Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

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LES BELLES HISTOIRES #5 : CHARLES PASI

In Les belles Histoires, des disques... on octobre 26, 2010 at 3:38

Les belles histoires musicales ou comment, dans un monde de la musique qui crise, on peut encore trouver des rêves qui se réalisent. Parce que je suis une fille qui a aussi le cœur guimauve.

Il était une fois un jeune homme qui aurait pu devenir un Justin Bieber. Ou un Justin Timberlake. Mais il s’appelait Charles alors il a fait autre chose. Mieux.

Charles est franco-italien. Et s’il a grandi à Paris, il a passé beaucoup de ses étés outre-Atlantique à écouter Miles Davis, Otis Redding, Ray Charles ou Bob Dylan qui ont forgé son identité. De la musique qui vient des tripes. Lorsqu’il commence la musique à 17 ans, Charles ne choisit pas une guitare électrique mais… un harmonica. Contre l’avis de tous, il suit son idée et prend des cours de chant et d’instrument. Après avoir rejoint un groupe de Gospel puis fait des études de musique en Italie, il décroche plusieurs tremplins et prix, écume les jam-sessions et, après avoir terminé finaliste de l’International Memphis Blues Festival en 2006, débute une tournée internationale (Etats-Unis, Canada, Russie, Hongrie, Benelux, Italie, Espagne…).

Si son premier opus était teinté de blues (Mainly Blue), le second est inclassable.

Incasable.

Affecté en dressant le constat que les jeunes générations n’ont plus de grand combat à mener comparé à leurs ainés sur Lost Generation ou lorsque la ville qu’il aime se désincarne un peu plus chaque jour (Old lady Paris), Charles Pasi a des textes souvent sombres mais dont les mélodies sont de couleurs diverses. Fougueux et enthousiastes, les arrangements sont un mélange d’influences funk, soul ou rock, à l’instar de Wild it up, titre franc comme un uppercut aux sonorités Red Hot Chili Peppers ou Rage Against the Machine.

Du haut de ses 27 ans, Charles nous parle aussi d’un temps que les moins de trente ans devraient apprendre à mieux connaitre. Un instrument pour les mélodies de vieux l’harmonica ? Pas lorsqu’on sait en truffer habilement l’ensemble des musiques actuelles, Charles Pasi en fait la démonstration grâce à ses invités. En particulier lorsqu’Archie Shepp, émérite pilier de l’afrocentrisme et du free-jazz (avec Cecil Taylor), joint son sax-ténor à l’harmonica et au reste du groupe.

Archie Shepp ? Oui oui vous avez bien lu, quand on veut on peut comme dirait l’autre. Il suffit de prendre son courage à deux mains et de composer le bon numéro sur son clavier numérique…

Des frissons vous parcourent l’échine pendant Farewell my love, douce rêverie au piano interrompue brutalement par une saillie de cuivres. Votre cœur tressaute sur Better with Butter, générosité à l’état brut qui vous fera déhancher aussi bien que sur un James Brown et vous donnera envie de revoir tout Bertolucci ou Ferreri. Le phrasé détonnant du saxophone mêlé à la voix charmeuse de Charles Pasi ne trahit à aucune seconde qu’un demi-siècle sépare les deux hommes.

« Un latin aux yeux ravageurs qui chante comme un noir américain et joue aussi bien des mélodies jazz que rock ? » Ne cherchez pas à cataloguer Charles Pasi, ce doux rêveur observe autant le passé que le présent pour mieux construire et comprendre le futur. Ecoutez, vous comprendrez.

Il était une fois Charles Pasi, qui livre avec Uncaged un témoignage poignant de ce que peut être la musique d’hier remise au goût du jour et habilement mélangée par un passionné d’aujourd’hui. Il vivait heureux avant et vivra aussi bien maintenant. Et toujours sans gomina.

Myspace chic

Charles Pasi – Uncaged / Believe

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Les belles Histoires #1 : LUC VERTIGE

Les belles Histoires #2 : SHINE feat. Terry Reid

Les belles Histoires #3 : THE NARCOLEPTIC DANCERS

Les belles Histoires #4 : LONELY FACTION

Episode à venir : Mondrian

BERTRAND BELIN – Hypernuit

In des disques... on septembre 29, 2010 at 9:31

Chanteur français / Folk – Chanson / Cinq7

Après avoir fait saliver plusieurs mois sur sa mini-prestation en première partie de Dominique A, le disque de Bertrand Belin était probablement l’un des plus attendus de l’année. Hyper-clean, Hyper-classe, Hyper-beau.

Il a toujours été difficile de chroniquer des disques de chansons française, pour la simple raison que sa première qualité de cette dernière se doit d’être une musique immédiate, sans arrière pensée, dont on ne se défait pas facilement, rarement en pouvant l’expliquer. Ainsi on ne perçoit pas immédiatement la puissance musicale d’un Nougaro, Souchon, Higelin, de certains Joe Dassin, ou plus récemment d’Arnaud Fleurant-Didier, Biolay ou Bertrand Belin. Encore un B.B. !

Comment ne pas succomber aux charmes de textes combinant si habilement chic, beauté et poésie, orchestrés guitare-piano d’une main de maître. A l’instar de Tout a changé, morceau calme au texte qui évolue virgule par virgule pour devenir un autre (Te revoilà / Te revoir là / On ne dit pas ces choses à ceux qui sont restés – ici – Tout a changé/), l’opus de Bertrand Belin s’écoute d’une traite. On se laisse porter par les rythmes aussi entrainants qu’apaisants qui rappellent les grandes heures de J-L Murat mais surtout de Manset.

On accorderait n’importe quelle faveur à cette voix grave en qui on a confiance. On est ce Petit Chaperon Rouge qui avait le sommeil plein de loups Avant les forêts, qui refourgue la peur à d’autre, comme hypnotisé par cette douce voix caverneuse. Petit être fragile et sauvage, réfugié dans les replis confortables de ses souvenirs, Bertrand Belin s’immisce doucement et habilement, jure qu’avant le soir il [nous aura] touché la main et qu’[on] en reviendra pas. Et ça fonctionne parfaitement. On l’adopte sans concession.

Par-dessus tout, cet album est un parfait équilibre entre raffinement et immédiateté, classe et popularité, complexité et simplicité. On ne sait à la fois rien expliquer et tout expliciter, c’est d’ailleurs la vocation première de la chanson française : personne ne sait pourquoi on continue de fredonner Aux Champs Elysées en descendant la grande avenue ni ce qui nous pousse à avoir Brandt Rapsodie dans le crâne lorsqu’on fait le point sur sa relation amoureuse, mais quelle que soit l’opinion qu’on ait des interprètes de ces titres, on continue de les avoir dans le crâne…

Pas la peine de s’étendre plus sur ce disque qui a fait l’unanimité de la critique, chose suffisamment rare pour qu’on y prête attention. Enfin un disque de l’année pour la Chanson Française dont les lettres de noblesses sont trop souvent trainées dans la boue. Et par la même occasion, un redressement de la qualité des productions vraiment trop plates de ce label ces derniers temps. Sublime.

A lire aussi, des très belles parlotes chez PlaylistSociety et Arbobo

EDWYN COLLINS – Losing sleep

In des disques... on septembre 27, 2010 at 8:30

Artiste écossais / rock / Heavenly – Cooperative Music

La vie n’est pas un long fleuve tranquille, il faut s’y faire. Et tant mieux d’ailleurs sinon on s’ennuierait probablement beaucoup trop. Edwyn Collins a côtoyé la mort ces dernières années. Un flirt poussé qui ne laisse à la mort que l’alternative d’une crise existentielle. Une remise en question complète de soi, ses choix, ses buts.

- Faire le bilan pour mieux repartir -

I’m losing sleep – I’m losing dignity and it’s guetting me down / Sometimes I wonder what is my role / Half way down to the underground – and I’m bored so bored – I’m not sure what to do what to say – where my heart is, where I’m gone where I’m going / Let me find out who I am, let me live and let me dream /

Noiceur du cœur, sombre énergie qui vous change petit à petit en étranger à vous-même, le miroir ne veut plus vous reconnaitre, vos musclent sont en pilotage automatique.

- Lever le pommeau de douche/ savonner/ actionner la machine à café/ glisser la pastille de magnésium dans votre verre/ fermer la porte à clé/ tapoter sur votre clavier pour boucler ce foutu rapport/ éteindre la lampe de chevet.-

Et soudain, le bras qui se tend, qui vient de là où on ne l’attend jamais. De ceux qui vous ceinturent, comme ce qui retient votre vie au volant du bolide sans freins qu’est devenu votre quotidien. Vos amis en général vous ont lâchement ou timidement laissé de côté mais ces presque inconnus dont vous n’attendiez rien ou pas grand-chose sont là eux, n’attendant rien d’autre que de voir un sourire ensoleiller votre visage.

I can see it in the way you walk / Come today come tomorow – no more tears / The politics of life are obscure and you wanna go I’ll let you go / I still believe in You but it’s okay just hear the voices riding round your place /

- Respirer/ regarder les vagues sous le crachin pendant des heures depuis les remparts/ S’abrutir de films stupides et en lister goguenard tous les défauts/ Dormir/ Déguster un plateau d’huitres en se foutant de penser à partager.-

Some day soon I’ll find a new place, back to the country the cynic life / When I’m older when I’m wiser Over the Hill / and I try to comprehend the forth the fears I’m willing to except the good that is near / Some sweet day we’ll get it in the end and I’ll always be lucky in my life /The simple life, the simple choice.

Revenir à la vie peut se faire de plusieurs façons, la musique en est un vecteur efficace. Rien ne pouvait faire plus plaisir d’entendre à nouveau Edwyn Collins, sa poésie, ses mélodies désuètes qui n’ont pas pris une ride, ses accords de guitares limite ringards qui vous font tomber amoureux du moindre clin d’œil du quotidien.

Le rock à la papa truffé de procédés actuels qui vous entraine pour ne plus vous lâcher, une étreinte sans fins ni fin.

Je dédie cette chronique et cette pochette pleine d’oiseaux à de belles personnes rencontrées de la manière la moins naturelle du monde, sur Twitter. Elles se reconnaitront, merci.

Les Belles Histoires #4 : LONELY FACTION

In Les belles Histoires on septembre 22, 2010 at 10:17

Les belles histoires musicales ou comment, dans un monde de la musique qui crise, on peut encore trouver des rêves qui se réalisent. Parce que je suis une fille qui a aussi le cœur guimauve.

Il était une fois un groupe parisien très doué en pop/folk et émouvant jusqu’au fond du ventre qui s’appelait Syd Matters. Ils étaient si agréables à écouter qu’on en avait oublié de s’intéresser aux autres musiciens qui racontaient aussi le même genre de balades un poil mélancolique et qui, lorsque vous êtes au fond d’un abysse de désespoir et de désarroi, sont comme ces poissons pilotes qui vous ramènent à la surface.

Cette faction perdue pour âmes esseulées travaille d’arrache-pied à la sauvegarde de la culture musicale et de ceux qui en parlent. La Lonely Faction est venu me chercher une fois, pour que j’écoute ce disque. La Lonely Faction est venue me chercher deux fois, pour vérifier que j’étais encore vivante. La Lonely Faction est venue me chercher trois fois pour me tendre la main, me mettre les pieds sur un trampoline et me catapulter haut, très haut, tout là-haut dans le ciel qui devrait étoiler toutes mes nuits. Ils ont botté en touche mes idées noires, ont raccompagné poliment à la porte mes angoisses et se sont occupés de calmer mes nerfs à vif.

D’autant qu’ils sont bourrés d’humour ces pilotes. Ainsi Cliché Song est parfaite à réécouter deux cent fois en boucle en rêvant de son aimé(e). Prophecies est une splendide berceuse pour narcoleptique, lorsque vous vous retrouvez éveillé à 4h du matin sans retrouver le sommeil, elle agit comme ce bras prévenant dans lequel se lover.

A présent la Lonely Faction peut constater le résultat et être fière d’elle : j’en dis tout le bien que j’en pense. Un album doux comme la soie où les guitares et les carillons mêlées aux voix vous font instantanément plus d’effet que les meilleurs anxiolytiques, The chaos is being alone.

 

Il était une fois Adrien G. aka Lonely Faction, qui gagne à être connu pour ses vertus thérapeutiques naturelles, illustration de cette musique qui adoucie les mœurs.

Lonely Faction – Quiet Choirs

en téléchargement sur http://lonelyfaction.free.fr/

 

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Les belles histoires #1 : LUC VERTIGE

Les belles histoires #2 : SHINE feat. Terry Reid

Les belles histoires #3 : THE NARCOLEPTIC DANCERS

BACHAR MAR KHALIFE – Oil Slick

In des disques... on septembre 13, 2010 at 8:30

Artiste libanais / Electro projet / Infiné

Dans la famille Khalifé on connaissait Marcel, le père à la douceur créative, on était resté subjugué par la dextérité du frère Rami dans sa participation au projet Aufgang, mais on n’avait pas vu venir ce petit frère… et on n’aurait pas parié sur autant de qualité.

Signé chez Infiné (tout comme Aufgang) Bachar Mar Khalifé a plusieurs invités, dont Aymeric Westrich et Rami Khalifé. Album pistonné ? Certainement pas. Six titres seulement, concentré ultime de qualité, matière brute et évolutive à travailler à jamais. Dès les premiers accords on se fait surprendre par la violence des orchestrations. Quelque chose qui nait au fond des tripes pour se répandre dans chacune de vos veinules, propulsé par les tressautements des battements de votre cœur. Une marée noire. Liquide visqueux qui vous embourbe pour ne jamais vous lâcher. Ce qui s’apparentait à une simple comptine enfantine devient en un clin d’œil une éprouvante machine émotionnelle.

On n’est beau que s’il existe le laid, on n’est intelligent que si des imbéciles s’expriment, on n’est doux que si l’on connait la violence, on sait reconnaitre une belle âme lorsqu’on s’est frotté à des raclures monstrueuses. Cet album fonctionne de la même manière, soufflant le chaud et le froid, alternant passages rapides et plus lents. Mélangeant en permanence sonorités classiques (piano, batterie, voix, cuivres) mâtinées de traditionnel libanais et rehaussé d’électronique, le résultat oscille entre jazz et minimal, passant par la pop.

Si ce disque est très structuré, il n’en reste pas moins spontané. On ne ressent pas un disque travaillé pendant des années mais une idée mûrement réfléchie et splendide en quelques prises lorsqu’il a été enregistré.

Laisser les émotions sourdre d’elles-mêmes.

Des douleurs et des colères dans leur expression la plus sobre lorsque sont énumérés un à un les prisonniers politiques libanais ; une prise de position forte en choisissant de chanter une douce comptine en duo avec la chanteuse palestinienne Lita Jana.  Never to forget / Never to forgive.

La pièce maîtresse a donné son titre à l’opus. Oil Slick est une bile qu’il est sain d’exprimer. Chaque mot, chaque note jouée, chaque rythme donné est ici à la fois une entité indépendante d’une violence redoutable et fait partie d’un ensemble d’une beauté fascinante. Une sorte de syndrome de Stockholm schizophrène (Tu me Dégoûtes – Enlever le goût – Ordure – Sac à merde – Minable – misérable – inconscient qui n’a pas de conscience, qui provoque le mal autour et en lui – même malgré lui), un monologue de rejet de soi et de tout ce qui nous entoure, être son propre bourreau, plus la peine est lourde, plus on l’aime (Je m’en veux terriblement. Elle m’en veut, je m’en veux, je m’en veux parce qu’elle m’en veut, parce que je n’ai pas le droit qu’elle m’en veuille, ça ne se fait pas… je m’en veux qu’elle m’en veuille). Durant les sept premières minutes, le piano n’est plus qu’une seule boucle, fil rouge, la batterie lui emboite le pas et les phrases électroniques font de brèves incursions dans ce récit.

Certaines familles doivent être décidément douées pour avoir du talent. Si les productions de Khalifé père et celle de Rami sont ambitieuses et de haute qualité, Bachar Mar Khalifé possède résolument comme une aura supplémentaire et une créativité bouillonnante qui font de son disque un opus indispensable. Matière à remixes, outil de méditation et de réflexion, objet de contestation, par-dessus tout splendide transposition musicale de ce qu’est une marée noire : un désastre d’une incroyable cruauté qui est également diaboliquement beau et qu’on voudrait contempler à jamais.

Sortie le 27 septembre, Myspace (qui n’est pas représentatif du sublime de l’œuvre)

En écoute : Distance – Bachar Mar Khalifé in Oil Slick

Chronique à retrouver sur Le Hiboo

THE HUNDRED IN THE HANDS – s/t

In des disques... on septembre 7, 2010 at 11:21

Duo Brooklyn / Pop – Electro / Warp

Avec un nom aussi long qu’incompréhensible, le duo The Hundred in the Hands serait passé à côté de mes oreilles grâce à l’apriori tenace que je conserve à l’égard des groupes au nom fashion-ta-mère. Et pourtant, c’est véritablement un des meilleurs disques de cette rentrée musicale.

Les mélodies oscillent entre pop soignée et electro voluptueuse. Essentiellement dirigées par la basse-rythmique, la voix de la chanteuse vient s’y nicher sans fioritures. Dès les premiers accords de guitare, on reste subjugué et envouté par le timbre d’Eleanore Everdell qui a recours à une légère reverb qui n’est pas déplaisante. Ici plusieurs échos à la disco des 80’s ajoutent une texture rétro terriblement dansante et euphorisante. Là nos oreilles reçoivent de plein front des accents shoegaze donnant envie de tout faire valser.

On peut d’ailleurs souligner un enchaînement des morceaux particulièrement prenant qui vous émeuvent autant le corps que l’esprit. Ca pétille de partout et, telle Cendrillon, on voudrait ne plus s’arrêter et avoir de nouveau vingt ans pour danser de bout en bout sans respirer le temps de cet LP.

Un album à la fois frais et acide par ses sonorités, sombre par ses textes, entraînant par ses orchestrations, The Hundred In The Hands se révèle un duo qui a de beaux jours devant lui, qu’il ne faudra rater sous aucun prétexte lors de leur prochaine scène.

Sortie le 20 septembre

JAMAICA – No Problem

In des disques... on septembre 1, 2010 at 8:30

Duo parisien / Electro-rock / Ctrl Frk / V2 / Coop

Combien de fois vous êtes vous pris pour un rocker dans votre chambre, sautant allègrement sur le lit au risque d’en claquer les lattes et beuglant un pseudo-baragouin anglais ? Vous regrettez le temps où vous n’étiez pas encore « assez parisien » pour vous retenir de danser à n’en plus finir dès que l’occasion se présentait ? Alors Jamaica est un duo pour vous.

Avant Jamaica avait un nom qui sentait fort. Poney Poney est mort, vive Jamaica (pas beaucoup plus génial comme titre, mais moins gnangnan). Cependant les titres de ce duo restent dignes des meilleures écuries… automobiles. La Ferrari Short and Entertaining qui démarre au quart de tour, l’Aston Martin Secrets chic et sportswear, la Bugatti She’s gonna racée comme les meilleures italiennes… Bref cet album dépote à 200 à l’heure, sitôt écouté, sitôt terminé. Une boite à rythmes, une guitare aux riffs bien aiguisés, des textes qui en ont dans le ventre comme ce When Do You Wanna Stop Working appel l’épuisement avant d’arriver à une retraite qu’on ne touchera jamais.

Un disque qui a des tripes, qui vide la tête et permet de s’évader d’un morne quotidien. Avec eux, il n’y a pas de problème, plus de problème.

MARTINA TOPLEY BIRD – Some place simple

In des disques... on août 27, 2010 at 9:33

Artiste britannique / Pop classieuse / Honest Jon’s Record

Oh chouette une femme qui fait de la pop un peu plus évoluée que celle de tops models écervelées !

Ahem. Martina a des cheveux crépus décolorés, une voix possédant un petit grain de quelque chose qui la rend suave et des orchestrations qui donne envie de danser partout. Une voix ne s’oublie pas, celle de Martina a accompagné Tricky et est encore présente aux côtés de Massive Attack. Ajoutez à cela que ce disque est une bonne idée de Damon Albarn qui l’a incité à sortir cet opus, savant équilibre de nouveaux titres et de morceaux plus anciens réorchestrés. Elle est super VIP cette petite !

Bon, en revanche côté textes, c’est plutôt du genre mélancolique. Le petit clown en apparence rongé par des idées noires… Tiens tiens ça me rappelle quelqu’une ça… Particulièrement poignants Lying, Poison ou Valentine dessinent une jeune femme encore capable d’émotion qui sonnent vrai, qu’elle sait exprimer pudiquement. Côté orchestration, on passe sans problème de la douce mélodie susurrée à la hargne du coup de gueule guitare-percussions qui réveille, en passant par les titres ludiques. Un titre à faire regretter Tarantino de ne pas l’avoir contactée pour Kill Bill (Sandpaper Kisses), des jeux de voix à l’aide de samplers (Ilya) qui renvoient cette coquille vide de Micky Green à son rang… Indéniablement, Martina Topley Bird prend un plaisir incroyable. Ni torturée, ni dépressive, elle est une jeune femme autant capable de frivolité que de sérieux. Rien qu’à entendre sa voix, on est saisi par le puissant charisme d’une artiste qui ira loin et n’en a pas terminé de nous ravir. Elle est ce Phoenix en mutation permanente, un oiseau fantastique qu’on ose pas approcher de trop près de peur qu’il ne s’envole.

Une pop très chic qui aurait tout aussi bien pu venir de Brooklyn :)

Sortie 12 juillet 2010.

Martina Topley Bird jouera à Rock en Scène en compagnie d’un groupe de classe premium de type très connu parmi les famous… Ca commence par Massive et se termine par Attack. Je dis ça je ne dis rien hein… ;)

INEDIT DERNIERE MINUTE : Martina se produira aussi en live solo samedi à Rock en seine à 18h25 sur la Scène de l’industrie.

THE DRUMS – s/t

In des disques... on juillet 19, 2010 at 8:00

Groupe américain / rock / Moshi-moshi Records

Parfois on rève d’être né à une autre époque. Il arrive qu’on y pense tellement fort que cela influe sur notre comportement et nos actes. Les jeunes de The Drums sont de ceux qui auraient dû naître quarante ans plus tôt et sous une autre nationalité.

Sans même l’avoir écouté, la pochette de ce disque fait presque froid dans le dos. Fluokids ? Electro bling-bling ? Indie rock qui se la raconte ?

A l’écoute c’est tout aussi troublant. On croit reconnaitre en permanence The Clash, Joy Division, les Beach Boys… sauf que non, ce sont des jeunes d’aujourd’hui.

On peut d’ailleurs s’interroger sur cette tendance actuelle des jeunes groupes à ne jouer de la musique d’avant leur naissance. Notre époque est-elle si anxiogène et déprimante que les mois de trente ans en perdent leurs facultés créatives pour s’enfermer dans des ersatz d’une époque qui semblait plus heureuse et facile ? Un No future de désespoir tout en restant un Fuck the future de jeunesse qui leur passera.

Si les titres de cet opus sont tous des singles en puissance, la qualité des textes n’atteint pas celles de leurs aînés, pas plus que les orchestrations rivalisent avec les groupes d’origine.

C’est à la fois agréable et agaçant de sans cesse avoir l’impression de retrouver d’autres groupes de rock. Un disque plaisant qui, passé l’effet de surprise, s’avère assez lassant mais n’en demeure pas moins de qualité. Reste à voir si, l’effet de surprise passé et la saison estivale derrière eux, The Drums saura s’extraire plus habilement que Mgmt du carcan que l’on a commencé de leur fixer.

BOUGE TON BOULE ! #1 : les reprises

In des disques... on juillet 8, 2010 at 7:49

L’été est là ! (ah bon on ne vous avait pas dit ? Profitez-en, ça ne dure pas longtemps !) et c’est l’occasion d’écouter de la musique un peu différente du reste de l’année. Comprendre : les corps dénudés et le soleil affriolent toutes les hormones et de ce fait, on se met à apprécier les trucs un peu dégoulinants (de bons sentiments ou de rythmes chaloupés, yeah bébé…). Mais qui dit « musique d’été » ne signifie pas qu’on n’a pas le droit d’être exigeants. Donc on écoute le haut du panier.

Les reprises sont un art plus ou moins réussi, plus ou moins intéressant aussi. Et l’été fleurit de tubes qui seront parfaits pour le camping ou mal faire l’éducation des ados découvrant le joyeux monde de la puberté.

Tout le monde n’est pas fan de la location entre amis à beauf-land et certains sont assez charitables pour mettre des disques intéressants dans les mains des ados (tant qu’à faire, ils vont les écouter en boucle avec les fenêtres ouvertes, alors autant se fader des choses potables plutôt que « cette année là » version raï…). Voilà deux opus qui devraient faire votre bonheur.

Après My Bloody Valentine, Pas de  Printemps pour Marnie revisite cette année le répertoire des Bee Gees. Au premier abord on a envie de crier au scandale car les originaux des Bee Gees l’été, on aimerait bien qu’ils passent plus souvent, plutôt que les tubes faussement disco avec chorés ridicules. Sauf que Pas de Printemps pour Marnie fait ça bien. Version pop. Très doux, très mignon, qui donne envie aux ados de rester enfermés toute la journée dans leur chambre, allongés sur leur lit avec leurs yeux de Merlan frits et leurs rires niais à la fois horripilant et touchants. En plus y’a des enfants (les classes de CE1 et CM2 de Toulouse) et c’est même pas casse-bonbon (ouais parce que les chœurs de mômes ça va deux minutes en général, c’est sympa pour la kermesse une fois tous les cinq ans…).

Autre genre, autres reprises. The Hillbilly Moon Explosion et sa pochette grunge se révèlent être un bijou 50’s. Du rock n’ roll à la papa, du twist veux-tu en voilà et des reprises de Gainsbourg qui fondent dans les oreilles comme les anis… hum je m’égare. Ne pas rater « Johnny are you gay ? » qu’on aimerait voir remplacer ces R’n’B putassiers dans les guettos-blasters des midinettes. Des jeunes suisses qui font de la musique de vieux américains, c’est rare et précieux.

Pas de Printemps pour Marnie, Nuit Fièvre, MVS Records, sortie le 16 août.

The Hillbilly Moon Explosion, Raw Deal, Believe, sortie le 15 juin.

A venir :

BOUGE TON BOULE ! #2 : les remixes

BOUGE TON BOULE ! #3 : les trucs sucrés de filles

APPLAUSE – s/t EP

In des disques... on juin 25, 2010 at 8:27

Groupe belge / Trip hop – Soul / 3e Bureau

La pochette est antithétique avec le nom du groupe. Comment Applaudir alors que vos deux mains sont occupées à vous boucher les oreilles ? Ce paradoxe n’est que le premier d’une longue série. Un EP qui en a dans le ventre à découvrir ardemment.

Les contradictions, APPLAUSE les cumule. A la première écoute on croit détenir l’opus d’un nouveau cru anglais. Des accents de Morcheeba ou Massive Attack mêlés à une culture britpop. Mais lorsqu’on consulte le communiqué de presse (qui pour une fois n’est pas vain), on tombe des nues en découvrant que ces gars là viennent de Belgique. Ce pays en crise existentielle et identitaire produit régulièrement son lot de petites perles musicales assez insolites.Les textes d’APPLAUSE font d’ailleurs implicitement référence à cet égarement, ils cherchent un phare, un lapin blanc à suivre.

Autre curiosité, alors que d’ordinaire ce genre d’album traverserait vos oreilles aussi vite qu’un Thalys (aussitôt écouté, aussitôt oublié), les mélodies d’APPLAUSE sont plus tenaces que les taches Eau Ecarlate. Sitôt écouté, sitôt accro. On se surprend donc à user la touche repeat sur The Lighthouse ou White Rabbit.

Et puis il y a cette voix, ce chanteur grave et bouleversant, dont les cordes vocales semblent sur le point de se désintégrer à chaque minute.

Pour toutes ces raisons, j’attend avec impatience l’album pour me faire un avis plus approfondi et je salue l’initiative d’un label qui a su prendre le risque de soutenir un groupe moins bankable que le reste de son catalogue.

Sortie le 19 juillet

Album à venir en 2011

En concert gratuit sur la plage du Glazart le 25 juin.

ARANDEL – In D

In des disques... on juin 22, 2010 at 7:45

Artiste français / Electro minimale – kraut / Infiné

Chez certains bons labels il existe un grain, une texture récurrente dans chaque disque, quel qu’il soit. Tout comme il existe « une patte Record Makers », on retrouve chez Arandel le « sceau Infiné ». Ce projet de ce qui est entrain de devenir l’un de mes labels favoris est probablement plus expérimental et introspectif que les autres. Une pièce maîtresse de l’identité Infiné.

Dès les premières minutes, on sait qu’on ne va pas ressortir de ce disque indemne. Pétri de références Krautrock et électro minimale (In D fait référence au In C de Terry Riley), cet opus est à la fois intemporel et actuel, complexe et aisé, graphique et architectual.

Intemporel par la foule de références présentes (en plus de ceux cités plus haut, il y a de splendides plages Philip Glass) ;

Actuel par ce grain Infiné faisant écho à des artistes contemporains (Zombie Zombie et Etienne Jaumet solo pour la partie Kraut hypnotique, Fredo Viola pour les parties de chants mystiques, Clara Moto ou Rone les autresdisciples Infiné pour les progressions  liquides mélancholiques mais entraînantes…) ;

Complexe par la multiplicité des instruments utilisés (flutes, violoncelles, xylophones, cuivres… tout en bannissant le recours aux samples ou MIDI) ;

Aisé par la rectitude du chemin qu’il trace, toujours plus hypnotique et prenant ;

Graphique par les émotions visuelles qu’il provoque ;

Architectural tant sa structure au premier abord fragile et indécise s’avère reposer sur un socle inaliénable.

Fil conducteur, ce cœur qui bat, tantôt simple goutte d’eau, tantôt violente batterie. L’expérience d’Arandel respire la vie. On se retrouve régulièrement catapulté au beau milieu de nos rêves d’apesanteur contemplative à la Kubrick.

Un disque addictif et euphorisant, plus réussi qu’un bon cours de Yoga.

Sortie le 28 juin 2010, à se procurer d’urgence ou à la rigueur, à écouter sur Deezer.

Une chronique qui pense comme moi à ma plus grande satisfaction d’ailleurs) chez Chroniques ELectroniques

Les belles histoires #3 : THE NARCOLEPTIC DANCERS

In Les belles Histoires, des disques... on juin 2, 2010 at 8:00

Les belles histoires musicales ou comment, dans un monde de la musique qui crise, on peut encore trouver des rêves qui se réalisent. Parce que je suis une fille qui a aussi le cœur guimauve.

Il était une fois un petit garçon élevé par sa mère à Saint Etienne répondant au doux nom d’Anton. Anton aimait plus le chant et la musique que le ballon rond. Anton était né à l’aube des années 80 et aimait plus la pop que l’electro.

A des kilomètres de là, aux Pays-Bas, vivait Melody, jolie jeune fille aimant la musique et les légumes. Melody était née après la chute du mur de Berlin mais préférait la pop à l’euro-dance.

Un jour, Johnny, le père de Melody, se sachant condamné à voir ses cellules devenir malades les unes après les autres, décide d’organiser une grande réunion de famille pour dire au revoir et rejoindre l’au-delà tant qu’il en est encore temps. A cette occasion, Melody s’est faite belle et espère bien rencontrer l’homme de sa vie. Elle tombe alors sur Anton et découvre qu’il n’est pas son Prince Charmant mais son grand frère !

Johnny Van Kapers était footballeur et avait donc logiquement eu l’occasion de fréquenter le stade stéphanois. Il meurt en faisant une belle rencontre et en sachant sa fille bien entourée.

Anton et Melody séparés si longtemps ne se sont plus jamais quitté et ont formé les Narcoleptic Dancers, en hommage à la chevelure de leur père. Et en toute logique, plutôt que de céder à la tendance revival electro-dance du moment, ils firent de la pop la pièce maîtresse de leur équation musicale.

Le résultat est ce splendide EP, perle pop cristalline concentrant le meilleur des Au Revoir Simone, Air, Grizzly Bear ou des B52’s. Il vous suffit d’écouter Rastakraut pour comprendre combien ce duo respire l’amour et la joie, vous le transmet encore et encore (il suffit d’appuyer sur repeat).

Il était une fois deux enfants ayant grandi avec une pièce de puzzle vacante et qui peuvent enfin se sentir entiers. Ils vivaient heureux avant et vivront aussi bien à présent.

Le Myspace et le site de Capitaine Plouf (des gens biens qui croient en d’autres gens biens)

Episodes précédents :

Les belles histoires #1 : LUC VERTIGE

Les belles histoires #2 : SHINE feat. Terry Reid

Episodes à venir : Eliot and the Ritournelles, Mondrian

MOLECULE – Besides

In des disques... on mai 5, 2010 at 8:00

Artiste français / Dub – Electro – Rap / Underdogs Records

2008, je découvre Molécule en aidant à peaufiner la programmation d’une belle soirée Radio Campus Paris… Ce n’est pas mon genre favori mais je reste tout de même à écouter sans effort. Deux ans plus tard, je reçois Besides, quatrième album de Molécule. Je ne vais pas mentir, je n’en attendais rien puisque ce n’est pas mon domaine musical de prédilection. Mais quelle claque bon sang lorsqu’on met en route cet opus qui s’écoute d’une seule traite.

Les plages musicales aux dominantes dub ou reggae n’en finissent pas de vous entraîner dans de douces rêveries aussi reposantes qu’un week-end à la mer mais les featuring agissent comme des électrochocs venant vous secouer la couenne.

Molécule a su s’entourer d’artistes de qualité. Les collaborations de Féfé (Jamais Choisi) et Leeroy (L’Entrée du chef) sont particulièrement impressionnantes par leur justesse de propos, de flow, de rythmique. La problématique des banlieues, de ses habitants au passé autre que franco-français et d’un genre musical qui s’y est développé est abordée par les biais de l’humour et du cynisme. Ouverture d’yeux au forceps sur des réalités déformées par les prismes de ceux qui ne les vivent pas mais passent leur temps à en parler.

Moi qui il y a encore cinq ans pensait ne pas apprécier le rap, quel retournement de veste agréable ! Un bien joli disque d’un artiste qui a su prendre le temps d’approfondir intelligemment une démarche musicale aussi douce que brutale, aussi légère que fouillée.

Retrouvez aussi l’article de Romink sur My (Good) Zik

Un an après : ORELSAN au Pays des Merveilles

In des disques... on avril 30, 2010 at 7:42

D’aucun diront que j’ai dix trains de retard, mais après une grève ferroviaire de 10 jours, on peut tout se permettre. Il y a un an donc, l’album d’Orelsan et le cas du jeune rappeur interdit de festivals défrayaient une presse musicale française vieillissante n’ayant rien de beaucoup plus trendy à se mettre sous les plume.

Alors pourquoi reparler d’Orelsan maintenant ? Parce que le cinéma n’est plus un lieu fréquentable. Donc là, vous vous dites que je suis fêlée de la cabosse, qu’il n’y a aucun lien. Et vous avez raison, enfin presque. Car pour réussir à supporter Alice aux Pays des Merveilles version Tim Burton, rien de mieux qu’Orelsan.

[Attention, Tim Burton était jusqu’il y a peu, mon réalisateur favori, c’est le seul dont je possède la filmographie complète et que je regarde très régulièrement sans m’en lasser. Mais là, non, ça va trop loin. Ca devrait quasiment être classé X tant c’est choquant de médiocrité.] Loin de moi l’idée de faire l’analyse du film en rapport avec le livre dont il est censé s’inspirer, je m’attacherai seulement à une cohérence bande-son / images. Car Avril Lavigne ça ne passe définitivement pas. Relisons ensemble le scénario.

N’importe quelle commune de Basse Normandie 14000 tu sais où j’habite ? possède  sa « boulangerie Marc et Sophie », sa « pizzéria La Gondole », son « restaurant oriental La Burqua » et sa « foire à tout ». Le Calvados c’est moderne et chatoyant et Orelsan, tout comme Alice, s’ennuie à mourir dans cette société ultra-hiérarchisée socialement et culturellement. Ce qui ne l’empêche pas d’épouser ce carcan pour autant : Alice va épouser un abruti pendant qu’Orelsan fait sa caillera. Tous les jours j’fais l’acteur, j’ai semblant, j’maquille la peur en plaisantant / J’ai peur de l’avenir et de ses déceptions et de la dépression.

Alors, comme ils sont jeunes et risquent de s’encroûter, des éléments extérieurs du registre de l’imaginaire viennent leur secouer la cabosse : Tu vas rester sur la touche si tu bouges trop lentement, pour suivre le changement c’est du taf à plein temps. Et là, nos Alice et Orelsan se disent que ouais, ils sont en retard, toujours en retard comme cette salope de lapin blanc, et du coup, ils le suivent le lapin, histoire de vérifier si l’herbe est plus verte ailleurs.

Alors ils font le point avec un psy-chenille addict de joints bien chargés :

- Qu’est-ce que qui t’amène man ?

- Bah, avant j’écoutais les sons, j’écoutais même ceux que j’aimais pas / Maintenant j’ai 40 giga de mp3 que j’écoute même pas.

- Ha oui mes condoléances, ça craint ton époque… Vas donc voir Chapelier Fou il pourra p’têtre te dépanner ?

Ok roule pour la rencontre d’un autre loustic encore plus branque que le premier. De toute façon le présent les gave, ils ne pigent que dalle. On s’en branle du futur quand on comprend pas le présent.

Et donc le chapelier là, il assume à fond son syndrome de Peter Pan, pas de prise de tête pas besoin de se poser des questions sur l’après. Pour les trois prochaines minutes, j’veux qu’on m’appelle Jimmy Punchline. Alors ils font la teuf, toute la nuit. Une bonne soirée c’est une soirée dont j’ai pas de souvenir / Anti-héros j’suis la version humaine de Calimero.

Orelsan et Alice sont des chouettes jeunes, alors on leur propose de combattre un vilain monstre qu’une vieille peau de Reine de Cœur leur impose. Pour les besoins de l’histoire nous l’appellerons « Médiocrité Culturelle ». Et c’est parti, on se relève les manches et on va mettre sa claque à la bestiole qui dans mon récit porte le doux patronyme de « Responsable de festival frileux ». Alice et Orelsan réfléchissent deux minutes, si coup de main il y a, il ne faudra pas compter sur eux pour qu’ils restent dans ce pays tordu : Si je rentre sur le terrain c’est pour mettre une droite à mon coach.Banco répondent les autres, ça sera toujours une saleté de moins dans les alentours.

En plein combat, Alice et Orelsan ne sont pas certains de l’intérêt de combattre l’armée de la Reine et ses freaks, ils oscillent entre Bien et Mal. La culture française mérite-t’elle d’être aidée ? Qu’est-ce que ça va changer ? Et finalement, même s’ils sont nuls à chier à PES, le monstre trépasse.

Et voilà, il est temps de rentrer à sa petite vie, même s’il a peur de perdre, peur de l’échec, peur d’affronter les épreuves de la vie, Orelsan ne ressort pour moi que grandi de l’acharnement médiatico-politique qu’il a subit. Certes, ses plages de vocodeur sont fatiguantes, ses orchestrations grandiloquentes au violon nous forcent à prendre son disque au second degré pour ne pas rire, mais ce gars là a du talent, du vrai, brut et pas encore parfait.

Nous sommes dans une société de la vitesse et de la contraction, alors allons-y : Orelsan est une Merveille. (Ré)écoutez, vous verrez… Et on attend la suite avec impatience…

HEY HEY MY MY – A sudden change of mood

In des disques... on avril 6, 2010 at 8:00

Groupe français / Pop – Rock / Sobber and Gentle – Discograph

Dans la droite lignée de la mouvance « on va l’écrire deux fois les gens s’en souviendront mieux (pour le meilleur et pour le pire) », Hey Hey My My s’est carrément payé le luxe de répéter deux fois chaque mot. Comme ça si vous étiez bègue, vous pouvez prononcer le nom de ce groupe sans problème. Grandeur d’âme de leur part que de penser à ceux qui souffrent de handicaps mineurs. Ou est-ce pour le plaisir de voir ce correcteur orthographique sous Word s’emballer sur les répétitions ? Leur nouvel album lui, porte bien son nom car il annonce un soudain revirement de cap. La qualité semble avoir enfin décidé de s’installer dans tout ce que Hey Hey My My a travaillé.

Soulagement pour la France, chaque morceau de HHMM respire enfin. Ce n’est pas à tomber par terre peut-être (comme tous les disques de 2010 pour l’instant), mais bon sang ça mérite de pouvoir squatter les ondes et les dancefloors sans problème. L’été arrive, les jeunes filles sont en fleurs (non, ne cherchez pas de graveleux là-dedans) et les accords pop-rock des trois parisiens soufflent juste ce qu’il faut de brise légère dans les cheveux, les oreilles et sous les robes de popeline de coton pour passer un excellent moment.

Du bon rock n’ Roll des familles aux accords simples mais efficaces (Oh Lord, Pool) ou des passages plus electro-pop dont les accents dark rappellent presque Poni Hoax par moments (Go to Hell, Jazzol), entrecoupés évidemment d’interludes plus folk-britpop, leur spécialité (We Go, Xmas Day, Hopeless Girl)

Pas mal d’humour aussi dans ces paroles, ce qui ne fait pas de mal (You Look All The Same, Not Fun Anymore) : on peut faire à la fois de la musique légère et second degré.

Donc oui, parfois les jeunes groupes font bien de s’accrocher pour nous démontrer qu’on pouvait avoir tort. HHMM produit une musique intuitive et entièrement dans l’émotion immédiate, des mélodies destinées aux filles, indéniablement. Alors sachons en profiter Mesdemoiselles. Bis repetita placent – traduction béotienne : Les choses répétées plaisent – c’est bien connu et, quitte à devoir se répéter, Hey Hey My My a bien fait d’insister.

Sortie le 24 avril

LA MAISON TELLIER – L’art de la fugue

In des disques... on mars 22, 2010 at 8:30

Groupe français / Folk – Rock – Country / Wagram

Troisième opus déjà pour la famille Tellier, des gars bourrés de talent pour qui il a fallut inventer une appellation : celle de cowboys normands. Back to basics – ouais en anglais pour une fois ça sonne mieux – et tour du propriétaire.

L’art de la fugue, titre polysémique, rappelle immédiatement l’une des qualités du groupe : leur capacité de savoir magnifier la langue française dans des morceaux « à l’américaine ». Donc l’art de la fugue c’est à la fois une référence musicale classieuse aux auteurs classiques et un clin d’œil aux voyous du Far-West qui leur sont chers (leur petit héros-martyr perso s’appelant Cactus Kid). Et ce jeu de mot voyez-vous, n’est possible qu’en français, donc on dit merci et chapeau bas, ce titre ne sort pas de nulle part et a un sens, ce qui devrait être de rigueur pour tout album d’ailleurs (non, je ne m’engagerai pas sur cette pente glissante aujourd’hui). Plus que jamais, la fratrie Tellier manie le double langage avec délicatesse, entre humour et dérision (Aime ton prochain / mais aime-le de loin ou Ils ont renoncé à le pendre / une vie est de nouveau à vendre), à mi-chemin entre tristesse et joie, autant en français qu’en anglais.

Seconde constante du groupe : leur perpétuelle évolution du groupe. Parce qu’une famille ça fait des enfants, ça enterre des morts aussi, alors il est normal que d’un couple des débuts (Helmut et Raoul Tellier en 2006) on en arrive à un noyau de cinq personnes. Avec des électrons libres récurrents comme The Elektrocution (Please Do, Josh the Preacher) ou Lippie (Il n’est point de sot métier Part 2) qui font office de cousin en visite régulière. Et chacun apporte sa pierre à l’édifice : une voix, une trompette, une batterie, quelques accords de guitares… Rien n’est inutile dans un clan, rien n’est essentiel dans une bande.

Troisième invariable du projet, La Maison Tellier suit une route longue et rectiligne (cf. No name dont un épisode est présent sur chaque opus). On ne s’amuse pas à essayer tous les styles, on fait de la musique folk-country et du rock, eh bien on s’y tient. On est réputé pour des reprises géniales (la plus connue étant celle de Killing in the Name, mais celle de Toxic restera ma préférée), eh bien on persévère et l’on démontre que les reprises ça peut être classe et réussi quand c’est travaillé avec amour et rigueur.

Le petit défaut de ces constantes est que le projet de La Maison Tellier a tendance à virer à la maison close. Pas celle du premier opus, fraîche et délicate, mais plutôt dans le sens où il ne sort pas grand-chose de très nouveau de ce troisième album. Cohérent mais pas révolutionnaire. Bien mais pas exceptionnel. Comme un beaujolais, L’art de la fugue ne fait que passer, sans laisser trop d’impression.

On ressent la même légère déception qu’à l’écoute de Second Souffle. Mais on ne se fait pas de bile. Car La Maison Tellier est avant-tout un excellent groupe de scène, capable de vous retourner l’âme, le corps et tout ce qui peut aller avec. Nul doute que cette nouvelle tournée sera encore plus chouette qu’auparavant. Je me plais à croire qu’il me suffit d’attendre et voir…

Sortie le 22 mars

Un live report de La Maison Tellier (2008)

Une interview d’Helmut Tellier (2007)

ASWEFALL – Fun is dead

In des disques... on mars 12, 2010 at 8:00

Duo français / électro – cold pop / Isolering (Modulor)

Avec un titre aussi engageant, il fallait au moins que le label de ce duo français soit suédois pour que j’arrive à me convaincre d’insérer le disque dans la platine…  Un peu de courage n’a jamais fait de mal, la preuve.

Clément Vaché et Léo Hellden n’en sont pas à leur coup d’essai. Avant Fun is dead, ils avaient tissé un premier disque aux fortes influences New OrderThe Clash. Ils ont pris leur temps, Bleed étant sorti en 2005.  Et on préfèrera la prudence à la précipitation dans leur domaine : ne pas tomber dans les travers de Air sans pour autant livrer un album trop électro minimaliste rétro, ce n’est pas toujours évident. Aswefall flirte parfois avec le raté (la boite à rythme introduisant Isolation ou les morceaux sonnant légèrement creux comme Shadows of love ou Ex), jamais avec le mauvais goût.

Ce duo est français, signé chez des suédois et chante en anglais en ayant des références américaines… Musique internationale ? World music ? Musique passe-partout prête à envahir les clubs de partout ? Pas exactement…  Car leur univers est moins minimaliste que sobre, plus retro que tendance come back. Aswefall a la capacité de plaire à bon nombre d’amateurs de sad-electro, vers quatre du mat’, avec ses mélodies 80’s et ses parties de basse – rythmique vous plongeant dans Joy Division et New Order (notamment Wich side of me qui clôt cet opus).

Mais Aswefall risque de déplaire à bon nombre d’aficionados de l’electro sombre pour la même raison. Dès la pochette Fun is dead est une sorte de mise en garde comme « fumer tue » ou « boire avec modération ». Car Aswefall réveille un sentiment de genre bien français : le Spleen. Le Spleen, une mélancholia si puissante qu’elle vous pousse dans vos retranchements les plus intimes. Un sentiment de désespérance et d’incompréhension de soi-même si violent (Memphis) que certains consommateurs de stup’ du dancefloor ou de jeunes cerveaux encore trop malléables imbibés d’alcool risquent de ne pas le supporter. Quand le Spleen vous bouffe les tripes, il faut un moral d’acier et/ou les idées bien claires pour pouvoir en apprécier les mélodies. Hommage à Baudelaire, E-A Poe (Prison) ou Verlaine (Nevermore). Fun is Dead doit pouvoir se lire et s’apprécier dans l’autre sens pour l’appréhender dans toute sa subtilité : (be) Fun is dead as (be) dead is Fun. A partir de là, le monde vous appartient, la délivrance s’exprime et vous rester coi pour ne pas perdre une miette de ce flirt létal.

Quelle bonne idée j’ai eu ce jour là, un opus bien fignolé qui donne envie de sortir d’un club à cinq heure du matin, lorsque la ville est sur le point de s’ébrouer, dans les nuits un peu fraiches du printemps en robe légère légère, un fin lacet de sueur tiède serpentant du creux des épaules jusqu’aux reins, l’euphorie du dancefloor cinq minutes derrière soi : « Nous étions seul à seule et marchions en rêvant / Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent. »

BALLAKE SISSOKO & VINCENT SEGAL – Chamber Music

In des disques... on mars 10, 2010 at 8:30

Duo franco-malien / Kora-Cello / sortie octobre 2009

Hiver trop long, cheveux ternes, corps fatigué… Le besoin de soleil et de repos se fait ressentir plus que jamais. Ballaké Sissoko et Vincent Ségal paraissent avoir anticipé à merveille cette lassitude tant physique que psychologique. Lorsque le besoin de sérénité et de soleil se fait ressentir alors qu’il fait moins deux dehors (en mars !), il vous reste cette splendide Chamber Music.

De la musique sub-saharienne j’en ai été bercée toute mon adolescence. Avec la britpop et les sonorités tziganes, ce fut la triangulation optimale pour que je me mette à adorer la psyché-pop et l’électro au sortir de l’adolescence. A parents bobos-cool, enfants borderline-nerveux… A priori donc, aucune raison de vous parler de Ballaké Sissoko. Et Vincent Ségal de Bumcello, c’est un disque « bien » que je n’écoute pas plus d’une fois par an. Et pourtant. L’épure et la nonchalance chic de ce disque font qu’il tourne en boucle dans mes oreilles depuis qu’il m’est tombé dans les mains.

Arpèges (Houdesti) ou boucles (Histoire de Molly), morceaux dynamiques (Wo yé n’gnougobine) ou très doux (Chamber Music), avec parties de chants (Regret) ou instruments seuls (Oscarine), à dominante ventée (Future) ou métallique (MaMa FC), aux tonalités graves (Mako Mady) ou plus enjouées (Halinkata Djoubé), l’opus vous emmène en voyage loin du métro, du vent froid et du stress ambiant pour des étendues plus ensoleillées, où le souffle chaud d’un zéphyr vous détend la nuque.

L’équilibre parfait entre musique traditionnelle malienne (à la kora) et influences plus occidentales au violoncelle, ni « world » ni « ersatz d’exotisme ». C’est rare une pureté de travail pareille, travail d’orfèvres experts en la matière. Un disque sans frontière et non sans patrie. Chamber Music s’adresse à la carte la plus rare, celle de l’intellect sensible.

ELDIA – Yayaya

In des disques... on février 23, 2010 at 8:30

Groupe parisien / Rock – Pop / Emergence Music

Deux EP d’eLdia ont tourné dans nos platines avant de recevoir ce premier album au nom un peu fashion-branchouille répulsif (mais en accord avec leur nom de scène…). Yayaya, tic de langage hispanique, est aussi excitant que de picoler une pina-colada à l’ombre d’un palmier et évoque des sonorités tout aussi… rafraîchissantes.

On avait eu un aperçu intéressant de ce qui nous attendait avec la sortie de l’EP Favourite Murderer en juin dernier, de la pop léchée assez énergique, suffisamment travaillée pour avoir envie de croire que ce groupe pourrait avoir les faveurs d’outre-Manche. Et l’album n’est pas à la hauteur des suppositions qu’on avait émises lors de l’avant-goût. Alternant entre britpop impeccable et rock aux accents Joy divisionesque, il faut attendre le troisième titre (celui de l’EP, Favourite Murderer) et ne pas se formaliser du copier-coller sur les Strokes de I Wish I Could Be So Free pour commencer à trouver qu’eLdia aura droit à plusieurs écoutes de notre part. Deux titres sortent cependant largement du lot. KO est aussi entrainant que les meilleurs morceaux de pop sucrée dont, telles des abeilles en manque de nectar, on se délecte. Et les sombres variations de Kenneth Anger Satanic Blues ne sont pas dénuées de charme.

On peut déplorer qu’un groupe prometteur, que l’on suivait et soutenait, se ramasse de cette façon. On ne peut se retirer du crâne que les membres d’eLdia sont des personnalités froides, la pochette de cet opus continue de le laisser penser. Hautains, méprisant, distants, ils ne semblent pas enclins à devenir vos meilleurs potes (je n’ai pas mis leur pochette d’album que je ne sais pas définitive ou non). Déception. Plus “Nonono” que “Yayaya”, on leur préfèrera de loin les Gush.

GASPARD ROYANT – You can have me (if you want to)

In des disques... on février 22, 2010 at 8:30

Artiste français / Pop – Folk / 2009

Gaspard Royant n’était qu’un nom associé à celui de Marie-Flore en première page de Deezer pour moi, alors que je cherchais des concertos de F. Chopin. D’ordinaire, Deezer me propose des titres du niveau Star Academy alors j’ai eu beaucoup de réticences à appuyer sur play. Grâce à une collaboration avec Marie-Flore, j’ai trouvé une nouvelle tête à surveiller.

Cinq titres pour se faire une idée d’un artiste, c’est un peu court, surtout s’il s’agit de morceaux courts alternant entre  pop-rock (Things I want to remember) et ballades douces (Grow, The Big Sleep). Alors certes, si l’orchestration est parfois un peu pataude (les grands coups de cymbales sur Things I want to remember ou le poum-poum de Last song of a pistolero), on ne peut pas rester indifférent au timbre de voix de ce beau jeune homme, un peu velouté. Et s’il prend sa guitare, alors vous n’avez plus qu’une envie, qu’il soit là chaque soir pour vous border et vous bercer. Ajoutez à cela un duo avec Mari-Flore (Yours) et vous faites de beaux rêves, sensuels et délicatement parfumés (un champ de roses, un petit jardin anglais, la mousse des sous-bois le matin…)..

Les textes en anglais sont simples mais touchants (notamment Grow), les mélodies sont entraînantes tout en étant un peu mélancoliques, ce qui se prête très bien au temps maussade régulier. Pour avoir vu à deux reprises Gaspard Royant sur scène, je suis convaincue qu’il faut attendre un opus intéressant de lui. Alors attendons… :)

A lire aussi :

Gush & Gaspard Royany @ Scopitone

Marie Flore Release Party @Sunset

Benjamin Biolay feat. Jeanne Cherhal = Jeanne Cherhal feat. Benjamin Biolay ?

In des disques... on février 12, 2010 at 11:32

Benjamin Biolay – La Superbe / Artiste français / Parisianismo-cyniquo-chanteur /Naïve


Jeanne Cherhal – Charade / Artiste française / Petasso-braillarde / Barclay.

En recevant le disque de Jeanne Cherhal – je souligne d’ailleurs que je n’avais rien demandé, cette chose rose m’a été envoyée sans mon consentement – je pensais trouver des titres intéressants à me mettre dans le creux de l’oreille. Car, depuis le splendide opus de Benjamin Biolay (La Superbe), Jeanne Cherhal était un peu remontée dans mon estime… J’avais tort, complètement.

Benjamin Biolay ce sont 22 titres tous plus brillants les uns que les autres, des orchestrations allant de la ballade sombre (Ton Héritage) au hip hop (La Superbe) en passant par le jazz (La Toxicomanie) ou la pop (Lyon Presqu’île), des textes flirtant avec la mort, la dépression et l’impudence avec une désinvolture déconcertante. Des morceaux taillés dans les meilleurs rocs, un humour sardonique et une capacité à nous faire rire de toutes les situations les plus pourries qui jalonnent la vie de tout parisien classe-moyenne-sup-intello-bobo qui est avant tout, tout seul. La vie de famille, les enfants, les amis sont autant de papiers de soie autour d’un cadeau : splendides, indispensables mais terriblement inutiles et décoratifs. Même au milieu de vingt personnes, on reste isolé (L’espoir fait vivre, vivre l’espoir fait vivre).

Alors certes, ceux qui croient en des gros mots comme l’Amour pourront s’offusquer de ce génialissime duo avec Jeanne Cherhal sur Brandt Raphsodie qui résume, de façon à peine caricaturale, l’histoire d’un couple parisien du début à la fin à travers les Post-It laissés dans l’appartement: d’abord délicats et inventifs, les textes se font de plus en plus pragmatiques et banals, jusqu’à devenir informatifs et transpirant le dégoût et le mépris cordial. Surmenés par leur environnement, les couples citadins se font et se défont très souvent de cette manière, inutile de chercher à le nier. C’est en réalité une excellente analyse sociologique, si elle vous dérange, posez vous des questions. Brandt Raphsodie est la pièce maîtresse de l’opus de B. Biolay, tous les autres titres sont des moments de vie pouvant se situer entre le début et la fin de cette histoire. Ce n’est pas parce que les histoires d’amour finissent mal en général qu’on ne peut pas en profiter entre temps (J’avale le vent, j’avale la vie, j’avale les gens, j’avale la nuit, je bois le jour…). Benjamin aime (Night Shop, Tu es mon Amour), Benjamin vit (Buenos Aires), Benjamin se pose des questions (Miss Catastrophe, Jaloux de tout), Benjamin est insouciant pour le meilleur (Prenons le large) et pour le pire (Tout ça me tourmente).

Nous nous disions donc, pour revenir à nos moutons, que Jeanne Cherhal ayant accepté un duo avec B. Biolay pour un titre tout sauf cul-cul, on pouvait attendre une fantaisie similaire sur son propre disque (Charade). Mais chez Cherhal – Chez Cherhal : lisez cela à voix haute en boucle, cela devient rapidement drôle – point de création subtile, seulement des titres d’un ennui et d’une platitude frisant l’outrage. On avait pourtant bien le même thème décliné, c’était bien parti pour les discours où la fille n’est pas trop stupide et ne se laisse pas avoir par des romances sans suite. Certaines cassures de rythmes dans les titres (Mon corps est une cage), des parties douces de piano (Hommes perdus ou Reviens moi) nous faisaient miroiter quelques passages intéressants, mais non, rien n’y fait, les textes niveau ras-de-pâquerette plombent l’ensemble. Son humour n’est pas noir mais éculé à la Delerm, son phrasé fatigue par ses répétitions incessantes de syllabes inélégantes (Qui qui qui qui qui me vengera ou l’inaudible Lorsque tu m’as). Seule Plus rien ne me fera mal est d’un niveau supérieur, où trois accords de piano et une boîte d’allumette magnifient un texte ciselé sur la douleur humaine (abstraction faite du titre du morceau bien entendu qui est laid et même si elle ne peut s’empêcher de flinguer la fin du titre en répétant cinq fois la même phrase…).

Enfin, J’ai pas peur, le titre cosigné avec Benjamin Biolay, le retour de flamme de Brandt Raphsodie qui nous intéresse par-dessus tout, ne décolle pas beaucoup plus haut (J’ai pas peur dans le noir mais ne rentre pas trop tard, si tu me quittes j’me quitte avec). Par-dessus tout, Benjamin ne chante pas, la laissant s’époumoner seule. Lui qui rythmait leurs échanges de petits papiers pour laisser respirer le titre, lui qui par son timbre grave permettait à nos oreilles de se délecter de toutes les variations d’octave, lui est absent alors qu’il s’agit d’une déclaration d’amour un peu marrante, il y avait largement matière à instaurer un dialogue décalé.

De là deux suppositions. Soit Benjamin Biolay est un en*** qui utilise quelques voix féminines pour leurs seules qualités vocales et assure le service minimum lorsqu’il s’agit de leur rendre la pareille, un personnage proche de celui dépeint dans le dernier titre de l’opus (15 septembre, réponse amère et brutale au 15 août feat. Valérie Donzelli). Mais l’exemple précédent de ses travaux avec Chiara Mastroiani aurait tendance à démontrer l’inverse. On optera donc pour la seconde proposition qui voudrait que B. Biolay a simplement du talent pour composer et écrire des morceaux qui magnifient ceux qui les interprètent, mais n’est pas capable d’intervenir dans le travail de ses collègues pour leur dire qu’ils filent un mauvais coton. Talentueux mais timide, doué mais lâche, il est à l’image de « sa gueule » : plutôt attirant et semblant bienveillant, mais aux si cheveux gras qu’on se tient à distance.

Définitivement non, un titre de Benjamin Biolay feat. Jeanne Cherhal ne joue pas dans la même catégorie qu’un morceau de Jeanne Cherhal feat. Benjamin Biolay. Dommage.

Sur le même sujet, ne pas manquer la chronique de La Superbe en bonnes et dues formes par Good Karma

FIRST AID KIT – The Big Black And The Blue

In des disques... on février 1, 2010 at 10:38

Groupe suédois / Folk – Country / Wichita

Klara et Johanna Söderberg suscitent l’admiration : elles sont bien trop jeunes pour avoir autant de maîtrise. Et en prime, elles cachent très bien leur jeu. Du plaisir de ne pas recevoir de communiqué de presse, pour faire des découvertes inattendues au détour de morceau entrainant et addictif…

Entre chants traditionnels des campagnes anglaises et mélodies des grandes plaines américaines, leur folk est très classique, tantôt mélancolique (Winter Is All Over You), tantôt plus joyeuse (Sailor Song, Heavy Storm). Avec des orchestrations très épurées, reposant essentiellement sur la guitare sèche agrémentée de quelques parties de piano ou rythmiques. Les voix des deux sœurs sont déjà matures, avec ce velouté dans le fond de la gorge qui ne laisse en rien supposer qu’elles sont si peu âgées (16 ans). Leur accent est impeccable et il faut les entendre compter en suédois au début de Sailor Song ou A Window Opens pour comprendre qu’elles viennent d’un pays où l’on ne passe pas ses journées à cheval ou dans des champs de jonquilles sauvages. Que ces beaux filets de voix s’expriment l’un après l’autre (comme sur la Waltz for Richard) ou en chœur (dès les premières secondes de In the Morning), elles sont douées pour faire fondre toute les glaces qu’elles rencontrent. Le froid elles connaissent, c’est synonyme de « neuf mois de l’année », alors elles font ce pour quoi elles sont douées : elles vous réchauffent.

Pas tout à fait adultes, on se délecte de les voir encore rêver et prendre autant de plaisir romantique à espérer revoir un amoureux (Gost Town, Will Of the River) ou à exprimer leur chagrin à un cher disparu (Winter Is All Over You). Mais elles sont loin d’être juste des petites chanteuses nunuches pour autant, faisant preuve de violence et détermination quand il faut se faire entendre (I Met Up With A King). Très vite, nos oreilles redemandent à entendre ces chants plein de confiance dans beauté de la vie : And it’s one love, and it’s life and it’s beautifull (Hard Believer). Elles rappellent parfois leurs homologues anglais masculins de Noah and the Whale. Et, si vous êtes parent, lorsque cette petite fille vous demande de ne pas la laisser tomber et de la soutenir dans le monde cruel qu’il va lui falloir affronter, Don’t leave this world to me (Winter Is All Over You), votre cœur ne résistera pas.

Un disque conventionnel, mais de la country qui a une âme et des jeunes filles qui ont encore tout à construire. Nul doute que les deux sœurs de First Aid Kit portent un nom qui leur va comme un gant : leur album est à écouter en guise de bouée de sauvetage lorsqu’on se désespère de pouvoir écouter un bon disque de folk novateur.

BOYS NOIZE – Power

In des disques... on janvier 25, 2010 at 8:45

Dj allemand / Electro / BoysNoize Records

Le premier album d’Alex Ridha Oi Oi Oi (2007) avait du mordant, le second opus a sacrément du chien. Du bruit de garçons assurément, mais qui séduit les filles ; pour les jeunes et les plus vieux.

C’est souvent le cas en électro, le second opus est plus rapide, plus agressif que le premier. Oi Oi Oi était très structuré et aux sonorités électriques, euphorisant pour plusieurs heures de dancefloor. Power fait l’effet du bouton on d’un ampli actionné alors que la platine tournait déjà, les baffles à plein régime. On est propulsé au cœur de la fête et on suit sans moufter le cyborg qui nous invite à la fête (Kontact me). Et c’est parti pour un trip galactique qui vous retourne le cerveau dans tous les sens (le tourbillon Starter, le ronronnement Transmission, l’ascenseur Sweet Light…).

Il y a deux ans, on retrouvait des clins d’œil à d’autres groupes électro montants (comme le sourire croisé JusticeSimianBoys Noize sur Oh ! ou Shine shine). Cette fois, on perçoit un salut aux collègues de Simian Mobile Disco (Jeffer) et un encouragement clair pour la belle Clara Moto (Drummer).

Nerve aurait pu faire partie intégrante de la BO District 9 où l’on a l’impression de retrouver les dialogues liquides des extraterrestres narcoleptiques. Alors que Gax et Nott seraient plutôt adaptés au Mars Attack de T. Burton. Et pas question d’être à cours de jus en cours de route, Trooper nous propulse illico en pleine guerre : Left right left right left, chargez les canons, scruter le terrain ennemi et tirez sur tout ce qui bouge. On s’exécute sans même se demander pourquoi. Et on s’amuse beaucoup au final. L’artiste prend une dernière fois soin de nous avec son dernier titre planant aux sonorités liquides (Heart Attack), permettant d’éviter la crise cardiaque avant de reprendre une activité classique (comme aller faire cuire des pâtes et scruter le programme électro des nuits parisiennes). Paradoxalement, l’album est plus nerveux tout en restant plus accessible.

Un beau disque, qui passe avec succès le virage raide du second opus. Boys Noize a su trouver sa place dans le panorama des artistes electro à la fois accessibles et un peu raffiné. A retrouver d’urgence dans les clubs, car sa musique se vit.

VAMPIRE WEEKEND – Contra

In des disques... on janvier 11, 2010 at 9:41

Groupe américain / Pop – afrobeat blanc / XL Recording

Après un premier album aux influences fortement afrobeat et un projet parallèle tout aussi teinté de culture africaine (cf. The Very Best), Vampire Weekend remet ça avec Contra, un opus qui s’essaye à l’electro-afro.

Le premier disque de Vampire Weekend avait ravi les critiques car il était amusant, touchant et novateur. On revivait régulièrement notre rêve du Roi Lion, se trémoussant au milieu de la savane avec des animaux sauvages. Contra part donc avec un fort a-priori positif (malgré des prestations scéniques presque insultantes de médiocrité). Et surtout il est à la hauteur des attentes qu’on avait placé en lui.

Contra est un disque aux rythmes afro-caribéens beaucoup plus rapides, truffé de surprises electro-pop qui agissent comme de véritables stimulateurs de bonne humeur. Si Run ou White Sky s’inscrivent dans la droite lignée du premier album, le reste est plutôt novateur : Giving up the Guns et ses accords rock enjolivés de chant pop-sucrée vous collent une irrépressible envie d’entamer un solo de danse au milieu d’une gare bondée ; Holiday, comme son nom l’indique, vous replonge dans vos meilleurs souvenirs de vacances au soleil alors que vous affrontez une tempête de neige ; Cousins s’essaye même aux groupes de rock à la New Order. Des morceaux plus doux, voire mélancoliques sont aussi présents (I think you are a Contra, Taxi Cab), ce qui ne retire rien au charme de l’ensemble, agissant comme des respirations dans cet afflux de trémoussements dans tous les sens.

Nul doute que Contra va fournir beaucoup de matière aux DJs sur les dancefloordes mois à venir. Cet opus reste bourré d’influences afrobeat mais est beaucoup plus travaillé ce qui le rend nettement plus intéressant (car ça devenait un peu pénible la case obligatoire « afro »). Le véritable défi sera de se renouveler complètement pour un troisième disque, l’avenir nous le dira !

N.B : Attention Vampire Weekend peut provoquer des effets indésirables, comme chez PlaylistSociety

LE LOUP – Family

In des disques... on janvier 8, 2010 at 1:50

Groupe américain / Pop-folk / Talitres Record

Après un premier opus déjà très réussi, Le Loup nous livre depuis Washington ses nouvelles marottes typiquement américaines dans le milieu de la pop ces derniers temps : le revival de l’afrobeat. Un disque accompli qui assure sans peine le virage dangereux du second opus.

Oui je continue de le penser, l’Amérique a vibré un an au son de la campagne politique d’un homme noir, qui plus est a été élu à l’issue d’une longue bataille médiatique et culturelle. Et depuis, les groupes de pop indé de la East-coast n’ont de cesse de nous proposer des sonorités africaines (Yeasayer, Vampire Weekend, The Very Best…). Certes il y a aussi le Mondial de foot en Afrique du Sud qui arrive à grands pas, mais je pense que l’élection d’un président noir a encore plus joué. Bref, Le Loup est également de la partie avec ce Family. Un peu Benetton en quelque sorte, la famille d’aujourd’hui est multi-culturelle et métissée, à l’image des rythmes de cet opus. Tantôt ballade pop anglaise (Morning Song), tantôt rythme dynamique pétri de racines africaines (Beach Town ). Les notes de tête voix – banjo – guitare sont complétées des accords de cœur clavier – percussions pour produire un ensemble terriblement entraînant. Family, titre éponyme de l’album est sans doute la meilleure synthèse de ce disque : sonorités chaudes et  aquatiques agrémentées de chants incantatoires de l’hémisphère Nord au départ, elle évolue doucement vers des rythmes caribéens avec un chant folk-pop particulièrement dynamique, très vite rejoint par un chœur qui rappellent les verts pays irlandais. On retrouve beaucoup de Fleet Foxes chez Le Loup et c’est tant mieux.

Un très bel opus dont il aurait été dommage de passer à côté. Les groupes de rock truffent leurs partitions de krautrock, ceux de pop s’adonnent à l’afrobeat, pourquoi pas, voyons si le troisième opus du Loup saura, non plus suivre, mais guider la meute.

What’s up pour 2010 ?

In des disques... on janvier 3, 2010 at 9:25

D.R.

Après avoir fait le bilan de l’année et le bilan de la décennie, il est temps de regarder ce que nous réserve l’année à venir.

Les disques qui font un peu saliver :

Menomena : Ramona Falls n’est qu’un side project, Ramona Falls n’est qu’un side project, Ramona Falls n’est qu’un side project…

Final FantasyHeartland : leur seul défaut a toujours été d’avoir un nom de jeux vidéos… et de sortir trop peu de disques. D’accord ça fait deux défauts :)

The Strokes : cette fois il parait que c’est pour de vrai, les side projects sont si mauvais qu’il nous faut ce retour…

Hot ChipOne life Stand : quand les binoclards prennent le contrôle du dancefloor…

Les disques attendus :

Midlake - The courage of others : ils ont fait quelques faux pas mais cet album risque de faire pleurer dans les chaumières.

EldiaYayaya (sortie 22 février 2010) : des français qui font de la pop rock correctement, ça existe et je me suis échinée durant 2009 à vous le démontrer. ALors après avoir reçu l’EP qui swingue, je peux déjà affirmer que leur disque sera dans pas mal de platines… Chronique imminente !

My Girlfriend is Better than Yours : après l’EP et le concert, il faut boucler la boucle de ce projet mignon tout plein !

Of MontrealFalse Priest : comme d’habitude, ça promet !

Born RuffiansSay ItBand of HorsesNight RainbowsFleet Foxes ; Four TetThere is love in you ; The National ; Vampire WeekendContra ; YeasayerOdd Blood ; Syd MattersMina Tindle ; Gush

Les disques dont on se fiche un peu :

Cat Power : arrête de pleurer Pénélope, on a trouvé d’autres filles avec ta voix (cf. Marie Flore)

Arcade Fire : leur dernier disque était mauvais, le nouveau peu-il être pire ?

Interpol : Stop ! les come-backs ne sont jamais bons ! (enfin j’écouterai quand même, juste pour rire, hahaha)

MgmtCongratulations : Revus à Rock en Seine, les pauvres jeunes sont bons pour retourner travailler… ils auraient dû suivre l’exemple des Yeasayer !

Top des Blogueurs 2009

In Ce qui m'amuse, des disques... on décembre 16, 2009 at 10:00

Le Top Blogueurs 2009 : La sélection des meilleurs albums de l’année :

Le Top des Blogueurs regroupe 37 passionnés de musique réunis autour d’un classement des meilleurs albums de l’année avec pour objectif de défendre leurs coups de cœur et découvertes sans pour autant négliger les incontournables de 2009. Après de longs débats et plus de 580 disques cités, nous sommes heureux de vous présenter cet article collaboratif publié simultanément sur tous nos blogs !

St Vincent - Actor St Vincent – Actor

Panda Panda : Dans le monde merveilleux d’Annie Clark, les instruments à vent et à cordes dansent ensemble d’une jolie manière, parfois balayés par l’horreur tapie dans un coin qui ressurgit sous la forme de déflagrations électriques et tordues, l’imaginaire de la belle étonne et ne ressemble à nul autre avec ses cent idées à l’heure. C’est donc tout naturellement et avec un plaisir immense qu’on retrouve ce drôle d’Actor à cette vingtième place. (A lire également la chronique d’Olivier).

Marie-Flore - More than thirty seconds if you pleaseMarie-Flore – More than thirty seconds if you please

Arbobo : Le parcours de trop de “grands” a fait oublier combien un premier disque pouvait être fort, déjà brillant, déjà puissant. Combien c’est rare de faire des débuts aussi bluffants. L’air de rien, Marie-Flore réussit à nous faire lever les poils du premier au dernier titre. Avec ses morceaux tout sauf standards, son sens de la mélodie et sa voix sortie d’un livre de sortilèges, on se demandait si elle saurait nous impressionner autant sur disque qu’elle le fait sur scène. Oui, évidemment, oui. (A lire également la chronique de Benjamin F).

The Tiny - Gravity & GraceThe Tiny – Gravity & Grace

Saab : Trop souvent, on voudrait intellectualiser la musique, qu’elle rentre dans un format cartésien nous permettant de différencier la bonne de la mauvaise. Mais la musique est essentiellement une question d’émotions et le groupe suédois The Tiny en témoigne avec leur troisième album Gravity and Grace, petit chef d’oeuvre inclassable entre folk boisé et pop de chambre. Le chant déchirant d’Ellekari Larsson y est inoubliable. (A lire également la chronique de Daniel).

The XX- S/TThe XX- S/T

Christophe : Le buzz est un fleuve intarissable qui prend sa source, selon les cas, à Londres ou Brooklyn. Concernant The XX, c’est de la capitale anglaise qu’est parti l’incendie cold-wave et il a tout ravagé sur son passage, jusqu’au line-up du groupe amputé depuis d’un de ses membres. Il y a comme toujours avec ce genre de phénomène, les « pour » et les « anti » mais une chose est sûre, The XX aura marqué d’une belle empreinte l’année 2009. (A lire également la chronique de Paul).

Fever Ray - Fever RayFever Ray – Fever Ray

Kris : Il se déroule toute une vie parallèle dans les univers perpétuels de The Knife, et aujourd’hui chez Karin Dreijer Andersson en solo sous le pseudo de Fever Ray. Chaque rythme, chaque production, chaque profondeur atteint dans cet album sonne comme des anathèmes foudroyants du monde qui est le nôtre. Cette rugosité empathique, cette urgence apocalyptique, font de Fever Ray une expérience incontournable et impitoyable. (A lire également la chronique de Rod).

Benjamin Biolay - La SuperbeBenjamin Biolay – La Superbe

Romink : Conquis, comme tombé sous les charmes de La superbe. Un disque d’hiver, enivrant, enveloppant et compact à la fois malgré son format. Pudique et exhibitionniste, parfois dur, parfois tendre, il berce, stresse, repose et interroge. Comme une météorite qui pénètre l’atmosphère, le double album de Benjamin Biolay illumine l’automne et laissera, c’est certain, son empreinte dans la mémoire collective. (A lire également la chronique de JS).

Dominique A - La MusiqueDominique A – La Musique

Christophe : Depuis la mort de Bashung, ils ne sont plus très nombreux les artistes français capables de réconcilier les amoureux de chansons à texte, à la française, et les adeptes de mélodies pop-rock à l’anglo-saxonne. Dominique A est de ceux-là, sans doute même son plus beau représentant. Après presque 20 ans de carrière, il vient une nouvelle fois de prouver tout son talent sur un double album somptueux. (A lire également la chronique de Benoit).

Current 93 - Aleph at Hallucinatory MountainCurrent 93 – Aleph at Hallucinatory Mountain

Mr Meuble : Album à l’image du groupe, trouble, halluciné et vibrant. Les chants tibétains y côtoient les chants de Maldoror et milles expérimentations cathartiques. Un voyage fascinant qui sonne à la fois comme la bande son de l’apocalypse et celle de la rédemption. (A lire également la chronique de Twist).

Converge - Axe to fallConverge – Axe to fall

Systool : Inutile de le nier, Converge aura une fois de plus attaqué notre cortex de plein fouet via les constructions complexes et les guitares abrasives de Axe to Fall. Si on peut louer les collaborations de membres éminents de Neurosis, Cave In ou encore Genghis Tron, on sait pertinemment que tout le mérite revient à Jacob Bannon et à ses trois acolytes. Une écoute traumatisante, indispensable pour cette année 2009 résolument folky. (A lire également la chronique de Benjamin F).

Bill Callahan - Sometimes I Wish We Were An EagleBill Callahan – Sometimes I Wish We Were An Eagle

Dali : Il se cachait depuis longtemps derrière le pseudo Smog, Bill Callahan sortait cette année un deuxième album en son nom propre : Sometimes I Wish We Were An Eagle. Un disque folk mélancolique et doux, aux mélodies subtiles, en apparence un peu austère : à l’image de Callahan lui même, droit, un peu grave et d’une classe folle, qui se bonifie avec le temps et les écoutes. (A lire également la chronique de Thibault).

DM Stith - Heavy GhostDM Stith – Heavy Ghost

Disso : Cet album est un chef d’œuvre empli de grâce et de douceur. Des fantômes sur la pointe des pieds dansent sur la mousse des sous-bois, les anges emplissent l’air de leurs chœurs et DM Stith, berger mystique d’une troupe céleste, nous envoûte avec sa musique au charme gracile et glacial. (A lire également la chronique de Erwan).

The Limes - S/TThe Limes – S/T

Violette : Un « Groupe Super » où chacun apporte son énergie, sa douceur et sa poésie au petit édifice pour rendre ce premier disque, à première vue basique, unique une fois dans la platine. On ne peut s’empêcher d’être fier et rassuré de voir une jeune relève française sachant s’affranchir des frontières pour notre bien (essayez donc de lire cette phrase à haute voix !). (A lire également la chronique de Arbobo).

Vic Chesnutt - At the CutVic Chesnutt – At the Cut

Mmarsupilami : Vic Chesnutt, vingt ans de carrière, quinze albums et un couronnement de plus avec At The Cut. Les complices musiciens du label Constellation s’effacent pour créer une oppressante ambiance musicale faite de cordes, drones et menaces. La voix de Chesnutt zèbre et éclaire cet orage électrique de sa fulgurance. Prises au piège de l’humanité, les pierres en pleureraient… (A lire également la chronique de Thomas).

Cougar - PatriotCougar – Patriot

Anousonne : Cougar est une des surprises de l’année, mais amplement méritée tant Patriot a réussi à synthétiser le raffinement de Tortoise, l’intensité fleuve d’un Do Make Say Think tout en s’accordant des plongées mélodiques échappées du cerveau de Four Tet. Patriot est un album angulaire, instrumental, bruyant, puissant, jouissif, intense où Cougar redéfinit musicalement sa vision du post-rock. (A lire également la chronique de Martin).

Aufgang - S/TAufgang – S/T

Benjamin L : « 2 pianos, 1 batterie : ascenseur pour l’inouï », voila comment est vendu Aufgang par son label. En réalité, l’album est tout simplement un des projets les plus ambitieux de ce début de siècle. Un savant mélange entre musique électronique et musique classique, composé comme un mouvement symphonique, avec un début, une fin et surtout un contenu. Précis, incisif, puissant mais mélodieux, cet album pourrait, d’ici quelques années, servir de manifeste à une nouvelle génération de musique. (A lire également la chronique de Violette).

Danger Mouse & Sparklehorse - Dark Night of the SoulDanger Mouse & Sparklehorse – Dark Night of the Soul

Laurent : Un casting trop luxueux face à un producteur trop en vue, le tout magnifié par les images de David Lynch, Dark Night Of The Soul avait tout pour n’être qu’un feu de paille de plus. Mais c’était sans compter sur le songwriting de Mark Linkous qui insuffle ici une vraie cohérence via des instrumentations racées, écrin idéal pour les voix abîmées de Vic Chesnutt, Franck Black et Iggy Pop. Au final, une œuvre où les talents ne nuisent jamais à l’intimité. (A lire également la chronique de Ju).

Fuck Buttons - Tarot SportFuck Buttons – Tarot Sport

Ed Loxapac : Le duo Fuck Buttons transforme l’essai avec le magistral Tarot Sport. Bien aidés par la production d’Andrew Weatherall, ils réalisent un album épique, telle une déflagration sonique digne d’un moteur d’avion au décollage. Diffusant un air étrangement euphorisant, Tarot Sport franchit le mur du son en ne laissant derrière lui que cendres et poussières. (A lire également la chronique de Eddie).

Animal Collective - Merriweather Post PavilionAnimal Collective – Merriweather Post Pavilion

Sfar : 2008 déjà : un EP époustouflant, des versions live prometteuses d’un album à venir. Mi janvier 2009 : personne ne sort indemne de la sortie de Merriweather Post Pavilion. On évoque alors tout et son contraire : de l’œuvre géniale à l’imposture musicale. Une tournée, une année sont passées et l’album est toujours présent sur nos platines. CQFD. (A lire également la chronique de François).

Grizzly Bear - VeckatimestGrizzly Bear – Veckatimest

Mathieu G : Veckatimest possède une indéniable force mélodique, quelque chose qui redonne à la pop un peu de son sens originel, la bande son qui améliorerait les petits tracas de notre vie quotidienne. En étant à la fois acoustique et puissant dans ses constructions qui partent dans une multitude de directions ; Grizzly Bear vient de réaliser le grand moment pop de l’année. (A lire également la chronique de Julien).

Ramona FallsRamona Falls – Intuit

Lyle : Qui l’aurait cru en début d’année : un album du leader de Menomena classé ici ? Mais sous le nom de Ramona Falls, Brent Knopf, accompagné d’un tas d’amis, a mis de l’ordre dans la pop foutraque de son groupe pour en garder le meilleur : une musique aux influences variées, complexe dans ses arrangements mais extrêmement entrainante et accessible. Digne d’être plébiscitée par le plus grand nombre. (A lire également la chronique de Thibault).

Les participants au Top des Blogueurs 2009 :

Anousonne de Grandcrew ; Benjamin F de Playlist Society et du Ricard sa Live Music ; Benjamin L de Soul Kitchen, Benoit de Pop Revue Express, de Hop Blog et de Benzine ; une bonne partie de l’équipe de Dans le mur du son avec : Arbobo de Arbobo, Erwan de The man of Rennes steals our hearts, Lyle de J’écoute de la musique de merde, Thomas du Golb et de Culturofil, et Twist de I left without my hat ; Dali de This Is All About Audio Dynamite ; Daniel de Listen See Feel ; Disso de Derrière la fenêtre ; Ed Loxapac de Chroniques Electroniques ; trois Indie Pop Rockeurs avec Christophe de La Tête à Toto, Mathieu de Ramdom Songs et Paul de Pomme de Pin ; Eddie du Choix de Mlle Eddie ; François de Dans Mon Mange-Disque ; JS de Good Karma ; Ju de Des Oreilles Dans Babylones ; Julien de Des Chibres et Des Lettres et de Goûte mes Disques ; Kris d’Au bout du chemin et de Sound Of Violence ; Laure de Not For Tourists ; Laurent de Rocktrotteur ; Martin de Branche Ton Sonotone ; Mmarsupilami de Little Reviews ; Mr Meuble de Sous les pavés, la Plage ; Olivier de Feu à Volonté ; Panda Panda de Ears of Panda ; Pierre de Musik Please ; Rod du Hiboo ; Romink de My(Good)Zik ; Saab de With Music In My Mind ; Sfar de Toujours un coup d’avance ! ; Systool du Gueusif Online ; Thibault de La Quenelle Culturelle et Violette des Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Vous pouvez retrouvez l’intégralité des disques cités dans le classement ici

Chef de projet : Benjamin F / Conception et Logo : Laurent / Communication : Waaa

ED LAURIE – Small boat Big sea…

In des disques... on novembre 11, 2009 at 11:29

Artiste britannique / Folk / Tôt ou Tard

Il est rare que j’apprécie les disques qu’on prend la liberté de m’envoyer sans demander mon avis avant (cf. Asyl). Ajoutez à cela un nom qui ne donne pas envie d’enfourner le disque dans la platine et Ed Laurie semble le parfait artiste bien parti pour finir dans mes oubliettes de la musique. Et pourtant, je reste retenue par la pochette et un titre attrayant.

Ed Laurie s’inscrit dans la droite lignée des meilleurs songwriters de folk classique. Celle qui vous ballade, vous repose, vous laisse songeur quel que soit le paysage sous vos yeux. Rappelant Hugh Coltman par son timbre de voix envoûtant et naviguant entre des orchestrations évoquant Cesaria Evora, Chet Baker ou Django Reinhardt, Ed Laurie signe douze titres mélancoliques et émouvant juste ce qu’il faut pour ne pas tomber dans le caricatural et sirupeux. Où que l’on soit, on prend le large, on s’évade l’instant d’un disque. L’une de mes favorites est la très orchestrale Never the same day twice qui vous plonge dans une aventure plus ou moins agitée.

Le mot clé de cet opus reste qu’il est reposant, ce qui dans nos sociétés urbaines, devient un luxe dont il faut savoir se délecter dès que l’occasion se présente. Attendons la suite de cet anglais charmant – desservi par son nom – pour continuer de partir vers de nouvelles destinations.

Note : 7,5/10

CENTENAIRE – The Enemy

In des disques... on novembre 10, 2009 at 4:28

Groupe parisien / Folk – Avant-rock / Chief Inspector – Clapping music

L’écoute d’un disque et la découverte d’une splendeur tiennent parfois à peu de choses. Lorsque mes yeux tombent sur la pochette incompréhensible du disque promo de Centenaire, j’en suis à ma sixième heure de montage pour les émissions radiophoniques à venir dont j’ai la charge. Le nom m’évoque vaguement quelque chose. De retour chez moi, je constate avec désolation que le disque est dans mon ordinateur depuis des mois mais que, envoyé sous forme numérique il était passé à la trappe. Probablement reçu à un moment où j’avais beaucoup d’autres choses à faire… Je décide alors d’avoir une première écoute de l’album en faisant la vaisselle. J’en ai cassé un verre. Chronique de rattrapage d’un disque qui ne doit pas passer inaperçu.

Sept pistes, sept magnifiques titres qui ne doivent pas être assimilés à tort à un EP ou album trop court. Non, le travail de Centenaire est une réflexion parfaitement construite et épurée. Oui l’œuvre de Centenaire est un album complet et abouti.

On entre dans l’univers de Centenaire avec Weelchair qui vous donne tout sauf envie de rester assis et égale les meilleurs morceaux de Grizzly Bear (si si…), on en ressort avec un morceau tout aussi pop-folk (Back Home). Ente les deux s’est produit un petit cataclysme, une sorte de tornade qui vous ébouriffe les oreilles (The Enemy, Farmers Underground, A Cure). Des titres noirs aux riffs de guitare acérés, aux enchaînements de rythmiques d’une rigueur implacable, aux nappes de clavier et basses hypnotiques. Le titre le plus significatif pour moi est sans conteste Testoterone qui combine douceur et accès de violence comme en est capable cette hormone masculine dans la vie de tous les jours. Brouillage des pistes, on ne sait plus sur quel continent on est et c’est tant mieux.

Tout heureuse que j’étais d’être parvenue à convertir mes meilleurs amis à des disques incontournables pour 2009 comme Aufgang, The Limes ou Marie-Flore, j’en avais oublié de voir qu’ils clamaient tous leur engouement pour Centenaire. Retour d’ascenseur et Mea Culpa. Les ennemis ne sont jamais là où on les attend…

Note : 8,5/10

Autres chroniques sur Words and Sounds, Playlist Society ou Branche ton Sonotone

THE LIMES – s/t

In des disques... on octobre 26, 2009 at 10:02

Groupe transcontinental / Folk – Rock / Sauvage Records

Les limes, ce sont ces citrons verts mi-acides, mi-amers que l’on aime ajouter à beaucoup de plats asiatiques et sud-américains. C’est aussi le meilleur ami des cocktails à base de rhum qui se boivent comme du petit-lait. A ce titre, The Limes est un groupe qui porte très bien son nom. Démonstration.

1)   Un citron vert reste un citron. Sous une peau épaisse et rugueuse se cachent des grains fins et lisses. Lesquels renferment un liquide clair et acide. Les dix titres de The Limes sont autant de surprises : on s’attend à une pop-folk forcément déjà un peu entendue vu qu’on connaît (et apprécie) les autres groupes auxquels ces musiciens appartiennent (Toy Fight, Milk n’ Juice ou Mina Tindle par exemple), mais il n’en est rien. Pauline et sa voix cristalline transcendent Between Roof and Bird, Maxime donne tout son cachet à Left Hand Cycles, Brent Ballantyne (aka Henry Sparrow) kidnappe vos oreilles sur Morning Noon and Night ou Dead Furnitures… Chacun apporte son énergie, sa douceur et sa poésie au petit édifice et rend ce premier disque à première vue basique mais bien unique une fois dans la platine.

2)   Un citron vert est plus petit qu’un citron, mais beaucoup plus fort et aux arômes plein de subtilités. Pas de titre superflu parmi les dix balades oscillant entre pop fruitée, folk énergique et rock dansant ; du concentré de talent. City Lights démarre comme un morceau des  New Order et se poursuit comme un morceau des Toy Fight. Pas de longueur, pas de subtilités superflues, simplement des mélodies et instrumentations qui se complètent pour parfaire un morceau calme qui résume parfaitement ce qu’on peut éprouver dans un taxi en regardant les lumières danser dans une ville que l’on ne connaît pas (encore). Les deux titres suivant sont beaucoup plus énergiques, avant d’évoluer en folk.

3)   Un citron vert, c’est un basique de la cuisine, vous avez toujours dans le réfrigérateur, comme les tomates. Du coup, vous ne posez plus trop la question de savoir d’où viennent les citrons verts. Il doit en pousser à côté de chez tout le monde vu qu’on en trouve toujours. Alors quand vous vous penchez sur l’origine contrôlée de The Limes, vous découvrez qu’ils sont à la fois proches et éloignés de votre chez-vous. Composé à distance, les titres de cet album sont à la fois français et américains. Mais au final le résultat est le même : vous le gardez sous le coude car on en a toujours besoin. C’est leur première réussite, avoir travesti leurs origines et s’être rendus indispensables. Avoir rendu originale une musique intemporelle.

Résolument l’un des meilleurs albums de l’année dans sa catégorie, on écoute The Limes comme on se délecte d’un bon poulet à la thaï le soir, comme on boit jusqu’à la lie un Mojito frappé en profitant des derniers jours d’été indien, comme on danse sur nos albums pop favoris… Et l’on ne peut s’empêcher d’être fier et rassuré de voir une jeune relève française intelligente sachant s’affranchir des frontières pour notre bien (allez-y, essayez donc de lire cette phrase à haute voix !). Les super groupes existent en France, les groupes super aussi.

Note : 8,5/10

Pour les férus de lecture sur le même sujet, lisez Words and Sounds, Arbobo, Dans le Mur du Son ou Playtime

THE RAVEONETTES – In and Out of Control

In des disques... on octobre 7, 2009 at 9:42

Duo danois / Pop – Rock / Fierce Panda

Déjà presque dix ans d’existence pour The Raveonettes, un duo-couple qui tient la route. In and Out of Control est leur cinquième opus, un tous les deux ans, une bonne régularité permettant de ne pas s’essouffler ?

Révélés par leur Pretty in Black (2005) truffé de collaboration fructueuses, notamment avec Moe Tucker (The Velvet Underground) et Ronnie Spector (The Ronettes), leur disque suivant avait terminé de nous rendre accro au groupe (Lust Lust Lust en 2007 et ses prestations scéniques époustouflantes aux Routes du Rock version hiver et été). A l’annonce d’un nouveau disque, on attendait donc la nouvelle pépite avec grande confiance. Après l’amour et la luxure, les drogues et les hallucinations délicieuses, le duo glacé s’attaque aux mêmes sujets du côté obscur. Ce qui était Pretty in Black devient « Dark », ce qui n’était que Lust Lust Lust se mue en « Break up » ou « Break out ». Ca donne Suicide, Last Dance, Gone forever ou Oh, I Buried You Today pour le côté « joie de vivre » et Boys Who Rape (Should Be Destroyed), Heart of Stone, D.R.U.G.S, Break Up Girls ! et Wine pour l’aspect « optimisme, bonté humaine et plaisirs de la vie ».

Malgré ces titres peu engageants, l’ensemble reste terriblement entraînant et pêchu (sauf Wine déprimante à souhait), spirale revisitant les coins les plus tristes et ténébreux de nos cerveaux tristes mais libérant les corps. Bang ! vous envoie d’emblée un coup au plexus pour vous faire quitter votre chaise ; Suicide glisse comme une vodka-tatin : forte mais masquée par beaucoup de sucres ; Last Dance ne donne qu’une envie, celle de continuer de danser… Les influences 60’s ne se sont pas fait la malle, c’est toujours aussi bien fignolé.

Mais… Il y a un « Mais » d’importance cette fois, un de ceux qu’on ne peut pas éluder. The Raveonettes, c’est beau, c’est sympa, ça provoque une adhésion quasi-mystique sur scène mais ce nouvel album, alors qu’il se propose de revisiter les recoins de nos âmes, est en dépourvu justement, d’âme. C’est trop bien terminé, trop bien respectueux des aînés Phil Spector ou Jesus and Mary Chain, trop propre pour parler de suicide, trop clean pour aborder les drogues. On est comme en face de ses dix doigts ressortant d’une manucure Dior : on a peur d’utiliser nos doigts de peur d’écailler le vernis… Et d’ailleurs la véritable réflexion qu’on se fait c’est « Depuis quand je suis le genre de pouffe qui va se faire faire une manucure ? ».

Un album qui contrairement aux deux précédents, ne restera pas longtemps dans nos platines car il s’avère très vite lassant. L’album porte mal son nom, il n’est jamais Out of Control et ne donne jamais l’impression d’être spontané, à l’image de la pochette du disque d’ailleurs, plus calculé tu meurs. Mais nul doute que sur scène, ça sera toujours aussi beau.

Note : 7/10

Sortie début octobre

RONE – Spanish Breakfast

In des disques... on octobre 2, 2009 at 9:00

Artiste parisien / Electronica – Minimal / Infiné

3 mars : Mon corps prend un coup de vieux, mon mental a du mal à s’en remettre et il me faudra… six mois avant de parvenir à écrire sur Rone. C’était un beau cadeau d’anniversaire ce disque pourtant. Allons, rattrapons le temps perdu.

Dans la panoplie des artistes électro français, on n’en connaît assez peu capables d’affronter l’international. Zombie Zombie ou Turzi bien sûr, l’exilé Dantom Eeprom probablement… auxquels il faudra désormais intégrer Rone. C’est sous protection d’Agoria et signé chez le prestigieux Infiné qu’il nous livre (enfin) son premier opus après un EP remarqué (La Dame Blanche).

Electronica classieuse et minutieuse, structuré par une Intro, une Outro et un Interlude, avec Rone la plongée se fait douce et hypnotique. Le temps semble se démultiplier, on est propulsé dans des rêveries agréables sans angoisses. Le saxophone fait régulièrement des apparitions tel un phare, pour nous guider à travers ces mélopées minimal. On passe une nuit éveillée dans l’optique de déguster un petit-déjeuner espagnol mais c’est pourtant Paris que l’on revisite. Belleville et ses sonorités asiatiques, Bora et ses conseils littéraires tout droit sortis du café des Editeurs (La seule chose qui ait de la valeur c’est quand tu es capable de faire un chapitre comme celui-là, ça mérite que tu vives, tu peux vivres pour écrire ça) ou Tasty City et ses quais au petit matin, quand Paris est calme. Outro sonne comme la fin de l’insouciance, le stress va bientôt recouvrir la ville de sa chape de plomb, on étouffe, mieux vaut partir se coucher en rattrapant un marchand de sommeil avare.

Seules ombres au tableau, cette pochette hideuse et la durée du disque un peu ric-rac… ce dernier point étant excusé par sa qualité irréprochable (pas une seconde n’est superflue). Un très bel album, probablement l’un des meilleurs de 2009, un artiste à suivre de très près.

Note : 8,5/10

ETIENNE JAUMET – Night Music

In des disques... on septembre 30, 2009 at 12:32

Artiste français / Expérimentations Electroniques / Versatile

On le connaissait Married Monk, on le savait Zombie (l’autre Zombie étant Cosmic Neman), il nous flanquait régulièrement la chair de poule lorsqu’il accompagnait Turzi au point FMR. Le voilà seul, prêt à étaler son talent à la face d’un monde en mal de musique audacieuse. Accrochez bien vos oreilles, ne paniquez pas si vos sens sont détraqués, les baptêmes de la NASA à côté du Voyage Jaumet sont des parcours de santé pour débutants.

Pour assurer un envol de qualité, notre savant agitateur de machines électroniques s’est entouré d’un copilote de choix, Carl Craig. Appréhension au moment d’introduire le disque : le premier titre dure 20’26. Je ferme les yeux, ça ira mieux. Décollage en douceur mais ferme, en moins de quinze secondes votre cerveau navigue déjà ailleurs. Le micro crachouille, Etienne nous livre son plan de vol à travers les univers parallèles : For Falling Asleep, Mental Vortex, Entropy, Through the strata, At the Crack of Dawn… Je tente d’émettre une protestation à l’énoncé de ce dernier lieu, je crève de trouille : Jaumet je t’aime beaucoup mais je ne veux pas y passer ce soir / Soit humain et tais-toi, écoute. Pauvre être que je suis, je me fais happer avec délectation par les boucles hypnotiques. La sirène Emmanuelle Parrenin me tient la main et chante pour moi. Les premiers Ovni commencent à croiser notre route, les battements de cœur s’espacent, le plexus se libère, le cerveau laisse les pleins pouvoirs au reste du corps. Je suis le saxophone, à demi-rassurée, au bord du gouffre qui me sépare de la population terrienne, bordel ce que c’est beau !  Parlementations avec d’autres formes de vie, reflexe terrien que de vouloir se réfugier dans le paracétamol. Geste ferme d’Etienne, Ne touche à rien, tu as seulement le cerveau en ébullition, c’est que du bon. Une guitare retentit pleine de douces sonorités, les aliens ont compris, s’amusent et nous laissent nous poser.

Soudain, on se saisit de mon crâne, on y place des électrodes, je ressemble à une méduse avec tous ces câbles. On me retire du fluide formaté, on m’insère des vagues de nouveauté. C’est rond, c’est doux, c’est régulier… on va me laisser essayer de prendre les commandes du vaisseau ? Clignotants, klaxon, train d’aplanétage… Non ! il ne fallait pas toucher à ça ! Ah décidément, retourne à ta place ou je te renvoie à ta misérable vie !

Assoupissement, notre multi-instrumentiste et ingénieur du son hors-pair a tout réparé, on a quitté une galaxie pour une autre, je me réveille sous un néon violent, les pieds se muent en Minimal, je suis reliée à un défibrillateur « au cas où ».  Les tressaillements de mon corps sont normaux, je me gave de nouvelles manière de me déplacer paraît-il…

Allez j’ai été sage, j’ai gagné le droit de visiter le temple des illuminations suprêmes. Marrant car jusque là j’avais toujours eu un mauvais à-priori des sectes, celle-là est remarquable. On m’inocule le bacille de la musique psychique. Les cornemuses acclament l’arrivée d’un des leurs, Emmanuelle Parrenin entre en transe devant cet apôtre. Dieu n’existe pas, Etienne Jaumet si.

Notre dernière escale est trop courte, je ne veux plus sortir, Etienne me fiche à la porte, m’ouvre les yeux, rallume la lumière. Il a promis de revenir, de m’emmener découvrir de nouveaux horizons… Seule, hébétée, je range le précieux sésame dans mon étagère aux trésors, à côté de Turzi et Aufgang. Night Music s’écoute le jour, pour prolonger l’expérience psychédélique. Cet homme vient d’ailleurs, la planète Splendeur ?

Note : 9/10

Sortie le 5 octobre

En concert le 28 octobre au Point FMR.

Cette chronique est aussi sur Le HibOO

YACHT – See Mystery Lights

In des disques... on septembre 16, 2009 at 3:33

Duo américain / Psyché – Pop / DFA Records – Cooperative Music

Attention musique à danser ! Yacht déboule pour énergiser les dancefloors un peu mollassons de rentrée. Comment faire du neuf avec du vieux…

Yacht n’a rien inventé mais sait parfaitement exploiter et digérer différentes influences actuelles pour proposer de nouveau morceaux qui ne manquent pas de charme. Prenez l’énergie d’Architecture In Helsinki, la structure régulière de la house et du phrasé de LCD Soundsystem, la voix de Kevin Barnes (Of Montreal), quelques soupirs érotiques 70’s (Gainsbourg au hasard). Vous obtenez un bon petit cocktail pétillant, dynamisant et qui se laisse très bien écouter. Certains titres laissent songeurs comme I’m in Love with a Ripper avec son vocodeur et sa rythmique disons basique, ou It’s Boring / You can live anywhere you want et ses guitares électrisantes. Dans l’ensemble ce n’est pas transcendant mais on a quand même envie de réécouter le disque une fois de plus. Ca n’a pas la qualité de Hot Chip, ni la classe dégingandée de Metronomy mais on en retrouve certains aspects.

Vos oreilles tomberont tôt ou tard sur Yacht un soir de sortie, dans ce cas ouvrez les bien grandes car vous pouvez jouer à retrouver toutes les influences dont ils sont pétris. Le concert pourrait s’avérer intéressant aussi. Un album convainquant mais qui demande plus de perfection pour la suite.

Note : 6,5/10

Sortie le 14 septembre

NOAH AND THE WHALE – The First Day Of Spring

In des disques... on septembre 9, 2009 at 2:07

Pop-folk / Grande Bretagne / Young and lost club Records – Coop /2009

Un peu plus d’un an après leur premier album (Peacefull the world lays me down) qui m’avait fait chavirer le cœur, le quatuor de Noah and the Whale (en référence au réalisateur Noah Baumbach) poursuit son exploration des « musiques filmogéniques ».

Environ quarante minutes de douces balades pop-folk qui vous propulsent sur les sentiers champêtres britanniques. Les balades en forêt, l’odeur du sous-bois, le réveil de la faune après l’hiver, les premiers rayons de soleil venant dévorer la nuque… Les mélodies de The First Days Of Spring racontent tout cela avec toujours cette mélancolie à la Virgin Suicide qui imprègne tout les titres. Les violons sont mélancoliques, jamais pleureurs ; les rythmiques sont dynamisantes et structurantes, jamais étourdissantes ; et par-dessus tout cette voix un peu cassée qui pourrait provoquer un réchauffement climatique à elle toute seule. Les sujets traités sont toujours ceux qui restent chers à ces adorables jeunes hommes : l’échec amoureux, les difficultés de réussir à entretenir « une flamme »… etc.

Et une fois de plus, c’est réalisé avec une telle délicatesse qu’on ne peut que succomber. Le débit de paroles est plus lent, le tout est plus posé, mûrit, les fougues et ses élans adolescents s’estompent (It’s time to leave those feelings behind – Blue Skies) pour laisser place à plus de réflexion doublé d’une théâtralisation assez tordante. Ainsi Love of an Orchestra comprend des cœurs d’opéra rappelant Shakespeare. Nouveauté également, les deux titres instrumentaux d’une minute trente qui rythment le disque, sortes de respirations dans cette exploration du « comment vivre avec quelqu’un / comment savoir si c’est la bonne personne ». L’album se termine sur un consensus que l’on retrouve de plus en plus dans nos sociétés : la porte entrouverte. Il n’y a plus de partenaire officiel, chacun est libre de revenir ou non. Morceau à la guitare sèche probablement le plus triste de l’opus, ça fait mal au cœur de voir que Noah and the Whale renonce à une pointe d’optimisme. Il est encore de possible d’y arriver, de s’accrocher un peu. Sur l’autel d’un monde toujours plus pressé, plus stressé, plus exigeant et impatient, il ne faut pas y sacrifier les sentiments.

Un très bel opus qui accompagnera divinement n’importe quel film sur la perte de confiance en soi, l’abandon, la rupture brutale (affective ou amoureuse). Et toujours cette incroyable capacité de mettre les larmes aux yeux tout en étant extrêmement reposant.

Note : 8,5/10

Sortie le 21 septembre

TURZI – B

In des disques... on août 26, 2009 at 3:45

Groupe français / Kraut – Rock – Electro – Psyché / Record Makers / 2009

« On prend les mêmes et on recommence » n’est pas un adage qui s’applique à Turzi, que ce soit en tant que personne, que groupe, que musicien. B n’est pas la suite de A mais bien une évolution audacieuse, bien conçue et incroyablement foutraque tout en étant d’une rigueur exemplaire. Retour sur les supputations émises après son concert au Nouveau Casino.

Le jeune Versaillais vient, par la qualité de ce nouvel opus, parfaire une boucle Daft PunkAirFuzatiPhoenix. A était un album aux connotations krautrock d’une texture psychédélique délicieuse. Avec B, on quitte l’Allemagne pour filer sous la Manche, on redécouvre le rock, l’indie noise et la géographie.

L’album s’ouvre sur Beijing, comme lors du concert. Il pourrait s’agir d’une ouverture de film d’épouvante aux références sataniques comme Rosemary’s Baby que cela ne nous choquerait pas. La batterie et les guitares encadrent parfaitement une voix venue d’outre-tombe. Et dès Buenos Aires, le second titre, vous comprenez que vous venez de vous faire embarquer dans un voyage burlesque et inquiétant, vous êtes Alice au Pays des Merveilles, le Chat vous accompagne et ne vous lâchera pas avant la fin. Le clavier se met au pas, une complainte au violon vous indique la marche à suivre. Vous voilà bazardés au beau milieu des favelas, les mafias et dealers sont à vos trousses, vous n’avez quelques secondes de répit avant la grande cavalcade de Bombay que j’avais appelé « Bande de Gaza ». Les instruments grondent, lancés à pleine vitesse vous n’avez d’autres choix que de les suivre dans leur descente vertigineuse en territoire dangereux. S’en suit le plus apaisé mais tout aussi dantesque Bethlehem que j’avais dénommé « Beyrouth », véritable évolution du A Notre Père de l’album précédent.

Baltimore opère un revirement rock assez fascinant, notamment grâce à la présence au chant de BoBBy Gillespie qui insuffle les vagues métalliques, urbaines, underground que l’on trouvait dans les bons albums de Primal Scream (donc pas le dernier hein…) et chez les Stooges sous extazy.

Après un Brasilia au synthé hypnotique et un grisant Bangkok aux guitares rugissantes, ce que j’avais intitulé « Bâle-Beauvais-Berlin » le 6 juillet dernier se nomme logiquement Baden Baden (longtemps au cœur des guerres de religions et jouxtant la Forêt Noire). Un débit de paroles plus souple évoluant en distorsions soniques maîtrisées et entêtantes, rappelant en cela un Trip Hop macabre.

Après un Bogota plus doux, l’album termine en apothéose avec Bamako et une collaboration avec la Reine du Foutraque, Brigitte Fontaine et son mari Areski (tiens tiens, encore un Versaillais). Toute la place est donnée à cette voix rocailleuse et éreintée, à ces paroles mystiques. « Nous sommes des mutants […] sur le vaisseaux du temps » affirme Brigitte Fontaine, on l’a compris, Turzi nous ballade un peu partout, lui, son groupe, les artistes qui l’accompagnent et le guident sont tous sans cesse en transformation.

De Turzi, on suivait le talent, les interviews vraiment pertinentes, les progrès, l’exploit de conquérir les States et ce second album inaugure une nouvelle saga à succès : il y avait l’alphabet de Mozart, il y aura désormais l’alphabet de Turzi. Certes Turzi n’en est qu’à la lettre B, mais avec un tel pouvoir d’évolution dans sa musique, il pourrait faire les 26 sans problèmes. Turzi n’est pas un musicien à étiquette, ni un adepte de « faire de la musique pour plaire », gardez-le pour acquis.

Note : 9/10

Sortie le 27 octobre

P.S 1 : Non, contrairement à Monsieur Romain Turzi, je ne prends pas de drogues, surtout lorsqu’il s’agit de chroniquer ses disques.

P.S. 2 : Si vous êtes amateurs d’une chronique plus classique ou de « garçons » avec des références aux influences et tout et tout, allez-donc jeter un œil chez Benjamin de  Playlist Society.

THE DODOS – Time to Die

In des disques... on août 25, 2009 at 2:34

Trio San Franciscain / Pop-rock, Psyché-folk / Wichita – Cooperative Music

Il y a quelques mois, Mgmt nous annonçait que le temps était venu de feindre (Time to Pretend). Un an après la météorite de Visiter leur premier album, le duo de San Francisco au vieux nom d’oiseau revient pour un plan à trois se proposant d’explorer les frontières de la vie. Ont-ils la pêche au point de nous en faire crever ou vice-versa ?

Neuf titres oscillant entre 4 et 6 minutes, dont l’entrée en matière commence fort. Small Deaths porte bien nom, les chœurs chatouillent nos oreilles, la montée de batterie suit un rythme tout à fait adapté, les accès de guitares titillent nos sens, provoquant ce petit frisson qui remonte l’échine depuis le creux des reins… On pourrait s’arrêter là et avoir envie de repasser dix fois le titre.

Les Dodos ont gardé quelques clés de leur succès : boucles d’accords répétés jusqu’à devenir bileux, guitares électrisantes provoquant des remontées acides,  le tout accompagné de voix douces comme le pain constituant le meilleur des miel pour grog… Bref à chaque fois, on ressort secoué d’une écoute qui rappelle l’arrivée d’un gros grain lors d’une transat en voilier : ressac, creux de vagues, pluies tropicales passagères. Autant de cassures de rythme qui sont bien présentes dans Two Medecines. C’est éprouvant et on en redemande.

Cependant, on reste un peu dubitatif devant la platitude des trois dernières plages de l’opus. On ne comprend pas très bien l’intervention d’un titre en allemand non plus… Troll Nacht est un titre aussi pertinent que La danse des canards… Ballades folk molles et classiques, peut-être est-ce finalement l’explication de ce Time to Die, mieux vaut rentrer dans sa tombe plutôt que de continuer à écouter ça ?

The Dodos est assurément un bon groupe californien, à suivre scrupuleusement. Malgré quelques maladresses que l’on aurait préféré ne pas voir apparaître sur un second album, on peut les emporter dans la tombe, histoire de faire swinguer les squelettes un peu coincés.

Note : 8/10

Sortie le 31 août

COUGAR – Patriot

In des disques... on août 14, 2009 at 11:53

Groupe américain / Post-rock / Counter Records

Nombre de félidés et animaux majestueux peuplent l’univers musical ces dernières années : Le Loup, Le Tigre, Grizzly Bear, Caribou… auxquels on peut même ajouter un promoteur, Coyote Music. Les cinq membres de Cougar sont probablement ceux qui portent le mieux leur nom. Beauté, précision, discrétion, Cougar en fait la démonstration en onze titres.

Un batteur issu du Young Blood Brass Band ne gardant que la précision, trois guitaristes qui font rugir en rythme leurs instruments, des vagues électroniques et une basse qui plantent leurs griffes régulièrement… et le tour est joué. Plus facile à dire qu’à faire en réalité. L’alchimie tient à un savant dosage des influences, rappelant à la fois la scène post-rock classique de Tortoise, le rock à la Nick Drake ou l’electro-psyché instrumentale de Battles.

Cougar a donné à son second album le nom d’un missile. Et c’est exactement ce qui explose en pleines oreilles, on ne sait plus où donner de la tête tant chaque construction des morceaux paraît complexe tout en restant extrêmement fluide. Stay Famous ouvre le disque en beauté en envoyant une sauce calibrée, énergique ; Florida logic est un peu plus classique mais serait une excellente matière première à un remix ; Rhinelander est un des rares titres avec des cœurs christiques mais évolue vers du Ratatat avec ses guitares vintages saturées ; Thundersnow redevient beaucoup plus agressif et incisif, sorte d’introduction de deux minutes à Heavy into Jeff qui explore des terres électro beaucoup plus barrées. Le reste du disque est beaucoup plus doux, ballades très agréables, reposantes, comme lorsqu’un félin scrute la plaine, repus, prêt à la sieste. Les instruments à vent prennent le pas sur l’électro et les riffs.

Belle surprise que ce Cougar, qui a su surprendre la petite proie que nous sommes. Lorsqu’on entend ce genre de groupe, on reprend confiance en l’humanité et sa capacité à produire autre chose que du commercial entêtant et calibré (le dernier artiste déshonorant les félidés étant sans conteste Patrick Wolf :) ). On regrette seulement qu’ils ne soient pas programmés cet été dans un festival…

Note : 9,5/10

Sortie le 24 août

THE BACHELOR – Patrick Wolf

In des disques... on juillet 31, 2009 at 11:45

Artiste britannique / pop mélo / Bloody Chamber Music

Quatrième album aussi hétéroclite et indigeste, The Bachelor de Patrick Wolf marque une évolution de l’artiste qui ne peut que promettre un The Conqueror (attendu pour 2010) plus prometteur. Chronique de leçon « peut mieux faire ».

Découvert pour ma part en 2007 avec son Magic Position et sa pochette… colorée dirons-nous, Patrick Wolf reste un artiste un peu particulier. Un bagage musical solide (piano, violon, chant), un background familial qui se veut larmoyant (sur sa bio on peut lire des phrases comme « P.W. quitte ses parents à seize ans. Désormais sans attaches […] il se produit dans la rue »), un goût pour les chansons brouillons et grandiloquentes ; il s’érige en quelque Mika souffreteux. En résumé, comme chez tout célibataire masculin, il y a à boire et à manger dans The Bachelor.

D’abord cette atroce manie de nous assaisonner tous ses titres avec de longues complaintes de violons un peu crispantes, voire irlando-gonflantes. Tout à fait à leur place dans  The Bachelor ou Thickets, elles sont lassantes sur Hard Times ou Damaris.

Ensuite cette fâcheuse habitude de tomber dans le mélo Disney, le summum de l’inaudible de l’album se situant probablement sur Who Will, où l’on se demande ce qu’on a fait pour mériter d’avoir les oreilles qui saignent à ce point. Moi qui aime pourtant le kitsch, là ça en devient vulgaire.

Enfin, on ne peut pas s’empêcher d’avoir envie de considérer ce type comme un pauvre petit garçon qui ne veut pas grandir, atteint du syndrome de Peter Pan ou adorant David Bowie sans parvenir à en faire quelque chose d’intéressant. Les vidéos de ses clips prouvent cependant que son imagination est capable de produire de belles idées. Et l’animal, même roux ou blond a quelque chose d’attachant et déterminé.

Je m’arrêterai là, en souhaitant au jeune homme bonne chance. Gageons qu’il perdra quelques mauvais tics pour savoir mettre en valeur ses qualités. Cependant, c’est déjà le troisième album… L’espoir fait vivre, heureusement.

Note : 4/10

THE VERY BEST – Warm Heart Of Africa

In des disques... on juillet 14, 2009 at 8:10

Collaboration GB-Paris-Malawi / Electro – Indie World / Moshi Moshi – Cooperative Music

L’élection d’Obama a provoqué dans le monde musical un grand retour de l’Afrobeat. En veux-tu en voilà, on nous en glisse partout, notamment dans l’indie de Brooklyn (Vampire Weekend, Animal Collective, Mgmt…). Il faut assurément un soupçon de culot pour intituler son groupe Les meilleurs, mais il faut également beaucoup de courage pour être à la hauteur de son titre et risquer d’être la risée du monde musical et de griller de futures cartouches. Derrière ce titre pompeux se cachent Johan et Etienne aka Radioclit, qui se sont alloués les bons services de Esau Mwamawaya, artiste du Malawi. Si vous avez été bercés par Johnny Cleg dans votre enfance, vous risquez d’apprécier.

Bienvenue dans ce qui ressemble à l’Afrique du Roi Lion à la première écoute : de beaux animaux sauvages, des paysages dépouillés, de gentils autochtones. Comme on ne comprend pas les paroles (en Malawi), on a tout le loisir de se concentrer sur le reste et on est très loin d’une bande-son cul-cul la praline.

Nsokoto opère un décrochement dans l’album, si l’on garde des sonorités et instruments évoquant le continent oublié (Bâtons de pluie, claves, djembés…), les boucles d’électro se font de plus en plus présentes. Parfois de manière ultra-kitsch comme sur Angonde où l’on s’attend à voir une girafe en caoutchouc traverser le salon.

Atout supplémentaire dans ce jeu de cartes hype, les featuring d’amis réputés. J’ai nommé les deux seuls titres en anglais de l’album. Warm Heart Of Africa pourrait être un titre de Vampire Weekend de part les rythmes du morceaux mais surtout la présence d’Ezra Koenig et sa voix d’Afro-américain blanc. De même, la douce M.I.A. ensorcèle la danse de la pluie, l’air en est plus moite ensuite (Rain Dance). Le clin d’œil à Architecture In Helsinki dans Kamphopo enfin achève de rendre l’opus extrêmement bankable.

Des rythmes qui respirent l’hémisphère Sud, des voix chaudes façonnées à l’ombre de canicules étouffantes – qu’elles soient d’Afrique, d’Inde, du métro londonien ou new-yorkais ; lorsqu’on a un été pluvieux, rien de tel pour égayer la maison. Le tout est diablement bien fichu, dansant et très réussi, l’Indie World existe et à un avenir.

Note : 8/10

Sortie le 21 septembre

MOBY – Wait for Me

In des disques... on juillet 7, 2009 at 12:22

Artiste américain / Electronica / Because

Comme il y a Air la révolution de la musique électro-planante de qualité, il y a Moby la machine à musique de spots publicitaires. Alors lorsqu’on reçoit le nouvel album de Moby accompagné d’une lettre de l’auteur pour présenter le disque, on devient curieux et on fait l’effort d’insérer le disque dans la fente de la chaîne prévue à cet effet.

Après Play (1999), Moby n’avait plus produit que des musiques parfaitement calibrées pour la publicité, chaque fois un peu plus sans âme ni originalité. Dix ans après, le chauve renverse enfin la vapeur et revient avec un opus home-made. Evidemment, Because ne nous aura pas aussi facilement, je ne vais pas lire le communiqué, la lettre ni le descriptif de l’histoire des morceaux titre par titre avant d’avoir écouté l’album plusieurs fois en entier. Et le résultat n’est pas décevant.

D’abord, les titres cessent un peu d’être calibrés pour la promotion radiophonique en ayant des durées entre 55 secondes et 4,40 minutes. Il y a plus de spontanéité dans cet opus, moins d’arrangements pointilleux, les sonorités se font plus brutes (Jltf), les voix sont parfois hésitantes (Pale Horses). L’ensemble, à l’image de sa pochette, n’est pas original, mais il est reposant sans être lénifiant. Et c’est déjà beaucoup. Même si cet album reste aussi mélancolique et parfois plombant comme Moby l’a toujours fait, on sent que l’auteur respire derrière.

Dans les explications fournies par Moby morceau par morceau, on retrouve toutes les remarques que tout critique aurait pu faire de l’album, Study War pourrait être un extrait de Play2 moins intéressant que le Play original, Mistake est de loin le titre le plus conventionnel de l’album, Gost Return est un morceau « Lynchien »… Moby a une vision et une analyse assez honnête de son travail et, même si son discours est calibré (il ne cesse de répéter que le tout a été enregistré dans des conditions pourries avec un matos cheap), il transparaît une véritable satisfaction de l’auteur à vouloir livrer un travail humble, sans prétention.

Dans sa lettre présentant son travail et sa démarche, Moby parle d’une révélation survenue après un discours de David Lynch qui soutenait l’idée d’une créativité artistique comme objectif premier, émancipée de toute pression de rentabilité de l’œuvre. Qu’il ait fallu ce genre de discours à Moby pour prendre conscience que le travail premier d’un artiste ne s’inscrit pas dans une logique marchande, soit. Qu’il ait accepté de relever le défi, on ne peut s’empêcher de penser qu’il l’a fait car son portefeuille peut largement se le permettre. Qu’il accompagne son disque d’une description, ça sent la tentative d’amadouer les chroniqueurs, mais seuls les mauvais auront besoin de cela. Mais qu’il termine son courrier en demandant aux auditeurs de faire l’effort d’écouter le disque en entier et non par single, cela m’inquiète. Sommes-nous donc dans une société où l’on se fait une idée d’un travail sur un simple single ? Les émissions de télé-réalité et certaines Major produisent certes leur lot de boulets et leur flot de singles inaudibles, voire d’albums transpirant la médiocrité (Julien Doré en tête). Mais j’ose encore croire qu’il existe une majorité de population sensée, capable de discerner le bon grain de l’ivraie. Si Moby prend la peine de faire ce genre de requête, elle ne doit pas être infondée, elle me fiche le cafard c’est tout. Et du coup, je remets le disque à tourner sur la platine.

Note : 7/10

AUTOKRATZ – Animal

In des disques... on juin 21, 2009 at 3:45

Duo britannique / Electro-dance / Kitsuné – Cooperative Music

Le soleil, les vacances, la voiture décapotée… et pas de son un peu m’as-tu-vu intéressant à balancer ? Alors optez donc pour le dernier petit AutoKratz des familles et évitez ainsi d’être assimilés à tous ces beaufs et leurs voitures tunées.

Avec des titres un peu piquant comme The Idiots are Winning ou Speak in Silence aux sonorités Daft Punk ou Last Show qui rappelle l’electro des eighties. Et lorsque vous passerez la quatrième sur la nouvelle « autoroute écolo », n’oubliez pas de réveiller les biches et les lapins avec Gone Gone Gone ou Past your Heart qui s’inscrivent dans la veine Kavinsky. Au final cet album sonne un peu comme régressif, mais ça ne déplait pas car la qualité est là. Notamment grâce à la touche rock travaillée qui rappelle le rock d’aînés comme New Order.

Il y a peu, un Mister Oizo nous affirmait que nous sommes tous des animaux, le message des AutoKratz n’est pas très différent dans ce dernier album bestial, onze titres de retour aux racines rock et électro-dance qui demandent régulièrement à être réveillées. Un disque à écouter également les fenêtres fermées !

Note : 7,5/10

Sortie le 29 juin

ELDIA – Favourite Murderer EP

In des disques... on juin 15, 2009 at 2:30

Groupe parisien / Pop-rock / Emergence Music

Après un album prometteur il y a un an (All The People On The Ship Say), eLdiA sort un EP en avant goût d’un nouvel opus à venir pour l’automne. Des chansons pop-rock qui balancent bien comme il faut.

En quatre titres on peut déjà déceler que l’album promet quelques singles alléchants. A commencer par le titre éponyme de cet EP. Favourite Murderer s’inscrit dans la droite ligne de la britpop avec une ambiance sonore très Beatles. On reconnaît aussi la patte des folkeux parisiens comme Tahiti Boy ou les géniaux Toy Fight. The Way You Move rappelle pour sa part la vague rock new-yorkaise, dont on ne peut que regretter leur abus de reverb sur le refrain. Alors que Did You Run ? passe plus inaperçu de par son classicisme ultra « déjà entendu partout », The Drunk Song mérite de s’y attarder, balade folk mélancolique qui donne envie de réécouter en boucle les cowboys normands de La Maison Tellier.

Reste qu’il faudrait que ces 5 jeunes s’affichent sur leur pochette dans des postures moins « j’suis un péteux parisien, j’porte la moustache, un slim et du cuir car c’est trop bien le rock ». Bref il y a bien du potentiel chez eLdiA, rien de très original mais travaillé avec un peu d’attention, si tous les groupes pouvaient déjà commencer par respecter  cette règle élémentaire alors la scène française pourrait mieux se défende outre Manche. Encore un peu de travail ne ferait pas de mal…

Le Colonel Moutarde dans la cuisine avec un chandelier ? Verdict complet avec l’album.

Note : 7/10

CHICROS – Radio Transmission

In des disques... on mai 26, 2009 at 2:29

Groupe parisien / pop-rock noisy / Discograph

Après avoir été des mecs Too Cool For School (2005) et avoir produit un album de maturité (Sour Sick Soul, 2007), les Chicros reviennent avec un bel album assez hétéroclite qui confirme le talent des Chicros.

Le 7 inch avait déjà, en plus d’un artwork à croquer, un concept adorable : des tickets d’or qui, comme dans Charlie et la chocolaterie, permettait d’avoir un concert privé du groupe chez soi. L’album repose sur le même postulat que les programmes d’une radio généraliste : nous sommes tous différents, il en faut pour tous les goûts. C’est ainsi que dans ce nouvel opus, les quatre Chicros se travestissent en Big Daddy Pimp Jr, The King of Heart ou The law-Abiding Citizens et s’essayent au Hip Hop US, la new-wave, le film d’horreur ou la country rappelant celle de La Maison Tellier. Les Chicros font preuve de tout l’humour et la créativité dont ils sont capables en nous faisant surfer sur les programmes imaginaires psychédéliques de Radio Depressed, Radio Jesus ou encore Radio Drugs. A souligner aussi un très beau duo sad-pop entre les Chicros et Brisa Roché (Without You) et une géniale reprise des Dead Kennedys (Straight As’). Au total, on a 19 pistes courtes pour 36 minutes de musique. C’est d’ailleurs le seul reproche qu’on pourrait trouver à cet album, pour un troisième opus il est un peu court… Mais mieux vaut faire trop court que trop long et risquer de lasser l’auditeur, tout bon animateur de radio sait ça J.

Chicros a certes perdu sa particule (anciennement Los Chicros) mais n’en a gagné que plus de maîtrise, de talent et conserve toute notre estime.

Note : 8,5/10

ASYL – Brûle Brûle Brûle…

In des disques... on mai 25, 2009 at 8:00

Groupe français / Rock / Because

Préambule : mon habitude est de ne pas prendre la peine de chroniquer les bouses musicales qui peuvent venir échouer dans ma boite aux lettres, mais cette fois, Because ayant joué à pile ou face en envoyant un communiqué de presse censé être humoristique et ironique, je me devais de rendre à un label comportant plusieurs qualités, la monnaie d’une pièce à qui je n’avais rien demandé.

Rien qu’au titre et avant même d’avoir tenté d’écouter le nouvel album d’Asyl, on avait des raisons d’être enjoué. Car Because ne se contente pas d’inonder les boites aux lettres de choses qui vous font saigner les tympans, ils ont du fric à dépenser pour vous en faire la promotion et tenter de vous convaincre du bien fondé d’un groupe qui n’a aucune raison valable de perdurer. Présentation de la meilleure barre de rire d’un mois de mai parisien humide.

Alors résumons, Asyl est un groupe de rock français, qui chante plutôt mal en français sur des accords de guitare entièrement recyclés à partir de groupes talentueux et produit par des gens pour qui on pouvait avoir de l’estime (Andy Gill des Gang of Four s’est abaissé à les aider pour leur premier opus). Donc le groupe au nom le plus insultant de l’Hexagone revient nous casser les oreilles et les pieds avec un second album.

A la manière des gallinacés, Asyl est un groupe qui caquette et vient nous déranger dès 5h du matin par des cris aussi irritants que disgracieux. Asyl pourrait en être au 2e ou au 94e album, la différence ne serait pas perceptible : une grosse batterie irritante, des lignes de cordes qui donnent envie de pendre haut et court ou étrangler les sous-musiciens et pire que tout, cette voix qui atteint des sommets de médiocrité plus élevés que le beau palmarès de Nicolas Sirkis. Pour résumer, à l’écoute d’Asyl, vous avez la même envie irrépressible que quand les clandestins yougoslaves du métro viennent perturber l’écoute des nocturnes de Chopin dans votre casque : qu’ils s’arrêtent et fichent le camp au plus vite avant que vous ne soyez de mauvais poil avant même d’arriver au boulot. Ce nouvel album aurait été enregistré dans le studio de Michel Sardou que ça ne nous ferait ni chaud ni froid (ahahah), si vous souhaitez vous donner la peine de rencontrer ces jeunes, balancez-les à la Seine, ça refroidira peut-être les ardeurs de pauvres types qui n’hésitent pas à affirmer « qu’il faudrait être sourd pour ne pas entendre que le talent d’Asyl à rafraichir une musique née il y a plus de trente ans, pour en faire un rock moderne à l’image de son époque, c’est-à-dire délétère et implacable ». Ne vous fatiguez pas à écouter ou acheter ce disque de zouk toulousain tendance « tais-toi » voire « ta mère ne t’as jamais appris qu’on ne braille pas comme ça ? ».

Je me permettrai ce dernier très mauvais jeu de mot en disant que cette fois, Because a joué avec le feu… Brûle Brûle Brûle, une bonne blague de pyromane de type qui ont finalement bien choisi leur nom en érigeant les ancêtres des hôpitaux psychiatriques comme un label de qualité, l’Asile je ne vous souhaite que ça Messieurs… de partir en fumée et de nous laisser en paix.

Note : 0,5/10 pour Because qui a su reconnaître implicitement que ce sous-groupe fait tache dans leur catalogue…

PAMELA HUTE – Turtle Tales From Overseas

In des disques... on mai 24, 2009 at 10:30

Groupe parisien / Rock / IB Records

A l’écoute du sampler, j’avais déjà tout dit, le talent de Pamela Hute se résume en trois mots : énergique, épuré, élégant. L’album de Pamela Hute doit-il se contenter d’un bon sampler de 5 titres ou peut-on trouver d’autres atouts parmi les 13 titres de ce premier album ?

S’il y a quelques passages un peu agaçants comme le refrain de You Call Me Dear qui donne l’impression d’un travail un peu bâclé cédant à la facilité, ce disque n’a pas été fait à la va-vite. Comme pressenti avec le sampler, on perçoit un véritable travail d’émancipation de la mouvance actuelle consistant à balancer du rock en braillant comme un âne et en plaquant des accords de guitare désastreux censés relever le niveau… Autrement dit, Pamela Hute révendique le Back to basics mais dans le bon sens du terme : Nirvana (Umbrella), Portishead (Pink Safari), Pretenders (My Dear). Il ne s’agit pas de piller les aînés mais de s’inspirer de leur hygiène (musicale, pas de vie hein…). La synthèse avec la tendance électro d’aujourd’hui présente ça et là (My Dear) permet aux Turtle Tales From Overseas d’être un album bien dans son genre, capable de prendre le meilleur des époques qu’il traverse.

Tie est un titre capable de vous mettre en appétit pour une nuit de concerts punk, Don’t Help Me pourrait bien vous faire danser, et le petit dessert reste Pink Safari, dont les volutes sonores sauraient presque vous tirer une larme sans tomber dans le mélo.

Un bon premier disque qui aura besoin d’envoyer avec autant d’énergie et de concentration sur scène pour se faire respecter comme il se doit dans la cour des musiciens professionnels. Tiens, d’ailleurs ils ont un site Internet, c’est un bon début ;) : www.pamelahute.com

Note : 7/10

RICHARD SWIFT – The Atlantic Ocean

In des disques... on mai 13, 2009 at 4:58

Chanteur américain / Pop-rock / Secretly Canadian

Après avoir sorti deux albums en 2008, l’inépuisable Richard Swift remet ça avec un quatrième opus résolument pop. Piano déglingué, partitions boogie, synthés dégingandés, rythmique ultra classique mais résolument entraînante, clap-clap, voix franche… Tout y est, pas question de faire le boulot à moitié.

L’opus ouvre sur le titre qui donne son nom à l’album, « grosse ficelle » avant le grand dévoilement du talent de Swift qui a su s’entourer de personnes compétentes (comme Mark Ronson ou Sean Lennon). Les 11 titres oscillent entre des mélodies pop acidulée séduisantes (The Original Thought, Hallelujah Goodnight, A song for Milton Feher) et morceaux beaucoup plus sombres (R.I.P., The End of an Age, Already Gone). En effet, cette trilogie poignante permet d‘ériger cet opus non pas au simple rang de bon album de pop, mais bien dans la catégorie des douceurs teintées d’amertume qui vous retourne un peu, qui vous bouscule sans jamais tomber dans le mélo, fissure ouverte en chacun de nous….

Une fois de plus, Swift balaye les idées reçues en démontrant qu’on peut produire plusieurs très bons disques par an. Une chose est certaine, on a hâte qu’il traverse l’océan atlantique pour venir démontrer tout le talent dont il est capable* !

Note : 8,5/10

* Richard Swift jouera le14 mai @ Point FMR

DIVING WITH ANDY – Sugar Sugar

In des disques... on mai 8, 2009 at 6:08

Trio français / folk – pop / Universal

Il y a trois ans, je plongeais avec délectation dans l’univers chic et raffiné de Diving with Andy et leur premier album éponyme. Je n’avais pas prévu de second disque, persuadée que l’idylle n’était qu’une passade dans l’air du temps, un album concept qui devait s’arrêter là avant de porter chacun des membres vers d’autres projets. J’avais tort donc, mais ce second opus est-il vraiment à la hauteur du talent qu’on avait accordé au trio angevin en 2006 ?

On ne change pas une recette qui fonctionne ? Des arrangements travaillés, des textes léchés, une orchestration classique mais classy… le nouvel opus de DWA est indéniablement très agréable à l’oreille. Le velours de Juliette Paquereau produit toujours son petit effet frissonnant et reposant après une journée harassante parisienne type. Malheureusement cela ne suffit pas, comme son nom l’indique cet opus est un peu trop calorique, comme un gâteau industriel.

Ce groupe, auparavant signé sous les auspices bienveillantes d’aînés du renouveau de la chanson française (l’éphémère label Dièse, sous la direction de Benjamin Biolay ou Kerenn Ann) se retrouve maintenant dans le catalogue fourre-tout d’Universal. Et en effet, la pertinence de ce second disque reste à démontrer, seuls des titres comme Kate Weal… et Anna May réussissent à renouveler le style très linéaire du trio qui ne s’éloigne pas assez de ses rituels violon-voix ou piano-voix. Sans compter l’aspect légèrement crispant des clips qui pompent tout aux aînés comme Cat Power : copier n’est pas resssembler…

C’est donc avec une légère amertume que je n’attends pas de troisième album de DWA. Il y a trois ans, je leur souhaitait bon vent du côté arrière scène, je renouvelle mes vœux. Julien Perraudeau et Rémy Galichet sont capables de rivaliser avec les meilleurs ingénieurs du son ou arrangeurs et il paraît maintenant pertinent qu’ils laissent d’autres projets prendre le pas sur ces plongeons avec Andy qui n’ont plus leur fraicheur d’il y a trois ans et sont trop sucrés pour qu’on ne fasse pas d’indigestion.

Un album qui égaiera malgré tout sans peine ce printemps capricieux.

Note : 6,5/10

THE NOISETTES – Wild Young Hearts

In des disques... on avril 22, 2009 at 1:08

Trio anglais / Rock-pop / Mercury

En février 2007, on découvrait le premier album des Noisettes avec enthousiasme : un équivalent de Bloc Party version féminine ? Un The Gossip anglais et plus sexy ? L’album était vitaminé et terriblement rock grâce à la voix de Shingai Shoniwa, faisant office de dynamite. Le virage difficile du second opus est en partie surmonté mais convainc relativement…

Si The Noisettes a su garder les qualités qu’on avait cru déceler telles l’influence Riot Grrrl (Don’t Upset the Rythm, Saturday Night) ou la qualité des refrains hautement addictifs (Every Now and Then, Never Forget You, So Complicated) ; le groupe a pris un virage plus lent / calme dans ses chansons, ce qui déçoit un peu puisque c’était justement cette énergie supra-vitaminée qu’on louait. Certains titres sont délicats et pleins d’attentions intéressantes comme Atticus et Cheap Kiks où l’on ne finit pas de se délecter des modulations de la voix soul d’une pureté qui fait vibrer le creux du ventre. Mais le premier tiers de l’opus ne relève que d’une électro-pop banale et sur-entendue ces derniers mois. Ajoutons à cela une batterie qui reste encore un peu trop jouée par des gros bras (le titre éponyme de l’album est d’ailleurs l’un des plus décevants de l’opus), une pochette de disque plutôt laide comparée au pétillant et humoristique What’s the time Mr Wolf ? et un second disque moins long que le premier (on pardonne un 35 minutes à un premier album, moins à un second)…

Cet album relève finalement d’une pop beaucoup plus consensuelle que le précédent, le premier opus ne faisait pas état d’une originalité à toute épreuve mais un petit quelque chose qui présageait que The Noisettes résisterait à l’envie de faire comme tout le monde… Une déception qui ne nous empêchera de l’écouter pour l’été ! Et les concerts promettent mieux que cela.

Note : 7/10

Player The Noisettes

AU REVOIR SIMONE – Still Night, Still Light

In des disques... on avril 8, 2009 at 3:42

Trio américain / Pop Aérienne / Moshi Moshi – Cooperative Music

 

Deux ans après The Bird of Music, les Au Revoir Simone remettent ça avec un album printanier toujours aussi léger…

Ce nouvel album a un titre de plus que le précédent mais est moins long… arf. Ça commence moyen c’histoire… A priori, il ne faut pas s’attendre à un grand renouvellement de la part des trois Miss de Brooklyn, d’ailleurs la couleur est annoncée dès le début, il ne s’agit que d’une Another likely story. On retrouve donc les claviers, les voix claires en chœur, la boite à rythmes… et leurs thèmes favoris reviennent également : la perte amoureuse, le questionnement, l’inquiétude, la solitude…

Mais si on pouvait se montrer sceptiques à l’idée de se faire à nouveau envahir par la vague électro aérienne américaine copiée-collée de nos frenchies Air (dont elles avaient d’ailleurs assuré les premières parties), on ne peut finalement que succomber une fois de plus et se laisser embarquer dans les épopées éthérées d’Au Revoir Simone. Knight of Wands révèle vos rêves les plus enfouis de Magicien d’Oz, Take Me As I Am est ce vous aimeriez dire en cas de scène de ménage et Organized Scenary vous plonge dans un délicieux sommeil lorsque vous peinez à le trouver.

Douze titres qui fleurent bon le soleil, les arbres bourgeonnants et les robes légères en coton s’agitant dans la brise matinale, délicatement parfumées de senteurs boisées. A écouter à la tombée de la nuit, appuyé à la balustrade de la fenêtre de votre chambre. Fermez les yeux et, oui, vous sentirez la morsure des températures qui déclinent légèrement après une belle journée… Still Light, Still Night.

Note : 8/10

KRAZY BALDHEAD – The B Suite

In des disques... on avril 4, 2009 at 11:43

Dj français / Electro / Ed Bangers – Because

Ed Banger sait régulièrement redorer son blason un peu trop fluokids en livrant de belles productions électro. Pierre-Antoine Grison, aka Krazy Baldhead, fait partie de ceux-là. Après des remixes (dDamage, Aufgang) et des EP’s (Bill’ s Break – 2004 et Dry Guillotine – 2007) très efficaces depuis 2004, voilà enfin le premier album solo, orné de quelques collaborations intelligentes.

The B Suite comporte seize titres présentés avec une géométrie parfaite en quatre mouvements, rappelant par là la formation classique de l’artiste. Quatre thèmes donc, aux pieds simples et rigoureux, déclinés avec brio grâce aux incorporations de jazz, hip-hop (Third Movement – First part) ou funk. Le Second Movement – Second Part offre à cet égard une belle synthèse des genres. L’album s’écoute en entier, pas de zapping de titres, la progression s’apprécie dans sa totalité. Le quatrième mouvement présente les titres les plus intéressants, paradoxalement moins mainStream, adoptant presque des rythmiques post-rock, jouant de décompositions et distorsions sonores, réintégrant des plages de scratch, pour terminer sur un featuring de Beat Assaillant assez réussi au cut très sec.

Ed Banger Records a encore quelques atouts en main, Krazy Baldhead ne devrait pas avoir de difficultés à trouver sa place sur la scène électro. Avec des influences à mi-chemin entre les Chemical Brothers et Miles Davis ou Bill Evans, son album electro a la capacité de réconcilier des genres parfois fâchés, c’est aussi ça la tolérance sur un dancefloor… Nul doute que la suite de la B suite sera tout aussi intéressante.

Note : 8/10

TOY FIGHT – Peplum

In des disques... on avril 3, 2009 at 1:55

Groupe parisien / Pop-rock / Cityslang

Trois ans qu’on attendait la suite des aventures d’un groupe parisien qui mérite d’être connu et reconnu… Sébastien Broca, David Simonetta et Maxime Chamoux passent avec brio le périlleux exercice du second opus.

Sortir un bon premier album lorsqu’on est un groupe de rock-pop parisien, ce n’est pas gagné. Il faut éviter le piège des baby-rockers (Second Sex, BB Brunes …ou pire, les Naast) et des groupes bankable dénaturés (The Do). Mais également se démarquer des proches ainés talentueux (Syd Matters). Autoproduit, le premier opus de Toy Fight (Anagram Dances) avait ravi nos oreilles en 2006, restait alors l’épreuve la plus difficile : le retour de bâton de la critique lors du second album labellisé. Après avoir longtemps hésité à tout plaquer, le groupe livre finalement seize titres qui vous embarquent dans une aventure musicale, entrecoupée de trois teasers d’une demi-minute (David Simonetta présente, Maxime Chamoux présente et Sébastien Broca présente).

Dans un bon Peplum, il y a d’abord des costumes. La pop de Toy Fight s’est parée de tous les atours nécessaires pour livrer bataille à la médiocrité : voix, guitares, mandoline, banjo, glockenspiel, piano, farfisa, claviers, mélodica… Et puis, pour mieux se battre, notre trio a recruté trois nouvelles têtes pour leur prêter main forte : Bertrand Faure-Brac (bassiste ingénieux), Jean « Jaune » Thévenin (batteur humble), et Pauline De Lassus (voix féminine bienvenue).

Après évidemment, il faut des grands discours de valeureux guerriers, toujours un peu mystérieux et très poétiques. Le respect des aînés d’abord, la britpop, le Velvet Underground, la vague scandinave sont des influences qui sont respectées sans être plagiées ou dénaturées. Les paroles aussi, encore une fois notre groupe parisien s’en sort très bien : lorsqu’on chante dans une autre langue que son langage maternel, on ne conceptualise pas exactement les idées comme un natif le ferait. Cela donne lieu à des paroles fantastiques et surprenantes (Les Indes Noires) et terriblement craquantes (Golden Make Up).

Enfin, dans tout Peplum se dissimule toujours une histoire d’amour. La déclaration de Toy Fight va droit au cœur, ils aiment trop la musique pour la quitter. Dépêchez-vous donc de les accueillir comme il se doit, le paysage musical de notre vieille capitale en a bien besoin.

Toy Fight était un trio autoproduit, trois ans après c’est un beau groupe signé chez Cityslang. Bis repetita placent, ce second opus est leur victoire.

Note : 8,5/10

Retrouvez aussi : l’interview et la chronique du concert

DEAR READER – Replace Why with Funny

In des disques... on mars 27, 2009 at 3:15

Trio sud-africain / Pop-folk / City Slang

Aperçus succinctement après moult problèmes techniques lors du Festival Alligator, Dear Reader, ex Harris Tweed, sort un premier album pour le printemps. Oui, pour une fois la coupe du Monde de football sert à quelque chose d’intéressant, promouvoir la scène musicale d’Afrique du Sud.

Originaire de Johannesburg, leur musique est pourtant à l’image de leur couleur de peau : blanche. Alors certes, Dear Reader n’est pas exactement ce à quoi on s’attend, point de musiciens noirs mais de jeunes adultes issus de l’émigration britannique. Oubliez Johnny Clegg également car les rythmes chauds de l’Afrique n’animent pas particulièrement l’opus. Seul le premier titre de l’album, Way of the World, laisse entendre quelques sonorités de la sorte.

Dix titres composent l’album, exclusivement chantés en anglais et emplis de références à la littérature classique anglaise. Charlotte Brontë aurait probablement trouvé comique de voir sa phrase leitmotiv de Jane Eyre, adaptée à un groupe de pop. La voix de Cherilyn MacNeil épouse les volutes sonores concoctées à l’aide de Brent Knopf, guitariste de Menomena. L’univers très poppy évoque essentiellement le thème classique de la déception amoureuse. Fort heureusement l’orchestration ne se cantonne pas à du piano-voix (Never Goes) mais est agrémenté d’envolées de batterie, de cuivres, carillons (Great White Bear), guitares un peu déglinguée (Out out out) et autres petites trouvailles qui font qu’on aime Menomena et qu’on s’intéresse maintenant à Dear Reader.

Il y a dans la rupture de sentiment (amoureux, amical, familial…), un moment paroxysme et paradoxal : lorsque la douleur et la tristesse sont si intenses que leur vibration en devient splendide. La voix claire et les chœurs de Dear Reader le traduisent bien. Dear Reader ou l’hommage de jeunes sud-africains à leurs racines : l’Angleterre. He oui, car finalement penser qu’on va écouter des noirs faire de la musique seulement parce qu’ils sont d’Afrique du Sud, c’est aussi un préjugé. L’Afrique n’est pas exemptée du phénomène de métissage. Un opus tout en douceur, idéal pour regarder s’ouvrir les bourgeons printaniers de ce côté du globe…

Note : 7,5/10

PETER BJORN AND JOHN – Living Thing

In des disques... on mars 22, 2009 at 9:53

Groupe suédois / pop – rock / Wichita-Coop-Pias

La machine à tubes est de retour ! Alors que tout le monde a encore en tête Young Folks, qui est régulièrement remixé (celui de Diplo est d’ailleurs très plaisant), le trio suédois ne s’arrêtent pas en si bon chemin et signent un quatrième album toujours aussi dansant.

Sonorités glaciales, rythmique de batterie ultra-basique, guitare aux lignes simples et évidemment ces voix qui enchantent nos oreilles à chaque fois… la même chose qu’à l’accoutumée est-on tenté de penser, sauf que curieusement, c’est très différent.

Les mélodies regorgent de petites trouvailles toutes plus délicieuses les unes que les autres : jeux de respiration saccadée, utilisation raisonnée du vocodeur, claps, boucles très courtes de piano, échos métalliques, agitation de plaques de plexiglas… Les textes sont tout sauf niaiseux, comme dans Lay It Down, où la mélodie pop-sucrée ne laisse pas penser que les textes sont si piquants : « Hey shut the fuck up boy, your’re starting to piss me off, take your hands off that girl, you’ve already had enough ». Ou très drôles dans Picasso lorsque la narration prend la point de vue d’un tableau de Picasso s’ennuyant sur le mur du Musée de Barcelone et ayant besoin d’affection…

The Feeling et Nothing to worry about sont déjà calibrés pour les dancefloors de la planète, prêts à être réappropriés par les djs du monde entier… à la maison ou dehors, vous n’avez pas fini d’entendre Peter Bjorn and John, qui s’imposent en douceur comme des références incontournables de l’eletro-pop.

Note : 8/10

(Cette chronique est la centième…)

MATT BAUER – The Island moved in the Storm

In des disques... on février 21, 2009 at 8:02

Folk / USA / Autoproduit

La pochette fait froid dans le dos, mettant en scène l’histoire de The Tent Girl, une jeune femme retrouvée noyée enveloppée dans un drap (dont je vous recommande chaudement le récit dans la version kitchissime et désopilante de ce site Internet). Matt Bauer porte cette jeune femme, tel un colosse évadé de prison (tête nue, barbe touffue), peut-être sa manière à lui d’exorciser de vieux souvenirs avec lesquels il a grandi dans le Kentucky. Ca décontenance un peu avant d’écouter le disque… Et pourtant, une fois l’album englouti par votre mange-disque, vous aurez du mal à vous en défaire.

Matt Bauer livre une folk mélancolique qui, dès les premiers accords, vous fend le cœur en autant de morceaux que le disque compte de titres : plus c’est triste, plus c’est beau, plus on a envie de l’écouter et plus on est paradoxalement détendu. Les voix féminines de Mariée Sioux ou Alela Diane viennent s’ajouter régulièrement à la voix rauque et puissante de Matt Bauer, qui apparaît rapidement comme quelqu’un dans les bras duquel on a une irrépressible envie de venir se lover. Que ce soit au banjo (Foxgloves) ou à la guitare (Floride Rain), les accords de Matt Bauer, orchestrés tout au plus par des rythmiques discrètes ou des claps, sont habiles et sans prétention. On en oublierait notre coup de cœur pour Bon Iver. Seize titres qui passent très vite, on a immédiatement envie de réécouter l’ensemble. Quant à recommander quelques morceaux, la tâche est ardue tant l’album forme un ensemble de qualité… Rose and Vine pourrait cependant être une belle synthèse du talent de Monsieur Bauer.

Un album a se procurer d’urgence, car s’il est mélancolique, cet album est néanmoins capable d’égayer vos journées les plus ternes.

Allez, ne lésinons pas, note : 9/10

YUKSEK – Away from the sea

In des disques... on février 12, 2009 at 11:24

Dj français / électro / 2009

Ahah on l’attendait au virage lui… et il s’en sort honorablement. Yuksek ou l’histoire du mec à qui on ne peut rien envier de prime abord (vivre à Reims et s’appeler Pierre-Alexandre Busson, ça n’a rien d’excitant)… de prime abord seulement. Après le succès de son maxi Tonight et de ses multiples remixes de ShitDisco, Zombie Nation, Chromeo, Naast, Detect, Teenage Bad Girl et Adam Kesher, Yuksek sort enfin son premier album.

La pochette d’abord, on n’en attendait pas moins du rémois : tel un livre d’enfants, vous découvrez que derrière les yeux oranges du visage se cache une photo d’un Yuksek affalé dans un pouf 70’s devant une photo ultra cliché de couché de soleil caribéen. Sur la droite est posé à l’envers un carton de présentation de Yuksek… il semble bouquiner en attendant que ce soit son tour de mixer tout simplement. Alors forcément ça donne envie d’ouvrir le troisième volet tout en noir et turquoise et de découvrir un livret comportant une petite histoire qui en une seule (très longue) phrase résume et relie tous les titres de l’album. L’album, tout comme sa présentation, est progressif, très scolaire mais pas chiant.

La musique est à l’image de la pochette, jouant de titres ultra-rabachés disco, funk et pop. Quelques bits classiques par dessus et des rythmes énervés accompagnés d’un soupçon de break, le tout produit une petite mixture explosive, terriblement efficace et incroyablement belle. Dès le premier titre (Break Ya) on est au milieu du dancefloor, avec la pêche et l’envie d’en découdre, comme savent le faire Brodinski ou Danger. Tonight confirme que le titre est un tube incontesté et avec A certain life, ça y est vous ne voulez plus sortir du club (mélange Jackson Five, Brodinski, le tout posé et avec un texte scandé). Notons le délicieux So Far Away From The Sea où Yuksek ressuscite Grandaddy, Architecture in Helsinki et autres groupes de psyché-pop de la même veine. A la moitié de l’album (I Could Never Be a Dancer), les paroles s’estompent peu à peu ou deviennent très géométriques et laissent place à des titres de minimal très construits. Les titres qui oscillaient entre 3’01 et 3’42 s’allongent graduellement (de 4’16 à 7’39). A plusieurs reprises, on ne peut s’empêcher de penser au duo de Justice (So Down surtout), mais la version Yuksek est plus chaloupée, comme possédant une touche Afro. L’album se termine sur un titre pop-rock basique (voix-guitare-batterie).

Alors oui, pour un premier album qui a su se faire désirer (trois ans d’EP et remixes), le premier opus de Yuksek est à la hauteur (comme son nom l’indique en turc). Yuksek ne sera peut-être jamais un danseur et vivra toujours loin de la mer dans les terres froides, mais il va sans aucun doute continuer de faire se remuer un bon nombre de petits corps dégingandés… y compris sur la plage sous les tropiques après une journée de surf.

Note : 8/10

Prestations de Yuksek en concert ?

Chronique de Yuksek à la Cigale (09/04/2009)

Chronique de Yuksek au Point FMR (12/10/2009)

TUCUMCARI – Sammy Decoster

In des disques... on janvier 21, 2009 at 11:38

Rock et ballade franco-américaine / 2009 / Barclay

Il y a 2 ans je découvrais l’EMB-Sannois (salle géniale, je ne me lasserai jamais de le dire) et sur scène un jeune homme, un peu hésitant, un peu maladroit, qui semblait néanmoins ne faire qu’un avec sa guitare… et terriblement émouvant ! Parce que voilà, la chanson française ce n’est pas mon très grand dada, mais il y en a quelques uns capables de me toucher. Et puis, d’un coup, plus rien, coupure de son, plus de Sammy… jusqu’aux Transmusicales 2008 et la sortie de son premier disque.

Pendant ¾ d’heure, le premier album de Sammy Decoster vous embarque dans un road-movie (à la fois en voiture, en bus et à cheval) un peu mélancolique à travers les états d’âmes de ce jeune chanteur. Rien de pleurnichant, rien de gnan-gnan, non, seuls les textes laissent transparaître une douleur lancinante. Les mélodies elles, restent entrainantes, alternant doux arpèges de guitare acoustique et chœurs (Venaco), de piano désaccordé (Mon dernier rêve), scie hurlante (Tu me hantes), ou banjo (Savannah Bay), avec des passages plus nerveux guitare-batterie (L’Exil). Le tout est extrêmement dynamique, dansant et émouvant. Que dire de la voix ? Sammy nous annoncerait qu’il s’est fait greffer les cordes vocales d’Elvis que cela ne nous étonnerait pas. Donc nous voilà transportés au Nouveau Mexique par un jeune français qui revisite le(s) rock(s) à l’américaine tout en chantant en français… à mi-chemin entre Memphis et Los Angeles.

Mais la cerise sur le gâteau, c’est bien la beauté des textes. Cela ne m’avait pas frappé auparavant, mais à présent qu’on prédit macabrement la fin imminente du génial M. Bashung, voilà enfin quelqu’un qui serait digne de lui succéder, qui aurait la classe et la carrure pour continuer de tracer une route que je ne souhaite pas voir s’arrêter en 2009 (au moins jusqu’à ce que je le vois en concert). Fantasques, emplis de spleen et faisant fondre le cœur, c’est ainsi que j’ai toujours considéré les textes de M. Bashung. Sammy Decoster peut relever le défi : il crève de trouille à Tucumcari, voit le reflet de l’homme qu’il n’est pas lorsqu’il se regarde dans les yeux (une histoire qui s’achève sur un grand champ de Colza, c’est un choix), met le « feu au couple » et part se suicider à Hawaï, discute avec Satan de ses rêves, quitte tout sans dire Adieu et reste hanté par tout ce qu’il a laissé en plan.

Sûrs de nous, on a attendu Sammy Decoster, on l’a attendu 2 ans et ça en valait la peine. Il revient avec un premier opus poignant, très bien fini (signer directement chez Barclay n’est pas donné à tout le monde) et il est prêt à prendre sa place dans le paysage de la chanson française : la meilleure. Bon vent joli cœur !

Note : 8 ,5/10

Retrouvez cette chronique sur Novorama

ARCH WOODMAN – Drapped Horse Blue Licorne Argentée Feather Blue

In des disques... on janvier 19, 2009 at 11:38

Folk-rock / Groupe français / 2009 / Autoproduit

Tombée sous le charme au Nouveau Casino, voilà enfin l’album d’Arch Woodman. Et force est de constater que ce qui m’a surprise et convaincue sur scène se retrouve tout autant dans l’album.

Alors en voyant le titre de ce premier disque, on pourrait que le jeune se la joue supra-arty-hype-machin-chouette à la parisienne… Mais non, l’opus est certes soigné, mais pas alambiqué pour autant. D’ailleurs les titres ont des appellations très simples, eux. Et puis il n’est pas parisien mais breton. Et comme dit le proverbe : Tout est bon dans le breton !

L’ambiance légèrement mélancolique, créée à l’aide d’une guitare, d’interventions ponctuelles d’instruments à vent, de carillons et d’une voix feutrée qui accompagne le tout pour mieux mettre en valeur les mélodies entrainantes, parfois même étourdissantes. Le soutien d’une voix féminine sur We were HuntersPenfriends ou Horse Trapper est bienvenu. Slowly singing, pièce maîtresse du disque avec ses 12 minutes, est une belle synthèse des évolutions à la fois calme et plus nerveuses dont est capable le jeune groupe.

 Le disque totalise 38 minutes, et chaque seconde a ici a toute sa place pour une raison simple : Arch Woodman est perfectionniste. Car il s’agit bien de qualité ici, les voix et les rythmiques s’effacent au profit d’arrangements soignés, on reconnaît un amoureux du son avant tout. Il y a quelques années, on avait fait les mêmes remarques à propos d’un certain Syd Matters… vous saisissez ? Souhaitons à Arch Woodman autant de succès que ses aînés (Pokett, Do Make Say Think sont aussi des références perceptibles tout au long de l’opus). L’année 2009 commence en douceur et en beauté. 

Note : 8/10

OF MONTREAL – Skeletal Lamping

In des disques... on septembre 28, 2008 at 8:20

Electro-pop borderline / USA / 2008 / Polyvinyl

Chassez le borderline, il revient au galop !

La folle équipe du groupe Of Montreal, qui comme son nom l’indique nous vient des Etats-Unis, nous propose un onzième album ! Une heure de musique en quinze titres.

Onzième album d’un genre très restreint consistant en une explosion de sons dans tous les sens, de voix suraigües, de synthé déglingué… ils vont se répéter allez-vous penser. Que neni, Kevin Barnes se surpasse une fois encore, il garde toujours le même thème – la déception amoureuse et la dépression qui suit – mais explore d’autres genres musicaux en petites touches si courtes qu’elles ne dénaturent pas l’originalité mélodique du groupe.

Les titres oscillent entre 1’’26 et 7’’12 créant une dynamique surprenante, il est courant de penser qu’un titre vient de se terminer alors qu’on en est seulement au milieu. L’exemple le plus significatif du tournant pris par le groupe est probablement atteint dès la huitième minute (Wicked Wisdom) : une longue série d’insulte dont les genres musicaux passent des cœurs sixties mielleux aux variations des australiens d’Architecture in Helsinki, en passant par du rap ou une pop acidulée… Kevin connaît ses classiques (Beattles, Flying Pickets, Beach Boys…), observe ses contemporains (Just Jack, We are from Barcelona, voire une pointe de Block Party et Franz Ferdiand), sait les parodier aussi, terminant An Eluardian Instance par un « Don’t you pimp up my heart » qui semble tout droit sorti des tubes des gangstas-rapeurs US.

Dans un monde où l’économie libérale s’entraîne à la chute libre, dans une société où l’on vous demande de rentrer dans le rang, où l’on prône la « normalité » voire la « normalitude », Kevin envoie une fois de plus un violent coup de pied dans cette fourmilière qui implose :

« …Don’t be affraid little [world] of violence, I’m only poisoning you, cause i can’t shoot you / Don’t be affraid little man of my trouble mind, I’m just poisoning you a little every day… » (Death Is Not A Parallel Move).

Note : 9/10

DIVING WITH ANDY – Diving with Andy

In des disques... on novembre 25, 2006 at 11:11

 Pop folk/ France / 2006 / Dièse

Diving with Andy c’est au départ un malentendu téléphonique. Le nom de ce jeune trio devait être « Dining with A », en référence à une nouvelle américaine, mais cela a été compris de travers et c’est resté : inutile de se parer de pseudo-références lorsqu’on a du talent, cela parle de soi-même. Cela explique aussi en partie leur signature chez le label Dièse, fraîchement fondé sous la direction d’artistes comme Benjamin Biolay ou Kerenn Ann.

DWA, c’est tout d’abord Julien Perraudeau et Rémy Galichet, qui cumulent à eux-seuls les rôles de guitariste, bassiste, batteur et ingénieur du son pour le premier ; pianiste, compositeur et arrangeur pour le second. DWA c’est aussi Juliette Paquereau, une chanteuse à la voix veloutée, sorte de synthèse de Stina NordenstamSuzanne Véga et Cat Power, à qui elle ressemble également physiquement. Juliette fait de la chanson française… en anglais, sans prétention, avec un accent impeccable. Sa voix est douce, avec cette boule amère permanente dans la gorge qui manque de la faire basculer dans le mélo : « A funny tricky strange taste ».

Les dix titres mettent en scène Andrew, personnage marqué par le taedium vitae. Les mélodies évoquent des ambiances surannées, mélancoliques tout en restant entraînantes. Les boucles de batteries sont épurées au maximum pour laisser s’exprimer basse électrique et doux arpèges folk (October in May) ; un violon orchestral emboîtant régulièrement le pas du piano (Andrew). Sans arrangements la musique n’est rien ou presque, c’est précisément dans ce domaine que les deux figures masculines excellent, parant la voix et les textes de Juliette des mille atours nécessaires pour produire un ensemble souriant, dansant et sophistiqué.

Intégrer la compilation CQFD 2006 des Inrocks n’était qu’une cerise sur le gâteau de Diving with Andy, retenez bien ces noms qui, sinon le devant, hanteront le derrière de la scène des vingt prochaines années.

Note : 7/10