Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

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URBAN RABBITS – 21e PROMOTION DU CNAC @ La Villette

In du cirque... on février 21, 2010 at 9:04

Cirque / Spectacle de fin d’études / 21e promotion du CNAC / Mise en scène Arpad Schilling / 14/02/2010 .

Une fois n’est pas coutume, aller voir un spectacle de cirque pour sa dernière n’est pas toujours un succès : fatigue accumulée des artistes souvent, lassitude parfois, contusions et petits coups de mou font souvent partie du rendez-vous. Mais concernant la 21e promotion du Centre National des Arts du Cirque, la qualité et l’énergie semblaient avoir donné plus que jamais rendez-vous à l’esthétisme pour un spectacle touchant de sincérité et légèreté. Hasard du calendrier, parler de la complexité des sentiments amoureux un jour de St Valentin rendait la tâche encore plus ardue. Un défi relevé avec brio par les seize jeunes promus. Bienvenue au pays de Beatrix Potter, version réelle.

Aujourd’hui, et particulièrement à Paris, la biodiversité des grandes métropoles se meurent. Les lapins, comme n’importe quelle population animale féconde, se font rares et précieux. Car si les lapins ont une réputation de fornicateurs, encore faut-il qu’on leur laisse la possibilité de le faire. Les lapins citadins sont donc, plus que toutes les espèces à grandes oreilles au poil soyeux, en voie de disparition et cherchent à assurer la perpétuation de leur genre. Interprétation littérale et fantaisiste d’un spectacle de cirque censé s’inscrire dans la « grande famille du cirque moderne, poétique et intellectualiste » me direz-vous ? Urban Rabbits remplit toutes ces conditions à la fois : régressif et raffiné, esthétique et simpliste, humoristique et grave.

Les artistes sautent, leurs numéros tressautent. Car non la vie n’est pas linéaire et bien ordonnée, non la vie sentimentale n’est pas une belle histoire qui commence en beauté et se termine bien. Ras le bol des spectacles nœud-nœud où les acrobates se rencontrent, dansent et repartent main dans la main sur des orchestrations lisses et grandiloquentes. Urban Rabbits juxtapose une série de « raté », tous ses essais dont on se vante rarement, tous ces loupés et ces incompréhensions qu’on garde pour soi. Les personnages tâtonnent et, comme dans la littérature contemporaine, la réalité fait intrusion dans la fiction : une figure super moche, un pied qui ruine les côtes du partenaire, un désaccord sur la suite des répliques à donner, « tout est écrit, même ton crachat au milieu de la piste »… La poésie et la beauté résident aussi dans ces petits moments de doutes – une belle qui passe son temps en haut de son perchoir à attendre que ses prétendants viennent l’attraper se verra finir… seule car après tout elle l’a bien cherché, de luxure – oui parfois on peut payer pour avoir accès à l’Amour d’une belle, ou mieux, vendre son corps de jeune homme à des vieilles en manque, ou de cahots – toutes les partitions sont essentiellement interprétées en live par les artistes qui crachotent dans les cuivres, s’écorchent les doigts aux cordes ou improvisent du des casseroles et des bicyclettes.

Force supplémentaire de ce spectacle, la tangible réintroduction du dialogue. D’ordinaire on part du principe qu’un ou deux textes (rarement pertinents) font partie du flirt avec le théâtre et participent de ce fait à la distinction entre piste moderne et traditionnelle. Le choix d’Arpad Schilling, cinéaste et dramaturge est on ne peut plus judicieux : si le cirque moderne a prétention à réconcilier théâtre, danse et cirque, alors il faut commencer par proposer à des auteurs de mettre en scène d’autres arts que le leur (comme on l’avait l’année dernière proposé à J-C Gallotta, ce qui avait donné une dominante dansée) . Là on a enfin de véritables échanges, les athlètes se muent en acteurs, s’interpellent, se crient dessus… dans plusieurs langues (car cela va se soit, l’amour et ses complications sont universelles ahah). La créativité de ce spectacle ne s’arrête pas là. On découvre d’insolites agrès qui semblent tout droit sortis de l’imagination respective de chacun des jeunes circassiens comme cette « spirale » maniée par Benoit Fauchier, sorte de serpent de métal dangereux qu’il faut apprendre à dompter pour mieux réinterpréter les numéros de roue allemande et barre fixe. On redécouvre des disciplines à travers le travestissement d’un filet en trampoline, l’exploration d’un fil comme limite supérieure (numéro sous le fil et non dessus) ou la voltige équestre sur vélo à pignon fixe.

Vous l’aurez compris, malgré quelques maladresses (comme le fait d’avoir des écrans vidéos pour des traductions : soit superflu car l’on a pas besoin de tout comprendre, soit inexploité car il y avait beaucoup plus à faire avec ces écrans) et quelques longueurs que l’on attribuera ici à la fatigue accumulée d’un mois de représentations sans relâches), Urban Rabbits reste une création résolument vivante, aboutie et épurée.

Gageons que ce spectacle touchant saura plaider la cause des léporidés auprès de tous : cause environnementale et culturelle n’ont jamais fait si bon ménage.

Note : 8,5/10

N.B. 1 : les lapins citadins ont un blog !

N.B.. 2 : Si vous passez des vacances en Europe cette année, alors ne manquez pas l’occasion de croiser leur route :

- Reims : 2 – 4 mars

- Malte : 9 – 11 avril

- Italie / Rome, Modène, Ferrara : 24 avril – 29 mai

- Roumanie / Iasi : 11 – 13 juin

- Hongrie / Budapest, Debrecen, Pecs : 19 juin – 25 juillet

- Serbie / Belgrade : 31 juillet – 6 août

P.S 1 : Cette chronique est dédiée à Benoit Fauchier… en souvenir et à l’avenir !

TOY FIGHT @ Point FMR

In des concerts... on mai 20, 2009 at 9:06

Groupe parisien / Pop-folk / 19/05/2009

Après avoir chroniqué l’album et avoir mené laborieusement une interview des Toy Fight, il ne restait plus qu’à tirer quelques conclusions d’une prestation scénique. Deux Live report en une chronique : retour sur les concerts de la Maroquinerie (14/05) et du Point Ephémère (19/05).

© Michaurel

Il y avait seulement cinq jours d’écart entre les deux concerts et pourtant, les progrès étaient déjà réels. Ils disposaient au Point FMR d’un peu plus de temps que dans le cadre des Inrocks Indie Club (cf. les playlist de 9 et 11 titres). La rigueur et la maîtrise générale a mis un terme à des arrangements encore parfois hasardeux (mais terriblement touchants) sans pour autant faire perdre leur fraîcheur aux six parisiens. Car c’est bien tout le charme de ce groupe : partis pour ne plus revenir en 2006, on les a retrouvé in-extrémis en 2009 avec la même fébrilité que lorsqu’on tombe par hasard sur de vieux amis. On est happé en un rien de temps par leur bonne humeur et leur spontanéité, à l’image des mélodies qu’ils construisent, perpétuelle valse d’instrument. Soulignons à ce propos le talent de Jean Thévenin, aussi à l’aise à la batterie, au clavier, à l’accordéon, aux claves, voire à la clarinette ! La douce voix (un peu nerveuse) de Mina Tindle apporte la touche féminine qui parfait l’ensemble.

© Michaurel

Lorsqu’on évoque une scène folk parisienne, on devrait immédiatement penser à des groupes comme Syd Matters ou Los Chicros, il est temps que Toy Fight les rejoigne.

Note : 8/10

 

Setliste à la Maroquinerie (16/05) et au Point FMR (19/05)

Setliste à la Maroquinerie (16/05) et au Point FMR (19/05)

RICHARD SWIFT @ Point FMR

In des concerts... on mai 19, 2009 at 1:24

Groupe américain / pop – rock / 14/05/2009

L’album était prometteur, la prestation scénique le fut tout autant ce soir là. Richard Swift avait certes eu la mauvaise idée de garder un costume trop chaud sur scène, ce qui, embonpoint aidant, n’était pas des plus esthétique et bien-odorant, mais le groupe a livré un spectacle tout en finesse et humour.

De profil au clavier, Richard Swift s’amuse avec l’acolyte qui lui fait face et danse tout en jonglant entre guitare, synthé déglingué (The Original Thought). Le batteur surveille le public depuis l’arrière scène ainsi que son troisième collègue qui pianote de dos.

Le groupe livre ce soir là essentiellement des titres du nouvel opus, passant en sourdine le triptyque morbide (R.I.P., The End of an AgeAlready Gone), pour le grand plaisir de nos oreilles qui se mettent à swinguer en un rien de temps (Hallelujah Goodnight, A Song For Milton Feher). Le public, à son grand tort, n’était pas au rendez-vous : la salle était à moitié vide, ce qui peut s’expliquer en partie du fait des désormais célèbres « pluies diluviennes de mai ».

Une excellente prestation qui en appelle d’autre, malgré le déluge qui sévit et la moiteur glaçante jusqu’à l’os de l’air ambiant, on ressort regonflé à bloc, prêt à affronter toutes les tempêtes, comme pédaler 25 minutes à vélo sans broncher et sans attraper de bronchite :) .

Note : 8,5/10

THE NOISETTES @ La Boule Noire

In des concerts... on avril 29, 2009 at 8:31

Pop / Groupe anglais / 23/04/2009

La grosse machinerie anglaise attendue au virage… D’un trio prometteur qui savait se démarquer de la pop abrutissante venue d’Angleterre, on sentait que le vent avait tourné dans le second opus des Noisettes (cf. chronique du disque). Des attentes en partie satisfaites.

A la tête des Noisettes il y a une sirène noire, Shingai Shoniwa, belle plante branchée sur 2000 volts. Sans elle ce groupe ne serait rien, le problème c’est qu’elle le sait un peu trop. Elle délaisse son instrument pour ne se consacrer qu’au chant, aux chorégraphies minutées et à la gesticulation pseudo-naturelle. La Dame ira même s’accrocher aux rampes de spots… Un peu mégalo, elle aime se faire prier par ses choristes, siffler, fendre la foule, jouer de tous ses charmes. Un spectacle minuté ne laissant pas une seule opportunité à l’improvisation et la spontanéité. Si j’avais rédigé cette chronique à chaud, dix minutes après le show, mes conclusions seraient quelque peu différentes car Shingai Shoniwa reste vraiment envoûtante.

 

La setliste chronométrée du soir, pas une minute de plus...

La setliste chronométrée du soir, pas une minute de plus...

Pourtant, The Noisettes risque définitivement d’avoir perdu sa place parmi les bons groupes de pop. Il n’y a qu’à jeter un œil à la setliste pour se rendre compte que les titres du premier album sont bien meilleurs. Ce second opus est mou et toutes les gesticulations du monde n’en rendront pas les rythmes plus dynamiques…

 

Note : 7/10

 

 

 

 

 

 

 

Un mot sur la première partie :

THE RODEO vaut le coup d’œil et d’oreille. Jeune dame du sud des USA, sa voix chaude et rocailleuse rappelle My Brightest Diamond ou Phoebe Kildeer (dont elle a d’ailleurs assuré les premières parties). Ses ballades folk sont simples et amusantes. Son air mutin révèle son amour de la scène. La présence de Jean Thévenin, batteur de trop nombreux groupes parisiens (à commencer par Toy Fight et Tahiti Boy), ajoute une touche foutraque à l’univers de The Rodeo. Une première partie trop courte pour permettre d’apprécier pleinement ses capacités, à suivre !

Crédits photos : Michaurel

HJALTALIN @ Nouveau Casino

In des concerts... on avril 28, 2009 at 1:25

Groupe Islandais / Pop-rock / 21/04/2009

Pas facile de se faire une place dans le panorama de l’indie pop-rock venue d’Islande tant Sigur Rós époustoufle toujours et s’impose comme la référence en la matière. Pas évident non plus de sortir du lot de la musique pop-rock en général tant elle prolifère à travers les continents… Bref les Hjaltalin avaient du pain sur la planche pour satisfaire le public parisien. Défi remporté.

Après un départ un peu timide (guitare-voix du chanteur tout seul), les cinq membres présents (parmi 9) de Hjaltalin balancent la sauce. Ils ont le bon goût d’avoir demandé des renforts de cuivre pour leurs tubes. The trees don’t like the smoke est de ce fait particulièrement réussi. Le spectacle évolue entre pop-jazzy, grands mouvements rappelant symphonie classique et opéra, ou encore rock psyché pas très éloigné des Arcade Fire auxquels on les compare beaucoup trop et à tort.

Après avoir pensé à traduire dans les grandes lignes de quoi parlent leurs chansons en islandais (parce que Sigur Rós on n’a pas encore tout saisi hein…) – et en français s’il vous plaît ! – les Hjaltalin ont démontré qu’ils n’ont pas volé leur succès naissant. Derrière ce joyeux bazar, il y a du travail, de la rigueur et du talent… et pas mal de charme. A suivre de près.

Note : 8/10

Crédits photos : Michaurel

MATT BAUER – interview café serré au Père Lachaise

In Papotages... on avril 14, 2009 at 9:20

Paris, 9 avril, début d’après midi. Il fait beau, je retrouve Matt Bauer aux pieds du cimetière du Père Lachaise. Toutes les terrasses de cafés sont prises d’assaut étant donné que le soleil a décidé de pointer le bout de son nez. Je demande à Matt Bauer s’il sait qui est Bashung – qui vient d’être enterré quelques semaines plus tôt – il n’en a jamais entendu parler. Alors je lui raconte les grandes lignes et il prend des notes, consciencieusement. 


Interview café serré, mal préparée.

Salut Matt, comment tu te sens ici à Paris, ça va ?

M.B. :  C’est super, j’aime vraiment cette ville. J’ai de la chance c’est une très belle journée de printemps. C‘est ma troisième fois depuis l’année dernière. J’ai l’impression que les gens sont très gentils et j’ai toujours passé des super moments.

Est-ce très différent de Brooklyn – où tu vis maintenant – ou du Kentucky – où tu as grandi ?

M.B. :  Oui c’est sûr que mon enfance dans le Kentucky à la campagne, près d’une petite ville et également très différent de Brooklyn. New York est aussi une grande ville mais les atmosphères sont très différentes.

Revenons au Kentucky, et parlons de la pochette de ton album. J’ai lu que c’était inspiré du fait divers de The Tent Girl. Lorsqu’on la regarde la première fois, c’est assez frappant. Tu tiens une jeune femme dans tes bras, elle semble morte. Je me demandais si la fille que tu tiens est The Tent Girl, si pour toi la fille est morte ou est-ce qu’elle vit encore ? Est-ce plein d’espoir ou bien de tristesse ?

M.B. :  Je crois que c’est plein d’espoir, sur la pochette je suis censé trouver The Tent Girl et la sortir de l’eau. C’est une fiction car on l’a trouvé emballée dans un drap qui l’empêchait d’être vue. La question reste ouvert car certains pensent que je sauve cette fille et d’autres pensent – vu ma tête (rires) – que je l’ai tuée ou que je la retrouve morte.

Pour moi elle vit, mais c’est parce que j’ai écouté l’album… Car lorsqu’on reçoit le disque au départ, c’est un peu inquiétant. Je me suis demandée quel genre de musique allait ressortir d’un disque avec une telle pochette. Tu as choisi cette image ?

M.B. :  Oui je suis très satisfait de la pochette – réalisée par mon ami Michael Kennedy. On a fait cette série de photos parce que je n’aime pas les photos de promo ou les pochettes classiques des groupes actuels, du style des mecs sont appuyés à un mur et un type les prend en photo comme ça. On voulait quelque chose qui ressemble à la fois à une image extraite d’un film et qui inspire une musique.

Un de mes titres préférés dans ton album est Rose and Vine, Tu peux m’en dire un peu plus à ce propos ?

M.B. :  L’histoire de Rose and Vine – comme toutes mes chansons – est en partie vraie et en partie fictive. J‘aime mélanger 2 ou 3 histoires et qu’il en ressorte une nouvelle version. Rose and Vine est à propos d’un ado qui fuit la maison et il va voir les chevaux et monte une dernière fois avant de partir. Et ma mère et moi avions un cheval que nous avons élevé. Donc pendant cette chanson je pense à mon cheval durant mon enfance mais j’imagine aussi l’histoire de Barbara Taylor – The Tent Girl. On ne sait pas trop si elle s’est enfuie de chez elle mais on ne sait pas exactement où elle était les derniers jours avant sa mort, on l’a aperçu pour la dernière fois dans la ville où j’ai grandi. Donc j’ai pris des tranches de vie de ces différentes histoires et voilà…

Tu étais gamin quand on a retrouvée cette femme ?

M.B. : On l’a retrouvé en 1968 (rires) donc non. Ce qui était intéressant dans cette histoire c’est que personne n’a su qui elle était pendant environ 30 ans après sa mort. Après un homme qui pensait savoir qui elle était a obtenu le droit d’exhumer le corps et de faire des tests ADN et confirmer son identité. Je n’étais pas né lorsqu’elle est morte.

Tu as dit que tu vis à présent à Brooklyn, est-ce que tu as là-bas des amis musiciens ?

M.B. : Oui… en fait j’ai une tonne de super amis (rires). Une de mes préférées, c’est Sharon Beneton. Ses chansons  sont géniales mais sa voix plus encore est fascinante. Je ne peux pas dire à qui elle ressemble, mais sa voix porte tellement… c’est vraiment une de mes préférées. Qui d’autre ? Il y a énormément de très bons musiciens qui jouent dans différents groupes. Je joue souvent avec deux frères, Jay et Alex Foot. Jay joue de la upright basse et Alex de la guitare. Récemment nous avons beaucoup joué en trio. Ils sont vraiment géniaux. Laisse moi trouver d’autres groupes… hem Cristal Stilts est excellent, John Black, Lewis and Clark… pas exactement de New York, mais ils sont bons quand même (rires) ! She Keeps Bees en est un autre, un duo et… il y en a tellement !

Sur ce dernier album, tu as collaboré avec Alela Diane et Mariee Sioux, c’est nouveau ? Tu aimerais continuer de travailler avec des voix féminines ?

M.B. : Oui, Alela interprète un titre sur le dernier, et Mariee chante sur le dernier et le précédent aussi. Je crois que ces voix complètent bien la mienne. J’aimerais réentendre mes chansons sans les voix juste pour voir (rires). Il y a aussi d’autres interprètes comme Angel (Deradoorian, ndt), elle est aussi vient d’un autre groupe génial de New York – des Dirty Projectors que j’aime beaucoup – mais elle chante entièrement sur Sheltering Dark tout au long du titre, sans aucune harmonie. Et lorsque je mixais l’album et que j’ajoutais ma voix, je n’arrêtais pas de penser « cette voix est mieux que la mienne ! » (rires), c’est plus marrant d’écouter les autres (rires).

Lorsque je t’ai vu la première fois, je sortais du concert de Mariee Sioux et je n’avais pas reconnu que c’était la même qui chantait sur ton album, sa voix était différente.

M.B. : Tu as raison, j’ai adoré notre collaboration. Je crois que les gens chantent différemment suivant leurs collaborations. Je chante très calmement et elle réalise des chansons très différentes de cela habituellement. Il s’est passé la même chose avec Alela. Pour le titre avec Alela, elle l’a enregistré lorsqu’elle est passée à New York. Et lorsque je lui ai fait écouter le montage final elle m’a demandé quelle fille chantait (rires) ! Et je lui ai répondu que c’était elle (rires) ! La façon dont elle chante est très calme, nos façons d’enregistrer sont très différentes, là on était dans une toute petite pièce, elle chantait très calmement donc je crois qu’elle n’était pas dans ses conditions habituelles, ça a modifié sa voix et c’est probablement la même chose qui s’est passé avec Mariee. Je crois que c’est d’ailleurs ce qui fait un bon chanteur, capable de chanter différemment, de s’adapter aux chansons au lieu de faire seulement ce qu’il a l’habitude de faire.

… et sans transition (rires) tu joueras la semaine prochaine avec Troy Von Balthazar au Nouveau Casino, est-ce que tu l’as déjà rencontré ?

M.B. : Non je ne l’ai encore jamais rencontré. Mais je suis assez impatient car j’aime beaucoup ce qu’il fait. Je l’ai vu dans quelques spectacles et c’était bien (rires).

Tu prévois de faire quelques titres avec lui ?

M.B. : (rires) J’y avais pas réfléchi mas oui ce serait génial ! Je ne sais pas du tout si on aura cette possibilité ! Viens le 17 pour vérifier toi-même (rires) !

Et pour finir, pourrais-tu me dire quels sont les 3 derniers albums que tu as écouté et qui t’ont marqués ?

M.B. :  J’ai écouté The Pupils de Daniel Higgs et un autre qui viennent tous les deux du groupe de post-punk Lungfish. C’est sorti en 2002 ou 2003 mais je viens seulement de l’écouter (rire). J’ai aussi écouté un artiste de Californie, Garrett Pierce, il sort un nouvel album en ce moment même, ça s’appelle All Masks. Ses titres sont supers et une tonne de supers artistes y ont participé. Et pour finir je recommanderais le nouvel album de Jolie Holland, The living and the Dead, et je ne dis pas ça parce que c’est mon amie (rires). J’adore sa voix mais son écriture est tellement géniale, c’est rare et généreux, je dirais qu’il faudrait l’écouter un million de fois… ! (rires)

Fin du quart d’heure, le rayon de soleil se cache, je raccompagne Matt chez Zamora, il me raconte ses mésaventures liées au jetlag de la veille et ses interrogations quant à la pertinence de ses interventions sur d’autres radios… Radio Campus Paris est finalement la première radio à vraiment s’intéresser à lui en France, ahahah…

Petite digression sur la barbe : après avoir testé la douceur soyeuse de la barbe de Sébastien Tellier, celle de Matt Bauer était plus rêche mais aussi plus moelleuse… 

Pour le plaisir des oreilles, la sélection musicale de Matt Bauer , du punk, du rock, de la folk… bien énergique dans l’ensemble pour quelqu’un d‘aussi calme et doux.

www.myspace.com/crystalstilts

www.myspace.com/shekeepsbees

www.myspace.com/lewisclarke

www.myspace.com/dirtyprojectors

www.myspace.com/garrettpiercemusic

www.myspace.com/jolieholland

VIDES : une rétrospective

In des expos... on mars 3, 2009 at 1:40

Centre Georges Pompidou – Paris – du 25/03/2009 au 23/03/2009

« Pour la première fois au sein d’un musée d’art moderne, le Centre Pompidou propose de faire découvrir une page essentielle de l’histoire de l’art ». Pas moins de six commissaires, un scénographe et deux graphistes ont travaillé au projet de cette nouvelle exposition. Annoncé de la sorte, grande est l’envie de ne pas se sentir trop inculte et de connaître ce qu’est le Vide en art… On reconnaît bien là l’esprit Beaubourg, de bonnes idées mais rien pour être capable de les matérialiser convenablement, d’où une exposition incomprise et inintéressante.

Le Vide est un concept certes difficile à exprimer en art mais dont les artistes contemporains se sont déjà régulièrement emparés au cours du XXe siècle, notamment Yves Klein en 1958. Avec La Spécialisation de la sensibilité à l’état matière première en sensibilité picturale stabilisée [attention respirez bien si vous parlez de cette expo à l’oral] l’artiste avait entièrement repeint la galerie Iris Clert en blanc pour créer « une ambiance, un climat pictural sensible et à cause de cela même invisible ». De la même manière, l’exposition de Beaubourg souligne le travail dans le domaine de Laurie Parsons, Robert Barry, Roman Ondak, Robert Irwin, Bethan Huws, Maria Eichhorn ou du collectif Art et Language, groupe fondateur de l’art conceptuel fin 60’s.

Le problème de l’exposition du Centre Pompidou vient essentiellement de son manque total de mise en valeur, ne faisant que renforcer l’idée que l’art moderne est réservé à un petit cercle d’excentrique.

Ainsi l’exposition se trouve au fond du niveau 4, en bout de musée, donnant l’impression que les toiles ont été décrochées pour un nouveau chantier et non laissant penser que ces salles sont « pleines ». En les mettant au centre du musée, cernées de pièces regorgeant d’œuvres picturales visibles, le message aurait déjà bien plus explicite.

Deuxième erreur majeure, aucune explication hormis un A5 recto-verso n’est mise à disposition du public. Doit-on rappeler que l’une des missions d’un musée est d’être pédagogique ? Si le vide est une page essentielle de l’histoire de l’art comme ils se plaisent à l’affirmer, il serait bon d’expliquer en quoi c’est si intéressant, non ? On ne sait même pas ce que les auteurs ont voulu exprimer ici.

On peut aussi ajouter au chapitre pessimiste que le titre de l’exposition est mal choisi. S’il s’agit d’une rétrospective, pourquoi les commissaires n’ont-ils pas pris la liberté de faire une exposition retraçant les expositions de vide en art pictural ? Des photos, des vidéos, des croquis qui montreraient que le vide se pense, s’appréhende longuement ? Les visiteurs sont ici livrés à eux-mêmes, incapables de discerner quoi que ce soit. Les espaces n’ont pas été modulés spécialement pour l’exposition, il ne retracent finalement absolument pas les travaux réalisés par ceux qui sont exposés. Car chaque exposition de vide en art pictural a une histoire différente. C’est bien parce que Bethan Huws était émerveillée de la beauté du bâtiment de Mies Von der Rohe (il s’agissait de la Haus Ester de Krefeld, Allemagne) qu’elle décida de le laisser un vide dans l’exposition personnelle qu’elle était invitée à réaliser. Or Beaubourg n’est pas un bâtiment de Mies Von der Rohe, n’a d’ailleurs pas grand chose à voir avec… De même Maria Eichhorn avait laissé vide son espace d’exposition pour consacrer le budget qui lui était alloué à la rénovation de la Kunsthalle de Berne ! Où sont les parallèles dans cette rétrospective ? Des fonds ont-ils été mis de côté pour la rénovation de Beaubourg ? J’en doute fortement… On ne ressent strictement rien dans cette exposition hormis de l’agacement et du dépit.

On pourrait continuer ainsi très longuement, tout ce que les commissaires ont été capables de faire correctement ici est peut-être le catalogue d’exposition qui en ressort. 540 pages consacrées au sujet, preuve que le Vide fait couler de l’encre (un dernier reproche pour la route, ce catalogue n’était même pas consultable dans l’exposition).

Cette rétrospective du Vide en art pictural est un tollé général, ne faisant que renforcer l’idée reçue que l’art moderne est une masturbation intellectuelle stérile.

Note : 1/10

20e/PREMIERE – 20E PROMOTION DU CNAC @ La Villette

In du cirque... on février 16, 2009 at 5:40

Cirque moderne / CNAC / France / 15/02/2009

Comme chaque année, La Villette accueillait le spectacle de la dernière promotion du Centre National des Arts du Cirque. Ayant connu une légère perte de vitesse liée à la qualité décevante des mises en scène des promotions des dernières années, le CNAC prouve à nouveau que cette école est de qualité.

Pour cette 20e promotion, on avait fait appel à Georges Lavaudant – grand metteur en scène s’il en est dont mon jeune âge me permet seulement de me souvenir d’une belle mise en scène de La Cerisaie au Théâtre de l’Odéon) et Jean-Claude Gallotta – chorégraphe contemporain digne élève de Merce Cunningham. Et le résultat est très positif.

D’abord la scène a été épurée au maximum, réduit à l’expression simple d’une piste de cirque et de ses agrès mobiles. Chacun s’approprie l’espace à sa manière, à sa mesure. Les disciplines sont elles aussi réduites au plus simple à transporter / transposer : ce qui est rapidement réducteur en terme d’opportunité de jouer pour les compagnies de cirque, c’est de trouver un espace capable d’accueillir les agrès aérien mobiles ou nécessitant de la hauteur : trapèze ballant, trapèzes volants… Là on a seulement des mâts chinois et un drap fixe… donc le spectacle est facilement adaptable à une scène de théâtre ou de danse. Soulignons néanmoins l’introduction d’une discipline plus rare et assez fascinante : le mât pendulaire, très bien adapté ici. On peut aussi louer l’introduction d’un V-jing en arrière-piste montrant les mêmes artistes lors des répétitions au même moment du spectacle.

Pour le reste, l’accent a été mis sur la danse et les chorégraphies, plus travaillées qu’à l’accoutumée. Et même si le solo de danse peine parfois à trouver cohérence dans cet ensemble – bien qu’il soit très réussi – il est une virgule bienvenue dans tout spectacle. Les élèves repartent aussi avec des évolutions de carrière plus large que les promotions précédentes : moins techniques, moins éblouissants, ils n’ont pas acquis que leur seule discipline favorite de cirque. Les chorégraphies et les costumes rappellent fortement l’univers de Merce Cunningham, les artistes portent tour à tour des costumes très pratiques (simples shorts en lycra et chaussons), colorés (justaucorps complets bleu, jaune, vert ou rouge), folkloriques (mariée orientale, mariée européenne…) ou rappelant le cabaret (costumes veste-pantalon, garçon de piste, complet et cane…). L’univers sonore est aussi très influencé par la danse contemporaine, mélange d’extraits de dialogues en japonais et de composition de piano assez déstructurées.

Un spectacle de très belle facture et des artistes en devenir à qui l’on souhaite un maximum de réussite… sur une piste de cirque ou ailleurs.

Note : 8,5/10

Le futurisme à Paris, une avant-garde explosive

In des expos... on janvier 10, 2009 at 7:10

Centre Georges Pompidou – Paris – du 15/10/2008 au 26/01/2008

Il n’est rien de stable, tout est mouvant, tout est lié à la fois à la sensation et au souvenir, à la pensée et à la perception… C’est à peu près comme cela qu’on pourrait résumer l’avis de Bergson sur le monde qui nous entoure. C’est sur ces acquis que se basent les futuristes lorsqu’ils proclament leur Manifeste du futurisme.

 

The city rises, 1910, U. Boccioni
The city rises, 1910, U. Boccioni

 

Lorsque paraît le Manifeste à la une du Figaro en 1909, la France connaît les débuts du cubisme, art pictural radicalement différent du futurisme en cela qu’il tend vers une représentation par l’abstraction, de la pure pensée géométrique et mathématique, de la stabilité des formes (équilibre et symétrie). Vitesse, mouvement, couleurs. Telles sont les caractéristiques du futurisme (par opposition au cubisme qui tend vers des teintes en camaïeu de couleurs brutes, une appréhension sculpturale des choses). L’exposition consacre notamment une salle aux peintres futuristes italiens comme Giacomo Balla ou Umberto Boccioni.

 

Mais les œuvres les plus intéressantes selon moi sont celles qui tentèrent de faire une sorte de synthèse des deux mouvements artistiques. C’est le cas du Nu descendant l’escalier de Marcel Duchamp, représentation d’un être en mouvement dans des teintes sombres directement copiées sur G. Braque ou P. Picasso. L’Orphisme de Guillaume Apollinaire qui naîtra par la suite, « synthèse de la peinture pure et de la simultanéité », est également bien mis en valeur dans l’exposition.

 

Nu descendant un escalier, Marcel Duchamp, 1912

Nu descendant un escalier, 1912, Marcel Duchamp

Il faut souligner ici les progrès qu’ont fait les créateurs d’expositions de Beaubourg dans la façon d’expliquer et faciliter la compréhension du sujet : sobre, pas trop complexe ni trop long… le temps des expositions aux sujets alléchants mais d’où l’on ressortait déçu tant l’organisation laissait à désirer (cf. Dada très mal structurée ou Los Angeles 1955-1985 : naissance d’une capitale artistique beaucoup trop dense) semble révolu. Cependant pour bien appréhender le sujet, on ne peut que conseiller d’aller jeter un œil à la collection permanente pour sa splendide Femme à la guitare de G. Braque.

 

Une belle exposition, fournie juste comme il faut, qui rend hommage comme il se doit à un mouvement artistique du XXe siècle occulté pour des raisons politiques (les futuristes louent le machinisme, dont les effets dévastateurs seront démontrés tout au long des grandes guerres ; ils étaient également pour l’essentiel anarchistes). Ce sont les dernières semaines de l’expo, il serait dommage de ne pas aller y consacrer une bonne heure et demie…

Note : 8/10