds à chaque fois ? (2 atoms in A Molecule), Si tu ne crois pas en Dieu / comment peux-tu croire en l’Amour ? (Peaceful, the world lays lays me down), Il existe un plaisir que nous devons tous éprouver/ c’est un plaisir que je connais bien /que celui de perdre ton cœur / et laisser l’amour grandir (Do what you do).

Ce qui fascine et dérange le plus finalement, c’est qu’il s’agit d’un premier disque. Les musiciens n’ont pas 20 ans de carrière mais sont de tout jeunes adultes. Quarante minutes pour un premier album c’est bien, quarante minutes de qualité c’est mieux. D’un coup, on se sente vieux à côté d’eux…

Je concède sans honte aucune qu’Of Montreal est un groupe qui parle d’amour pour les filles, mais concernant Noah and the Whale, ce groupe saura convaincre tout le monde. L’amoncellement de trouvailles musicales (la boite d’allumettes agitée sur Give a little love comme seule rythmique ou les claps discrets faisant écho à des bruitages de dessins animés dans Five Years Time) fera fondre les cœurs les plus secs, le violon plaintif attendrira même les plus désabusés, les chœurs parachèveront de vous rendre compte que vos vies sont chouettes malgré les épines récurrentes des déceptions amoureuses… Parce qu’il s’agit bien d’un hymne à la vie telle qu’elle est : « Quoique vous fassiez et où que vous alliez / il y aura quelqu’un sur terre qui vous aimera à jamais » (Second Lover). Si seulement on pouvait offrir aux comédies romantiques des bandes-sons aussi drôles et palpitantes…

Mention spéciale à la pochette (avec le retour du livret !).

Note : 9/10 bien méritée.

DAVID BYRNE AND BRIAN ENO – Everything that happens will happen Today

In des disques... on décembre 2, 2008 at 10:16

Folk / Grande Bretagne / 2008 / Todomundo

D’un côté David Byrne, cofondateur et auteur des textes des Talking Heads, qui touche un peu à tout (auteur, réalisateur, acteur, compositeur, scénariste…). De l’autre, un Brian Eno qui sort d’une (désastreuse) collaboration avec Coldplay. Byrne et Eno se connaissent bien puisqu’ils avaient sorti un album ensemble en 1981 (My life in the Bush of Gost) qui puisait essentiellement dans des influences orientales. Les présentations sont faites, c’est parti pour trois quart d’heure de ballades entre folk US, musique contemporaine, electro planante par le biais (d’un léger abus) de reverb dans les voix.

Les textes et l’orchestration rappellent une comédie musicale dans la tradition de l’art (je ne parle pas de la ribambelle de tentatives de copies ratées à la française que l’on nous inflige depuis quelques années). Les chœurs sont maîtrisés et entrainants, rappelant les vieux films chantés (Le Magicien d’Oz, Mary Poppins) tout en puisant dans l’afro-beat (c’est à la mode après tout pourquoi s’en priver hein).

L’ensemble est homogène mais un peu trop lisse, un peu monotone. Les voix sont souvent traînantes et c’est lassant à la longue. Cependant, trois titres se distinguent des autres. I Feel my Stuff comporte une splendide introduction au piano, d’une ambiance légèrement angoissante au départ, elle évolue doucement sur un rythme pop, la voix rappelle fortement le travail de Kevin Barnes dans le dernier opus d’Of Montreal. Life is Long constitue quand à elle une interprétation de la comédie classique dans la droite lignée des spectacles des 70’s (Hair, Cats,…) : Life is long if you give it a way / So stay don’t go ‘cause I’m feeling away. Wanted for Life est d’ailleurs son alter-égo plus rock n’roll (rappelant l’envie de vivre d’un Iguane). Enfin Poor Boy est probablement le titre le plus expérimental de cet opus : voix samplées et reverb à outrance, percussions et cuivres tout droit sortis d’un synthé déglingué et guitares électriques d’inspiration 80’s.

Un ensemble bien monté, beaucoup d’influences un peu trop présentes, des mélodies sans grande originalité… vous l’aurez compris Everything that happens will happen Today n’est certainement pas l’album de l’année mais constitue un bel exercice de style (même si bon, on aurait attendu cela il y a dix plutôt…). Idéal à écouter en journée au boulot, en remplissant des tableaux Excel…

Note : 6/10

Retrouvez aussi cette chronique sur Novorama

AMADOU ET MARIAM – Welcome to Mali

In des disques... on novembre 13, 2008 at 4:10

World – Pop – Electro / Mali / 2008 / Because

Aïe… en voyant le titre du nouvel album d’Amadou et Mariam, on glisse plein d’appréhension le cd dans la platine. Encore un gloubi-boulga de sirènes de police, d’accords atrophiés pseudo-ethniques et de voix ânonnant toujours le même ramassis de conneries faisant passer les africains pour des gens simplets mais toujours heureux de vivre ?

Eh bien il n’y a que les mauvais groupes qui n’évoluent pas et seuls les imbéciles ne peuvent pas réviser leur jugement sur un groupe de musique… 

Car OUI, le nouvel Amadou et Mariam est une tuerie et NON, jamais je n’aurais pensé écrire cela un jour.

Amadou et Mariam sont certes aveugles mais certainement pas sourds. Ils ont probablement été les premiers peinés du fait que leur travail soit réinterprété par un néo-hippie dont le fond de commerce est le même depuis la fin de la Mano Negra, un mec qui est à la musique ce que Bill Gates est à l’informatique, une plaie : le premier réussi à faire croire aux peuples occidentaux que les bidonvilles c’est génial niveau ambiance avec trois mots d’Espagnols, des sirènes d’ambulance et des mecs qui tapent sur des bidons ; le second a réussi à inculquer qu’un ordinateur normalement constitué plante tout le temps et est bourré de problèmes contre lesquels il faut dépenser des fortunes pour y pallier (cet enfoiré a notamment largement accru l’endettement des africains en leur donnant des PC mais en faisant payer les logiciels).

Étonnamment, lorsque Manu leur dit enfin Ciao, Amadou et Mariam ont une porte ouverte chez Because et demandent conseils à Damon Albarn. Et étrangement, leur musique (travaillée sur Mac) reprend des couleurs, de la consistance. Le communiqué de presse est plutôt objectif pour une fois : « Manu Chao n’est plus là et la magie vibrante de la musique d’Amadou et Mariam opère comme jamais ».

En étudiant les paroles des 15 titres (+1 cachée), on se rend compte que l’ensemble est très dansant tout en dénonçant de nombreux maux de l’Afrique et faisant tomber quelques préjugés (non les africaines ne sont pas toujours des bonnes mères, comme partout dans le monde il y a de mauvaises mères, des batomas). Les rythmes sont beaucoup plus respectueux des mélodies traditionnelles maliennes, tout en intégrant des évolutions modernes maîtrisées (guitares électriques, samples, électro…).

Ne manquez sous aucun prétexte d’écouter Sabali, le premier titre, mélange habile de Blur, The Good, the Bad and the Queen, musique griot et splendide voix de Mariam qui rappelle presque l’Inde… une déclaration d’amour qui va faire exploser les dancefloors électro-pop.

La piste cachée Boula fait honneur à la tradition des griots, retraçant l’histoire des guerriers Fakoly. On ouvre grand ses oreilles, on ferme les yeux, et là je vous jure que vous êtes sur le plateau Dogon, vous guettez au loin le retour des chevaliers et vous voulez comme eux essayer de libérer les peuples de leurs maux (exploitation, humiliation, famine, etc).

Yes we can comme dirait l’autre…

Note : 8/10

LES VEDETTES – Disque n°1

In des disques... on novembre 13, 2008 at 2:53

Pop – Chorale / Belgique / 2008 / Cinq 7

Ecrire pour un groupe de choristes belges, exclusivement des femmes, un univers foutraque et détraqué, un défi qui semblait convenir à Philippe Katerine… Oui mais voilà, il faudrait aussi un peu de talent pour que la sauce prenne vraiment.

D’abord, ne jamais écouter l’album dans l’ordre présenté car le premier titre est crispant, épellation de leur nom sur fond d’accords aux accents hard-rock. Ensuite ne pas prêter attention aux paroles parce qu’elles sont d’un niveau aussi élevé que celles des braillards qu’on trouve à la télé (J’ai marché dans la rue sans savoir pourquoi / Et là c’était la lune même moi j’y croyais pas). Les sujets sont d’une pauvreté affligeante : drogues dégeulasses, sexe au rabais et… c’est tout ! Enfin, venant de Katerine, on s’attendait à beaucoup mieux au niveau des improvisations musicales, là on enchaîne les thèmes ultra-éculés de funk de fanfare…

Entièrement pompé sur Billy the Kid, le problème des donzelles est que contrairement à leurs aînés, elles ont passé l’âge de chanter des conneries et de boire du Seven Up (Futur Hot Dog). Sortant un peu du lot, Vive papa ! peut au moins être diffusée pendant une fête pour lancer le début de soirée, les chœurs britpop sont sympathiques et les textes un peu drôles.

 

Espérons qu’en live, les midinettes savent séduire un peu plus que sur ce Disque n°1. Habituellement, j’aurais souligné que 38 minutes c’est un peu court pour un premier opus, là on a juste envie que ça s’arrête. Gageons pour finir que Katerine saura reconnaître qu’à force de produire n’importe quelle niaiserie qui traîne – il risque d’y perdre sa cohérence – et qu’il n’y aura jamais de Disque n°2.

Note : 4/10

THE SPINTO BAND – Moonwink

In des disques... on novembre 13, 2008 at 1:57

Pop – Rock / USA / 2008 / Fierce Panda

Deux ans après la petite perle pop-rock Oh Mandy (cf. chronique septembre 2006), issue du premier album du Spinto Band majeur (oui ces jeunes ont produit 7 autres albums en tant que mineurs), les new-yorkais nous reviennent dans un opus dont on attendait beaucoup mieux.

Tout d’abord, on pardonne plus facilement les maladresses venant de gamins inexpérimentés que celles venant de jeunes qui viennent de s’exercer à deux ans de tournée, même s’il restent encore très jeunes (le plus jeune à 21 ans, il n’est pas certain qu’ils soient tous en âge de voter Obama). Donc, il y a deux ans, on leur reprochait d’un peu trop s’inspirer de leurs aînés du rock et de la britpop, et là, force est de constater que le Spinto Band n’a pas encore exactement trouvé un style qui lui est propre.

D’autre part, nous avions déjà souligné dans le premier album la mauvaise articulation des titres qui provoquait une rupture musicale rendant obligatoire la lecture en mode aléatoire pour pouvoir apprécier l’album entier. A nouveau, le second opus est difficile à apprécier dans son organisation normale, par l’introduction de titres crispants en 2e (Vivian Don’t) et 4e position (The Carnival) : les synthés saturés et les voix qui mâchouillent du chewing-gum dans la gamme soprano sont rédhibitoires.

Enfin, lorsqu’on compare les deux albums, on se demande si les jeunes de Brooklyn ne se paient pas notre tête. Onze titres chacun, les mêmes introductions sur un tiers des titres : comparez par exemple les titres Pumpin’s and Paisley (album 2 – titre n°8) et Late (album 1 – titre n°8) ou Black Flag (album 2 – titre n°11) et Mountains (album 1 – titre n°10), sont quasi-identiques, sauf que la version du premier album est meilleure que celle du nouvel opus. Mais l’exemple de copiage le plus raté est surement Summer Grof (titre n°3) qui essaye de retrouver le charme de Oh Mandy. Mais même en utilisant la mandoline, les chœurs et les voix très claires et la mélodie légère, la batterie a ici une cadence plus rapide qui colle pas…  Aucun titre ne se démarque vraiment par sa créativité, seule Alphabetical Order est un peu plus amusante, mais très courte (2’39), comme inachevée.

Dernière petite pique avant de se désintéresser de ce groupe, le premier album était déjà très court, le second l’est encore plus ! Dommage pour le petit espoir de 2006… il n’a pas bien vieilli, souhaitons une meilleure évolution aux espoirs 2008 de Brooklyn Mgmt et Vampire Weekend.

Mention spéciale à la pochette, vraiment réussie.

Note : 6/10

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POP LEVI – Never Never Love

In des disques... on octobre 31, 2008 at 12:17

Electro-pop anglais / 2008 / Counter Records (Ninja Tunes)

Est-il possible de passer de l’afro-krautrock calme (Super Numeri) à la pop délurée sans y perdre son identité ? Le défi est rempli par Pop Levi qui sort son second album solo depuis le tournant dans sa carrière musicale.

Ce second opus puise largement dans les classiques du rock des années 70 à 90 : Rolling Stones (Wanamama), rythmique Nirvana (Semi-babe), orchestration de Beach Boys (Never never love)… et régulièrement l’imposition d’un autre Pop, l’iguane Iggy.

Quoi d’original à tout cela alors ? Ce sont les petits ajouts subtilement dissimulés tout au long des morceaux qui font le charme de l’album : rap, voix saturées 80’s, solos de guitares délirants, boîte à rythme déglinguée, samples de voix de Super Nintendo…

Les 13 titres oscillent entre 3’02 et 4’43 : des titres courts qui semblent calibrés pour le dancefloor… on dirait plutôt qu’ils sont concis pour ne pas s’essouffler, ne pas lasser l’auditeur, car même pour les oreilles averties il reste difficile de tenir la longueur. On est loin des titres de 24 minutes des Super Numeri !

Un album bien construit, frais et barré à l’image de son auteur, mais qui se renouvelle peu par rapport au premier opus, un peu indigeste et trop pompé sur ses aînés (pas assez réapproprié). Ce second opus sort trop tôt, à peine un an après The Return to Form Black Magic Party. Cela méritait d’être un peu plus travaillé…

Note : 6,5/10

LATE OF THE PIER – Fantasy Black Channel

In des disques... on septembre 28, 2008 at 10:22

Electro-rock anglais / 2008 / Because

Le mois de septembre rime avec « rentrée ». Quelle soit scolaire, littéraire ou musicale, c’est le moment où l’on fait le tri dans l’avalanche de nouveautés qui s’offrent à nous. Late Of the Pier fait partie de ces petites pépites qui nous consolent d’être rentré, de s’enfermer dans un bureau toute la journée et d’affronter le mauvais temps (quoique, on n’a pas eu d’été en France, donc ça…). Un premier album qui nous vient de l’autre côté de la Manche et qui est loin d’être maladroit : simple, varié, efficace, maîtrisé, ces jeunes là n’ont pas les deux pieds sur la même pédale !

Les quatre anglais clament qu’il n’y a rien de meilleur que les Beattles, mais pourtant leur musique respire surtout leurs contemporains rock et électro. Aphex Twin, Wire, the Strokes, the Libertines ou Metronomy, ces derniers étant d’ailleurs également signés chez Because Music et leur ayant prédit à raison un avenir radieux. On notera l’allusion aux Franz Ferdinand dans Whitesnake, clin d’œil à leur parrain Erol Alkan (rendu célèbre par son célèbre remix). Et ce n’est pas tout car Late of the Pier remet à l’honneur le krautrock et le post-punk.

Mais une autre influence transparait nettement, celle des Klaxons. Car les membres de Late of the Pier sont plus jeunes, moins fluos et nettement plus doués que leurs aînés de quelques années seulement. Comme  s’ils avaient voulu leur montrer qu’avec le potentiel de sonorités que les Klaxons avaient effleurés, il y avait matière à faire beaucoup mieux.

Alors non, la relève du rock se situe bien outre-manche et non en France, et si vous n’êtes pas de mon avis, mettez-vous au bout de la jetée et ouvrez grand vos oreilles…

Un jeune groupe talentueux, prometteur, à suivre de très près donc… seul progrès majeur à faire : la pochette, si seulement tous les groupes pouvaient se targuer de n’avoir que ça à revoir ! Note : 9/10

OF MONTREAL – Skeletal Lamping

In des disques... on septembre 28, 2008 at 8:20

Electro-pop borderline / USA / 2008 / Polyvinyl

Chassez le borderline, il revient au galop !

La folle équipe du groupe Of Montreal, qui comme son nom l’indique nous vient des Etats-Unis, nous propose un onzième album ! Une heure de musique en quinze titres.

Onzième album d’un genre très restreint consistant en une explosion de sons dans tous les sens, de voix suraigües, de synthé déglingué… ils vont se répéter allez-vous penser. Que neni, Kevin Barnes se surpasse une fois encore, il garde toujours le même thème – la déception amoureuse et la dépression qui suit – mais explore d’autres genres musicaux en petites touches si courtes qu’elles ne dénaturent pas l’originalité mélodique du groupe.

Les titres oscillent entre 1’’26 et 7’’12 créant une dynamique surprenante, il est courant de penser qu’un titre vient de se terminer alors qu’on en est seulement au milieu. L’exemple le plus significatif du tournant pris par le groupe est probablement atteint dès la huitième minute (Wicked Wisdom) : une longue série d’insulte dont les genres musicaux passent des cœurs sixties mielleux aux variations des australiens d’Architecture in Helsinki, en passant par du rap ou une pop acidulée… Kevin connaît ses classiques (Beattles, Flying Pickets, Beach Boys…), observe ses contemporains (Just Jack, We are from Barcelona, voire une pointe de Block Party et Franz Ferdiand), sait les parodier aussi, terminant An Eluardian Instance par un « Don’t you pimp up my heart » qui semble tout droit sorti des tubes des gangstas-rapeurs US.

Dans un monde où l’économie libérale s’entraîne à la chute libre, dans une société où l’on vous demande de rentrer dans le rang, où l’on prône la « normalité » voire la « normalitude », Kevin envoie une fois de plus un violent coup de pied dans cette fourmilière qui implose :

« …Don’t be affraid little [world] of violence, I’m only poisoning you, cause i can’t shoot you / Don’t be affraid little man of my trouble mind, I’m just poisoning you a little every day… » (Death Is Not A Parallel Move).

Note : 9/10

METRONOMY – Nights out

In des disques... on septembre 11, 2008 at 11:11

Electro / Grande Bretagne / Because / 2008

Si vous avez eu un clavier BONTEMPI dans votre enfance, alors vous devez écouter le nouvel album de Metronomy. On attendait ce second album depuis deux ans et les nombreux apéritifs (Heartbreaker, Radio Ladio, My heart rate rapid) nous faisaient méchamment saliver. En mars je reçois donc la petite bombe (dévoilée au grand public en septembre seulement) et je constate avec joie que je ne m’étais pas trompée : ces mecs ont du talent, du vrai, pas de la poudre de perlinpinpin qu’on nous sert ces dernières années (Klaxons par exemple).

Presque une heure de musique, oscillant entre 2’37 et 4’45, on se dit d’emblée que cet album a été directement calibré pour la scène et la radio, pour le fric quoi… Détrompez-vous immédiatement, il s‘agit d’un petit ovni dans le monde de l’electro !

Ils sont trois, ils ne sont pas spécialement beaux, ils ne font pas envie, ils ne cherchent pas à mettre les nénettes dans leur lit, ils se contentent simplement de jouer de la musique et de le faire bien. Chacun son clavier, chacun sa guitare, chacun ses instruments bizarres (piano à bouche, triangle…). Des chants où une voix légèrement caverneuse fricotte avec une voix fluette et aigue… La progression est très sympa, les petites histoires sont marrantes (Heartbreaker est la chanson pour l’ami qui vient vous casser les pieds car il s’est encore fait larguer ; A thing for me parle des fantasmes qu’on peut se faire avant de revoir une fille rencontrée en boîte ; On dancefloors se moque des ambiances de fin de nuit sur la minimal où plus personne ne s’amuse vraiment mais reste parce que c’est in).

Que ce soit les claps de mains old school (Radio Ladio), les sons de Bontempi déglingués (My heart rapid), les portes qui couinent (Heartbreaker) ou les guitares désaccordées (Back on the motorway) ou les chœurs qui rappellent Dépêche Mode, on n’a qu’une envie, se déhancher toute la nuit avec eux !

Gros bémols : la pochette définitive qui est infâme (un peu d’efforts que diable, surtout que les clips et pochettes des singles étaient mortels) et la batterie remplacée par une boîte à rythmes ! Pour les avoir vu sur scène plusieurs fois, je sais qu’ils ne vous décevront pas. Un volontaire talentueux pour aller les rejoindre à la batterie ?

Note : 8,5/10

DIVING WITH ANDY – Diving with Andy

In des disques... on novembre 25, 2006 at 11:11

 Pop folk/ France / 2006 / Dièse

Diving with Andy c’est au départ un malentendu téléphonique. Le nom de ce jeune trio devait être « Dining with A », en référence à une nouvelle américaine, mais cela a été compris de travers et c’est resté : inutile de se parer de pseudo-références lorsqu’on a du talent, cela parle de soi-même. Cela explique aussi en partie leur signature chez le label Dièse, fraîchement fondé sous la direction d’artistes comme Benjamin Biolay ou Kerenn Ann.

DWA, c’est tout d’abord Julien Perraudeau et Rémy Galichet, qui cumulent à eux-seuls les rôles de guitariste, bassiste, batteur et ingénieur du son pour le premier ; pianiste, compositeur et arrangeur pour le second. DWA c’est aussi Juliette Paquereau, une chanteuse à la voix veloutée, sorte de synthèse de Stina NordenstamSuzanne Véga et Cat Power, à qui elle ressemble également physiquement. Juliette fait de la chanson française… en anglais, sans prétention, avec un accent impeccable. Sa voix est douce, avec cette boule amère permanente dans la gorge qui manque de la faire basculer dans le mélo : « A funny tricky strange taste ».

Les dix titres mettent en scène Andrew, personnage marqué par le taedium vitae. Les mélodies évoquent des ambiances surannées, mélancoliques tout en restant entraînantes. Les boucles de batteries sont épurées au maximum pour laisser s’exprimer basse électrique et doux arpèges folk (October in May) ; un violon orchestral emboîtant régulièrement le pas du piano (Andrew). Sans arrangements la musique n’est rien ou presque, c’est précisément dans ce domaine que les deux figures masculines excellent, parant la voix et les textes de Juliette des mille atours nécessaires pour produire un ensemble souriant, dansant et sophistiqué.

Intégrer la compilation CQFD 2006 des Inrocks n’était qu’une cerise sur le gâteau de Diving with Andy, retenez bien ces noms qui, sinon le devant, hanteront le derrière de la scène des vingt prochaines années.

Note : 7/10

GUILLEMOTS – Trough the windowpane

In des disques... on octobre 15, 2006 at 11:11

Pop / Grande Bretagne / 2006 / Polydor

Quelques mois seulement après la sortie de leur EP From the Cliff, revoilà nos drôles d’oiseaux multinationaux Guillemots. Avec ce nouvel album, brillant, le groupe réaffirme en à peine une heure qu’il ne faut jamais prendre la musique au pied de la lettre. Ainsi Through The Window Pane pourrait être une version européenne d’une bande originale d’un film de Bollywood. 

Bollywood en premier lieu par la durée des titres. Avec une moyenne de cinq minutes par morceau, nous sommes bien loin du format exigé par les ondes, mais ce groupe peut se le permettre. En effet, contrairement aux Pipettes ou à Lily Allen où le format très court évite que l’on se lasse de la superficialité de leur musique, toutes les subtilités des Guillemots se dévoilent petit à petit, dans la longueur. On retrouve deux titres de l’EP dont l’énergique Trains to BrazilThrough The Window Pane et Annie, Let’s Not Wait possèdent d’ailleurs les ingrédients qui font de ce morceau un tube : l’aspect pop, les passages jazzy plus agressifs et les mouvements plus lents. Samba in the Snowy Rain ou If the World Ends sont pour leur part des ballades douces et planantes. La contrebasse et les cuivres s’expriment plus et dans des variations plus orchestrales. Mais le coup de maître réside dans la clôture de l’album :Sao Paulo, un titre fleuve de douze minutes. A travers lui transparaît tout l’univers des vieux films monochromes des années 50 avec un saxophone mélancolique semblant prendre un ascenseur pour l’échafaud sur fond de doux rouleaux mourants sur la plage, et un clavier où le piano se mue en vieille cloche. Des dérapages musicaux se produisent au milieu du titre : tous les instruments se mettent à monter et descendre leurs gammes, sur tous les octaves, dans tous les sens. On a cette fois l’impression d’être au creux de la houle en pleine tempête (“There’s no skin left on your bones”).

Bollywood toujours par la thématique amoureuse, récurrente en pop, filée dans sa version la plus ringarde et kitsch. Deux jeunes gens s’aiment, font un voyage au Brésil, y dansent une samba (de MC Lord Magrao) sous la pluie neigeuse (canadienne d’Aristobal ?). Malheureusement à leur retour, les doutes sur la véracité de leur amour surgissent et ils se posent beaucoup (trop) de questions derrière les carreaux de leurs fenêtres respectives. Pour finir le jeune homme repart à Sao Paulo où il attendra sa belle Annie, et nous savons tous que si la fin n’est pas contée ici, elle sera heureuse ! Le concert de cloches et cuivres d’une minute terminant l’album en témoigne.

Les textes sont délibérément pauvres et drôles : “If I leave you, all the stars wouldn’t fall from the sky and the moon wouldn’t start to cry”. Cependant certains passages dégoulinants sont un peu fatiguants (We’re HereAnd If All). La voix d’Aristabal quant à elle accompagne Fyfe à plusieurs reprises (Redwings), accentuant le côté comédie musicale. On trouve aussi régulièrement des chœurs (Made Up Lovesong #43Through the Window Pane) et des sursauts disco (We’re HereAnnie, Let’s Not Wait) qui finissent de parfaire la dimension kitsch de cet opus. Soulignons également l’étonnant Blue Would Still Be Blue, performance vocale de Fyfe accompagnée de seulement quatre notes de synthétiseur et de chants d’oiseaux. Et si sa voix déraille moins que dans l’EP, c’est son piano qui est désaccordé (Little Bear).

Nos palmipèdes préférés confirment largement leurs talents musicaux, vocaux et humoristiques, rendant à la pop toutes ses lettres de noblesse. A écouter avec un bon thé à la main, un chat sur les genoux, en regardant la ville à travers les carreaux, pour mettre un peu de fantaisie dans cet automne grincheux…

Note : 7/10

THE SPINTO BAND – Nice and Nicely done

In des disques... on septembre 15, 2006 at 11:11

Pop folk / USA / 2006 / Radiate

Formé il y a dix ans, le Spinto Band tient son nom de Roy Spinto, grand-père du guitariste Nick Krill. Ce groupe d’outre-atlantique a déjà sept albums autoproduits à son actif, bien que ses six membres n’ont tous qu’entre 19 et 24 ans. Reste alors à vérifier si ce court opus de 35 minutes est à la hauteur de son titre provocateur.

Les onze titres de l’album oscillent entre un rock énergique et des mélodies pop plus douces et rétro. Ainsi, le groupe emprunte la voie déjà tracée par Franz Ferdinand (Crack the Wip), BlurBlock Party (So KindStacey), ou encore les Strokes avec qui semble avoir été co-écrit Moutains. À l’inverse, Direct to Helmet et le titre caché Japan is an Island, écrit en cours de géographie par Nick Krill et Thomas Hughes, rentrent dans la directe filiation de la britpop des Beatles, en particulier par les chœurs qui soupirent. Ils constituent une sorte de parodie de la chanson mélo typique de l’ado boutonneux mal à l’aise avec le sexe opposé.

Au-delà de cette ligne de partage entre pop et rock, c’est dans les trois premiers titres de l’album, en particulier dans Oh Mandy, tube incontestable, que se trouve le véritable cachet du Spinto Band. Que ce soit par ses chœurs, la rythmique de batterie de Jeff Hobson, les cinq notes du synthétiseur de Sam Hugues ou son refrain accrocheur, Oh Mandy parvient par la plus efficace et jolie des manières à nous communiquer l’enthousiasme de ces jeunes garçons en phase terminale d’adolescence. Tout le charme de ce jeune groupe réside dans l’aptitude de ses membres à tourner en dérision leur propre attitude de gosses mal dans leurs baskets et préférant se réfugier dans la musique plutôt que d’aborder des filles.

Il est dommage que la dynamique de ceux qui nous permettaient d’envisager avec joie une journée de pluies diluviennes en plein mois d’août ou une succession de râteaux auprès d’éventuelles conquêtes, soit brisée par deux morceaux successifs. Crispants, galvaudés et pauvres jusque dans les titres, Trust vs Mistrust et Spy vs Spy sont composés de trois accords de guitare et deux de batterie, ce qui aurait pu être une réussite, comme en sont capables les White Stripes, mais ne fonctionne pas ici.

Malgré ces ratés, le titre de l’album se justifie. Compte tenu de leur jeune âge, ces six américains sont talentueux et ne manquent pas d’assurance. Incontestablement nicealmost nicely done, le Spinto Band est un groupe dont on attend la suite (Give me a chance / I promiss I’ll come back honey). Note : 7/10

GUILLEMOTS – From the Cliffs

In des disques... on juillet 15, 2006 at 11:11

Pop / Grande Bretagne / 2006 / Fantastic Plastic

Guillemots : hormis le nom d’un oiseau trop souvent confondu avec le pingouin, personne n’avait jamais rien entendu sous ce nom…

L’album commence par une intro de 40 secondes (Sake) de Fyfe Dangerfield seul au piano, apathique, chantonnant quatre vers de mauvaise facture… qui se révèle n’être qu’un pied de nez espiègle pour mieux nous réveiller. En effet, dès Trains to Brazil (dont l’album comporte le clip), on reconnaît tout le talent de ce quatuor éclectique composé d’une contrebassiste canadienne (Aristazabal Hawkes), d’un batteur écossais (Greig Stewart), sans oublier le guitariste brésilien (MC Lord Magrao). Fyfe Dangerfield – c’est son vrai patronyme -, tout droit échappé de Peter Pan, pose au dos de l’album avec son chapeau de corsaire, de vieilles chaussures aux semelles décollées et une bouilloire, et nous emmène visiter son petit monde (“Somebody told me there’s another tale/But together we go somewhere/Somewhere over the stairs”) peuplé de sirènes (Cats Eyes), ou évoquant ses chagrins d’amours (Made Up Lovesong #43).

Mais ce qui rend vraiment magistrale la musique des Guillemots, c’est leur maîtrise des multiples possibilités de leurs instruments. Calmes en début et fin d’album (Sake, MY CHOSEN One), ils savent se faire agressifs et mélodieusement cacophoniques par petites touches. On obtient des morceaux courageux de sept à neuf minutes (Over the Stairs, Cats Eyes, Go Away) qui mixent habilement passages instrumentaux, voix douces ou hurlantes et ruptures de rythmes. L’intervention ponctuelle des cuivres (dans Go Away notamment) agit comme des rappels au monde du jazz, renforçant un aspect expérimental.

Après l’excellent Trains to Brazil pop acidulée, l’un des meilleurs morceaux est sûrement Over the Stairs. On savoure trois minutes de ballade et soudain un dérapage musical survient pendant trente secondes : la voix se fait très aiguë et déraille, accompagnée par une flûte et un piano qui s’emballent. La ballade reprend un peu plus agitée, entrecoupée de sursauts vocaux, et dans la dernière minute, Fyfe est parvenu à nous mener dans un monde aquatique où les voix se sont muées en chants de baleines…

Durant ce court bijou de quarante minutes, tout comme Fyfe se tient à la croisée des chemins (à gauche sa maison, et son terrain de jeux ; à droite des questions existentielles à résoudre comme “Qui vais-je devenir ?”), on passe par tous les états et genres musicaux, et l’on aimerait rester encore avec eux jouer avec des dinosaures et manger des doughnuts.

I Hear the Sound est gravé sur le CD. Si seulement Disney pouvait remplacer ses mélodies pâteuses par ces pépites pop-rock-jazz d’un groupe prometteur à l’âme d’enfant ! Jamais mélos, jamais prévisibles, simplement doués, les Guillemots sont peut-être de futurs empereurs dans leur domaine, certainement pas des manchots : “Best things come from nowhere/I love you I don’t think you care”.

Note : 9/10