concert, Etienne Jaumet, Mgmt, Pop-rock, Trabendo, Zombie Zombie
In des concerts... on mars 24, 2010 at 11:59
…ou Comment un groupe a définitivement perdu tout intérêt et crédibilité

Groupe Brooklynien / Pop – Rock / 23/03/2010
Jamais deux sans trois pourrais-je dire. Ne parvenant pas à m’expliquer comment un groupe pouvait produire un beau premier album et proposer dans le même temps des prestations scéniques déplorables, j’avais décidé de donner une troisième et dernière chance aux jeunes de MGMT. Un concert désincarné qui les discrédite à jamais, heureusement rattrapé par leur excellent choix de première partie, Zombie Zombie.
Souvent j’aime plus les premières parties que les têtes d’affiches et ce soir là, plus que jamais. Lunettes à grosses montures et tee-shirt à l’effigie de l’excellentissime Turzi, le duo Zombie Zombie a parfaitement rempli son contrat de « première partie ». Ils étaient là pour faire monter la sauce, pour plonger l’assistance dans un bien-être et un état d’esprit le plus indulgent possible à l’égard de MGMT. Les nappes krautrock d’Etienne Jaumet et Cosmic Neman avaient des accents electro minimal de Detroit ce soir là – l’album solo d’Etienne Jaumet en collaboration avec Carl Craig étant passé par là. Trois titres hypnotiques comme il faut, ajouré de moult motifs rythmiques foutraques, allant du collier de moules au cri de Tarzan. Plus que jamais le duo semble sûr de lui et attentif au public qui le lui a bien rendu. Doucement une léthargie euphorique s’empare des corps et la demande de rappel n’était pas factice. Me voilà donc dans les conditions optimales pour avoir envie d’aimer ce qui va suivre.
Après un changement de plateau un peu long (quadruple vérification des micros, on ne pourra pas dire qu’ils n’ont pas été checkés), les cinq américains prennent place, embrayant directement sur un titre de l’album à paraître (Congratulations dont il ne faut pas attendre de chronique de l’opus sur ce site, d’ailleurs mon collègue s’en est parfaitement chargé sur Playlist Society). Accoutrés aussi bien que pour une soirée canapé – jeu vidéos entre potes subventionnée par Uniqlo, c’est à peine si les longs cheveux du guitariste ne se prennent pas dans les cordes. Accueil un peu froid du public qui n’était pas composé d’ados groupies débraillées mais plutôt de trentenaires parisiens un peu renfrognés en uniforme de travail : jean-basket-blouson de cuir (avec une variante trench, que d’originalité et de fantaisie, vraiment !). Seraient-ils mal réveillés d’un décalage horaire ? Le batteur baille à souhait. Le chanteur a-t’il encore une voix ? Ses étranges changements brusques d’octaves laissent penser que, soit il mue encore / à nouveau, soit il se force à chanter dans un ton qui lui a été imposé, soit il veut se saborder. Il en va de même pour le clavier, certains accords revival nineties en plein morceau sixties, ça n’a pas l’air très normal…
Quinze minutes plus tard et toujours pas un sourire, ils ont déjà aligné cinq titres au compteur et se lancent dans une réinterprétation d’Electric Feels des plus consternantes. Je m’explique.
Le gros problème de MGMT c’est leur retenue, leur parfait remplissage du contrat. On leur a dit de jouer la setliste en se conformant aux arrangements du disque ? Eh bien le groupe jouera ce qu’on leur a dit de faire. Ce genre de maladresse je l’ai excusé la première fois, le mettant sur le compte de leur jeunesse et inexpérience de la scène, pensant sincèrement qu’ils prendraient de l’assurance. Et lorsque le guitariste se lance dans un mini-solo d’improvisation de trente secondes, on comprend finalement pourquoi ils sont tant mis sous cloche. S’ils ne sont pas parfaitement contrôlés, les jeunes de MGMT font n’importe quoi : ils chantent mal, ils jouent mal, ils se tiennent mal. Ce n’est pas dans leur cahier des charges de dire « Merci » ou « Bonjour » ou de sourire mais il est noté qu’il faut faire de la pub pour le nouveau disque qui va sortir ? Alors nous n’aurons pas droit à autre chose…
En revanche on remarque immédiatement que, même s’il est mauvais, le mini-solo du guitariste lui fait esquisser un quart de sourire. Il semble enfin prendre un peu de plaisir à ce qu’il fait. Et ses accords ont des accents bien plus hard rock, ce qui colle d’ailleurs avec son look d’adepte de Metallica (et l’on avait senti cette même adrénaline sous-jacente lors des premiers titres joués à Rock en Seine). Et si les MGMT ne jouaient tout bonnement pas la musique qu’ils aiment ? Et si les très forts relents britpop du nouvel opus leur cassaient les noix et qu’ils voudraient plutôt faire de l’electro-pop ou du hard-rock, revenir en somme à leurs premiers amours noise-rock ?
Loin de moi l’idée de vouloir les plaindre ou de leur trouver encore une fois des excuses, mais il semble de plus en plus plausible que ces pauvres loulous réalisent qu’ils se sont fait avoir : ils ont signé pour 4 albums avec Sony, ils sont sous la coupe d’un Dave Fridmann influent qui exige éventuellement une orientation psyché-pop ou expérimental-rock à la Flaming Lips ou Mercury Rev, ils sont pieds et poings liés et s’exécutent sagement. Du coup ils sont tristes comme les pierres, ils s’endorment sur leurs instruments (authentique, le batteur devrait apporter son oreiller). On a pourtant envie d’y croire, on cherche l’euphorie de Time to Pretend, on se prend à dodeliner de la tête sur Song For Dan Treacy mais ça ne décolle pas, on se détend enfin un peu sur Brian Eno, plus vivant que la version studio, mais c’est la fin du concert. Et on a presque envie de pleurer en entendant ces jeunes terminer leur show en se lançant des fleurs tout seuls (Congratulations, qui est aussi le morceau final de leur second opus, applaudissements inclus), cela sonne comme une ode funéraire.
Un spectacle minuté d’une heure pile – pas trente seconde de plus – où l’on assiste à la lente agonie de cinq pantins. Qu’on laisse se reposer ces pauvres brooklyniens, qu’on leur donne des vacances et de la liberté dans leur musique ou sinon l’un d’eux risque de nous rester dans/sur les bras (à vous de voir comment considérer le problème). La pochette de leur nouvel album illustre bien tout cela d’ailleurs : un petit renard, ersatz de Sonic, panique seul sur une planche de surf car il manque de se faire bouffer par une grosse vague-monstre-chat pleine de dents. Cela s’appelle un « retour de vague » et c’est synonyme de « retour de hype », c’est violent et brutal, ça fait mal et on s’en relève rarement. R.I.P. MGMT.
guillemots, of montreal, klaxons, I'm From Barcelona, GaBLé, Battles, Turzi, Zombie Zombie, Mgmt, Vampire Weekend, The Spinto Band, The Strokes, Vincent Van Go Go, Yuksek, Alain Bashung, Peter Bjorn and John, Etienne Jaumet, Sigur Ros, The Very Best, Cougar, Tortoise, The Kills, Yeah Yeah Yeahs, The Raveonettes, blog, Arnaud Rebotini, Koudlam, Bang Gang, Mùm, Apparat Organ Quartet, FM Belfast, Bilan 2009, Vic Chesnutt, Franz Ferdinand, Fever Ray, Le Klub des Sept, 2000 - 20009, Esbjörn Svensson, Ramones, Nina Simone, The Clash, The Who, The Beatles, Efterklang, Röyksopp, King of Convenience, The Withest Boy Alive, Gus Gus, Peter Von Poehl, Melpo Mene, The International Noise Conspiracy, The Hives, Godspeed You ! Black Emperor, Cocorosie, Yeasayer, Architecture In Helsinki, Foals, Midnight Juggernauts, Boys Noise, Cansei de Ser Sexy, Gotan Project, St Germain, Ellen Allien, Yvan Smagghe, SebastiAn, Uffie, Etienne de Crécy, Zdar, Alex Gopher, Artic Monkeys, Clap Your Hand Say Yeah, Phoenix, The Dead Weather, The Rakes, The Libertines, The White Stripes, Facebook, Myspace, Mac, Téléchargement
In Ce qui m'amuse, des disques... on janvier 1, 2010 at 3:30
2000 – 2009, manuel des années 2000 à l’usage des vieux et des plus jeunes
Allez c’est parti, nous allons décompter ensemble de 9 à 0 en honneur à la première décennie d’un nouveau millénaire. Les plus jeunes pourront y trouver quelques éléments de culture qui leur aurait échappé parce qu’ils ont le nez dedans et ne peuvent pas se souvenir de ce qu’était la vie sans mp3. Les plus vieux pourront se remettre à la page question vocabulaire et arrêté de penser que c’était forcément « mieux avant ».
—
—
9 concerts… ou presque (c’était parfois trop difficile de trancher alors j’en ai indiqué 2)
2000 : Herman Düne + At the Drive In + De la Soul + Simian @ Transmusicales – Rennes
2001 : Starsailor @ La Maroquinerie & Tool @ Zenith
2002 : Interpol @ Route du Rock
2003 : David Bowie + The Dandy Warhols @ Bercy
2004 : Air + Sébastien Tellier @ Zenith
2005 : Lou Reed @ Grand Rex & The Strokes @ Trabendo
2006 : TV on the Radio @ Rock en Seine & Battles @ Sous la Plage
2007 : Acoustic Ladyland @ Nouveau Casino & Art Brut @ Maison de la Radio
2008 : La Maison Tellier + Syd Matters & Poni Hoax @ EMB – Sannois
2009 : Toy Fight @ Café de la Danse & Turzi + Koudlam @ Elysée Montmartre
—
8 disques sitôt écoutés, sitôt adoptés
The Strokes – Is this It – 2001
Apparat Organ Quartet – s/t – 2002
Joakim – Fantômes – 2003
Franz Ferdinand – s/t – 2004
Camille – Le fil – 2005
Sébastien Tellier – Sessions – 2006
Caribou – Andorra – 2007
Syd Matters – Gost Days – 2008
Aufgang – s/t – 2009
—
7 pochettes de disques gravées dans ma mémoire
Thomas Fersen – Pièce montée des grands jours – 2003
—
—
—
Philippe Katerine – Robots après tout – 2005
—
—
—
Of Montreal – Hissing Fauna, are you the destroyer ? – 2007
—
—
—
—
Chicros – Sour Sick Soul – 2007
—
—
—
Noah and the Whale – Peacefull the world lays me down – 2008
—
—
—
Turzi – B – 2009 (vinyle)
—
—
—
et…
Mauve – Kitchen love – 2008 :)
—
—
—
—
6 horreurs dont on se serait passé
Les Star Ac’ et tout ce qui va avec (les shows, les sous-artistes…)
U2 (sa vie son œuvre…)
La pochette d’Animal Collective – Strawberry Jam – 2005 (Il existe malheureusement des centaines de disques dévalorisés à cause de leur pochette, Animal Collective gagne le pompon…)
La pochette de Metronomy – Night’s out – 2008
Superbus en première partie : il fut une époque où aller à un concert quel qu’il soit (Stéréophonics, Weezer…) ne pouvait pas se faire infliger l’ignoble Superbus en première partie, on se réjouie de ne plus les voir !
Pete Doherty, sa drogue, sa pauvre life et ses Babyshambles : circulez, y’a rien à voir…
—
5 enrichissements de notre vocabulaire :
- Téléchargement : terminé le cd et la queue chez le disquaire. A l’aube de la décennie 2010, la Fnac Bastille, unique enseigne dédiée à la musique, vient de mettre la clé sous la porte. La musique se fait numérique. On a tous commencé avec nos « cd gravés », rapidement remplacés par la clé USB, on a tous fréquenté Emule ou Soulseek et on s’est tous équipé de la FreeBox (tout comme l’Oréal parce qu’on le vaut bien, on a free, on a tout compris).
- Mac : La bataille Mac/pc existait avant les années 2000, mais avec l’utilisation massive d’Internet, devoir updater des mises à jour anti-virus, anti-bug, anti-plantage anti-anti tape sur les nerfs de tout geek qui se respecte. Et donc, logique, on switche. Internet Explorer se fait raccompagner à la frontière pour Firefox et la suprématie iPod, iPhone finit de bouter les derniers reliquats de Macroshit hors de notre univers. Décennie 2010 celle de l’Empire contre-attaque pour Pc (cf. les mini-pc) ?
- Myspace : avant lorsqu’on parlait de découvertes musicales, on donnait une démo ou on faisait écouter un disque à ses amis. Les années 2000 ont offert un nouveau tic de langage « T’as un Myspace ? / T’as son Myspace ? / Je vais checké son Myspace » En réalité cet outil a toujours été un peu pourri, ramait sévère entre chaque changement de page, sautait entre les titres… Mais le Myspace pour un groupe des années 2000, c’est un peu comme la Rolex en politique, si t’en a pas t’as raté ta vie. Le même raisonnement est valable pour la vidéo et l’apparition de Youtube et Dailymotion comme mot de vocabulaire à part entière. Et pour Wikipédia comme alternative au Petit Robert.
- Facebook : l’invention du réseau social virtuel qui fonctionne… Chaque jour, chacun s’est créé une nouvelle dépendance en allant discuter, regarder des photos/vidéos, et raconter la moindre miette de ses activités, le tout virtuel bien entendu. Twitter est passé à la vitesse supérieure en ne permettant de s’expriment qu’en 140 caractères. Ainsi, chacun sait tout ce que chacun fait. George Orwell n’avait pas imaginé un Big Brother si puissant…
- Blog : en terme de lecture, donc de loisirs, avant on avait les abonnements aux magazines, les fanzine voire les webzine. Après 2000, le Blog fait un boum. Chacun veut raconter les choses comme bon lui semble, marre des lignes éditoriales auxquelles il faut se plier, des deadlines à respecter, chacun veut faire comme il veut quand il veut. C’est ainsi que les Blogueurs ont pris une place considérable dans notre panel de lectures. C’est un mouvement tellement nouveau qu’on ne sait toujours pas comment orthographier les choses : bloggeur, blogueur, blogger… ? Au départ les journalistes ont vu ça d’un mauvais œil, les « sans carte » contre les « avec carte » de presse. Puis très vite ils se sont mis à avoir leur propre blog au sein de la rédac ! Tout comme il y a des mauvais magazines, il existe des mauvais blogs, mais la réciproque est aussi vraie
—
4 mots-clés à retenir en matière de tendances musicales (et tous les groupes cités méritent une attention particulière et constituent de ce fait mon Top 2000 – 2009) :
- Retour : si l’on peut à jamais faire le deuil du R’n’B qui ne produit plus rien d’intéressant depuis les 70’s, le rock a fait son come-back flamboyant parmi les jeunes. On tient souvent pour responsables The White Stripes, The Libertines et The Strokes qui ont eu le bon goût de (re)faire de la musique de leurs parents en ajoutant une touche contemporaine. Plus nerveux, plus rapides, aux paroles moins molles et plus réalistes et aux mélodies recentrées sur le minimalisme et l’efficacité, on a assisté à plusieurs déferlantes de « groupes en The » : The White Stripes (1999*), The Strokes (2001*), The Libertines (2002*), The Kills (2002*), The Rakes (2005*), The Spinto Band (2005*) ou plus récemment The Dead Weather (2009*). Lesquels se sont vu opposer l’autre tendance des « noms de derrière les fagots »: Phoenix (2000*), Yeah Yeah Yeahs (2002*), Franz Ferdinand (2004*), Clap Your Hand Say Yeah (2005*) ou Artic Monkeys (2006*). L’Electro est l’autre grand courant à bénéficier d’un joli succès. Alors qu’on pensait que les Djs allaient mal vieillir et devenir les ploucs en survêtements bling-bling, non seulement (à quelques mauvais exemples près dont on ne prendra pas la peine de parler ici) les quarantenaires ont encore de la ressource (Etienne de Crécy, Zdar, Alex Gopher…) mais en prime les relèves ont bel et bien assuré. On va d’ailleurs très vite distinguer deux types d’électro : la musique à (j)ouïr et l’électro intello. A la première catégorie les mélodies sitôt écoutées –sitôt dansées – sitôt oubliées à la Ed Banger** (SebastiAn, Justice, Yuksek, Uffie…) s’identifient les plus jeunes en manque de culture musicale et adeptes de la surconsommation en tout genre. Génération mal-être aussi qui achète sans compter et se vide la tête chaque semaine sur des rythmes binaires. A la seconde branche électro on retrouve des mélodies aux pieds beaucoup plus travaillés, de la musique moins accessible de prime abord : Arnaud Rebotini, Yvan Smagghe, Ellen Allien… De l’électro qu’on peut écouter en se concentrant dans son salon, pas forcément sur un dancefloor.
- Mélange : La vraie caractéristique des années 2000 est cette beaucoup plus grande mixité des sonorités. La mondialisation et l’accélération vertigineuse des transmissions des données via l’informatique auront véritablement permis l’émergence de mélanges assez inédits. St Germain (2001) et Gotan Project (2002) ouvrent la voie en popularisant l’électro-jazz et l’électro-tango. L’électro-rock suivra rapidement avec des formations comme Cansei de Ser Sexy (2004*), Klaxons (2006*), Boys Noise (2007*), Midnight Juggernauts (2007*) ou Foals (2008*). Métissage qui s’accompagne aussi de mélanges intercontinentaux. Certains groupes de pop ont d’ailleurs créé une tendance consistant à usurper son identité : I’m From Barcelona (2006*) sont suédois, Architecture In Helsinki (2004*) sont australiens ou encore Of Montreal (1997*) sont américains On a vu un renouveau de la soul et de la funk, du jazz tant bien que mal. La dernière tendance (Obamania oblige ?) est à l’afrobeat d’Hémisphère Nord. Ainsi Ezra Koenig semble se spécialiser dans le domaine avec Vampire Weekend (2008*) et The Very Best (2009*). Nombre de groupes de Brooklyn suivent la même tendance (Mgmt, Yeasayer…).
- Extrême : Dans la prolongation de la veine des Mélanges, certains ont poussé les expériences à leur paroxysme. Distorsions de sons, bidouillages de machines récentes et dinosaures, triturages d’instruments… tous les genres musicaux se font revisiter par des collectifs bien déjantés. La pop borderline d’Of Montreal, les mélodies entêtantes de GUiLLeMoTs (2006*), les textes acides du Klub des 7 (2006*), les expériences appartementales des sœurs Cocorosie (2004*), la dentelles de batterie de Battles (2007*) ou plus récemment le massacre de guitares à la perceuse par GaBlé (2008*) et la désinvolture des supporters de foot sous-tendu de musique classique de Koudlam (2009*) ont apporté une touche de fantaisie dans le paysage musical actuel qui crie à l’uniformisation des goûts et des labels. Ces artistes ont trouvé une parade très intéressante au piratage et ont su évoluer avec leur temps : certes leurs albums sont bons mais c’est surtout sur scène qu’il faut observer ces drôles de trublions. Et ça un concert, c’est une expérience unique, beaucoup plus difficile à pirater :) !
- Avènement de la musique Nerd : Et oui, le gros boutonneux à lunettes n’est plus répulsif et reclus de la société. C’est devenu un sex-symbol de certains courants musicaux. Dans un premier temps, il y a eu le retour en force du Post-rock, certes pas sur toutes les ondes de radios (qui elles aussi subissent un formatage poussé), mais dans les cercles musicaux, continuer de cracher sur le post-rock aujourd’hui est presque un pêché capital. Si Tortoise (1994*) ou Godspeed You ! Black Emperor (1994*) étaient l’apanage de happy few, le post-rock des années 2000 est bien plus In, le dernier en date étant le splendide travail de Cougar (2007*). Autre courant qui connaît un beau revival nerd, le krautrock. Zombie Zombie (2007*) est l’exemple français le plus délicieux de cette nouvelle tendance où l’on prend plaisir à voir deux passionnés de musique produire des sonorités assez incroyables de machines bizarres. Etienne Jaumet (album solo 2009*) est à la fois l’ami et l’icône. Sur ces traces et tout aussi talentueux, on place beaucoup d’espoirs en Turzi (2006*) qui manie les machines aussi bien que les guitares. Enfin, les années 2000 sonnent la Grand-Messe pour les musiques scandinaves. Une déferlante de pop glacée et musiques planantes.
- Suédois (tendance pop) : The Hives (1997*), The International Noise Conspiracy (2000*), Peter Bjorn and John (2002*), Melpo Mene (2004*), Peter Von Poehl (2006*), Lykke Li (2008*), Fever Ray (2009*)…
- Islandais (tendance orchestrale) : Gus Gus (1995*), Sigur Ros (1997*), Bang Gang (1999*), Mùm (2002), Apparat Organ Quartet (2005*), FM Belfast (2009*)…
- Norvégiens (tendance belles finitions) : Röyksopp (2001*), King of Convenience (2001*), The Whitest Boy Alive (2006*)…
- Danois (tendance nerveuse) : The Raveonettes (2002*), Efterklang (2004*) Vincent Van Go Go…
Voilà, je m’arrête là pour ce tour d’horizon des bouleversements musicaux des années 2000 et j’espère que vous ferez quelques découvertes :)
* : j’ai choisi de prendre en compte l’année du premier album et non de la formation du groupe.
** : J’ai écrit à la Ed Banger, ils ne font pas forcément partie du label mais s’y assimilent (d’accord Pierre Emmanuel
?)
—
3 morts… On sait tous qu’il y a eu plus de décès que ça parmi les musiciens au cours de cette décennie mais j’en ai retenu trois par-dessus tout.
Au début des années 2000, nombre d’anciens rockers passent de l’autre côté et laissent ainsi s’exprimer une nouvelle vague d’artistes (décrite au numéro 4) : Joey (2001) et Dee Dee Ramones (2002, Ramones), Georges Harrison (2001, The Beatles), Joe Strummer (2002, The Clash), John Entwistle (2002, The Who) ou Nina Simone (2003) marquent la fin de la jeunesse de nos parents et nous laissent un peu respirer et voler de nos propres ailes. Le monde de la rétrospective pour les aînés, la scène pour les cadets.
D’une manière générale les morts violentes sont fréquentes dans le milieu du rock, c’est lié à leur mode de vie et ils l’ont bien cherché, pas besoin de s’apitoyer dessus plus que ça. Les trois décès qui m’ont marqué sont plus récents et d’une autre nature, me touchant de ce fait pour des raisons différentes :
- Esbjörn Svensson s’en est allé en juin 2008, trop jeune et accidentellement (plongée sous-marine). Il lui restait beaucoup à apporter au jazz et ce milieu peine à trouver des successeurs qui sachent s’imposer.
- Alain Bashung en a terminé du monde des vivants en mars 2009 et si son œuvre n’était pas totalement achevée (et reconnue à juste titre), le choc pour moi est venu du fait qu’il avait exactement l’âge de mon père… Ayant grandi avec mon papa sous les yeux et Bashung dans les oreilles, c’est un bout de mon équilibre naturel qui fichait le camp.
- Vic Chesnutt enfin a choisi d’en finir à quelques jours d’une nouvelle décennie. Violence d’un choix qui rappelle la pendaison lointaine d’un très jeune Ian Curtis ; refus de continuer d’accepter de vivre dans certaines conditions (non pas matérielles mais psychologiques). Il n’y pas d’acte plus radical que sa propre mise à mort.
—
2 séparations de groupes mythiques qu’on ne regrettera pas… (ahahah bon débarras)
2000 : RIP Spice Girls & 2009 : NOasis
—
1 gros coup de vieux pour moi. Alors là vous riez, vous vous dites « ahah, ben comment donc, elle n’a même pas 25 ans et elle parle de coup de vieux. » Eh bien oui, car la décennie 2000- 2010 marque pour moi le passage à l’âge adulte. Je n’étais pas majeure en 2000. Je vivais dans une douce ville de province grise (où le granite qui recouvre le sol et parfois les bâtiments, une ville assortie au ciel pluvieux, j’ai nommé Rennes), j’habitais un appartement et une maison ultra-confortables (mon appartement parisien doit tenir dans ma chambre d’enfant) et j’étais à mille lieues de certaines préoccupations. Quand on est mineur, on peut assumer sans problème d’écouter Aqua, Britney Spears ou les Freestylers. Adulte il faut savoir argumenter pour pouvoir le clamer. Il y a encore quelques années, dormir 3h par nuit ne me posait pas de problèmes alors que je restais tranquillement à la maison, maintenant que j’aimerais enchaîner les concerts toutes les nuits, je mets 3 jours à me remettre d’un écart au-delà de minuit ! Et par-dessus tout, argument ultime, en 2000 je n’avais pas de lunettes !
—
0 regret, il ne faut pas jouer les vieux cons, le standing de vie n’a jamais été si confortable même si l’on sait que, pour la première fois dans l’histoire de l’homme, le niveau de vie des générations futures sera inférieur au nôtre. Alors profitons de la vie et consommons de manière raisonnée, n’oublions pas d’aller voter, ne négligeons pas de sortir le nez dehors (aller voir ce qui nous entoure, les cités, les sdf, les rayons de soleil qui parviennent encore jusqu’à nous…) et puis arrêtons de nous plaindre, ce sera pire plus tard J !
—
Je vous souhaite que 2010 vous apporte autant de bonnes surprises et de joies que possible.
Avec ton mon amour et toute mon affection virtuels que je peux transmettre via les touches d’un clavier, votre dévouée V.
GaBLé, Turzi, Sammy Decoster, Benjamin Biolay, Oxmo Puccino, Aufgang, Toy Fight, Krazy Baldhead, Etienne Jaumet, Mina Tindle, Chicros, eLdiA, Dominique A, Mélanie Pain, Rone, My Girlfriend Is Better Than Yours, The Limes, Koudlam, Boulbar, Centenaire, Top annuel, Bilan 2009, Le Klub des Sept
In des disques... on décembre 21, 2009 at 7:00
Pour la première fois depuis des années, j’ai eu envie de distinguer un Top des disques français d’un Top International. En cette période de grands débats sur les questions d’identités nationales, je trouve amusant et intéressant de voir des disques français rayonner justement parce qu’ils ne mettent pas en avant qu’ils le sont, français. Parce qu’ils chantent en anglais, parce qu’ils sont produits par des étrangers ou parce qu’ils font recette surtout ailleurs que dans l’hexagone, je suis fière de souligner encore une fois la qualité de quinze disques français sortis cette année. Et pour personnaliser encore plus le tout, je vous livre quels sont mes morceaux favoris.
Aufgang – s/t
Je crois que j’ai déjà tout dit à leur sujet hein, à force de casser les pieds de chacun avec ça, mes chouchous de l’année se hissent à la sixième place d’un top de blogueurs qui étaient plutôt réticents jusqu’à ce qu’ils écoutent ce premier album. Aufgang n’est qu’un disque, tout comme un diamant n’est qu’un caillou…
Titre préféré : Channel 8
Turzi – B
Deuxième opus, deuxième confirmation du talent de Romain Turzi. Une intelligence et une sensibilité musicale doublées d’une classe incroyable (élu meilleur porteur de tee-shirt touristiques de l’année). Turzi ou comment réapprendre à lire, écouter, déguster…
Titre préféré : Bombay
Rone – Spanish Breakfast
Beau cadeau que de sortir ce premier opus le jour de mon anniversaire. Rone n’a pas eu cette année le rayonnement qu’il mérite amplement, des boucles élégantes et des samples de qualité, je suis certaine de vous en reparler.
Titre préféré : Tasty City
Toy Fight – Peplum
…ou l’histoire de jeunes musiciens français ayant repris confiance en eux et leur travail grâce à des allemands… Fourmillement d’instrumentation et voix au franglais décomplexé font de cette pop-folk une délicieuse musique pour garder son âme d’enfant.
Titre préféré : Les Indes Noires
Etienne Jaumet – Night Music
Quand un Zombie Zombie doublé d’un Married Monk se consacre enfin à un album solo, cela donne une aventure intergalactique des plus éclectiques. Carl Craig a mis son oreille dedans pour parfaire le tout. Musique nette et précise comme une signature Mont Blanc.
Titre préféré : For Falling Asleep
Sammy Decoster – Tucumcari
Quand un thérapeute d’hôpital psychiatrique par à la conquête de l’ouest, ça donne un opus de rockeur qui a du chien. Un premier album qui démontre qu’on peut signer chez une major et faire de la musique indie. La musique américaine peut aussi venir d’ailleurs…
Titre préféré : Mon dernier rêve

The Limes – s/t ex-æquo Centenaire – The Enemy
Ces deux disques n’ont rien en commun sauf le fait d’être d’excellente facture et de proposer une musique d’origine française, d’origine seulement… Très belle démonstration de ce que peut être l’apport de la mondialisation à la musique.
Titres préférés : City Lights et Testosterone
Chicros – Radiotransmission
Troisième disque et toujours un sans-faute… Un opus concept qui vous fait revisiter et parodie tous les meilleurs canaux radiophoniques. Radio Campus Paris est fière d’avoir soutenu depuis toujours ces doux gentlemen qui ne s’expriment plus qu’en anglais mais habitent toujours Paris !
Titre préféré : Negrita
Boulbar – Requiem pour un champion
Difficile de marcher sur les traces de Serge Gainsbourg sans se casser la figure. Boulbar semble s’être équipé d’excellents crampons et signe un opus concept qui emprunte autant à la culture française qu’américaine.
Titre préféré : Iron Jack
Oxmo Puccino – Larme de paix
Oui le rap et le hip-hop ont leur place en France, non cet album n’est pas la « caution noire » ou le « disque de l’ouverture » de mon top. Je l’aime simplement pour ce qu’il est, pour les textes qu’il propose, pour l’humour bienveillant d’Oxmo Puccino, un artiste bien plus engagé que n’importe qui.
Titre préféré : Soleil du Nord
Krazy Baldhead – The B suite
Un premier album très construit à la régularité de métronome, de l’electro puisant autant dans le jazz que le funk ou le hip hop, de quoi redorer l’image d’Ed Bangers…
Titre préféré : Third Movement / Third Part « Sweet Night » feat. Outlines
—
Mélanie Pain – My name
Il est rare que j’aime un disque de fille en solo, malgré quelques vices tout à fait perfectibles, Mélanie a sa place dans ce top des disques français marquants de l’année : comme tout bon chocolat, elle est douce avec ce petit piquant qui fait oublier les calories superflues.
Titre préféré : Ignore-moi

Benjamin Biolay – La Superbe ex-æquo Dominique A – La Musique
Grosse surprise pour moi, preuve qu’il ne faut jamais dire jamais, je n’aurai pas cru reconnaître un jour que Benjamin Biolay et Dominique A sont des artistes qui me touchent… Et oi j’ai en plus le culot de les comparer l’un à l’autre ;)
Titres préférés : Brandt Rapsodie et Le bruit blanc de l’été
—
Mais aussi (car il était difficile de tous les départager) :
Koudlam – Goodbye
GaBLé – I’m Ok
Le Klub des Sept – La classe de musique
—
Et on attend avec impatience les premiers albums de :
My Girlfriend Is Better Than Yours, Mina Tindle, Eldia…
concert, Elysée Montmartre, Turzi, Etienne Jaumet, Romain Turzi, B, Koudlam
In des concerts... on novembre 2, 2009 at 2:32
Groupe parisien / Kraut – Rock – Electro – Psyché / 29/10/09
En ce jeudi soir, on arrive à l’Elysée Montmartre en se disant que la salle sera à moitié pleine (ou à moitié vide, à vous de choisir votre camp), que les invités présents vont pour la plupart ou ne pas se donner la peine d’honorer l’artiste de leur présence ou repartir en faisant cette moue dubitative si caractéristique qui donne envie d’avoir des accès de violence. Et que Turzi ne gagnera donc pas encore la renommée qu’il mérite. Mais ce soir là, la chance a peut-être tourné. Grâce à un excellent line-up (SCUM et sa batteuse talentueuse, Etienne Jaumet et ses disques psychédélico-dantesque, Koudlam à la mise en scène chic et soignée et ses samples décalés…), la prestation de Turzi s’inscrivait comme l’aboutissement d’une soirée dédiée à la recherche de musicalités nouvelles. Le public avait été préparé en douceur à assister à une prestation difficile d’accès au premier abord. Et force est de constater qu’il s’est produit l’effet escompté.
Dans un premier temps, on s’est inquiété d’entendre Turzi jouer dans l’ordre les titres de son nouveau disque B qui, il faut le reconnaître, est ardu à la première écoute et n’est donc pas approprié lorsqu’on veut faire découvrir l’univers de ce groupe à des néophytes. Fort heureusement, la setliste a évolué en proposant une immersion plus douce, à condition de se laisser envahir par les mélodies électro-rock aux accents krautrock et aux textures psychédéliques. Car il s’agit bien d’une plongée dans un univers complexe. Le V-jing, contrairement à la prestation du Nouveau Casino, fonctionnait parfaitement, proposant une visite virtuelle des villes en B de l’album à travers GoogleEarth : Beijing, Buenos Aires, Bombay, Baltimore, Brasilia, Bogota… et ces quelques bonus pour la fin, un magnifique survol du château de Versailles et ce splendide bug/goodies où l’on aperçoit un squelette du Roi (?) dans une fondation du Palais…
Pour ceux qui n’ont pas encore été convaincus ou ceux qui voudraient ne pas louper le coche pour le prochain concert, les réflexions qui suivent s’adressent à eux.
Nombreux sont ceux qui confondent Turzi en tant que groupe et Romain Turzi en tant que musicien aux projets solos très électro. Un concert de Turzi n’a rien à voir avec Turzi Experience, c’est comme si vous assimiliez la folk d’Herman Düne au krautrock de Zombie Zombie : certes Cosmic Neman joue de la batterie dans les deux groupes, mais les deux prestations qu’il propose n’ont rien à voir l’une avec l’autre. Si Romain Turzi a bien proposé au milieu du concert un titre exclusivement électronique grâce à son Tenori-on, c’était une incursion de son travail solo dans son travail de groupe. De même, s’il était annoncé que Turzi jouait B ce soir là sur le flyer, les adeptes auront immédiatement reconnu qu’il y avait également des morceaux extraits de A (Alpes et Afghanistan). Turzi n’est donc pas un groupe à classer simplement en électro ou simplement en krautrock. Non, l’une des grandes qualités de ces musiciens est justement d’être capable de faire évoluer leur musique d’un disque sur l’autre, de ne pas se cantonner à un genre musical en vogue (krautrock) ou plus facile d’approche (électro) et de proposer de véritables virages dans leur approche musicale. Pour résumer, Turzi est un groupe français qui, bien qu’injustement sous-estimé, est capable de prendre des risques et d’assumer des choix musicaux. Oui Romain Turzi est d’origine versaillaise comme Air, mais contrairement à eux il est encore capable de créativité.
Nombreux sont ceux qui disent ne pas « comprendre » la musique de Turzi, c’est parce qu’elle s’adresse moins à l’intellect qu’aux sens. Au premier abord, vous avez l’impression d’assister à une cacophonie foutraque. Il n’en est rien, Turzi propose des morceaux géométriques à la régularité d’un métronome, il faut simplement accepter de lâcher prise, de faire abstraction de la salle de spectacle, de vos voisins, du verre que vous tenez à la main. Petit à petit, les motifs apparaissent, les lignes de basses, de batterie, de clavier ou de guitare jouent à la fois ensemble et chacune dans leur coin, en vous concentrant bien, chaque mélodie peut vous apparaître distinctement, elles sont belles écoutées séparément, elles sont splendides lorsqu’on les écoute toutes ensemble. N’essayez pas non plus de comprendre ce que racontent les paroles des chants mystiques de Romain Turzi, considérez cela comme une sonorité supplémentaire. Petit à petit, c’est tout votre être qui entre en transe, se met à osciller sans que vous compreniez pourquoi. Ne cherchez pas à dissuader votre corps de danser, c’est encore autorisé :)
La musique de Turzi n’est pas facile d’accès, demande de la concentration et de la patience. On ne vient pas au concert de ce groupe pour digérer, non, on se fait remuer le corps et l’esprit et l’on met en général du temps à s’en remettre (surtout si vous avez oublié de protégez vos oreilles, vous risquez d’avoir un problème supplémentaire). Ce concert de l’Elysée Montmartre était probablement l’un des meilleurs (le son était impeccable, le V-jing aussi), on fêtait une belle victoire de la musique de qualité sur la soupe industrielle actuelle. Ne ratez pas la prochaine occasion d’en profiter !
Note : 8,5/10
Crédits photo : Michaurel
disque, Etienne Jaumet, Night Music, premier album, Versatile
In des disques... on septembre 30, 2009 at 12:32
Artiste français / Expérimentations Electroniques / Versatile
On le connaissait Married Monk, on le savait Zombie (l’autre Zombie étant Cosmic Neman), il nous flanquait régulièrement la chair de poule lorsqu’il accompagnait Turzi au point FMR. Le voilà seul, prêt à étaler son talent à la face d’un monde en mal de musique audacieuse. Accrochez bien vos oreilles, ne paniquez pas si vos sens sont détraqués, les baptêmes de la NASA à côté du Voyage Jaumet sont des parcours de santé pour débutants.
Pour assurer un envol de qualité, notre savant agitateur de machines électroniques s’est entouré d’un copilote de choix, Carl Craig. Appréhension au moment d’introduire le disque : le premier titre dure 20’26. Je ferme les yeux, ça ira mieux. Décollage en douceur mais ferme, en moins de quinze secondes votre cerveau navigue déjà ailleurs. Le micro crachouille, Etienne nous livre son plan de vol à travers les univers parallèles : For Falling Asleep, Mental Vortex, Entropy, Through the strata, At the Crack of Dawn… Je tente d’émettre une protestation à l’énoncé de ce dernier lieu, je crève de trouille : Jaumet je t’aime beaucoup mais je ne veux pas y passer ce soir / Soit humain et tais-toi, écoute. Pauvre être que je suis, je me fais happer avec délectation par les boucles hypnotiques. La sirène Emmanuelle Parrenin me tient la main et chante pour moi. Les premiers Ovni commencent à croiser notre route, les battements de cœur s’espacent, le plexus se libère, le cerveau laisse les pleins pouvoirs au reste du corps. Je suis le saxophone, à demi-rassurée, au bord du gouffre qui me sépare de la population terrienne, bordel ce que c’est beau ! Parlementations avec d’autres formes de vie, reflexe terrien que de vouloir se réfugier dans le paracétamol. Geste ferme d’Etienne, Ne touche à rien, tu as seulement le cerveau en ébullition, c’est que du bon. Une guitare retentit pleine de douces sonorités, les aliens ont compris, s’amusent et nous laissent nous poser.
Soudain, on se saisit de mon crâne, on y place des électrodes, je ressemble à une méduse avec tous ces câbles. On me retire du fluide formaté, on m’insère des vagues de nouveauté. C’est rond, c’est doux, c’est régulier… on va me laisser essayer de prendre les commandes du vaisseau ? Clignotants, klaxon, train d’aplanétage… Non ! il ne fallait pas toucher à ça ! Ah décidément, retourne à ta place ou je te renvoie à ta misérable vie !
Assoupissement, notre multi-instrumentiste et ingénieur du son hors-pair a tout réparé, on a quitté une galaxie pour une autre, je me réveille sous un néon violent, les pieds se muent en Minimal, je suis reliée à un défibrillateur « au cas où ». Les tressaillements de mon corps sont normaux, je me gave de nouvelles manière de me déplacer paraît-il…
Allez j’ai été sage, j’ai gagné le droit de visiter le temple des illuminations suprêmes. Marrant car jusque là j’avais toujours eu un mauvais à-priori des sectes, celle-là est remarquable. On m’inocule le bacille de la musique psychique. Les cornemuses acclament l’arrivée d’un des leurs, Emmanuelle Parrenin entre en transe devant cet apôtre. Dieu n’existe pas, Etienne Jaumet si.
Notre dernière escale est trop courte, je ne veux plus sortir, Etienne me fiche à la porte, m’ouvre les yeux, rallume la lumière. Il a promis de revenir, de m’emmener découvrir de nouveaux horizons… Seule, hébétée, je range le précieux sésame dans mon étagère aux trésors, à côté de Turzi et Aufgang. Night Music s’écoute le jour, pour prolonger l’expérience psychédélique. Cet homme vient d’ailleurs, la planète Splendeur ?
Note : 9/10
Sortie le 5 octobre
En concert le 28 octobre au Point FMR.
Cette chronique est aussi sur Le HibOO
Big Daddy's Dead, concert, Etienne Jaumet, Krautrock, Married Monk, point FMR, Psychédélique, Turzi, Zombie Zombie
In des concerts... on avril 17, 2009 at 1:50
Duo / Electro-krautrock psychédélique / 16/04/2009
Lorsque Romain Turzi – petit Prince des guitares apocalyptiques et actif participant au renouveau du Krautrock, s’associe à Etienne Jaumet – aka une moitié de Zombie Zombie et un membre des dégingandés Married Monk – pour interpréter des titres sur la thématique « A Psychedelic Night », on se doute que ça risque d’être intéressant. Pour assister à ce nouveau projet à deux têtes et multiples machines, il a fallu prendre son mal en patience*… mais cela valait vraiment le coup d’oreille.
Dos au public, alignant clopes sur clopes, cernés de machines compliquées (comprendre ici : pleine de câbles, de boutons et de trucs bizarres dans tous les sens), armés de claviers, guitare et saxophone, Jaumet et Turzi avaient sorti la grosse artillerie. Machine à fumée qui fait planer et c’est parti pour un set d’une heure ultra-hypnotique. Les partitions de saxophone d’Etienne et les riffs de guitare de Turzi se marient avec brio aux bidouillages électroniques permanents. La progression des quatre morceaux était très bien choisie, transportant vers des univers bien lointains, un peu soporifiques, mais venant d’une insomniaque, la remarque est un grand compliment.
Après avoir aperçu une collaboration moins travaillée entre Turzi et Jaumet à l’occasion du Festival Jazz à la Villette (septembre 2008), on avait pu saisir l’étendue des possibilités qui s’offrait alors. Une collaboration très intéressante, dont je serais curieuse de voir sortir un opus.
Note : 8,5/10
* : Démasquée par Etienne Jaumet lui-même, j’ai dû reconnaître que mes oreilles saignaient trop à l’écoute de l’infâme projet Big Daddy’s Dead. « Dans ces cas-là, il faut prendre son mal en patience. Le bar est sympa à côté » dixit E. Jaumet. Ne prenez pas la peine d’aller vous infliger Big Daddy’s Dead qui vous propulse dans un bar gay ringard des années 80 : pas de voix, pas de disco digne de ce nom, pas de mise en scène, pas de costumes… On suppose que la présence de Tania Bruna-Rosso n’était pas étrangère au buzz autour de cette insulte à la musique, il serait temps qu’elle comprenne qu’elle n’a pas de talent ni pour la radio, ni pour la télé, ni pour la musique. Exit !