Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

Archive pour la catégorie ‘Ce qui m’émeut’

Ma vie (sans) Internet #6 : Divorce (épilogue)

In Ce qui m'émeut, Ce qui m'énerve on juillet 30, 2010 at 10:17

Nous sommes un jeudi, il fait un temps de chien et ce jour est béni des dieux.

Enfin, de mes dieux.

Un nouveau Monsieur en salopette est venu pour nos problèmes d’Internet. Il parait que lui, il a la clé qu’il nous faut pour le local. La moitié de mes collègues sont en vacances et entre ceux qui restent, nous ne nous emballons pas. Il ne vont pas tous nous faire le coup du « C’est rien du tout, dans 10 minutes tout sera rentré dans l’ordre », on n’est pas nés de la dernière pluie.

Nan mais.

On faisait bien de se méfier, lui est encore plus crétin : il ne trouve pas le local sur lequel il doit intervenir et donc va rentrer chez lui en nous facturant le déplacement !

Pas question ! Coup d’œil complice à mes collègues et hop ! on séquestre l’obèse au tee-shirt gris parsemé de taches de… non d’ailleurs je ne préfère pas savoir de quoi il s’agit. Et on part inspecter les environs.

Nous avons cherché 20 minutes. Nous avons écumé tout le quartier, les sous-sols, les recoins les plus immondes (qui servent d’urinoir à nos habitués du LIDL). Et honnêtement nous commencions à désespérer.

Et puis nous avons trouvé. Par hasard. En reprenant mes esprits, je m’assois sur un rebord de bac à plantes. Et là, derrière la haie qui ressemble à un totem de la mondialisation avec ses boites de hamburgers, ses sacs plastiques et ses canettes de bières bon marché dans les branches ; derrière il y a une petite porte en métal. Peinte en grise sur un mur gris. On l’avait loupée, forcément.

Telle une Alice qui tente de forcer l’entrée du Pays des Merveilles, je glisse la clé comme je peux et là, ça tourne dans la serrure ! Excitation maximale, je suis Indiana Jones devant le Saint Graal. Bon, sauf que derrière la porte c’est super moche, pire que la haie. C’est un local minuscule avec des câbles et des boutons partout. Un instant j’hésite à couper tous les câbles de l’immeuble d’à côté. C’est la DAASS à côté, de sacrés connards dans l’ensemble, ils mériteraient presque ce châtiment. Ne serait-ce que pour avoir pris SOUS MON NEZ le dernier moelleux au chocolat à la cantine. Cette grosse mégère frustrée qui n’a pas à ingurgiter de glucides et qui aurait pu me le laisser car elle sait très bien que je DETESTE le flan. Pas grave, je cracherai dans sa compote la prochaine fois.

Magna anima Moi… C’est ma tournée, Internet pour tout le monde !

Alors voilà, petite vie sans Internet, je crois que cette fois c’est fini entre nous. Pour quelques temps au moins. Nous commencions à faire bon ménage, nous avons eu des moments splendides comme ces couchers de soleil sur la Seine que je n’avais jamais vu de mon bureau auparavant, occupée que j’étais à regarder mon écran. On ne se refait pas tu sais, je suis une droguée du web. J’ai besoin de ma dose pour bosser. Tu ne peux pas me tenir isolée du monde indéfiniment du comprends ? Je n’ai rien à te reprocher hormis le fait d’être trop clean. J’ai besoin de mes deadlines, de mon stress qui me fait perdre 2 kilos en une soirée, des mails incendiaires d’extrémistes écolos qui trouvent qu’on devrait être plus radical dans nos méthodes (T’inquiète pas va petite vie sans Internet ceux-là je vais les mater, ce ne sont pas des bouseux en sandales Méphisto qui vont m’apprendre la vie).

Je t’aime, je reviendrais. Mais pour mes vacances seulement, all-right ? Bon maintenant il ne reste qu’un seul problème : tout vos amis sont en vacances donc ont coupé leur connexion. Haha.

Ma nouvelle journée type :

9h : Arrivée au bureau, allumage de l’ordi et ouverture des trois boites mails. « Votre anti-virus n’est pas à jour depuis 78 jours ».

9h10 : Deux mois et demi sans café de la journée ce n’était pas le bagne, alors vous vous dirigez vers la cafetière et vous vous ravisez, sans problème.

9h15 : Première lecture d’article en ligne. Raaaaahhhhhh jouissance extrême. Larmes aux yeux de bonheur.

9h20 : Toujours pas de message d’erreur de la part de Firefox, comme c’est beau, copie d’écran.

9h30 : Bon allez, au boulot.

9h55 : Premier cri d’alarme dans le bureau voisin. « Ma messagerie ne maaarcheeee plus ! » Accélération de votre cœur, rationalisation. D’abord on dit « fonctionne » pas « marche ». Ensuite il faut appuyer sur « OK » dans la petite fenêtre qui demande si on veut se connecter. Et enfin il faut entrer un mot de passe VALIDE. Cette collègue n’a pas inventé la poudre. Fausse alerte. Tout va bien.

10h50 : Premier mail ! Grande fébrilité sur le clavier et, au moment de cliquer sur envoyer, vous fermez les yeux craignant de voir « Pas de connexion » réapparaître. Mais non, toujours pas de problèmes, ça fonctionne…

12h10 : A la cantine, tout sourire, on vient vous féliciter comme si vous veniez de gagner la coupe du Monde. Vous penserez à emporter votre Mont Blanc pour signer des autographes demain.

14h00 : Revue de presse sans descendre au kiosque, sans passer par la case pimbèche Melunaise qui pense que vendre des journaux s’accompagne forcément de la fonction commérage. Elle aura tenté 58 accroches qui seront tombées à plat, allant du sobre et supportable « Il fait pas bôôô hein ? » à l’atroce « Naaan mais c’est fou ces immigrés qui pensent que je vends des magazines en arabe quand méééééééme ! ».

14h30 : Allez, une partie de Spider Solitaire en souvenir ?

15h15 : Twitter, ses joies ses peines… Aujourd’hui ils ont l’air d’aller assez bien les copains. Vous vous émerveillez de tout, même les tweets du MuppetShow semblent adoucis (et intelligibles car admettons-le, la plupart du temps vous ne comprenez même pas de quel groupe ils causent…).

17h10 : Pause thé ? Non ça va, j’ai du travail merci.

18h : Post-it sur votre écran « Penser à partir pas trop tard »

18h40 : Paris me voilà. Toujours pas d’Iphone 4 ? Non ils ne m’ont jamais livré la bête et puis, j’en ai pas besoin hein ? …pourvu que ça dure…

Cet article a été publié depuis mon bureau, oh joie. Les épisodes précédents depuis chez moi :

Ma vie sans Internet #5 : Désintox

Ma vie sans Internet #4 : Calvaire

Ma vie sans Internet #3 : Superproductivité

Ma vie sans Internet #2 : Autisme

Ma vie sans Internet #1 : Ennui

JEUNES A LA RETRAITE #4 : Amour sans OGM

In Ce qui m'amuse, Ce qui m'émeut on juillet 15, 2010 at 8:24

On ne connaitra pas les joies de la retraite. Alors profitons des loisirs de vieux tant qu’on est jeunes.

Ce week-end, on m’offrait une visite de Niort sur un plateau d’argent ainsi que l’occasion de me ridiculiser en public auprès de grandes personnes en or. J’ai donc testé pour vous : animer une conférence avant l’âge.

Téciverdi, première édition d’un festival dédiée à l’environnement en plein cœur de la ville de la mutuelle. Honnêtement je ne pensais que ce serait d’un si haut-niveau. Et j’ai la lourde tâche d’animer la première table-ronde où sont invités à débattre des gens très grands. On va causer Déforestation, pollution, coûts forestiers, impact sociétal, lourd programme. Nous sommes cinq autour de cette table, tous des hommes sauf moi, tous (beaucoup) plus âgés que moi. Bernard Cressens, retraité du WWF qui illumine le débat.

Diablement souriant, délicieusement drôle, fantastiquement dynamique, Bernard n’a pas sa langue dans sa poche pour autant pour dénoncer les pratiques de gestion forestières dans le monde. Je me sentais déjà petite et rien du tout avant, mais pendant, c’est pire. On passe deux heures de quasi-supplice à débattre à 5 sur une estrade en plein soleil, devant un public qui fond comme neige (normal il fait 40 degrés), on descend et Bernard me taquinera pendant les deux prochaines heures sur mon inexpérience tout en soulignant mon courage : « Tu es jeune, tu es la seule femme, tu es blonde, tu as robe et tu ne t’habilles pas comme une hippie décroissante tout en ayant un caractère bien trempé… on manque de gens comme toi. » flatteur et trop gentil le Monsieur, j’en ai les larmes aux yeux. Je suis déjà sous le charme. J’ai l’impression d’atteindre la félicité. Allez, hop c’est ma tournée, eau gazeuse et jus d’orange pour tout le monde !

On dîne ensemble – à la cantine – c’est simplement divin – pas la bouffe, le moment hein… – on discute du lapin chinois et du saumon aux hormones dans nos assiettes, des fruits bourrés de pesticides qu’on nous offre au dessert et puis on file au cinéma, voir le film de Patrick Rouxel. Lui était le plus jeune (après moi) au débat et est si sensible qu’on a peur qu’il craque à tout moment. Avec Bernard, on s’installe au deuxième rang de la projection, rigolant comme des gamins d’être arrivés en retard. Le film est sublime, sans discours moralisateur, simplement des images sans commentaire pendant les trente premières minutes puis un message très simple, très construit, très intelligent. Fin de la projection, Patrick est émouvant aux larmes, la voix tremblante, n’osant pas se mettre en valeur (visionnez son film et diffusez-le partout : www.greenthefilm.com). Bernard à mes côtés, me glisse que c’est vraiment un chic type ce Patrick, qu’il mérite d’être reconnu pour son travail de simple citoyen (Patrick Rouxel consacre six mois par an à filmer les forêts primitives du monde pour alerter les consommateurs sur de problématiques à la fois simples et effarantes liées à la déforestation. Il n’a pas de budget alloué à cela. Seulement sa volonté, ses convictions, son courage aussi. Il ne s’agit pas du discours classique, voyez son travail je ne veux pas vous influencer).

Et alors se produit ce dont nous jeunes, rêvons tous. Francis Hallé, homme le plus respectable du festival (je ne vais pas faire son apologie, vous devriez déjà le connaitre et si ce n’est pas le cas, tapotez sur Google, vous en sortirez grandis) se lève de son siège. Il était donc à la projection. Et il fait le plus beau compliment de la terre à Patrick Rouxel. Il vient de l’adouber en public, de reconnaitre la valeur de son travail. Silence dans la salle, émotion digne d’un discours d’adieux de Monsieur Bashung. Gorge nouée, yeux gonflés, personne ne craque mais on sent la tension. Bernard est sur la brèche comme moi. Francis Hallé irradie la pièce sans nucléaire. Sa parole est d’évangile, homme de peu de mots et de multitude d’idées. Et paf ! je viens de tomber amoureuse une deuxième fois aujourd’hui. Seules ses mains pigmentées trahissent un âge avancé. Le jour où cet homme va partir, je pleurerai je le sais.

Je reprends mon Bernard sous le bras et je l’embarque voir Oxmo Puccino. Bernard n’aime pas les musiques amplifiées. Mais Bernard écoute. Il ne restera pas longtemps car il part le lendemain très tôt, mais lorsqu’il me sert dans ses bras en plaisantant une dernière fois j’ai le cœur lourd. Patrick aussi se rentre. Rah non ne me laissez pas les copains !

Pour la première fois en douze heures je croise des jeunes. Et je panique soudain à l’idée que toutes les discussions importantes que nous venons d’avoir ne touchent pas les nouvelles générations. Pourquoi est-ce que mes congénères s’en foutent autant ? J’ai l’impression d’avoir vingt ans de plus qu’eux. Aujourd’hui, le lendemain, je ne veux plus partir, je veux être à la retraite pour continuer d’escalader les arbres et jouer avec les 1600 pandas en papier mâché (1600 pandas, c’est ce qu’il reste dans le monde…). J’ai comme la gueule de bois de ne pas avoir mes amis près de moi. Bernard, Francis… Des prénoms si rétros, des êtres si géniaux.

Allez hop, une tisane et au lit.

Dans la même collection :

Jeune à la retraite #3 : Ernestine et la soirée magique

Jeune à la retraite #2 : Thermes ta gueule !

Jeune à la retraite #1 : Délices nocturnes

INTER-minables

In Ce qui m'émeut, Ce qui m'énerve on juin 24, 2010 at 1:31

(Ce billet est rédigé à chaud et publié sans relectures)

Bordel.

Bordel de merde.

Putain de bordel de merde, mais qu’ont-ils fait de ma radio préférée ?

Mes parents peuvent en témoigner, France Inter je l’écoutais au berceau. Du soir au matin, je ne dormais pas beaucoup mais j’étais sage, concentrée. Du matin au soir je faisais beaucoup de choses mais j’écoutais encore et toujours. Je pourrais même vous réciter la grille d’il y a 15 ans. Cette radio était mon ami, mon amant, ma drogue, mes vitamines, mon somnifère aussi… Je ne me forçais pas, j’étais plus accro que mes parents.

Lorsqu’on est gamin, on imagine des tas de choses. A commencer par les têtes des personnes qui parlent derrière le micro. Mais aussi l’image d’une radio. Et pour moi le symbole d’Inter c’était un grand sourire, comme une banane de Warhol.

Un sourire.

Etait-ce parce que je grandissais, parce que vieillissant je devenais plus exigeante, j’avais depuis quelques années la sensation que cette antenne ne tournait pas rond. Et puis chemin faisant j’ai réalisé que non, cette radio perdait en qualité, jouait les putes soumises auprès de divers politicards, travestissait son talent et son intelligence.

Durant ces mêmes dernières années, tous les repères et piliers de mon enfance ont tiré leur révérence. Claude Villers, José Arthur et Kriss en tête, Jean-Pierre Gaillard et Louis Bozon pour d’autres raisons… même le kitsh et la futilité de Macha Béranger me manquent.

Puis on a appris la suppression en rafale d’émissions géniales (Esprit Critique, Et pourtant elle tourne, Pique et Coeur…), sans préavis.

Et malgré tout je continuais d’écouter. Pour une raison principalement. Il me restait le petit créneau humour du matin. Celui qui permet de rire un bon coup avant de plonger dans l’âpre morosité ambiante d’une époque toujours plus désincarnée.

Il fut une époque où même Laurent Ruquier ou Laurence Boccolini m’ont fait rire. D’accord je n’avais que 6 ans mais bon, ils remplissaient leur rôle. Pierre Desproges et Guy Bedos eux, j’ai apprécié leur humour pour autre chose, la beauté de leur cynisme, le vitriol de leur propos qui faisaient tant honneur à Beaumarchais (Je me presse de rire de tout de peur d’être obligé(e) d’en pleurer). Même Guy Carlier a su m’amuser.

Et puis vinrent Stéphane Guillon et Didier Porte. Parce qu’ils s’intégraient à une équipe que l’on sentait encore soudée, car Nicolas Demorand savait transformer nos oreilles en papilles avides, également puisque l’époque l’exigeait. On n’avait plus que ça, deux minutes trente par jour pour tenir.

Pour tout cela j’ai fait confiance jusqu’au dernier moment à Philippe Val pour avoir la présence d’esprit de conserver ces électrons libres, agitateurs de particules élémentaires. Je me disais « Val fait des conneries, comme tout le monde, mais il n’est pas demeuré, il voit bien où est son intérêt. »

Cette répudiation de deux fantassins au royaume des bouffons (dans l’acceptation 9-3 du terme si vous voyez où je veux en venir) m’a fait un éléctrochoc.

Je crois tout simplement que je vis mon premier divorce. Des séparations ça j’en ai vécu plein, sans vraiment de problèmes d’ailleurs. Mais là c’est brutal, stupide, méchant et incohérent.

L’incohérence.

Voilà le terme qui sied à France Inter.

Comment peut-on être assez incohérent pour avoir, comme J-L Hees, défendu bec et ongles des humoristes en tant que Directeur et s’en débarrasser avec toutes les marques d’inélégance et de bassesse d’un exécutant écervelé ?

Pas la peine de s’énerver. S’indigner oui.

Dans le droit, lors d’une séparation, il ont ajouté le mot « amiable ». Il existe même des divorces à l’amiable maintenant. Mais pour moi divorce est un mot plus rude et plus puissant. Celui qu’on emploie lorsqu’on ne peut pas trouver de terrain d’entente.

Alors France Inter, Je suis venue te dire que je t’aimais mais que je m’en vais aussi. Pour longtemps.

Demain, mon poste de radio sera en berne,

dans deux jours je résisterai de tout mon corps pour ne pas tourner le bouton,

dans trois jours je chercherai en vain un substitut (en vain oui, car comme Stéphane Guillon l’a déclaré au Grand Journal, c’était Inter ou rien),

dans quatre jours je n’aurai pas oublié, rien, et ça n’ira pas mieux, du tout,

dans cinq jours j’aurai des envies de meurtres, je fantasmerai des accidents de voitures, des catastrophes naturelles.

Dans une semaine et pendant les mois qui suivront, j’inventerai de nouveaux concepts, des émissions d’un autre genre, des programmes qui tiennent la route et donnent envie.

Mais pas pour toi radio chérie.

Pour une autre.

Et j’espère que tu auras mal, pas juste de me voir partir moi – tu t’en balances je le sais, je suis trop jeune pour t’intéresser, trop femme pour être digne d’intérêt, trop humaine et honnête pour que tu me prennes au piège – mais tous ceux qui se sentent dépossédés et trahis.

J’espère que tu pleureras et demanderas pardon, pardon que personne te t’accordera. Je ne suis pas chrétienne, je ne tendrai pas la main. Que tu te rendras à l’évidence : tu as vieillis. Difforme, tu sues la laideur, bouffie par les erreurs.

J’espère que tu te rendras encore plus minable et pitoyable aux yeux de tous.

Parce que si tu fais ça, alors il restera quelque chose chose en toi d’humain après tout.

Violette R.O.L.L.

A lire également, une réaction moins passionnée mais tout aussi intéressante : France Inter, la fin d’une époque

Jeune à la retraite #3 : Ernestine et la soirée magique

In Ce qui m'émeut on mai 28, 2010 at 8:30

Ernestine ne se refuse rien : gateau au chocolat et bouteille de vin

On ne connaitra pas les joies de la retraite. Alors profitons des loisirs de vieux tant qu’on est jeunes.

Ce soir c’est la fête : « un magicien connu qui passe à la télé va venir faire un spectacle et du close-up à chaque table du restaurant ». Tous les papis-mamies se sont mis sur leur 31, Ernestine s’est même maquillée comme Romy Schneider période pas mariée.

Chou.

Je ne vais m’étendre sur le spectacle du magicien de la télé, qui doit être beaucoup plus impressionnant dans le petit écran car là, il refait sept fois le même tour à chaque table avec toujours une carte au hasard qui s’avère être un 10 de cœur… (Problème mathématique simple : quelle est la probabilité de piocher sept fois au hasard la même carte dans un jeu de 52 cartes? Si vous ne trouvez pas, Rob Gordon vous expliquera avec plaisir comment résoudre cette équation).

En revanche, pour rien au monde il ne fallait rater les discussions de ces personnes âgées avec le serveur déluré à bretelles. Le serveur, qui répond au nom de Gaëtan, sera marié « le jour où le pape révisera ses positions », a un passé de danseur de cabaret (en tant que désossé) et porte des bretelles qui mettent sacrément en valeur son fessier (très) musclé.

Le serveur à bretelles, un must

Alors forcément Ernestine elle kiffe.

Et Ernestine se lâche, minaude, lui fait le coup du regard qui a cessé de tuer depuis des lustres…

Touchante.

Gaëtan lui ressert du gâteau au chocolat alors qu’elle n’a pas le droit dixit son médecin, c’est osé quand même hein…

Elle part le lendemain, après trois semaines de cure.

VIP.

Comme elle vient chaque année depuis des lustres, elle a même un rond de serviette à son nom et une table réservée. Elle cherche son nom sur tous les anneaux de bois. Gaëtan vient l’aider, lui indique sa place avec un sourire.

Et là, Ernestine lui lâche un « Je garde la rondelle ! »

Eclat de rire cristallin de notre serveur qui se rattrape au pied du parasol pour ne pas s’écrouler par terre.

Ernestine dévore son gâteau au chocolat et se lève pour dire au revoir à ses copines de cure.

Mignonne.

Et là sans prévenir, Ernestine vient de me casser l’ambiance en lâchant un : « Je ne vous dis pas à l’année prochaine, je n’ose plus hein, on verra bien ».

Bouh. Je monte me coucher et réviser mes acquis de la journée sur la micro-nutrition et les varices.

Jeune à la retraite #1 : délices nocturnes

Jeune à la retraite #2 : thermes ta gueule !

Violette R.O.L.L. en V.D.I.

In Ce que je lis, Ce qui m'émeut on avril 14, 2010 at 10:19

Une fois n’est pas coutume, je vous recommande chaudement la lecture de ce magazine trimestriel.

Standard est beau (mais pas beauf),

Standard est jeune (mais pas jeune et con),

Standard est poli (mais pas politiquement correct).

Et puis, vous l’aurez (peut-être) remarqué, je ne suis pas en grande forme rédactionnellement parlant ces derniers temps : Les Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes et Violette sont en VDI (Vacances à Durée Indéterminée), le temps de se reposer, respirer, faire de nouvelles rencontres et découvertes, panser leurs plaies, reprendre leurs esprits avant de foncer de nouveau tête en avant.

Alors si vous aim(i)ez les R.O.L.L., en attendant leur retour, vous retrouverez une petite partie d’elles dans Standard Magazine, puisque certains articles sont parfois signés… Mauve L.

Je ne vais pas vous faire le coup du beauf-attitude « ce n’est qu’un aurevoir » ni risquer de tomber dans le sentimentalisme qui est vraiment désuet ces temps-ci.

L’idée est plus chic que ça, je veux vous quitter pour mieux vous retrouver. Car même si « c’est écrire qui est le véritable plaisir, [et qu']être lu n’est qu’un plaisir superficiel » (V. Woolf), j’ai (aussi) besoin de vous pour sentir ma plume vivre et me sentir vivante.

Peut-être reviendrais-je vite ? Avec les « peut-être » c’est comme avec les « si », on peut ré-imaginer Paris, la vie et ses envies, pourquoi pas un blog aussi…

Avec toute mon affection, votre dévouée V.

Garçon sensible

In Ce qui m'émeut on mars 8, 2010 at 8:30

Etant donné que je n’ai pas fait honneur à Kriss en publiant une chronique le dimanche (cf. Pantha du Prince dont vous me direz des nouvelles), je rattrape mon jour de repos ce lundi en vous parlant de la chronique d’un autre.

Where Is My Song ?

est un blog génial (je ne l’ai jamais lu en entier),

tenu par un type fantastique (je ne l’ai jamais vu)

et dont les sujets sont suffisamment drôles

et/ou fouillés pour être digne d’intérêt.

Notamment ce blog comporte une rubrique Useless Playlist du week-end, qui paraît le dimanche jusement. Et pour Kriss, je compte bien me rattraper avec ce  « Monsieur Olivier ».

Monsieur Olivier fait honneur au précepte essentiel du C’est dimanche, c’est légal avec une playlist si inutile qu’elle en devient indispensable. Vous apprendrez ainsi, grâce à lui, quel titre passer pour mieux vous engueuler avec vos hôtes lors d’un dîner en ville, comment faire le premier pas en musique et éventuellement s’apitoyer sur son sort avec élégance dans la foulée, ou, mieux encore, un morceau pour faire chier vos voisins.

Et cette Useless Playlist est rédigée par d’autres blogueurs. Monsieur Olivier m’ayant demandé d’y participer vous retrouverez d’ailleurs ma modeste (mais bavarde) contribution qui, tiens, comme c’est amusant, parle également d’autres blogeurs…

Ca se mord la queue cette histoire et c’est tant mieux.

Mais alors Monsieur Olivier serait un jean-foutre et un trop payé qui se contente d’exploiter le temps et les idées de ses congénères pour son propre bénéfice me direz-vous.

Que nenni.

Parce que Monsieur Olivier ajoute une partie sur son invité, à la fin, oui, cela suppose que vous ayiez tout lu avant. Et les croquis qu’il dresse sont ni plus ni moins l’équivalent papier des Portraits Sensibles que Kriss proposait sur les ondes de France Inter.

Rien que ça.

Vlan ! Le Monsieur Olivier, il ne vous a jamais connu IRL (in real life, je traduis pour les non-initiés) mais alors il vous brosse la personnalité comme personne. Et ça émeut. Et ça mérite tous les crumbles et verrines du monde.

D’aucun diront que je fais mon autopromo en écrivant tout cela,

laissons-les parler, Monsieur Olivier n’a pas besoin de ces Bobos,

il a bien trop mal au dos.

Il ne vous reste plus qu’une chose à faire : cliquer !

Ironie publicitaire

In Ce qui m'émeut, Ce qui m'énerve on mars 5, 2010 at 7:51

Je n’ai aucune affinité avec le travail musical de Damien Saez. Mais alors aucune. Sous-produit Noir Désir, lui-même sous-produit Léo Ferré, je n’ai jamais pris la peine de chroniquer les disques de D. Saez pour une raison évidente : je ne saurais lui faire aucun compliment.

En revanche, quand j’ai entendu cet homme, sincèrement blessé, ce matin sur France Inter (invité de Pascale de Clark dans Comme on nous parle), j’ai cherché à en savoir plus. Sa campagne publicitaire destinée à promouvoir ses dates de concerts dans le métro parisien vient de lui être refusée. Car le visuel représente une femme nue dans un caddie. Ce même visuel qui n’est jamais que la pochette de son disque.

Il y a un mois, Londres refusait à Massive Attack de pouvoir promouvoir Héligoland dans le Tube au motif que leur visuel s’apparentait trop à un tag et nuisait à l’esthétique des couloirs underground. Maintenant à Paris on interdit un visuel au motif qu’il « présente un caractère dégradant pour l’image de la femme dans la mesure où elle apparaît nue et, qui plus, dans un chariot de supermarché, donc comme une marchandise. » Ces arguments sont parfaitement irrecevables et je soutiens cet auteur, indépendamment du fait que je n’aime pas sa musique.

Penchons nous sur ce cliché d’abord. Prise par Mondino, la femme dans ce chariot est certes nue, mais on ne voit pas la moindre partie intime. Maquillée style Brigitte Bardot époque Le Mépris, la femme n’affiche nullement une expression de marchandise, les talons encore aux pieds, elle semble plutôt comme se reposer après n’avoir pas trouvé d’autre endroit où s’asseoir.

Ensuite, on ne peut pas louper le titre de l’album, J’accuse, bien en évidence. Et le message résonne justement d’autant plus comme un éventuel rejet de Damien Saez d’assister à ce genre de situations. Il accuse la femme dans un chariot, sa fatigue, ses talons aiguille éventuellement (car oui c’est parfois proche de la torture de devoir porter ce genre de soulier toute la journée Messieurs et certaines femmes ont l’obligation d’en porter). La sentence de refus d’affichage semble ne pas avoir pris en considération le poids des mots.

Enfin oui, on est à la fois désolé pour cet artiste qui se fait refuser cette photo et agacé d’une telle sentence. Cela ne pose pas de problèmes de laisser des annonceurs faire l’apologie des anorexiques en short en jean laissant apparaître une culotte de string bling-bling. Cela ne dérange personne de voir pendant deux semaines une campagne d’affichage incitant à aller passer ses vacances en République Dominicaine (en promo) alors qu’un séisme vient de ravager Haïti et de faire des milliers de morts. Pas de soucis non plus d’afficher en long en large et en travers que l’armée est un métier qui permet de « devenir soi-même », porter une arme et pouvoir s’en servie est donc moins dégradant qu’une femme dans un caddie ?

Nous parlons d’affichage qui ont lieu en souterrain, la violence des images dégradant la femme est encore plus forte en surface. Quid des prostituées de seize ans qui font le trottoir alors qu’il fait moins de zéro degré, qu’en est-il des messages exposant des humains atteints de lèpre, que penser des sdf par dizaine qui jonchent les rues ? S’il y a opposition pour une éventuelle à dignité humaine, alors elle est très largement inférieure à tout ce à quoi nous sommes exposés chaque jour. Et la maxime d’Emile Zola sied à ravir à la situation.

Cette photo me choque moins que 90% des campagnes d’affichage autorisées. Alors non, la demande de recours ne me paraît  pas disproportionnée (La véritable question se pose d’ailleurs en d’autres termes : pourquoi la publicité 4 par 3 n’a-t’elle toujours pas disparu ? ). D’autant plus si l’on considère que la seconde campagne d’affichage n’a pas été acceptée non plus (ils n’assument donc même pas de reconnaitre la vérité, à savoir qu’ils ont interdit une première campagne ?). Cette photo est belle, je suis une femme et je l’affirme sans peine.

KAREN O and the kids – Where the wild things are

In Ce qui m'émeut, des disques... on janvier 11, 2010 at 10:36

Bande originale du film de S. Jonze / Pop – Folk

Where the Wild Things are, traduit en français par Max et les Maximonstres, a une résonnance particulière dans ma famille. Livre de chevet, base de nombreux déguisements, idée de mon premier roman à 5 ans (Les Monstres, en 5 actes, évidemment largement inachevé), ce livre m’a été raconté, mimé, théâtralisé, dansé… par l’intégralité des membres des personnes m’ayant bordé une fois. Maxime était aussi un de mes meilleurs amis lorsque j’étais enfant, et il ressemblait tellement au petit garçon de l’histoire que j’étais persuadée qu’on avait écrit le livre en se référant à lui.

Max est un petit garçon plein d’imagination qui s’ennuie et souffre d’un déficit d’attention de sa famille. Ca l’énerve alors il boude et fait et/ou dit des choses qu’il regrette. Il se retrouve donc régulièrement consigné dans sa chambre. Igloo c’est cet enfant qui imagine son monde, il joue seul à être le roi du monde. Mais vite, un petit roi tout seul ça s’ennuie, il va donc embêter sa grande sœur et sa bande de potes (Capsize). Mais le fait d’aller l’enquiquiner n’est rien d’autre qu’un geste d’amour, c’est qu’elle compte pour lui (All is Love), même s’il fait des bêtises qu’il regrette ensuite (Worried shoes).

Puni pour ses bêtises, Max ne comprend pas toujours pourquoi et voudrait que toute sa famille disparaisse pour pouvoir diriger un monde comme il l’entend. Il n’est pas un monstre comme peuvent lui dire ses proches lorsqu’ils sont fâchés après lui, pire, il est le Roi des Monstres. Et pas des tout petits monstres, non des Maximonstres, très grand et qui font très peur. Rumpus et Rumpus reprise constituent à cet égard les deux titres correspondants parfaitement aux illustrations du livre original. Max rêgne, Max est insouciant (Clliffs, Heads Up), Max s’amuse (Animals), Max oublie (Hidaway, Building All is Love).

Mais Max n’est qu’un enfant, et il a beau se dire qu’il est bien là, tout seul au milieu de son monde, ceux qui l’énervent sont aussi ceux qu’il aime et qui lui manque (Lost Fur). Max apprend à faire des choix, sa famille ou son monde. Il rentre à la maison (Sailing Home) pour découvrir que sa mère ne lui en veut pas du tout et que son repas tout chaud l’attend encore (Food Is Still Hot).

En général lorsqu’on a adoré un livre, on n’aime rarement son adaptation cinématographique. Le film de S. Jonze a plusieurs qualités et quelques défauts, que je n’exposerai pas ici. Car parmi les très grandes qualités de cette adaptation il y a cette bande originale à tomber par terre. Moi qui avait classé les Yeah Yeah Yeahs dans la catégories des groupes qui ne produisient plus rien d’interessant (l’album It’s Blitz ! de 2009 était une véritable catastrophe ultra décevante), je reconnais sans mal que Karen O n’a rien perdu de son talent. Mieux, elle en a des cachés. Car qui aurait cru que derrière la femme délurée se cachait une amoureuse du livre le plus poétique et émouvant du monde ? Qui aurait affirmé il y a un an encore que Karen O est capable de composer des mélodies douces sans accros, de remplacer les guitares électriques par un banjo et la voix aguicheuse et piquante par un organe sucré comme le miel et candide. Si le Petit Prince  avait vu ce film il aurait dit en parlant de la musique « C’est exactement comme ça que je l’imaginais ».

Quand VIC vous bouche le nez…

In Ce qui m'émeut on décembre 28, 2009 at 11:41

Pour la première fois depuis des années, j’ai passé un Joyeux Noël, réellement. Même enfant j’ai toujours détesté cette période, sauf allumer les bougies, décorer la maison et faire la cuisine pendant des heures…

Et pourtant en rentrant j’ai appris la triste nouvelle, Vic Chesnutt est parti. Je n’ai jamais été « groupie » de quelque groupe que ce soit. J’en aime certains plus que d’autres, j’ai des souvenirs plus ou moins forts aussi. Et Vic Chesnutt était probablement l’un des plus nobles personnages que j’ai pu croiser.

Il faisait froid, je traversais l’une des périodes les plus sombres de ma vie (je sortais justement du plus effroyable Noël de ma courte existence). J’étais au festival de la Route du Rock hiver 2008, seule et moyennement vaillante sur mes jambes. Lorsque Vic Chesnutt est apparu, dans son fauteuil roulant, un verre de lait à la main et un sourire jusqu’aux oreilles. Le genre de sourire qui vous donne envie d’aimer la vie. Nous n’étions que quelques personnes à vouloir l’interviewer et nous n’avions pas beaucoup de temps. Les jeunes éphèbes de Mgmt et la joyeuse troupe de Le Loup étaient là aussi. Nous étions au rez-de-chaussée en plein courant d’air, les interviews avaient lieu au premier étage. Et là il s’est produit en une fraction de seconde, sans que personne ne se soit concerté, un événement qui m’est resté gravé : il y avait un ascenseur pour le fauteuil de Vic, mais tous les artistes ont empoigné la chaise à roulettes et l’ont hissé au premier étage par l’escalier, ils l’ont déposé au centre de la pièce, ils ont mis des chaises tout autour de lui et ont déclarés : « Nous faisons l’interview tous ensemble ». Et l’un deux a ajouté « Cet homme est si grand qu’en nous asseyant nous n’atteignons pas son niveau ». Je n’avais pas de quoi enregistré ce jour là car mon matériel était cassé, maintenant qu’il est parti je m’en mors deux fois plus les doigts. Sur scène comme dans la vie, je n’ai pu voir qu’un homme toujours vaillant, toujours émouvant et humble. A l’image de sa musique d’ailleurs : entre post-rock violent et douce folk, mélodies mélancoliques et combatives.

Ca ne regarde que moi de penser cela mais j’ai toujours trouvé que le suicide était, à l’inverse de ce que peuvent enseigner certaines religions, un acte de bravoure. L’être humain n’est pas constitué pour être capable de se supprimer. Quoi qu’elle ait fait, une personne qui met fin à ses jours est une personne qui souffre, qui a retourné toutes les possibilités de son problème dans tous les sens pour se rendre à l’évidence qu’il n’y a pas d’autre issue que d’en finir. Vic Chesnutt a lutté tellement d’années qu’en finir à l’aube d’une nouvelle décennie n’est pas anodin : l’avenir se construira sans lui, autrement, lui a fait suffisamment pour l’humanité. En matière de musique bien entendu, mais de santé mentale et physique aussi (lutte pour la reconnaissance de la marijuana comme auxiliaire thérapeutique).

Ce qui fait que des yeux sont humains est cette faculté que nous avons de pleurer. RIP Vic Chesnutt. Show must go on…

La neige KRISS sous mes pas

In Ce qui m'émeut on novembre 19, 2009 at 4:46

Alors voilà j’en ai encore des tremblements dans les bras tant la nouvelle m’attriste. Pas que les irlandais soient éliminés du Mondial alors que la France a triché bien entendu, non ça je m’en balance comme de ma première paire d’Adidas rose à 8 ans, celle qui m’a permis d’escalader mieux qu’une chèvre et de casser ma fourche de vélo Peugeot en dévalant des escaliers.

Kriss, vient de partir animer les outre-ondes à seulement 60 ans. Terminé cette voix du dimanche légèrement rauque et si enjouée. A l’antenne, elle avait depuis quelques temps passé le relais, d’elle, il ne restait que le nom de l’émission, Kriss Crumble.

Lorsqu’on a grandi avec la radio, et en particulier avec France Inter, dans les oreilles dès la naissance, il y a des voix qui marquent, des voix auxquelles on s’attache. Et avec, tout un univers qu’on s’imagine. Kriss était mon amie du dimanche matin. Lorsqu’en classe prépa, après avoir bossé toute la semaine vingt heures par jour, vous devez réussir à trouver l’énergie d’aller encore étudier à la Bibliothèque Nationale le dimanche matin, eh bien vous bénissez le service public d’avoir recruté Kriss. Une femme qui réussissait simultanément à vous façonner des abdos en béton (tout mon stock de rire pour une semaine était consommé ce matin là) et à vous changer les idées, quel que soit le sujet dont elle s’occupait (Portraits Sensibles). Mon plus beau fou-rire, celui qui me fait encore retrousser les lèvres alors que j’écris ces lignes, c’est une histoire d’adoption d’un troupeau girafe comme animaux de compagnie, raconté par Jean-Jacques Vannier. Il avait d’ailleurs extrait son second spectacle de ses histoires pour Kriss : A par ça, la vie est belle et c’est tant mieux. Encore plus que l’histoire elle-même, c’est le rire de cette femme que j’entends encore derrière. Un rire franc et cristallin comme on en fait trop rarement. Son seul rire me faisait tenir. Je n’avais plus besoin de manger pour sentir le fondant (pomme, poire, potiron…) et les croquants (céréales, noix, chocolat…) d’un crumble envahir mon palais.

Après Macha Béranger (« Tu es encore debout ? Il est l’heure d’aller se coucher » disait mon père sans jamais me gronder), José Arthur (qui dévoilait en avance les titres du Canard Enchaîné le mardi soir), Louis Bozon (pour les cinq premières minutes du jeu et le topos géographique de la commune), Jean-Pierre Gaillard (et son jingle « La Bourse, Jean-Pierre Gaillard » du matin, qui me permettait de savoir si j’allais être en retard à l’école) et Claude Villers (pour qui je me privais de goûter rien que pour entendre sa voix de grand-père que je n’ai pas connu) s’en va Kriss, dernier rempart de ma vie d’avant vingt ans. Toutes ces personnes primordiales qui ont forgé mon amour d’un média sonore qui risque bientôt de ne plus être ce qu’il est/était (cf. la radio numérique). Toutes ces voix que je n’avais pas besoin de voir pour les aimer (cf. cette nouvelle mode ignoble de filmer les émissions de radio).

Je sais bien que chacun vieillit mais mourir à soixante ans un jeudi lorsqu’on s’appelait Kriss, ce n’est pas normal pour celle qui avait endoctriné des milliers de personnes au « C’est dimanche, c’est légal ». Salut M’dame.

Crédits photo : Christian Neveu

GOOD MORNING ENGLAND – Richard Curtis

In Ce qui m'émeut, des films... on juin 30, 2009 at 1:26

Film germano-britannique / Comédie biopic / 2009

Au moment où le CSA se targue d’imposer la RNT (Radio  Numérique Terrestre) comme nouvelle norme d’ici 2012 et pense supprimer la fm d’ici un même laps de temps ; le talentueux Monsieur Curtis revient sur une autre page de l’histoire de la radio, la disparition des radios pirates en Grande Bretagne à l’aube des années 70.

Affublé d’un titre ridiculement « anglicisé » en français (le titre original étant The Boat That Rocked), je n’ai pas grand-chose de plus à dire que Rob Gordon sur ce film très agréable que j’aurais adoré voir sortir en feuilleton télé.

Note : 8 ,5/10

En revanche, en tant que Vice-présidente d’une Radio Indépendante, je n’ai pu m’empêcher d’avoir un pincement au cœur particulier pendant le film. Si les clopes et l’alcool n’ont plus le droit de séjour dans les studios depuis bien longtemps (la coke elle, a encore des accès VIP), le matériel n’a qu’assez peu changé à cela près qu’on passe surtout des titres numériques contre quelques vinyles. Les radios pirates ont rendu l’âme après que le gouvernement s’est acharné à les faire disparaître. Aujourd’hui un scénario similaire se joue : le passage à la radio numérique sera si coûteux que seules les ondes de classe B (dans une logique mercantile donc) pourront se permettre un tel investissement. Cela signifie clairement une disparition progressive des programmes radiophoniques originaux, produits dans le seul but de leur qualité, leur originalité et leur diversité ; ils sont voués à disparaître ou au mieux, à être relégués à des heures de faible écoute.

Il y a trente ans, le message des radios pirates était que les gouvernements pouvaient pondre toutes les lois qu’il leur plairait, la musique rock ou pop ne mourrait pas pour autant, bien au contraire. Aujourd’hui, le rock et la pop sont bien présents sur les ondes, mais leur diversité n’est que très peu mise en valeur. Le pont de plus en plus fréquent entre les animateurs radios et leur apparition sur des chaînes télévisées privées de piètre qualité (comme M6 ou TF1) n’est qu’un indicateur parmi d’autres : les mêmes animateurs sont présents à l’antenne et sur les écrans plats (Le Mouv’, France Inter ou France Culture se prêtent allégrement à ce petit jeu pitoyable).

Lorsque Nova introduit un nouveau titre à sa playlist, Radio Campus Paris en insère une centaine. Et pourtant ceux qui écoutent Nova, ils ont déjà l’impression que la playlist est plus originale que celle de Skyrock ou NRJ… Cela laisse imaginer ce que seront les programmes en 2012 : lisses, uniformes, sans âme. Un peu comme ces derniers jours où tous les canaux se sont sentis obligés de passer du Michael Jackson en boucle…

Je ne suis pas si pessimiste, je ne pense pas que le monde radiophonique va s’écrouler totalement. La fm ne disparaîtra pas aussi facilement que le pense le CSA et les lobbys qui vont avec. Et les nouvelles habitudes de podcast des émissions donneront aux web-radios un avenir à la résonnance différente, sinon plus radieux. Aujourd’hui cet esprit de résistance à une logique du « produire plus pour rapporter plus » est certes organisé et solide mais absolument pas médiatisé. Le mythe du village d’irréductibles Gaulois résistant à l’expansion romaine ne cessera jamais de vivre, il faudra simplement faire des efforts de plus en plus importants pour parvenir à entretenir la diversité et l’exclusivité des programmes.

Le plus beau moment de ce film se situe pour moi à la toute fin du générique, lorsque chaque animateur raccroche son casque. Chacun quitte le studio très différemment car chacun s’occupe de musique et de propos très différents. Mais tous le font comme s’ils venaient de faire leur émission pour la dernière fois. Si pour continuer de préserver cet esprit d’une radio éclectique et surprenante je dois rentrer dans la case des marginaux, alors comptez là-dessus, je n’ai pas peur des étiquettes, pas plus que des menaces de licenciement, je suis déjà au chômage sans indemnités comme beaucoup trop de jeunes diplômés en France…

Comme un légo…

In Ce qui m'émeut on mars 16, 2009 at 12:08

... on dirait que... 

 

... on dirait que...

 

Paris, lendemain de week-end. Il fait un temps splendide pour changer et je cloue des clous sur les nuages sans échafaudages. Madame ou plus exactement la Mademoiselle que je suis, ne rêve plus et comme rarement, aimerait retrouver son crachin breton rien qu’une fois pour pouvoir laisser ses blue eyes crying in the rain. Un soupçon de fadeur, un rien de tragédie et je pleure mon collyre, ma colère.

Malade depuis longtemps, une aubaine pour pouvoir cracher une bio toute préparée depuis des mois déjà, médias et politiques s’en donnent à cœur joie… Fillon et Sarko jouent les grands hypocrites soulignant l’importance de la perte de l’artiste, lui déroulant des tapis plus cramés et moisis qu’eux. Le pire, c’est qu’ils l’auront toujours, leur superbe à défaut d’éloquence, Tel Machiavel, Tel Abel Gance, Tel Guillaume Tel… La faiblesse des tout-puissants comme un légo avec du sang.

Depuis quelques années en France, Un âne plane, se pavane à l’Elysée aux bras d’une courtisane, faisant toutes les couvertures de Paris Match. Au Monde s’agrippent des grappes de tyrans, des archanges aux blanches canines, nos petites entreprises connaissent la crise, bling-bling, Bijou Bijou y’a des feux rouges partout et puis au coin de la rue l’armée du Salut qui jouecruauté dans la tourmente.

C’est comment qu’on freine ? Monsieur Bashung a bien fait de descendre de là avant nous, plus rien ne s’oppose à la nuit, rien ne justifie, il a Osez. Faisons la noce, explorons les Vertiges de l’Amour, Ode à la vie… Monsieur Bashung n’a jamais rien demandé d’autre.

Pourquoi ce décès me touche-t’il, moi qui reste si caustique en toutes circonstances ? Parce que 61 ans, c’est l’âge de mon géniteur, que si j’écoute La Nuit je Mens je revois mon père écouter en boucle ce titre pensant être seul dans le salon. Parce que Johnny Halliday n’est pas mort lui – et qu’on risque fort de devoir endurer un Michel Sardou pendant encore 15 ans. Parce que comme un légo, ce Bashung a participé à ma construction.

Le 3 mars dernier, M. Bashung a annulé notre rendez-vous, le lendemain d’un vendredi 13 il a fait sa valise pour de bon, facétieux jusqu’au bout, visionnaire ? « L’homme de demain sera hors-norme, un peu de glaise avant la fournaise qui me durcira ». A présent, j’emplie torchons, vinyls, évangiles… tu m’irradieras encore longtemps, au-delà des portes closes. Salut bien bas, je te raconterai 2043