En cette soirée fraîche, si une large partie du public avait manifesté toute la journée pour la sauvegarde des retraites, personne ne voyait de contradiction à venir applaudir Jacques Higelin, qui a pourtant bien atteint et dépassé l’âge de retraite revendiqué .
Coincé sur la route, Monsieur Higelin arrive enfin sur scène alors qu’on y croyait presque plus. Il suffit d’un mot de sa voix légèrement cassée pour que tout soit oublié, pardonné.
« On navigue à vue, on n’a pas fait de balances non plus »
L’artiste en costard noir et aux cheveux poivre-et-sel s’installe au piano, entamant ce concert comme le service des transports en commun du jour : le Minimum. Les lanternes qui entourent la scène sont autant de phares qui le guideront. Les placages de bois sculptés sous les autres instruments projettent autant de mosaïques que le ciel pourrait compter d’étoiles tombées du ciel ce soir là. Malgré quelques soucis liés à l’angoisse de jouer sans filet, sans balances, Higelin reprend son souffle – « Ne vous occupez pas de mes états d’âmes qui sont très contradictoires, je ne suis pas Michel Sardou je ne sais pas gérer les aléas du stress » – et nous emmène sans difficultés au Septième ciel.
Soudain conscient qu’il joue dans un théâtre, l’homme se mue en véritable bête de scène, singeant les artistes qui grattouillent des guitares sèches en interprétant des chansons mièvres et rébarbatives,ou racontant l’histoire rocambolesque et abracadabrante de Pamela Norton pendant un quart d’heure avant d’enchainer sur Mona Lisa Klaxon et Kyrie Eleison dans une version swing avec ses six compères qui tapent le bœuf.
« Las des chansons d’amour »
Son truc à lui ce sont les hyper-giga-mégastore, « les supermarchés sont la campagne des citadins » et de poser des bouteilles de Champagne sur des macchabés pour les refroidir.
A soixante-dix ans passés, Jacques Higelin possède une telle énergie qu’il est une parfaite illustration de la relativité de la vieillesse. On est d’abord vieux dans sa tête, si La jeunesse a besoin de sa ration d’aération, lui se contente d’attendre dans la salle d’attente de la gare de Nantes le retour du Printemps et prépare ses messages pour les marécages, Tenue du suaire obligatoire !
Lorsqu’après deux heures de show, le maestro salue une dernière fois, on aimerait pouvoir rester là à siffloter comme un enfant qui va ailleurs, qui va nulle part, mais demain la vie active nous attend, il faut bien que quelqu’un les paye ces cotisations retraites, on ne veut pas perdre nos idoles maintenant.
J’aurai aimé avoir l’occasion d’écrire un billet de ce genre avant le grand départ de Monsieur Bashung qui, avec Higelin et Dutronc, sont les piliers essentiels de ma culture musicale française personnelle. J’aurai aimé partagé ce concert avec mon père qui, dans le salon et la voiture, chantait Tombé du Ciel à tue-tête avec moi. J’aurai aimé serré ce Jacques là dans mes bras. Pas grave, ça viendra. Les grands enfants n’ont pas de retraite, ils partent avant d’en arriver là.
Mais qui donc aura le courage, l’honnêteté et la grandeur d’âme de laisser descendre Arno de scène ?
En deux mois, voilà deux fois qu’on croise l’artiste belge dans des festivals parisiens. Deux fois que l’homme émeut aux larmes par tant de souffrances. Ivre mort à ne plus pouvoir articuler, à ne plus savoir tenir sur ses jambes, il est un pantin désarticulé en plein délire éthylique. Tic Tac, tangue à gauche et à droite sans la régularité d’un métronome.
Deux spectacles rigoureusement identiques à deux mois d’intervalle. Les mêmes cymbales envoyées par terre à quarante secondes de la fin du morceau, les mêmes plaisanteries sur sa famille – lorsqu’il arrive encore à les déchiffrer sur le pupitre où trônent ses antisèches ou lorsqu’il parvint à articuler chacune des syllabes. La première fois on peut penser que l’homme est engagé, laisse sa rage sourdre comme un marin défiant un tsunami dans le port d’Amsterdam. La seconde prestation laisse comprendre que l’artiste n’est même plus suffisamment maître de lui-même pour réussir à tenir une prestation d’un bout à l’autre, qu’il lui faut des béquilles pour lui rappeler qu’il doit jouer l’insoumis.
Difficile de définir si la scène le tient ou le tue… Néanmoins, à l’écoute de son dernier disque bon à jeter pour moitié et en voyant ces yeux bouffis d’alcool et ce corps malade qui tressaute, on ne peut que compatir et espérer que ses souffrances seront bientôt abrégées, qu’Arno pourra bientôt caresser l’espoir de profiter de la vie comme il l’entend, jusqu’au cou dans la boisson s’il le désire mais sans devoir conserver des apparences, sans se fondre dans un moule ridicule et pathétique.
Quelle conspiration les bookers avaient-ils manigancé pour programmer au moins deux excellentes soirées la même nuit en pleine semaine ? Le choix fut délicat mais on ne le regrettera pas.
Dans un Batofar s’étant fait beau pour la rentrée (visitez leurs toilettes high-tech, ça vaut le détour), Arandel présentait une interprétation live de son disque pointu. N’ayant jamais montré son visage, la curiosité et l’appétit auditif nous poussait à voir à quoi pouvait ressembler le personnage. Quand à Rone, toujours entendu en première partie jusqu’ici, il aurait été dommage de rater son programme trois temps Relaxion/Remise à niveau de l’estime de soi/Jouissance de la vie.
Pour sa première date parisienne – seuls les Happy Few du Normandoux avaient eu l’occasion d’apprécier son talent live jusqu’ici – Arandel s’est entouré d’invités de haut niveau. Son disque très travaillé comprenant plusieurs collaborations intéressantes, on lui aurait tenu rigueur de ne pas proposer un autre équilibre sur scène. Arandel a commencé d’occuper seul l’espace mais le salut final s’est fait à sept. Les yeux largement maquillés de noir, ce grand hibou est un touche-à-tout agissant en véritable chef d’orchestre… sauf qu’il dirige des salves d’improvisations toutes plus bluffantes que les autres. Lorsque Arandel entame #5 on entre en transe quasi-immédiatement. Les basses font vibrer le plancher, les têtes dodelinent. Un a un les invités prennent possession de la scène et des instruments. Si Vanessa Wagner a finalement annulé sa venue, tous sont là. Véritablement c’est avec #9 que chaque talent s’exprime. On succombe au charme envoûtant de Mimu (acolyte de Clara Moto qui aurait eu sa place ici) qui semble habitée lorsqu’elle s’empare du Tereminvox. Joseph Merrickn’a rien d’un monstre et anoblit chaque boucle de son trombone. Les frères Touré Kunda se greffent sans effort au projet. Plusieurs siècles de musiques et de cultures vous sautent aux oreilles subitement, cacophonie harmonique addictive.
Le temps passe trop vite, le public a du mal à réaliser que c’est déjà terminé. Ce concert tenait plus de l’expérience que de la simple prestation, faisant des compositions de splendides bases d’improvisation (part de risque : lorsqu’un invité est un peu moins bon que les autres, les impros peuvent devenir pénibles).
Lorsque Rone prend les manettes, on craint que le public ne fuie. Nous sommes un mercredi, il est plus de minuit et y’a travail demain. Est-ce grâce aux nouveaux panneaux de LED hypnotiques qui tapissent le Batofar ou parce que le changement de plateau nous a à peine laissé le temps d’aller chercher un verre, l’assistance ne s’est pas carapatée. Honnêtement, si vous aviez pu voir le sourire qui illuminait le visage de l’artiste, vous seriez resté. Rone a les lunettes d’un étudiant de math-sup, le visage rayonnant d’un gosse le lendemain de Noël et… une dextérité incroyable pour bidouiller des tas de trucs sur son écran et ses consoles. En moins d’une minute, votre cerveau zappe les impératifs du lendemain, votre corps ne vous demande pas votre avis et accompagne le doux roulis de la péniche. En pilotage automatique, seules vos oreilles s’excitent. Les boucles sont très progressives, douces et rondes, elles vous enveloppent comme une couverture de survie. Soudain un saxophone surgit, prolongeant cette berceuse pour neurones irrités par le stress parisien. Rone et son acolyte inventent au fur et à mesure, pas dans le mauvais sens du terme : cela ne se ressent pas, cela s’apprécie. Jazz et electro font si bon ménage…
Evidemment, il n’allait pas en rester là. Après tant de douceur, le public a pleinement pu apprécier les salves rock qui suivaient. Guitares électriques et clarinette, les corps requinqués s’en donnent à cœur joie, on se sent vivant et utile. Soudain le coup de grâce, Rone dégaine Bora Vocal et ses paroles de gourou d’Alain Damasio. « Ton univers sera vaste… » Les voix du public scandent à l’unisson, telles un hymne sectaire. Ode à la vie, ode à l’envie, les nuits de Paris devraient toutes ressembler à cela. Pouvoir apprécier des sets comme ceux-là est suffisant pour vivre.
Rentrer à 3h30 un mercredi n’est pas un souci lorsqu’on se remplit la tête d’autant d’endomorphines, même si j’en ai oublié mes clés et manqué de terminer sur le palier
La tendance aux concerts hors-salle en partenariat avec des marques s’accentue. Et cette fois Uniqlo s’était loué les services de Chew Lips pour animer son shopping nocturne et privé. Deux variables qui au premier abord n’avaient rien pour me séduire et pourtant…
Je dois être le dernier specimen parisien de moins de 30 ans à n’avoir jamais piraté un disque ni acheté une seule fringue chez Zara tout en ayant pourtant trois ordinateurs dans 38 m², un blog et une garde-robe qui occupe un quart de l’appart. Dans la même logique, je ne mets jamais les pieds chez Uniqlo. Parallèlement, j’avais eu la très mauvaise idée d’écouter l’album de Chew Lips dans un autoradio de voiture n’ayant plus que des basses par 35 degrés. Du coup j’en avais décrété que Chew Lips ne me plaisait pas.
Donc quand je reçois une invitation à un shopping privé dans une enseigne que je ne fréquente pas avec un groupe que je n’apprécie pas, je ne saute pas de joie.
Forcément.
Mais je dois être un peu maso et surtout très curieuse, je dis oui. Et j’y vais – pas comme ceux qui demandent des invitations à toutes les soirées de la ville et n’honorent même pas le cadeau qu’on leur fait, car oui hein c’est une chance d’aller gracieusement à des concerts/soirées au cas où vous l’auriez oublié…
Un magasin pour presque moi toute seule, une armada de vendeurs prêts à me faire 15 salutations avec génuflexion, un lieu splendide, du champagne et des hôtes souriants. Voilà qui pourrait presque m’en faire oublier que je me trouve dans le premier empire nippon du made in China. Je m’empresse d’attraper une dizaine de robes que je n’achète pas dès que j’aperçois dans le miroir ce corps que je ne saurais voir
– Vous avez des problèmes de trous dans le porte-monnaie liés à des achats compulsifs ? Soyez laid(e) c’est super efficace –
mais si j’avais été belle j’aurais dépensé des deniers.
Bref, je passe à la caisse quand même avec des collants pour la danse, des trucs bariolés histoire de mettre le bazar au milieu des tutus roses.
Et puis Chew Lips commence. Diantre, quelle surprise c’est bien mieux que dans l’autoradio surbassé. Un charmant à croquer au clavier, un adorable british à la basse et cette chanteuse qui en a dans le ventre, les talons et le haut à paillettes. En équilibre au milieu des escaliers, ce croisement sauvage de Uffie et Metronomy joue du coffre (très impressionnant) et des effets de mèches (pas des plus réussis). La voix est suave et surtout, n’abuse pas des effets électroniques factices. Les mélodies electro-pop avec juste ce qu’il faut de bling-bling dedans vous charment l’oreille… Le tout est sexy tout en restant respectable.
Après une quarantaine de minutes à tenir en équilibre entre deux marches, Chew Lips prend congé en oubliant un peu de dire au revoir, comme blasés probablement que cette date parisienne n’ait lieu que pour des Happy Few : « Je suis ici pour affaire, allez achetez Uniqlo c’est trop cool » nous lâchera la chanteuse peroxydée, un brin sarcastique.
Malheureusement et/ou heureusement, l’expérience « shopping dans une boutique grand-public mais en petit comité, sans son lot quotidien des foules et avec une bande son bien plus intéressante que la mélopée lénifiante qu’on nous sert d’ordinaire » a un bel avenir devant elle.
Une soirée sympathique et diablement efficace pour réviser pas mal de préjugés en seulement deux heures !
Paris, trop chaud, le Zénith plein. Je vois le carnage d’ici… Alors j’arrive en retard, de toutes manières j’ai une place numérotée… Pas de bol je n’arrive pas suffisamment en retard pour éviter de me fader la première partie mauvaise comme ça ne m’était pas arrivé depuis des mois. 10 Lek 6 qu’ils s’appellent ces jeunes, mélange subtil de néo-hippie aux djembés pas accordés – comme ceux de vos « camarades de classes » lorsque vous étiez en 5e vous voyez le genre ? – avec des guitares pseudos-grunge parce que c’est la mode. Donc ils sont beaucoup trop nombreux, chantent et jouent mal et ressemble à des skins avec des dreadlocks… C’est fantastique de voir une chanteuse aussi désincarnée et assourdissante de médiocrité avant Gossip et sa Beth Ditto.
Les grosses pointures (si vous me passez l’expression) se font attendre. Beth doit avoir du mal à fixer sa gaine… Voilà une femme surprenante, à chaque fois que je la vois, elle est de plus en plus grosse. Le spectacle commence sur les chapeaux de roues avec un titre phare de leur avant-dernier disque. Beth Ditto est souriante, plus en forme que jamais. Son groupe également. Les hommes sont relégués aux deux extrémités et la batteuse, toujours à l’honneur, est perchée deux mètres plus haut que le reste du groupe.
L’habillage scénique et le jeu de lumières rappellent les pochettes des Pink Floyd. Les titres défilent, tous plus tubesques les uns que les autres. Et soudain Beth s’envole. Imaginez un corps de Botero qui aurait la grâce et l’agilité d’une danseuse étoile. Son cœur va lâcher ce n’est pas possible… He bien non, Beth a ses bas de contention, sa gaine et elle s’amuse comme une folle.Impeccable spectacle sans anicroche même si la lassitude survient rapidement : les titres sont tous des tubes en puissance mais contrairement aux disques, rien ne se détache vraiment, sorte de grosse soupe de Hit Parade.
Gossip fait parler de lui à juste titre car leur façon de démonter les préjugés un à un, plus calmement qu’auparavant (pas de strip tease improvisé, chacun reste bien habillé) apporte beaucoup : ce soir là, le public n’était pas tout droit sorti d’une campagne Longchamps. Non, les femmes avaient des formes, les hommes avaient des défauts et bordel, ça fait sacrément du bien parfois de se sentir presque normale lorsqu’on ne fait pas une taille zéro.
Les belles histoires musicales ou comment, dans un monde de la musique qui crise, on peut encore trouver des rêves qui se réalisent. Parce que je suis une fille qui a aussi le cœur guimauve.
Il était une fois un homme qui avait une vie déjà bien remplie mais qui rêvait de devenir chanteur. Chanteur français en plus, parce qu’il n’était du genre à se fixer des défis trop simples. Alors bon, il faut des sous pour réaliser son projet, pas de problème, il va économiser jusqu’à avoir assez pour tout faire comme il a envie.
Et l’homme travaille, monte son business, roule sa bosse, met des sous de côté pendant des années. Il sort un album au format vinyl, se dote d’un site Internet chic, un Facebook, un Myspace même ! Ne reste plus qu’un live…
Alors un lundi triste de mai, il s’offre le Café de la Danse pour fêter avec panache la sortie de son album. Pendant que les nébuleuses musicales s’excitent sur Deftones ou Bonobo, lui fait salle comble et réalise son rêve.
Dégaine entre Bashung et Dutronc, slim en skaï et lunettes noires, il a tout : les musiciens, les photographes, les caméras, les techniciens, le public. Et c’est parti.
Cet homme ne se démonte pas, enchaîne 45 minutes de spectacle alors que c’est son premier concert. Il chante – plutôt juste, il danse – plutôt bien, il s’amuse – plutôt un max, ses musiciens assurent, les textes de Nerval, Verlaine (sublime Kate) ou Rimbaud résonnent comme il faut. Et ses textes à lui sont aussi beaux : J’me saoule, lointain cousin de Je bois (Vian) ou Dans la chambre, encore imparfait mais touchant. L’homme est drôle, attachant, s’en donne à cœur joie. Fin du spectacle, il salue timidement et s’éclipse. Ne maîtrisant pas encore tous les aspects du direct et d’une franchise imparable, il revient très vite sur scène pour le rappel parce qu’ « il a soif et a hâte d’aller boire un verre ». Il sort ses lunettes et lit sa liste de remerciements, réussissant pourtant à en oublier. Le rappel à titre unique, Ne grandis pas, il le dédie à sa fille, papa amoureux de sa progéniture, le temps file toujours trop vite. Et lorsque sa princesse le rejoint avec un bouquet il est tout simplement heureux.
Second rappel ? Non pas question, ce n’était pas prévu et il a soif, alors il s’en va. Comme ça, voilà.
Il était une fois un homme qui, à presque un demi-siècle, a réalisé son rêve. Tout simplement. Il vivait heureux et vivra aussi bien maintenant.
Travailler un jour férié, quoi de plus naturel dans la Sarkozie. Benjamin Biolay, amant présidentiel malgré-lui, était accompagné ce soir-là de cinq musiciens pour, si ce n’est gagner plus, récolter des suffrages unanimes sur son talent. Spectacle impeccable.
Présentation du groupe, accoutrés comme pour un enterrement. Une bonasse (aka Celle-là B.B. se la ferait bien) jouant d’instruments des plus érotiques (violoncelle et harpe), un bassiste de ressemblance lointaine à Arthur H, un batteur portrait craché de JS Zanchi, un guitariste sosie de Patrick Timsit et un claviériste-électronicien aux allures du Damon Albarn simiesque des clips de Gorillaz. Quelle fine équipe où le cheveu, lorsqu’il demeure sur les crânes (parce que pour le batteur c’est mort hein…), est long et gras. Et agrémenté d’une casquette Faith enfoncée jusqu’aux yeux (dans le cas de l’électronicien) en prime, c’est vraiment engageant. Benjamin Biolay est à l’image de son équipe, tout de noir dévêtu, chic-négligé, avec la mèche poisseuse dans l’œil…
Tout cela tranche avec le champ sémantique des chansons de Biolay (Rolex, partie de jambe en l’air, toxicomanie…) ou les références permanentes à son meilleur ami le Président (ainsi Biolay réinterprète la Merco Benz en Sarko-Benz, Brice Orte-benz, Radida-Benz…). L’homme a choisi pour ce dernier concert parisien de nous la conter bien triste. Le temps de chien qui n’en finit pas ? oui. La douleur ? aussi. Un club de groupies pousse des hurlement sur Night Shop (Elle me dit que t’es beau) et lui-même n’y croit pas (tu m’étonnes…). Le Damon Albarn mène la danse, les arrangements très électroniques du jumeau maléfique sous sa casquette dominent le chanteur humble qui ne peut retirer la main droite posée sur son cœur qui bat sous ce costume trop sombre. Il nous joue Patrick Bruel le Biolay ? (tiens mais d’ailleurs c’est un autre ami de Sarkozy lui…)
Au bout de dix titres, un sous-produit de Monica Belluci mal attifée et aphone – prénommée Alka et inconnue pour de très bonnes raisons vue l’étendue de son talent – le rejoint pour un duo (dont je n’ai pas été fichue de remettre le nom dessus). Le personnage se détend et laisse éclater ses blessures, les réelles cette fois. Son mal de reconnaissance, son problème avec les filles, le shampoing anti-pelliculaire inefficace… Les boutons de la chemise s’ouvrent, révélant les petites rondeurs et le torse imberbe. B. Biolay reprend la main, seul au piano (Novembre toute l’année). Sa montée en puissance prend progressivement le pas sur ce jumeau bling-bling à l’électronique. Et qu’importe les problèmes techniques sur La Superbe, il ne la perd pas et sur Qu’est-ce que ça peut faire ? on se demande s’il s’agit encore d’un duo tant ce chanteur se déchaine. Lors du bouquet final (A l’Origine) il brille de mille feux, sans artifice. Crache crache Benjamin, jusqu’à plus soif, le groupe suit et pour la première fois, sourit.
S’en suivent deux splendides rappels qui insistent sur le fait que Benjamin Biolay a un talent musical polymorphe et mérite salle comble. Le mélange de Négatif avec Clint Eastwood de Gorillaz viennent confirmer nos supputations. L’électronicien est une sorte de double du chanteur, sa part d’ombre, non pas cachée au fond de la scène mais trônant à ses côtés. C’est la harpiste qui lui donnera la réplique pour clore ces deux heures de show d’un Brandt Rapsodie sans Jeanne Cherhal (qui ne nous manquera pas, cf. chronique).
Corps et âme lié à sa musique, Benjamin Biolay est autant excellent acteur que musicien, arrangeur et compositeur, et même si ça lui a pris du temps de s’imposer, il n’est pas prêt de nous lâcher. Un concert où être petite n’est pas un handicap.
Soirée parisienne qui sent l’orage, du bitume s’échappent des odeurs acres et la chaleur vous vient par les semelles, mon humeur joue la grenouille de la dépression… Ca va craquer, je file me réfugier à la Maroquinerie et passe l’un des meilleurs moments de la semaine comme je ne m’y attendais pas.
Six jeunes hommes anglais pur-jus ont pris place sur la petite scène intimiste de la Maroquinerie. Leur chanteur principal, portrait craché de Chris Esquerre, attire immédiatement la sympathie du public. Ils sont venus présenter leur nouvel album (King of Rome, sorti le 15 mars) et, même si la salle est loin d’être pleine, ils semblent déterminés à nous démontrer mordicus qu’ils ont du talent. Et ça fonctionne parfaitement.
En plus d’avoir de l’humour, ces gars là ont une sorte d’aura joviale hautement communicative. Et tous les titres, s’ils se ressemblent parfois un peu trop, se muent en une longue balade aussi mélancolique qu’hilarante. En plus de leurs instruments somme toute basiques, le groupe a recours à des bidouilles en tout genre qui n’en finissent pas de vous vous travailler les zygomatiques. Notamment sur Reminder où les samples de fou-rires finissent par avoir raison des moues parisiennes les plus dédaigneuses. Mais par-dessus tout, ces six là sont capables de réussir à vous hypnotiser dès qu’ils dégainent leur atout magique des voix en chœurs aux sonorités ultra-romantiques. C’est dansant sur King Of Rome, entêtant sur Under the Waterway et terriblement rétro avec So long St Christopher ou Boulevards (vous vous souvenez de l’époque des boums où les garçon vous ruinaient systématiquement les articulations des doigts de pied ? Eux oui !).
Last Decades ne me lâchera pas jusqu’à ce que, dans mon lit, mes yeux se ferment apaisés avec un sourire pointant au bout de mes lèvres (je le sais car je me suis réveillée dans l’exacte même posture). Avis à toutes les filles, procurez-vous ce délicieux bijou pop-rock. Et si vous êtes un garçon sensible, non ce n’est pas une insulte, vous pouvez en faire de même.
Rien de tel qu’un bon Dominique A pour clore ce mois de mars froid et pluvieux. Le Bataclan archi-plein avait un avant-goût d’été ce soir là. Et si le public de trente-cinq / quarantenaire était arrivé bougon, les deux heures de spectacle ont eu raison de lui.
Première partie assurée par Bertrand Belin, dernier artiste ayant rejoint l’écurie Cinq7, accompagné d’une dame à forte personnalité, ce qui ne gâchait rien au charme de sa voix profonde et grave. Un duo guitare-batterie honoré de jouer devant une salle comble dont les textes incisifs ont un petit quelque chose d’intéressant. Attendons le disque pour se prononcer plus en détails.
Changement de plateau très rapide, Dominique A démarre sur les chapeaux de roues avec un extrait de son dernier disque (La Musique). Contrairement à la Route du Rock, il est accompagné de trois musiciens qui lui emboitent le pas comme il se doit. Ce soir Dominique A est le maître de soirée et mène le spectacle comme il l’entend. Souriant, il se lance dans un petit jeu de blind-test, livrant chaque fois un indice sur le titre à venir. On aura donc droit à trois titres « sortez les mouchoirs », suivis de deux morceaux « nettement plus secs », enchaînés sur deux titres hommages dont une splendide version de Manset « qui voyage en solitaire mais habite le XVIe ». Dominique A se déhanche, le public commence à se faire très enthousiaste, on assiste à une véritable phase de séduction, les morceaux se font plus chaloupés. Premières syncopes. Dominique A ne l’entend pas de cette oreille et annonce un retour à des choses « plus plombantes », histoire que cette aventure d’un soir ne se termine prématurément. La suite du concert ne sera qu’alternance entre titres électro, rock voire post-rock, à cheval sur le lacrymal et l’effervescence joyeuse. Tous les répertoires y passent, avec une part belle aux titres du dernier opus. Lorsque retentit Le Bruit Blanc de l’été, la foule est en liesse, Dominique A s’amuse « mais laissez-moi parlez ! Je peux en placer une oui ? », le summum du chaud-comme-braise s’exprimera pleinement dans Hotel Congress, Dominique A, sentant qu’il va provoquer des orgasmes chez les célibataires femelles quarantenaires, casse le ton en commençant le « discours de remerciements qu’il aurait fait s’il avait gagné aux Victoires de la Musique ». Le public en redemande encore et toujours et durant deux heures, Dominique joue et donne sans compter.
Oui mais voilà, pour tous ceux qui auraient aimé le voir en concert, Dominique A a annoncé en fin de concert qu’il ne jouerait plus. Il se retirerait en Bretagne pour cultiver des choux-fleurs bio et impulser une nouvelle politique culturelle à Saint-Malo, il travaillerait sur le brevetage d’un système anti-annulation de dernière minute des groupes du festival de la Route du Rock.
Une très belle soirée qui nous a fait oublié que le climat n’est pas particulièrement clément ces derniers temps, on réenfile le manteau et les écharpes en sortant, mais qu’est-ce que ça fait du bien !
Juin 2006, chaleur humide, je me jure de ne plus jamais accorder le moindre intérêt aux baby-rockers qui fleurissent les salles parisiennes. Tous ces noms de groupes pseudo-intellos dont les seuls noms me hérissent l’épine dorsale ne trouveront jamais grâce à mes yeux. Quatre ans plus tard, les Plasticines me donnent toujours autant de boutons, Second Sex déshonore la musique, Les Naast sont presque enterrés (oh joie !) et le nouveau disque des Parisians traine sur mon bureau sans que je sois encore capable de l’insérer dans la platine. Et si au milieu de tous ces ados-pantins connaissant mieux les marques de blousons de cuir en vogue que les capitales européennes, il y avait réellement un groupe tenant la route ?
A l’écoute il y a six mois du nouvel album des Shades, je me demande si je ne passe pas à côté de quelque chose. On ne m’aurait pas précisé que c’était les Shades, j’aurais d’ailleurs été plus indulgente. Et lorsque Technikart y va également de son reportage double page, le doute m’assaille. Bertrand Burgalat n’est pas un mauvais gars (on a les mêmes lunettes, il ne peux pas être foncièrement mauvais) et surtout je lui accorde plus de confiance qu’à cette loque de Manœuvre. Alors lorsqu’on m’invite au concert précédant la sortie de 5/5, ce disque entendu il y a six mois, je mets de côté ma fierté indie-exigeante et je m’y rends avec mon (gros) lot d’appréhensions mais aussi tout ce que j’ai pu rassembler de bonne humeur. “Dans la famille Baby-rockers, je demande les Shades, Bonne pioche !”
Premier constat univoque : les Shades ont fait de sacré progrès. Adieu les phrasés dégoulinants, exit les gosses ressemblant plus à un magazine qu’à des musiciens, terminée aussi l’époque « égo démesuré » avec mouvements de guitare surjoués (même s’il reste encore quelques progrès à faire de ce côté, les mauvaises habitudes ayant tendance à revenir au galop). Donc si le public a moins de 20 ans (ou plus de 45, entre les deux point de Salut) et pogote en poussant des hurlements pré-pubères, le groupe lui a su vieillir dans le bon sens du terme. Tel un bon alcool, les Shades ont été maturé entre des mains attentionnées et exigeantes (contrairement à leur flopée de collègues). Ce n’est pas encore parfait, mais ils sont jeunes et ont le temps de progresser.
Seconde bonne impression, les Shades ont un certain talent pour faire résonner comme il faut le français. Si les textes ne sont pas encore transcendants, ils sont simples et humbles : la famille, les angoisses de l’adolescence, les expériences douloureuses de la vie. Il est difficile de faire sonner le français et si l’on transposait le tout en anglais, je peux vous assurer que vous seriez aussi emballés que moi par ces mélodies rock classiques mais bien maîtrisées, qui sont vivantes comme il faut, la crispation du début se dissipant peu à peu pour laisser s’exprimer une batterie, trois guitare et des claviers electro-pop comme ils l’entendent. Et, force supplémentaire, lorsque le groupe entonne un seul titre en anglais, c’est le moins convaincant du lot. Qu’ils ne s’engagent pas dans cette voie/voix là, ce n’est pas la leur. Ce test permet de se concentrer uniquement sur les mélodies aux accords impeccables et démontre leur habileté musicale.
Enfin, et c’est un plaisir de pouvoir l’écrire ici, les cinq jeunes semblent prendre sur scène un tel plaisir de jouer, simplement jouer, que le sourire gagne nos visages assez facilement. Jubilation de voir que la persévérance a du bon lorsqu’elle est entourée comme il faut de professionnels de la musique attentionnés (car oui, ces gens là sont bel et bien indispensables au développement maximal du potentiel d’artistes, contrairement à ce que les temps modernes ont tendance à vouloir nous faire croire). Joie de se dire que les préjugés se démontent parfois : savoir reconnaitre ses torts fait aussi beaucoup de bien parfois.
La musique des Shades ne me retourne pas l’âme, non pas parce qu’elle est mauvaise mais bien parce que je préfère d’autres choses ; exactement comme Radiohead n’est pas un mauvais groupe mais ne trouve pas grâce à mes yeux. C’est indépendant de leur volonté et de la mienne. Je ne peux leur souhaiter qu’une belle continuation dans la lumière et réécouterais à l’occasion quelques titres avec plaisir sincère.
Ayant passé une première partie délicieuse en compagnie de Mathieu Amalric (enfin c’était surtout en compagnie de Mathieu de Spoka parce que Amalric j’ai pas osé lui parler après être restée à côté de lui 25 minutes), venu assister comme moi au spectacle de Fortune (Nouveau Casino), encore un peu trop “jeune groupe qui se lance et qu’a pas encore l’habitude du public parisien parce qu’à Morlaix les bretons c’est vite bourrés donc toujours sympas” (copyright Claire) mais en progrès, j’ai failli rentrer chez moi sans aller voir Aufgang… Quelle énorme bévue j’allais commettre…
Après deux chroniques de leur disque, une interview et un live report de leur dernière prestation au Café de la Danse je trouve encore le moyen de vous parler du groupe le plus intéressant depuis un an ? He oui, car le trio piano- batterie me surprend et subjugue encore. Bien loin du chic récital du Café de la Danse, Aufgang devait convaincre sur le dancefloor à un horaire bien plus tardif. L’équation « puissance d’Aufgang + sound system de la Machine » laissait présager du pire, mais le pari fut remporté haut la main, encore une fois.
Configuration laissant Aymeric Westrich et sa batterie plus en arrière de la scène, Francesco Tristano et Rami Kalifé ont des mines enjouées et des fringues plus simples. Oubliées les chemises de popeline de coton, place aux tee-shirts permettant de se démener comme il se doit pour démontrer qui sont les maîtres à bord.
Spectacle encore mieux rôdé qu’il y a quelques mois, les pianos ne mouftent pas, dociles bien comme il faut. Ce soir le public peut se déhancher à loisir et ce sont les samples et la batterie qui sont à l’honneur.
Si certains pouvaient reprocher au groupes quelques boucles trop nineties désuètes sur leur disque (et leurs premières prestations), tous les samples ont été retravaillés avec des textures moins oldies mais tout autant dangereuses, flirtant en permanence avec la variétoche internationale. Jubilatoire de voir ces excellents équilibristes ne jamais tomber du côté obscur de l’electro-techno mariée à des instruments plus classiques.
Si ce soir la batterie a repris un rôle plus conventionnel de rythmique d’accompagnement par des boucles quasi-automatiques, les pianos continuent d’être des substituts détournés de leur fonction d’instruments rois.
En particulier, comme promis d’ailleurs lors de leur interview, le trio livre un nouveau titre hypnotique où la fonction de chaque son n’a pour but que de vous faire perdre vos repères. Déstructuration maximale pour mélodie optimale, on ne sait plus où donner de l’oreille, génial…
Décidément, les petits prodiges d’Infiné sont en mesure de tenir tête à pas mal de préjugés et entretiennent les paradoxes : groupe élitiste et accessible, morceaux élaborés et simples, public exigeant et easy-listening… On rêve d’une collaboration féminine « pour voir » (au hasard, Clara Moto).
…ou Comment un groupe a définitivement perdu tout intérêt et crédibilité
Groupe Brooklynien / Pop – Rock / 23/03/2010
Jamais deux sans trois pourrais-je dire. Ne parvenant pas à m’expliquer comment un groupe pouvait produire un beau premier album et proposer dans le même temps des prestations scéniques déplorables, j’avais décidé de donner une troisième et dernière chance aux jeunes de MGMT. Un concert désincarné qui les discrédite à jamais, heureusement rattrapé par leur excellent choix de première partie, Zombie Zombie.
Souvent j’aime plus les premières parties que les têtes d’affiches et ce soir là, plus que jamais. Lunettes à grosses montures et tee-shirt à l’effigie de l’excellentissime Turzi, le duoZombie Zombie a parfaitement rempli son contrat de « première partie ». Ils étaient là pour faire monter la sauce, pour plonger l’assistance dans un bien-être et un état d’esprit le plus indulgent possible à l’égard de MGMT. Les nappes krautrock d’Etienne Jaumet et Cosmic Neman avaient des accents electro minimal de Detroit ce soir là – l’album solo d’Etienne Jaumet en collaboration avec Carl Craig étant passé par là. Trois titres hypnotiques comme il faut, ajouré de moult motifs rythmiques foutraques, allant du collier de moules au cri de Tarzan. Plus que jamais le duo semble sûr de lui et attentif au public qui le lui a bien rendu. Doucement une léthargie euphorique s’empare des corps et la demande de rappel n’était pas factice. Me voilà donc dans les conditions optimales pour avoir envie d’aimer ce qui va suivre.
Après un changement de plateau un peu long (quadruple vérification des micros, on ne pourra pas dire qu’ils n’ont pas été checkés), les cinq américains prennent place, embrayant directement sur un titre de l’album à paraître (Congratulations dont il ne faut pas attendre de chronique de l’opus sur ce site, d’ailleurs mon collègue s’en est parfaitement chargé sur Playlist Society). Accoutrés aussi bien que pour une soirée canapé – jeu vidéos entre potes subventionnée par Uniqlo, c’est à peine si les longs cheveux du guitariste ne se prennent pas dans les cordes. Accueil un peu froid du public qui n’était pas composé d’ados groupies débraillées mais plutôt de trentenaires parisiens un peu renfrognés en uniforme de travail : jean-basket-blouson de cuir (avec une variante trench, que d’originalité et de fantaisie, vraiment !). Seraient-ils mal réveillés d’un décalage horaire ? Le batteur baille à souhait. Le chanteur a-t’il encore une voix ? Ses étranges changements brusques d’octaves laissent penser que, soit il mue encore / à nouveau, soit il se force à chanter dans un ton qui lui a été imposé, soit il veut se saborder. Il en va de même pour le clavier, certains accords revival nineties en plein morceau sixties, ça n’a pas l’air très normal…
Quinze minutes plus tard et toujours pas un sourire, ils ont déjà aligné cinq titres au compteur et se lancent dans une réinterprétation d’Electric Feels des plus consternantes. Je m’explique.
Le gros problème de MGMT c’est leur retenue, leur parfait remplissage du contrat. On leur a dit de jouer la setliste en se conformant aux arrangements du disque ? Eh bien le groupe jouera ce qu’on leur a dit de faire. Ce genre de maladresse je l’ai excusé la première fois, le mettant sur le compte de leur jeunesse et inexpérience de la scène, pensant sincèrement qu’ils prendraient de l’assurance. Et lorsque le guitariste se lance dans un mini-solo d’improvisation de trente secondes, on comprend finalement pourquoi ils sont tant mis sous cloche. S’ils ne sont pas parfaitement contrôlés, les jeunes de MGMT font n’importe quoi : ils chantent mal, ils jouent mal, ils se tiennent mal. Ce n’est pas dans leur cahier des charges de dire « Merci » ou « Bonjour » ou de sourire mais il est noté qu’il faut faire de la pub pour le nouveau disque qui va sortir ? Alors nous n’aurons pas droit à autre chose…
En revanche on remarque immédiatement que, même s’il est mauvais, le mini-solo du guitariste lui fait esquisser un quart de sourire. Il semble enfin prendre un peu de plaisir à ce qu’il fait. Et ses accords ont des accents bien plus hard rock, ce qui colle d’ailleurs avec son look d’adepte de Metallica (et l’on avait senti cette même adrénaline sous-jacente lors des premiers titres joués à Rock en Seine). Et si les MGMT ne jouaient tout bonnement pas la musique qu’ils aiment ? Et si les très forts relents britpop du nouvel opus leur cassaient les noix et qu’ils voudraient plutôt faire de l’electro-pop ou du hard-rock, revenir en somme à leurs premiers amours noise-rock ?
Loin de moi l’idée de vouloir les plaindre ou de leur trouver encore une fois des excuses, mais il semble de plus en plus plausible que ces pauvres loulous réalisent qu’ils se sont fait avoir : ils ont signé pour 4 albums avec Sony, ils sont sous la coupe d’un Dave Fridmann influent qui exige éventuellement une orientation psyché-pop ou expérimental-rock à la Flaming Lips ou Mercury Rev, ils sont pieds et poings liés et s’exécutent sagement. Du coup ils sont tristes comme les pierres, ils s’endorment sur leurs instruments (authentique, le batteur devrait apporter son oreiller). On a pourtant envie d’y croire, on cherche l’euphorie de Time to Pretend, on se prend à dodeliner de la tête sur Song For Dan Treacy mais ça ne décolle pas, on se détend enfin un peu sur Brian Eno, plus vivant que la version studio, mais c’est la fin du concert. Et on a presque envie de pleurer en entendant ces jeunes terminer leur show en se lançant des fleurs tout seuls (Congratulations, qui est aussi le morceau final de leur second opus, applaudissements inclus), cela sonne comme une ode funéraire.
Un spectacle minuté d’une heure pile – pas trente seconde de plus – où l’on assiste à la lente agonie de cinq pantins. Qu’on laisse se reposer ces pauvres brooklyniens, qu’on leur donne des vacances et de la liberté dans leur musique ou sinon l’un d’eux risque de nous rester dans/sur les bras (à vous de voir comment considérer le problème). La pochette de leur nouvel album illustre bien tout cela d’ailleurs : un petit renard, ersatz de Sonic, panique seul sur une planche de surf car il manque de se faire bouffer par une grosse vague-monstre-chat pleine de dents. Cela s’appelle un « retour de vague » et c’est synonyme de « retour de hype », c’est violent et brutal, ça fait mal et on s’en relève rarement. R.I.P. MGMT.
Groupes américains / Psyché-folk – Rock / 23/02/2010
Salle quasi-pleine en ce soir pluvieux de semaine, le public étant probablement plutôt venu pour acclamer Le Loup, groupe de néo-hippies de Washington s’inscrivant dans la droite lignée d’Animal Collective ou Fleet Foxes.
Je passerai sur Scary Mansion où une chanteuse aphone ressemblant à une émeu cherchant ses œufs et une choriste potiche pareille à une girafe mastiquant des feuilles pendant des heures ont réussi à provoquer chez moi des relents bénarbariques (J’ai faim, j’ai froid, en plus il bruine, note : 2/10).
Le Loup ne s’est heureusement pas trop fait attendre et a assuré un très beau spectacle, même si le Café de la Danse n’était pas la salle la plus adaptée pour leur univers. Pas de doutes, ils sont bien néo-hippies : jean déchirés et informes, pantalon poché aux genoux et bonnet rouge, grosses barbes et cheveux longs… Le chanteur rappelle un peu le geek d’Hot Chip– comprendre ici look improbable, lunettes à grosses montures et de petite taille mais gesticulant dans tous les sens. Et c’est parti pour une heure de spectacle évoluant entre ballade folk soignée et transe afro-beat blanche. Si l’on frémit dans un premier temps en entendant Le Loup égrener les titres de son dernier album (Family) dans l’ordre (pourquoi donc les artistes n’ont-ils toujours pas compris que ce n’est jamais bien reçu par le public ?), très vite s’intercaler des morceaux des opus précédents beaucoup plus pop, qui contrebalancent l’ambiance Roi Lion.
Le final est sublime, grâce à la demande du groupe qui a demandé à tout le monde de se lever ou au moins de se rapprocher de la scène (voire d’y monter pour deux jeunes hommes chanceux bien faits de leurs personnes, dont l’un pourrait être le batteur de Nelson), le public doucement entre en transe sur les rythmes tribaux de Family, titre phare qui laisse rapidement place à Celebration et à l’improvisation. Si la salle du Café de la Danse est une belle salle a plusieurs égards, elle ne reste cependant pas très adaptée pour les atmosphères dansantes de groupes comme Le Loup. Faire se lever et rapprocher le public était la meilleure manière pour le groupe d’obtenir un semblant d’ambiance et de se sentir moins isolés sur scène.
On avait découvert Le Loup sur scène lors de la Route du Rock hiver 2008, dans une collaboration beaucoup plus douce avec Vic Chesnuttet Yeasayer (vous imaginez la soirée génialissime que cela a été…), leur univers a évolué et leur habilité s’est affinée. Très beau concert.
Radio Campus Paris / Pop-rock, Hip Hop / 12/02/2010
Voilà cinq belles années que Radio Campus Paris possède une demie-fréquence (93.9 fm de 17h30 à 5h30) pour promouvoir des artistes qui n’ont pas toujours l’occasion d’être soutenus par les radios commerciales (Top Tape, Novorock, Tout foutre on Air), pour parler d’initiatives du monde étudiant ou associatif (A l’Asso, La Matinale de 19h) ou encore pour parler d’amour des musiques (Iconoclash, Bam Salute, Mets plus fort, Voltes Phases, Random, Poney Club 54, Jazz and Co ou Proxima Estacion). Et comme à chaque fois qu’elle organise une soirée pour fêter son existence, Radio Campus Paris sait proposer une programmation à son image : pointue, décalée et de qualité. Ce soir là, ce sont General Bye Bye, :Pilötet Le Klub des 7 qui s’y sont collés côté concert (telle une Cendrillon, je n’ai pas pu rester pour le clubbing donc je n’en parlerai pas cette fois).
General Bye Bye est un quatuor pop-rock qui en a dans la cage thoracique. Leur premier EP sorti en 2009 (Alphabetical) est à l’image de leur univers : on fait le tour du globe des influences musicales en quelques minutes. Les mélodies d’Europe de l’Est se mélangent aux riffs acides d’un rock endiablé. Plus loin la ballade pop guitare-voix se fait envahir de sonorités électroniques. La voix de leur chanteuse sublime l’ensemble, en combinaisons d’ouvriers, ils viennent vous faire une opération à cœur ouvert : cinématographique et addictive, leur musique ne laisse pas de marbre et en ouverture de soirée on ne pouvait pas mieux espérer.
Si Le Klub des 7 était le groupe attendu de la soirée, :Pilöt en fut incontestablement sa plus belle surprise. Une frêle femme tient tête à deux micros, accompagnée de musiciens tout aussi concentrés qu’elle sur leurs instruments. De cette frèle carcasse sort une explosion d’émotions, de rires, de cris, de douleurs et de plaisirs. Prenez une morphologie de crevette à la plastique impeccable de Top-Model (au hasard Kate Moss…) et greffez-lui des cordes vocales de PJ Harvey et Nic Cave ; vous obtenez une artiste bluffante de talent. En quelques minutes, elle est mutine, charmante, odieuse, dédaigneuse, ivre morte ou enragée. Et sa voix suit le même schéma, mutante saurienne. La petite tornade n’épargne personne (à commencer par Good Karma),on entre avec délectation en transe avec la sirène et j’en perdrais la voix lors de l’interview en sortie de scène, restée perdue dans les plaines d’Apache et circonvolutions d’Arpo. :Pilöt fut la découverte Printemps de Bourges pour l’Ile-de-France (2009) et l’on ne peut que s’en réjouir : pas de petits rockers pour représenter la région capitale mais une formation à la forte personnalité, à l’univers qui lui est propre.
Enfin, que dire de la prestation du Klub des 7 sinon « Joie Joie Joie » ? Réunis presque au complet (sans le trop snob Fuzati, le trop ivre Gérard Baste et le défunt Freddy K), James Delleck, Le Jouage, Detect et Cyanure ont assuré le spectacle avec quelques invités en bonus, dont les délicieux Gourmets de Lyon. Interprétant essentiellement des titres de leur nouvel opus (La Classe de Musique, 2009), on a a eu également droit à plusieurs nouveau titres. Le plus jouissif fut probablement Gossehandicapé (titre inventé) où James Delleck s’est livré à un inventaire à la Prévert des excuses qu’on peut trouver à un gamin un peu looser parce qu’il n’a « pas d’papa, pas d’papa, voilà ». Très en forme, le groupe finit par inviter le public à se déhancher sur scène avec eux, pour notre plus grand plaisir (ne pas cf. les photos compromettantes).
Et voilà, terminé, minuit passé il est temps pour mes vieux os de se rentrer… Radio Campus Paris aura encore une fois démontré non seulement son utilité dans le paysage médiatique parisien (via la promotion de trois excellents groupes), mais aussi que culture n’est pas toujours synonyme de cloisonnement social (en réussissant le trop rare pari de réunir différentes catégories socioprofessionnelles et en osant mélanger différents genres musicaux). Joyeux anniversaire belle RCP !
Grand privilège que d’assister à ce concert très convoité, test auprès du public français du quatrième album des anglais avant le Grand Mess du Bataclan le 8 mars prochain. Musiciens angoissés et public guindé au départ, l’atmosphère s’est rapidement détendue pour devenir dansante et bon enfant.
Ils étaient six ce soir là sur scène et les renforts n’étaient pas de trop pour sublimer le travail d’un groupe qui a fêté ses dix ans. One Life Stand était donc à l’honneur, entrecoupé de quelques titres phares de Ready for the Floor pour mieux faire avaler le nouveau virage pris par le groupe : un revival pop-nineties où l’electrodance prend pas mal de place.
Il faut l’avouer, tout le monde était bien content d’avoir enterré l’Eurodance cradingue avec le changement de millénaire et Calvin Harris s’était pris une volée de bois vert méritée pour son ignoble second opus (Ready for the weekend) l’année dernière. Le risque était donc plutôt conséquent pour Hot Chip qui avait enfin su s’imposer autant aux masses qu’aux amateurs d’electro plus exigeants. Bref, connaissant plutôt bien le nouvel album, j’ai eu le loisir d’étudier mes congénères dans la salle et pu vérifier que chaque démarrage de titre à base de basses et samples variétoches-russkoff risquent facilement de faire saigner les oreilles. C’est l’aisance et la bonne humeur de ces musiciens qui finit toujours par l’emporter.
Emission en direct, les anglais ont 55 minutes chrono pour faire leur démonstration. Pantalon de velours jaune et chaussures de clown orange, Alexis rivalise de style avec le batteur qui arbore de splendide espadrilles orange. Tout le monde se souvient encore de leur dernière prestation à La Cigale où ces types avaient des K-Ways fluos alors que la température de la salle flirtait avec les 40 degrés, ce soir ils ont presque l’air de dandys à côté ! Ils se débarrassent rapidement des banalités promotionnelles d’usage (leur album sort la semaine prochaine) et se lancent. Gros sample booty-shake désarçonnant quinze secondes, mais notre petit binoclard rafle la mise dès qu’il se met à chanter. Les titres phares electro-pop (We have Love, Hand Me down your love, One life Stand) sont bien accueillis dès l’introduction abrupte passé. I Feel Better a un peu de mal à convaincre du fait de ses rythmiques très 90’s et ses clap-hands synthétiques, les voix vocodées sont atténuées et tout va mieux. Les six musiciens se regardent et semblent hésiter un instant avant de proposer un de leurs morceaux plus mélancolique. Tout le monde se calme, il fallait bien un enchaînement sur un ancien tube pour réussir à garder toute l’attention des oreilles qui leur font face. Tous les titres de l’opus précédents ont été retravaillés dans la veine du nouveau disque et cela sonne très bien. Le groupe s’autorise des extended versions de ses titres, chacun des trois leaders jonglant entre les instruments et les micros. Le guitariste et le nerd sont ceux qui ont le plus de latitude et qui paraissent s’amuser comme des petits fous. Ils enchaînent les titres sans respiration et l’ensemble, qui regroupe des titres du troisième et du quatrième disque, se lie parfaitement. Leur ligne musicale tient la route.
22h58 pile, le groupe quitte la scène, très pros, assez soulagé d’avoir passé ce premier examen. Nul doute que de nombreux ajustements vont avoir lieu d’ici la date du Bataclan mais Hot Chip a démontré la cohérence de son travail, loin d’être Cheap…
Owen Pallett était plus connu derrière l’appellation Final Fantasy. Mais voilà, l’appellation étant devenue protégée, on a contraint OwenPallett à quitter son patronyme de scène. Fort heureusement, son talent n’a en rien été altéré et son humour n’a pas gâché la soirée.
Je n’avais pas pu écouter un album d’Owen Pallett depuis trois ans, tant certains titres me rappelaient des souvenirs pénibles, démons que je n’étais pas prête à affronter. Le concert de la Maroquinerie devait donc servir à tourner définitivement la page, à ne reprendre que du plaisir à l’écoute des volutes pop d’un cavalier seul qui était ce soir là accompagné de temps à autre d’un ami à la guitare et aux bruitages.
Ce qui frappe, c’est la dextérité déployée exponentielle au plaisir qu’il semble prendre à jouer et chanter. Armé d’une série de pédales, il sample différentes boucles au violon tantôt pincé, tantôt frappé à l’archet, tantôt joué plus classiquement. Un clavier est également présent en renfort, et bien entendu il y a cette voix. Esthétiquement, l’homme est plutôt négligé, en fringues style coton bio équitable qui rappellent fortement les pyjamas de nos jeunes années. On semble faire irruption dans sa chambre où il se donne le droit de rêver sans retenue, racontant les histoires chimériques de He poos clouds.
Owen Pallett raconte son dernier passage en France, deux ans auparavant. Il a l’air embarrassé mais poursuit son histoire : deux ans auparavant, La Blogothèque l’avait invité à jouer un morceau au violon et voix. Le chanteur avait alors réalisé qu’il a toujours recours à l’enregistrement de boucles pour ses morceaux et qu’il était bien incapable de jouer sans joujoux technologiques, tel un hippie. Alors de retour chez lui, il avait travaillé quelques morceaux de cette manière. Et histoire de ne pas s’être enquiquiné pour rien, il nous en livre un ce soir-là. Le dernier mouvement est à nouveau avec toutes les boucles qu’il faut pour sublimer ses douces mélodies planantes. Le résultat est vraiment grandiose. Et voilà comment Owen Pallett vient d’exorciser un mauvais souvenir où il s’était senti minable.
Rappel. L’artiste revient avec une bouteille de vin blanc et l’on comprend que le « verre d’eau pendant le concert» était peut-être plutôt ferrugineux. Owen envoie balader son archet en plein titre et le récupère avec ce petit air contrit et gêné sur son visage d’ado mais néanmoins une classe et un charme inégalable. Un peu plus tard, il se plante dans une boucle, pas grave, il reprend méthodiquement.
Fin du spectacle, les lumières se rallument, le flot moutonneux de la salle pleine se dirige docilement vers la sortie lorsqu’Owen revient pour un second rappel. Un titre assez court mais efficace et plein de poésie, plein de fautes mais rattrapées encore une fois tout en douceur.
Et voilà comment, en moins de deux heures, un homme vient d’exorciser mes dernières blessures d’amour propre qui trainaient depuis trois ans, catharsis dans les rêgles. Assister à un si beau spectacle un dimanche soir permet d’envisager le lundi et tout lendemain difficile différemment, les spectacles d’Owen Pallett devraient être remboursés par la Sécu.
Après avoir souligné le talent de cette frêle jeune femme maintes et maintes fois, après lui avoir rendu grâce pour avoir sauvé le niveau de la Release Party de Séverin, après l’avoir hissé au vingtième rang du Top du Blogueurs, la rendant ainsi seule artiste solo française trouvant grâce à nos oreilles parmi 600 disques ; voilà que la belle Marie Flore nous fait enfin le plaisir de nous inviter à SA release party. Une soirée qui commence tôt, pour le plus grand bonheur de mon humanuscorpus explosé de fatigue mais qui n’aurait manqué cela pour rien.
Marie Flore a changé. En mieux. De l’image d’une fille émaciée au corps maladif, il ne reste que la voix, toujours sur le fil, semblant pouvoir se casser en un instant. Marie Flore a pris du poids, et l’assurance qui va avec, elle semble bien mieux dans sa peau et l’on peut compter de nombreux sourires sur un visage qui se cache encore derrière sa frange. La série de concert en première partie d’EmilieSimon semble lui avoir fait du bien, le poulain apprend vite. Elle rayonne dans une robe à paillettes, toujours un peu timide, mais n’ayant rien perdu de son humour piquant. Marie Flore n’est plus seule non plus, un batteur et une choriste (France) l’accompagnent de temps à autre. Les morceaux ont ainsi plus de relief. Notamment une nouvelle création Wake Up, écrite deux heures avant le spectacle racontera Marie Flore pour la petite histoire, est beaucoup plus dynamique, rock empiétant à un répertoire à la Tom Waits. Auparavant, une voix et une fragilité de Cat Power sautait aux oreilles dès les premiers accords, à présent on sent une personnalité plus affirmée émerger doucement. On a envie de lui conseiller d’aller discuter avec Phoebe Killdeer car leurs univers sont proches, une mélancolie entraînante sous-tendue d’une rage pétillante.
Marie Flore alterne entre des titres seule aux accents rock et des collaborations plus folk avec ses amis Joseph Leon et Gaspard Royant. Yours avec G. Royant est particulièrement émouvante, sorte de revanche sur le concert du Scopitone où Marie Flore n’avait pas pu venir jouer car malade. Spécialité de l’artiste, le spectacle s’achève sur une reprise folk des Pussy Cat Dolls, un I hate this part polysémique car ni elle ni nous n’avons envie que cela se termine.
Bien entouré, un artiste va loin et progresse comme il se doit. Marie Flore peut récolter paisiblement les fruits de son labeur et nous pouvons repartir avec le sourire, heureux d’avoir repéré une jeune pousse et d’avoir joué le tuteur lointain. Nul doute qu’il faudra en reparler très prochainement !
L’album de Marie Flore est toujours disponible, n’hésitez pas !
Marie Flore sera en concert à La Flèche d’Or le 10 mars 2010.
On l’aurait rêvé, ça n’aurait pas forcément été possible… The Limes, Please ! Don’t Blame Mexico et Maison Neuve dans une même soirée, c’est rare et c’est précieux, comme lorsqu’on vous offre un bijou.
Ouverture de l’écrin avec probablement le groupe le plus touchant de la bande. Parce qu’il est notre « super groupe » à la française. Les citrons verts se produisent sans leurs copains américains et ils en sont tout émus. Pauline aka Mina Tindle a encore pris en assurance au chant, on apprend entre deux chuchotis qu’elle travaille à son album solo, ça risque de promettre. L’ami David aka Toy Fight n’a rien perdu de son accent anglais à la française. Et je mets enfin un visage sur Orouni,à la guitare. Jean Thévenin aka The Rodeo / Toy Fight / et tout un tas de groupes chouette s’empare des baguettes en arrière-plan à la batterie, Hullo ajoute son saxophone au joyeux ensemble et c’est part pour la ballade franco-américaine version allégée. Ils nous font même le plaisir de nous offrir des titres inédits. Excellente entrée en matière, on crève d’envie d’un Mojito pour faire durer le plaisir.
Please ! Don’t Blame Mexico est le velours du label : soyeux mais d’un rouge venin qui cache bien des surprises. Maxime Chamoux aka Toy Fight (oh tiens, vous avez déjà lu ce nom de groupe ;) ?) a toujours autant de difficultés avec ses transpositions (à force de nous prévenir à chaque concert, on commence à trouver cela sympa qu’il reprenne un morceau de zéro, finalement, ça fait durer le plaisir). Ses trois collègues font cracher le chaud et le froid à leurs instruments : de la douce mélodie pop, on passe rapidement aux accents rock, le tout entrecoupé de passages plus sud-américains. Un titre « en solo au piano en honneur à Mozart » fait aussi partie des facéties de Please ! Don’t Blame Mexico, qui se boit comme du petit lait.
Enfin, l’audace et goût du risque indispensable à toute personne qui ose offrir un ornement est incarné par Maison Neuve qui met tout son cynisme et sa maladresse désinvolte au service de la musique. Cousin lointain de La Maison Tellier, ils aiment à triturer les mélodies folk et western spaghetti et provoquer nos oreilles de chants pas toujours justes. Mais lorsqu’ils affirment que leur musique vient du cœur, c’est on ne peut plus juste et, mieux, cela va droit dedans. Touché au cœur par ce rock efficace agrémenté de parties de saxoqui vous transportent loin.
Un anneau doté de trois pierres ce soir là… Le joyau de la soirée, c’est Sauvage Records, ce label indépendant, tout petit mais doté d’une forte personnalité en la tête pensante de Stéphane Buron, orfèvre qu’on ne remerciera jamais assez de prendre le relais pour croire qu’une scène parisienne folk-rock a du talent.
Artiste français / Chanson française – Slam – Hip Hop / 20/01/2010
Changement de programme, concert au lieu d’une soirée calme. Dum Dum, jamais entendu ce nom. Les 3 Baudets, une salle que je ne fréquente jamais. Parfois il est bon savoir bousculer ses habitudes car cela réserve des bonnes surprises.
Dum Dum est un gars un peu maigrichon, un peu chauve, qui rappelle un peu Nosfell dans sa manière de se tenir au micro. Renseignements pris, ce n’est autre que Félix Jousserand, créateur du Spoke Orchestra (bravo mon inculture !). Il n’est pas tout seul, une sorte de clone de lui-même en plus grand se tient dans l’ombre d’un Mac et d’une basse (Vincent Artaud) ; un guitariste qu’on trouve de premier abord tombé là par hasard, au look Manœuvre-Eudeline en moins camé et plus doux (Gilles Coronado) ; et un batteur à chapeau qui semble d’excellente composition (Régis Ceccarelli) viennent parfaire le tableau.
Dum Dum attaque sec et, ne sachant pas ce qui m’attendait, c’est d’autant plus brutal : « L’amour c’est le tiercé gagnant oublié dans une poche de pantalon après un programme triple essorage ». Ca commence bien, je sens que je vais m’amuser. La prestation prend de l’assurance après quelques blablas maladroits mais touchants de par leur spontanéité. Le premier morceau plutôt slam-rock laisse la place tantôt à des titres plus doux à texte bien lêchés évoquant des Florent Marchet ou Arnaud Fleurant Didier, tantôt à des accès hip-hop cynique faisant largement écho au Klub des 7 ou TTC. C’est cohérent, intéressant, convainquant.
Soudain se produit un petit miracle : Dum Dum interprète Boris Vian en reprenant Snob. C’est suffisamment risqué pour m’intéresser. Aucun faux pas, la mode est à Gainsbourg ? Dum Dum a choisit plus noble, plus difficile, et bien plus en adéquation avec son univers. Cerise sur le gâteau, la reprise est sobre, rythmée d’accents punk qui sabrent les textes tels des rasoirs.
Incisif et honnête, voilà deux adjectifs à retenir pour caractériser un groupe français de qualité dans lequel, encore une fois, on peut croire.
Arrivée volontairement un peu en retard car je ne pensais pas être intéressée par la première partie de Gaspard Royant, j’ai quitté la Scopitone en ayant eu quelques surprises : d’abord Gaspard Royant n’avait pas encore joué, en prime je m’en serai voulu d’avoir raté cette prestation de mon nouveau petit chouchou, enfin Gush a livré un spectacle de très grande qualité.
J’avais croisé le patronyme de Gaspard Royant par hasard sur Deezer, mon attention ayant été retenue parce qu’il présentait un duo avec Marie-Flore. Je ne pensais pas aimé autant sa carrière solo également. D’abord le jeune est plutôt mignon, habillé sagement et armé de sa guitare et quelques boucles rebelles. Puis il y a cette voix, ni prétentieuse, ni trop trvaillée, mais parfaitement juste, avec ce qu’il faut de coffre et doté d’une énergie charmante. Un acolyte l’accompagne au piano, très à l’écoute et ultra-souriant ce qui est réellement agréable dans un lieu comme le Scopitone, que l’on a connu « Paris Paris » coincé, hautain et junkie. Gaspard Royant ne jouera que quelques titres, des ballades folk toutes de qualité. On ne peut que regretter l’absence de Marie Flore, malheureusement malade ce soir-là. M’étant procuré l’EP vous pourrez lire prochainement plus de choses à son sujet.
Entracte. Salle comble pour un concert privé. Les quatre Gus de GUSH se font un peu désirer. Mais l’attente en valait la peine. Mise en scène soignée malgré l’étroitesse de la scène, un jean rouge à boots, un jean turquoise à bretelle et deux barbus presque hirsutes font leur entrée. Ils sont de bonne humeuret pleins d’énergie et cela devient très vite communicatif. La salle ultra-réceptive oscille doucement du corps, dodeline parfoisde la tête, chante par intervalle. Comparés aux versions sur disque, les titres des GUSH sont bien meilleurs en live (et pourtant l’album est bon, cf. chronique de Everybody’s God à venir). Oscillant entre pop sixties (Killing My Mind), hommage aux Beatles (Let’s Burn Again) ou balades folk, leur talent saute aux oreilles comme une évidence. Il faut en particulier souligner le travail du batteur, qui joue debout, sautille et chante d’une voix claire à faire vaciller toutes les idées sur les sopranos mâles… Petite dédicace à Mano Solo qui était dispensable pour In the Sun. Sur Vondelpark, le public se déchaîne, GUSH en rajoute donc une couche et le batteur manque de tout casser. Leur spectacle est très bien travaillé, les quatre gaillards ont pris beaucoup d’assurance depuis trois ans (vu dans ce même lieu trois ans auparavant, leur musique n’a plus rien de comparable…). Le final a Capella est sublime (Jealousy), le public et le groupe font chorale, c’est bon enfant, ça fait du bien.
Deux groupes en G (ça change des groupes en « the ») à suivre donc, car fichtrement bons. Partie pour une soirée plutôt banale, je suis rentrée chez moi comblée… seules les imbéciles ne changent pas d’avis !
Projet orchestral français / Electro-pop symphonique/ 06/01/2010
J’ai pour habitude de choisir avec soin le premier concert de chaque nouvelle année. Suite à la suggestion d’une lectrice de ca blog (cf. Aufgang), j’ai donc décidé d’aller jeter une oreille du côté de Private Domain. Une déception tempérée de bienveillance.
Marc Collin aime monter des projets revisitant des genres musicaux ou des époques (cf. Nouvelle Vague, projet seventies qui a repris du service pour un troisième opus et Hollywood mon Amourdédié aux musiques de films cultes des années 80). Il s’est donc associé à Iko dans un projet voulant agrémenter les grands classiques de la musique orchestrale (Rameau, Schubert, Bach, Verdi, Fauré…) de boucles electro et de musique amplifiée. Un chœur accompagne un petit ensemble classique (violons-violoncelles-contrebasse-flutes-hautbois…), des électroniciens et claviers. Marc Collin (à la guitare) et deux chanteuses solistes viennent compléter l’ensemble. Iko s’est bien entourée, on découvre la folkeuse de Moriarty, Rosemary Standley, sous un jour de chanteuse soprano en latin, italien anglais et français. Soulignons-le : cette femme a sauvé le spectacle. Louise (de Paul et Louise) s’essaye quand à elle aux ballades pop et aux chorales d’une voix claire.
De bonnes idées en somme, des arrangements plutôt bien fichus (par Para One et Emilie Simon notamment), une scénographie minimaliste mais qui a le mérite d’exister, des musiciens talentueux… A priori rien à redire. Et pourtant l’ensemble ne prend pas. La setliste fait le choix aberrant de clore le spectacle par un Requiem. Les trois premiers titres étaient intéressants, la ballade pop de Rameau était gentille, mais la dernière demi-heure devient un supplice. On a régulièrement l’impression d’assister à un show de variétoche calibré pour France Télévision, tranches 3e âge et beauf-attitude…
Bref, une belle déception étant donné tout le potentiel qui était déployé. Je préfère remettre ça sur le compte du stress et le rodage en cours du spectacle.
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Je terminerai cette chronique spécialement pour Calliope, à laquelle je dédie ce billet : Private Domain et Aufgang sont définitivement deux projets n’ayant rien à voir l’un avec l’autre.
1) Le premier est un collectif d’une vingtaine de personnes alors que le second est un trio.
2) P.D.* fait étalage d’instruments différents suivant les titres alors qu’Aufgang ne se concentre que sur le piano dont chaque partie est exploitée.
3) P.D.* inclut énormément de chant alors qu’Aufgang n’a aucune voix sauf un sample (Good Generation).
4) Les samples et mix en direct sont dans un cas très pointu et sérieux, dans l’autre presque rétro-ringards à prendre au second degré.
* Pardon pour ces initiales peu élégantes mais je n’ai pas choisi le titre de ce projet… :)
Film muet de Sergueï Eisenstein, 1925 / 12/12/2009
Ne jouons pas les intellos-bobos téléramistes, aller au cinéma pour voir un film muet demande un effort surhumain. Ne serait-ce que de braver le froid hivernal pendant 25 minutes aurait déjà dû me dissuader d’y aller. Sauf que ce soir là, la curiosité fut plus forte que tout car la bande originale du film était revisitée en direct par les deux protagonistes de Zombie Zombie.
Le cuirassé Potemkine est resté célèbre dans l’histoire russe pour sa mutinerie, prémices de la révolution de 1917. Eisenstein propose une version de l’événement qui est probablement erronée. Donc un film muet c’est long et un peu gonflant, un film historique erroné c’est moyennement intéressant et les techniques cinématographiques ont tellement évolué qu’il est difficile de resté concentrer une heure et demi sur du noir et blanc saccadé.
C’est ainsi qu’on découvre quel peut être l’importance d’une bande son et également qu’on peut mesurer le talent d’un artiste. Etienne Jaumet et Cosmic Nemo se donnent complètement pendant le film, ultra-concentrés sur les images qui défilent parfois trop vite pour eux. Au départ il s’agit plus d’un accompagnement musical, cymbales et nappes électroniques rythmant l’action. Mais petit à petit les boucles hypnotiques et les accès de krautrock trouvent leur place. Ce n’est pas un concert de Zombie Zombie mais bien un exercice spécialement dédié à ce film. Très vite les images prennent une autre saveur. La musique qui accompagnait le film devient leader et transforme de ce fait l’écran en images de Vj-ing. On s’attend presque à ce le film prennent les couleurs fluo de la pochette de A Land for Renegades.
Lorsque le mot Fin s’inscrit sur l’écran, la salle est conquise et applaudit chaleureusement. Salle d’ailleurs très hétéroclite, réunissant retraités, jeunes accro d’électro ou couples bobos en mal d’animation du 104. Le seul problème des films, c’est que contrairement à un concert, il n’y a jamais de rappel… Espérons que l’expérience se renouvellera, voire s’étendra (je verrais bien A smoked husband remis en musique par Sébastien Tellier tiens…).
Salle comble pour le premier concert d’Aufgang à Paris depuis la sortie de leur premier album. Précédés d’une premier partie présentant le travail électronique de Rone allié aux improvisations de Gaspard Claus au violoncelle, la soirée fut telle qu’on l’attendait : exceptionnelle.
Rone et Gaspard Claus
Rone fait partie de ces artistes discrets mais doués qu’on peut dénicher à Paris. Il est rare de voir un électronicien porter des petites besicles rondes, ça lui donne un côté gamin en décalage complet avec ce qu’il est capable de faire cracher à ses machines. Il livre des nappes d’electro minimale qui, si elles étaient un peu trop douces au départ pour une première partie d’Aufgang, ont pris progressivement de l’ampleur jusqu’à une intensité telle que le public en a redemandé. Gaspard Claus pendant ce temps là improvise quasiment en permanence des partitions de violoncelle un peu barrées, rappelant Erik Satie ou les partitions texturées de Kaija Saariaho. La prestation manque de temps pour pouvoir dévoiler toutes ses subtilités mais il y a indéniablement quelque chose à creuser.
Court entracte, excitation et papillons dans le creux du ventre. Contrairement à leur prestation en mai dernier à la Cité de la Musique où les pianos étaient tête-bêche et où le batteur tournait le dos au public (cf. la vidéo de Grandcrew), la configuration adoptée ce soir prend plus de place. Aymeric Westrich et sa batterie sont le personnage principal de l’histoire, les machines sont dissimulées sur le côté. Les pianistes et leurs mastodontes sont de trois-quart de part et d’autre du batteur. On repense à Battles qui place également la batterie au centre de l’attention du public. L’avantage de la configuration de la Cité de la Musique créait plus de complicité entre les deux pianistes. Là, ils vont devoir livrer chacun un combat contre leur bel animal. Oubliez le polish et les honneurs habituellement rendus aux pianistes dès qu’ils mettent un pied sur scène. Ici les pianos sont poussiéreux, les pianistes n’ont pas de queue de pie et les mouvements de bras et de jambes ne sont pas sanctionnés, au contraire.
Si d’ordinaire le public n’apprécie guère d’assister à un concert où les titres suivent rigoureusement l’ordre du disque, la donne est un peu différente pour ce groupe. L’album d’Aufgang comporte une progression en trois mouvements qu’il est indispensable de respecter pour comprendre l’objet de la musique de ce trio peu banal. Retroussement de manches, grande inspiration, regards complices et c’est parti pour une bataille d’une heure.
Channel 7 plonge les spectateurs dans l’univers batterie-piano en un temps record. On entend jusqu’aux déclics des appareils photos, la tension est déjà palpable. Dociles, les 250 kilos de bois et cordes se laissent manipuler et guider par la batterie vers des musicalités rappelant Detroit. Dès Barock, le système de résistance aux conventions s’enclenche. Tout va pour le mieux pendant les trente premières secondes où les partitions s’apparentent à de la bonne musique de chambre du XVIIIe siècle. Mais ensuite, la batterie et les nappes discrètes se font plus insistantes et prennent la direction des choses. Pris en otages, les pianos sont réduits à l’état d’instruments parallèles, un rôle d’accompagnement par la répétition de motifs hypnotiques. Le tout est terriblement entraînant, le public commence à dodeliner de la tête pour suivre les circonvolutions des mélodies captivantes. Enfin surgit Sonar, titre phare qui les a fait connaître (au festival barcelonais du même nom), dans une version nettement plus travaillée. Les mélopées parasites faites de bidouillages sonores envahissent peu à peu le morceau. Rami répète toutes les boucles deux fois plus que dans la version originale, Francesco insère des motifs en quart de ton. Aymeric reste plus concentré que jamais et est simultanément très à l’écoute de ses acolytes. L’équivalent vestimentaire de ce morceau pourrait s’apparenter à une robe en dentelle de Bruxelles (pour les incultes : dès le 16e siècle, Bruxelles produisait une superbe dentelle aux fuseaux en non-continu, c’est-à-dire dont les motifs étaient faits séparément puis joints par un réseau. Cette dentelle se caractérisait par le travail en relief autour des pétales, feuilles et autres motifs). Les corps sont déployés, les musculatures s’expriment, le trio est maître du jeu.
Soumission - Aufgang
Interlude où Rami Khalifé prend la parole. Lui qui est pourtant le plus timide rend compte de son émotion de voir la salle pleine, de présenter le fruit d’un travail de cinq ans devant un public très attentif. Les deux pianistes échangent leurs postes, histoire de montrer aux instruments vernis noir qui commande. Francesco et Rami offrent Prélude du passé à Aymeric. Lui reste tête baissé, on s’attend même à ce qu’il remonte les jambes contre son torse, comme un fœtus. Morceau mélancolique dédié à l’un de ses amis chers (cf. l’interview rocambolesque), il se recueille avant d’emboiter le pas au duo pour parfaire des sonorités qui viennent triturer votre cœur de rythmiques enjouées comme peut être la Vie : des coups durs parsemés de bonheurs intenses de courte durée. Good Generation inverse définitivement la balance, on entre dans ce troisième mouvement où les pianos se retrouvent un peu plus asservis chaque minute jouée. Machine à jouer subordonnées à la musique amplifiée, eux les nobles pianos ? C’est dans 3 Vitesses que le bras de fer saute aux oreilles puis aux yeux. Il y a certes trois humains sur scène mais c’est comme si chaque corde, chaque cymbale, chaque bit prenait vie. Le piano est ici un instrument qu’on laisse vivre et s’exprimer à sa guise, il tousse, il rouspète et s’énerve. Francesco et Rami résistent de tout leur corps (en témoignent leurs chemises littéralement trempées), ils se lèvent, se ruent sur les pédales, font le grand écart entre les octaves. Enfin survient l’apothéose, la Soumission. Les claviers tiennent à reprendre l’avantage et le font savoir. Francesco Tristano et Rami Khalifé tentent de les contenir, et ils ne se contentent pas de s’occuper de leurs touches d’ivoires. Non, ils l’encombrent de partitions éparpillées, ils grattent les cordes, ils bidouillent les tables d’harmonies, ils caressent le bois, ils triturent les marteaux et les feutres en prennent pour leur matricule. Les trois corps des musiciens se voûtent, les instruments leur obéissent mais semblent répondre d’un impératif supérieur. Chaque note, chaque sonorité s’expriment pleinement. Sous des allures déconstruites, on retrouve bien une rigueur implacable.
Fin. Applaudissements. Salut. Le trio semble exténué mais revient pour un ultime morceau en guise de rappel. Très belle soirée où Rone et Gaspard Claus servaient de marchepied à l’envolée de marches que nous a fait gravir le trio d’Aufgang avec élégance et modestie.
Groupe américain / Rock Expérimental – Noise – Post-hardrock / 31/10/2009
Ce soir là au Nouveau Casino, mieux valait ne pas avoir oublié de quoi vous protéger les oreilles sous peine de devoir vous racheter une paire de conduits auditifs. Le quatuor californien Health était déterminé à nous faire la démonstration en quarante-cinq minutes de set que leur musique n’est pas un classique parcours de santé.
Alors certes, au premier abord quarante-cinq minutes de set, c’est un peu court pour une tête d’affiche… Pas dans le cas de Health dont le nouvel album, Get Color, atteint à peine plus d’une demi-heure, et dont la puissante décharge sonore est si présente dans chaque seconde des morceaux qu’on ne demande pas notre reste.
Lorsqu’ils prennent place sur scène, on comprend immédiatement
1) qu’on va sacrément déguster,
2) que ce qu’on s’apprête à voir relève autant de la performance sonore que du concert,
3) que le batteur (BJ) à l’intention de nous montrer qui est le plus balèze ce soir.
Fait étrange, les musiciens jouent la plupart du temps assis (du clavier sur les genoux notamment, imaginez l’état des rotules). Le guitariste central (John) passe autant de temps à jouer qu’à sauter dans tous les sens, agitant ses longs cheveux.
Les titres sont plus ou moins acides, les tempêtes soniques et chant obscurs accompagnent un martellement implacable du batteur imperturbable. Parfois les mélodies se font plus pop (Die Slow). On ressort de l’expérience éreinté et hébétés, complètement paumés dans ce brusque retour à la morne réalité ambiante (il fait froid, il y a des gens partout, il faut sortir de la salle…).
Health porte parfaitement son nom : ils vous rappelle que vous êtes vivants, que votre être est capable de ressentir simultanément une douleur aiguë et une excitation lancinante. Health est la meilleure des drogues (Death +), celle qui vous fait dévorer la vie à pleines dents (Nice Girls) tout en provoquant une petite mort (Die Slow). Après cela, vous vous sentez invincibles, plus agile qu’un tigre (Before Tiger), plus souple et fluide que l’eau (We are Water), prêt à bouffer votre propre chair (Eat Flesh).
Précédée d’une première partie agréablement surprenante de Féfé, Alice Russell offrait à l’EMB-Sannois la première date de concert de sa nouvelle tournée. Un concert de plus de deux heures pour ravir nos oreilles comme il se doit !
Féfé a lancé sa carrière solo après dix ans de bons et loyaux services pour le hip-hop avec le Saïan Supa Crew (je vous invite à découvrir sa bio en images, il raconte tout ça très bien). Je n’attendais rien de cette première partie et le résultat m’a plutôt plu ! Des accords de guitare certes basiques, une façon de chanter qui tire régulièrement sur le rap (ce qui crée un contraste amusant entre les mélodies et le phrasé), mais des textes vraiment piquants et du charme à revendre. Féfé démontre qu’on peut rebondir de différentes manières, certains diront qu’il s’est rangé, qu’il est devenu vieux et il vous le confirmera, lui le jeune à la retraite !
Alice Russell prend place en retard avec ses cinq musiciens en costards. Blanc sur blanc sur des british, ce n’était peut-être pas le meilleur choix (et leurs costumes étaient mal taillés mais ce n’est qu’un détail). Elle facette de mille feux dans sa robe à paillettes. On peut parler de show à l’américaine tant le spectacle est rôdé. Chaque titre est annoncé, les morceaux s’enchainent, les chorégraphies aussi, trop de titres pour prendre le temps de discuter… C’est très pro, très carré, tout en sachant rester assez de connivences avec le public. Au beau milieu de son set, la dame disparaît en coulisses, ses musiciens entament un bœuf jazzy délicieux. Lorsqu’Alice reparaît, elle s’est changée, elle avait simplement trop chaud explique t’elle. Jeux de lumières, jeux de jambes, jeux de voix… il ne manque rien à ce spectacle très bien rôdé pour une première. Les reprises de Seven Nation Army (White Stripes) ou de Crazy (Gnarls Barkley) sont à vous retourner les tripes. On est pris par l’euphorie de ces mélodies qui groovent, qui jazzent, qui laissent s’exprimer une des plus belles voix soul-funk du moment. Etonnement, on n’est pas transporté jusqu’au fond de nos tripes pour autant…
Quoi qu’il en soit, le plateau de l’EMB-Sannois ce soir là était égal à lui-même : de qualité. Féfé est un artiste à suivre et Alice Russell confirme que la qualité de son disque égale ses prestations scéniques.
Groupe parisien / Kraut – Rock – Electro – Psyché / 29/10/09
En ce jeudi soir, on arrive à l’Elysée Montmartre en se disant que la salle sera à moitié pleine (ou à moitié vide, à vous de choisir votre camp), que les invités présents vont pour la plupart ou ne pas se donner la peine d’honorer l’artiste de leur présence ou repartir en faisant cette moue dubitative si caractéristique qui donne envie d’avoir des accès de violence. Et que Turzi ne gagnera donc pas encore la renommée qu’il mérite. Mais ce soir là, la chance a peut-être tourné. Grâce à un excellent line-up (SCUM et sa batteuse talentueuse, Etienne Jaumet et ses disques psychédélico-dantesque, Koudlam à la mise en scène chic et soignée et ses samples décalés…), la prestation de Turzi s’inscrivait comme l’aboutissement d’une soirée dédiée à la recherche de musicalités nouvelles. Le public avait été préparé en douceur à assister à une prestation difficile d’accès au premier abord. Et force est de constater qu’il s’est produit l’effet escompté.
Dans un premier temps, on s’est inquiété d’entendre Turzi jouer dans l’ordre les titres de son nouveau disque B qui, il faut le reconnaître, est ardu à la première écoute et n’est donc pas approprié lorsqu’on veut faire découvrir l’univers de ce groupe à des néophytes. Fort heureusement, la setliste a évolué en proposant une immersion plus douce, à condition de se laisser envahir par les mélodies électro-rock aux accents krautrock et aux textures psychédéliques. Car il s’agit bien d’une plongée dans un univers complexe. Le V-jing, contrairement à la prestation du Nouveau Casino, fonctionnait parfaitement, proposant une visite virtuelle des villes en B de l’album à travers GoogleEarth : Beijing, Buenos Aires, Bombay, Baltimore, Brasilia, Bogota… et ces quelques bonus pour la fin, un magnifique survol du château de Versailles et ce splendide bug/goodies où l’on aperçoit un squelette du Roi (?) dans une fondation du Palais…
Pour ceux qui n’ont pas encore été convaincus ou ceux qui voudraient ne pas louper le coche pour le prochain concert, les réflexions qui suivent s’adressent à eux.
Nombreux sont ceux qui confondent Turzi en tant que groupe et Romain Turzi en tant que musicien aux projets solos très électro. Un concert de Turzi n’a rien à voir avec Turzi Experience, c’est comme si vous assimiliez la folk d’Herman Düne au krautrock de Zombie Zombie : certes Cosmic Neman joue de la batterie dans les deux groupes, mais les deux prestations qu’il propose n’ont rien à voir l’une avec l’autre. Si Romain Turzi a bien proposé au milieu du concert un titre exclusivement électronique grâce à son Tenori-on, c’était une incursion de son travail solo dans son travail de groupe. De même, s’il était annoncé que Turzi jouait Bce soir là sur le flyer, les adeptes auront immédiatement reconnu qu’il y avait également des morceaux extraits de A (Alpes et Afghanistan). Turzi n’est donc pas un groupe à classer simplement en électro ou simplement en krautrock. Non, l’une des grandes qualités de ces musiciens est justement d’être capable de faire évoluer leur musique d’un disque sur l’autre, de ne pas se cantonner à un genre musical en vogue (krautrock) ou plus facile d’approche (électro) et de proposer de véritables virages dans leur approche musicale. Pour résumer, Turzi est un groupe français qui, bien qu’injustement sous-estimé, est capable de prendre des risques et d’assumer des choix musicaux. Oui Romain Turzi est d’origine versaillaise comme Air, mais contrairement à eux il est encore capable de créativité.
Nombreux sont ceux qui disent ne pas « comprendre » la musique de Turzi, c’est parce qu’elle s’adresse moins à l’intellect qu’aux sens. Au premier abord, vous avez l’impression d’assister à une cacophonie foutraque. Il n’en est rien, Turzi propose des morceaux géométriques à la régularité d’un métronome, il faut simplement accepter de lâcher prise, de faire abstraction de la salle de spectacle, de vos voisins, du verre que vous tenez à la main. Petit à petit, les motifs apparaissent, les lignes de basses, de batterie, de clavier ou de guitare jouent à la fois ensemble et chacune dans leur coin, en vous concentrant bien, chaque mélodie peut vous apparaître distinctement, elles sont belles écoutées séparément, elles sont splendides lorsqu’on les écoute toutes ensemble. N’essayez pas non plus de comprendre ce que racontent les paroles des chants mystiques de Romain Turzi, considérez cela comme une sonorité supplémentaire. Petit à petit, c’est tout votre être qui entre en transe, se met à osciller sans que vous compreniez pourquoi. Ne cherchez pas à dissuader votre corps de danser, c’est encore autorisé :)
La musique de Turzi n’est pas facile d’accès, demande de la concentration et de la patience. On ne vient pas au concert de ce groupe pour digérer, non, on se fait remuer le corps et l’esprit et l’on met en général du temps à s’en remettre (surtout si vous avez oublié de protégez vos oreilles, vous risquez d’avoir un problème supplémentaire). Ce concert de l’Elysée Montmartre était probablement l’un des meilleurs (le son était impeccable, le V-jing aussi), on fêtait une belle victoire de la musique de qualité sur la soupe industrielle actuelle. Ne ratez pas la prochaine occasion d’en profiter !
Seconde entorse à mon souhait de ne plus remettre les pieds dans un club vieillot qui se croit plus original et chic qu’il ne l’est (après My Girlfriend Is Better Than Yours), seconde fois que je passe une bonne soirée (ce n’est pour autant que je vais changer d’avis sur le lieu, en témoigne le club de pétasses en fourrures et sacs dorés ayant tourné les talons en voyant une faune inhabituelle devant leur repaire d’escort-girls).
Derrière Mina Tindle se cachent une partie de Toy Fight (Maxime Chamoux) ou des musiciens boulimiques de musique et de travail (Guillaume Villadier), exigeants mais souriants, discrets et humbles mais n’hésitant pas à remuer le public amorphe, bling-bling et dépourvu de capacité d’appréciation musicale. Malgré quelques soucis de sampling de Pauline liés à un jeu de lumière à l’image du club, Mina Tindle livre un petit concert tout en douceur à leur image. On fait vite abstraction des nazes broques avoisinants pour ne plus se concentrer que sur la musique et par-dessus tout, sur la voix au timbre délicieux de Pauline.
Le concert terminé, les fréquentateurs usuels du Baron commencent à envahir l’espace, il est temps de s’en aller rapidement… Il nous tarde de découvrir quel disque Mina Tindle compte sortir, le deux titres est largement assez fantastique pour qu’ils y donnent une suite. L’idée de mini-album à la manière de Marie-Flore pourrait s’avérer une bonne idée ?
Mondanitude… Minuit, les molosses du Baron, où j’avais pourtant juré de ne pas remettre les pieds deux ans auparavant, me laissent entrer alors que mon nom n’est pas sur la liste (je ne sais pas pourquoi ni comment j’ai eu droit à cette faveur… mais tant mieux) et le personnel se fend d’un bonjour avec sourire (maintenant c’est certain, ils m’ont confondue avec une autre). La faune locale est plus calme et moins exubérante qu’avant, c’est plutôt agréable. Oh, il y a toujours deux ou trois imbéciles pour se croire à un défilé de la fashion week, qui portent des horreurs en fourrure et doudoune avec complet à rayures en dessous, heureusement que le ridicule ne tue pas, il y aurait régulièrement des hécatombes ! Dans le public je retrouve les Chicros, probablement les musiciens pop les plus sympathiques de Paris avec Syd Matters, pas étonnant qu’ils soient amis. Cela dit, je trouve toujours qu’ils ne collent pas avec le lieu.
Olivier Marguerit et Laurie Lassalle prennent place devant leurs deux synthés Casio. Leur musique est simple et n’a rien de foncièrement original ou nouveau, comme attendu à l’écoute de l’EP. Mais il y a ce petit quelque chose de captivant, un sourire, un regard, deux accords, trois rythmiques qui font que l’ensemble tient vraiment la route. Les mélodies sont douces, les textes piquants, on passe un agréable moment, le public a d’ailleurs fini par être attentif. Par-dessus tout c’est une grande complicité qui ressort de ce vrai duo-couple, très à l’écoute l’un de l’autre (et vice et versa). Ils jouent quelques titres de leur Foreplay EP dont les délicieux My Girlfriend Is Better Than Yours et Before my Memory, mais aussi plusieurs nouveaux titres, la conception d’un album n’est donc pas à perdre de vue… tant mieux !
Je repars le concert terminé, sous les yeux un peu interloqués des videurs : Déjà ? Bah oui… Après deux heures, pas de mondanités merci, c’est mauvais pour la digestion :)
Artistes français / Electro expérimentale – Electro bling-bling / 12/10/2009
Cinq ans pour le Point Ephémère déjà… Bam ! Dans notre tronche le coup de vieux ! C’est aussi cinq ans de mûrissement de trois artistes électro français en qui le Point Ephémère a placé sa confiance depuis le début.
Romain Turzi d’abord, le résident perpétuel. Membre central du groupe Turzi, dont les deux albums A et B sont de petites merveilles eletro-krautrock aux envolées mystiques et batcave, Romain Turzi se produit régulièrement seul ou dans des projets alternatifs (notamment avec Etienne Jaumet). Ce soir là, il est seul, cerné de ses machines et de sa guitare. Il utilise notamment beaucoup le Tenorion, petit instrument mais grand potentiel (lorsqu’on sait l’exploiter). De dos, au mieux de profil, ce presque trentenaire est concentré, il n’adressera d’ailleurs pas un mot au public. Très vite, ses boucles entêtantes vous plongent dans son univers psychédélique et christique qui lui est si personnel. On reconnaît beaucoup de thèmes issus de A (notamment les paroles de ses chants), plusieurs trouvailles intéressantes grâce au Tenorion qui lui permet de programmer beaucoup de boucles tout en jouant de la guitare. Comme à chaque écoute, on ressort un peu engourdi de cette exploration d’abysses électroniques. La réintroduction dans le monde des humains n’est pas comprise dans le billet. Une chose est certaine, Turzi est capable de beaucoup de renouvellement, aller de l’avant sans pour autant faire une croix sur « les compositions des débuts », en ce moment c’est une qualité qui se fait rare.
Arnaud Rebotini ensuite, le quarantenaire qui a eu le courage de se reconvertir. La bonne idée d’arrêter Black Strobe, de se séparer d’YvanSmagghe pour se reconcentrer sur ce qu’il aime : la techno pointue en solo. Il collectionne les synthés Roland vintage, il va donc les exploiter et nous livre sa petite symphonie pour machines usagées et oubliées à tort. Un synthétiseur lorsqu’on sait lui faire cracher ce qu’il a dans le ventre, ça peut s’avérer être un excellent outil musical, et en plus c’est beau. Cerné de machine, l’homme au look de Forban titille les corps qui se déhanchent comme si de rien n’était et charme les oreilles attentives qui sont restées pour cette prestation un peu tardive pour un lundi soir. Arnaud Rebotini vient simplement de démontrer qu’on peut faire de la musique du futur avec des machines fabriquées avant ma naissance…
Donc, pour synthétiser (sans mauvais jeu de mot ahah) on a commencé la soirée par un vingtenaire Turzi qui utilise les derniers outils technologiques pour créer une électro mystique et très rétro et on a terminé ce concert par un quarantenaire Rebotini qui n’utilise que du matos d’après guerre pour inventer une musique techno futuriste. Et au milieu de ces deux tendances vraiment intéressantes, s’en dessine une troisième, représentée ce soir là par Yuksek. Lui est jeune – plus que Turzi – et est tout droit issu de la mouvance Ed Bangers. En résumé, il fait de la musique à l’opposé de Turzi et Rebotini : de la musique immédiate, l’électro à danser sans se concentrer. Pas de fond, juste une forme. Et ça fonctionne parfaitement, le public se met à sautiller dans tous les sens, secouer la tête et sourire sans se poser de questions. Des titres tous ultra-calibrés pour les radios commerciales (2’30 – 3’00) en complète opposition avec les 8’00 – 12’00 de moyenne de ses deux collègues. Un live de Yuksek, c’est comme un mauvais film avec un scénario intéressant, on en ressort en ayant déjà oublié les trois quart de ce à quoi on vient d’assister. Cet artiste appartient à toute cette vague qui copie les aînés (Daft Punk, Simian…) pour recracher plus ou moins habilement une électro fluo. Matuvu et Bling-bling sont les maîtres mots qui attirent une jeunesse en mal de connaissance musicale de fond et qui a un profond besoin de défoulement immédiat. Issus de la génération « tout, tout de suite », « travailler plus sans gagner plus », « société de consommation mon Amour », le public le plus friand de Yuksek est jeune. Sauf que… ce soir là, nous sommes un lundi, ce n’est pas les vacances scolaires et le public est plutôt « trentenaire bien tassé » que « tout juste majeur ». On se rend alors compte que Yuksek touche une autre catégorie de public : les bobos en mal de jeunesse, sur le retour et ne supportant pas l’idée d’approcher les quarante piges. Pas d’enfants, pas de vie de couple, pas de voiture (mais un scooter, pardon, un Vespa), pas de théâtre ou d’opéra mais du clubbing jusqu’à plus soif, un appartement grand et vide de vie puisqu’ils n’en sont que les courants d’airs : on ne mange pas chez soi, il n’y a pas de table pour ça ; on n’invite pas chez soi, il n’y a rien à voir chez soi… Ils se raccrochent à cet ersatz d’électro qui leur donne l’illusion d’être jeune à nouveau, de ne plus sentir le poids des ans dans leurs genoux, d’oublier quelques instants cette brioche naissante sur leurs hanches. Le temps d’un set, ils ont l’impression d’être insouciants, ils oublient qu’ils sont censés être des bobos parisiens coincés devant un concert, ils applaudissent à tout rompre au lieu de nous servir leur habituelle moue dédaigneuse. Croyez-le ou non, c’est presqu’émouvant de voir leur détresse affective et leur mal-être depresque-vieux s’effacer l‘instant d’un titre.
Attention, je n’ai jamais dit être restée de marbre devant le set de Yuksek, j’avais d’ailleurs beaucoup apprécié son album. Mais je suis encore capable de faire la différence entre une électro de surface putassière et une expérience électronique poussée et approfondie qui demande beaucoup de concentration pour ne pas passer à côté. Je ne suis malheureusement pas certaine que la génération qui me suit (c’est-à-dire mon petit frère) et la génération perdue de ces quarantenaires fassent la distinction.
Le Point Ephémère avait préparé un plateau de qualité pour fêter comme il se devait ses cinq ans, on regrette simplement que cette soirée n’était pas un vendredi ou samedi ! Turzi et Rebotini ont assurément beaucoup de belles années musicales à nous faire partager, le jeune Yuksek est… jeune, il progressera :) !
Burn - N. Ullman @ Galerie Chappe jusqu'au 21/10/2009
Un millier de personne (500 selon la police, 2000 selon les riverains) dans 45 mètres carrés… ça fait penser à une surpopulation de sans-papier mais non, c’était un vernissage de la branchitude…
En résumé, Nicolas Ullman ayant vu partir son appartement et tout ce qu’il contenait en fumée, ne s’est pas démonté et a organisé une sorte d’hommage funeste avec une vingtaine de photographes venus immortaliser l’étendue des dégâts. On retrouve ainsi Mondino, Beaudouin, Coste ou Eddy Brière mettant Nicolas Ullman en scène au milieu de ses décombres sous divers costumes. Certains macabres (squelette, clown triste) lui collent bien à la peau, traduisant la personnalité dépressive des mondains.
Des photos certes, des souvenirs aussi. Ce qui est frappant, c’est de se voir remettre un papier où il est précisé en gras qu’il n’habitait pas seul, mais de ne voir que du « Je » pour tout le reste : lui, lui et ses livres , lui et ses guitares, lui et des filles à poil… Sensation désagréable d’un voyeurisme malsain. On ne comprend pas vraiment où il veut en venir, est-ce un dernier au revoir à son appartement ? A une page de sa vie qu’il a choisit de clore ?
A cette exposition sont exposées des photographies d’artistes parisiens plus ou moins renomés et quelques résidus d’objets ayant vécu l’incendie (costumes, jouets, disques…). Il manque quelques phrases sur lesquelles méditer comme “Mettre la dernière main à son oeuvre, c’est la brûler” (Lichtenberg, bossu hypocondriaque) ou ”Si le feu brûlait ma maison qu’emporterais-je ? J’aimerais emporter le feu…” (Cocteau).
Entendu :
- « Ah ouais quand même ! » (personnalité dotée d’une puissance de réflexion hors-norme).
- « Je suis venue voir les photos d’un photographe, mais il n’est pas exposé ! » (Jeune fille décontenancée)
- « Pas étonnant que ça ait cramé vu le bordel que c’était, tu balançais une cigarette et tout partait. » (Un fumeur sur le perron)
- « Moi ça me donne faim tout ça » (WTF ??)
- « Attention, danger immédiat à 15h… non de l’autre côté ! » (Deux filles et la rencontre qu’elles ne voulaient pas faire).
- « J’comprend pas pourquoi y’a 3 tailles de toiles pour les tarifs, moi je ne vois qu’un format » (Bah, enlèves tes lunettes de soleil !)
- « Ah bah si vous ne voulez pas de bière, servez-vous ! » (Barmaid débordée)
- « Ca sent le brûlé non ? » (à propos d’une cigarette touchant une veste… ou de la photo ?).
Le Monsieur Ullman en question change de costume toutes les demi-heures (Ils n’ont donc pas tous cramé…) et nous propose une playlist « spéciale feu ». On remarque immédiatement que s’il a pensé aux Franz Ferdinand (This fire is out of control), il a oublié tous les tubes de Reggae, car s’il y a bien une ville qui a cramé dans tous les albums, c’est Babylone :) Craignant qu’Asyl (Brûle Brûle Brûle) ou Johnny (Allumer le feu) soient invités à chanter, on se carapate vite fait au Café Carmen.
A suivre sur le net : L.A. Project, la petite série qui après quelques épisodes de rodages commence à être bien fichue
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Séverin Release Party @ Café Carmen
Porn-cheesecake...
Soirée bondée pour le lancement de l’album qui ne connaîtra jamais de tournée (ça paraît difficile d’imaginer une tournée pour un disque qui s’apparente à une compilation).
Marie-Flore avait la lourde tâche d’entamer seule la soirée avec quelques compositions de son cru. Frêle créature, épaules rentrées, elle triture nerveusement les cordes de sa guitare et ne quitte pas des yeux Séverin qui l’observe au milieu du public. Discrète et timide, elle n’ouvre la bouche que pour chanter et faire des réflexions bourrées d’humour comme lorsqu’elle entame sa reprise folk des Pussy Cat Dolls « J’ai fait une reprise des Pussy Cat Dolls. Il manque les danseuses bien évidemment. ».
Lippie lui succède pour quelques titres qu’elle massacre comme avec délectation (elle était probablement simplement très nerveuse et dénigrait tout ce qu’elle faisait). Dommage car cette nana a vraiment du chien et une voix qui vous retient.
Enfin Séverin prend place avec sa brochette de minettes, assises au fond et appelées au micro une par une. L’Ecole des Fans version adulte. Enorme déception que d’assister à un karaoké, tout est enregistré sauf les voix et quelques accords de guitares, cela fait peine à voir… Manque de budget vraisemblablement. Les chanteuses les plus intéressantes ne sont pas forcément celles qu’on attendait : Marie-Flore (Big Mouth) est toujours aussi timide, Lippie (Wasted Life) se révèle géniale cette fois, Constance Verluca (Johnny) en fait trop, La Fiancée (Les lignes de ma main) a un quelque chose de chouette que je n’avais pas soupçonné, Elvire Bonduelle (Adieu à Dieu) n’a pas chanté. La meilleure surprise vient de Gesa (Tu peux plus m’en vouloir) qui est dotée d’une forte personnalité et rend un peu plus vivant le morceau en ajoutant un couplet en allemand.
La plus déconcertante de médiocrité est Nadège Winter qui n’a pas été foutue d’apprendre cinq lignes de texte et termine The Edge of a Sunday en lalala. L’absence de cerise sur le gâteau ? Vu le titre de l’album, ça aurait été intéressant de servir du Cheesecake (et éventuellement de voir quelle bataille de nourriture aurait pu s’en suivre…).
Je quitte les lieux une fois qu’un jeune travaillant dans « la musique » a cette magnifique phrase lucide :
- « Elle est où la coke ? Nan parce que nous, il nous reste que ça hein… » Bien triste et bien résumé, pour la peine je rentre à pied !
Quintet américain / Post-rock – Eletro / 07/10/2009
Scooter : une soudaine pluie de mousson s’infiltre dans mon manteau, ruisselle dans ma nuque, transforme mes chaussures en vases… Je suis plus prêt de la maison que de la salle, je peux encore faire demi-tour. Allez, trempée pour trempée, autant voir la version live d’un des meilleurs disques de l’année.
La scène accueille de justesse les cinq jeans/tee-shirt/casquettes et leurs instruments : trois guitares, une basse, une contrebasse, une batterie, un synthé et des bidouilles technologiques… et une magnifique peluche du félin, qui veille sur l’ensemble. La salle est à l’image du groupe : sage et trentenaire, à lunettes et prête à dodeliner de la tête sur les morceaux. C’est la première en France de Cougar qui vient livrer ses nouveaux titres issus de Patriot. Et pour une première, hormis le fait que le public se soit découragé du fait de la pluie, c’est un sans faute.
La setliste fait honneur au nouvel opus, tous les titres que nous attendions (FloridaLogic, Rhinelander, Endings) sont d’un niveau remarquable. Les guitares grondent, le batteur affiche un visage si concentré qu’il en abime sa caisse-claire, chacun est à la fois focalisé uniquement sur l’exécution des morceaux et à l’écoute des autres membres du groupe, il s’en dégage une souplesse de jeu et une atmosphère grisante. Seule Thundersnow n’est pas aussi époustouflante que ce à quoi on s’attendait. On pourrait aussi reprocher l’enchaînement de titres très doux qui auraient peut-être mieux laissé le concert respirer s’ils avaient été entrecoupés de morceaux plus dynamiques.
Fin du concert, un titre pour le rappel, joué en trio, le batteur et l’électronicien semblent avoir trop donné de leurs personnes pour revenir jouer. Ce groupe est parvenu à détendre un public crispé (par le froid, le stress de la vie…) en jouant de la musique plutôt dynamique. Encore sur un petit nuage, on se fait mettre dehors par des vigiles un peu brusques. Dehors tout est calme, la pluie s’est arrêtée et l’on rentre apaisé, la tête pleine d’images de plaines désertiques et sauvages, où le soleil de plomb vous brûle la nuque et où parfois, se profile un cougar à l’horizon. Animal souple et distingué, on ne peut que le prendre en affection tout en redoutant qu’il approche trop près. Voilà un groupe qui au moins porte très bien son nom.
Cougar se révèle un groupe de qualité à part entière, atteignant les plus nobles rangs, sur disque comme sur scène. Ca valait bien la peine d’avoir les fringues moites !
Trio français / Expérimentations rock et bidouillages électroniques / 02/10/2009
Repérés lors des Transmusicales 2008, le trio caennais charme toujours autant par ses comptines loufoques et cruelles, son univers bancal et ses mises en scènes minimalistes. Qui de Nosfell ou GaBlé était la première partie de l’autre ?
Imaginez une scène où règne un bazar incroyablement bien organisé lorsqu’on y regarde à deux fois. Des cageots côtoient des élastiques en caoutchouc, une guitare flirte avec une perceuse, des samples de vieux films font la guerre à des hurlements de Yéti, des chants d’oiseaux et un carillon se font envahir de bruits de marteaux piqueurs, le saxophone se fait harceler par des piques à brochettes, des casseroles ou un aspirateur… Bienvenue dans la chambre de GaBlé, où deux hommes et une femme exploitent, dans tous les sens du terme, tout ce qui leur passe sous les mains. Chaque morceau de GaBlé se présente comme une expérience sonore originale. Un Uzi and Ari très nerveux auquel on aurait ajouté une folie punk. Conçus comme de petits chapitres d’un grand livre de l’expérimentation bruitiste, les morceaux ont tous ce point commun d’être des passages court mais très denses. Parfois structurés comme du post-rock à la Battles, on s’attend à ce que les musiciens partent dans de grandes envolées musicales et non, tout s’arrête brusquement. Les paroles, bien qu’incompréhensibles la plupart du temps, sont d’une cruauté allant de pair avec beaucoup d’humour et de fantaisie (Scissors – Knife – Hammer – Nails – Theeth … I’m really fine, I’m well balanced I’m ok). Sur scène, les artistes sautent partout, s’engueulent, font des grimaces et nous surprenne à rire d’un sample « Message Error Windows » ou d’une bataille d’épellation de Motus. GaBLé est un trio à voir autant qu’à entendre.
Lorsque Nosfell paraît pour présenter son nouveau spectacle (qu’il vient de monter à l’EMB), même si sa musique en trio (lui-aussi) flirte avec la beauté et la perfection, toutes ses attitudes semblent trop maniérées après la déferlante de spontanéité de GaBlé, son discours trop apprêté après leurs onomatopées. On ne ressort pas indemne d’une performance de GaBLé, en nous ne cessent de raisonner leurs ritournelles acides. En témoigne ce dernier clip A drunk fox in London.
Une très belle soirée, deux grands groupes uncany pour une salle loin d’être vide, preuve que le formaté, l’indie fake et la musique avilissante de télé-réalité n’ont pas encore tout à fait gagné…
Précédés d’une première partie un peu décevante, le quartet masculin de Noah and the Whale a transporté le Café de la Danse et est probablement reparti avec un bout de nos cœurs…
Le duo Blue Roses et sa pop gentillette avait ouvert la soirée et manquer de nous mettre de mauvaise humeur pour le restant du spectacle. Seul leur dernier morceau constituait une base très intéressante pour pouvoir construire un morceau intéressant. Ce dont aurait justement été capable Noah and the Whale.
Chaleur assez étouffante, la salle est un peu amorphe. Charlie Fink prend place avec ses acolytes et transforme l’atmosphère en un instant. Et pourtant, on les attendait au tournant, sans les cœurs féminins, la testostérone braillant sa douleur amoureuse… Que neni, parcours sans faute avec alternance du premier et second disque. Le violon se fait juste ce qu’il faut de plaintif, les guitaristes glissent quelques blagues british timidement et font immédiatement fondre les cœurs, le batteur a un sourire qui semble vissé aux lèvres. Bref, ils sont jeunes, ils sont mimi tout pleins, ils sont heureux de jouer et leur musique est si impeccable qu’on se demande parfois s’il n’y a pas un trucage…
On ne peut que souligner leur talent et bonne idée d’avoir en quelque sorte remasterisé Shape of my Heart en version très électrique et transformé 2 atoms in a molécule en 2 bodys and one heart. Plus le spectacle avance, plus les élans jazz et les parties ressemblant à de l’improvisation sont prononcés sont prononcés.
Noah and the Whale confirme son talent musical et sa forte attirance pour les univers cinématographiques, le groupe aurait pu souffrir d’un abandon des touches féminines, mais c’est bien l’inverse auquel on assiste : un groupe de plus en plus sûr de lui, capable d’asseoir un univers très personnel, terriblement émouvant et incroyablement délicat. L’amour et ses issues heureuses et malheureuses, c’est franchement génial sans les gros sabots !
Précédé d’une suave première partie en la personne de Mina Tindle et ses délicates mélodies pop auxquelles on ne peut que reprocher des textes dans un anglais un peu écorché (ce qui n’est pas le cas selon moi lorsqu’elle chante avec Toy Fight), The Dodos a su se faire désirer en ayant un quart d’heure de retard et en jouant dans une salle où la température avoisinait les 45 degrés.
Ca avait très bien commencé avec des assauts rock-psyché extraits de Visiter, ça s’est vite essoufflé avec l’enchaînement des titres de Time to Die plus mollassons et moins fédérateurs. Longform et Fables qui étaient les titres dont j’attendais le plus, sonnent mal, la voix du chanteur partant dans des aigus incontrôlés, rappelant un adolescent en pleine mue… A musique molle public amorphe : si les murs commençaient à suer, ce n’était pas lié à l’euphorie du concert mais simplement à la chaleur qui régnait dans la salle. Le concert a suivi son cours, sans réelle énergie, un long fleuve tranquille sans relief. Les claves nous perçant régulièrement les tympans, le batteur restant moyennement concentré, le chanteur faisant le minimum syndical.
Ce n’était qu’un concert, dans une salle étouffante, nul doute que les Dodos ont plus de potentiel. Allez, il temps d’aller dormir, pas encore de mourir ni de faire voler des noms d’oiseaux.
14 août 2009 – Le rock à St-Malo, quand il fait beau c’est mieux… mais pas que.
Le temps breton s’apparente de plus en plus à celui de Scandinavie, comprenez par là que le matin et le soir vous vous pelez sérieux, mais qu’au beau milieu de la journée vous avez des températures susceptibles de nous débarrasser de toutes les mamies trop encombrantes. En ce 14 aout à Saint-Malo, on y a eu droit, comme durant les sept jours qui ont précédé l’événement.
Arrivée sur un site vide, un bénévole arrose la terre pour que la poussière ne vole pas trop, en vain. Sur scène les balances de Deerhunter font froid dans le dos, les enceintes semblent déjà flancher. Direction le Palais du Grand Large pour vérifier ce que Marissa Nadler a dans le ventre. Prestation de plus d’une heure, assez intéressante en son genre, abstraction faite qu’on est censé assister à un festival de rock. Marissa livre un spectacle folk, plein de ballades éthérées, pas désagréable pour se remettre du trajet en voiture. Seule ou accompagnée de ses trois musiciens, Marissa manque régulièrement de sa voix claire et cristalline, dommage. Le spectacle est plus intéressant lorsque son guitariste la soutient de sa voix, le duo fonctionne bien. A suivre donc. (7/10)
Détour par les remparts (accompagnée d’une énorme glace) et on file au Fort pour Deerhunter, sacrifice fait de Crystal Stilts puisqu’il y a une centaine de voitures qui doivent se garer avant nous… Deerhunter est mauvais, il n’y a pas d’autre qualificatif. Même le batteur s’ennuie ferme. Le chanteur rachitique pousse la chansonnette, les guitaristes s’écoutent jouer, la basse est trop forte… Un peu pathétique, première déception de la soirée. Autre caractéristique de ce groupe un peu usant : ils n’ont pas appris à terminer leurs titres et étendent lamentablement leurs accords similaires pendant cinq minutes avant d’arrêter. Bref, on se console au bar en se disant que ce n’est qu’un concert, qu’une prestation live ne vaut pas pour un avis définitif, tout ça… sans grande conviction. (5/10)
La suite du programme est moins alléchante car plus classique mais au final bien plus intéressante. Le quintet de Tortoise s’applique sur un set de post-rock très jazzy, à l’arrière-gout brésilien. Les rythmiques sucrées côtoient les riffs aiguisés, le batteur cette fois s’en donne à cœur-joie, élément central de leur configuration scénique, de profil au premier plan, rappelant en cela la mise en scène de Battles. Les sonorités douces et éthérées se font peu à peu plus métalliques et acérées. Le tout étant très bien accompagné par un D-jing de qualité mêlant ancien logo d’Antenne 2 et plaines tantôt sèches et herbacées, tantôt vertes comme la Normandie… Sans conteste le meilleur concert de la soirée. (8,5/10)
Après être bien reposé et relaxée, on a envie d’en rester là. Surtout que ce qui suit n’est pas beau à voir, avant même que le moindre son ne soit émis. Une fourmilière de rodies s’active sur scène pour installer la terreur acouphènique de la soirée. Murs de plexiglas, murs d’enceinte supplémentaire, instruments prêts à cracher tout ce qu’ils ont de cordes, de peaux et de cymbales, tremblez public, voilà My Bloody Valentine.
Filtres vissés aux oreilles, un rugissement sonore me rappelle à la réalité alors que je me trouve à 300 mètres de la scène. Les vaches du coin doivent apprécier le réveil nocturne… S’en suit une prestation navrante, le chanteur balbutie dans un micro dont on n’entend qu’une onomatopée toutes les dix minutes, la batteur tape sur tout ce qui bouge plutôt que de se concentrer à essayer d’émettre des mélodies dignes de ce nom. Détail de taille, ce groupe n’a rien produit depuis 1991 mais la moyenne d’âge des fans est de 14 ans… cherchez l’erreur. Mes oreilles saignent et crient au scandale, je me carapate bien vite, ne cherchant pas à savoir si la suite sera meilleure. MBV n’est définitivement pas un groupe de scène, éventuellement un collectif de création artistique… et dans ce cas ils n’ont rien à faire là. (1/10)
Samedi 15 août – La musique de la Route du Rock, c’est comme le bon vin, elle se bonifie avec le temps.
Après la soirée navrante du vendredi, on remet le couvert le lendemain sans grand espoir : soleil, légère brise, lunettes de soleil et bar VIP. Arrivée sur un site vide (bon d’accord j’ai usé de mes droits et grugé toute la queue), on dirait qu’une bombe atomique est passée hier : plus d’herbe, plus de déchets, plus d’enceintes crachouillant un son infâme… Le festival le moins écolo et le moins bien organisé de France peut se vanter de savoir exploiter ses bénévoles au maximum.
St-Vincent apparaît timidement et se met à jouer pour cinquante péquins. Initialement programmée après Papercuts, on lui a visiblement fait une mauvaise surprise. Tout le bénéfice est pour nous puisqu’ainsi, on peut profiter deux fois mieux de la prestation de cette frêle mais déterminée silhouette. Telle une Patti Smith avec sa peau de Blanche Neige, sa boule de cheveux frisés noir et son petit costume bleu et rouge (rouge à lèvres assorti) dévoilant des épaules musclées et une physionomie nerveuse, les accords qui sortent de la guitare de St-Vincent sont incisifs, précis, surprenants. Régulièrement, sa petite tête disparaît derrière la toile noire qui cache ses jambes, on s’attend presque à ce qu’elle nous fasse un spectacle de marionnettes. Les mélodies de la New-Yorkaise alternent entre douces ballades et accords plus rock. Le tout est surprenant, touchant et… définitivement plus intéressant que le disque. Première bonne surprise de la soirée. (7,5/10)
Je ne trahirai pas Papercuts et Camera Obscura en disant que c’était mou du genou et terriblement banal. Passons, le bar VIP est là pour nous réconforter. (5/10)
La seconde bonne surprise nous vient des Kills. Peu importe la drogue qu’ils se sont enfilé ce soir là, le duo est plus sexuel que jamais, à l’écoute l’un de l’autre. On a presque envie de leur pardonner leur mauvaise habitude de faire sauter qui son ampli, qui son jack… Le spectacle est beau, bien rodé. Cela dit, The Kills va devoir se renouveler sous peu s’il ne veut pas terminer aux oubliettes des groupes de rock incapables de produire plus de trois mélodies : soit ils privilégieront leur duo au profit de nouvelles harmonies et sonorités (un peu de créativité que diable), soit il leur faudra s’équiper de musiciens dignes de ce nom car la boite à rythme sur trois album, ça commence à gaver un peu – Kate Moss squatte leurs concerts ? Eh bien mettons là à contribution à la batterie ! (8/10)
Pour terminer la soirée en beauté, Peaches livre un show haut en couleurs. Accompagnée des Sweet Machine, trio au look néo-gothique post-hardcore, elle décline une dizaine de costumes tous plus amusants les uns que les autres, allant de la fraise Tagada au string lumineux à nœud, en passant par les tenues de lutteurs mexicains et le justaucorps de patineuse sur lequel sont projetés des images… Une vieille hardeuse en collants à gaine n’a jamais été aussi sexy qu’elle ce soir là. Les titres/ tubes s’enchainent, le public se déchaine modérément (beaucoup trop ivres ces bretons).
Peaches ne fait aucune faute de gout, aucune impasse, occupant tous les recoins de la scène et de la fosse. Le fake duo avec Iggy Pop est tordant, les solos de guitare électrique des biatch tout autant. Une belle prestation pour une artiste qui avait pris un virage un peu dangereux. J’espère bien que les cathos culs-bénis de St-Malo se retournent dans leur lit. (8,5/10)
Trop fatiguée pour Four Tet, j’écoute de loin, calmes et douces ondulations électroniques. Il faut garder des forces pour le lendemain, finalement ce festival construit sa programmation pour les plus endurants, le meilleur est avenir…
Dimanche 16 août – A la recherche de la jouissance auditive
Dernière journée et non des moindres pour cette Route du Rock ensoleillée. Heures de sommeil cumulées : 8, Cafés : 7, Filtres audio : ok, copains : une vingtaine, bar VIP et cocktails : ok. On a tout ? Allez zouh !
Ca commence tôt (17h30) avec Gang Gang Dance que j’ai encore une fois eu le privilège de rater mais dont on ne m’a dit que du bien – notamment de la chanteuse. A vérifier à Paris prochainement donc.
J’arrive à peu près chancelante pour la prestation d’Andrew Bird. Scénographie recherchée de vieux cabinet de curiosités anglais, musiciens en forme, la pop-rock d’Andrew réussit à me requinquer pour tout les concerts qui vont suivre. (7,5/10)
Les jeunes écervelés ne sont pas présents ce soir là, les groupes sont de plus haute voltige, le public est sensiblement plus âgé et sage. Dominique A porte cette lourde tâche de représenter à lui seul toute la France et ce qu’elle compte d’artistes intéressants. Dans Paplar, le petit journal local, il déplore l’absence de Holden au festival (normal, ils chantent L’orage aurais-je envie de répondre…), tape sur MBV et raconte son premier souvenir de Route du Rock : Saucisse. Seul sur scène avec sa guitare, son synthé et deux micros, il envoûte l’assistance en quelques minutes, alternant compos plus ou moins récentes. Quelques traits d’humour (pas facile de jouer au milieu d’une soirée d’artistes triés sur le volet, ça ne l’empêchera pas de jouer ce qu’il veut, pas forcément pour nous faire plaisir). Le nouveau morceau Mancey est particulièrement touchant. L’homme salue, remercie et annonce le groupe suivant. Il est le premier à le faire de tout le festival, comme quoi, l’éducation, ça a du bon. (8,5/10)
Lorsque Grizzly Bear paraît enfin après une dizaine de minutes de retard, l’assemblée est si concentrée qu’on pourrait entendre les mouettes du port brailler. Côte à côte, les quatre membres font front, concentrés, prêt à interpréter Veckatimest dans son intégralité ou presque. Look Geek, le guitariste porte un tee-shirt « Köln liebt mich », le batteur un Mickey a trois oreilles ; et musique de Nerd, la maitrise des instruments dans tout ce qu’ils ont de délicat, intemporel et grandiose. Mélodies planantes, on se sent comme transporté par une sorte de foi mystique. Les effluves d’encens couvrent enfin celles de moules et saucisses. Un dauphin et un homard en plastique s’envolent et parcourent les têtes du public. Mis à part un persistant problème de grésillement, Two Weeks est jouissif, While you wait for the others finit par me faire osciller la tête tels les Oui-Oui dont je prend plaisir à me moquer. (9/10)
Après avoir eu l’impression de visiter le pays d’Alice au pays des Merveilles, on se retrouve propulsés dans la contrée électronique acide Simian Mobile Disco. Scénographie splendide avec jeu perpétuel de lumières et d’effets d’optiques, les deux compères tournent en permanence autour de leurs machines et font autant de génuflexions que le public fait de bonds et agite les bras. Déluge électronique, pluie de beats, cascade de samples, la nuit étoilée de St-Malo n’aura pas connu l’eau ce soir mais on s’en sera quand même pris plein les oreilles. Les titres retenus ne sont pas mes favoris et le son n’est pas toujours réglé come il faut, mais pour le reste rien à redire, Simian Mobile Disco est un groupe qui tient la Route (du rock et de l’electro). (8/10)
Ecouté d’une oreille et observé d’un œil, Autokratz clôturait le festival. Cet être squelettique aux allures de Nosferatu est tellement effrayant et ressemble tant à un camé avec ses veines explosées et tatouées que je ne préfère pas trop regarder. Je quitte les lieux avant d’être tentée de rester à l’after où Gang Gang Dance va mixer jusqu’au matin, il faut rentrer à Paris…
Conclusion, comme pour tout festival (exception faite du génial Garden Nef Party d’Angoulême), il y a du bon et du mauvais dans les groupes retenus et présentés. Je garderai comme points d’orgues Grizzly Bear et Peaches à ma grande surprise. Ce retour en terre natale laisse pour la première fois des traces très positives. Cool je vieillis
Cet article a été initialement rédigé pour Le HibOO
Turzi ou l'homme qui porte avec classe un tee-shirt souvenir de Paris et la Tour Eiffel
Lorsqu’on évoque l’univers du jeune Turzi, on pense à son premier album très abouti, A, mais aussi à ses collaborations avec Etienne Jaumet, mélange de krautrock, jazz et électro mystique. Turzi présentait ce soir là au Nouveau Casino et pour la seconde fois au public (après le 23 mai au Point Ephémère) son nouvel album attendu pour l’automne, B. Château Marmont et GRS Club (que je n’ai pas vu) se chargeaient de nous faire patienter avant l’arrivée de l’homme qui porte le mieux des tee-shirt ringards.
Que dire de Château Marmont si ce n’est que leur prestation était égale à eux-même : molle, répétitive et entièrement inspirée de leurs contemporains. En première partie de Ratatat, ils avaient su présenter une électro planante mal digérée mais pas désagréable, en première partie de Turzi, ils s’essayaient à l’electro-ringarde bonne pour accompagner les films de boules. Oui mais voilà, lorsqu’on vient d’avoir dans les oreilles le dernier album de Sébastien Tellier pour patienter entre les changements de plateau, leur musique fait bien pâle figure. Et lorsqu’ils poussent le vice jusqu’à s’essayer au chant en copiant Phoenix de manière mal-habile (jusqu’à la coupe de cheveux) et bourrée de fausses notes, on se demande si l’on ne va pas sortir prendre l’air. Bref, on désespère de voir ce groupe trouver un jour une véritable personnalité, ce qui est dommage car l’ensemble n’est pas spécialement mauvais, simplement sans âme ni originalité. Ce qui au final était un bon point pour Turzi puisque toute prise de risque paraîtrait intéressante après tant de platitude.
En dépit de plusieurs problèmes techniques au début du spectacle et passant outre la déconvenue d’un Vj-ing loupé (dû pour partie à des problèmes informatiques) censé nous faire visiter les villes-titres à l’aide de Google-Earth, les nouvelles créations de Turzi étaient à la hauteur de nos espérances. Sonnant beaucoup plus rock, l’effort de réduire le débit de paroles permettait de mieux apprécier le concert dans son ensemble. Plus Turzi dévoilait ses nouveaux titres, mieux ils sonnaient. La progression vers son univers krautrock spirituel était parfaitement amenée, les trois derniers titres proposés étant extraits de A et retravaillés pour être plus doux.
Turzi à l'assault de la planète...
N’ayant pas pu me procurer de Set-liste, sachant seulement que les premiers titres s’intitulaient Beijing et Bangkok, je proposerai donc une série de dénominations hypothétiques pour les morceaux suivants en fonction de mes impressions. Après un Beijing et un Bangkok très structurés, le Vj –ing indique trois points qui pourraient être « Bâle-Beauvais-Berlin », une invitation au voyage, on commence une descente vers le véritable travail de Turzi. Le titre qui suit, que j’appellerai « Bande de Gaza » apparaît nettement plus anarchique, laissant s’exprimer une batterie et une basse agressives, comme sur la défensive, prêtes à riposter aux attaques des clavier et guitare. On sent comme une ébullition des musiciens, ils demandent à s’exprimer plus fort, à se faire respecter. Et cela semble être le cas dans le morceau suivant (ou seconde partie du morceau précédent, je ne sais pas) que j’ai appelé « Beyrouth », les abcès sont crevés, les pourparlers s’installent, les sonorités orientales prennent le pas sur les impressions de musique bulldozer, les instruments s’observent, s’écoutent, s’entraident. Cela reste mon morceau favori de ce concert. La suite comprend beaucoup plus de chant, se rapprochant du travail du premier opus, l’univers musical se fait plus métallique (j’ai cru comprendre que ce titre s’intitule Baltimore). On reconnaît ensuite des titres en A, retravaillés de façon à se travestir en B, notamment Afghanistan qui pourrait être rebaptisé Bagdad – autre zone de conflit où les américains se sont illustrés pour n’avoir rien réglé d’ailleurs – un morceau d’apparence très structuré et maîtrisé qui laisse s’exprimer finalement chaque instrument et voix dans un chaos complet. Chacun s’exprime comme dans une bulle, n’ayant aucun souci de l’autre.
Voilà, après toutes ces élucubrations personnelles, je prend le risque de m’être complètement plantée sur les intentions des morceaux de Turzi et de faire rire beaucoup de monde, qu’importe je les apprécie comme cela, vivement l’album !
Après avoir chroniqué l’album et avoir mené laborieusement une interview des Toy Fight, il ne restait plus qu’à tirer quelques conclusions d’une prestation scénique. Deux Live report en une chronique : retour sur les concerts de la Maroquinerie (14/05) et du Point Ephémère (19/05).
Il y avait seulement cinq jours d’écart entre les deux concerts et pourtant, les progrès étaient déjà réels. Ils disposaient au Point FMR d’un peu plus de temps que dans le cadre des Inrocks Indie Club (cf. les playlist de 9 et 11 titres). La rigueur et la maîtrise générale a mis un terme à des arrangements encore parfois hasardeux (mais terriblement touchants) sans pour autant faire perdre leur fraîcheur aux six parisiens. Car c’est bien tout le charme de ce groupe : partis pour ne plus revenir en 2006, on les a retrouvé in-extrémis en 2009 avec la même fébrilité que lorsqu’on tombe par hasard sur de vieux amis. On est happé en un rien de temps par leur bonne humeur et leur spontanéité, à l’image des mélodies qu’ils construisent, perpétuelle valse d’instrument. Soulignons à ce propos le talent de Jean Thévenin, aussi à l’aise à la batterie, au clavier, à l’accordéon, aux claves, voire à la clarinette ! La douce voix (un peu nerveuse) de Mina Tindle apporte la touche féminine qui parfait l’ensemble.
Lorsqu’on évoque une scène folk parisienne, on devrait immédiatement penser à des groupes comme Syd Matters ou Los Chicros, il est temps que Toy Fight les rejoigne.
Note : 8/10
Setliste à la Maroquinerie (16/05) et au Point FMR (19/05)
L’album était prometteur, la prestation scénique le fut tout autant ce soir là. Richard Swift avait certes eu la mauvaise idée de garder un costume trop chaud sur scène, ce qui, embonpoint aidant, n’était pas des plus esthétique et bien-odorant, mais le groupe a livré un spectacle tout en finesse et humour.
De profil au clavier, Richard Swift s’amuse avec l’acolyte qui lui fait face et danse tout en jonglant entre guitare, synthé déglingué (The Original Thought). Le batteur surveille le public depuis l’arrière scène ainsi que son troisième collègue qui pianote de dos.
Le groupe livre ce soir là essentiellement des titres du nouvel opus, passant en sourdine le triptyque morbide (R.I.P., The End of an Age, Already Gone), pour le grand plaisir de nos oreilles qui se mettent à swinguer en un rien de temps (Hallelujah Goodnight, A Song For Milton Feher). Le public, à son grand tort, n’était pas au rendez-vous : la salle était à moitié vide, ce qui peut s’expliquer en partie du fait des désormais célèbres « pluies diluviennes de mai ».
Une excellente prestation qui en appelle d’autre, malgré le déluge qui sévit et la moiteur glaçante jusqu’à l’os de l’air ambiant, on ressort regonflé à bloc, prêt à affronter toutes les tempêtes, comme pédaler 25 minutes à vélo sans broncher et sans attraper de bronchite .
Pas facile de se faire une place dans le panorama de l’indie pop-rock venue d’Islande tant Sigur Rós époustoufle toujours et s’impose comme la référence en la matière. Pas évident non plus de sortir du lot de la musique pop-rock en général tant elle prolifère à travers les continents… Bref les Hjaltalin avaient du pain sur la planche pour satisfaire le public parisien. Défi remporté.
Après un départ un peu timide (guitare-voix du chanteur tout seul), les cinq membres présents (parmi 9) de Hjaltalin balancent la sauce. Ils ont le bon goût d’avoir demandé des renforts de cuivre pour leurs tubes. The trees don’t like the smoke est de ce fait particulièrement réussi. Le spectacle évolue entre pop-jazzy, grands mouvements rappelant symphonie classique et opéra, ou encore rock psyché pas très éloigné des Arcade Fire auxquels on les compare beaucoup trop et à tort.
Après avoir pensé à traduire dans les grandes lignes de quoi parlent leurs chansons en islandais (parce que Sigur Rós on n’a pas encore tout saisi hein…) – et en français s’il vous plaît ! – les Hjaltalin ont démontré qu’ils n’ont pas volé leur succès naissant. Derrière ce joyeux bazar, il y a du travail, de la rigueur et du talent… et pas mal de charme. A suivre de près.
Après un interlude guitare-voix de 20 minutes de Benjamin Oak Goodman et Alina Hardin, respectivement batteur et choriste d’Alela Diane, qui remplaçait au pied levé Thos Hensley et sautaient dans un avion quelques heures plus tard, Matt Bauer a captivé la salle de sa seule présence et Troy Von Balthazar a fait le pitre pour le plaisir de nos oreilles et de nos zygomatiques…
Matt Bauer sur disque c’est génial, Matt Bauer en interview ça vous fait chavirer le cœur, mais alors Matt Bauer sur scène en acoustique tout seul avec un banjo, c’est encore plus fort. Il y a d’abord ce personnage très grand qui occupe la scène sans problème, dont les yeux bleus vous hypnotisent en moins d’une minute. Il y a ensuite ce moment où Matt ouvre la bouche et livre un chant d’une voix à la fois rauque et très douce qui rappelle l’enfance et les berceuses des parents attentionnés, qui vous donnent une confiance et une assurance incroyable auxquelles il faudra s’accrocher tout le reste de sa vie. Et puis ces mélodies folks simples mais efficaces, de celles qui vous font frissonner l’échine délicatement. Le Vj-ing préparé par Matt lui-même, mettant en scène différents éléments récurrents dans son dernier opus (l’eau, la pâleur livide de la peau, des faisceaux de lumière intimes et inquiétants…) accompagnait parfaitement l’ensemble. Lorsqu’il quitte la scène, on est encore bien loin de la salle de spectacle…
Il faut l’énergie et l’univers déglingué de Troy Von Balthazar pour revenir à la réalité. Doté d’un charisme à toute épreuve, l’homme joue avec tout ce qui l’entoure : le public, sa voix, sa guitare, son sampler… Sa folk-rock est toujours aussi amusante. Le Monsieur se permet même un interlude où il fait des claquettes, déguisé en lapin… Seul reproche, je crois que le bonhomme joue un peu trop de ses acquis, pas de grandes nouveauté là-dedans…
Une excellente soirée, concoctée par Pousse Elvis, une structure qui monte qui monte !
Duo / Electro-krautrock psychédélique / 16/04/2009
Lorsque Romain Turzi – petit Prince des guitares apocalyptiques et actif participant au renouveau du Krautrock, s’associe à Etienne Jaumet – aka une moitié de Zombie Zombie et un membre des dégingandés Married Monk – pour interpréter des titres sur la thématique « A Psychedelic Night », on se doute que ça risque d’être intéressant. Pour assister à ce nouveau projet à deux têtes et multiples machines, il a fallu prendre son mal en patience*… mais cela valait vraiment le coup d’oreille.
Dos au public, alignant clopes sur clopes, cernés de machines compliquées (comprendre ici : pleine de câbles, de boutons et de trucs bizarres dans tous les sens), armés de claviers, guitare et saxophone, Jaumet et Turzi avaient sorti la grosse artillerie. Machine à fumée qui fait planer et c’est parti pour un set d’une heure ultra-hypnotique. Les partitions de saxophone d’Etienne et les riffs de guitare de Turzi se marient avec brio aux bidouillages électroniques permanents. La progression des quatre morceaux était très bien choisie, transportant vers des univers bien lointains, un peu soporifiques, mais venant d’une insomniaque, la remarque est un grand compliment.
* : Démasquée par Etienne Jaumet lui-même, j’ai dû reconnaître que mes oreilles saignaient trop à l’écoute de l’infâme projet Big Daddy’s Dead. « Dans ces cas-là, il faut prendre son mal en patience. Le bar est sympa à côté » dixit E. Jaumet. Ne prenez pas la peine d’aller vous infliger Big Daddy’s Dead qui vous propulse dans un bar gay ringard des années 80 : pas de voix, pas de disco digne de ce nom, pas de mise en scène, pas de costumes… On suppose que la présence de Tania Bruna-Rosso n’était pas étrangère au buzz autour de cette insulte à la musique, il serait temps qu’elle comprenne qu’elle n’a pas de talent ni pour la radio, ni pour la télé, ni pour la musique. Exit !
Incapable de me décider entre deux concerts ce jeudi soir, j’ai finalement choisi d’aller voir un bout de chaque. Verdict express.
Chinese Man : ils sont trois, leur électro groove et funk comme il faut. Mise en scène intimiste vous plongeant sous une pagode, de lanternes chinoises ornent la scène un peu partout. Il faut souligner un Vj-ing de très grande qualité, utilisant à la fois collages, pâte à modeler, animations psychédéliques, superposition de films et dessins animés… La musique est de qualité, le public très réceptif, et cerise sur le gâteau, le Vj-ing est en 3 dimensions grâce aux ports de lunettes gracieusement distribuées à l’entrée.
Un reproche cependant, hormis du sample, rien de très « live » finalement, les mecs connaissent leurs samples et leurs effets par cœur, chantonnent en agitant les bras… Ca sent la préparation un peu trop poussée, c’est finalement un peu trop lisse… Et surtout, comparé à l’album ça n’apporte pas grand chose de plus.
Pas encore totalement conquise… 7/10
Yuksek : j’arrive au milieu de sa prestation et il ne me faudra pas plus de 15 secondes pour entrer dans le show. Ici le public est plus propre sur lui (genre droite chaudasse), se tient comme un public parisien – c’est-à-dire statique alors qu’on leur balance de l’electro dansante – je commence à regretter d’être venue. Mais il suffit de regarder le jeune Rémois se dépatouiller tout seul sur scène pour comprendre que le spectacle vaut le détour. Ici aussi tout est très préparé, mis en scène de manière un peu mégalo (pyramide de néons clignotant son nom), tables de mixages à la verticale, synthés et ordi en arc de cercle, Yuksek est cerné de machine, il n’a plus qu’à jouer et on sent qu’il prend du plaisir à le faire.
Première satisfaction, Yuksek a un micro et ne se contente pas de passer ses samples. Sa voix vocodée épouse les volutes sonores de ses titres. Parenthèse virant à la techno, le public s’agite toujours aussi mécaniquement, je commence à m’ennuyer. J’ai alors une idée qui a sauvé ma soirée, je chausse les lunettes rouges et bleues de Chinese Man et regarde soudain le spectacle d’un œil meilleur. Après tout, la pochette de l’album de Yuksek met bien en valeur ces lunettes… il devrait en distribuer !
Rappel ultra-préparé, Yuksek ne jouera qu’un titre mais c’est assurément le meilleur de son album. Il revient donc accompagné de la première partie Bewitched Hands On The Top Of Our Head (que je regrette de ne pas avoir vu) et ils interprètent tous ensemble Away From The Sea.
De l’electro accessible pour un public un peu jeune et ignare, mais un excellent moment… pas assez convaincue cependant pour suivre à l’aftershow au Social Club. 7/10
Conclusion : voir deux spectacles dans la même soirée ce n’est jamais une bonne idée, Chinese Man devrait céder son idée des lunettes à Yuksek, lequel pourrait en retour leur apprendre à chanter un peu pour animer leurs spectacles…
Après que le trio Saroos a assuré une excellente première partie, les cinq allemands de The Notwist ont honoré le spectacle qu’ils avaient annulé en décembre dernier. Assurément l’un des meilleurs concerts de l’année.
Il y a plusieurs choses fascinantes dans The Notwist. D’abord leur grande capacité de renouvellement musical. Ingénieux, créatifs et appliqués, ces allemands ont réussi à éviter l’écueil d’un Radiohead ou d’un Flamming Lips : savoir dépasser ce qu’on considérait déjà comme un chef d’œuvre. Après Kid A point de Salut pour Radiohead (je vais encore me faire des amis moi…), mais après Neon Golden (2002), The Notwist nous a scotché avec The Devil, You + Me (2008). Alors sur scène forcément, c’est aussi génial. Ils ne sont que cinq mais leurs instrumentations ont la complexité d’un orchestre, ils évoluent entre leurs différents instruments (claviers, guitare, basse, voix…) avec une habilité déconcertante. Et si le batteur ne quitte pas son poste, sa batterie semble être un prolongement de son bras… Et surtout il y a cette fantastique réinterprétation de l’utilité de la console de jeux la plus familialo-ringarde : la Wii. Qui aurait cru qu’on pourrait un jour magnifié cet outil de la sorte ? Martin Gretschmann crée des accompagnements électro en direct à l’aide de 2 remote à ses poignets, durant deux heures le public fasciné du Trabendo a pu observer, médusé, un homme grand et filiforme semblant faire des incantations en gesticulant les bras.
Air du temps qui change ou public averti, plus de la moitié des présents portaient des filtres audio pour mieux apprécier le spectacle. Et ce n’était pas de trop pour pouvoir profiter des simili-improvisations permanentes sur chaque titre. Rien à voir avec les disques, ici les titres sont réinterprétés en permanence. A noter ce merveilleux edit de plus de vingt minutes de Pilot qui a évolué en électro minimale avant de revenir à du rock. Vous aviez oublié qu’ils sont allemands ? Voilà qui est réparé !
Ces gens là ne sont pas de notre planète, il y a bien quelque chose de rageant et de démoniaque dans cette électro-folk triste, une fureur rentrée qui rappelle leur passé punk (comme l’indique encore leur myspace d’ailleurs). Et pour couronner le tout, comme si nous n’en avions pas pris assez pour notre grade, The Notwist s’est payé de luxe de faire un rappel de quarante minutes.
La perfection au delà de la perfection, ça existe presque, du moins est-on tenté de le penser avec ce groupe… Qu’ajouter à cela sinon qu’il faut vous précipiter sur la prochaine vente de billets ?
Note : 9,5/10 (je ne peux pas mettre 10 car les éclairages faisaient un peu mal au crâne, mais à part cela…)
Concert de présentation du nouvel album de Peter Bjorn and John, la part belle était donnée aux nouvelles compositions. L’album m’avait laissé une excellente impression, le concert tout autant.
Habillage scénique sobre et graphique, plan de scène intimiste. Dresscode Noir et Blanc. Trio qui se change en quatuor pour leur tube Young Folks, les suédois occupent la scène avec entrain. Ils sont heureux d’être là, sourient de toutes leurs dents blanches, ça se voit et c’est vraiment agréable car les soupes à la grimace parisiennes sont parfois pénibles. Le public est très attentif donc calme, ce qui est agréable pour mieux pouvoir apprécier les toutes les petites subtilités du groupe : un clavier, 2 guitares, une batterie simplifiée (permettant de jouer debout comme les autres). Les titres faisant intervenir les 2 chants grave et aigu sont très réussies (J’aurais à ce titre aimé entendre Picasso). Les mélodies sont résolument pop et plus glacées que les opus précédents.
Comme je l’avais supposé, Nothing to worry about et Lay It Down sont les deux titres les plus dansants et entraînants qui ne vont pas tarder à succéder à Young Folks. Mais plusieurs autres titres sont tout aussi délicieux, notamment Living Thing qui a bien fait de donner son titre à l’album car un live de Peter Bjorn and John est réellement vivant, animé de cette ardeur calme (oui c’est un oxymore mérité) qui caractérise souvent les Suédois.
On ressort de là électrisé et apaisé à la fois, avec un sourire jusqu’aux oreilles et prêt à en découdre avec une piste de danse. L’abus de Peter Bjorn and John est recommandé pour la santé.
Chanteur français / Western Spaghetti – folk / 18/03/2009
Avec le concert d’Alain Bashung le 3 mars, celui de Sammy Decoster était probablement le spectacle que j’attendais le plus ce mois-ci. Monsieur Bashung s’est tristement décommandé, le jeune Decoster n’avait donc plus qu’à redoubler de talent pour réussir à me séduire.
Après une première partie aussi inintéressante que crispante (retenez bien le nom de Marianne Dissart pour ne jamais aller la voir !), Sammy Decoster ne pouvait qu’être encore plus à son avantage. Idéalement accompagné de Loic Maurin à la batterie et Mathieu Denis à la guitare, la contrebasse et au banjo, Sammy semble avoir pris plus d’assurance qu’il y a deux ans. Il n’est plus la frêle silhouette perdue au milieu de la scène, mais bien un artiste occupant tout l’espace qui lui est alloué. Le spectacle est rôdé, les effets de mèches aussi. Effet Barclay ? Pas tout à fait car Sammy n’a rien perdu de sa spontanéité, invitant ses amis éméchés sur scène, vendant son disque tout en s’en moquant, critiquant sa prestation vocale (« Je n’ai pas assez de retour, c’est pour ça que je chante comme un cul depuis le début »). Donc Monsieur signe sur une major mais ne cède pas à tout non plus… et c’est tant mieux.
Légère inquiétude en voyant que Sammy interprète les trois premiers titres dans le même ordre que son disque (Tucumcari, L’homme que je ne suis pas, Je partirai me suicider à Hawai), il ne va pas nous faire le coup de l’artiste ânonnant ses compositions dans l’ordre convenu quand même ? Parce que le disque on l’a à la maison hein… et selon moi ce n’est épanouissant ni pour le public ni pour l’artiste que de faire toujours un spectacle similaire à l’opus. Et heureusement que non, Decoster reprend du poil de la bête, se met à ne plus respecter la set-liste, interprétant The Drive au lieu de Manãnaen l’honneur de Benjamin, son ami venu le rejoindre sur scène et qui – paix à ses dents – s’est mangé le sol en voulant slammer dans le public…
Côté reprises, les titres choisis sont judicieux, par exemple un splendide Love Me Tender en session acoustique au milieu du public et en collaboration avec les membres de Revolver (qui se révèlent moins mauvais qu’à l’accoutumée alors que je pensais leurs cartouches grillées depuis longtemps…). Notons cependant que les reprises de Sammy sont chantées parfaitement justes et joliment orchestrées, mais avec un mauvais accent anglais parfois un peu agaçant, il fait donc très bien de défendre ses titres en français sur ses disques. Le tout résonne avec brio, notamment Tu me hantes et L’Exil. Et même lorsqu’il se retrouve seul sur scène (J’ai trop aimé l’enfance, qui ne figure pas sur son album mais sur l’EP), on perçoit une légère appréhension qui reste bien maîtrisée.
N’oublions pas que l’on reconnaît Sammy Decoster comme l’un des potentiels sérieux successeurs à Monsieur Bashung, ne pas avoir commis l’impair de faire une reprise de l’artiste lui vaut d’autant plus de respect de ma part. Son spectacle a enchanté un public un peu fatigué durant une bonne heure, ses mélodies me sont restées en tête jusqu’au lendemain… Qu’il continue comme ça, sillonne les salles et les pays, s’énerve un peu jusqu’à en casser ses cordes (de guitare, pas vocales)… et il saura nous étonner et susciter notre intérêt encore un bon moment.
Salle comble pour le retour du doux Oxmo avec un nouvel album annoncé comme un « retour aux sources ». La prestation ne le démentira pas.
Oxmo a connu le succès grâce au Lipopette Bar et ses orchestrations jazzy. Ce soir là, à l’EMB, il livre un spectacle de ses titres préférés et de quelques nouveautés issues du nouvel album à paraître, L’arme de paix. L’homme ne fait qu’un avec son public, interactions permanentes et pertinentes et effectivement beaucoup plus recentrées sur l’univers musical hip hop / jazz. Masterciel a connu un franc succès, les nouvelles mélodies également (moins de flow, plus de chant). Ce qui agréable avec cet artiste, c’est qu’il n’y a pas une once de violence dans son flot, pas d’articulations typées « banlieue » comme peuvent l’avoir nombre de MC. Monsieur Oxmo respire la joie de vivre, ça fait du bien et ça ne l’empêche pas de dénoncer certains sujets de société. Oxmo Puccino parle essentiellement des femmes, son sujet de prédilection. ), Sa musique, se tenant toujours sur le fil du latin lover (oui oui même avec sa belle couleur de peau ébène) ne bascule jamais du côté vulgaire du rap et du hip hop.
Ce spectacle enjoué, bien monté et de qualité est encore une fois la démonstration que l’afranchissement des carcans (musicaux, sociaux…) a du bon : « Lorsque les gens disent que ton destin est écrit quand t’es petit, ils oublient que le stylo c’est le coin où t’as grandi ».
Groupe américain / électro, pop psyché / 02/03/2009
Fraîchement débarqués de Boston, les cinq jeunes hommes de Passion Pit donnaient leur premier concert à Paris le 2 mars dernier. Malheureusement, malgré un titre hot de film porno vieux comme moi (curieusement traduit par 39°5 en France), leur musique n’a ni le physique, ni l’endurance du film….
Synthés saturés, guitares bien rôdées, voix supra-aiguës… dès la première écoute, Passion Pit avait tous les atouts susceptible de faire frémir mes… oreilles. Sauf que… entre le premier et le second titre je n’avais déjà pas saisi qu’on avait changé de chanson, simplement cru qu’ils nous faisaient un Edit…
Après plusieurs titres très similaires pour ne pas dire identiques, qui donnaient envie de tout sauf de faire monter la température, Passion Pit commence à livrer des sons plus originaux et inédits, subtil mélange de Of Montreal des débuts qui aurait rencontré Daft Punk, Ratatat et Chopin (oui cela n’engage que moi mais il y avait un fugace aspect des mélodies de piano assez Nocturnesque)… sauf que c’était la fin du concert ! 35 minutes ! De qui se fiche-t’on ? Venir de Boston pour proposer 3 titres intéressants, ça n’en valait pas spécialement la peine…
Passion Pit a quelques atouts dans les mains, notamment l’apport de la voix du chanteur, il s’agirait de ne pas les gaspiller. Il est inutile de se lancer dans une tournée internationale lorsqu’on n’en a pas la carrure, arrêtons de propulser des artistes trop tôt sur scène, laissons-leur le temps de s’épanouir un peu… car sinon Passion Pit risque de ne se cantonner qu’aux éjaculations précoces.
Après un album frais et acidulé en 2006 qui portait plutôt bien son titre (Nice and nicely done), on avait souligné le manque de créativité et d’aptitude à savoir se renouveler avec leur second opus sorti en 2008 (Moonwink). En concert, la tendance se confirme : hormis les Franz Ferdinand, rares sont les groupes qui parviennent à être à la fois des machines à tubes et des bêtes de scène…
Pourquoi, alors qu’ils viennent de sortir un album 4 mois plus tôt, le Spinto Band ouvre-t’il et clôt-il le concert par un titre du premier album ? La réponse est aisée, le second album ne convainc pas plus sur scène que sur disque. Comment apprécier des jeunes garçons habillés par leurs mères et qui n’ont rien à dire sur scène ? On retiendra cette phrase fantastique du guitariste : « Si je savais parler français, je vous dirais bonjour et merci d’être là »… et c’est tout ? Ben alors tu fais bien de te taire et heureusement que tu ne parles pas notre langue !
Côté technique, le show est bien trop rôdé pour être vivant, trop lisse, trop propre sur lui, trop cul-cul, on comprend que l’essentiel du public soit des ados à peine pubères qui ne sont pas fichus de faire la différence entre les titres puisqu’ils ne font que sauter sur place en gigotant les bras tels des pantins désarticulés (mes épaules se souviennent encore de cette gamine bouboule et suante qui accrochait sa main moite régulièrement et hurlait dans l’oreille de son copain). Un titre inédit (dont je n’ai pas le nom) a retenu mon attention, car essentiellement instrumental. Et on ne peut que reconnaître que, lorsque le groupe entonne Oh Mandy, c’est efficace et très joli, bien qu’il ne se dégage aucune émotion de la scène…
Et comble du spectacle, les six jeunes du Spinto Band succombent à cette mode écœurante de l’electro-rock-ramassi de n’importe quoi… en encore moins bien qu’en sont capables les Klaxons, pour vous situer un peu le niveau…
Donc voilà, une soirée à peine correcte (je ne vous ferai pas l’injure de vous parler de la première partie), monotone et faussement enjouée, au final totalement déprimante.
Quatrième édition d’un petit festival hivernal qui ne fait pas de mal, permettant de découvrir en live plusieurs sensations attendues. Décevantes ou convaincantes, voilà quelques impressions pour pouvoir défricher le terrain.
Lundi 16 février (folk)
Lonely Driften Karen : un univers tout en douceur et légèreté pour un trio qui avait la lourde tâche d’envoyer les premières notes de huit jours de festival. Une chanteuse autrichienne pleine de charisme malgré son petit corps frêle, un batteur italien bourré d’humour et un pianiste espagnol possédant un certain bagout… et pourtant on les croirait tout droit sortis de la campagne anglaise… (7,5/10)
Mariée Sioux : Erreur de programmation d’avoir placé Mariée Sioux au milieu d’une soirée qui avait bien commencé. Guitariste seule sur scène qui vous fait un peu trop sentir à chaque morceau qu’elle est de Californie, embarquée dans un trip mystique un peu lourd, tout autant que son corps et son chant peuvent l’être. En première partie ce serait mieux passé (5,5/10)
Emily Jane White : elle a beau être jeune, le chant et les compositions d’Emily Jane White traduisent une grande maturité. Sa voix est claire, maitrisée avec délicatesse. Les Violoncelliste, batteur et pianiste accompagnent très bien Emily et forment l’écrin mettant en valeur toutes les facettes de cette artiste précieuse. (8,5/10)
Mercredi 18 février (rock)
O’Death : deux torses nus décorés de tatouages, deux barbus à lunettes habillés comme des bucherons et un violoniste tout droit sorti… de nulle part. On ne donnerait pas cher de leur peau à première vue. Et pourtant, O’Death jongle avec dextérité entre les différentes sonorités morbides : voix caverneuses et nasillardes, blues country… on peine qu’ils viennent de New York plutôt que du fin fond du Michigan (7/10)
Jim Jones Revue : très attendus (salle comble), les drôles de londoniens ont la réputation de jouer très fort. Pari raté ce soir là car le chanteur n’a plus de voix et les musiciens jouent approximativement… je ne m’attendais pas à mieux, un buzz construit trop vite et reparti aussi sec. (7/10)
Jeudi 19 février (pop, folk)
Xavier Plumas : de bons musiciens qui accompagnent un chanteur médiocre et des textes en français ridicules à mourir… kaï kaï, attendons de voir comment les choses évoluent… (3/10)
Dear Reader : après des problèmes techniques qui ne leur étaient pas vraiment imputables, l’ex duo Harris Tweed d’Afrique du Sud s’est mué en trio et livre une folk-pop tout en douceur. La voix de Cherilyn, sucrée et envoutante, nous transporte dans un univers onirique fait d’ours polaires et vilains prétendants qui ne sont plus certains de la trouver jolie (ils ont mal regardé visiblement car elle est à croquer). Piano-guitare-basse-batterie et sampler pour la voix, la simplicité a parfois du bon. Le charme et le romantisme anglais de Jane Austen avec une pointe plus chaude… (8,5/10)
Vetiver : bon, décidemment le chant n’était pas le fort des hommes ce soir là, une musique pas transcendante, un chant rédhibitoire, au revoir… (6,5/10)
Dimanche 22 février (pop, electro aérienne)
Women : Ils sont quatre, ils sont canadiens, les homme de Women livre une pop acidulée avec digression noisy. Régulièrement ils chantent faux et curieusement, cela passe très bien. Mi-foutraque, mi-structuré, ceux dont l’album était déjà surprenant ne perdent rien de leur charme sur scène… (7,5/10)
Chairlift : le trio de Chairlift a produit un tube, Bruises, mais à part cela ? L’album sonnait très inégal, le show sur scène est tout autant bancal. Musicalement capable du meilleur (leur dernier titre où la voix claire de Caroline Polachek est livrée sans effets de reverb) comme du pire (certains morceaux ne volent pas plus haut que la musique d’accompagnement de stretching d’une salle de sport), le groupe est également insupportable scéniquement. Effets de chevelure, déhanché totalement en inadéquation avec la rythmique, seul le batteur ne semble pas atteint de nombrilisme… bof bof (6/10)
Mardi 24 février (country rock)
Elliott Brood : des canadiens dont on n’avait pas vu venir le troisième album. Enjoués et passionnés par ce qu’ils font, leur musique est tout aussi pleine de vie. Le chanteur est dynamique, son acolyte au banjo est zinzin et le batteur jovial. Oscillant entre country, western spaghetti, rock endiablé et folk épurée, on se dit qu’Elliott Brood n’est décidément pas un nom adapté à ce groupe, bien trop smart pour avoir un nom de bûcheron. (8/10)
War on drugs : eux-aussi ont un nom plutôt disgracieux… Et après Elliott Brood, ils ont beau avoir des trouvailles intéressantes, on n’a plus envie de les écouter…
Un bilan tout à fait honorable pour cette nouvelle édition du festival Alligator à qui l’on souhaite longue vie !
Il est déconseillé d’écouter l’album de Nicolas Jules avant d’avoir vu le phénomène sur scène, je pèse mes mots. Capable de balancer toutes les pires critiques à propos de cette scène de la « nouvelle chanson française », je dois reconnaître une fois de plus que l’adage rappelant que seul(e)s les imbéciles ne changent pas d’avis se justifie concernant cet artiste. Cette première de vingt représentations aux trois Baudets a été l’occasion de réviser mon jugement (hâtif) sur Nicolas Jules et de découvrir une nouvelle salle parisienne.
Parenthèse sur le lieu. Soyons clair, on parle partout de la « réouverture d’une salle mythique » concernant les Trois Baudets, mais il s’agit pour beaucoup d’entre nous maintenant d’une « ouverture » tout court. En effet la salle a fermé en 1967, ce qui correspond à peu près à la préhistoire pour moi, pour l’artiste qui jouait ce soir là, et même pour ma mère [Il faudrait peut-être cesser de mettre cet argument en avant si l’on veut que la clientèle ne soit pas composée essentiellement de personnes de plus de 60 balais]. Bref, ce lieu est chargé d’histoires charnelles (débuts de Gainsbourg, puis cabaret érotique) et si aujourd’hui, le voisin aux néons les moins discrets est Monoprix (et non SexyShop and Co), il règne dans ce lieu une atmosphère décomplexée et bon enfant ultra-plaisante dans un Paris qui a tendance à se guider et faire la moue. 250 places de velours rouge agressif pour une programmation consacrée à la chanson française, deux bars et un restaurant, le pari est intéressant…
Nicolas Jules était libre d’inviter qui il désirait pour assurer ses premières parties, alors en ce soir de première nous avons eu droit à Boule qui, si sa musique ne m’a pas bouleversé, chante juste et joue correctement. Et puis quelqu’un qui a suffisamment d’humour pour avoir choisi pour nom de domaine sur Internet le www.sitedeboule.com n’est définitivement pas mauvais.
Si le second album (je dis second car je n’ai même pas jeté une oreille au premier) de Nicolas Jules (Powète) m’avait laissé un arrière-goût de déjà entendu et une impression globale à peu près insipide, le spectacle n’avait rien à voir avec tout cela. Tout d’abord, le garçon a une bouille mi-ange mi-gamin à qui l’on a envie de tirer les oreilles et il n’est pas seul sur scène, accompagné de Roland Bourbon – dit l’Orchestre – un homme au physique de Garçon Boucher auquel on aurait mis des collants résilles, un tablier bleu et un marcel blanc, qui est batteur et bruiteur en tout genre. Puis, il se dégage indéniablement de ce petit être une énergie et un humour dévastateur qui dériderait même les plus vieilles mamies ronchons du quartier. Les titres sont interprétés tout en finesse et avec des variations plus plaisantes que sur l’album. Nicolas Jules a sur scène un répertoire bien plus vaste que sur ses disques, allant du blues au rock’n'roll qui gratte en passant par les chansons d’amour faussement mélos. Et cela également grâce au jeu de scène et aux saynètes complices entre l’artiste et son « orchestre », mais aussi avec Boule (qui a interprété 3 titres avec eux).
On ne peut que louer l’initiative et l’intelligence des responsables des Trois Baudets (notamment le génialissime et jubilatoire Julien Bassouls) d’accorder leur confiance à de jeunes artistes français en leur laissant les murs de la salle non pas pour un soir simplement, mais pour 20 dates (10 dates de février à mai puis 10 dates en juin). Souligner aussi leur amour et leur volonté de faire vivre le genre plutôt difficile à défendre que la chanson française (rien que le terme de chanson est répulsif, alors chanson française…). Nicolas Jules mérite cette salle (et je ne l’aurai pas affirmé avant le spectacle) et la notoriété qui devrait aller avec. La question de faire albums lives devrait également être vraiment étudiée le concernant.
Après une première partie aussi insupportable qu’inaudible (Ponytail), personne n’était vraiment dans le bain pour réussir à apprécier les Black Lips dans toute leur splendeur ou au contraire, trop lucide pour déceler l’arnaque.
Reprenons tout depuis le début, les Black Lips comme leur nom ne l’indique pas sont tous blancs originaire d’une ville passionnante, Atlanta. Ils se revendiquent de la mouvance « Flower punk », ce qui ne colle pas avec leur légende. Ils ont en effet la réputation de se produire dans des shows où vomissures, urines, feux d’artifices, etc ne sont pas exclus, ce qui est loin de sentir la rose…
Sauf qu’on est à Paris le soir de la Saint-Valentin. Alors, lorsqu’on jette un œil à la ronde, le public est loin d’être équipé pour saloper ses fringues toutes droit sorties du pressing et apprêtées. Le groupe arrive nonchalant et pas spécialement enclin à mettre le bazar. Ils font surtout punk propres sur eux. Au bout de trois titres on peut être certain que ces mecs sont à cent lieues d’être sales : ils souhaitent une joyeuse St Valentin et se pointent avec des roses en chantant Bad Kids…
Leur musique n’est rien d’autre que celle d’un groupe de rock garage comme il en existe des centaines. Notons que leur dernier album (Good Bad not Evil) se tournait déjà un peu plus vers des mélodies sucrées. Au final, cela devient très vite usant, sans parler du public faussement énervé plus insupportable qu’un parterre d’adolescents devant les Naast. Je suis probablement passée à côté du spectacle, mais je reste convaincue que les disques restent mieux que les prestations scéniques pour l’instant. Pas de quoi s’en lécher les babines…
Bojan Zulfikarpasic a été classé et récompensé parmi les plus grands musiciens de jazz. Pourtant il a construit son univers musical sur un concept, la Xénophonie ou le fait de rejeter une musique étrangère et étrangère à elle-même – ou encore comment, en ne changeant qu’une seule lettre, on fait allusion à l’un des sentiments les vils de l’homme. Venant d’un serbe, il était audacieux de remettre en question le sujet tabou de xénophobie dans un état ayant connu guerres et génocide. Bojan interprétait ce soir là une grande partie de son second opus en trio (septième au total), Xenophonia, et nous ravissait par la présentation de quelques titres inédits.
Cerné de trois claviers (un piano à queue, un clavier électrique et un Fender Rhodes trafiqué), Bojan joue de trois-quarts, tourné vers ses deux acolytes et non vers le public. Il joue de préférence de deux claviers à la fois, il a raison, il est doué pourquoi s’en priver ? Thomas Bramerie à la contrebasse et Martijn Vink à la batterie ne sont pas en reste non plus. Bien que malade, Thomas Bramerie ferme les yeux pour mieux nous transmettre toutes ses bonnes vibrations. Le batteur ne se tient pas à une interprétation jazz mais a quelques accès rock bienvenus. L’écoute entre les musiciens et entre le groupe et le public est pour ainsi dire parfaite.
A dominante de piano (pas étonnant vu qu’il y a 3 claviers), le trio livre un jazz atypique dont les titres ne sont jamais anodins. Ainsi on se délecte du titre inédit Greedy : In goods we trust qui dénonce l’avidité et la cupidité présente en chacun de nous, une mélodie rythmée de passages agressifs. Dérangeant pour certains, attrayant pour d’autres, une chose est certaine : l’univers de Bojan force l’admiration. Pour avoir discuté avec lui, je ne peux également que souligner sa grande humilité et humanité (des sentiments nobles et non des « bons sentiments »). Vivement le prochain disque.
Alors forcément lorsqu’on prononce le nom d’Ayo, en général les pupilles se dilatent et s’intéressent à ce que vous allez raconter. La jeune femme est belle, a du charme et une très belle voix. Oui mais voilà, cela ne suffit pas.
Sur scène, Ayo est entourée de quatre musiciens qui lui sauvent la mise. Le batteur, bien que malade (crise asthmatique), rythme l’ensemble avec brio, jetant sans cesse des regards complices au pianiste de l’autre côté de la scène. Le guitariste et le bassiste rattrapent pas mal de bourdes d’Ayo également, heureusement. Donc tant qu’Ayo a sa formation complète sur scène pour l’accompagner et les textes écrits par Patrice au lieu des siens, le spectacle est plutôt très chouette, chaleureux et énergique.
Là où les choses se sont corsées, c’est lorsque la belle s’est lancée dans un solo. Accumulation de bourdes, dix minutes pour réaccorder sa guitare, histoires débiles et inintéressantes… une légère crispation commençait à être perceptible sur ses jolies fossettes.
Le spectacle aura duré deux heures, dont 45 minutes un peu fatigantes, plusieurs titres étant mélodiquement très redondants. Je crains que la demoiselle n’ait été propulsée un peu trop vite sur de grandes scènes, espérons pour elle que ses dates à l’Olympia seront à la hauteur du lieu…
Arrivée stressée, je comptais bien repartir de ce concert de meilleure humeur. Pas de déception avec Phoebe Killdeer : la craquante australienne a bien fait de quitter Nouvelle Vague pour une carrière Bande à part.
Univers noir et rouge, légèrement mélancolique. Le show ouvre sur une scène plongée dans le noir et dont chaque personnage se dévoile sous la torche de Miss Killdeer. Ils sont quatre sur scène (un trompettiste les rejoint par la suite), mais Phoebe et son guitariste (Cédric Le Roux) retiennent toute l’attention. Ils forment un couple espiègle, s’affrontant dans diverses joutes musicales « je t’aime moi non plus ».
Avec une voix à la fois veloutée et rocailleuse rappelant le blues de Tom Waits, des rythmiques rock de Nick Cave et des textes piquants bourrés d’autodérision – elle passe son temps à se poser des questions existentielles du type Est-ce qu’il m’aime ? Oui mais jusqu’où ? Pourquoi il n’a pas appelé ? Enfin mais c’est pas possible de trouver quelqu’un de romantique ? Sauf que le résultat n’est pas désastreux comme une Hélène Ségara… il s’agirait plutôt d’une PJ Harvey en cent fois moins torturée – Phoebe convainc sans peine le public par son rock jazzy et ses mimiques pleines de charme. On peine à croire qu’il y a autant d’énergie dans ce petit corps.
Une heure tout rond de prestation, la salle en redemandait encore. On attend la suite avec impatience…
Folk – Blues – Rock / France, Grande Bretagne / 24/10/2008
On ne le dira jamais assez, les meilleurs équipements acoustiques ne sont pas à Paris mais dans sa proche couronne. L’Emb-Sannois accueillait trois groupes ce soir là.
Revolver tout d’abord, que dire de plus qu’il s’agit de trois jolis minots qui jouent passablement bien de sympathiques ballades, mais chantent aussi bien qu’une batterie de cuisine… Ils nous avaient ensanglanté les oreilles pendant le spectacle de Tahiti Boy au Point Ephémère, on constate ce soir là qu’ils ont (heureusement) fait quelques progrès. C’est déjà ça, à suivre donc pour voir s’ils sauront un jour être un groupe digne de ce nom.
Narrow Terence n’était pas la tête d’affiche de la soirée mais incontestablement les chouchous attendus. Ils livrent un show épuré aux influences hard-rock, on se demande parfois comment ils font pour n’être que quatre… Une voix à la Arthur H vient épouser les volutes sonores d’un violon et les rythmiques pointues d’une batterie (menée ici des mains habiles de Thomas Pirot, batteur de Nelson). Lorsqu’on les entend, on pense immédiatement à Ez3kiel, et on a bien raison : les deux groupes collaborent pour présenter des titres ensemble en novembre à La Cigale. Avis aux amateurs ça risque d’être de qualité !
Hugh Coltman enfin prend place, accompagné de quatre complices. Intro à l’harmonica, douce voix et blagues franco-anglaises, on plonge doucement et avec délectation dans une ambiance blues-jazz belle époque. Plus dynamique soudain, les mélodies prennent une tournure reggae qui ne choque pas. Aguerri par les tournées et les scènes durant trois albums avec The Hoax, Hugh Coltman est le contre-exemple du folkeux-boutonneux et introverti (comme… non je ne citerai personne, ils n’en valent pas l’effort) qui jouerait son répertoire sans prendre en compte le public. Malgré cela, le spectacle paraît un peu trop lisse dès que Coltman joue ses titres phares (On my hands, actuellement matraqué sur les ondes)… C’est à lier probablement au public assez peu réactif / fatigué.
Un très beau spectacle, où la progression de programmation était très agréable, tout autant que l’after-show…
Après un show époustouflant à guichet fermé le 8 mai 2008 au Point FMR, Of Montreal ouvrait la tournée de son nouvel album avec une date à Paris (date unique en France). Après onze années d’existence et neuf albums, le groupe opère à un virage dans sa discographie avec Skeletal Lamping, pour notre plus grand plaisir.
Of Montreal, c’est un peu comme un problème de maths à l’ancienne : ils sont 10, parmi lesquels 6 jouent de la guitare, 3 jouent du clavier, 4 chantent, 4 sont mimes, 2 sont batteurs et 1 est VJ… retrouvez qui fait quoi !
Une fois de plus, le show de ce groupe s’appréhendait dans sa globalité, une heure et demi de musique sans interruption. Il s’agit d’une histoire en trois ou quatre actes. On assiste à des saynètes alternant avec des fresques burlesques. On a donc croisé ce soir là un tigre, un cochon, un cacatoès, deux bonhommes dorés, 2 ninjas, 3 morts mexicains, un éléphant et son dompteur… une joyeuse ménagerie. Kevin Barnes (leader et compositeur) termine en slip jaune asymétrique, le corps entièrement barbouillé de peinture rouge !
Le répertoire musical dévoile quasiment l’intégralité du nouvel album, avec quelques reprises de Hissing Fauna, are you the destroyer ? L’ajout du second batteur (grand gaillard afro qui termine de donner la touche funk au groupe) est une très bonne idée, le plan de scène était intelligemment pensé, les personnages pouvant se déplacer à loisir entre les éléments (2 batteries surélevées en vis-à-vis et les claviers également en hauteur en front de scène à gauche avec le VJ en contrebas, le reste au sol pour s’amuser). Les styles musicaux ont eux aussi beaucoup évolué, revenant à une pop psyché plus épurée, comme à leur début. L’introduction à petite dose de hard rock, rap, hip-hop, folk et électro produisent des mélanges détonnant extrêmement dansants : funk, twist, britpop… On en redemande !
Si Kevin est un leader ultra-charismatique, il accorde de plus en plus de place aux autres membres du groupe. En particulier à Brian Poole, guitariste à la tignasse rouge et blonde, en plein revival néo-hippie. Brian, qui avait rejoint le groupe dès ses débuts, est à présent au même niveau de Kevin sur scène, et sait aussi le remplacer. Kevin m’en avait parlé lors de notre entretien (cf. Interview Of Montreal), il souffre du personnage de scène qu’il a créé : Georgie Fruit. Dans ce nouveau spectacle, on assiste à la mise à mort de Georgie (par le cacatoès et le cochon, sur l’ordre de Kevin). Brian et Kevin sont à présent plus proches l’un de l’autre que Kevin et Georgie Fruit.
Malgré toutes ces qualités, l’ambiance n’était pas totalement au rendez-vous. D’abord la salle était un peu trop grande pour eux (remplie aux trois-quarts seulement). Ensuite le public parisien n’a pas subitement changé pendant l’été, il reste toujours aussi blasé, statique et morose. Enfin le public ne connaissait pas suffisamment le dernier opus pour se sentir capable de danser, ils étaient donc immobiles la plupart du temps et se déchainaient dès qu’un ancien titre était joué… Du coup, pas de cotillons, pas de ballons, pas d’euphorie aussi importante qu’au Point FMR…
Une excellente prestation scénique et musicale entachée par un public bougon, dommage ! J’ai dansé toute la nuit dans mon lit, vivement qu’ils reviennent !
Après six mois d’enfermement lié à une masse de travail dont j’ai cru ne jamais voir le bout, je fêtais à la fois la fin du boulot qui me privait d’aller danser toutes les nuits mais aussi mon retour dans l’une de mes salles de spectacle préférée en Ile-de-France, l’Espace Michel Berger de Sannois (95).
Comme c’est régulièrement le cas, je voulais surtout voir la première partie de soirée plutôt que la tête d’affiche. Et force est de constater que je ne m’étais pas trompée.
Aronas est un projet de Nouvelle-Zélande composé de quatre membres aux personnalités fortes. Un pianiste (le leader Aron Ottignon) aux cheveux coiffés en légère crête punk, avec des lunettes asymétriques faisant penser à Double-Face (selon qu’on le voit de profil droit ou gauche). Un guitariste habillé d’une grande cape de magicien et d’une kippa, aux cheveux si longs qu’on se demande comment il ne se prend pas la tignasse dans les cordes. Un percussionniste israélo-pirate et un batteur-clown autiste qui n’est autre que le batteur de The Do (Jose Joyette) !
L’ensemble est détonnant et plutôt étonnant : une base free-jazz enrichie de variations funk, disco, rock… De beaux titres atteignant 12 minutes sans que cela soit gonflant, une écoute impeccable entre les musiciens, la sauce prend très bien… sauf lorsque se pointe une invitée surprise au chant. Il s’agit de la petite sœur du clavier, une blondinette toute de rouge et noir vêtue qui n’a, ni le coffre, ni l’expérience nécessaire pour réussir à suivre l’ensemble. Résultat : à chaque fois qu’elle ouvre la bouche, elle chante juste mais les musiciens se rangent au pas, perdant tout la créativité et l’originalité qui nous intéressait… Dommage : de génial on passe à bien…
Je ne parle pas de P18, car pour le dire sobrement, c’était mauvais…