Radio Campus Paris / Pop-rock, Hip Hop / 12/02/2010
Voilà cinq belles années que Radio Campus Paris possède une demie-fréquence (93.9 fm de 17h30 à 5h30) pour promouvoir des artistes qui n’ont pas toujours l’occasion d’être soutenus par les radios commerciales (Top Tape, Novorock, Tout foutre on Air), pour parler d’initiatives du monde étudiant ou associatif (A l’Asso, La Matinale de 19h) ou encore pour parler d’amour des musiques (Iconoclash, Bam Salute, Mets plus fort, Voltes Phases, Random, Poney Club 54, Jazz and Co ou Proxima Estacion). Et comme à chaque fois qu’elle organise une soirée pour fêter son existence, Radio Campus Paris sait proposer une programmation à son image : pointue, décalée et de qualité. Ce soir là, ce sont General Bye Bye, :Pilöt et Le Klub des 7 qui s’y sont collés côté concert (telle une Cendrillon, je n’ai pas pu rester pour le clubbing donc je n’en parlerai pas cette fois).
General Bye Bye est un quatuor pop-rock qui en a dans la cage thoracique. Leur premier EP sorti en 2009 (Alphabetical) est à l’image de leur univers : on fait le tour du globe des influences musicales en quelques minutes. Les mélodies d’Europe de l’Est se mélangent aux riffs acides d’un rock endiablé. Plus loin la ballade pop guitare-voix se fait envahir de sonorités électroniques. La voix de leur chanteuse sublime l’ensemble, en combinaisons d’ouvriers, ils viennent vous faire une opération à cœur ouvert : cinématographique et addictive, leur musique ne laisse pas de marbre et en ouverture de soirée on ne pouvait pas mieux espérer.
Si Le Klub des 7 était le groupe attendu de la soirée, :Pilöt en fut incontestablement sa plus belle surprise. Une frêle femme tient tête à deux micros, accompagnée de musiciens tout aussi concentrés qu’elle sur leurs instruments. De cette frèle carcasse sort une explosion d’émotions, de rires, de cris, de douleurs et de plaisirs. Prenez une morphologie de crevette à la plastique impeccable de Top-Model (au hasard Kate Moss…) et greffez-lui des cordes vocales de PJ Harvey et Nic Cave ; vous obtenez une artiste bluffante de talent. En quelques minutes, elle est mutine, charmante, odieuse, dédaigneuse, ivre morte ou enragée. Et sa voix suit le même schéma, mutante saurienne. La petite tornade n’épargne personne (à commencer par Good Karma),on entre avec délectation en transe avec la sirène et j’en perdrais la voix lors de l’interview en sortie de scène, restée perdue dans les plaines d’Apache et circonvolutions d’Arpo. :Pilöt fut la découverte Printemps de Bourges pour l’Ile-de-France (2009) et l’on ne peut que s’en réjouir : pas de petits rockers pour représenter la région capitale mais une formation à la forte personnalité, à l’univers qui lui est propre.
Enfin, que dire de la prestation du Klub des 7 sinon « Joie Joie Joie » ? Réunis presque au complet (sans le trop snob Fuzati, le trop ivre Gérard Baste et le défunt Freddy K), James Delleck, Le Jouage, Detect et Cyanure ont assuré le spectacle avec quelques invités en bonus, dont les délicieux Gourmets de Lyon. Interprétant essentiellement des titres de leur nouvel opus (La Classe de Musique, 2009), on a a eu également droit à plusieurs nouveau titres. Le plus jouissif fut probablement Gosse handicapé (titre inventé) où James Delleck s’est livré à un inventaire à la Prévert des excuses qu’on peut trouver à un gamin un peu looser parce qu’il n’a « pas d’papa, pas d’papa, voilà ». Très en forme, le groupe finit par inviter le public à se déhancher sur scène avec eux, pour notre plus grand plaisir (ne pas cf. les photos compromettantes).
Et voilà, terminé, minuit passé il est temps pour mes vieux os de se rentrer… Radio Campus Paris aura encore une fois démontré non seulement son utilité dans le paysage médiatique parisien (via la promotion de trois excellents groupes), mais aussi que culture n’est pas toujours synonyme de cloisonnement social (en réussissant le trop rare pari de réunir différentes catégories socioprofessionnelles et en osant mélanger différents genres musicaux). Joyeux anniversaire belle RCP !
Romain Turzi d’abord, le résident perpétuel. Membre central du groupe
Arnaud Rebotini ensuite, le quarantenaire qui a eu le courage de se reconvertir. La bonne idée d’arrêter Black Strobe, de se séparer d’Yvan Smagghe pour se reconcentrer sur ce qu’il aime : la techno pointue en solo. Il collectionne les synthés Roland vintage, il va donc les exploiter et nous livre sa petite symphonie pour machines usagées et oubliées à tort. Un synthétiseur lorsqu’on sait lui faire cracher ce qu’il a dans le ventre, ça peut s’avérer être un excellent outil musical, et en plus c’est beau. Cerné de machine, l’homme au look de Forban titille les corps qui se déhanchent comme si de rien n’était et charme les oreilles attentives qui sont restées pour cette prestation un peu tardive pour un lundi soir. Arnaud Rebotini vient simplement de démontrer qu’on peut faire de la musique du futur avec des machines fabriquées avant ma naissance…
Donc, pour synthétiser (sans mauvais jeu de mot ahah) on a commencé la soirée par un vingtenaire Turzi qui utilise les derniers outils technologiques pour créer une électro mystique et très rétro et on a terminé ce concert par un quarantenaire Rebotini qui n’utilise que du matos d’après guerre pour inventer une musique techno futuriste. Et au milieu de ces deux tendances vraiment intéressantes, s’en dessine une troisième, représentée ce soir là par Yuksek. Lui est jeune – plus que Turzi – et est tout droit issu de la mouvance Ed Bangers. En résumé, il fait de la musique à l’opposé de Turzi et Rebotini : de la musique immédiate, l’électro à danser sans se concentrer. Pas de fond, juste une forme. Et ça fonctionne parfaitement, le public se met à sautiller dans tous les sens, secouer la tête et sourire sans se poser de questions. Des titres tous ultra-calibrés pour les radios commerciales (2’30 – 3’00) en complète opposition avec les 8’00 – 12’00 de moyenne de ses deux collègues. Un live de Yuksek, c’est comme un mauvais film avec un scénario intéressant, on en ressort en ayant déjà oublié les trois quart de ce à quoi on vient d’assister. Cet artiste appartient à toute cette vague qui copie les aînés (Daft Punk, Simian…) pour recracher plus ou moins habilement une électro fluo. Matuvu et Bling-bling sont les maîtres mots qui attirent une jeunesse en mal de connaissance musicale de fond et qui a un profond besoin de défoulement immédiat. Issus de la génération « tout, tout de suite », « travailler plus sans gagner plus », « société de consommation mon Amour », le public le plus friand de Yuksek est jeune. Sauf que… ce soir là, nous sommes un lundi, ce n’est pas les vacances scolaires et le public est plutôt « trentenaire bien tassé » que « tout juste majeur ». On se rend alors compte que Yuksek touche une autre catégorie de public : les bobos en mal de jeunesse, sur le retour et ne supportant pas l’idée d’approcher les quarante piges. Pas d’enfants, pas de vie de couple, pas de voiture (mais un scooter, pardon, un Vespa), pas de théâtre ou d’opéra mais du clubbing jusqu’à plus soif, un appartement grand et vide de vie puisqu’ils n’en sont que les courants d’airs : on ne mange pas chez soi, il n’y a pas de table pour ça ; on n’invite pas chez soi, il n’y a rien à voir chez soi… Ils se raccrochent à cet ersatz d’électro qui leur donne l’illusion d’être jeune à nouveau, de ne plus sentir le poids des ans dans leurs genoux, d’oublier quelques instants cette brioche naissante sur leurs hanches. Le temps d’un set, ils ont l’impression d’être insouciants, ils oublient qu’ils sont censés être des bobos parisiens coincés devant un concert, ils applaudissent à tout rompre au lieu de nous servir leur habituelle moue dédaigneuse. Croyez-le ou non, c’est presqu’émouvant de voir leur détresse affective et leur mal-être de presque-vieux s’effacer l‘instant d’un titre.


L’album était prometteur, la prestation scénique le fut tout autant ce soir là. Richard Swift avait certes eu la mauvaise idée de garder un costume trop chaud sur scène, ce qui, embonpoint aidant, n’était pas des plus esthétique et bien-odorant, mais le groupe a livré un spectacle tout en finesse et humour.
Lorsque Romain Turzi – petit Prince des guitares apocalyptiques et actif participant au renouveau du Krautrock, s’associe à Etienne Jaumet – aka une moitié de Zombie Zombie et un membre des dégingandés Married Monk – pour interpréter des titres sur la thématique « A Psychedelic Night », on se doute que ça risque d’être intéressant. Pour assister à ce nouveau projet à deux têtes et multiples machines, il a fallu prendre son mal en patience*… mais cela valait vraiment le coup d’oreille.
Avec le concert d’Alain Bashung le 3 mars, celui de Sammy Decoster était probablement le spectacle que j’attendais le plus ce mois-ci.
Après un album frais et acidulé en 2006 qui portait plutôt bien son titre (
