Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

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SORTIES 8, 9, 10 @ La Villette

In du cirque... on juillet 22, 2010 at 6:20

Cirque contemporain / Jeunes artistes / Parc de la Villette jusqu’au 14 août

Il est toujours intéressant de voir le travail de jeunes fraichement diplômés. Parfois encore très scolaire, souvent fébrile, leurs maladresses font leur charme. Depuis quelques années, moyennant un sursaut dans la dernière promotion (cf. chronique Urban Rabbits), le CNAC (Centre National français des Arts du Cirque) nous a habitué à des spectacles dont la qualité laissait à désirer. Pas tant concernant la technique que le style imposé aux élèves. En ce jour de fête Nationale belge, le spectacle proposé par l’ESAC offrait une tout autre définition de ce qu’est un jeune artiste de cirque contemporain. Une conception d’une qualité irréprochable.

Ces quinze anciens élèves, essentiellement issus de la dernière promotion (pour 11 d’entre-eux), en ont dans le ventre. On comprend immédiatement que chacune des personnalités a été choyée et préservée de toute imposition de moule. Des caractères pleins de reliefs beaucoup plus entiers que ceux qui ressortent du CNAC. La piste ronde a ici été remplacée par une scène très légèrement surélevée, carrée et en bois. Costumes impeccables, numéros irréprochables, on ne verra pas s’écouler les presque deux heures suivantes. Alternant solo et parties collectives, interludes musicaux et tours de force, le spectacle respire plutôt bien. La trame générale est seulement dirigée par un petit tyran en robe à crinoline gouvernant à l’aide d’un sceptre squelette. Madame vous présente les sujets de son royaume qui sont là pour la divertir mais aussi la surprendre. Et il n’en faut pas plus pour que le tout fonctionne parfaitement, le public réagit immédiatement.

L’humour et le patriotisme ont la part belle dans ce spectacle. Télescopages d’univers burlesque, pop ou classique, la mélancolie romantique qui s’en dégage a un je-ne-sais-quoi de très émouvant. Bande-son hommage aux artistes flamands et wallons, la Belgique au bord de la rupture démontre ici qu’elle sait être parfaitement unie. Trapèze ballant, roue cyr, réinterprétation de la corde, bascule kitsh, chant… Les disciplines sont chics( )et pas chèr(es).

On pourrait bien entendu trouver plusieurs lacunes à ce projet comme le fait de ne pas assez exploiter les abords de la piste ou l’incohérence de quelques enchaînements de numéros mais c’est si dérisoire à côté du bloc talentueux qui nous fait face qu’il n’est pas nécessaire de s’attarder sur ces détails.

Les Belges ont des problèmes politiques et pourrait être rattachés à la France ? Il nous faut dire oui, oui et encore oui si l’on veut redorer le blason de l’exception culturelle française de par le monde !

Quelques portraits de ceux qui pourraient faire resplendir le cirque contemporain de demain

Juliette Hulot – jonglerie

Depuis quand n’a-t’on pas vu une pareille performance dans le cirque contemporain ? Juliette Hulot est sans conteste l’artiste qui se distingue le plus de ce spectacle. La jonglerie est une discipline plutôt masculine qui tombe souvent dans l’écueil de vouloir en faire « toujours plus » (toujours plus de balles, toujours plus de figures…). La demoiselle retourne le problème : Pourquoi jongler à cinq balles lorsque la maitrise de trois est si complexe et pleine de ressources ? Pourquoi s’encombrer d’accessoires lorsque sa seule présence suffit ? Cette passeuse de balles est comme épileptique, prise de multiples tics gestuels dès qu’elle fait un geste.

Polymorphe, on la reconnait à peine dans un second numéro en duo où elle joue l’assistante débilitante qui s’avère plus douée que le maître. Une très grande petite créature qu’il faudra suivre de très près.

Stina Kopra et Lotta Paavilainen – rola bola

Ce duo infernal réintroduit avec délicatesse et élégance l’art burlesque dans le cirque contemporain. Gaine couleur chair, porte-jarretelles et talons haut bicolores, coiffures Marilyn blond platine, ces deux femmes tout en rondeurs, resplendissantes de bonne humeur et de joie fichent un sacré coup de vieux aux concepts actuels de beauté filiforme. Par la même occasion elles rendent au Rola Bola ses lettres de noblesse, discipline scolaire qui peine à s’extraire du carcan du cirque classique.

Ghislain Ramage et Alexander Vantournhout – roue Cyr

Tout le monde ou presque sait ce qu’est une roue allemande, anneau large dans lequel s’attachent des artistes aimant avoir la tête dans tous les sens (l’entrainement de la NASA à côté c’est facile). La roue Cyr a cela d’encore plus fascinant qu’il s’agit d’un cerceau simple. Ici on ne triche pas en s’harnachant ou en profitant de l’épaisseur de la roue pour rouler plus facilement, tout est affaire de musculation et coordination des mouvements. L’agilité gracile et la fluidité des numéros solo et duo de ces deux artistes dont l’épure n’a d’égale que la rigueur suspendent le temps et son lot de stress. Médusés, vous ne pourrez détacher votre regard de ces hommes-toupies. S’envoler tout en restant au sol c’est possible !

Exclusif : Le Parc de la Villette et moi-même sommes très heureux de vous faire gagner 2  places pour découvrir Sorties 8, 9 et 10 le 24 juillet 2010 (20h30). Pour cela il suffit de répondre à cette question élémentaire :

Quel pays est la présidence de l’Union Européenne en juillet 2010 ?

Les gagnants seront avisés par mail dès demain.

Je dédie cette chronique à Charlotte de la Bretèque et Ghislain Ramage, en souvenir d’une nuit angevine fantastique sur un matelas  DIMA SPORT ;) . Vous irez loin c’est certain.

Crédits photos : Denis Rouvre et Charlotte Kolly

Mathurin Bolze – Du goudron et des plumes

In du cirque... on mai 12, 2010 at 10:01

Artistes français / Cirque contemporain / Compagnie MPTA

Dans ce qu’il est commun d’appeler la « grande famille du cirque », on trouve de nombreux courants, plus différents que gémélaires, plus en lutte que de la même classe. Et certains sont des êtres solitaires plutôt qu’issu d’une grande fratrie. Johann Le Guillerm en est un exemple, Mathurin Bolze pourrait en être un cousin isolé, entre  la famille des Inventeurs perfectionnistes et des Simplificateurs puristes.

Oubliez le chapiteau et ses gradins rustiques à 360°, ici on retrouve une salle de spectacle mono-directionnelle avec des sièges confortables, oubliez  la piste ronde, on a ici une scène surélevée, avec des rideaux de velours, une cour et un jardin…

Est-on toujours au cirque ? Oui, indéniablement.

Détail de taille, ce spectacle est exempt de trampoline, marque de fabrique habituelle de l’homme qui a fait de la défiance des lois de la gravité son leitmotiv. S’il est suggéré parfois via quelques planches de bois souples comme un plongeoir, Des goudrons et des plumes n’en est pas moins un spectacle sans trampoline à couper le souffle.

Au centre de la scène, une structure métallique rectangulaire, à double fond, permettant d’en extraire diverses trouvailles, comme le sac à main de Mary Poppins. L’action ne se passera qu’en fonction de cet espace dans l’espace. Une piste carrée en quelque sorte, exploitée au maximum. Car très vite, cette structure va se soulever et se balancer latéralement pour révéler la quasi surhumanité de ses athlètes. Imaginez un sol mouvant mais des contraintes artistes inchangées par rapport à une terre ferme : sauts, figures, repères visuels… deviennent irréalisables, sauf à suivre un entrainement de la NASA. Les cinq interprètes de ce radeau de la Méduse se surpassent pourtant, que ce soit en matière de mime, d’équilibre, de danse ou de d’acrobatie. Et le pire dans tout cela ? Cela ne vous étonne même pas tant l’ensemble des contraintes semble naturel.

Mathurin Bolze est celui qui, si je n’avais pas changé de carrière, aurait orienté ma vie. Trajectoires sautées, rêves qui s’envoient en l’air, émotions qui s’envolent toujours plus haut, défi de l’apesanteur sans avoir besoin de prendre une navette spatiale. Il faut aussi des courageux pour rester au sol et tout vous raconter. De l’expérience Mathurin Bolze on ressort souvent le cœur plus léger (des plumes…), jamais le cerveau moins habité (…et du goudron).

JOHANN LE GUILLERM – Secret (version 2010)

In du cirque... on mars 17, 2010 at 8:45

Artiste français / Cirque contemporain / La Villette du 6 mars au 11 avril 2010

Attention, âmes insensibles s’abstenir. Vous avez toujours rêvé de dompter une bassine de fer blanc ? D’enfourcher un cheval d’arçon hérisson ? De construire une cabane sans clouer de planches ? Alors Johann Le Guillerm est l’homme qu’il vous faut. Il est au cirque ce que Facteur Cheval est à la poésie : atypique, fascinant, indispensable. Etes-vous prêt à le laisser vous livrer ses Secret(s) ?

D’aucuns le diront marginal. Qu’importe, lorsqu’on a traversé une piste en équilibre sur des goulots de bouteille avec des sabots aux pieds, on laisse jaser… Johann poursuit sa quête de l’Attraction depuis bientôt dix ans. Un même spectacle capable d’autant de renouvellement, c’est rarissime. Et lorsqu’en prime, un seul acteur en assure la re-créativité c’est tout bonnement impossible. Impossible n’est pas Le Guillerm !

Dans son monde, votre tuyauterie de salle de bain vous raconte comment Johann lui a redressé la colonne, votre ventilateur ne rêve plus qu’un Johann lui fasse recréer des tornades, même les fusées en papier ne veulent plus d’autre interlocuteur que Johann. Car Johann dompte et apaise les choses. L’homme est grave, mi-fou mi-sérieux, ni fou ni sérieux. Ses longues nattes, prolongement de son cerveau, sont en discussion perpétuelle avec ses doigts, qui calculent plus vite que leurs ombres. Ses yeux sont sans cesse à l’affut d’une interaction qui tenterait de leur échapper. Chaque parcelle d’ADN de ce corps est entièrement dédiée à sa cause. On se prend à imaginer Iggy Pop capable des mêmes facéties : l’homme, son corps comme son spectacle sont en perpétuelle mutation, constamment à l’écoute de l’environnement. S’il est seul sur scène, s’il élabore en solo ses recherches, Johann Le Guillerm comprend mieux que personne les autres et livre tout à son public.

La poétique est sa politique. Quelques pointes sur chaussures-armures de chevaliers à bout pointus (également disponibles en version souple par une réinterprétation des babouches en cuir), un ballet de machines ailées, une méditation bouddhiste transcendant la métaphore du temps qui passe, un mobile en bois allégorie numéro de trapèze …

Est-il alors « resté perché » ? Non, l’homme ne reste pas en équilibre sur sa fascinante structure de 13 lattes de bois, il redescend nous chercher. Et l’on quitte le chapiteau presque à contre cœur, l’esprit léger et en posant un autre regard sur les objets qui nous entourent.

A voir aussi, l’exposition Monstration sous la Grande Halle de la Villette, dont je vous dirai un mot très bientôt.

URBAN RABBITS – 21e PROMOTION DU CNAC @ La Villette

In du cirque... on février 21, 2010 at 9:04

Cirque / Spectacle de fin d’études / 21e promotion du CNAC / Mise en scène Arpad Schilling / 14/02/2010 .

Une fois n’est pas coutume, aller voir un spectacle de cirque pour sa dernière n’est pas toujours un succès : fatigue accumulée des artistes souvent, lassitude parfois, contusions et petits coups de mou font souvent partie du rendez-vous. Mais concernant la 21e promotion du Centre National des Arts du Cirque, la qualité et l’énergie semblaient avoir donné plus que jamais rendez-vous à l’esthétisme pour un spectacle touchant de sincérité et légèreté. Hasard du calendrier, parler de la complexité des sentiments amoureux un jour de St Valentin rendait la tâche encore plus ardue. Un défi relevé avec brio par les seize jeunes promus. Bienvenue au pays de Beatrix Potter, version réelle.

Aujourd’hui, et particulièrement à Paris, la biodiversité des grandes métropoles se meurent. Les lapins, comme n’importe quelle population animale féconde, se font rares et précieux. Car si les lapins ont une réputation de fornicateurs, encore faut-il qu’on leur laisse la possibilité de le faire. Les lapins citadins sont donc, plus que toutes les espèces à grandes oreilles au poil soyeux, en voie de disparition et cherchent à assurer la perpétuation de leur genre. Interprétation littérale et fantaisiste d’un spectacle de cirque censé s’inscrire dans la « grande famille du cirque moderne, poétique et intellectualiste » me direz-vous ? Urban Rabbits remplit toutes ces conditions à la fois : régressif et raffiné, esthétique et simpliste, humoristique et grave.

Les artistes sautent, leurs numéros tressautent. Car non la vie n’est pas linéaire et bien ordonnée, non la vie sentimentale n’est pas une belle histoire qui commence en beauté et se termine bien. Ras le bol des spectacles nœud-nœud où les acrobates se rencontrent, dansent et repartent main dans la main sur des orchestrations lisses et grandiloquentes. Urban Rabbits juxtapose une série de « raté », tous ses essais dont on se vante rarement, tous ces loupés et ces incompréhensions qu’on garde pour soi. Les personnages tâtonnent et, comme dans la littérature contemporaine, la réalité fait intrusion dans la fiction : une figure super moche, un pied qui ruine les côtes du partenaire, un désaccord sur la suite des répliques à donner, « tout est écrit, même ton crachat au milieu de la piste »… La poésie et la beauté résident aussi dans ces petits moments de doutes – une belle qui passe son temps en haut de son perchoir à attendre que ses prétendants viennent l’attraper se verra finir… seule car après tout elle l’a bien cherché, de luxure – oui parfois on peut payer pour avoir accès à l’Amour d’une belle, ou mieux, vendre son corps de jeune homme à des vieilles en manque, ou de cahots – toutes les partitions sont essentiellement interprétées en live par les artistes qui crachotent dans les cuivres, s’écorchent les doigts aux cordes ou improvisent du des casseroles et des bicyclettes.

Force supplémentaire de ce spectacle, la tangible réintroduction du dialogue. D’ordinaire on part du principe qu’un ou deux textes (rarement pertinents) font partie du flirt avec le théâtre et participent de ce fait à la distinction entre piste moderne et traditionnelle. Le choix d’Arpad Schilling, cinéaste et dramaturge est on ne peut plus judicieux : si le cirque moderne a prétention à réconcilier théâtre, danse et cirque, alors il faut commencer par proposer à des auteurs de mettre en scène d’autres arts que le leur (comme on l’avait l’année dernière proposé à J-C Gallotta, ce qui avait donné une dominante dansée) . Là on a enfin de véritables échanges, les athlètes se muent en acteurs, s’interpellent, se crient dessus… dans plusieurs langues (car cela va se soit, l’amour et ses complications sont universelles ahah). La créativité de ce spectacle ne s’arrête pas là. On découvre d’insolites agrès qui semblent tout droit sortis de l’imagination respective de chacun des jeunes circassiens comme cette « spirale » maniée par Benoit Fauchier, sorte de serpent de métal dangereux qu’il faut apprendre à dompter pour mieux réinterpréter les numéros de roue allemande et barre fixe. On redécouvre des disciplines à travers le travestissement d’un filet en trampoline, l’exploration d’un fil comme limite supérieure (numéro sous le fil et non dessus) ou la voltige équestre sur vélo à pignon fixe.

Vous l’aurez compris, malgré quelques maladresses (comme le fait d’avoir des écrans vidéos pour des traductions : soit superflu car l’on a pas besoin de tout comprendre, soit inexploité car il y avait beaucoup plus à faire avec ces écrans) et quelques longueurs que l’on attribuera ici à la fatigue accumulée d’un mois de représentations sans relâches), Urban Rabbits reste une création résolument vivante, aboutie et épurée.

Gageons que ce spectacle touchant saura plaider la cause des léporidés auprès de tous : cause environnementale et culturelle n’ont jamais fait si bon ménage.

Note : 8,5/10

N.B. 1 : les lapins citadins ont un blog !

N.B.. 2 : Si vous passez des vacances en Europe cette année, alors ne manquez pas l’occasion de croiser leur route :

- Reims : 2 – 4 mars

- Malte : 9 – 11 avril

- Italie / Rome, Modène, Ferrara : 24 avril – 29 mai

- Roumanie / Iasi : 11 – 13 juin

- Hongrie / Budapest, Debrecen, Pecs : 19 juin – 25 juillet

- Serbie / Belgrade : 31 juillet – 6 août

P.S 1 : Cette chronique est dédiée à Benoit Fauchier… en souvenir et à l’avenir !

KREYOL FACTORY @ La Villette

In des expos... on avril 16, 2009 at 2:10

Art contemporain créole / La Villette, jusqu’au 5 juillet 2009

En pleine tourmentes et insurrections en Guadeloupe et Martinique, l’exposition commandée par La Villette il y a plus d’un an a une saveur étrange…  Non seulement elle tombe très à propos mais elle est d’une qualité rare et appréciable par les temps qui courent.

Organisée en sept espaces, sur plus de 3500 m2, nul va sans dire qu’il vous faudra consacrer au minimum deux heures et demi à cette exposition qui vaut le coup d’œil. Au delà de l’appréhension des complexités d’un questionnement identitaire liées à l’histoire, à des processus de créolisations et aux effets de la mondialisation à travers un support protéiforme, il s’agit avant tout d’une très rare exposition consacrée à l’art contemporain caribéen. Costumes, peintures, sculptures, films, photographies, musique… tout y est pour tenter de cerner les malaises et les spécificités d’une autre culture émergée de la colonisation. Les traversées d’abord ou comment sont arrivés de nouveaux peuples sur des espaces insulaires ; le trouble des genres moins accessible peut-être sur les différences génétiques et morphologiques des communautés ; L’Afrique communauté imaginée où l’on tente d’abattre enfin ce préjugé Noir = Africain ; Noir Comment est évidemment la suite logique du questionnement précédent où l’on met en relief la multitude des différences de couleurs de peau liées aux multiples métissages ; des îles sous influence ou le portrait des rapports de forces et enjeux géopolitiques existants ; Les nouveaux mondes donnent un aperçu de ce qu’on pu devenir les différents territoires caribéens au fil du temps, quelles  quelles cultures nouvelles (langues, manière de penser…) ont pu émerger… et enfin Chez soi de loin est consacré aux immigrés dans leur propre nation (la même nation mais pas la même culture). Chapeau bas aux commissaire  d’expo et chefs de projet (Yolande Bacot, commissaire, Claude Archambault et Christian Coq, chefs de projet).

Soulignons aussi la scénographie ingénieuse et splendide signée Raymond Sarti, mer de carton ondulé s’appréhendant de différentes façons, à la fois support et ornement de l’exposition. Les univers visuels et sonores sont impressionnants. On ne peut reprocher qu’une seule chose : ne pas avoir insisté plus encore sur les odeurs propres à ces territoires : que ce soit lié aux épices, aux plantations, à l’humidité et au Ph des terres, il y a bien des senteurs qu’on ne retrouve pas ailleurs.

Une exposition à voir avec attention, en ayant du temps devant soi et de quoi cuisiner un Cari de poisson ou un Colombo d’agneau en rentrant ;) !

Note : 9,5/10

20e/PREMIERE – 20E PROMOTION DU CNAC @ La Villette

In du cirque... on février 16, 2009 at 5:40

Cirque moderne / CNAC / France / 15/02/2009

Comme chaque année, La Villette accueillait le spectacle de la dernière promotion du Centre National des Arts du Cirque. Ayant connu une légère perte de vitesse liée à la qualité décevante des mises en scène des promotions des dernières années, le CNAC prouve à nouveau que cette école est de qualité.

Pour cette 20e promotion, on avait fait appel à Georges Lavaudant – grand metteur en scène s’il en est dont mon jeune âge me permet seulement de me souvenir d’une belle mise en scène de La Cerisaie au Théâtre de l’Odéon) et Jean-Claude Gallotta – chorégraphe contemporain digne élève de Merce Cunningham. Et le résultat est très positif.

D’abord la scène a été épurée au maximum, réduit à l’expression simple d’une piste de cirque et de ses agrès mobiles. Chacun s’approprie l’espace à sa manière, à sa mesure. Les disciplines sont elles aussi réduites au plus simple à transporter / transposer : ce qui est rapidement réducteur en terme d’opportunité de jouer pour les compagnies de cirque, c’est de trouver un espace capable d’accueillir les agrès aérien mobiles ou nécessitant de la hauteur : trapèze ballant, trapèzes volants… Là on a seulement des mâts chinois et un drap fixe… donc le spectacle est facilement adaptable à une scène de théâtre ou de danse. Soulignons néanmoins l’introduction d’une discipline plus rare et assez fascinante : le mât pendulaire, très bien adapté ici. On peut aussi louer l’introduction d’un V-jing en arrière-piste montrant les mêmes artistes lors des répétitions au même moment du spectacle.

Pour le reste, l’accent a été mis sur la danse et les chorégraphies, plus travaillées qu’à l’accoutumée. Et même si le solo de danse peine parfois à trouver cohérence dans cet ensemble – bien qu’il soit très réussi – il est une virgule bienvenue dans tout spectacle. Les élèves repartent aussi avec des évolutions de carrière plus large que les promotions précédentes : moins techniques, moins éblouissants, ils n’ont pas acquis que leur seule discipline favorite de cirque. Les chorégraphies et les costumes rappellent fortement l’univers de Merce Cunningham, les artistes portent tour à tour des costumes très pratiques (simples shorts en lycra et chaussons), colorés (justaucorps complets bleu, jaune, vert ou rouge), folkloriques (mariée orientale, mariée européenne…) ou rappelant le cabaret (costumes veste-pantalon, garçon de piste, complet et cane…). L’univers sonore est aussi très influencé par la danse contemporaine, mélange d’extraits de dialogues en japonais et de composition de piano assez déstructurées.

Un spectacle de très belle facture et des artistes en devenir à qui l’on souhaite un maximum de réussite… sur une piste de cirque ou ailleurs.

Note : 8,5/10

LE FIL SOUS LA NEIGE @ La Villette

In du théâtre... on décembre 15, 2008 at 1:33

Cirque moderne / Les Colporteurs / France / 12/12/2008

Il y a quelques années je découvrais avec fascination la Compagnie Vent d’Autan dans Pas touche terre où l’on assistait durant une heure à un ballet acrobatique pendant laquelle une jeune femme ne mettait pas le pied au sol une seule fois. Le fil sous la Neige des Colporteurs pourrait en être une sorte de réplique funambule.

Un spectacle sombre tout d’abord, puisqu’il est introduit par le témoignage tragique d’Antoine Rigot – fondateur de la Volière Dromesko en 1990 puis des Colporteurs en 1996 et fildefériste déchu – réservé à une trop grande part des circassiens : la chute. Lorsqu’on tombe de haut, on se fait mal et on ne remonte que rarement exercer sa passion. Dans ces cas là, on peut encore créer, imaginer, rêver pour les autres et Antoine Rigot le fait avec brio.

Un spectacle touchant également par la légèreté avec laquelle est abordé le thème principal retenu : la complexité des rencontres et relations amoureuses. Les sept artistes se cherchent, se coursent se repoussent et s’aiment, le tout sur un enchevêtrement de câbles d’acier de douze millimètres à diverses hauteurs : l’une fait des pointes, l’autre marche en talons hauts, une troisième saute et virevolte, un quatrième fait des pirouettes… A noter aussi l’excellente création des trois musiciens qui accompagnent les funambules avec beaucoup de grâce.

Un spectacle néanmoins imparfait puisque son créateur prend une heure et demi pour raconter sa fable. Or une heure n’aurait pas été trop courte. Il est rare de voir un spectacle de cirque aussi long pour une raison simple et louable : éviter l’essoufflement. Essoufflement physique des artistes, même à sept, cela constitue tout de même 13 minutes de performance chacun et c’est dangereux. Essoufflement du scénario puisqu’une heure d’amour c’est chouette, une heure et demi ça tourne facilement au cul-cul. Les artistes n’incarnent pas toujours suffisamment leurs personnages, les émotions ne passent pas autant qu’il le faudrait. D’autant plus qu’il y avait beaucoup d’autres trouvailles à intégrer sur des câbles (jonglage, monocycle, acrobatie, contorsion…).

Conclusion, un beau spectacle à voir, mais qui en fait un peu trop pour la durée et un peu désincarné.

Note : 7,5/10.