Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

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Quand VIC vous bouche le nez…

In Ce qui m'émeut on décembre 28, 2009 at 11:41

Pour la première fois depuis des années, j’ai passé un Joyeux Noël, réellement. Même enfant j’ai toujours détesté cette période, sauf allumer les bougies, décorer la maison et faire la cuisine pendant des heures…

Et pourtant en rentrant j’ai appris la triste nouvelle, Vic Chesnutt est parti. Je n’ai jamais été « groupie » de quelque groupe que ce soit. J’en aime certains plus que d’autres, j’ai des souvenirs plus ou moins forts aussi. Et Vic Chesnutt était probablement l’un des plus nobles personnages que j’ai pu croiser.

Il faisait froid, je traversais l’une des périodes les plus sombres de ma vie (je sortais justement du plus effroyable Noël de ma courte existence). J’étais au festival de la Route du Rock hiver 2008, seule et moyennement vaillante sur mes jambes. Lorsque Vic Chesnutt est apparu, dans son fauteuil roulant, un verre de lait à la main et un sourire jusqu’aux oreilles. Le genre de sourire qui vous donne envie d’aimer la vie. Nous n’étions que quelques personnes à vouloir l’interviewer et nous n’avions pas beaucoup de temps. Les jeunes éphèbes de Mgmt et la joyeuse troupe de Le Loup étaient là aussi. Nous étions au rez-de-chaussée en plein courant d’air, les interviews avaient lieu au premier étage. Et là il s’est produit en une fraction de seconde, sans que personne ne se soit concerté, un événement qui m’est resté gravé : il y avait un ascenseur pour le fauteuil de Vic, mais tous les artistes ont empoigné la chaise à roulettes et l’ont hissé au premier étage par l’escalier, ils l’ont déposé au centre de la pièce, ils ont mis des chaises tout autour de lui et ont déclarés : « Nous faisons l’interview tous ensemble ». Et l’un deux a ajouté “Cet homme est si grand qu’en nous asseyant nous n’atteignons pas son niveau”. Je n’avais pas de quoi enregistré ce jour là car mon matériel était cassé, maintenant qu’il est parti je m’en mors deux fois plus les doigts. Sur scène comme dans la vie, je n’ai pu voir qu’un homme toujours vaillant, toujours émouvant et humble. A l’image de sa musique d’ailleurs : entre post-rock violent et douce folk, mélodies mélancoliques et combatives.

Ca ne regarde que moi de penser cela mais j’ai toujours trouvé que le suicide était, à l’inverse de ce que peuvent enseigner certaines religions, un acte de bravoure. L’être humain n’est pas constitué pour être capable de se supprimer. Quoi qu’elle ait fait, une personne qui met fin à ses jours est une personne qui souffre, qui a retourné toutes les possibilités de son problème dans tous les sens pour se rendre à l’évidence qu’il n’y a pas d’autre issue que d’en finir. Vic Chesnutt a lutté tellement d’années qu’en finir à l’aube d’une nouvelle décennie n’est pas anodin : l’avenir se construira sans lui, autrement, lui a fait suffisamment pour l’humanité. En matière de musique bien entendu, mais de santé mentale et physique aussi (lutte pour la reconnaissance de la marijuana comme auxiliaire thérapeutique).

Ce qui fait que des yeux sont humains est cette faculté que nous avons de pleurer. RIP Vic Chesnutt. Show must go on…

THE SPIRIT – Frank Miller

In des films... on janvier 13, 2009 at 4:04

Film US / bande dessinée de super héros / 2008

The Spirit, ombre justicière, ou Denny Colt, simple lieutenant de police, est né de l’imagination et des dessins de Will Eisner au début de la Seconde Guerre Mondiale. C’est un des rares super-héros à être issu de la classe moyenne (Batman est un riche héritier, Superman est un prince venu d’une autre planète…). C’est aussi un être qui a perdu son enveloppe charnelle, il est mort alors que les autres super-héros sont invincibles. Lorsque Frank Miller décide d’adapter la bande dessinée du Spirit, on se dit qu’il y a matière à réaliser un travail de toute beauté, une complexité du personnage à étoffer et exploiter. Mais au lieu de cela, on a droit à un film hollywoodien qui mise sur un casting de stars et des images de synthèses alambiquées…

Disons le d’emblée, si Samuel L. Jackson n’interprétait pas le méchant Octopus, le film serait du niveau de l’adaptation pitoyable de Daredevil (incarné par un Ben Affleck affligeant et dont Frank Miller était scénariste). Donc le seul atout d’avoir choisi quelques stars pour ce film réside dans la prestation de Samuel L. Jackson, bien que son rôle ne fasse pas honneur à la série d’Eisner puisqu’on ne devrait jamais voir autre chose que les mains gantées de ce personnage. Eva Mendès, incarnant Sand Saref l’amour de jeunesse du Spirit, remplit comme elle peut le rôle bancal qu’on lui fait incarner mais ne convainc pas. Mais la palme du mauvais gout reviens à celle qui incarne Silk N Floss, je trouvais déjà Scarlett Johansson mauvaise actrice et chanteuse imbuvable, cette fois c’est définitif, elle est risible. Il est d’ailleurs à parier que ces tasteless d’Inrocks auront aimé le film pour la raison même pour laquelle je ne l’ai pas aimé.

Ensuite, faire une réinterprétation de la bd grâce aux images de synthèse pourquoi pas, mais il faudrait réfléchir un minimum avant d’opter pour un « tout fond vert ». Lorsque Frank Miller dirigeait Sin City, non seulement il adaptait son propre travail et risquait moins d’en trahir l’esprit de départ, mais surtout il était entouré de bons réalisateurs comme Q. Tarantino, qui l’aidèrent a créer un ovni cinématographique : une bande dessinée animée et filmée. Cette fois, la scène aquatique d’Eva Mendès pue le jeu vidéo, les scènes de batailles avec plein de flingues sont stériles, les dialogues sont dignes de spot publicitaires… Seules les scènes en noir et rouge où le Spirit parcoure la ville par les toits sont vraiment plaisantes, mais là ce ne sont que des scènes en 2 dimensions… et on ne construit pas intégralement un film là-dessus.

The Spirit est déplorable, il y a fort à parier que le second volet de Sin City ne vaudra pas la peine d’être vu. Un film à voir si l’on a du temps à perdre et un verdict définitif cette fois : Frank Miller devrait se contenter de faire ce pour quoi il est doué : des bandes dessinées et non des films.

Note : 4/10

LA MEILLEURE PART DES HOMMES – Tristan Garcia

In Ce que je lis on janvier 8, 2009 at 12:05

Roman français / 2008 / Prix de Flore 

J’ai réfléchi à deux fois avant de publier ma première chronique de 2009… Et finalement le choix d’écrire sur le premier roman d’un jeune auteur français m’est apparu évident et nécessaire. Parce que oui il existe encore en France des êtres humains pas trop abrutis par les médias, capables d’analyser les situations et de rêver et faire rire dans un monde à tendance cynico-dépressif.

Tristan Garcia a 27 ans, publie un premier roman, chez Gallimard de surcroit et rafle un prix de Flore très mérité. Il narre une époque qu’il n’a pas vécu, les années SIDA dans la communauté homosexuelle française des 80’s, c’est déjà ambitieux. Mais il se paye également le luxe de faire un récit à la première personne à travers un personnage… féminin. Chapeau bas.

Je dois reconnaître que j’ai du mal à apprécier la littérature française contemporaine ces dernières années pour une raison simple : c’est écrit avec les pieds, ça raconte des histoires sans intérêt et les gens en raffolent (ce qui n’aide pas à se faire publier des auteurs talentueux). Ma dernière déception ? Impossible de dépasser les 20 premières pages de Saad Saad (Eric Emmanuel Schmidt) tant l’écriture laisse à désirer (niveau 3ème et encore je suis gentille). J’ai rapporté illico le bouquin dans son rayonnage de la librairie et lui ai choisi un successeur bien plus intéressant, La meilleure part des hommes. Coup d’œil à l’écriture : diantre il sait rédiger en français, avec certes quelques tics de syntaxes un peu pénibles (virgules parfois à outrance) mais une fluidité et une retranscription du langage parlé assez fabuleuse :

« J’voudrais qu’tu m’prennes, tu vois, comme ça, sans capote, j’voudrais qu’tu m’fasses ça comme un bébé tu comprends ? J’voudrais qu’tu m’foutes ça dans le ventre, c’est comme un enfant qu’tu m’fais, non ? »

Pas de longueurs méritant d’être critiquées, pas de figures de style et abus de fioritures littéraires… non ce jeune homme a tout d’un bon.

La fiction maintenant : si l’auteur annonce en préambule qu’il s’agit d’une fiction et que toute coïncidence avec des personnes réelles serait fortuite, il sait pertinemment qu’il parle de deux hommes clés dans l’histoire de l’homosexualité française. Le partisan de la prévention et protection vis-à-vis du VIH d’un côté (Dominique Rossi alias Didier Lestrade, fondateur d’Act Up et de la revue Têtu), le fondateur du Barebaking – littéralement chevaucher à cru – de l’autre (William Miller alias Guillaume Dustan, décédé en 2005), contre-mouvement refusant de se protéger lors de rapports sexuels et voyant la transmission du SIDA au sein de la communauté homo comme un don (comme être enceinte pour un homme) et une révolte vis-à-vis du gouvernement politique – avec qui travaille les associations de prévention, le SIDA serait une manipulation politique pour mieux étouffer l’homosexualité. L’ouvrage met en scène un autre protagoniste écrivain (Leibowitz alias Alain Finkelkraut). Le tout est narré à travers le prisme d’une femme journaliste à Libé, Elisabeth, ami de Miller, collègue de Rossi et maîtresse de Leibowitz. Le premier opus de Tristan Garcia est divisé en quatorze chapitres, allant de la part de chacun à la meilleure part. Elisabeth retrace l’histoire qui a uni William et Dominique, pour le meilleur (ils ont vécu ensemble) et pour le pire (divergence des points de vue sur la façon de réagir face au SIDA, apologie de la haine par William). Le tout est si bien narré qu’on se demande quel parti adopter – parfois les propos de William sont réellement convaincants.

Tristan Garcia signe un excellent premier roman, on ne peut attendre la suite qu’avec impatience… Ce jeune auteur représente simplement un espoir important de “culture” dans une société qui tend à la platitude, l’uniformisme et l’indifférence générale.

Note : 9,5/10 (pour un premier roman bien entendu).

MINUSCULE HEY – We feel minuscule (EP)

In des disques... on décembre 28, 2008 at 3:39

Electro-pop barrée/ Duo français / 2008 / Alienor Records

Après la claque inattendue au concert de GaBlé aux Transmusicales, on pouvait penser que ce serait lassant sur disque. Mais en découvrant le EP de Minuscule Hey, on peux se rassurer concernant ce genre de musique : c’est aussi bon sur disque qu’en live.

Je ne chronique jamais de EP, donc si je fais une entorse à mes habitudes c’est que ça en vaut la peine. Quatre titres qui laissent entrevoir un répertoire assez étendu et plutôt bien maîtrisé : I feel minuscule et Watch out ! The Sillycats ! rappellent l’univers Acoustic Ladyland, Shoelaces dancing like a yo-yo à l’univers poétique du Spinto Band ou de Noah and the Whale avec un soupçon d’efficacité électro à la Hot Chip et Kiss Richard est probablement le titre pop qui a émoustillé mes oreilles dès la première écoute.

Un duo masculin féminin comme on en refait de plus en plus : rock, complices, déjantés et qui chantent correctement anglais (cf. John et Jehn ou The Do dont ils assurent d’ailleurs les premières parties). En plus de cela, les deux loustics ont des textes agréables et touchants (I’m gonna kiss you Richard).

Pas de très grande originalité, ce n’est pas la découverte de l’année, mais s’amuse beaucoup en leur compagnie et le tout est très bien ficelé (ce qui dans une société star-académiste vient à manquer).

Note : 8/10

TRANSMUSICALES 2008 : zapping musical

In des concerts... on décembre 8, 2008 at 10:41

Festival / Rennes – Bretagne – France / 4-6 décembre 2008

Les Transmusicales de Rennes fêtaient leurs 30 ans d’existence cette année. Ce n’est pas pour autant qu’ils avaient fait des efforts supplémentaires. Toujours situés en majorité dans les halls excentrés du Parc d’Exposition, les groupes se produisent dans des conditions déplorables pour pouvoir en apprécier la qualité. Et, comme toujours, il faut tellement cavaler entre les trois scènes qu’on ne peut voir qu’une quinzaine de minutes de chaque show. Pas étonnant dans ce cas que mon coup de cœur soit un concert qui avait lieu à l’Ubu, une vraie salle de spectacle… Bilan de deux jours d’un festival toujours prometteur.

- Vendredi –

Padded Cell (UK) : Les deux anglais sont plutôt habiles aux platines et livrent des sonorités à dominantes techno et funk. C’est bien, c’est dansant… mais c’est programmé beaucoup trop tôt pour pouvoir vraiment en apprécier la qualité.

Miss Platnum (Roumanie) : Assurément le meilleur concert de la soirée. Il suffit simplement de s’imaginer deux choristes africaines en tablier traditionnels roumains, trois hommes aux cuivres, un batteur et un guitariste entourant une grosse femme roumaine à la poitrine pour le moins généreuse vous invitant à scander avec elle des chansons plutôt marrantes, mélange de folklore des balkans et de hip-hop sucré, la sauce prend. Marre de la camée Amy Winehouse ? Pas de problèmes, vous avez mieux et plus efficace avec Miss Platnum, Give (her) the food, elle assurera le reste !

White Rabbits (USA) : Alors sur le disque ça avait vraiment l’air génial, sur scène c’est plutôt pitoyable. Des bonnes idées si l’on sait les exploiter : un piano et deux batteries accompagnent les instruments traditionnels du rock-pop. Le problème, ce n’est pas leur musique qui est plutôt sympa car entièrement pompé sur leurs ainés les Talking Heads ou Arcade Fire (bonne période). Non, le problème de ces six new-yorkais, c’est qu’ils ont le leader le plus naze du moment, un mec qui dit merci en tournant le dos au public, un mec qui se racle la gorge dans le micro, un mec qui en plus d’être petit et très moyennement attirant a le mauvais goût de vouloir ouvrir la bouche pour ne rien dire.

The Penelopes & Morpheus (Fr) : Morpheus est le Dj attitré des Trans’ depuis pas mal d’années maintenant. Il s’est associé ici au tandem des Penelopes. Bon dans l’ensemble c’était prometteur… sauf qu’il faut qu’ils apprennent à chanter juste, merci.

Birdy Nam Nam (Fr) : quatre français en rang serrés aux platines, un écran géant avec un Vj-ing de qualité, de l’électro efficace mais très peu originale. Tout est dit, vus et revus aux festivals de l’été, le show millimétré soulève la foule. A moitié étouffée, je parviens néanmoins à apprécier les quelques nouveaux titres de l’album attendu pour janvier. Ce n’est pas une découverte alors qu’est-ce qu’ils fichent là ?

The Glitch Mob (USA) : quatre américains en rang serrés aux platines, pas d’écran géant et de Vj-ing, de l’électro sur un rythme plus lent que Birdy Nam Nam mais de qualité (beaucoup plus riche). On arrivait avec une pêche d’enfer, on n’a pas réussi à se remettre dans le bain. On s’en bouffe encore les doigts… Si seulement l’ordre de passage avait été inversé….

Ramiro Musotto (Argentine) : Vu au Nouveau Casino en mars dernier, le show m’avait paru vraiment chouette à l’époque avec tous ces instruments traditionnels de folklore pluri-ethnique. Là c’était linéaire, insipide et barbant finalement… Il fallait lui offrir une scène d’une petite salle, pas un hangar.

Sébastian (Fr) : Vous voulez avoir honte d’être français à un concert d’électro ? Sébastian est fait pour vous : un dj-set qui coûte cher en Sacem et massacre/mixe Daft Punk, Kavinsky, Abba, Prodigy ou Mgmt, des samples de très mauvaises qualité, un mec amorphe et difforme derrière ses platines… c’est consternant et moins drôle que de regarder un mec totalement torché se prendre une rambarde sur la tronche.

The Shoes (Fr) : un live bien maîtrisé, l’ex-duo de The Film (l’un des concerts les plus pitoyables qu’il m’ait été donné de voir en 2007) a bien fait de mélanger ses riffs de rock à l’électro efficace et dansant.

On arrête à 3h, pas le courage d’en voir plus ; il faut pouvoir faire le grand schelem le lendemain…

Pas vus (dommage) : Depth Affect (rien de pire que d’arriver à la fin d’un concert que vous vouliez voir, heureusement Hugh Coltman m’a remonté le moral sur le trottoir), Sammy Decoster (poulain de l’EMB – Sannois, un de mes meilleurs souvenir de concert en 2007), Success (fous et mégalos, du rock-electro, c’est mon créneau), Creature (des Canadiens barrés qui jugent de qui est hot et qui ne l’est pas), Naïve New Beaters (adorables en interview, très bons en showcase).

 

- Samedi -

On commence l’après-midi par une série d’interview* toutes plutôt rigolotes et sympathiques, mais crevantes mine de rien. Ouverture des oreilles au concert à 16h30 à l’Ubu, marathon qui doit durer 16 heures.

De Portables (Belgique) : Ils sont quatre, ils sont belges, ils sont vieux (oups pardon, non, le groupe a 12 ans d’existence mais ils ne sont pas si vieux que ça). Leur post-rock est léger et assez pop aérienne, ils jonglent entre les instruments (c’est un peu les chaises musicales leur jeu de scène). Bref ce sont de bonnes bases mais ça ne décolle pas plus que ça, trop monotone et linéaire (c’est pas OHYEAR).

GaBLé (Fr) : attention révélation ! Avec eux, tant que vous n’avez pas vu, vous n’avez rien entendu. Ils sont trois (parfois quatre) : un grand bourru aux yeux inquiétants, un barbu à la bouille plutôt sympathique, et une frêle poupée au sourire énigmatique. Tout à l’air normal, sauf qu’on n’avait pas remarqué qu’en plus de leurs instruments classiques, ils possèdent toute une ribambelle d’objet qu’ils dégainent lorsqu’on s’y attend le moins : aspirateur, perceuse, lecteur de cassette secoué, cageot écrabouillé, assortiment de casseroles émaillées et boîte à rythme qui en a dans le ventre. Mon titre préféré (je l’ai appelé Motus) est une joute verbale épelée inspirée du jeu télévisé culte de France 2, Motus. C’est drôle, c’est court, c’est bien ficelé, c’est mon coup de cœur des Trans’.

De peur d’être déçus et pour mieux digérer ces créations musicales, on fait une pause musicale et on loupe The Bewitched Hands on the Top of Our Heads. Direction le Parc des Expos pour la suite des réjouissances.

Clara Moto (Autriche) : il est à peine 21h et on se croirait sur un dancefloor berlinois à 4h du matin. Une électro minimale chic et mélancolique qui sort des platines d’une jolie frimousse concentrée. Danton Eeprom version fille.

The Residents (USA) : Le concert le plus loufoque des Trans’. Il s’agit plus d’une performance théâtrale que d’un concert. Formés dans les 60’s (la préhistoire environ puisque même mes parents étaient très jeunes), on ne distingue d’eux que des oreilles de lapins et des globes oculaires rétro-éclairés. La mise en scène laisse apparaître deux chambres ovales dans laquelle son suspendues des poupées de mangeurs de carottes et une énorme lapine. Un écran surplombe le tout et une histoire angoissante et décadente est racontée… Incroyable, troublant, bizarre… trop punk pour l’heure qu’il est.

Metal on Metal (Lituanie) : Combinaisons de pompistes toutes rouges, un batteur, une guitariste et trois bidouilleurs de sons devant un écran prêt à balancer des illustrations pop-délurées… sauf que durant 10 minutes, rien de fonctionnait. On a frôlé le drame à la Dan Deacon de 2007 (le pauvre pleurait car rien ne sortait de ses platines et qu’il s’était fait piquer son matos en prime). Finalement tout est rentré dans l’ordre et le groupe a vite trouvé ses marques et fait se déhancher tout le hall. Première date en France, des beats froids et implacables qui risquent fort d’enflammer les clubs électro sous peu.

Ebony Bones (USA) : elle a 25 ans et en fait 35 tant sa prestance sur scène et la qualité de son travail sont grandes. Entourée de ses musiciens et de ses 2 choristes (ses bitches comme elle se plaît à nous l’annoncer), son show post-punk est pétillant et vivifiant. Mention spéciale pour les costumes.

The Black Angels (USA) : si vous aimez Brian Jonestown Massacre, vous avez frappé à la bonne porte. Un rock sombre et angoissant… et soudain l’envie de dormir me prend, ce n’est pas le moment.

Break forcé dans un canapé, discussion avec Subtitle (ami proche de Debmaster et Depth Affect et toujours aussi persuadé de me connaître), grand verre d’eau et massacre d’oreilles par les Popopopops (des lycéens baby-rockers provinciaux qui ne valent pas mieux que leurs homologues parisiens si chers au bouffon Manœuvre, qu’il se les garde !), et en piste le show must go on.

Professor Murder (USA) : l’afrobeat est à la mode à Brooklyn ? Ca tombe bien car la new-wave et le post-punk teinté d’Afrique du Sud c’est le créneau de Professor Murder. Pas de guitares mais plusieurs synthés, let’s groove.

Diplo (USA) : ou la machine à mixer des hits… Une heure et demi non stop de parfait enchaînement des titres en passant par tous les genres. Importateur du Bale Funk aux Etats-Unis, son set s’est terminé avec légèrement trop de hip-hop et rap US. Mais pour le reste, révérence bien bas Monsieur… N.B : Il est à parier que Diplo était présent la veille au mix de Sebastian car il a réutilisé les mêmes samples mais de manière résolument plus intelligente, prends-en de la graine petit français !

Chris de Luca vs. Phono (Allemagne) : après la claque prise avec Diplo, on ne s’attendait pas à un live de Chris de Luca autant orienté hip-hop. Sur scène se déhanche une masse obèse et informe (est-ce un homme ou une femme ?) dont le flow est un peu fatiguant. Le timbre de voix ne me correspond pas non plus, les machines ne suivent pas… arf, il est 4h du matin quand même, on ne peux pas se permettre de ne plus accrocher, dommage.

The Proxy (Russie) : On est venu, on a vu, on a entendu et on est reparti aussitôt tant c’était mauvais.

Là, honte à moi, je ne tiens plus debout et je rentre au lieu de tenir jusqu’au set fantastique que nous attendions tous : Dj Mujava (programmé à 6h, à ma décharge), la découverte venue d’Afrique du Sud. Va falloir attendre longtemps avant de le revoir, heureusement qu’on a filmé !

Pas vus (dommage) : Beat Torrent (ils m’avaient mis en appétit lors de leur prestation au Nouveau Casino lors des 10 ans de Radio Campus Paris), Dj Mujava (no comment c’est la honte mais en même temps il était vraiment programmé trop tard), Brodinsky (from London with love…il repassera) et bien entendu toute la programmation des bars en Trans’…

Bilan de ces Trans’ : quand on ne se drogue pas c’est décidément trop difficile de tenir la distance pour tout voir, tout entendre… On a les oreilles pleines pour une semaine et de nouveaux noms à guetter dans les programmations des salles, chouette !

* : Retrouvez prochainement toutes ces interviews filmées sur Novorama.

GIANT SAND @ Point Ephémère

In des concerts... on novembre 28, 2008 at 10:27

Post-folk / USA / 27/11/2008

Lundi dernier, nous constations avec mes amis que les dix premiers rangs du concert de Ratatat étaient exclusivement composés d’hommes… Dans tout type de musique, il existe des « groupes de filles » et des « groupes de garçons » et force est de constater que Giant Sand se classe dans la catégorie « groupe de garçons célibataires sur le retour, un poil dépressifs et supra-lourds à beugler entre les titres ».

Giant Sand cela ne vous dit rien ? En effet, le groupe est assez méconnu comparé aux noms qui en sont sortis ou y ont collaboré activement : Calexico, Pj Harvey et Vic Chestnutt n’en sont que quelques exemples…

Post-folk ça existe ? He bien oui, comme il existe du post-rock ou du post-métal, on peut trouver du post-folk. La plupart du temps, il ne s’agit que de vouloir jouer les pseudos-intellos de la musique (d’ailleurs c’est un trait plutôt masculin que de vouloir classer les choses de cette façon), chaque genre musical regorgeant de sous-genre aussi complexes qu’inadaptés (la chose devenant vraiment rigolote lorsqu’apparaissent des appellations comme “l’avant-post-hardcore”). Mais là, en l’occurrence, l’appellation folk ne pourrait pas convenir à Giant Sand tant leur univers musical est bancal. Sorte à la fois de juxtaposition et de mélange de jazz, métal, funk, blues, rock,, folk… tout en parvenant à garder une identité de musique américaine très présente.

Prenons l’année 1966. Howe Gelb est un jeune homme fringuant habitant quelque part entre Tucson et Los Angeles. Il assiste à la sortie des premiers albums de Frank Zappa et Jimi Hendrix, écoute Johnny Cash, Bob Dylan et Petula Clark, les Beach Boys explosent les pistes de danse avec leurs Pet Sounds… Eh bien, c’est comme si Howe Gelb avait gardé de cette époque les sonorités musicales diverses et le chiffre 66 pour la route qu’il décide de tracer à partir des années 70. La base de ce groupe, c’est de la folk de cowboys qui traversent les états américains dans leurs gros camions ou à cheval. Les divers ornements qui viennent s’y ajouter créent l’identité de Giant Sand : la voix susurrant des rimes en « er » (rapture, culture, departure…) avec un phrasé haché, les cassures de rythmes guitare-batterie…

Une soirée de qualité dont on ne peut que regretter son public de lourdingues en manque qui gâchaient le paysage sonore et visuel…

Note : 8/10