Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

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FLUIDE GLACIAL #4 : Les Inrocks

In Fluide Glacial on septembre 20, 2010 at 11:18

Un mardi soir, le théâtre du Chatelet entièrement réservé pour fêter le lancement de la nouvelle formule des Inrockuptibles. Ze plèce tou bi pour tout ce que Paris compte de branchouillé zique/mode/téloche.

Et où je me suis royalement ennuyée à mourir (ce qui reste un euphémisme énoncé poliment).

Donc j’attrape un exemplaire du mag en question et je rentre bien au chaud en prenant soin d’écraser quelques pieds avec mes talons de 12 (gniark). Et je commence ma lecture le lendemain, fraîche comme la rosée – étant donné qu’il n’était même pas possible d’avoir un verre de Perrier à leur open-bar.

La charte graphique a été revue pour l’occasion. Pas vraiment à leur honneur d’ailleurs. Cet orange Modem est insupportable, il pique les yeux et hypnotise. Avoir l’impression d’être restée ché-per sous acide à sept heure du mat’ j’aime très moyen. A l’intérieur cette nouvelle mode de laisser sortir le texte des cadres colorés structurant la page est parfaitement ridicule, d’autant plus qu’il aurait au moins fallu justifier le texte pour l’occasion, histoire de ne pas laisser croire à un oubli de mise en page… Quand à la couv’ sur le Brésil, alors même que le Monde Diplo’ vient également de le faire, je n’aime pas l’idée pataude du nouveau propriétaire d’imposer sa marque.

Ouverture de la chose. Ours long comme le bras pour pas grand-chose, ce qui saute aux yeux est évidemment le manque de femmes dans l’équipe. Elles restent reléguées aux postes de « secrétaire de bureau docile » ou « graphiste à exploiter au maximum ». Au mieux, on leur a confié la rubrique « News », qu’on pourrait directement rebaptiser « Articles riquiquis ne laissant pas place au développement structuré qui risquerait de laisser apparaitre des qualités rédactionnelles et d’analyse ». Ainsi le papier sur le mouvement de prise de stup’ chez les jeunes marins aurait mérité deux pages alors que cette connerie d’article vide de contenu sur Twitter (une page pour ne rien dire, ne rien analyser, citer ses copains et oublier de conclure) ne devait pas même figurer dans les brèves de comptoir.

Que dire des dossiers sinon qu’ils sont rédigés à la va-vite, déjà lus sur le web et esthétiquement rebutants ?

Côté promo, les magazines féminins peuvent en prendre de la graine : Un tiers des pages (46/146) est de la publicité.

La partie cinéma reste intéressante, même si leur hommage à Chabrol donne la nausée (préférez l’article du Monde sur le sujet). L’éclat de rire final allant tout de même à la rubrique musique où l’on trouve maintenant des notations des disques… Ces mêmes Inrocks qui se foutaient de la gueule des blogs parce qu’ils se permettaient parfois de noter des disques… Haha.

Toujours ces mêmes Inrocks voudront bien nous expliquer en quoi Monarchy est le nouveau groupe fétiche des blogueurs étant donné que j’ai découvert leur existence avec ce (mauvais) article et n’ai jamais vu passer un seul mot à leur sujet sur la toile.

Il y a quelques mois, Musique Info Hebdo a choisi de synthétiser ma vision de la presse musicale d’un « Lorsqu’on ne trouve plus de plaisir à lire ce qui existe, on commence à écrire soi-même »… Ca ne m’étonnerait pas de m’être aussi mal exprimée vu que mes idées sont aussi limpides pour moi qu’une flaque de mazout. Je préciserais simplement que, dans le cas des Inrocks, ce n’est pas loin d’être la vérité. Déguiser son journal en organe du Nouveau Centre (ah non pardon le Modem, mais d’ailleurs c’est quoi la couleur du Nouveau Centre ? peu importe… même combat, d’où cette confusion abstraite et volontaire) n’a jamais permis de camoufler son absence d’intérêt.

Episodes précédents :

Fluide Glacial #1 : Alison Mosshart (par Mr Olivier)

Fluide Glacial #2 : Edith Piaf (par Catnatt)

Fluide Glacial #3 : U2 (par Sand)


Les effets KissCool d’un iPod Shuffle

In Ce qui m'amuse on avril 8, 2010 at 7:30

…ou comment concilier deux heures quotidiennes de transports en commun, arriver à être à l’heure au bureau, écouter de la musique de bonne qualité et ne pas se retrouver chargée comme une mule pour autant.

Mardi matin, réunion au sommet, une heure de trajet. C’est évidemment le moment que choisi mon iPod pour rendre l’âme, il affiche une petite icône malade et rien n’y fera pour le réveiller. Une heure de trajet sans musique c’est long. J’étudie immédiatement un plan de remplacement. Hors de Mac point de Salut certes, mais lequel ?

C’est alors qu’un peu plus tard dans la journée, tel un signe divin, m’arrive un mail de TopAchat (groupe Rue du Commerce) me proposant d’avoir un iPod Shuffle gracieusement en échange d’une chronique honnête de ce que je pense du produit… La chance ce n’est pas un truc auquel je suis habituée, alors bon, pour une fois, personne ne m’en voudra de faire de la pub hein.

Deux jours après avoir passé commande, je reçois un petit paquet chez moi, super rapide la livraison ! D’ordinaire, même lorsque je paye des frais de livraison exorbitants ce n’est pas aussi efficace. Ca commence bien donc. Il ont même fait un effort sur le matériel de rembourrage du paquet, en carton recyclé et non en plastique, on aimerait que toutes les entreprises s’y mettent.

La petite bestiole aussi verte qu’une pomme Granny surexposée aux pesticides n’est pas plus grande que mon pouce et épaisse comme ma carte Navigo. Bon sang, soigneuse comme je suis, je vais m’empresser de perdre ce truc ! Eh bien non, car la pince d’attache est terriblement efficace, je cours, je sautille, je me retourne brusquement, tout reste en place sur une robe en soie comme sur une veste en cuir. Verdict : Fake-Granny (oui c’est son petit nom, car cette chose est à croquer mais ne se mange pas) est prête à venir affronter mon heure quotidienne et laborieuse de transports en commun (deux métros +un train et vice-versa).

Pour charger l’iPod en morceau, pas 36 manières, un minuscule câble USB, aussi long qu’un index (ça sent le rognage de longueur de câbles par Mac, y’a pas de petites économies hein… mais en même temps on le voit bien). Rechargement de la batterie en un temps génialissimement court et chargement des titres assez rapide aussi. Chouette je peux lancer un chargement de playlist tout en me faisant couler un expresso, alors qu’avec l’ancien je ratais le café et mon métro car le téléchargement prenait du temps… Il y a une option bien pensée qui permet d’égaliser le son de toutes les pistes histoire de ne pas devoir jongler entre les décibels. Bien ça, le vieil iPod n’avait pas cette fonction et je me flinguais régulièrement le tympan le matin lorsque, mal réveillée, j’appuyais un peu trop vite sur Play.

Ensuite c’est là que la lecture des morceaux demande un peu plus de dextérité puisque tout se contrôle via la petite manette intégrée à l’écouteur. J’ai l’impression d’avoir le stylo-bombe de 007 dans Goldeneye. Appuyer une fois pour faire pause, deux fois pour avancer d’un morceau, trois fois pour revenir en arrière d’un titre… Très vite on se plante donc, premier constat : l’iPod Shuffle est parfait si vous avez construit correctement votre playlist sans avoir besoin de changer de morceau parce qu’il ne vous plaît pas ou ce genre de chose.

Là où cela devient amusant c’est lorsque Fake-Granny se met à vous parler. Pour ça, appuyer une fois longuement sur la manette et, suivant la langue du titre du morceau, différentes voix vous soufflerons le nom du morceau et de l’artiste. Donc, si comme moi, tout est parfaitement encodé c’est intéressant ; lorsque vous récupérez des fichiers pirates ou des podcast d’émissions de radio mal répertoriés cela devient moins chouette. Au passage, pour moi la manette est située trop haut près de l’oreille, ce qui fait que je passe mon temps à la chercher et ne pas la trouver quand j’en ai besoin. Jusqu’au seuil de la porte de l’appartement donc, pas de gros problèmes. A présent test pendant mon parcours du combattant.

Premier métro : Fake-Granny remplit son office, délivrant sa musique sans soucis. Je suis un peu en retard, je cours pour attraper la ligne automatisée. 2 escaliers, trois virages dans un couloir bondé, toujours rien à signaler. Gare de Lyon, pour attraper le train cette fois, il va falloir se faufiler à travers un flot de banlieusards venant travailler dans la capitale – oui je suis à contre-courant, même dans mes déplacements. Je cavale, hop deux escalators, un quai trop loin, sprint final au nez et à la barbe du chef de gare qui vient de siffler le départ de mon direct. Jump dans le premier wagon, reprise de souffle et inspection des dégâts. J’ai toujours les boucles d’Aufgang dans les oreilles (le matin il faut ce qu’il faut) donc le mini-truc vert est toujours là, pendant dans le vide, décroché mais pas tombé. Avec l’ancien, il se serait fracassé dans le dernier virage ou pire, entre le train et le quai. Donc l’allègement des baladeurs j’suis super pour.

Dans le train, je sors le Pocket PC, je lui pluggue les écouteurs de Fake-Granny sans qu’il ne moufte, la manette servant à régler le son et sauter les morceaux n’est en revanche pas opérationnelle. Peut-être cela fonctionne-t’il avec Big Mac

Autre super avantage de Fake-Granny, il est tout petit mais très costaud, doté d’une autonomie déconcertante pour sa taille. En plus mon super pote virtuel, celui qui me susurre les titres des morceaux, me prévient à l’allumage et à l’extinction lorsque la batterie est en fin de réserve. Avec l’ancien iPod, il ne prévenait pas et une fois sur la réserve il coupait assez vite. Mon pote là, il me prévient super à l’avance et lorsque je l’éteins il m’en retouche un mot ce qui fait que je n’ai jamais eu le désagrément d’être à cours de musique, je pense à recharger.

Et puis il y a cette fonction shuffle, qui a donné son appellation d’origine à la bête. Les passages entre les différents morceaux sont d’une cohérence assez dingue, à plusieurs reprises je sors même un stylo et un cahier pour noter certains enchaînements pour d’éventuelles compilations (notamment de mes 15 disques français préférés de 2009). Avant mon ancien iPod avait cette fâcheuse tendance à enchaîner un MSTKFT avec Toy Fight, ça me donnait la nausée pour la journée. A présent on peut redécouvrir pleinement certains titres dans des contextes différents.

Bilan de l’opération : je n’aurais probablement jamais acheté ce modèle, optant pour un iPod plus perfectionné avec écran et tout le toutim ou un iPhone (puisqu’il faut que je change de téléphone, autant faire d’une pierre deux coups). Pourtant, l’iPod Shuffle est l’outil parfaitement adapté à mes besoins, mon mode de vie et ma façon de consommer de la musique. Cette chose que je trouvais « pur produit de sur-onsumérisme » à sa sortie s’avère en réalité répondre à tout ce que j’attendais de lui (discret, élégant, ne faisant pas perdre de temps, adapté à tous mes usages…).

Artiste Net Emergence MARS 2010 : Phillious Williams

In Ce que j'écoute on avril 7, 2010 at 8:30

Mars, mon anniversaire, on m’offre un cadeau supplémentaire en m’invitant à faire partie du jury Net Emergence. L’occasion pour moi de découvrir les principes de cette belle initiative de Valery (également derrière B comme Boxon). Des groupes peu ou pas connus mais qui tienne un minimum la route pour proposer plus de deux titres à écouter posent leur candidature chaque mois pour se faire connaitre sur Net Emergence. Les oreilles attentives du jury auquel j’appartiens désormais (composé à la fois de journalistes, blogueurs, mais aussi d’artistes) examinent à plusieurs fois les candidats et, à l’issue de moultes parlementations, élisent un artiste du mois. Et le mois suivant, rebelote avec de nouveau candidats.

Ca demande un peu d’investissement mais je crois que ça en vaut la peine. Voir récompensé un groupe auquel on croit, imaginer le petit sourire de réconfort qu’il peut avoir en se disant que non, il n’est pas le seul à penser qu’il y a quelque chose s’apparentant à du talent dans ce qu’il fait, cela a un sens. Dans les métiers artistiques, il est aisé de douter et tout laisser tomber. Si Net Emergence peut contribuer à maintenir des flammes parfois vacillantes alors oui, le challenge me parait beau et noble pour être relevé.

Et en ce mois de mars tristounet, c’est une folk pure comme l’eau et douce comme le pull en cachemire qu’on ne peut encore quitter qui a reçu notre soutien. Phillious Williams, plus tout jeune, pas encore trop vieux, au crâne rond et lisse comme un ballon de fête foraine.

Phillious, drôle de prénom pour un homme sans âge. Ce crooner est doté d’une voix qui gratte, du plus bel effet, dérangeante et envoûtante. En fait, on a régulièrement l’impression d’entendre un concert de Fester, le cousin de la famille Adams.

Assez déblatéré, rien ne vaut une écoute, Phillious Williams méritait notre attention pour mars, saura-t’il conquérir vos oreilles ?

KAREN O and the kids – Where the wild things are

In Ce qui m'émeut, des disques... on janvier 11, 2010 at 10:36

Bande originale du film de S. Jonze / Pop – Folk

Where the Wild Things are, traduit en français par Max et les Maximonstres, a une résonnance particulière dans ma famille. Livre de chevet, base de nombreux déguisements, idée de mon premier roman à 5 ans (Les Monstres, en 5 actes, évidemment largement inachevé), ce livre m’a été raconté, mimé, théâtralisé, dansé… par l’intégralité des membres des personnes m’ayant bordé une fois. Maxime était aussi un de mes meilleurs amis lorsque j’étais enfant, et il ressemblait tellement au petit garçon de l’histoire que j’étais persuadée qu’on avait écrit le livre en se référant à lui.

Max est un petit garçon plein d’imagination qui s’ennuie et souffre d’un déficit d’attention de sa famille. Ca l’énerve alors il boude et fait et/ou dit des choses qu’il regrette. Il se retrouve donc régulièrement consigné dans sa chambre. Igloo c’est cet enfant qui imagine son monde, il joue seul à être le roi du monde. Mais vite, un petit roi tout seul ça s’ennuie, il va donc embêter sa grande sœur et sa bande de potes (Capsize). Mais le fait d’aller l’enquiquiner n’est rien d’autre qu’un geste d’amour, c’est qu’elle compte pour lui (All is Love), même s’il fait des bêtises qu’il regrette ensuite (Worried shoes).

Puni pour ses bêtises, Max ne comprend pas toujours pourquoi et voudrait que toute sa famille disparaisse pour pouvoir diriger un monde comme il l’entend. Il n’est pas un monstre comme peuvent lui dire ses proches lorsqu’ils sont fâchés après lui, pire, il est le Roi des Monstres. Et pas des tout petits monstres, non des Maximonstres, très grand et qui font très peur. Rumpus et Rumpus reprise constituent à cet égard les deux titres correspondants parfaitement aux illustrations du livre original. Max rêgne, Max est insouciant (Clliffs, Heads Up), Max s’amuse (Animals), Max oublie (Hidaway, Building All is Love).

Mais Max n’est qu’un enfant, et il a beau se dire qu’il est bien là, tout seul au milieu de son monde, ceux qui l’énervent sont aussi ceux qu’il aime et qui lui manque (Lost Fur). Max apprend à faire des choix, sa famille ou son monde. Il rentre à la maison (Sailing Home) pour découvrir que sa mère ne lui en veut pas du tout et que son repas tout chaud l’attend encore (Food Is Still Hot).

En général lorsqu’on a adoré un livre, on n’aime rarement son adaptation cinématographique. Le film de S. Jonze a plusieurs qualités et quelques défauts, que je n’exposerai pas ici. Car parmi les très grandes qualités de cette adaptation il y a cette bande originale à tomber par terre. Moi qui avait classé les Yeah Yeah Yeahs dans la catégories des groupes qui ne produisient plus rien d’interessant (l’album It’s Blitz ! de 2009 était une véritable catastrophe ultra décevante), je reconnais sans mal que Karen O n’a rien perdu de son talent. Mieux, elle en a des cachés. Car qui aurait cru que derrière la femme délurée se cachait une amoureuse du livre le plus poétique et émouvant du monde ? Qui aurait affirmé il y a un an encore que Karen O est capable de composer des mélodies douces sans accros, de remplacer les guitares électriques par un banjo et la voix aguicheuse et piquante par un organe sucré comme le miel et candide. Si le Petit Prince  avait vu ce film il aurait dit en parlant de la musique « C’est exactement comme ça que je l’imaginais ».

LES ENFERS DU ROCK – Philippe Manœuvre

In Ce que je lis, Ce qui m'énerve on décembre 29, 2009 at 10:34

Editions Tana / Illustrations Marie Meier/ 2009

Quiconque me connaît bien sait que jamais je n’aurais délibérément acheté un livre de ce vieux schnoque de Philippe Manœuvre (pour des raisons que, par décence, je ne vais exposer ici). Donc la personne qui me faisait ce cadeau à Noël savait pertinemment qu’elle prenait un risque. C’est bien, j’aime les gens audacieux, alors du coup je l’ai lu le bouquin. Et bien, c’est comme dans la chanson « Non non rien a changé, tout a continué… ».

1)   Je comprends parfaitement qu’à la vue de la couverture, on ait envie d’acheter ce petit opus. Il est rouge et relié élégamment, quelques fioritures en lettres d’or achèvent de parfaire ce petit bijou. Plaisir des yeux, assurément, ça fera bien dans la bibliothèque (tant qu’on ne regarde pas qui l’a écrit). Une fois retiré le bandeau noir, Manœuvre n’est pas mentionné sur la couverture d’où le piège…

2)   Les illustrations signées Marie Meier sont plutôt soignées et pleines d’humour. Au moins si le bouquin est nul, vous pouvez regarder les images…

3)   Le sujet était plutôt intéressant. Que des groupes de rock aient accumulé les moments de loose intégrale au point qu’ils se mettent à croire en l’existence de forces maléfiques, pourquoi pas après tout. En revanche, en ce qui concerne les groupes retenus, ne vous attendez à rien d’original, c’est un vieux rabougri qui écrit donc sa vie s’est arrêté il y environ 30 trente ans et il ne perd pas une occasion de vous rappeler qu’après AC/DC et Jimmy Hendrix, point de salut. Evidemment ce vieux crouton ne vous file pas de sommaire, vous êtes censés connaître par cœur ses dadas. Le problème avec un exercice de style, c’est qu’il lui faut du style…

4)   Que dire du contenu à présent ? He bien c’est à l’image de son auteur : mal écrit, grammaire à vomir, références bling-bling (comprendre ici qu’elles ne servent à rien d’autre que de faire croire que cet homme est érudit alors que si vous grattez le vernis, il n’y a rien)… Et surtout cette sale habitude de placer à intervalles réguliers dans le récit ce « je » permettant de ramener sa fraise de vieux con qui dessert franchement la narration. Là vous allez dire que je suis mauvaise langue, alors j’ai choisi un extrait authentique avec les incohérences que je vous laisse trouver en vous donnant quelques indices en rouge) :

« Abandonnant Bon Scott sous une couverture, le copain rentre chez lui. La nuit est glaciale. On retrouvera Bon Scott mort, étouffé dans son vomi. Pauvre diable. Bon Scott fut enterré en Australie, à Fremantle, le 1er mars 1980. Moins de une semaine plus tard, les amis du défunt recevaient de bien macabres cartes de Noël, signées par le mort en personne et postées « avec un peu de retard », début février, de Londres. Depuis, comme tous les rockers, je hais les matins blêmes sur Camden. ».

Vous l’aurez compris, qu’il s’agisse de concordance des temps, de focalisation narrative, d’orthographe ou tout simplement d’intérêt du propos, il n’y a rien, strictement rien qui soit digne d’intérêt dans ce torchon, à l’image de son pseudo magazine musical qui n’apprend que mépris et stéréotypes à une jeunesse en mal de culture musicale digne de ce nom. Cet homme serait tout juste bon à rédiger la bio de Ah-que-Johnny et encore… Je sais qu’elle est facile mais je l’écris quand même : le pire enfer du rock, c’est lui, jamais quelqu’un n’aura autant sapé les espoirs de voir mis en valeurs des groupes français talentueux.

Si je garde malgré tout un bon souvenir de ce livre c’est parce que je l’ai lu dans un train de banlieue, entre Paris et Melun, où un illuminé est venu prêcher l’amour de Dieu. Je lui ai tendu le bouquin en lui expliquant qu’il me cassait les oreilles (ainsi que celles de l’ensemble des passagers) et je lui ai dit d’aller voir ce Philippe Manœuvre qui lui semble avoir besoin d’aide. Il a lu quelques mots et s’est exclamé : « Même cette âme là n’est pas perdue ». A la bonne heure, amen.

Note : 2/10 (pour les images)

TOP DES 15 DISQUES DE 2009

In des disques... on décembre 28, 2009 at 3:58

Alors pour ce top je ne peux pas les classer, simplement vous livrer mes quinze albums préférés dans l’ordre de parution (ou du moins d’écoute). Pourquoi 15 ? Parce que 10 c’est trop court et 20 c’est trop compliqué car trop d’ex-aequo.

Dalek – Gutter Tactics

Expérience inédite d’électro hip-hop qui vous vrille le ventre comme avant des montagnes russes méchantes-quifonttroppeur-ouaicht’asvu.

Franz Ferdinand – Tonight

Comme un bon macaron : une coque rock, une coque pop, une ganache qui vous explose en bouche ! Tonight et tous les soirs !

Matt Bauer – The Island moved in the Storm

Le disque de folk le plus épuré et le plus oublié de l’année (malheureusement…) Ecoutez-le et vous serez obligés de concéder qu’une fois de plus j’avais raison (pas de panique ça arrive très souvent, hein Benjamin ;) !)

Dear Reader – Replace Why with Funny

Pourquoi fait-on tout un foin lorsque des blancs font de la « musique de noirs » et ne dit-on rien lorsqu’un pays d’Afrique fait de la musique européenne ?

Micachu and the Shapes – Jewellery

Il existe encore des groupes capables d’assumer un côté déjanté qui ne soit pas uniquement commercial (cf. Animal Collective qui a perdu tout intérêt musical en essayant de théoriser le « barré »).

Peter Bjorn and John – Living Thing

Probablement leur album le plus abouti. Ces suédois partagent mon amour du perfectionnisme : bonne musique, splendide mise en scène, excellente réflexion d’ensemble. Ce n’est pas mensonger, c’est vivant !

Grizzly Bear – Veckatimest

Que peut-on ajouter de plus que « ce groupe est génial » ? Cela : « avant j’étais sceptique, maintenant je suis convaincue ». Tout simplement divin.

Gossip – Music for Men

Je ne peux pas vous proposer uniquement de la musique d’appartement, le dancefloor c’est important. Pour le plaisir des oreilles uniquement. Les temps changent : pour une fois, les obèses ont une utilité ! (Et on parie combien que je vais me faire troller pour ça :) )

St Vincent – Actor

J’ai mis beaucoup de temps à reconnaître la pureté et la qualité de cet opus pour lequel je pensais que l’engouement était factice. Une fois aperçue sur scène, force est de constater que c’est un disque remarquable.

Cougar – Patriot

Jamais je n’aurai pronostiqué qu’un groupe rendant autant hommage à l’US Army aurait un jour sa place dans un de mes classement d’albums préférés… Du post-rock dans les rêgles de l’art, avec la créativité en dosage équilibré.

——

The Very Best – Warm Heart of Africa

Bien plus abouti que le projet Vampire Weekend, bien moins « vernis de la tolérance multiculturelle ». The Very Best est un brin provocateur, un chouia délicieux, sans oublier une pointe de pureté dansante.

Noah and the Whale – The First Day of Spring

Leur premier disque était génial, leur second opus est encore plus cynique. Enfin un groupe qui assume de faire de la pop en réfléchissant objectivement sur la légende urbaine de l’Amour…

Turzi – B

La réponse française à l’acharnement perfectionniste musical. Un alphabet, un travail de titan, des influences multiples… et toute mon admiration, il n’a pas trente ans et va déjà très loin.

Aufgang – s/t

Un trio, trois pays, trois influences majeures, trois chroniques de ma part sur leur compte, trois regards… C’est un peu la Sainte Trinité revisitée dont je suis le Messie J (oui je me lâche).

Esser – Braveface

Pour leurs mélodies pop barrées, pour les coupes de cheveux si délurées, ces touche-à-tout sont résolument craquants !

Déjà fini ? Allez, autorisez-moi ces quelques mentions spéciales :

Health – Get Color : Jamais un acouphène n’a été aussi désirable, un batteur à surveiller de très près.

Fever Ray – s/t : Ah si seulement elle n’avait pas cette infâme voix rappelant la détestable Bjork ! Un album splendide.

Naive New Beaters – Wallace : Faire de l’aérobic en pull-over tricoté par mamie il y a trente ans n’est pas chose courante chez les moins de trente ans… J

Vic Chesnutt – At the cut : Parce que je publie ce top après son tragique décès et ne veux pas me faire accuser de l’avoir mis dans le top juste pour faire des bons sentiments… Un album splendide, comme à peu près tous ses disques.

Quand VIC vous bouche le nez…

In Ce qui m'émeut on décembre 28, 2009 at 11:41

Pour la première fois depuis des années, j’ai passé un Joyeux Noël, réellement. Même enfant j’ai toujours détesté cette période, sauf allumer les bougies, décorer la maison et faire la cuisine pendant des heures…

Et pourtant en rentrant j’ai appris la triste nouvelle, Vic Chesnutt est parti. Je n’ai jamais été « groupie » de quelque groupe que ce soit. J’en aime certains plus que d’autres, j’ai des souvenirs plus ou moins forts aussi. Et Vic Chesnutt était probablement l’un des plus nobles personnages que j’ai pu croiser.

Il faisait froid, je traversais l’une des périodes les plus sombres de ma vie (je sortais justement du plus effroyable Noël de ma courte existence). J’étais au festival de la Route du Rock hiver 2008, seule et moyennement vaillante sur mes jambes. Lorsque Vic Chesnutt est apparu, dans son fauteuil roulant, un verre de lait à la main et un sourire jusqu’aux oreilles. Le genre de sourire qui vous donne envie d’aimer la vie. Nous n’étions que quelques personnes à vouloir l’interviewer et nous n’avions pas beaucoup de temps. Les jeunes éphèbes de Mgmt et la joyeuse troupe de Le Loup étaient là aussi. Nous étions au rez-de-chaussée en plein courant d’air, les interviews avaient lieu au premier étage. Et là il s’est produit en une fraction de seconde, sans que personne ne se soit concerté, un événement qui m’est resté gravé : il y avait un ascenseur pour le fauteuil de Vic, mais tous les artistes ont empoigné la chaise à roulettes et l’ont hissé au premier étage par l’escalier, ils l’ont déposé au centre de la pièce, ils ont mis des chaises tout autour de lui et ont déclarés : « Nous faisons l’interview tous ensemble ». Et l’un deux a ajouté “Cet homme est si grand qu’en nous asseyant nous n’atteignons pas son niveau”. Je n’avais pas de quoi enregistré ce jour là car mon matériel était cassé, maintenant qu’il est parti je m’en mors deux fois plus les doigts. Sur scène comme dans la vie, je n’ai pu voir qu’un homme toujours vaillant, toujours émouvant et humble. A l’image de sa musique d’ailleurs : entre post-rock violent et douce folk, mélodies mélancoliques et combatives.

Ca ne regarde que moi de penser cela mais j’ai toujours trouvé que le suicide était, à l’inverse de ce que peuvent enseigner certaines religions, un acte de bravoure. L’être humain n’est pas constitué pour être capable de se supprimer. Quoi qu’elle ait fait, une personne qui met fin à ses jours est une personne qui souffre, qui a retourné toutes les possibilités de son problème dans tous les sens pour se rendre à l’évidence qu’il n’y a pas d’autre issue que d’en finir. Vic Chesnutt a lutté tellement d’années qu’en finir à l’aube d’une nouvelle décennie n’est pas anodin : l’avenir se construira sans lui, autrement, lui a fait suffisamment pour l’humanité. En matière de musique bien entendu, mais de santé mentale et physique aussi (lutte pour la reconnaissance de la marijuana comme auxiliaire thérapeutique).

Ce qui fait que des yeux sont humains est cette faculté que nous avons de pleurer. RIP Vic Chesnutt. Show must go on…

Un Top Musical peut en cacher un autre…

In des disques... on décembre 21, 2009 at 4:17

La fin de l’année approche aussi vite que la vague de froid à Paris et l’heure est partout aux « Top ». Sur ce même blog, vous avez d’ailleurs peut-être découvert le Top des Blogueurs 2009 auquel j’ai participé. Mais un Top collectif n’est bien évidemment pas le même qu’un Top personnel. Car il en va (heureusement) ainsi de la société : chacun est sensible à différentes sonorités, différents concepts musicaux etc… Et au final, le Top de Machin ne sera pas meilleur que le Top de Truc, il sera simplement différent.

Pourquoi je continue donc de vous proposer un Top chaque année puisque j’affirme qu’avant tout il ne reflète que mes goûts, bâtis en fonction de ma personnalité (un peu “déviante” vous diront les mauvaises langues, simplement hyperactive vous affirmeront d’autres…) ? Tout simplement parce que j’aimerai que vous lisiez ce classement en y faisant des découvertes, que votre froide journée d’hiver soit éventuellement égayée d’un nouveau disque qui lui donnera des couleurs.

Cette année marque également la fin d’une décennie, c’est pourquoi je vous ai concocté non pas un, mais trois Top musicaux différents.

Le Top des 15 disques français marquants de 2009

Le Top des 15 disques de 2009

Le Top 2000 – 2009

Et comme à chaque jour suffit sa peine, vous pourrez les découvrir en plusieurs fois ;) !

COUGAR – Patriot

In des disques... on août 14, 2009 at 11:53

Groupe américain / Post-rock / Counter Records

Nombre de félidés et animaux majestueux peuplent l’univers musical ces dernières années : Le Loup, Le Tigre, Grizzly Bear, Caribou… auxquels on peut même ajouter un promoteur, Coyote Music. Les cinq membres de Cougar sont probablement ceux qui portent le mieux leur nom. Beauté, précision, discrétion, Cougar en fait la démonstration en onze titres.

Un batteur issu du Young Blood Brass Band ne gardant que la précision, trois guitaristes qui font rugir en rythme leurs instruments, des vagues électroniques et une basse qui plantent leurs griffes régulièrement… et le tour est joué. Plus facile à dire qu’à faire en réalité. L’alchimie tient à un savant dosage des influences, rappelant à la fois la scène post-rock classique de Tortoise, le rock à la Nick Drake ou l’electro-psyché instrumentale de Battles.

Cougar a donné à son second album le nom d’un missile. Et c’est exactement ce qui explose en pleines oreilles, on ne sait plus où donner de la tête tant chaque construction des morceaux paraît complexe tout en restant extrêmement fluide. Stay Famous ouvre le disque en beauté en envoyant une sauce calibrée, énergique ; Florida logic est un peu plus classique mais serait une excellente matière première à un remix ; Rhinelander est un des rares titres avec des cœurs christiques mais évolue vers du Ratatat avec ses guitares vintages saturées ; Thundersnow redevient beaucoup plus agressif et incisif, sorte d’introduction de deux minutes à Heavy into Jeff qui explore des terres électro beaucoup plus barrées. Le reste du disque est beaucoup plus doux, ballades très agréables, reposantes, comme lorsqu’un félin scrute la plaine, repus, prêt à la sieste. Les instruments à vent prennent le pas sur l’électro et les riffs.

Belle surprise que ce Cougar, qui a su surprendre la petite proie que nous sommes. Lorsqu’on entend ce genre de groupe, on reprend confiance en l’humanité et sa capacité à produire autre chose que du commercial entêtant et calibré (le dernier artiste déshonorant les félidés étant sans conteste Patrick Wolf :) ). On regrette seulement qu’ils ne soient pas programmés cet été dans un festival…

Note : 9,5/10

Sortie le 24 août

DIVING WITH ANDY – Sugar Sugar

In des disques... on mai 8, 2009 at 6:08

Trio français / folk – pop / Universal

Il y a trois ans, je plongeais avec délectation dans l’univers chic et raffiné de Diving with Andy et leur premier album éponyme. Je n’avais pas prévu de second disque, persuadée que l’idylle n’était qu’une passade dans l’air du temps, un album concept qui devait s’arrêter là avant de porter chacun des membres vers d’autres projets. J’avais tort donc, mais ce second opus est-il vraiment à la hauteur du talent qu’on avait accordé au trio angevin en 2006 ?

On ne change pas une recette qui fonctionne ? Des arrangements travaillés, des textes léchés, une orchestration classique mais classy… le nouvel opus de DWA est indéniablement très agréable à l’oreille. Le velours de Juliette Paquereau produit toujours son petit effet frissonnant et reposant après une journée harassante parisienne type. Malheureusement cela ne suffit pas, comme son nom l’indique cet opus est un peu trop calorique, comme un gâteau industriel.

Ce groupe, auparavant signé sous les auspices bienveillantes d’aînés du renouveau de la chanson française (l’éphémère label Dièse, sous la direction de Benjamin Biolay ou Kerenn Ann) se retrouve maintenant dans le catalogue fourre-tout d’Universal. Et en effet, la pertinence de ce second disque reste à démontrer, seuls des titres comme Kate Weal… et Anna May réussissent à renouveler le style très linéaire du trio qui ne s’éloigne pas assez de ses rituels violon-voix ou piano-voix. Sans compter l’aspect légèrement crispant des clips qui pompent tout aux aînés comme Cat Power : copier n’est pas resssembler…

C’est donc avec une légère amertume que je n’attends pas de troisième album de DWA. Il y a trois ans, je leur souhaitait bon vent du côté arrière scène, je renouvelle mes vœux. Julien Perraudeau et Rémy Galichet sont capables de rivaliser avec les meilleurs ingénieurs du son ou arrangeurs et il paraît maintenant pertinent qu’ils laissent d’autres projets prendre le pas sur ces plongeons avec Andy qui n’ont plus leur fraicheur d’il y a trois ans et sont trop sucrés pour qu’on ne fasse pas d’indigestion.

Un album qui égaiera malgré tout sans peine ce printemps capricieux.

Note : 6,5/10

DIVING WITH ANDY – Diving with Andy

In des disques... on novembre 25, 2006 at 11:11

 Pop folk/ France / 2006 / Dièse

Diving with Andy c’est au départ un malentendu téléphonique. Le nom de ce jeune trio devait être « Dining with A », en référence à une nouvelle américaine, mais cela a été compris de travers et c’est resté : inutile de se parer de pseudo-références lorsqu’on a du talent, cela parle de soi-même. Cela explique aussi en partie leur signature chez le label Dièse, fraîchement fondé sous la direction d’artistes comme Benjamin Biolay ou Kerenn Ann.

DWA, c’est tout d’abord Julien Perraudeau et Rémy Galichet, qui cumulent à eux-seuls les rôles de guitariste, bassiste, batteur et ingénieur du son pour le premier ; pianiste, compositeur et arrangeur pour le second. DWA c’est aussi Juliette Paquereau, une chanteuse à la voix veloutée, sorte de synthèse de Stina NordenstamSuzanne Véga et Cat Power, à qui elle ressemble également physiquement. Juliette fait de la chanson française… en anglais, sans prétention, avec un accent impeccable. Sa voix est douce, avec cette boule amère permanente dans la gorge qui manque de la faire basculer dans le mélo : « A funny tricky strange taste ».

Les dix titres mettent en scène Andrew, personnage marqué par le taedium vitae. Les mélodies évoquent des ambiances surannées, mélancoliques tout en restant entraînantes. Les boucles de batteries sont épurées au maximum pour laisser s’exprimer basse électrique et doux arpèges folk (October in May) ; un violon orchestral emboîtant régulièrement le pas du piano (Andrew). Sans arrangements la musique n’est rien ou presque, c’est précisément dans ce domaine que les deux figures masculines excellent, parant la voix et les textes de Juliette des mille atours nécessaires pour produire un ensemble souriant, dansant et sophistiqué.

Intégrer la compilation CQFD 2006 des Inrocks n’était qu’une cerise sur le gâteau de Diving with Andy, retenez bien ces noms qui, sinon le devant, hanteront le derrière de la scène des vingt prochaines années.

Note : 7/10

GUILLEMOTS – Trough the windowpane

In des disques... on octobre 15, 2006 at 11:11

Pop / Grande Bretagne / 2006 / Polydor

Quelques mois seulement après la sortie de leur EP From the Cliff, revoilà nos drôles d’oiseaux multinationaux Guillemots. Avec ce nouvel album, brillant, le groupe réaffirme en à peine une heure qu’il ne faut jamais prendre la musique au pied de la lettre. Ainsi Through The Window Pane pourrait être une version européenne d’une bande originale d’un film de Bollywood. 

Bollywood en premier lieu par la durée des titres. Avec une moyenne de cinq minutes par morceau, nous sommes bien loin du format exigé par les ondes, mais ce groupe peut se le permettre. En effet, contrairement aux Pipettes ou à Lily Allen où le format très court évite que l’on se lasse de la superficialité de leur musique, toutes les subtilités des Guillemots se dévoilent petit à petit, dans la longueur. On retrouve deux titres de l’EP dont l’énergique Trains to BrazilThrough The Window Pane et Annie, Let’s Not Wait possèdent d’ailleurs les ingrédients qui font de ce morceau un tube : l’aspect pop, les passages jazzy plus agressifs et les mouvements plus lents. Samba in the Snowy Rain ou If the World Ends sont pour leur part des ballades douces et planantes. La contrebasse et les cuivres s’expriment plus et dans des variations plus orchestrales. Mais le coup de maître réside dans la clôture de l’album :Sao Paulo, un titre fleuve de douze minutes. A travers lui transparaît tout l’univers des vieux films monochromes des années 50 avec un saxophone mélancolique semblant prendre un ascenseur pour l’échafaud sur fond de doux rouleaux mourants sur la plage, et un clavier où le piano se mue en vieille cloche. Des dérapages musicaux se produisent au milieu du titre : tous les instruments se mettent à monter et descendre leurs gammes, sur tous les octaves, dans tous les sens. On a cette fois l’impression d’être au creux de la houle en pleine tempête (“There’s no skin left on your bones”).

Bollywood toujours par la thématique amoureuse, récurrente en pop, filée dans sa version la plus ringarde et kitsch. Deux jeunes gens s’aiment, font un voyage au Brésil, y dansent une samba (de MC Lord Magrao) sous la pluie neigeuse (canadienne d’Aristobal ?). Malheureusement à leur retour, les doutes sur la véracité de leur amour surgissent et ils se posent beaucoup (trop) de questions derrière les carreaux de leurs fenêtres respectives. Pour finir le jeune homme repart à Sao Paulo où il attendra sa belle Annie, et nous savons tous que si la fin n’est pas contée ici, elle sera heureuse ! Le concert de cloches et cuivres d’une minute terminant l’album en témoigne.

Les textes sont délibérément pauvres et drôles : “If I leave you, all the stars wouldn’t fall from the sky and the moon wouldn’t start to cry”. Cependant certains passages dégoulinants sont un peu fatiguants (We’re HereAnd If All). La voix d’Aristabal quant à elle accompagne Fyfe à plusieurs reprises (Redwings), accentuant le côté comédie musicale. On trouve aussi régulièrement des chœurs (Made Up Lovesong #43Through the Window Pane) et des sursauts disco (We’re HereAnnie, Let’s Not Wait) qui finissent de parfaire la dimension kitsch de cet opus. Soulignons également l’étonnant Blue Would Still Be Blue, performance vocale de Fyfe accompagnée de seulement quatre notes de synthétiseur et de chants d’oiseaux. Et si sa voix déraille moins que dans l’EP, c’est son piano qui est désaccordé (Little Bear).

Nos palmipèdes préférés confirment largement leurs talents musicaux, vocaux et humoristiques, rendant à la pop toutes ses lettres de noblesse. A écouter avec un bon thé à la main, un chat sur les genoux, en regardant la ville à travers les carreaux, pour mettre un peu de fantaisie dans cet automne grincheux…

Note : 7/10

THE SPINTO BAND – Nice and Nicely done

In des disques... on septembre 15, 2006 at 11:11

Pop folk / USA / 2006 / Radiate

Formé il y a dix ans, le Spinto Band tient son nom de Roy Spinto, grand-père du guitariste Nick Krill. Ce groupe d’outre-atlantique a déjà sept albums autoproduits à son actif, bien que ses six membres n’ont tous qu’entre 19 et 24 ans. Reste alors à vérifier si ce court opus de 35 minutes est à la hauteur de son titre provocateur.

Les onze titres de l’album oscillent entre un rock énergique et des mélodies pop plus douces et rétro. Ainsi, le groupe emprunte la voie déjà tracée par Franz Ferdinand (Crack the Wip), BlurBlock Party (So KindStacey), ou encore les Strokes avec qui semble avoir été co-écrit Moutains. À l’inverse, Direct to Helmet et le titre caché Japan is an Island, écrit en cours de géographie par Nick Krill et Thomas Hughes, rentrent dans la directe filiation de la britpop des Beatles, en particulier par les chœurs qui soupirent. Ils constituent une sorte de parodie de la chanson mélo typique de l’ado boutonneux mal à l’aise avec le sexe opposé.

Au-delà de cette ligne de partage entre pop et rock, c’est dans les trois premiers titres de l’album, en particulier dans Oh Mandy, tube incontestable, que se trouve le véritable cachet du Spinto Band. Que ce soit par ses chœurs, la rythmique de batterie de Jeff Hobson, les cinq notes du synthétiseur de Sam Hugues ou son refrain accrocheur, Oh Mandy parvient par la plus efficace et jolie des manières à nous communiquer l’enthousiasme de ces jeunes garçons en phase terminale d’adolescence. Tout le charme de ce jeune groupe réside dans l’aptitude de ses membres à tourner en dérision leur propre attitude de gosses mal dans leurs baskets et préférant se réfugier dans la musique plutôt que d’aborder des filles.

Il est dommage que la dynamique de ceux qui nous permettaient d’envisager avec joie une journée de pluies diluviennes en plein mois d’août ou une succession de râteaux auprès d’éventuelles conquêtes, soit brisée par deux morceaux successifs. Crispants, galvaudés et pauvres jusque dans les titres, Trust vs Mistrust et Spy vs Spy sont composés de trois accords de guitare et deux de batterie, ce qui aurait pu être une réussite, comme en sont capables les White Stripes, mais ne fonctionne pas ici.

Malgré ces ratés, le titre de l’album se justifie. Compte tenu de leur jeune âge, ces six américains sont talentueux et ne manquent pas d’assurance. Incontestablement nicealmost nicely done, le Spinto Band est un groupe dont on attend la suite (Give me a chance / I promiss I’ll come back honey). Note : 7/10

GUILLEMOTS – From the Cliffs

In des disques... on juillet 15, 2006 at 11:11

Pop / Grande Bretagne / 2006 / Fantastic Plastic

Guillemots : hormis le nom d’un oiseau trop souvent confondu avec le pingouin, personne n’avait jamais rien entendu sous ce nom…

L’album commence par une intro de 40 secondes (Sake) de Fyfe Dangerfield seul au piano, apathique, chantonnant quatre vers de mauvaise facture… qui se révèle n’être qu’un pied de nez espiègle pour mieux nous réveiller. En effet, dès Trains to Brazil (dont l’album comporte le clip), on reconnaît tout le talent de ce quatuor éclectique composé d’une contrebassiste canadienne (Aristazabal Hawkes), d’un batteur écossais (Greig Stewart), sans oublier le guitariste brésilien (MC Lord Magrao). Fyfe Dangerfield – c’est son vrai patronyme -, tout droit échappé de Peter Pan, pose au dos de l’album avec son chapeau de corsaire, de vieilles chaussures aux semelles décollées et une bouilloire, et nous emmène visiter son petit monde (“Somebody told me there’s another tale/But together we go somewhere/Somewhere over the stairs”) peuplé de sirènes (Cats Eyes), ou évoquant ses chagrins d’amours (Made Up Lovesong #43).

Mais ce qui rend vraiment magistrale la musique des Guillemots, c’est leur maîtrise des multiples possibilités de leurs instruments. Calmes en début et fin d’album (Sake, MY CHOSEN One), ils savent se faire agressifs et mélodieusement cacophoniques par petites touches. On obtient des morceaux courageux de sept à neuf minutes (Over the Stairs, Cats Eyes, Go Away) qui mixent habilement passages instrumentaux, voix douces ou hurlantes et ruptures de rythmes. L’intervention ponctuelle des cuivres (dans Go Away notamment) agit comme des rappels au monde du jazz, renforçant un aspect expérimental.

Après l’excellent Trains to Brazil pop acidulée, l’un des meilleurs morceaux est sûrement Over the Stairs. On savoure trois minutes de ballade et soudain un dérapage musical survient pendant trente secondes : la voix se fait très aiguë et déraille, accompagnée par une flûte et un piano qui s’emballent. La ballade reprend un peu plus agitée, entrecoupée de sursauts vocaux, et dans la dernière minute, Fyfe est parvenu à nous mener dans un monde aquatique où les voix se sont muées en chants de baleines…

Durant ce court bijou de quarante minutes, tout comme Fyfe se tient à la croisée des chemins (à gauche sa maison, et son terrain de jeux ; à droite des questions existentielles à résoudre comme “Qui vais-je devenir ?”), on passe par tous les états et genres musicaux, et l’on aimerait rester encore avec eux jouer avec des dinosaures et manger des doughnuts.

I Hear the Sound est gravé sur le CD. Si seulement Disney pouvait remplacer ses mélodies pâteuses par ces pépites pop-rock-jazz d’un groupe prometteur à l’âme d’enfant ! Jamais mélos, jamais prévisibles, simplement doués, les Guillemots sont peut-être de futurs empereurs dans leur domaine, certainement pas des manchots : “Best things come from nowhere/I love you I don’t think you care”.

Note : 9/10