Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

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CASA NOSTRA #3 @ REX Club : Spitzer

In des concerts... on septembre 13, 2010 at 2:20

Electro / label français / 11/09/2010

Inutile de continuer de présenter Infiné, pas besoin non plus d’insister sur la qualité générale de programmation du REX Club. Au menu ce soir là, deux Spitzer et un Agoria remontés à bloc après la prestation éprouvante d’un Instra:Mental dont on se serait volontiers passé.

Pas question d’être gentille, le Rex est exigeant avec sa programmation, Infiné est un label pointu et sélectif, Instra:Mental était une erreur de casting qui n’a pas réussi à faire fuir la clientèle pour la seule raison que l’amour qu’on portait aux artistes ce soir là dépassait la simple jouissance auditive. C’est écrit, pas la peine de s’étendre sur un homme resté coincé dans les années 90, imposant un set jungle et disco-crade provoquant horripilation, sans tenir compte du public qui pourtant avait largement déserté le dancefloor et s’essayait à quelques huées.

Les Spitzer risquaient gros. Accueillis par une ovation de la salle, ils se devaient d’être non seulement bons pour relever le niveau, mais  aussi d’être excellents dans leur set pour ne pas décevoir. Attaquant d’emblée par l’un des plus beaux remixes d’Aufgang (déjà présent sur l’EP Sonar), les frères à la ressemblance gémellaire sont parvenus à se débarrasser d’un problème technique pour enflammer la salle et remplir à nouveau la piste étoilée. Boucles rondes et soyeuses, on écoute un bon Bourgogne, se laissant enivrer sans retenue après l’insoutenable attente. Les samples se font soudain plus rêches, les pieds charpentés, la synchronisation des têtes et des mains des électroniciens est quasi parfaite, forçant le respect, une vague de chaleur s’empare de l’assistance comme un vin argentin. L’heure et demi s’écoule trop vite.

Le temps de remonter de la cave (les toilettes sont au sous-sol du sous-sol du Rex), Agoria a pris le relais, gardant la filiation ibérique en diffusant des extraits de parlotes espagnoles. Le set n’est pas le plus intéressant qu’on connaisse du talentueux Monsieur, mais c’est simplement parce qu’on n’a pas encore oublié la prestation ultra-rétro d’une autre Casa NostraGoodKarma ne m’avait pas lâchement abandonnée :)

A présent le samedi soir, plutôt que d’endurer un Cabaret du Monde ou un Derrick, vous savez ce qu’il vous reste à faire… en prenant soin de vérifier quelle première partie s’exprime (histoire de ne pas en venir à regretter un simple Navarro). Agoria & Spitzer rules !

BACHAR MAR KHALIFE – Oil Slick

In des disques... on septembre 13, 2010 at 8:30

Artiste libanais / Electro projet / Infiné

Dans la famille Khalifé on connaissait Marcel, le père à la douceur créative, on était resté subjugué par la dextérité du frère Rami dans sa participation au projet Aufgang, mais on n’avait pas vu venir ce petit frère… et on n’aurait pas parié sur autant de qualité.

Signé chez Infiné (tout comme Aufgang) Bachar Mar Khalifé a plusieurs invités, dont Aymeric Westrich et Rami Khalifé. Album pistonné ? Certainement pas. Six titres seulement, concentré ultime de qualité, matière brute et évolutive à travailler à jamais. Dès les premiers accords on se fait surprendre par la violence des orchestrations. Quelque chose qui nait au fond des tripes pour se répandre dans chacune de vos veinules, propulsé par les tressautements des battements de votre cœur. Une marée noire. Liquide visqueux qui vous embourbe pour ne jamais vous lâcher. Ce qui s’apparentait à une simple comptine enfantine devient en un clin d’œil une éprouvante machine émotionnelle.

On n’est beau que s’il existe le laid, on n’est intelligent que si des imbéciles s’expriment, on n’est doux que si l’on connait la violence, on sait reconnaitre une belle âme lorsqu’on s’est frotté à des raclures monstrueuses. Cet album fonctionne de la même manière, soufflant le chaud et le froid, alternant passages rapides et plus lents. Mélangeant en permanence sonorités classiques (piano, batterie, voix, cuivres) mâtinées de traditionnel libanais et rehaussé d’électronique, le résultat oscille entre jazz et minimal, passant par la pop.

Si ce disque est très structuré, il n’en reste pas moins spontané. On ne ressent pas un disque travaillé pendant des années mais une idée mûrement réfléchie et splendide en quelques prises lorsqu’il a été enregistré.

Laisser les émotions sourdre d’elles-mêmes.

Des douleurs et des colères dans leur expression la plus sobre lorsque sont énumérés un à un les prisonniers politiques libanais ; une prise de position forte en choisissant de chanter une douce comptine en duo avec la chanteuse palestinienne Lita Jana.  Never to forget / Never to forgive.

La pièce maîtresse a donné son titre à l’opus. Oil Slick est une bile qu’il est sain d’exprimer. Chaque mot, chaque note jouée, chaque rythme donné est ici à la fois une entité indépendante d’une violence redoutable et fait partie d’un ensemble d’une beauté fascinante. Une sorte de syndrome de Stockholm schizophrène (Tu me Dégoûtes – Enlever le goût – Ordure – Sac à merde – Minable – misérable – inconscient qui n’a pas de conscience, qui provoque le mal autour et en lui – même malgré lui), un monologue de rejet de soi et de tout ce qui nous entoure, être son propre bourreau, plus la peine est lourde, plus on l’aime (Je m’en veux terriblement. Elle m’en veut, je m’en veux, je m’en veux parce qu’elle m’en veut, parce que je n’ai pas le droit qu’elle m’en veuille, ça ne se fait pas… je m’en veux qu’elle m’en veuille). Durant les sept premières minutes, le piano n’est plus qu’une seule boucle, fil rouge, la batterie lui emboite le pas et les phrases électroniques font de brèves incursions dans ce récit.

Certaines familles doivent être décidément douées pour avoir du talent. Si les productions de Khalifé père et celle de Rami sont ambitieuses et de haute qualité, Bachar Mar Khalifé possède résolument comme une aura supplémentaire et une créativité bouillonnante qui font de son disque un opus indispensable. Matière à remixes, outil de méditation et de réflexion, objet de contestation, par-dessus tout splendide transposition musicale de ce qu’est une marée noire : un désastre d’une incroyable cruauté qui est également diaboliquement beau et qu’on voudrait contempler à jamais.

Sortie le 27 septembre, Myspace (qui n’est pas représentatif du sublime de l’œuvre)

En écoute : Distance – Bachar Mar Khalifé in Oil Slick

Chronique à retrouver sur Le Hiboo

ARANDEL – In D

In des disques... on juin 22, 2010 at 7:45

Artiste français / Electro minimale – kraut / Infiné

Chez certains bons labels il existe un grain, une texture récurrente dans chaque disque, quel qu’il soit. Tout comme il existe « une patte Record Makers », on retrouve chez Arandel le « sceau Infiné ». Ce projet de ce qui est entrain de devenir l’un de mes labels favoris est probablement plus expérimental et introspectif que les autres. Une pièce maîtresse de l’identité Infiné.

Dès les premières minutes, on sait qu’on ne va pas ressortir de ce disque indemne. Pétri de références Krautrock et électro minimale (In D fait référence au In C de Terry Riley), cet opus est à la fois intemporel et actuel, complexe et aisé, graphique et architectual.

Intemporel par la foule de références présentes (en plus de ceux cités plus haut, il y a de splendides plages Philip Glass) ;

Actuel par ce grain Infiné faisant écho à des artistes contemporains (Zombie Zombie et Etienne Jaumet solo pour la partie Kraut hypnotique, Fredo Viola pour les parties de chants mystiques, Clara Moto ou Rone les autresdisciples Infiné pour les progressions  liquides mélancholiques mais entraînantes…) ;

Complexe par la multiplicité des instruments utilisés (flutes, violoncelles, xylophones, cuivres… tout en bannissant le recours aux samples ou MIDI) ;

Aisé par la rectitude du chemin qu’il trace, toujours plus hypnotique et prenant ;

Graphique par les émotions visuelles qu’il provoque ;

Architectural tant sa structure au premier abord fragile et indécise s’avère reposer sur un socle inaliénable.

Fil conducteur, ce cœur qui bat, tantôt simple goutte d’eau, tantôt violente batterie. L’expérience d’Arandel respire la vie. On se retrouve régulièrement catapulté au beau milieu de nos rêves d’apesanteur contemplative à la Kubrick.

Un disque addictif et euphorisant, plus réussi qu’un bon cours de Yoga.

Sortie le 28 juin 2010, à se procurer d’urgence ou à la rigueur, à écouter sur Deezer.

Une chronique qui pense comme moi à ma plus grande satisfaction d’ailleurs) chez Chroniques ELectroniques

AUFGANG @ La Machine du Moulin Rouge

In des concerts... on mars 26, 2010 at 3:49

Groupe français / Electro-piano / 25/03/2010

Ayant passé une première partie délicieuse en compagnie de Mathieu Amalric (enfin c’était surtout en compagnie de Mathieu de Spoka parce que Amalric j’ai pas osé lui parler après être restée à côté de lui 25 minutes), venu assister comme moi au spectacle de Fortune (Nouveau Casino), encore un peu trop “jeune groupe qui se lance et qu’a pas encore l’habitude du public parisien parce qu’à Morlaix les bretons c’est vite bourrés donc toujours sympas” (copyright Claire)  mais en progrès, j’ai failli rentrer chez moi sans aller voir Aufgang… Quelle énorme bévue j’allais commettre…

Après deux chroniques de leur disque, une interview et un live report de leur dernière prestation au Café de la Danse je trouve encore le moyen de vous parler du groupe le plus intéressant depuis un an ? He oui, car le trio piano- batterie me surprend et subjugue encore. Bien loin du chic récital du Café de la Danse, Aufgang devait convaincre sur le dancefloor à un horaire bien plus tardif. L’équation « puissance d’Aufgang + sound system de la Machine » laissait présager du pire, mais le pari fut remporté haut la main, encore une fois.

Configuration laissant Aymeric Westrich et sa batterie plus en arrière de la scène, Francesco Tristano et Rami Kalifé ont des mines enjouées et des fringues plus simples. Oubliées les chemises de popeline de coton, place aux tee-shirts permettant de se démener comme il se doit pour démontrer qui sont les maîtres à bord.

Spectacle encore mieux rôdé qu’il y a quelques mois, les pianos ne mouftent pas, dociles bien comme il faut. Ce soir le public peut se déhancher à loisir et ce sont les samples et la batterie qui sont à l’honneur.

Si certains pouvaient reprocher au groupes quelques boucles trop nineties désuètes sur leur disque (et leurs premières prestations), tous les samples ont été retravaillés avec des textures moins oldies mais tout autant dangereuses, flirtant en permanence avec la variétoche internationale. Jubilatoire de voir ces excellents équilibristes ne jamais tomber du côté obscur de l’electro-techno mariée à des instruments plus classiques.

Si ce soir la batterie a repris un rôle plus conventionnel de rythmique d’accompagnement par des boucles quasi-automatiques, les pianos continuent d’être des substituts détournés de leur fonction d’instruments rois.

En particulier, comme promis d’ailleurs lors de leur interview, le trio livre un nouveau titre hypnotique où la fonction de chaque son n’a pour but que de vous faire perdre vos repères. Déstructuration maximale pour mélodie optimale, on ne sait plus où donner de l’oreille, génial…

Décidément, les petits prodiges d’Infiné sont en mesure de tenir tête à pas mal de préjugés et entretiennent les paradoxes : groupe élitiste et accessible, morceaux élaborés et simples, public exigeant et easy-listening… On rêve d’une collaboration féminine « pour voir » (au hasard, Clara Moto).

L’autre live-report chez Good Karma

ASWEFALL – Fun is dead

In des disques... on mars 12, 2010 at 8:00

Duo français / électro – cold pop / Isolering (Modulor)

Avec un titre aussi engageant, il fallait au moins que le label de ce duo français soit suédois pour que j’arrive à me convaincre d’insérer le disque dans la platine…  Un peu de courage n’a jamais fait de mal, la preuve.

Clément Vaché et Léo Hellden n’en sont pas à leur coup d’essai. Avant Fun is dead, ils avaient tissé un premier disque aux fortes influences New OrderThe Clash. Ils ont pris leur temps, Bleed étant sorti en 2005.  Et on préfèrera la prudence à la précipitation dans leur domaine : ne pas tomber dans les travers de Air sans pour autant livrer un album trop électro minimaliste rétro, ce n’est pas toujours évident. Aswefall flirte parfois avec le raté (la boite à rythme introduisant Isolation ou les morceaux sonnant légèrement creux comme Shadows of love ou Ex), jamais avec le mauvais goût.

Ce duo est français, signé chez des suédois et chante en anglais en ayant des références américaines… Musique internationale ? World music ? Musique passe-partout prête à envahir les clubs de partout ? Pas exactement…  Car leur univers est moins minimaliste que sobre, plus retro que tendance come back. Aswefall a la capacité de plaire à bon nombre d’amateurs de sad-electro, vers quatre du mat’, avec ses mélodies 80’s et ses parties de basse – rythmique vous plongeant dans Joy Division et New Order (notamment Wich side of me qui clôt cet opus).

Mais Aswefall risque de déplaire à bon nombre d’aficionados de l’electro sombre pour la même raison. Dès la pochette Fun is dead est une sorte de mise en garde comme « fumer tue » ou « boire avec modération ». Car Aswefall réveille un sentiment de genre bien français : le Spleen. Le Spleen, une mélancholia si puissante qu’elle vous pousse dans vos retranchements les plus intimes. Un sentiment de désespérance et d’incompréhension de soi-même si violent (Memphis) que certains consommateurs de stup’ du dancefloor ou de jeunes cerveaux encore trop malléables imbibés d’alcool risquent de ne pas le supporter. Quand le Spleen vous bouffe les tripes, il faut un moral d’acier et/ou les idées bien claires pour pouvoir en apprécier les mélodies. Hommage à Baudelaire, E-A Poe (Prison) ou Verlaine (Nevermore). Fun is Dead doit pouvoir se lire et s’apprécier dans l’autre sens pour l’appréhender dans toute sa subtilité : (be) Fun is dead as (be) dead is Fun. A partir de là, le monde vous appartient, la délivrance s’exprime et vous rester coi pour ne pas perdre une miette de ce flirt létal.

Quelle bonne idée j’ai eu ce jour là, un opus bien fignolé qui donne envie de sortir d’un club à cinq heure du matin, lorsque la ville est sur le point de s’ébrouer, dans les nuits un peu fraiches du printemps en robe légère légère, un fin lacet de sueur tiède serpentant du creux des épaules jusqu’aux reins, l’euphorie du dancefloor cinq minutes derrière soi : « Nous étions seul à seule et marchions en rêvant / Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent. »

CASA NOSTRA #2 @ REX Club : Pantha du Prince

In des concerts... on mars 7, 2010 at 3:42

Artiste allemand / Electro / 06/03/2010

Pantha du Prince @ Rex Club - ©JSZanchi

Après un warm-up bien comme il faut par Olibusta – comprendre ici qu’il a rempli son rôle ingrat d’animateur avant le spectacle, proposant des boucles longues et hypnotiques, plongeant l’assistance dans une semie-léthargie euphorique – le très concentré Pantha du Prince s’est livré à une bataille électronique entre lui et lui-même. Surpassement live de l’homme et des machines.

Le troisième opus (Black Noise) le laissait largement apparaître, Pantha règne en maitre dans le mélange Detroit-Shoegaze. Vêtu d’une grande capuche (style Maître Jedi) et de deux (!) sweatshirts, l’homme n’a le regard fixé que sur ses machines. Il ne relèvera la tête que pour narguer le public lors de changements de rythmes radicaux, défiant quiconque de venir lui faire un reproche tant le résultat était splendide.

Pantha est un Prince Aquatique. Loin de prendre l’eau, son set vous plonge au cœur d’une cascade, d’un rideau de pluie, d’un lac souterrain. On est bien là, tranquille sirotant un cocktail. Et soudain c’est l’orage, les machines grondent, les pieds techno se font plus prégnant, Pantha dégaine vite, très vite. Il retourne le rythme et les oreilles de l’assemblée en un éclair. Le cerveau n’a rien compris mais le corps s’active lui. Les pieds se synchronisent, les mains s’érigent, les vêtements tombent (ceux de l’artiste y compris, enfin :) !), le dancefloor se bonde… Une heure et demi durant, on ne peut que recevoir, Pantha donne tout, il donne beaucoup. Les sonorités métalliques tentent une percée, les accents BloodyValentinesques sourdent… Cage thoraxique comprimée je ne peux plus avaler, mais mes pieds continuent de danser (les vibrations s’approprient aussi les chaussures). Ca fait mal ? Aux oreilles certainement pas. Jaillissement final, la moitié de l’assistance a décroché, un déluge électronique s’abat sur le Rex et Agoria récupère en main de maître les manettes en poursuivant la vague nineties (Live report d’Agoria chez l’ami Good Karma). Comme on aimerait que toutes les nuits parisiennes ressemblent à cela !

ACID WASHED – Acid Washed

In des disques... on mars 3, 2010 at 8:30

Duo français / Electro / Record Makers

« Un album fracassant par an », telle pourrait être la devise du label parisien Record Makers. Depuis dix ans (!), Record Makers jalonne le nouveau millénaire de disques détonants : Klub des loosers, Kavinsky, Turzi, Sébastien Tellier… chaque disque qui sort frappe fort. Acid Washed, dernier projet signé est loin d’être un « petit ».

Acid Washed fonctionne comme une petite industrie, chacun ayant un rôle bien défini comme lors d’un travail à la chaîne. Une electro française Detroito-Berlinoise (General Motors, Detroit, America ; Change) qui s’enrichit de collaborations multiples pour devenir petit à petit un objet envoûtant et addictif aussi jouissif dans son salon qu’au milieu d’une piste de danse.

Derrière Acid Washed se cachent deux garçons aux machines, Richard d’Alpert (non rien à voir avec l’homonyme de la série Lost, ne faites pas de gaffes comme nos chers politiques avec Ali Soumaré…) et Andrew Claristige, qui aiment les filles et leur offrent volontiers des featuring de leurs titres. Barbara Panther et Lippie apportent leur touche psychédélique sur le très entraînant Snake pour la première, plus douce version pop sur Apply ou planant sur Snow Melt pour la seconde.

L’opus fait également la part belle aux collaborations masculines. Christophe Chassol (qui a signé les arrangements de Politics de Sébastien Tellier ou les des accompagnements « art contemporain » pour Sophie Calle) renforce les textures late seventies de Acid Washed et Royal Soda à l’aide de synthés vintage. Dakar (Get Physical) revisite quand à lui le funky The Rain.

Entre incisif (Concorde in the Sunrise) et kitsh (Bikini Atoll), la mondialisation d’Acid Washed aura permis une amélioration ultra-efficace de l’organisation du travail électronique : mixité des influences, des voix, des sexes… et des occasions d’écouter cette perle rétro-futuriste.

Sortie le 29 mars 2010

CLARA MOTO – Polyamour

In des disques... on février 5, 2010 at 8:30

Dj autrichienne / Electro – Minimale / Infiné

Non content d’être un artiste renommé et de qualité, Agoria est également un excellent dénicheur de talents. N’ayant pas l’oreille dans sa poche, il a ainsi révélé les garçons de Rone et Aufgang en 2009 et récidive avec Clara Moto en 2010, une autrichienne qui signe un premier album d’électro sensible.

En 2008, j’assiste mi-médusée mi-perplexe au set de Clara Moto aux Transmusicales. Il n’y a personne et pour cause, ces imbéciles l’ont programmée à 21h. De la minimale de si bonne heure, personne ne se bouscule au portillon, mais du haut de ses 22 ans, Clara joue dans ce gigantesque hangar vide sans se démonter et aligne les titres house de Silently, première collaboration avec Mimu. Combien d’artiste electro femme connait-on ? Vos mains suffiront pour faire le total, dans cet univers nocturne, gagner ses galons lorsqu’on est une femme n’est pas aisé. Clara Prettenhofer a eu recours à un sentiment noble et sans bassesses : l’amour.

De l’amour Clara en a revendre. De la musique d’abord, Clara déroule calmement des influences tantôt pop (Alma ou le splendide Deer and Fox, l’une des masterpieces de cet opus), tantôt punk (The Opposite Is Also Wrong), parfois très masculines (Glove Affair, Take a Second). Du travail bien fait également, son electro est sensible, attentive au moindre détail, les nappes sont étudiées et sonnent souvent comme un appel à prendre le temps d’aimer. De la vie aussi, l’electro est une matière souple et vivante, à condition qu’on sache lui donner suffisamment d’importance pour qu’elle vous raconte des tranches d’existence. A trois reprises, Clara Prettenhofer partage ses titres avec Mimu pour des collaborations extrêmement léchées et dynamiques, notamment le beau paradoxe de Silently qui ne cesse d’inviter au dialogue.

Mimu qui signe par ailleurs la pochette à l’image de l’artiste – féminine par ses formes rondes, rigoureuse de par sa déclinaison de gris et pointilleuse à la Kandinsky – est la touche de classe indispensable au parachèvement de la très belle première œuvre musicale d’une jeune autrichienne parvenue à se faire une place dans un monde masculin et impitoyable. Clara Moto clame sa passion des influences musicales variées (Joy of my heart), affirme son euphorie de faire partie du monde de la nuit (Goodnight Twilight) et cligne de l’œil pour rappeler que « ce n’est que le début, elle est là pour longtemps » (Song of Exhaustion and Ivory).

L’amour, l’amitié et la beauté sont des thèmes si galvaudés qu’il fallait bien l’audace d’une jeune-femme-seule-dans-un-milieu-hostile pour parvenir à les réhabiliter : une Clara Moto à estimer, un Polyamour pour synthétiser.

Son album dans les bacs un an jour pour jour après celui de Rone : sortie le 1er mars 2010

Autre chronique chez le revenant GoodKarma (comprenez par là que si même lui sort de son silence pour parler de Clara Moto, c’est qu’il vous faut  vraiment ce disque…)

BOYS NOIZE – Power

In des disques... on janvier 25, 2010 at 8:45

Dj allemand / Electro / BoysNoize Records

Le premier album d’Alex Ridha Oi Oi Oi (2007) avait du mordant, le second opus a sacrément du chien. Du bruit de garçons assurément, mais qui séduit les filles ; pour les jeunes et les plus vieux.

C’est souvent le cas en électro, le second opus est plus rapide, plus agressif que le premier. Oi Oi Oi était très structuré et aux sonorités électriques, euphorisant pour plusieurs heures de dancefloor. Power fait l’effet du bouton on d’un ampli actionné alors que la platine tournait déjà, les baffles à plein régime. On est propulsé au cœur de la fête et on suit sans moufter le cyborg qui nous invite à la fête (Kontact me). Et c’est parti pour un trip galactique qui vous retourne le cerveau dans tous les sens (le tourbillon Starter, le ronronnement Transmission, l’ascenseur Sweet Light…).

Il y a deux ans, on retrouvait des clins d’œil à d’autres groupes électro montants (comme le sourire croisé JusticeSimianBoys Noize sur Oh ! ou Shine shine). Cette fois, on perçoit un salut aux collègues de Simian Mobile Disco (Jeffer) et un encouragement clair pour la belle Clara Moto (Drummer).

Nerve aurait pu faire partie intégrante de la BO District 9 où l’on a l’impression de retrouver les dialogues liquides des extraterrestres narcoleptiques. Alors que Gax et Nott seraient plutôt adaptés au Mars Attack de T. Burton. Et pas question d’être à cours de jus en cours de route, Trooper nous propulse illico en pleine guerre : Left right left right left, chargez les canons, scruter le terrain ennemi et tirez sur tout ce qui bouge. On s’exécute sans même se demander pourquoi. Et on s’amuse beaucoup au final. L’artiste prend une dernière fois soin de nous avec son dernier titre planant aux sonorités liquides (Heart Attack), permettant d’éviter la crise cardiaque avant de reprendre une activité classique (comme aller faire cuire des pâtes et scruter le programme électro des nuits parisiennes). Paradoxalement, l’album est plus nerveux tout en restant plus accessible.

Un beau disque, qui passe avec succès le virage raide du second opus. Boys Noize a su trouver sa place dans le panorama des artistes electro à la fois accessibles et un peu raffiné. A retrouver d’urgence dans les clubs, car sa musique se vit.

PRIVATE DOMAIN @ Cité de la Musique

In des concerts... on janvier 7, 2010 at 5:38

Projet orchestral français / Electro-pop symphonique/ 06/01/2010

J’ai pour habitude de choisir avec soin le premier concert de chaque nouvelle année. Suite à la suggestion d’une lectrice de ca blog (cf. Aufgang), j’ai donc décidé d’aller jeter une oreille du côté de Private Domain. Une déception tempérée de bienveillance.

Marc Collin aime monter des projets revisitant des genres musicaux ou des époques (cf. Nouvelle Vague, projet seventies qui a repris du service pour un troisième opus et Hollywood mon Amour dédié aux musiques de films cultes des années 80). Il s’est donc associé à Iko dans un projet voulant agrémenter les grands classiques de la musique orchestrale (Rameau, Schubert, Bach, Verdi, Fauré…) de boucles electro et de musique amplifiée. Un chœur accompagne un petit ensemble classique (violons-violoncelles-contrebasse-flutes-hautbois…), des électroniciens et claviers. Marc Collin (à la guitare) et deux chanteuses solistes viennent compléter l’ensemble. Iko s’est bien entourée, on découvre la folkeuse de Moriarty, Rosemary Standley, sous un jour de chanteuse soprano en latin, italien anglais et français. Soulignons-le : cette femme a sauvé le spectacle. Louise (de Paul et Louise) s’essaye quand à elle aux ballades pop et aux chorales d’une voix claire.

De bonnes idées en somme, des arrangements plutôt bien fichus (par Para One et Emilie Simon notamment), une scénographie minimaliste mais qui a le mérite d’exister, des musiciens talentueux… A priori rien à redire. Et pourtant l’ensemble ne prend pas. La setliste fait le choix aberrant de clore le spectacle par un Requiem. Les trois premiers titres étaient intéressants, la ballade pop de Rameau était gentille, mais la dernière demi-heure devient un supplice. On a régulièrement l’impression d’assister à un show de variétoche calibré pour France Télévision, tranches 3e âge et beauf-attitude…

Bref, une belle déception étant donné tout le potentiel qui était déployé. Je préfère remettre ça sur le compte du stress et le rodage en cours du spectacle.

Je terminerai cette chronique spécialement pour Calliope,  à laquelle je dédie ce billet : Private Domain et Aufgang sont définitivement deux projets n’ayant rien à voir l’un avec l’autre.

1) Le premier est un collectif d’une vingtaine de personnes alors que le second est un trio.

2) P.D.* fait étalage d’instruments différents suivant les titres alors qu’Aufgang ne se concentre que sur le piano dont chaque partie est exploitée.

3) P.D.* inclut énormément de chant alors qu’Aufgang n’a aucune voix sauf un sample (Good Generation).

4) Les samples et mix en direct sont dans un cas très pointu et sérieux, dans l’autre presque rétro-ringards à prendre au second degré.

* Pardon pour ces initiales peu élégantes mais je n’ai pas choisi le titre de ce projet… :)

GIVE ME FIVE : TURZI +REBOTINI +YUKSEK @ Point FMR

In Ce qui m'amuse, des concerts... on octobre 16, 2009 at 1:42

Artistes français / Electro expérimentale – Electro bling-bling / 12/10/2009

Cinq ans pour le Point Ephémère déjà… Bam ! Dans notre tronche le coup de vieux ! C’est aussi cinq ans de mûrissement de trois artistes électro français en qui le Point Ephémère a placé sa confiance depuis le début.

Romain Turzi d’abord, le résident perpétuel. Membre central du groupe Turzi, dont les deux albums A et B sont de petites merveilles eletro-krautrock aux envolées mystiques et batcave, Romain Turzi se produit régulièrement seul ou dans des projets alternatifs (notamment avec Etienne Jaumet). Ce soir là, il est seul, cerné de ses machines et de sa guitare. Il utilise notamment beaucoup le Tenorion, petit instrument mais grand potentiel (lorsqu’on sait l’exploiter). De dos, au mieux de profil, ce presque trentenaire est concentré, il n’adressera d’ailleurs pas un mot au public. Très vite, ses boucles entêtantes vous plongent dans son univers psychédélique et christique qui lui est si personnel. On reconnaît beaucoup de thèmes issus de A (notamment les paroles de ses chants), plusieurs trouvailles intéressantes grâce au Tenorion qui lui permet de programmer beaucoup de boucles tout en jouant de la guitare. Comme à chaque écoute, on ressort un peu engourdi de cette exploration d’abysses électroniques. La réintroduction dans le monde des humains n’est pas comprise dans le billet. Une chose est certaine, Turzi est capable de beaucoup de renouvellement, aller de l’avant sans pour autant faire une croix sur « les compositions des débuts », en ce moment c’est une qualité qui se fait rare.

Arnaud Rebotini ensuite, le quarantenaire qui a eu le courage de se reconvertir. La bonne idée d’arrêter Black Strobe, de se séparer d’Yvan Smagghe pour se reconcentrer sur ce qu’il aime : la techno pointue en solo. Il collectionne les synthés Roland vintage, il va donc les exploiter et nous livre sa petite symphonie pour machines usagées et oubliées à tort. Un synthétiseur lorsqu’on sait lui faire cracher ce qu’il a dans le ventre, ça peut s’avérer être un excellent outil musical, et en plus c’est beau. Cerné de machine, l’homme au look de Forban titille les corps qui se déhanchent comme si de rien n’était et charme les oreilles attentives qui sont restées pour cette prestation un peu tardive pour un lundi soir. Arnaud Rebotini vient simplement de démontrer qu’on peut faire de la musique du futur avec des machines fabriquées avant ma naissance…

Donc, pour synthétiser (sans mauvais jeu de mot ahah) on a commencé la soirée par un vingtenaire Turzi qui utilise les derniers outils technologiques pour créer une électro mystique et très rétro et on a terminé ce concert par un quarantenaire Rebotini qui n’utilise que du matos d’après guerre pour inventer une musique techno futuriste. Et au milieu de ces deux tendances vraiment intéressantes, s’en dessine une troisième, représentée ce soir là par Yuksek. Lui est jeune – plus que Turzi – et est tout droit issu de la mouvance Ed Bangers. En résumé, il fait de la musique à l’opposé de Turzi et Rebotini : de la musique immédiate, l’électro à danser sans se concentrer. Pas de fond, juste une forme. Et ça fonctionne parfaitement, le public se met à sautiller dans tous les sens, secouer la tête et sourire sans se poser de questions. Des titres tous ultra-calibrés pour les radios commerciales (2’30 – 3’00) en complète opposition avec les 8’00 – 12’00 de moyenne de ses deux collègues. Un live de Yuksek, c’est comme un mauvais film avec un scénario intéressant, on en ressort en ayant déjà oublié les trois quart de ce à quoi on vient d’assister. Cet artiste appartient à toute cette vague qui copie les aînés (Daft Punk, Simian…) pour recracher plus ou moins habilement une électro fluo. Matuvu et Bling-bling sont les maîtres mots qui attirent une jeunesse en mal de connaissance musicale de fond et qui a un profond besoin de défoulement immédiat. Issus de la génération « tout, tout de suite », « travailler plus sans gagner plus », « société de consommation mon Amour », le public le plus friand de Yuksek est jeune. Sauf que… ce soir là, nous sommes un lundi, ce n’est pas les vacances scolaires et le public est plutôt « trentenaire bien tassé » que « tout juste majeur ». On se rend alors compte que Yuksek touche une autre catégorie de public : les bobos en mal de jeunesse, sur le retour et ne supportant pas l’idée d’approcher les quarante piges. Pas d’enfants, pas de vie de couple, pas de voiture (mais un scooter, pardon, un Vespa), pas de théâtre ou d’opéra mais du clubbing jusqu’à plus soif, un appartement grand et vide de vie puisqu’ils n’en sont que les courants d’airs : on ne mange pas chez soi, il n’y a pas de table pour ça ; on n’invite pas chez soi, il n’y a rien à voir chez soi… Ils se raccrochent à cet ersatz d’électro qui leur donne l’illusion d’être jeune à nouveau, de ne plus sentir le poids des ans dans leurs genoux, d’oublier quelques instants cette brioche naissante sur leurs hanches. Le temps d’un set, ils ont l’impression d’être insouciants, ils oublient qu’ils sont censés être des bobos parisiens coincés devant un concert, ils applaudissent à tout rompre au lieu de nous servir leur habituelle moue dédaigneuse. Croyez-le ou non, c’est presqu’émouvant de voir leur détresse affective et leur mal-être de presque-vieux s’effacer l‘instant d’un titre.

Attention, je n’ai jamais dit être restée de marbre devant le set de Yuksek, j’avais d’ailleurs beaucoup apprécié son album. Mais je suis encore capable de faire la différence entre une électro de surface putassière et une expérience électronique poussée et approfondie qui demande beaucoup de concentration pour ne pas passer à côté. Je ne suis malheureusement pas certaine que la génération qui me suit (c’est-à-dire mon petit frère) et la génération perdue de ces quarantenaires fassent la distinction.

Le Point Ephémère avait préparé un plateau de qualité pour fêter comme il se devait ses cinq ans, on regrette simplement que cette soirée n’était pas un vendredi ou samedi ! Turzi et Rebotini ont assurément beaucoup de belles années musicales à nous faire partager, le jeune Yuksek est… jeune, il progressera :) !

Note : 8/10

Crédits photos : Michaurel

Retrouvez une version édulcorée de cette chronique sur Le Hiboo

GABLE @ EMB-Sannois

In des concerts... on octobre 6, 2009 at 3:13

Trio français / Expérimentations rock et bidouillages électroniques / 02/10/2009

Repérés lors des Transmusicales 2008, le trio caennais charme toujours autant par ses comptines loufoques et cruelles, son univers bancal et ses mises en scènes minimalistes. Qui de Nosfell ou GaBlé était la première partie de l’autre ?

Imaginez une scène où règne un bazar incroyablement bien organisé lorsqu’on y regarde à deux fois. Des cageots côtoient des élastiques en caoutchouc, une guitare flirte avec une perceuse, des samples de vieux films font la guerre à des hurlements de Yéti, des chants d’oiseaux et un carillon se font envahir de bruits de marteaux piqueurs, le saxophone se fait harceler par des piques à brochettes, des casseroles ou un aspirateur… Bienvenue dans la chambre de GaBlé, où deux hommes et une femme exploitent, dans tous les sens du terme, tout ce qui leur passe sous les mains. Chaque morceau de GaBlé se présente comme une expérience sonore originale. Un Uzi and Ari très nerveux auquel on aurait ajouté une folie punk. Conçus comme de petits chapitres d’un grand livre de l’expérimentation bruitiste, les morceaux ont tous ce point commun d’être des passages court mais très denses. Parfois structurés comme du post-rock à la Battles, on s’attend à ce que les musiciens partent dans de grandes envolées musicales et non, tout s’arrête brusquement. Les paroles, bien qu’incompréhensibles la plupart du temps, sont d’une cruauté allant de pair avec beaucoup d’humour et de fantaisie (Scissors – Knife – Hammer – Nails – Theeth … I’m really fine, I’m well balanced I’m ok). Sur scène, les artistes sautent partout, s’engueulent, font des grimaces et nous surprenne à rire d’un sample « Message Error Windows » ou d’une bataille d’épellation de Motus. GaBLé est un trio à voir autant qu’à entendre.

Lorsque Nosfell paraît pour présenter son nouveau spectacle (qu’il vient de monter à l’EMB), même si sa musique en trio (lui-aussi) flirte avec la beauté et la perfection, toutes ses attitudes semblent trop maniérées après la déferlante de spontanéité de GaBlé, son discours trop apprêté après leurs onomatopées. On ne ressort pas indemne d’une performance de GaBLé, en nous ne cessent de raisonner leurs ritournelles acides. En témoigne ce dernier clip A drunk fox in London.

Une très belle soirée, deux grands groupes uncany pour une salle loin d’être vide, preuve que le formaté, l’indie fake et la musique avilissante de télé-réalité n’ont pas encore tout à fait gagné…

Note : 8,5/10

Crédits photos : Michaurel

Retrouvez ce concert sur les ondes de Radio Campus Paris – 93.9

AUFGANG – Aufgang

In des disques... on août 28, 2009 at 11:41

Trio / Electro – Piano / Infiné – Discograph / 2009

Le piano a cela de particulier et fascinant qu’il possède, plus que tout autre instrument, la faculté de vous faire passer par toute la palette des émotions en un temps record et dans toutes les situations. Seul ou en orchestre, classique ou contemporain, reposant ou excessivement excitant… Rien n’est impossible pour un piano, encore faut-il trouver le pianiste capable d’exploiter toutes les capacités de son instrument. Ils s’y sont mis à deux pianistes et un batteur-électronicien pour relever le défi. Il ne s’agit pas seulement de mélanger du piano à l’électro mais bien de réussir à révéler tout le potentiel d’un clavier aux touches d’ivoires. Aufgang réussit ce petit exploit, en trois actes.

Franscesco Tristano et Rami Khalifé sont pianistes classiques, l’un s’illustrant dans des interprétations toniques de Bach, le second ayant la fougue et la rigueur de Rachmaninov. Tous deux ont fricoté avec le jazz, leur troisième acolyte, Aymeric Westrich, apporte la touche rock (batteur de Cassius) et hip-hop pour parfaire la maîtrise des genres. Le résultat est détonnant, original et envoûtant. Channel 7 et Channel 8 ouvrent l’opus avec cette douce montée des pianistes des sonorités principalement classiques vers des rythmiques de plus en plus hip-hop et électro. Barock porte bien son nom, rappelant les clavecins du XVIIIe siècle où s’immiscent des boucles de minimal hypnotiques. Sonar, titre qui a fait leur succès au festival barcelonais du même nom parfait cette plongée dans les vagues électroniques de plus en plus acides. Ce qui est remarquable, c’est qu’à aucun moment, les pianos ne perdent de leur force, au contraire, ils se font de plus en plus répétitifs, les mélodies comportent de moins en moins d’accords mais le rythme est démultiplié ce qui rend la tache finalement bien plus complexe. Les rôles traditionnels sont inversés : les partitions électroniques respirent, s’arrêtent régulièrement, alors que les claviers continuent sans cesse. On devient euphorique, on rêve de Saint-Malo pendant les grandes marées ou d’une piste de danse sur la terrasse d’un gratte-ciel new-yorkais.

Prélude du passé (in Memory of Kevin) marque une pause dans l’opus, très calme, mélancolique, on retrouve l’univers des partitions funèbres, sans pour autant tomber dans le pathos ou le grandiloquent. Good Generation est le seul morceau avec paroles intelligibles. Morceau éthéré, on pense à Air avec une touche de classe supplémentaire. C’est peut-être le morceau le moins intéressant en cela qu’il paraît plus banal et surfait. Il n’en reste pas moins agréable.

3 Vitesses marque le second tournant de ce disque. On plonge dans des rythmiques rappelant le post-rock expérimental de Battles, ce que Battles a réussi avec sa batterie, Aufgang le recrée au piano. Les samples de voix sont réduites à des simples onomatopées. Aufgang est le morceau probablement le plus trompeur. S’apparentant à une housse traditionnelle dans un premier temps, on commence à perdre nos repères auditifs dès que les claviers se mettent dans la partie. Tout tourbillonne, on se fait embarquer dans une épopée musicale polymorphe, jonglant avec les influences musicales. Les partitions sont à la fois très banales et relevant de l’improvisation, à la fois très construites et déstructurées comme la musique contemporaine difficile d’accès, à la fois linéaires et donnant l’impression de sauter dans tous les sens. Les membres du trio sont plus que jamais à l’écoute afin de nous rendre les distorsions soniques semblables à des montagnes russes.

Le disque se termine sur Soumission, la nôtre, public soudain concentré sur chaque intervention des percussions. C’est une soumission au piano, instrument massif capable de tant de finesse. Chaque marteau venant frapper ses cordes, chaque doigt effleurant son vernis, chaque frôlement de semelle contre ses pédales, l’odeur puissante du bois mêlé à la poussière des années lorsqu’on lui ouvre la table d’harmonie. Ce moment précis dans la pratique d’un instrument où l’on ne souhaite plus faire qu’un avec sa machine musicale, où l’on répète chaque geste, chaque note jusqu’à penser en discerner toutes les subtilités. Et toujours cette tension palpable, cette puissance qui nous fait jouer jusqu’à l’épuisement, une fois qu’on goûte à ces plaisirs là, on ne peux plus s’en libérer et cet ultime morceau de dix minutes en est la preuve. Le clavier se fait rattraper par la batterie, prisonnières les quatre mains n’ont d’autre choix que de jouer encore et encore. Et soudain l’instrument les libère, sans crier gare, le morceau est terminé.

Ni Ascenseur pour l’échafaud, certainement pas une fade musique d’ascenseur, le trio Aufgang signe un opus très éprouvant. Les instruments semblent y être les rois, on ne décide pas de la fin du morceau, elle est comme dictée. Ce n’est que l’écoute d’un disque et pourtant, vous avez la sensation d’avoir couru un marathon. Défi réussi de nous emporter au-delà des genres musicaux, bien au-dessus de l’a priori rétrograde prônant que les musiques amplifiées ne doivent pas côtoyer les mélodies de chambre. Un premier album d’une heure dont on ressort avec une irrépressible envie d’appuyer sur repeat. Vous n’appuierez plus jamais sur le bouton de l’ascenseur de la même manière !

Album coup de coeur. Note : 9,5/10

Sortie le 12 octobre 2009

Vous en voulez encore ? Une chronique différente mais écrite par la même personne sur Le HibOO

AUTOKRATZ – Animal

In des disques... on juin 21, 2009 at 3:45

Duo britannique / Electro-dance / Kitsuné – Cooperative Music

Le soleil, les vacances, la voiture décapotée… et pas de son un peu m’as-tu-vu intéressant à balancer ? Alors optez donc pour le dernier petit AutoKratz des familles et évitez ainsi d’être assimilés à tous ces beaufs et leurs voitures tunées.

Avec des titres un peu piquant comme The Idiots are Winning ou Speak in Silence aux sonorités Daft Punk ou Last Show qui rappelle l’electro des eighties. Et lorsque vous passerez la quatrième sur la nouvelle « autoroute écolo », n’oubliez pas de réveiller les biches et les lapins avec Gone Gone Gone ou Past your Heart qui s’inscrivent dans la veine Kavinsky. Au final cet album sonne un peu comme régressif, mais ça ne déplait pas car la qualité est là. Notamment grâce à la touche rock travaillée qui rappelle le rock d’aînés comme New Order.

Il y a peu, un Mister Oizo nous affirmait que nous sommes tous des animaux, le message des AutoKratz n’est pas très différent dans ce dernier album bestial, onze titres de retour aux racines rock et électro-dance qui demandent régulièrement à être réveillées. Un disque à écouter également les fenêtres fermées !

Note : 7,5/10

Sortie le 29 juin

MAJOR LAZER – Guns Don’t Kill People… Lazers Do

In des disques... on juin 20, 2009 at 3:06

Djs américains / Electro Booty-shaker / Downtown – Cooperative Music

Si l’on continue notre panorama musical des arrivages estivals 2009, alors nul doute que votre petit corps se déhanchera très prochainement sur Major Lazer. Et si ne suis pas particulièrement adepte des gros lascars et de leurs sons « move your booooooty », je vous rejoindrai cette fois sans peine au milieu du dancefloor.

Des titres électro ragga dancehall remuant en veux-tu en voilà, du vulgaire un peu avilissant avec des sirènes, des voix de gros lascars, des flingues, du fric qui pue la dope, des corps qui caramélisent sous le soleil californien, des pouffes qui ondulent leurs corps plus que de mesure et font monter la température alors qu’on crevait déjà de chaud… Voilà ce qu’évoquent ces titres à la première écoute… pas ma came et pourtant… le second coup d’oreille révèle bien  des surprises.

Il y a d’abord la qualité et la richesse des titres mixés. Derrière les Major Lazer se cachent les talentueux Diplo et Switch. Du coup, c’est tellement bien foutu qu’au lieu de zapper, on réécoute. En 12 titres, vous avez déjà fait 3 fois le tour du monde des ghettos ensoleillés : Favela pas chics, Africolor, Merengue, West-coast US, Deep India… Leur talent n’a d’égal que leur bon gout qui permet à chaque titre de ne jamais sombrer dans le vulgaire, le redondant ou le barbant mais bien de surfer sur tant d’influences stimulantes que les codes habituels sont détournés et ravissent les corps et les esprits : Mary Jane est tordant lorsqu’on l’écoute au 5e degré, Keep It Going Louder vous propulse illico au milieu d’un bidonville de Bombay où seules des Pussycats siliconées croiseraient votre chemin, Baby est aussi court que kitsh…

Une grande partie de rigolade, je gesticulais seule dans mon appart sous les yeux ébahis des teenagers qui ont fini par venir me demander ce que j’écoutais car « ça tabasse ». Je me suis déhanchée au sens littéral : pu*** ça fait mal quand l’os rentre dans l’articulation qui lui appartient… Pas besoin de prendre une balle perdue, la danse des Lazers opère bien mieux. A se procurer d’urgence pour égayer vos après-midi de volley à Paris Plage :)

Une mention spéciale à la pochette, digne des comics de notre enfance.

Note : 7,5/10

Sortie le 29 juin

CHINESE MAN @ La Maroquinerie Vs YUKSEK @ La Cigale

In des concerts... on avril 10, 2009 at 11:12

Artistes français / Electro / 09/04/2009

Incapable de me décider entre deux concerts ce jeudi soir, j’ai finalement choisi d’aller voir un bout de chaque. Verdict express.

Chinese Man : ils sont trois, leur électro groove et funk comme il faut. Mise en scène intimiste vous plongeant sous une pagode, de lanternes chinoises ornent la scène un peu partout. Il faut souligner un Vj-ing de très grande qualité, utilisant à la fois collages, pâte à modeler, animations psychédéliques, superposition de films et dessins animés… La musique est de qualité, le public très réceptif, et cerise sur le gâteau, le Vj-ing est en 3 dimensions grâce aux ports de lunettes gracieusement distribuées à l’entrée.

Un reproche cependant, hormis du sample, rien de très « live » finalement, les mecs connaissent leurs samples et leurs effets par cœur, chantonnent en agitant les bras… Ca sent la préparation un peu trop poussée, c’est finalement un peu trop lisse… Et surtout, comparé à l’album ça n’apporte pas grand chose de plus.

Pas encore totalement conquise… 7/10

Yuksek : j’arrive au milieu de sa prestation et il ne me faudra pas plus de 15 secondes pour entrer dans le show. Ici le public est plus propre sur lui (genre droite chaudasse), se tient comme un public parisien – c’est-à-dire statique alors qu’on leur balance de l’electro dansante – je commence à regretter d’être venue. Mais il suffit de regarder le jeune Rémois se dépatouiller tout seul sur scène pour comprendre que le spectacle vaut le détour. Ici aussi tout est très préparé, mis en scène de manière un peu mégalo (pyramide de néons clignotant son nom), tables de mixages à la verticale, synthés et ordi en arc de cercle, Yuksek est cerné de machine, il n’a plus qu’à jouer et on sent qu’il prend du plaisir à le faire.

Première satisfaction, Yuksek a un micro et ne se contente pas de passer ses samples. Sa voix vocodée épouse les volutes sonores de ses titres. Parenthèse virant à la techno, le public s’agite toujours aussi mécaniquement, je commence à m’ennuyer. J’ai alors une idée qui a sauvé ma soirée, je chausse les lunettes rouges et bleues de Chinese Man et regarde soudain le spectacle d’un œil meilleur. Après tout, la pochette de l’album de Yuksek met bien en valeur ces lunettes… il devrait en distribuer !

Rappel ultra-préparé, Yuksek ne jouera qu’un titre mais c’est assurément le meilleur de son album. Il revient donc accompagné de la première partie Bewitched Hands On The Top Of Our Head (que je regrette de ne pas avoir vu) et ils interprètent tous ensemble Away From The Sea.

De l’electro accessible pour un public un peu jeune et ignare, mais un excellent moment… pas assez convaincue cependant pour suivre à l’aftershow au Social Club.  7/10

Conclusion : voir deux spectacles dans la même soirée ce n’est jamais une bonne idée, Chinese Man devrait céder son idée des lunettes à Yuksek, lequel pourrait en retour leur apprendre à chanter un peu pour animer leurs spectacles…

Crédits photos : Michaurel and Romain Bourven

AU REVOIR SIMONE – Still Night, Still Light

In des disques... on avril 8, 2009 at 3:42

Trio américain / Pop Aérienne / Moshi Moshi – Cooperative Music

 

Deux ans après The Bird of Music, les Au Revoir Simone remettent ça avec un album printanier toujours aussi léger…

Ce nouvel album a un titre de plus que le précédent mais est moins long… arf. Ça commence moyen c’histoire… A priori, il ne faut pas s’attendre à un grand renouvellement de la part des trois Miss de Brooklyn, d’ailleurs la couleur est annoncée dès le début, il ne s’agit que d’une Another likely story. On retrouve donc les claviers, les voix claires en chœur, la boite à rythmes… et leurs thèmes favoris reviennent également : la perte amoureuse, le questionnement, l’inquiétude, la solitude…

Mais si on pouvait se montrer sceptiques à l’idée de se faire à nouveau envahir par la vague électro aérienne américaine copiée-collée de nos frenchies Air (dont elles avaient d’ailleurs assuré les premières parties), on ne peut finalement que succomber une fois de plus et se laisser embarquer dans les épopées éthérées d’Au Revoir Simone. Knight of Wands révèle vos rêves les plus enfouis de Magicien d’Oz, Take Me As I Am est ce vous aimeriez dire en cas de scène de ménage et Organized Scenary vous plonge dans un délicieux sommeil lorsque vous peinez à le trouver.

Douze titres qui fleurent bon le soleil, les arbres bourgeonnants et les robes légères en coton s’agitant dans la brise matinale, délicatement parfumées de senteurs boisées. A écouter à la tombée de la nuit, appuyé à la balustrade de la fenêtre de votre chambre. Fermez les yeux et, oui, vous sentirez la morsure des températures qui déclinent légèrement après une belle journée… Still Light, Still Night.

Note : 8/10

THE NOTWIST @ Trabendo

In des concerts... on avril 6, 2009 at 2:55

Groupe allemand / Rock – Electro / 05/04/2009

Après que le trio Saroos a assuré une excellente première partie, les cinq allemands de The Notwist ont honoré le spectacle qu’ils avaient annulé en décembre dernier. Assurément l’un des meilleurs concerts de l’année.

Il y a plusieurs choses fascinantes dans The Notwist. D’abord leur grande capacité de renouvellement musical. Ingénieux, créatifs et appliqués, ces allemands ont réussi à éviter l’écueil d’un Radiohead ou d’un Flamming Lips : savoir dépasser ce qu’on considérait déjà comme un chef d’œuvre. Après Kid A point de Salut pour Radiohead (je vais encore me faire des amis moi…), mais après Neon Golden (2002), The Notwist nous a scotché avec The Devil, You + Me (2008). Alors sur scène forcément, c’est aussi génial. Ils ne sont que cinq mais leurs instrumentations ont la complexité d’un orchestre, ils évoluent entre leurs différents instruments (claviers, guitare, basse, voix…) avec une habilité déconcertante. Et si le batteur ne quitte pas son poste, sa batterie semble être un prolongement de son bras… Et surtout il y a cette fantastique réinterprétation de l’utilité de la console de jeux la plus familialo-ringarde : la Wii. Qui aurait cru qu’on pourrait un jour magnifié cet outil de la sorte ? Martin Gretschmann crée des accompagnements électro en direct à l’aide de 2 remote à ses poignets, durant deux heures le public fasciné du Trabendo a pu observer, médusé, un homme grand et filiforme semblant faire des incantations en gesticulant les bras.

Air du temps qui change ou public averti, plus de la moitié des présents portaient des filtres audio pour mieux apprécier le spectacle. Et ce n’était pas de trop pour pouvoir profiter des simili-improvisations permanentes sur chaque titre. Rien à voir avec les disques, ici les titres sont réinterprétés en permanence. A noter ce merveilleux edit de plus de vingt minutes de Pilot qui a évolué en électro minimale avant de revenir à du rock. Vous aviez oublié qu’ils sont allemands ? Voilà qui est réparé !

Ces gens là ne sont pas de notre planète, il y a bien quelque chose de rageant et de démoniaque dans cette électro-folk triste, une fureur rentrée qui rappelle leur passé punk (comme l’indique encore leur myspace d’ailleurs). Et pour couronner le tout, comme si nous n’en avions pas pris assez pour notre grade, The Notwist s’est payé de luxe de faire un rappel de quarante minutes.

La perfection au delà de la perfection, ça existe presque, du moins est-on tenté de le penser avec ce groupe… Qu’ajouter à cela sinon qu’il faut vous précipiter sur la prochaine vente de billets ?

Note : 9,5/10 (je ne peux pas mettre 10 car les éclairages faisaient un peu mal au crâne, mais à part cela…)

Crédits photo : Michaurel

Set-liste :

Boneless

Pick Up The Phone

Where In this world

This room

Puzzle

Sleep

On Planet Off

Gloomy Planets

Neon Golden

Pilot

Gravity

The Devil, You + Me

Good Live

Chemicals

One With the Freaks

KRAZY BALDHEAD – The B Suite

In des disques... on avril 4, 2009 at 11:43

Dj français / Electro / Ed Bangers – Because

Ed Banger sait régulièrement redorer son blason un peu trop fluokids en livrant de belles productions électro. Pierre-Antoine Grison, aka Krazy Baldhead, fait partie de ceux-là. Après des remixes (dDamage, Aufgang) et des EP’s (Bill’ s Break – 2004 et Dry Guillotine – 2007) très efficaces depuis 2004, voilà enfin le premier album solo, orné de quelques collaborations intelligentes.

The B Suite comporte seize titres présentés avec une géométrie parfaite en quatre mouvements, rappelant par là la formation classique de l’artiste. Quatre thèmes donc, aux pieds simples et rigoureux, déclinés avec brio grâce aux incorporations de jazz, hip-hop (Third Movement – First part) ou funk. Le Second Movement – Second Part offre à cet égard une belle synthèse des genres. L’album s’écoute en entier, pas de zapping de titres, la progression s’apprécie dans sa totalité. Le quatrième mouvement présente les titres les plus intéressants, paradoxalement moins mainStream, adoptant presque des rythmiques post-rock, jouant de décompositions et distorsions sonores, réintégrant des plages de scratch, pour terminer sur un featuring de Beat Assaillant assez réussi au cut très sec.

Ed Banger Records a encore quelques atouts en main, Krazy Baldhead ne devrait pas avoir de difficultés à trouver sa place sur la scène électro. Avec des influences à mi-chemin entre les Chemical Brothers et Miles Davis ou Bill Evans, son album electro a la capacité de réconcilier des genres parfois fâchés, c’est aussi ça la tolérance sur un dancefloor… Nul doute que la suite de la B suite sera tout aussi intéressante.

Note : 8/10

AUFGANG – Sonar (Maxi)

In des disques... on mars 19, 2009 at 1:11

Electro / trio / Infiné

Je chronique rarement des maxis, donc lorsque je le fais, il faut vraiment que la chose m’ait tapé dans l’oreille… C’est le cas du projet Aufgang qui mérite comme il se doit une sortie chez Infiné.

Une batterie et deux pianos réunis pour réinterpréter de l’electro, la recette est simple mais il fallait y penser. D’abord on a Rami Khalifé, pianiste de jazz d’origine libanaise et bon interprète des œuvres de Rachmaninov. Ensuite on trouve Francesco Tristano, pianiste de classique aimant Mozart et Bach et de jazz, qui s’était déjà fait remarquer avec Not for Piano (2007) où il réinterprétait les grands classiques électro (Autechre, Jeff Mills…). Enfin, Aymeric Westrich, batteur de Cassius, vient rythmer les deux instruments à cordes…

Si leur titre phare, Sonar, est un peu trop répétitif et finalement assez consensuel, on perçoit toute la subtilité du travail de ce trio avec le splendide Barok. Les deux remixes de Spitzer (Lyon) et Krazy Balhead (Ed Banger touch) présents sur le maxi sont également de bonne facture. Cet ascenseur n’a pas l’air parti pour l’échafaud…

Note : 8/10

Leur album Aufgang est sorti : découvrez-en l’apologie ici !

PASSION PIT @ Nouveau Casino

In des concerts... on mars 13, 2009 at 2:06

Groupe américain / électro, pop psyché / 02/03/2009

Fraîchement débarqués de Boston, les cinq jeunes hommes de Passion Pit donnaient leur premier concert à Paris le 2 mars dernier. Malheureusement, malgré un titre hot de film porno vieux comme moi (curieusement traduit par 39°5 en France), leur musique n’a ni le physique, ni l’endurance du film….

Synthés saturés, guitares bien rôdées, voix supra-aiguës… dès la première écoute, Passion Pit avait tous les atouts susceptible de faire frémir mes… oreilles. Sauf que… entre le premier et le second titre je n’avais déjà pas saisi qu’on avait changé de chanson, simplement cru qu’ils nous faisaient un Edit…

Après plusieurs titres très similaires pour ne pas dire identiques, qui donnaient envie de tout sauf de faire monter la température, Passion Pit commence à livrer des sons plus originaux et inédits, subtil mélange de Of Montreal des débuts qui aurait rencontré Daft Punk, Ratatat et Chopin (oui cela n’engage que moi mais il y avait un fugace aspect des mélodies de piano assez Nocturnesque)… sauf que c’était la fin du concert ! 35 minutes ! De qui se fiche-t’on ? Venir de Boston pour proposer 3 titres intéressants, ça n’en valait pas spécialement la peine…

Passion Pit a quelques atouts dans les mains, notamment l’apport de la voix du chanteur, il s’agirait de ne pas les gaspiller. Il est inutile de se lancer dans une tournée internationale lorsqu’on n’en a pas la carrure, arrêtons de propulser des artistes trop tôt sur scène, laissons-leur le temps de s’épanouir un peu… car sinon Passion Pit risque de ne se cantonner qu’aux éjaculations précoces.

Note : 6/10

YUKSEK – Away from the sea

In des disques... on février 12, 2009 at 11:24

Dj français / électro / 2009

Ahah on l’attendait au virage lui… et il s’en sort honorablement. Yuksek ou l’histoire du mec à qui on ne peut rien envier de prime abord (vivre à Reims et s’appeler Pierre-Alexandre Busson, ça n’a rien d’excitant)… de prime abord seulement. Après le succès de son maxi Tonight et de ses multiples remixes de ShitDisco, Zombie Nation, Chromeo, Naast, Detect, Teenage Bad Girl et Adam Kesher, Yuksek sort enfin son premier album.

La pochette d’abord, on n’en attendait pas moins du rémois : tel un livre d’enfants, vous découvrez que derrière les yeux oranges du visage se cache une photo d’un Yuksek affalé dans un pouf 70’s devant une photo ultra cliché de couché de soleil caribéen. Sur la droite est posé à l’envers un carton de présentation de Yuksek… il semble bouquiner en attendant que ce soit son tour de mixer tout simplement. Alors forcément ça donne envie d’ouvrir le troisième volet tout en noir et turquoise et de découvrir un livret comportant une petite histoire qui en une seule (très longue) phrase résume et relie tous les titres de l’album. L’album, tout comme sa présentation, est progressif, très scolaire mais pas chiant.

La musique est à l’image de la pochette, jouant de titres ultra-rabachés disco, funk et pop. Quelques bits classiques par dessus et des rythmes énervés accompagnés d’un soupçon de break, le tout produit une petite mixture explosive, terriblement efficace et incroyablement belle. Dès le premier titre (Break Ya) on est au milieu du dancefloor, avec la pêche et l’envie d’en découdre, comme savent le faire Brodinski ou Danger. Tonight confirme que le titre est un tube incontesté et avec A certain life, ça y est vous ne voulez plus sortir du club (mélange Jackson Five, Brodinski, le tout posé et avec un texte scandé). Notons le délicieux So Far Away From The Sea où Yuksek ressuscite Grandaddy, Architecture in Helsinki et autres groupes de psyché-pop de la même veine. A la moitié de l’album (I Could Never Be a Dancer), les paroles s’estompent peu à peu ou deviennent très géométriques et laissent place à des titres de minimal très construits. Les titres qui oscillaient entre 3’01 et 3’42 s’allongent graduellement (de 4’16 à 7’39). A plusieurs reprises, on ne peut s’empêcher de penser au duo de Justice (So Down surtout), mais la version Yuksek est plus chaloupée, comme possédant une touche Afro. L’album se termine sur un titre pop-rock basique (voix-guitare-batterie).

Alors oui, pour un premier album qui a su se faire désirer (trois ans d’EP et remixes), le premier opus de Yuksek est à la hauteur (comme son nom l’indique en turc). Yuksek ne sera peut-être jamais un danseur et vivra toujours loin de la mer dans les terres froides, mais il va sans aucun doute continuer de faire se remuer un bon nombre de petits corps dégingandés… y compris sur la plage sous les tropiques après une journée de surf.

Note : 8/10

Prestations de Yuksek en concert ?

Chronique de Yuksek à la Cigale (09/04/2009)

Chronique de Yuksek au Point FMR (12/10/2009)

RATATAT +CHATEAU MARMONT @ Nouveau Casino

In des concerts... on novembre 25, 2008 at 3:42

Electro / Brooklyn – France / 24/11/2008

Ratatat ne passe pas souvent à Paris et depuis l’opus Classics, l’envie de les voir sur scène se faisait forte. Le Nouveau Casino nous faisait la joie de rendre possible la chose, pourquoi s’en priver ? Bravant le mauvais temps et mon otite, c’est parti. Entrée en matière avec Château Marmont avant le grand plongeon pour l’électro vintage de Ratatat.

Château Marmont est un groupe français, un groupe parisien et cela se sent un peu trop. Mélange de Air, Daft Punk et Jean-Michel Jarre des débuts, les quatre membres de Château Marmont n’ont pas encore d’univers qui leur est propre. Toutes les boucles semblent entendues chez d’autres contemporains de la scène électro parisienne. Notamment chez Turzi et Kavinsky. Sauf que ces deux là sont les poulains de Record Makers, un label parisien à l’origine co-fondé par Air. Château Marmont s’inspire donc beaucoup des autres sans réussir à le digérer suffisamment pour que ce soit vraiment excitant. Cependant j’ai cru reconnaître leur remix de Midnight Juggernauts dans le générique du Grand Journal de Canal + où cela passe très bien, peut-être ont-ils plus d’avenir de ce côté. Une première partie courte (27 minutes) qui, sans être très intéressante, n’était pas désagréable pour autant.

setlist_ratatat1Le duo de Ratatat semble un groupe carré, un peu trop même. S’ils se sont un peu fait prier pour rejoindre la scène, ils ont finalement joué 1h10 exactement, comme prévu. Enchaînement de leur gros tubes issus de leurs trois albums (là aussi on remarque cette rigueur horlogère, 3 opus en 6 ans, sortis chacun à deux ans d’intervalle). Référez-vous à la Set-Liste pour vérifier mes dires.

Côté musique, une fois de plus c’est carré, maîtrisé, et ça vibre comme il faut : Boîte à rythmes essoufflée, guitare slide, synthétiseur vintage, basse ronflante et mélodies imparables. Côté son, il aurait fallu souvent baisser de 15 dB pour réellement pouvoir apprécier les titres. Côté scénographie en revanche, on pourrait quasiment leur pointer un zéro : du Vj-ing au rabais, des personnages ultra-statiques et muets, habillés comme des nerds sortant de derrière leurs écrans (vieux pantalons noirs sans formes et chemises bleu marine, les gars vous avez jamais lu qu’on ne met pas ces deux teintes ensemble sauf dans le cas de rayures fines ?).

En conclusion, vous pouvez vous contenter d’écouter tranquillement les disques de Ratatat plutôt que de devoir affronter les températures glaciales extérieures et la sono qui fait pleurer les oreilles. Une bonne soirée où l’on reste néanmoins un peu sur sa faim…

Note : 7/10

METRONOMY – Nights out

In des disques... on septembre 11, 2008 at 11:11

Electro / Grande Bretagne / Because / 2008

Si vous avez eu un clavier BONTEMPI dans votre enfance, alors vous devez écouter le nouvel album de Metronomy. On attendait ce second album depuis deux ans et les nombreux apéritifs (Heartbreaker, Radio Ladio, My heart rate rapid) nous faisaient méchamment saliver. En mars je reçois donc la petite bombe (dévoilée au grand public en septembre seulement) et je constate avec joie que je ne m’étais pas trompée : ces mecs ont du talent, du vrai, pas de la poudre de perlinpinpin qu’on nous sert ces dernières années (Klaxons par exemple).

Presque une heure de musique, oscillant entre 2’37 et 4’45, on se dit d’emblée que cet album a été directement calibré pour la scène et la radio, pour le fric quoi… Détrompez-vous immédiatement, il s‘agit d’un petit ovni dans le monde de l’electro !

Ils sont trois, ils ne sont pas spécialement beaux, ils ne font pas envie, ils ne cherchent pas à mettre les nénettes dans leur lit, ils se contentent simplement de jouer de la musique et de le faire bien. Chacun son clavier, chacun sa guitare, chacun ses instruments bizarres (piano à bouche, triangle…). Des chants où une voix légèrement caverneuse fricotte avec une voix fluette et aigue… La progression est très sympa, les petites histoires sont marrantes (Heartbreaker est la chanson pour l’ami qui vient vous casser les pieds car il s’est encore fait larguer ; A thing for me parle des fantasmes qu’on peut se faire avant de revoir une fille rencontrée en boîte ; On dancefloors se moque des ambiances de fin de nuit sur la minimal où plus personne ne s’amuse vraiment mais reste parce que c’est in).

Que ce soit les claps de mains old school (Radio Ladio), les sons de Bontempi déglingués (My heart rapid), les portes qui couinent (Heartbreaker) ou les guitares désaccordées (Back on the motorway) ou les chœurs qui rappellent Dépêche Mode, on n’a qu’une envie, se déhancher toute la nuit avec eux !

Gros bémols : la pochette définitive qui est infâme (un peu d’efforts que diable, surtout que les clips et pochettes des singles étaient mortels) et la batterie remplacée par une boîte à rythmes ! Pour les avoir vu sur scène plusieurs fois, je sais qu’ils ne vous décevront pas. Un volontaire talentueux pour aller les rejoindre à la batterie ?

Note : 8,5/10