Festival / Rennes – Bretagne – France / 4-6 décembre 2008

Les Transmusicales de Rennes fêtaient leurs 30 ans d’existence cette année. Ce n’est pas pour autant qu’ils avaient fait des efforts supplémentaires. Toujours situés en majorité dans les halls excentrés du Parc d’Exposition, les groupes se produisent dans des conditions déplorables pour pouvoir en apprécier la qualité. Et, comme toujours, il faut tellement cavaler entre les trois scènes qu’on ne peut voir qu’une quinzaine de minutes de chaque show. Pas étonnant dans ce cas que mon coup de cœur soit un concert qui avait lieu à l’Ubu, une vraie salle de spectacle… Bilan de deux jours d’un festival toujours prometteur.
- Vendredi –
Padded Cell (UK) : Les deux anglais sont plutôt habiles aux platines et livrent des sonorités à dominantes techno et funk. C’est bien, c’est dansant… mais c’est programmé beaucoup trop tôt pour pouvoir vraiment en apprécier la qualité.
Miss Platnum (Roumanie) : Assurément le meilleur concert de la soirée. Il suffit simplement de s’imaginer deux choristes africaines en tablier traditionnels roumains, trois hommes aux cuivres, un batteur et un guitariste entourant une grosse femme roumaine à la poitrine pour le moins généreuse vous invitant à scander avec elle des chansons plutôt marrantes, mélange de folklore des balkans et de hip-hop sucré, la sauce prend. Marre de la camée Amy Winehouse ? Pas de problèmes, vous avez mieux et plus efficace avec Miss Platnum, Give (her) the food, elle assurera le reste !
White Rabbits (USA) : Alors sur le disque ça avait vraiment l’air génial, sur scène c’est plutôt pitoyable. Des bonnes idées si l’on sait les exploiter : un piano et deux batteries accompagnent les instruments traditionnels du rock-pop. Le problème, ce n’est pas leur musique qui est plutôt sympa car entièrement pompé sur leurs ainés les Talking Heads ou Arcade Fire (bonne période). Non, le problème de ces six new-yorkais, c’est qu’ils ont le leader le plus naze du moment, un mec qui dit merci en tournant le dos au public, un mec qui se racle la gorge dans le micro, un mec qui en plus d’être petit et très moyennement attirant a le mauvais goût de vouloir ouvrir la bouche pour ne rien dire.
The Penelopes & Morpheus (Fr) : Morpheus est le Dj attitré des Trans’ depuis pas mal d’années maintenant. Il s’est associé ici au tandem des Penelopes. Bon dans l’ensemble c’était prometteur… sauf qu’il faut qu’ils apprennent à chanter juste, merci.
Birdy Nam Nam (Fr) : quatre français en rang serrés aux platines, un écran géant avec un Vj-ing de qualité, de l’électro efficace mais très peu originale. Tout est dit, vus et revus aux festivals de l’été, le show millimétré soulève la foule. A moitié étouffée, je parviens néanmoins à apprécier les quelques nouveaux titres de l’album attendu pour janvier. Ce n’est pas une découverte alors qu’est-ce qu’ils fichent là ?
The Glitch Mob (USA) : quatre américains en rang serrés aux platines, pas d’écran géant et de Vj-ing, de l’électro sur un rythme plus lent que Birdy Nam Nam mais de qualité (beaucoup plus riche). On arrivait avec une pêche d’enfer, on n’a pas réussi à se remettre dans le bain. On s’en bouffe encore les doigts… Si seulement l’ordre de passage avait été inversé….
Ramiro Musotto (Argentine) : Vu au Nouveau Casino en mars dernier, le show m’avait paru vraiment chouette à l’époque avec tous ces instruments traditionnels de folklore pluri-ethnique. Là c’était linéaire, insipide et barbant finalement… Il fallait lui offrir une scène d’une petite salle, pas un hangar.
Sébastian (Fr) : Vous voulez avoir honte d’être français à un concert d’électro ? Sébastian est fait pour vous : un dj-set qui coûte cher en Sacem et massacre/mixe Daft Punk, Kavinsky, Abba, Prodigy ou Mgmt, des samples de très mauvaises qualité, un mec amorphe et difforme derrière ses platines… c’est consternant et moins drôle que de regarder un mec totalement torché se prendre une rambarde sur la tronche.
The Shoes (Fr) : un live bien maîtrisé, l’ex-duo de The Film (l’un des concerts les plus pitoyables qu’il m’ait été donné de voir en 2007) a bien fait de mélanger ses riffs de rock à l’électro efficace et dansant.
On arrête à 3h, pas le courage d’en voir plus ; il faut pouvoir faire le grand schelem le lendemain…
Pas vus (dommage) : Depth Affect (rien de pire que d’arriver à la fin d’un concert que vous vouliez voir, heureusement Hugh Coltman m’a remonté le moral sur le trottoir), Sammy Decoster (poulain de l’EMB – Sannois, un de mes meilleurs souvenir de concert en 2007), Success (fous et mégalos, du rock-electro, c’est mon créneau), Creature (des Canadiens barrés qui jugent de qui est hot et qui ne l’est pas), Naïve New Beaters (adorables en interview, très bons en showcase).
- Samedi -
On commence l’après-midi par une série d’interview* toutes plutôt rigolotes et sympathiques, mais crevantes mine de rien. Ouverture des oreilles au concert à 16h30 à l’Ubu, marathon qui doit durer 16 heures.
De Portables (Belgique) : Ils sont quatre, ils sont belges, ils sont vieux (oups pardon, non, le groupe a 12 ans d’existence mais ils ne sont pas si vieux que ça). Leur post-rock est léger et assez pop aérienne, ils jonglent entre les instruments (c’est un peu les chaises musicales leur jeu de scène). Bref ce sont de bonnes bases mais ça ne décolle pas plus que ça, trop monotone et linéaire (c’est pas OHYEAR).
GaBLé (Fr) : attention révélation ! Avec eux, tant que vous n’avez pas vu, vous n’avez rien entendu. Ils sont trois (parfois quatre) : un grand bourru aux yeux inquiétants, un barbu à la bouille plutôt sympathique, et une frêle poupée au sourire énigmatique. Tout à l’air normal, sauf qu’on n’avait pas remarqué qu’en plus de leurs instruments classiques, ils possèdent toute une ribambelle d’objet qu’ils dégainent lorsqu’on s’y attend le moins : aspirateur, perceuse, lecteur de cassette secoué, cageot écrabouillé, assortiment de casseroles émaillées et boîte à rythme qui en a dans le ventre. Mon titre préféré (je l’ai appelé Motus) est une joute verbale épelée inspirée du jeu télévisé culte de France 2, Motus. C’est drôle, c’est court, c’est bien ficelé, c’est mon coup de cœur des Trans’.
De peur d’être déçus et pour mieux digérer ces créations musicales, on fait une pause musicale et on loupe The Bewitched Hands on the Top of Our Heads. Direction le Parc des Expos pour la suite des réjouissances.
Clara Moto (Autriche) : il est à peine 21h et on se croirait sur un dancefloor berlinois à 4h du matin. Une électro minimale chic et mélancolique qui sort des platines d’une jolie frimousse concentrée. Danton Eeprom version fille.
The Residents (USA) : Le concert le plus loufoque des Trans’. Il s’agit plus d’une performance théâtrale que d’un concert. Formés dans les 60’s (la préhistoire environ puisque même mes parents étaient très jeunes), on ne distingue d’eux que des oreilles de lapins et des globes oculaires rétro-éclairés. La mise en scène laisse apparaître deux chambres ovales dans laquelle son suspendues des poupées de mangeurs de carottes et une énorme lapine. Un écran surplombe le tout et une histoire angoissante et décadente est racontée… Incroyable, troublant, bizarre… trop punk pour l’heure qu’il est.
Metal on Metal (Lituanie) : Combinaisons de pompistes toutes rouges, un batteur, une guitariste et trois bidouilleurs de sons devant un écran prêt à balancer des illustrations pop-délurées… sauf que durant 10 minutes, rien de fonctionnait. On a frôlé le drame à la Dan Deacon de 2007 (le pauvre pleurait car rien ne sortait de ses platines et qu’il s’était fait piquer son matos en prime). Finalement tout est rentré dans l’ordre et le groupe a vite trouvé ses marques et fait se déhancher tout le hall. Première date en France, des beats froids et implacables qui risquent fort d’enflammer les clubs électro sous peu.
Ebony Bones (USA) : elle a 25 ans et en fait 35 tant sa prestance sur scène et la qualité de son travail sont grandes. Entourée de ses musiciens et de ses 2 choristes (ses bitches comme elle se plaît à nous l’annoncer), son show post-punk est pétillant et vivifiant. Mention spéciale pour les costumes.
The Black Angels (USA) : si vous aimez Brian Jonestown Massacre, vous avez frappé à la bonne porte. Un rock sombre et angoissant… et soudain l’envie de dormir me prend, ce n’est pas le moment.
Break forcé dans un canapé, discussion avec Subtitle (ami proche de Debmaster et Depth Affect et toujours aussi persuadé de me connaître), grand verre d’eau et massacre d’oreilles par les Popopopops (des lycéens baby-rockers provinciaux qui ne valent pas mieux que leurs homologues parisiens si chers au bouffon Manœuvre, qu’il se les garde !), et en piste le show must go on.
Professor Murder (USA) : l’afrobeat est à la mode à Brooklyn ? Ca tombe bien car la new-wave et le post-punk teinté d’Afrique du Sud c’est le créneau de Professor Murder. Pas de guitares mais plusieurs synthés, let’s groove.
Diplo (USA) : ou la machine à mixer des hits… Une heure et demi non stop de parfait enchaînement des titres en passant par tous les genres. Importateur du Bale Funk aux Etats-Unis, son set s’est terminé avec légèrement trop de hip-hop et rap US. Mais pour le reste, révérence bien bas Monsieur… N.B : Il est à parier que Diplo était présent la veille au mix de Sebastian car il a réutilisé les mêmes samples mais de manière résolument plus intelligente, prends-en de la graine petit français !
Chris de Luca vs. Phono (Allemagne) : après la claque prise avec Diplo, on ne s’attendait pas à un live de Chris de Luca autant orienté hip-hop. Sur scène se déhanche une masse obèse et informe (est-ce un homme ou une femme ?) dont le flow est un peu fatiguant. Le timbre de voix ne me correspond pas non plus, les machines ne suivent pas… arf, il est 4h du matin quand même, on ne peux pas se permettre de ne plus accrocher, dommage.
The Proxy (Russie) : On est venu, on a vu, on a entendu et on est reparti aussitôt tant c’était mauvais.
Là, honte à moi, je ne tiens plus debout et je rentre au lieu de tenir jusqu’au set fantastique que nous attendions tous : Dj Mujava (programmé à 6h, à ma décharge), la découverte venue d’Afrique du Sud. Va falloir attendre longtemps avant de le revoir, heureusement qu’on a filmé !
Pas vus (dommage) : Beat Torrent (ils m’avaient mis en appétit lors de leur prestation au Nouveau Casino lors des 10 ans de Radio Campus Paris), Dj Mujava (no comment c’est la honte mais en même temps il était vraiment programmé trop tard), Brodinsky (from London with love…il repassera) et bien entendu toute la programmation des bars en Trans’…
Bilan de ces Trans’ : quand on ne se drogue pas c’est décidément trop difficile de tenir la distance pour tout voir, tout entendre… On a les oreilles pleines pour une semaine et de nouveaux noms à guetter dans les programmations des salles, chouette !
* : Retrouvez prochainement toutes ces interviews filmées sur Novorama.