1er février, EMB – Sannois, 17h…
Un calme olympien règne dans la salle, Sébastien est devant les loges au premier, au fond d’un canapé, perdu dans ses pensées, il ne nous a pas vu arriver…
Un homme, une femme, entretien sexué et non-censuré de Monsieur Tellier…
Mauve : Pour vous présenter, pouvez-vous me faire un autoportrait façon speed-dating ?
Sébastien Tellier : (rire) oui ! Alors c’est peut-être pas mon exercice préféré mais enfin je dirais que je suis un… mettons un… blind speed-dating. Je suis un grand jeune homme barbu, j’ai les cheveux longs, je suis évidemment musicien et je pourrais me définir comme euh… comment, lunatique ! Voilà je dirais que lunatique c’est bien.
M. : Et la barbe, c’est un intérêt dans le cadre du…
[nb : Sébastien a la barbe aussi douce que la soie, j'ai pu m'en rendre compte lorsqu'il m'a fait la bise]
S.T. : Ben déjà le premier intérêt de la barbe c’est qu’on n’a pas à se raser, ce qui est déjà un intérêt énorme. Et puis aussi ça fait qu’on n’a pas un visage de bonhomme en plastique, ça fait quelque chose de plus vivant…
M. : du relief !
S.T. : Ouais voilà…C’est moins conventionnel et ça fait peut-être un peu moins… salarié d’entreprise peut-être… (rires).
M. : Ok, donc Sexuality est votre troisième album… déjà ou enfin…au choix (rire Sébastien : au choix oui)… Encore une fois vous vous êtes entouré de conseillers de qualité, il s’agit cette fois de Guy Manuel, le second, celui qu’on appelle « le second Daft Punk » (S. : Oui, un des Daft Punk). Votre album comporte 11 titres, on commence sur la plage à Biarritz, et l’on termine sur des interrogations plus personnelles sur votre vision éventuellement de la sexualité en général (rire). Comment est-ce que vous avez fait ce choix d’organisation ?
S.T. : Euh… Moi je vois toujours… Ben déjà j’aime les albums « concept », pour moi les albums qui ne sont pas des albums concept ne sont pas des vrais albums. Ensuite j’ai toujours la même vision pour tous mes albums, même si la musique est très différentes, c’est euh… voilà un album ça commence quand le jour se lève et puis ça se termine à la fin de la nuit. Et je dirais que c’est un petit peu ça que j’ai essayé de faire, c’est-à-dire que ça commence un peu avec la fraicheur, le réveil et puis l’espoir (rire), et ça se termine en …en…bah en… en bilan psychologique (rire).
M. : Et ce bilan vous le voyez où ? Plutôt au fond de votre lit ou vous êtes…dans la cuisine en train de vous engueuler ?
S.T. : Je me vois en fait, non je me vois en fait quand je m’imagine, je me vois toujours au piano dans mon salon (sourire), en fait c’est là que j’aime bien être. Et puis c’est vrai que souvent, c’est là que tout commence puisque c’est avec le piano que je compose presque tout et puis c’est là que tout se fini aussi puisque de toutes façons quand je fais un concert ou n’importe quoi…quand je rentre chez moi je pianote toujours un petit peu donc euh…pour moi le piano c’est toujours le début et la finquoi, voilà.
M. : Et est-ce que l’ordre des titres correspond à l’ordre de composition ?
S.T. : Euh… non non non non ça… Moi… une fois… déjà pour cet album j’ai composé entre 30 et 40 morceaux mais, et donc un fois que j’ai fait le tri et tout ça, j’avais pas d’ordre… C’est une fois que les morceaux sont mixés, moi je choisis un ordre je dirais qui… C’est l’efficacité que je recherche avant tout avec l’ordre… voilà, là le concept il est général, mais bien que ce soit un album conceptuel c’est pas un album qui raconte une histoire donc on peut mettre les morceaux dans le désordre.
M. : Dans Divine, qui est un des titres donc, on sent une sorte d’appel aux seventies, est-ce que c’est une période que vous aimez particulièrement, où le sexe était plus libre ?
S.T. : Bon alors j’étais tout enfant, tout bébé on peut dire dans ces années là donc le sexe, bon évidemment je ne l’ai pas trop vécu, enfin vécu d’une certaine façon mais pas comme on l’entend… et mon coeur sera toujours seventies puisque je suis né en 75 donc j’aime toujours la musique de mon enfance. C’est les notes qui m’ont le plus marqué, c’est les notes qui me touchent le plus et…je pense que je serais toujours seventies de coeur même si j’ai de plus en plus de mal à écouter des sons seventies, à écouter à la maison un disque seventies. De plus en plus ça me plombe et ça me plonge dans une ambiance un petit peu cafardeuse mais bon, mon coeur est toujours dans les seventies voilà.
M. : Et des films seventies ?
S.T. : Des films seventies bah oui complètement. C’est vrai qu’un petit peu bon, les seventies c’était à la fois le… comme c’était avant le numérique c’ était la fin de l’analogique où tout le monde sur-maîtrisait l’analogique, la pellicule tout ça donc, il y avait aussi cette espèce de maîtrise de… on avait eu le temps de s’adapter pendant longtemps à un mode d’enregistrement donc on était au sommet. C’est une sorte d’age d’or mais qui était aussi la fin de quelque chose mais voilà les disques des Beegees, bon ce n’est pas du cinéma mais, c’est bien fait parce que les mecs avaient l’habitude de chanter comme ça, sans faire dix millions de prises, faire des prises au début et à la fin des morveaux et en même temps les ingés sons, toute l’équipe, les… l’analogique ils connaissaient parfaitement, les studios étaient parfaitement maîtrisés et… voilà c’était la grande époque. Mais c’est vrai que pour le cinéma euh… oui le cinéma seventies aussi. Bon j’aime un peu tout de toutes façons…
(sourires, un ange passe…)
M. : Donc le single, qui était Sexual Sportwear, est comp…euh, est instrumental. Donc on n’entendait pas votre voix, vous vouliez faire durer le plaisir un peu plus longtemps ?
S.T : (rire) Bon alors Sexual Sportwear oui, alors c’est vrai que c’est ce qu’on a sorti en premier mais ce n’est pas le premier single c’est l’apéritif ! C’est-à-dire que c’est l’instru justement que voilà qu’on a sorti pour dire attention le disque va bientôt sortir et les vrais singles vont bientôt sortir mais c’est plus un apéritif. Et puis sinon je n’ai pas mis de paroles parce que pour moi Sexual Sportwear c’est les vêtements de sport, parce que tous mes fantasmes sont remplis de vêtements de sport, de shorts en mousse, de petits hauts très courts et tout ça. Et pour moi, disons que la musique c’est le mouvement et les paroles c’est l’esprit et donc là comme je parle de sport et de vêtements de sport, il n’y a pas d’esprit, il n’y a pas de cerveau finalement donc il n’y a pas de paroles…
M. : D’accord, ce n’est pas du tout évoquer soit que le sexe vous fait suer (rires) ou soit qu’il faut suer pour le sexe ou…
[nb : Sébastien se met à parler très vite, attention il faut suivre
]
S.T. : Pour moi finalement cette chanson, c’est la plus conceptuelle de l’album parce que finalement, je parle de Sexual Sportwear, j’imagine un petit short éponge. Donc ça semble assez superficiel tout ça mais n’empêche que le désir que crée ce short en éponge, c’est le désir sexuel en général, c’est finalement l’origine de la vie, c’est la reproduction, c’est la biologie. Ce désir là c’est ce qui fait finalement que le monde existe et puis… et donc finalement un petit short en sport qui semblait comme être rien du tout, donc finalement, avec ce genre de trucs ou… un string ou… des trucs comme ça, finalement on touche à la création de la vie.
(l’ange repasse)
M. : D’accord… Lorsqu’on arrive vers la fin de l’album, il y a une des chansons qui est dédiée à la bisexualité (rire Sébastien), est-ce que les bisexuels ont deux fois plus de plaisir ?
S.T. : bah alors… (rire). Ce qu’il y a c’est ce que je dis dans la chanson, c’est que déjà ils sont très chanceux parce que bon effectivement ils goûtent à tous les plaisirs. Mais ce qui me plaît surtout chez les bisexuels c’est qu’ils font preuve d’ouverture d’esprit et que…c’est, à part le plaisir sexuel, ce sont souvent des gens qui goûtent effectivement à tous les plaisirs même dans la vie, c’est des gens qui… je veux dire… je sais pas c’est comme si… c’est quelque chose que j’imagine mais c’est comme si je ne me sentais pas jugé par les bisexuels… ah ah ah ah (rires) ou je ne sais pas je me sens accepté par les bisexuels (rire).
M. : Alors on arrive vraiment vers la fin de l’album, Manty retentit de rires cristallins (Sébastien : oui), plutôt cristallins, elles rient de quoi ? Elles rient de l’amour à l’italienne ?
S.T. : Euh ben je pense que, finalement d’une certaine manière même si c’est l’homme qui… si l’homme est plus puissant que la femme par sa force physique, il est quand même maîtrisé par la femme et je veux dire que quand j’imagine le monde, j’imagine que les mecs les plus cool – bon dans mon esprit c’est très divisé, c’est-à-dire qu’il y a les gens bien, les merdes, enfin…c’est très simple ! - et je dirais que les mecs qui essayent d’être vraiment cool, c’est des mecs qui commencent un petit peu à ressembler à des femmes. C’est-à-dire que Mick Jagger ressemble un peu à une femme, c’est pour ça qu’il est tellement cool. Et je dirais que c’est un petit peu comme ça, c’est-à-dire euh… Prince il est tellement archi-cool que maintenant c’est presque une femme, et c’est pour ça qu’elles rient, elles l’achèvent quoi… (rires)
[Essais de micros sur scène PomPomPomPom !]
M. : Enfin, donc on en a parlé au départ, L’Amour et la Violence, donc c’est le dernier titre, euh… est-ce que c’est, cela pourrait être une métaphore de ce que procure votre barbe : à la fois c’est tout doux mais ça peut piquer ?
S.T. : Ah oui non, je crois que ma personnalité est comme ça, c’est-à-dire vraiment je suis… l’assemblage [Essais de micros à nouveau : POMPOMPOMPOM !] si on peut dire [POMPOPOTUU... Sébastien se retourne et se penche vers la scène : Attention pas de bruit on enregistre une émission de radio ! / Oups excusez-moi ! / Pas de problèmes !] (rires) et heu…. on peut dire qu’effectivement je suis l’assemblage de deux moitiés et que j’ai vraiment un côté très doux, très normal finalement, et à côté de ça j’ai un côté un peu plus, peut-être cinglé, plus violent, avec un grand passé de… enfin grand c’est pas le mot mais enfin, j’ai fait beaucoup de vandalisme et tout ça, j’ai fait beaucoup de choses dont j’ai honte euh… j’ai eu des problèmes de tout en fait ! Ah ah ah (rires)
M. : Comme tout le monde !
S.T. : ah ah oui voilà ! Mais bon… nan mais c’est vrai que… par une sorte de, en fait je ne sais pas c’est le destin mais la violence ça a changé plusieurs fois ma vie et…ma vie est un petit peu rythmée par la violence, mais sans qu’elle vienne forcément de moi d’ailleurs… bon voilà.
M. : Alors en sexe comme ailleurs, il y a des sujets qui fâchent, et voilà j’ai une question un peu moins douce pour vous : est-ce finalement Sexuality ne va pas être seulement hype juste parce qu’il y a l’appellation Daft Punk qui est associée ?
S.T. : Wow ! Oh bah… déjà, bien longtemps avant que je travaille avec les Daft, j’ai toujours été catalogué hype hein, ça a toujours été mon créneau (rire). Mais moi je ne suis pas spécialement mais il y a beaucoup de choses que j’ai dans la hype c’est : l’argent facile, les filles faciles, les voyages en business…euh bon tout ça c’est ce que j’aime dans la hype. Après tout le reste j’aime pas. Parce que l’art hype est que superficiel. Moi j’aime l’art… j’aime pas l’art trop profond parcequ’il m’ennuie, j’aime pas l’art trop superficiel parcequ’il est stérile, je pense que la perfection se trouve dans, un petit peu au croisement de ces deux trucs, c’est… voilà moi c’est ça que j’aime. Donc c’est un petit peu aussi le classicisme dans un vêtement avec une touch’ de bling-bling comme Karl Lagerfeld par exemple j’aime bien. J’aime bien quand les trucs opposés se rencontrent, et si j’étais que hype, ben je pense que… ça servirai plus à rien de faire de la musique mais… D’un autre côté j’aime bien l’être, après si les Daft me rendent encore plus hype, pourquoi je m’en fout, euh… je serai à la fois encore plus hype et encore plus profond et puis voilà (rire) ce sera la fête magistrale (rires).
M. : Et puis toujours en sexe comme ailleurs, il y a des questions qu’on n’ose pas poser la première fois, c’est pour ça que j’ai attendu la fin : c’est qui la fille du clip dans Sexual Sportwear ?
S.T. : ah non alors… bon , au début je voulais que ça soit ma petite-amie mais finalement elle prend des poses tellement lascives et tout ça, j’voulais pas… trop choquer sa famille en fait, j’voulais pouvoir continuer à avoir de bons rapports avec son père en fait (rires Mauve et Sébastien). Et donc c’est pour ça qu’on a pris une mannequin mais je ne sais même plus comment elle s’appelle mais… Moi je suis toujours très gêné en fait, le clip au final j’ose à peine le regarder, et sur le tournage j’avais toujours le dos tourné parce que finalement la nudité c’est pas que ça me met mal à l’aise, mais ça m’excite tellement justement que si ça m’excite trop après je ne me contrôle plus donc il faut que je me force à ne rien voir en fait (rires) tout simplement !
M. : Et dans ce clip vous terminez dos à dos il me semble (Sébastien : ah oui, c’est vrai ! rires), est-ce que comme une… c’était juste un fantasme mais elle est passée et…
S.T. : Oui voilà, alors oui, non mais c’est vrai que moi je vis toute ma vie dans le fantasme et peut-être que parfois je prend, peut-être pas plus de plaisir que l’étreinte amoureuse elle-même mais disons que le fantasme qui précède l’acte, le… comment… Mes moments préférés c’est quand j’imagine comment je vais faire plaisir… à mon amie la prochaine fois ou qu’est-ce qu’il faudrait faire de mieux encore et tout ça. Et quand j’imagine des choses et des situations finalement ça, ça me plaît parce que ce qui me plaît le plus finalement c’est de rêver, et même en matière de sexualité, je crois que je préfère encore rêver… Je sais pas mais je crois que rêver ça me plaît autant que la vraie vie quoi voilà…
M. : Et ben donc voilà, c’était Sébastien Tellier à l’EMB, merci !
S.T. : Merci ! (rires)