Deux ans qu’on était sans nouvelles de notre groupe favori de Paris. Il faut dire que la joyeuse troupe n’a pas chaumé en travaillant à divers projets parallèles (Chicros, Tahiti Boy and the Palmtree Family, My Girlfriend is Better than Yours…). Une manière d’autant plus efficace de vérifier que le projet Syd Matters n’y a pas perdu son identité.
Album aux sonorités un peu plus électroniques dès le second titre (Hi Life), Brotherocean contient cependant tous les ingrédients gagnants des opus précédents : chœurs, arpèges joués en boucle, piano hypnotique…
Syd Matters grandit et se construit peu à peu, sans rien renier, ainsi A Roberry reprend le thème de l’album précédent, clin d’œil bienvenu tant ces trois accords sont apaisants malgré leur mélancolie.
Parfois, la douleur vous prend au milieu de tous. Tout s’agite, la ville fourmille et vous restez comme paralysé, terrassé par l’incompréhension de l’inadéquation entre votre cerveau et votre corps. Vous êtes à la fois en terrain connu et complètement paumé. Vous êtes comme comme une roche au milieu d’un cours d’eau de montagne. What a strange feeling to be lost. River Sister pourrait être une allégorie à Virginia Woolf, entrer dans le cours d’eau pour tout oublier, à la fois profond désespoir du présent et puits sans fond de foi en l’avenir comme le souligne également Lost et Brotherocean.
L’autre talent de cette troupe de garçons est d’avoir un cœur plus pop que la majorité des filles. De grands rêveurs pas effrayés à l’idée de vous entraîner avec eux. We are invisible, grande balade pop nous entraine dans ces rêveries, on chevaucherait une licorne qu’on ne serait même pas étonné. Une sorte de « Tout devient possible ». On oublie un instant nos angoisses si récurrentes qu’elles nous font honte.
Par ses textes et mélopées, Syd Matters est la transcription musicale d’un massage du cuir chevelu : dénouer les tensions, les apprivoiser, les emporter ailleurs pour les laisser torturer les vilains de ce monde. L’espace d’un disque on respire profondément et l’espace d’un disque, ce n’est déjà pas si mal…
Les belles histoires musicales ou comment, dans un monde de la musique qui crise, on peut encore trouver des rêves qui se réalisent. Parce que je suis une fille qui a aussi le cœur guimauve.
Il était une fois un groupe parisien très doué en pop/folk et émouvant jusqu’au fond du ventre qui s’appelait Syd Matters. Ils étaient si agréables à écouter qu’on en avait oublié de s’intéresser aux autres musiciens qui racontaient aussi le même genre de balades un poil mélancolique et qui, lorsque vous êtes au fond d’un abysse de désespoir et de désarroi, sont comme ces poissons pilotes qui vous ramènent à la surface.
Cette faction perdue pour âmes esseulées travaille d’arrache-pied à la sauvegarde de la culture musicale et de ceux qui en parlent. La Lonely Faction est venu me chercher une fois, pour que j’écoute ce disque. La Lonely Faction est venue me chercher deux fois, pour vérifier que j’étais encore vivante. La Lonely Faction est venue me chercher trois fois pour me tendre la main, me mettre les pieds sur un trampoline et me catapulter haut, très haut, tout là-haut dans le ciel qui devrait étoiler toutes mes nuits. Ils ont botté en touche mes idées noires, ont raccompagné poliment à la porte mes angoisses et se sont occupés de calmer mes nerfs à vif.
D’autant qu’ils sont bourrés d’humour ces pilotes. Ainsi Cliché Song est parfaite à réécouter deux cent fois en boucle en rêvant de son aimé(e). Prophecies est une splendide berceuse pour narcoleptique, lorsque vous vous retrouvez éveillé à 4h du matin sans retrouver le sommeil, elle agit comme ce bras prévenant dans lequel se lover.
A présent la Lonely Faction peut constater le résultat et être fière d’elle : j’en dis tout le bien que j’en pense. Un album doux comme la soie où les guitares et les carillons mêlées aux voix vous font instantanément plus d’effet que les meilleurs anxiolytiques, The chaos is being alone.
Il était une fois Adrien G. aka Lonely Faction, qui gagne à être connu pour ses vertus thérapeutiques naturelles, illustration de cette musique qui adoucie les mœurs.
Avec un nom aussi long qu’incompréhensible, le duo The Hundred in the Hands serait passé à côté de mes oreilles grâce à l’apriori tenace que je conserve à l’égard des groupes au nom fashion-ta-mère. Et pourtant, c’est véritablement un des meilleurs disques de cette rentrée musicale.
Les mélodies oscillent entre pop soignée et electro voluptueuse. Essentiellement dirigées par la basse-rythmique, la voix de la chanteuse vient s’y nicher sans fioritures. Dès les premiers accords de guitare, on reste subjugué et envouté par le timbre d’Eleanore Everdell qui a recours à une légère reverb qui n’est pas déplaisante. Ici plusieurs échos à la disco des 80’s ajoutent une texture rétro terriblement dansante et euphorisante. Là nos oreilles reçoivent de plein front des accents shoegaze donnant envie de tout faire valser.
On peut d’ailleurs souligner un enchaînement des morceaux particulièrement prenant qui vous émeuvent autant le corps que l’esprit. Ca pétille de partout et, telle Cendrillon, on voudrait ne plus s’arrêter et avoir de nouveau vingt ans pour danser de bout en bout sans respirer le temps de cet LP.
Un album à la fois frais et acide par ses sonorités, sombre par ses textes, entraînant par ses orchestrations, The Hundred In The Hands se révèle un duo qui a de beaux jours devant lui, qu’il ne faudra rater sous aucun prétexte lors de leur prochaine scène.
Artiste britannique / Pop classieuse / Honest Jon’s Record
Oh chouette une femme qui fait de la pop un peu plus évoluée que celle de tops models écervelées !
Ahem. Martina a des cheveux crépus décolorés, une voix possédant un petit grain de quelque chose qui la rend suave et des orchestrations qui donne envie de danser partout. Une voix ne s’oublie pas, celle de Martina a accompagné Tricky et est encore présente aux côtés de Massive Attack. Ajoutez à cela que ce disque est une bonne idée de Damon Albarn qui l’a incité à sortir cet opus, savant équilibre de nouveaux titres et de morceaux plus anciens réorchestrés. Elle est super VIP cette petite !
Bon, en revanche côté textes, c’est plutôt du genre mélancolique. Le petit clown en apparence rongé par des idées noires… Tiens tiens ça me rappelle quelqu’une ça… Particulièrement poignants Lying, Poison ou Valentine dessinent une jeune femme encore capable d’émotion qui sonnent vrai, qu’elle sait exprimer pudiquement. Côté orchestration, on passe sans problème de la douce mélodie susurrée à la hargne du coup de gueule guitare-percussions qui réveille, en passant par les titres ludiques. Un titre à faire regretter Tarantino de ne pas l’avoir contactée pour Kill Bill (Sandpaper Kisses), des jeux de voix à l’aide de samplers (Ilya) qui renvoient cette coquille vide de Micky Green à son rang… Indéniablement, Martina Topley Bird prend un plaisir incroyable. Ni torturée, ni dépressive, elle est une jeune femme autant capable de frivolité que de sérieux. Rien qu’à entendre sa voix, on est saisi par le puissant charisme d’une artiste qui ira loin et n’en a pas terminé de nous ravir. Elle est ce Phoenix en mutation permanente, un oiseau fantastique qu’on ose pas approcher de trop près de peur qu’il ne s’envole.
Une pop très chic qui aurait tout aussi bien pu venir de Brooklyn
Sortie 12 juillet 2010.
Martina Topley Bird jouera à Rock en Scène en compagnie d’un groupe de classe premium de type très connu parmi les famous… Ca commence par Massive et se termine par Attack. Je dis ça je ne dis rien hein… ;)
INEDIT DERNIERE MINUTE : Martina se produira aussi en live solo samedi à Rock en seine à 18h25 sur la Scène de l’industrie.
Les belles histoires musicales ou comment, dans un monde de la musique qui crise, on peut encore trouver des rêves qui se réalisent. Parce que je suis une fille qui a aussi le cœur guimauve.
Il était une fois un petit garçon élevé par sa mère à Saint Etienne répondant au doux nom d’Anton. Anton aimait plus le chant et la musique que le ballon rond. Anton était né à l’aube des années 80 et aimait plus la pop que l’electro.
A des kilomètres de là, aux Pays-Bas, vivait Melody, jolie jeune fille aimant la musique et les légumes. Melody était née après la chute du mur de Berlin mais préférait la pop à l’euro-dance.
Un jour, Johnny, le père de Melody, se sachant condamné à voir ses cellules devenir malades les unes après les autres, décide d’organiser une grande réunion de famille pour dire au revoir et rejoindre l’au-delà tant qu’il en est encore temps. A cette occasion, Melody s’est faite belle et espère bien rencontrer l’homme de sa vie. Elle tombe alors sur Anton et découvre qu’il n’est pas son Prince Charmant mais son grand frère !
Johnny Van Kapers était footballeur et avait donc logiquement eu l’occasion de fréquenter le stade stéphanois. Il meurt en faisant une belle rencontre et en sachant sa fille bien entourée.
Anton et Melody séparés si longtemps ne se sont plus jamais quitté et ont formé les Narcoleptic Dancers, en hommage à la chevelure de leur père. Et en toute logique, plutôt que de céder à la tendance revival electro-dance du moment, ils firent de la pop la pièce maîtresse de leur équation musicale.
Le résultat est ce splendide EP, perle pop cristalline concentrant le meilleur des Au Revoir Simone, Air, Grizzly Bear ou des B52’s. Il vous suffit d’écouter Rastakraut pour comprendre combien ce duo respire l’amour et la joie, vous le transmet encore et encore (il suffit d’appuyer sur repeat).
Il était une fois deux enfants ayant grandi avec une pièce de puzzle vacante et qui peuvent enfin se sentir entiers. Ils vivaient heureux avant et vivront aussi bien à présent.
Le Myspace et le site de Capitaine Plouf (des gens biens qui croient en d’autres gens biens)
Lilly Wood n’a rien à voir avec Dorian Wood, artiste Net Emergence de février que je ne saurais que trop vous recommander d’écouter. Non, Lilly Wood and the Prick est un duo cher aux bloggeurs. En effet, c’est une communauté virtuelle qui avait fait la promotion de l’EP. Quelques sublime session acoustique – comme celle du HibOO – ou concert glorieux – comme le sauvetage d’une journée de Rock en Seine – plus tard et voilà un beau premier album, signé sur un label plus que recommandable, qui abrite d’ailleurs leurs cousins The Do.
Difficile de dire du mal d’un disque lorsqu’on l’attend depuis deux ans. Difficile également de l’encenser aveuglément lorsqu’on en attend autant de leur part. Le résultat est plutôt réussi donc, même si l’on regrette parfois des arrangements (excès de reverb dans l’air du temps un peu pénible et fâcheuse tendance à ne pas terminer ses morceaux de manière franche) ou des titres un peu faciles (mais ça reste de la Pop, c’est donc excusé).
Assurément Lilly Wood and the Prick détient dans sa besace pas mal de tubes pour l’été comme No No (Kids), sorte de contrepied du titre over-matraqué de Mgmt. My Best est mon pari pour l’été, capable de rivaliser avec les meilleurs sur tous les dancefloors : un morceau qui prend son temps, frais et pétillant à souhait tout en sachant provoquer ce déhanchement irrépressible dès les premiers accords et dont on ressort avec un moral à toute épreuve en se prenant un peu pour la Reine du monde accompagnée de ses Copains Invincibles. Les titres de l’EP n’ont pas pris une ride, ce qui est diablement bon signe. Little Johnny vous provoque toujours la larmichette et Down the Rain reste un morceau parfaitement construit et intéressant, tant au niveau des textes spontanés que de l’orchestration plan-plan kitsh à souhait qui leur va à ravir.
Si la mode musicale est aux duos, ça tombe bien car ces deux là n’auraient jamais pu travailler autrement qu’ensemble. Si la tendance pop est le rétro-nineties, ça tombe bien car leurs orchestrations en ont toujours été imprégnées. Si le dernier cri c’est d’aller à des concerts géniaux, ça tombe bien car ces jeunes là sont vraiment bluffants sur scène. Si l’humeur du moment est d’acheter beaucoup moins de disques qu’avant, ça tombe bien car ce premier album ne vous lassera pas de si tôt. Chez moi, on appelle ça un heureux concours de circonstances, pas un pur produit marketing.
Yann Tiersen se fait vieux, il est temps de lui trouver des héritiers pour marcher dans ses pas. Des jeunes pour illustrer des films qui vous arrachent une larmichette, des spectacles de théâtre ou de cirque où les personnages sont perdus et/ou tristes et /ou rêveurs.
Un titre en latin, des morceaux mélancoliques, une mélodie post-rock atteinte de spleen, des samples aux paroles dont la seule idée de les entendre dans la bouche d’un proche vous retourne l’estomac… je n’étais pas certaine d’avoir envie de m’infliger cela au départ. Et pourtant, ce disque agit comme une catharsis.
Ces orchestrations baladent votre petit cerveau dans les circonvolutions de son propre cortex, si le temps passe souvent trop vite, il faut être capable de regarder autant devant que derrière sans frémir. Tempus fugit illustre tout cela : les super souvenirs de 400 coups avec son frère (A dead leaf dance), les années où l’on regarde ses enfants tenter de tracer leur bonhomme de chemin(Revolt), les mauvaises passes qu’on préfèrerait oublier aussi (I gave you a choice)… Ce temps qui passe sans pour autant vous donner un coup de vieux, plutôt en vous rendant capable de vous affronter. Un chouette EP.
Je dédie cette chronique à Rob Gordon, ami précieux que je vois trop peu souvent. Si j’avais écouté ce disque à temps, je lui en aurais parlé dans son grandiose Questionnaire, à la question n°02.
Groupe français / Pop – Rock / Sobber and Gentle – Discograph
Dans la droite lignée de la mouvance « on va l’écrire deux fois les gens s’en souviendront mieux (pour le meilleur et pour le pire) », HeyHey My My s’est carrément payé le luxe de répéter deux fois chaque mot. Comme ça si vous étiez bègue, vous pouvez prononcer le nom de ce groupe sans problème. Grandeur d’âme de leur part que de penser à ceux qui souffrent de handicaps mineurs. Ou est-ce pour le plaisir de voir ce correcteur orthographique sous Word s’emballer sur les répétitions ? Leur nouvel album lui, porte bien son nom car il annonce un soudain revirement de cap. La qualité semble avoir enfin décidé de s’installer dans tout ce que Hey Hey My My a travaillé.
Soulagement pour la France, chaque morceau de HHMM respire enfin. Ce n’est pas à tomber par terre peut-être (comme tous les disques de 2010 pour l’instant), mais bon sang ça mérite de pouvoir squatter les ondes et les dancefloors sans problème. L’été arrive, les jeunes filles sont en fleurs (non, ne cherchez pas de graveleux là-dedans) et les accords pop-rock des trois parisiens soufflent juste ce qu’il faut de brise légère dans les cheveux, les oreilles et sous les robes de popeline de coton pour passer un excellent moment.
Du bon rock n’ Roll des familles aux accords simples mais efficaces (Oh Lord, Pool) ou des passages plus electro-pop dont les accents dark rappellent presque Poni Hoax par moments (Go to Hell, Jazzol), entrecoupés évidemment d’interludes plus folk-britpop, leur spécialité (We Go, Xmas Day, Hopeless Girl)
Pas mal d’humour aussi dans ces paroles, ce qui ne fait pas de mal (You Look All The Same, Not Fun Anymore) : on peut faire à la fois de la musique légère et second degré.
Donc oui, parfois les jeunes groupes font bien de s’accrocher pour nous démontrer qu’on pouvait avoir tort. HHMM produit une musique intuitive et entièrement dans l’émotion immédiate, des mélodies destinées aux filles, indéniablement. Alors sachons en profiter Mesdemoiselles. Bis repetita placent – traduction béotienne : Les choses répétées plaisent – c’est bien connu et, quitte à devoir se répéter, Hey Hey My My a bien fait d’insister.
D’Angus et Julia Stone je ne savais rien (alors quand je lis que leur premier opus avait conquis toutes les radios je me dis que quelque chose a dû m’échapper). Je n’aimais pas leurs patronymes qui sonnent un peu faux à mon goût (mais bon ils n’ont pas choisi) ni la formule factice du frère-et-sœur-qui-s’entendent-tellement-bien-qu’ils-montent-un-groupe-ensemble (encore moins crédible que le reste, chacun sait qu’un frère et une sœur ça adore se taper dessus et ça ne peut pas supporter de rester trop longtemps l’une avec l’un). Et en prime le Angus m’avait tout l’air d’être un gros bourrin malpoli pas même capable de mettre le prénom de sa sœur en premier (honneur aux dames, connaissent pas au pays des ex-bagnards britanniques ?). Donc j’étais pleine d’aprioris (fondés) à l’égard des p’tits australiens. Et comme seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, voilà un petit mea culpa.
Angus & Julia Stone vous envoûtent en moins de temps qu’il m’en faut pour rédiger cette phrase et vous pour la lire. Pas une mais deux voix atypique prennent vos oreilles en otage et vous forcent gentiment à écouter leur opus en entier. Et vous ne demandez pas votre reste parce qu’au fond c’est plutôt plaisant comme contrainte. Du coup, vous vous laissez faire par ces deux petits manipulateurs.
Parce qu’il n’y a rien de fantastique dans le travail de Julia & Angus Stone, quelques accords de guitare sèche, quelques paroles à la limite de la banalité affligeante (I’m somewhere You’re somewhere / I’m nowhere You’re nowhere… sérieusement les enfants). I don’t believe in you, ils le disent eux-mêmes, … Mais pourtant, inlassablement, vous réinsérez régulièrement le disque dans la platine. Et à chaque fois le trio imparable Big Jet Plane, And the Boys et I’m not Yours ont raison de vous. Votre petit cœur élevé à la Bripop ne peut s’empêcher de s’émouvoir.
C’est terriblement rageant ce genre de groupe qui vous vous font aimer leur disque alors que vous ne trouvez pas de raisons objectives vous permettant de comprendre pourquoi. Peut-être est-ce ce qu’on appelle « coup de cœur » ? Ou pire, « talent » ?
Le premier album de Gush est une complète révision de mes a-prioris. Mais lorsqu’un groupe français rocke comme il faut, on se doit de le souligner. Un premier opus plein de fraîcheur et d’humour qui s’écoute en boucle.
Il y a quelques années, les quatre énergumènes de Gush m’avaient massacré les oreilles à grands coups de rock un peu pataud. Mais ils étaient déjà plein d’énergie et j’aurai dû mieux me méfier…
Ce groupe porte parfaitement son nom, sa musique jaillit littéralement. Il vous suffit d’insérer l’opus dans votre platine et boum ! Vous vous retrouvez comme devant les plus beaux geysers d’Islande, mais version rock. La pochette du disque souligne leur aspect brut de décoffrage, pas de fioritures ennuyeuses – No more chitchat, we’re back on the track, ils semblent n’avoir gardé que le meilleur de chacune de leurs influences.
Les quatre membres du groupe font alterner leurs influences musicales entre britpop, rock endiablé et soul entraînante ; mais changent aussi régulièrement d’instruments. Tous chantent, tous jouent, tous s’amusent, tous ont leur moment de gloire personnelle. Je souligne d’ailleurs encore une fois (cf. chronique du concert au Scopitone) les talents du batteur qui a une voix à faire fondre les glaciers islandais.
Parmi les treize titres, seul un est plus calme (In the Sun), ce qui vous laisse augurer de l’écoute que vous allez passer : sportive. Impossible de rester statique lorsque Gush entonne You Really Got Style ou qu’ils vous font (re)vivre les seventies avec Let’s Burn Again. Les titres sont bourrés d’humour plus ou moins évident. Ainsi P.nis,au titre pourtant explicite, prend des allures de gospel, musique Sainte avant de se changer en rock-soul en hommage à leur organe…sacré, sans jamais tomber dans le graveleux : I’m never gonna give you up. C’est très cohérent avec le titre de ce premier opus finalement : à la fois personne et tout le monde est Dieu… ou Vit… et vice-versa.
Une fois de plus, Gush m’a permis de vérifier que mon dicton favori est toujours d’actualité : seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis. Leur univers musical, bien que bordé de nombreuses influences très présentes, se dégage peu à peu. Gush a de l’avenir dans la tête et le corps, leurs mélodies dansantes ne laissent personne de marbre et c’est déjà une grande victoire dans une capitale morose et austère comme Paris.
On l’aurait rêvé, ça n’aurait pas forcément été possible… The Limes, Please ! Don’t Blame Mexico et Maison Neuve dans une même soirée, c’est rare et c’est précieux, comme lorsqu’on vous offre un bijou.
Ouverture de l’écrin avec probablement le groupe le plus touchant de la bande. Parce qu’il est notre « super groupe » à la française. Les citrons verts se produisent sans leurs copains américains et ils en sont tout émus. Pauline aka Mina Tindle a encore pris en assurance au chant, on apprend entre deux chuchotis qu’elle travaille à son album solo, ça risque de promettre. L’ami David aka Toy Fight n’a rien perdu de son accent anglais à la française. Et je mets enfin un visage sur Orouni,à la guitare. Jean Thévenin aka The Rodeo / Toy Fight / et tout un tas de groupes chouette s’empare des baguettes en arrière-plan à la batterie, Hullo ajoute son saxophone au joyeux ensemble et c’est part pour la ballade franco-américaine version allégée. Ils nous font même le plaisir de nous offrir des titres inédits. Excellente entrée en matière, on crève d’envie d’un Mojito pour faire durer le plaisir.
Please ! Don’t Blame Mexico est le velours du label : soyeux mais d’un rouge venin qui cache bien des surprises. Maxime Chamoux aka Toy Fight (oh tiens, vous avez déjà lu ce nom de groupe ;) ?) a toujours autant de difficultés avec ses transpositions (à force de nous prévenir à chaque concert, on commence à trouver cela sympa qu’il reprenne un morceau de zéro, finalement, ça fait durer le plaisir). Ses trois collègues font cracher le chaud et le froid à leurs instruments : de la douce mélodie pop, on passe rapidement aux accents rock, le tout entrecoupé de passages plus sud-américains. Un titre « en solo au piano en honneur à Mozart » fait aussi partie des facéties de Please ! Don’t Blame Mexico, qui se boit comme du petit lait.
Enfin, l’audace et goût du risque indispensable à toute personne qui ose offrir un ornement est incarné par Maison Neuve qui met tout son cynisme et sa maladresse désinvolte au service de la musique. Cousin lointain de La Maison Tellier, ils aiment à triturer les mélodies folk et western spaghetti et provoquer nos oreilles de chants pas toujours justes. Mais lorsqu’ils affirment que leur musique vient du cœur, c’est on ne peut plus juste et, mieux, cela va droit dedans. Touché au cœur par ce rock efficace agrémenté de parties de saxoqui vous transportent loin.
Un anneau doté de trois pierres ce soir là… Le joyau de la soirée, c’est Sauvage Records, ce label indépendant, tout petit mais doté d’une forte personnalité en la tête pensante de Stéphane Buron, orfèvre qu’on ne remerciera jamais assez de prendre le relais pour croire qu’une scène parisienne folk-rock a du talent.
Ne me demandez pas de faire l’éloge de Charlotte Gainsbourg. Elle m’énervait dans ses rôles d’actrice maladive et je la méprisais d’avoir cédé à la facilité de l’actrice arty qui sort un disque… Air featuring Charlotte plutôt que l’inverse, le premier album de la fille de l’homme à tête de choux semblait répondre à un appel d’offre pour « Musique d’accompagnement de compagnie aérienne ». Et puis Charlotte G. a eu des ennuis de santé en bonnes et dues formes et curieusement, elle s’est mise à avoir enfin du caractère, des formes, du cran, à jouer dans des films où elle donnait de sa personne (en particulier le délirant AntiChrist)… Elle a commencé à être la fille de son père au bon sens du terme. Une fois n’est pas coutume, je remets à l’honneur une expression que j’utilise finalement souvent : « Seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis ». Le second disque de Charlotte Gainsbourg est une belle collaboration avec Beck, réussie, soignée et dotée d’une classe de la trempe de ces deux artistes.
IRM est un album inégal mais si touchant qu’on a envie de lui passer ses faiblesses. Parmi ce qui me déplaît notamment le titre, IRM. On sait que Charlotte Gainsbourg a eu des soucis de santé, pas la peine d’insister lourdement dessus en l’érigeant en titre d’album. Également des rimes en français dignes des pires « auteurs compositeurs français » (vague V. Delerm, Bénabar etc) qui feraient retourner le Serge dans sa tombe. On le voit bien lui dire « Mais ma fille, c’est d’la merde ce Chat du Café des Arts ! Fous-moi ça tout de suite à la poubelle ! »
Oui mais voilà, tout le reste est bourré de qualités. Des orchestrations à la guitare sèche aux passages (Heaven Can Wait) au vocodeur (Greenwich Mean Time), cet album sonne juste. Des mélodies pop toujours aériennes mais qui donnent envie de les réécouter (Vanities), des voix chaudes (Time Of The Assassins) dont on ne veut pas se séparer et des petites prises de risques où l’on sent que cette femme s’amuse, enfin, comme ce Trick Pony aux airs de The Kills ou Dandelion qui revisite Elvis…
Pour avoir flirté avec la mort ces deux dernières années, pour avoir failli perdre l’être de ma famille que j’aime le plus, avoir assisté impuissante à la disparition d’un autre membre de cette famille, avoir haï l’hopital, ses lits et ses couloirs morbides ; je peux enfin affirmer que Charlotte Gainsbourg signe avec IRM un disque poignant, qui sonne juste et a du chien.
Where the Wild Things are, traduit en français par Max et les Maximonstres, a une résonnance particulière dans ma famille. Livre de chevet, base de nombreux déguisements, idée de mon premier roman à 5 ans (Les Monstres, en 5 actes, évidemment largement inachevé), ce livre m’a été raconté, mimé, théâtralisé, dansé… par l’intégralité des membres des personnes m’ayant bordé une fois. Maxime était aussi un de mes meilleurs amis lorsque j’étais enfant, et il ressemblait tellement au petit garçon de l’histoire que j’étais persuadée qu’on avait écrit le livre en se référant à lui.
Max est un petit garçon plein d’imagination qui s’ennuie et souffre d’un déficit d’attention de sa famille. Ca l’énerve alors il boude et fait et/ou dit des choses qu’il regrette. Il se retrouve donc régulièrement consigné dans sa chambre. Igloo c’est cet enfant qui imagine son monde, il joue seul à être le roi du monde. Mais vite, un petit roi tout seul ça s’ennuie, il va donc embêter sa grande sœur et sa bande de potes (Capsize). Mais le fait d’aller l’enquiquiner n’est rien d’autre qu’un geste d’amour, c’est qu’elle compte pour lui (All is Love), même s’il fait des bêtises qu’il regrette ensuite (Worried shoes).
Puni pour ses bêtises, Max ne comprend pas toujours pourquoi et voudrait que toute sa famille disparaisse pour pouvoir diriger un monde comme il l’entend. Il n’est pas un monstre comme peuvent lui dire ses proches lorsqu’ils sont fâchés après lui, pire, il est le Roi des Monstres. Et pas des tout petits monstres, non des Maximonstres, très grand et qui font très peur. Rumpus et Rumpus reprise constituent à cet égard les deux titres correspondants parfaitement aux illustrations du livre original. Max rêgne, Max est insouciant (Clliffs, Heads Up), Max s’amuse (Animals), Max oublie (Hidaway, Building All is Love).
Mais Max n’est qu’un enfant, et il a beau se dire qu’il est bien là, tout seul au milieu de son monde, ceux qui l’énervent sont aussi ceux qu’il aime et qui lui manque (Lost Fur). Max apprend à faire des choix, sa famille ou son monde. Il rentre à la maison (Sailing Home) pour découvrir que sa mère ne lui en veut pas du tout et que son repas tout chaud l’attend encore (Food Is Still Hot).
En général lorsqu’on a adoré un livre, on n’aime rarement son adaptation cinématographique. Le film de S. Jonze a plusieurs qualités et quelques défauts, que je n’exposerai pas ici. Car parmi les très grandes qualités de cette adaptation il y a cette bande originale à tomber par terre. Moi qui avait classé les Yeah Yeah Yeahs dans la catégories des groupes qui ne produisient plus rien d’interessant (l’album It’s Blitz ! de 2009 était une véritable catastrophe ultra décevante), je reconnais sans mal que Karen O n’a rien perdu de son talent. Mieux, elle en a des cachés. Car qui aurait cru que derrière la femme délurée se cachait une amoureuse du livre le plus poétique et émouvant du monde ? Qui aurait affirmé il y a un an encore que Karen O est capable de composer des mélodies douces sans accros, de remplacer les guitares électriques par un banjo et la voix aguicheuse et piquante par un organe sucré comme le miel et candide. Si le Petit Prince avait vu ce film il aurait dit en parlant de la musique « C’est exactement comme ça que je l’imaginais ».
Groupe américain / Pop – afrobeat blanc / XL Recording
Après un premier album aux influences fortement afrobeat et un projet parallèle tout aussi teinté de culture africaine (cf. The Very Best), Vampire Weekend remet ça avec Contra, un opus qui s’essaye à l’electro-afro.
Le premier disque de Vampire Weekend avait ravi les critiques car il était amusant, touchant et novateur. On revivait régulièrement notre rêve du Roi Lion, se trémoussant au milieu de la savane avec des animaux sauvages. Contra part donc avec un fort a-priori positif (malgré des prestations scéniques presque insultantes de médiocrité). Et surtout il est à la hauteur des attentes qu’on avait placé en lui.
Contra est un disque aux rythmes afro-caribéens beaucoup plus rapides, truffé de surprises electro-pop qui agissent comme de véritables stimulateurs de bonne humeur. Si Run ou White Sky s’inscrivent dans la droite lignée du premier album, le reste est plutôt novateur : Giving up the Guns et ses accords rock enjolivés de chant pop-sucrée vous collent une irrépressible envie d’entamer un solo de danse au milieu d’une gare bondée ; Holiday, comme son nom l’indique, vous replonge dans vos meilleurs souvenirs de vacances au soleil alors que vous affrontez une tempête de neige ; Cousins s’essaye même aux groupes de rock à la New Order. Des morceaux plus doux, voire mélancoliques sont aussi présents (I think you are a Contra, Taxi Cab), ce qui ne retire rien au charme de l’ensemble, agissant comme des respirations dans cet afflux de trémoussements dans tous les sens.
Nul doute que Contra va fournir beaucoup de matière aux DJs sur les dancefloordes mois à venir. Cet opus reste bourré d’influences afrobeat mais est beaucoup plus travaillé ce qui le rend nettement plus intéressant (car ça devenait un peu pénible la case obligatoire « afro »). Le véritable défi sera de se renouveler complètement pour un troisième disque, l’avenir nous le dira !
N.B : Attention Vampire Weekend peut provoquer des effets indésirables, comme chez PlaylistSociety
Après un premier opus déjà très réussi, Le Loup nous livre depuis Washington ses nouvelles marottes typiquement américaines dans le milieu de la pop ces derniers temps : le revival de l’afrobeat. Un disque accompli qui assure sans peine le virage dangereux du second opus.
Oui je continue de le penser, l’Amérique a vibré un an au son de la campagne politique d’un homme noir, qui plus est a été élu à l’issue d’une longue bataille médiatique et culturelle. Et depuis, les groupes de pop indé de la East-coast n’ont de cesse de nous proposer des sonorités africaines (Yeasayer, VampireWeekend, The Very Best…). Certes il y a aussi le Mondial de foot en Afrique du Sud qui arrive à grands pas, mais je pense que l’élection d’un président noir a encore plus joué. Bref, Le Loup est également de la partie avec ce Family. Un peu Benetton en quelque sorte, la famille d’aujourd’hui est multi-culturelle et métissée, à l’image des rythmes de cet opus. Tantôt ballade pop anglaise (Morning Song), tantôt rythme dynamique pétri de racines africaines (Beach Town ). Les notes de tête voix – banjo – guitare sont complétées des accords de cœur clavier – percussions pour produire un ensemble terriblement entraînant. Family, titre éponyme de l’album est sans doute la meilleure synthèse de ce disque : sonorités chaudes et aquatiques agrémentées de chants incantatoires de l’hémisphère Nord au départ, elle évolue doucement vers des rythmes caribéens avec un chant folk-pop particulièrement dynamique, très vite rejoint par un chœur qui rappellent les verts pays irlandais. On retrouve beaucoup de Fleet Foxes chez Le Loup et c’est tant mieux.
Un très bel opus dont il aurait été dommage de passer à côté. Les groupes de rock truffent leurs partitions de krautrock, ceux de pop s’adonnent à l’afrobeat, pourquoi pas, voyons si le troisième opus du Loup saura, non plus suivre, mais guider la meute.
Groupe transcontinental / Folk – Rock / Sauvage Records
Les limes, ce sont ces citrons verts mi-acides, mi-amers que l’on aime ajouter à beaucoup de plats asiatiques et sud-américains. C’est aussi le meilleur ami des cocktails à base de rhum qui se boivent comme du petit-lait. A ce titre, The Limes est un groupe qui porte très bien son nom. Démonstration.
1) Un citron vert reste un citron. Sous une peau épaisse et rugueuse se cachent des grains fins et lisses. Lesquels renferment un liquide clair et acide. Les dix titres de The Limes sont autant de surprises : on s’attend à une pop-folk forcément déjà un peu entendue vu qu’on connaît (et apprécie) les autres groupes auxquels ces musiciens appartiennent (Toy Fight, Milk n’ Juice ou Mina Tindle par exemple), mais il n’en est rien. Pauline et sa voix cristalline transcendent Between Roof and Bird, Maxime donne tout son cachet à Left Hand Cycles, Brent Ballantyne (aka Henry Sparrow) kidnappe vos oreilles sur Morning Noon and Night ou Dead Furnitures… Chacun apporte son énergie, sa douceur et sa poésie au petit édifice et rend ce premier disque à première vue basique mais bien unique une fois dans la platine.
2) Un citron vert est plus petit qu’un citron, mais beaucoup plus fort et aux arômes plein de subtilités. Pas de titre superflu parmi les dix balades oscillant entre pop fruitée, folk énergique et rock dansant ; du concentré de talent. City Lights démarre comme un morceau des New Order et se poursuit comme un morceau des Toy Fight. Pas de longueur, pas de subtilités superflues, simplement des mélodies et instrumentations qui se complètent pour parfaire un morceau calme qui résume parfaitement ce qu’on peut éprouver dans un taxi en regardant les lumières danser dans une ville que l’on ne connaît pas (encore). Les deux titres suivant sont beaucoup plus énergiques, avant d’évoluer en folk.
3) Un citron vert, c’est un basique de la cuisine, vous avez toujours dans le réfrigérateur, comme les tomates. Du coup, vous ne posez plus trop la question de savoir d’où viennent les citrons verts. Il doit en pousser à côté de chez tout le monde vu qu’on en trouve toujours. Alors quand vous vous penchez sur l’origine contrôlée de The Limes, vous découvrez qu’ils sont à la fois proches et éloignés de votre chez-vous. Composé à distance, les titres de cet album sont à la fois français et américains. Mais au final le résultat est le même : vous le gardez sous le coude car on en a toujours besoin. C’est leur première réussite, avoir travesti leurs origines et s’être rendus indispensables. Avoir rendu originale une musique intemporelle.
Résolument l’un des meilleurs albums de l’année dans sa catégorie, on écoute The Limes comme on se délecte d’un bon poulet à la thaï le soir, comme on boit jusqu’à la lie un Mojito frappé en profitant des derniers jours d’été indien, comme on danse sur nos albums pop favoris… Et l’on ne peut s’empêcher d’être fier et rassuré de voir une jeune relève française intelligente sachant s’affranchir des frontières pour notre bien (allez-y, essayez donc de lire cette phrase à haute voix !). Les super groupes existent en France, les groupes super aussi.
Chanteuse parisienne / Rock rétro – Pop minimaliste / Autoproduit
Rock en Seine 2009, je m’ennuie comme un rat mort devant des prestations scéniques toutes plus affligeantes les unes que les autres. Lorsque sans prévenir je croise quelqu’un qui a le bon goût de me glisser le mini-album de Marie-Flore entre les mains…
A la première écoute, on pense à une chanteuse venue du froid, une petite suédoise à l’orchestration minimaliste, épurée et mélancolique. Cette voix légèrement fêlée rappelle étrangement Cat Power (Trapdoor) mais l’on sent immédiatement que Marie-Flore ne copie pas, elle a simplement le même timbre, sa voix sort telle quelle, ainsi soit-il. Et contrairement à Chan Marshall, les titres de Marie-Flore s’ils sont parfois mélancoliques, ne sont jamais dépressifs ou déprimants, jamais de pathos. La créature est fragile d’apparence, d’apparence seulement. Les lignes de batterie ont l’efficacité et la simplicité des meilleurs Janis Joplin, c’est entêtant comme les meilleures pop des seventies… Marie-Flore et son prénom désuet semblent tout droit sortis d’une autre époque. Les duos avec des voix masculines (dont je n’ai pas trouvé les interprètes) sont d’autant plus touchants qu’ils sont d’une sobriété déconcertante. Notamment Empty Walls qui ne comporte que trois accords de guitare et synthé pour magnifier les deux voix qui viennent vous chatouiller le bas de l’épine dorsale. Vous avez le titre dans le crâne pendant trois jours, vous pourriez regarder la pluie tomber derrière les carreaux pendant des heures.
Et c’est avec délectation qu’on a la confirmation que cette jeune-fille frêle est bien française. Presque l’intégralité du disque est chantée en anglais mais l’on trouve quelques passages dans sa langue natale qui tombent justes, pas de fioritures, pas d’emphase… Simplement sa voix et quelques orchestrations qui habillent l’ensemble. Le dernier titre est probablement le plus complexe, Gregg Foreman ayant monté un groupe à Philadelphie autour de Marie-Flore : les Rare Birds. C’est sur ce titre splendide aux mélodies pop-rock dignes des plus grands que Marie-Flore consent à chanter timidement en français.
Alors oui, définitivement oui, on lui accorde bien plus que trente secondes d’attention. Nul doute que cette artiste va aller loin, on lui souhaite de gravir les échelons avec autant de modestie et d’assurance qu’elle en a aujourd’hui. Petit à petit l’oiseau fait son nid, Gregg Foreman a vu juste, Marie-Flore est un oiseau rare, qui n’a pas besoin de cage (ou de label) pour démontrer qu’elle est talentueuse et prochainement, on viendra la chercher pour participer à de belles et grandes épopées musicales.
Note : 8,5/10
N.B. 1 : Vous pouvez vous procurer son album via son Myspace, vous ne serez pas déçus !
N.B. 2 : Vous pouvez retrouver d’autres chroniques qui partagent mon avis chez Arbobo
N.B. 3 : Marie-Flore sur scène ? Mini-reportage là !
Il y a certains matins où, lorsqu’on est une fille, on est d’humeur plus légère et tout notre être désire de la musique frivole. Mélanie Pain répond parfaitement à cette requête corporelle exclusivement féminine. Et, un matin où j’avais quitté mes apriori sur « la musique que j’aime », je me suis surprise à aimer ce disque.
Résumons, My name est un premier album, dans lequel Mélanie Pain cherche son identité : professionnelle, musicale, sexuelle… Force est de constater qu’au sortir de l’adolescence et après ce court moment où les filles sont à la fois majeures, innocentes et sûres de leurs atours, toute femme passe par cette phase d’interrogation : Qui suis-je ? Où vais-je ? Pourquoi et comment ? Période délicate, douloureuse et faisant prendre un coup de vieux radical. C’est l’âge des essais, des one night stand et autres expériences plus ou moins dégradantes. Mélanie Pain synthétise toutes les réponses que toute fille rêve d’être capable d’avoir avec certains ratés le lendemain (Peut-être pas), certains sentiments une fois loin (Helsinki), certains rêves de gamine (L’espace d’un instant). Mélanie Pain parvient à livrer une pop qui ne vire jamais dans le trop sucré, même si l’on pourrait reprocher ses titres trop mélancoliques (Sans l’ombre de toi) qui sont de trop. Son interprétation simple et touchante de Little Cowboy ou la pertinence des paroles et du ton charmeur de Ignore-moi ou La Cigarette parviennent à briser les barrières de mon petit cœur d’ordinaire bien carapacé contre la cruauté affective ambiante.
Alors certes, ne comptez pas sur moi pour trouver que les chanteuses françaises sont subitement devenues très talentueuses, non, mais plusieurs morceaux de Mélanie Pain démontrent qu’elle se hisse sans problèmes en haut du panier. Est-ce par besoin de se rassurer ou parce que cela pourrait contribuer à lui faire vendre plus de disques, la demoiselle n’avait absolument pas besoin d’un featuring avec cet insipide Julien Doré qui ne peut s’empêcher de se donner de grands airs. Le duo avec l’autrement plus classieux Thomas Dybdahl est plus intéressant mais était dispensable. La seule collaboration qui aurait méritée d’être précisée est ce dernier titre travaillé avec Phoebe Killdeer (If You Knew). On regrette qu’elle n’ait pas collaborer sur l’album de Séverin, ça aurait probablement eu du chien.
« Suis-je une femme ou une fille qui essaie et qui échoue lamentablement » (Celle de mes vingt ans) est une question qui traverse tout cerveau féminin normalement constitué jusqu’à ses trente ans où la question de « l’horloge biologique qui tourne » prend le pas sur le reste. Que souhaiter d’autre à Mélanie Pain que de garder sa fraicheur et d’oser avoir confiance en elle pour un second disque sans fioritures masculines inutiles. Quoiqu’il en soit, elle remporte son pari, beaucoup connaissent son nom à présent.
Artiste britannique / pop mélo / Bloody Chamber Music
Quatrième album aussi hétéroclite et indigeste, The Bachelor de Patrick Wolf marque une évolution de l’artiste qui ne peut que promettre un The Conqueror (attendu pour 2010) plus prometteur. Chronique de leçon « peut mieux faire ».
Découvert pour ma part en 2007 avec son Magic Position et sa pochette… colorée dirons-nous, Patrick Wolf reste un artiste un peu particulier. Un bagage musical solide (piano, violon, chant), un background familial qui se veut larmoyant (sur sa bio on peut lire des phrases comme « P.W. quitte ses parents à seize ans. Désormais sans attaches […] il se produit dans la rue »), un goût pour les chansons brouillons et grandiloquentes ; il s’érige en quelque Mika souffreteux. En résumé, comme chez tout célibataire masculin, il y a à boire et à manger dans The Bachelor.
D’abord cette atroce manie de nous assaisonner tous ses titres avec de longues complaintes de violons un peu crispantes, voire irlando-gonflantes. Tout à fait à leur place dans The Bachelor ou Thickets, elles sont lassantes sur Hard Times ou Damaris.
Ensuite cette fâcheuse habitude de tomber dans le mélo Disney, le summum de l’inaudible de l’album se situant probablement sur Who Will, où l’on se demande ce qu’on a fait pour mériter d’avoir les oreilles qui saignent à ce point. Moi qui aime pourtant le kitsch, là ça en devient vulgaire.
Enfin, on ne peut pas s’empêcher d’avoir envie de considérer ce type comme un pauvre petit garçon qui ne veut pas grandir, atteint du syndrome de Peter Pan ou adorant David Bowie sans parvenir à en faire quelque chose d’intéressant. Les vidéos de ses clips prouvent cependant que son imagination est capable de produire de belles idées. Et l’animal, même roux ou blond a quelque chose d’attachant et déterminé.
Je m’arrêterai là, en souhaitant au jeune homme bonne chance. Gageons qu’il perdra quelques mauvais tics pour savoir mettre en valeur ses qualités. Cependant, c’est déjà le troisième album… L’espoir fait vivre, heureusement.
Chacun a encore en tête L.E.S. Artistes de Santigold et la reprise qu’en avait fait Lilly Wood and the Prick est probablement l’une des plus touchantes. Derrière ce patronyme au nom dans la mouvance des groupes anglo-saxons de pop – folk actuels (Tilly and the Wall, Noah and the Whale…) se cache un jeune couple parisien, Ben et Nili. Leur premier EP mérite d’être chroniqué pour des tas de raisons.
D’abord, un couple parisien qui fait de la pop – folk britannique intéressante, ça ne court pas tant que ça les pavés. On assiste, assez impuissants, à une uniformisation des jeunes groupes parisiens qui proposent tous de l’electro-rock plus ou moins réussi (dernière grande lamentable plantade : Revolver). De temps en temps, l’un s’échappe du lot (Toy Fight) et dans ces cas-là, mieux vaut l’attraper au passage sinon il fiche le camps en province ou de l’autre côté de la Manche, voire de l’Atlantique (et il a bien raison).
Ensuite, sur les cinq titres de leur EP, Lilly Wood and the Prick propose quatre morceaux vraiment intéressants. Si Down the Drain est une pop-rock très conventionnelle, dès Water Ran, on sent que ces deux-là ont un quelque chose qui ne laisse pas indifférent. Cette belle voix veloutée de Nili dont on ne se lasse pas en premier lieu. On nous annoncerait que CatPower interprète This is a Love Song que cela nous étonnerait à peine, on se dirait que sa dépression est terminée et on serait content. La batterie n’est encore toujours au top, la guitare reste sur des lignes très simples, mais le tout est très agréable, notamment grâce au piano. La ballade de Little Johnny qui clôt ce cours opus est idéale à emporter en vacances. Légère brise, robe au vent, à cheval ou en Vespa, on regarde Lilly Wood and the Prick aller se promener mais on attend leur retour de pied ferme… Un coup de coeur pour la pochette également.
Après avoir sorti deux albums en 2008, l’inépuisable Richard Swift remet ça avec un quatrième opus résolument pop. Piano déglingué, partitions boogie, synthés dégingandés, rythmique ultra classique mais résolument entraînante, clap-clap, voix franche… Tout y est, pas question de faire le boulot à moitié.
L’opus ouvre sur le titre qui donne son nom à l’album, « grosse ficelle » avant le grand dévoilement du talent de Swift qui a su s’entourer de personnes compétentes (comme Mark Ronson ou Sean Lennon). Les 11 titres oscillent entre des mélodies pop acidulée séduisantes (The Original Thought, Hallelujah Goodnight, A song for Milton Feher) et morceaux beaucoup plus sombres (R.I.P., The End of an Age, Already Gone). En effet, cette trilogie poignante permet d‘ériger cet opus non pas au simple rang de bon album de pop, mais bien dans la catégorie des douceurs teintées d’amertume qui vous retourne un peu, qui vous bouscule sans jamais tomber dans le mélo, fissure ouverte en chacun de nous….
Une fois de plus, Swift balaye les idées reçues en démontrant qu’on peut produire plusieurs très bons disques par an. Une chose est certaine, on a hâte qu’il traverse l’océan atlantique pour venir démontrer tout le talent dont il est capable* !
Il y a trois ans, je plongeais avec délectation dans l’univers chic et raffiné de Diving with Andy et leur premier album éponyme. Je n’avais pas prévu de second disque, persuadée que l’idylle n’était qu’une passade dans l’air du temps, un album concept qui devait s’arrêter là avant de porter chacun des membres vers d’autres projets. J’avais tort donc, mais ce second opus est-il vraiment à la hauteur du talent qu’on avait accordé au trio angevin en 2006 ?
On ne change pas une recette qui fonctionne ? Des arrangements travaillés, des textes léchés, une orchestration classique mais classy… le nouvel opus de DWA est indéniablement très agréable à l’oreille. Le velours de Juliette Paquereau produit toujours son petit effet frissonnant et reposant après une journée harassante parisienne type. Malheureusement cela ne suffit pas, comme son nom l’indique cet opus est un peu trop calorique, comme un gâteau industriel.
Ce groupe, auparavant signé sous les auspices bienveillantes d’aînés du renouveau de la chanson française (l’éphémère label Dièse, sous la direction de Benjamin Biolay ou Kerenn Ann) se retrouve maintenant dans le catalogue fourre-tout d’Universal. Et en effet, la pertinence de ce second disque reste à démontrer, seuls des titres comme Kate Weal… et Anna May réussissent à renouveler le style très linéaire du trio qui ne s’éloigne pas assez de ses rituels violon-voix ou piano-voix. Sans compter l’aspect légèrement crispant des clips qui pompent tout aux aînés comme Cat Power : copier n’est pas resssembler…
C’est donc avec une légère amertume que je n’attends pas de troisième album de DWA. Il y a trois ans, je leur souhaitait bon vent du côté arrière scène, je renouvelle mes vœux. Julien Perraudeau et Rémy Galichet sont capables de rivaliser avec les meilleurs ingénieurs du son ou arrangeurs et il paraît maintenant pertinent qu’ils laissent d’autres projets prendre le pas sur ces plongeons avec Andy qui n’ont plus leur fraicheur d’il y a trois ans et sont trop sucrés pour qu’on ne fasse pas d’indigestion.
Un album qui égaiera malgré tout sans peine ce printemps capricieux.
La grosse machinerie anglaise attendue au virage… D’un trio prometteur qui savait se démarquer de la pop abrutissante venue d’Angleterre, on sentait que le vent avait tourné dans le second opus des Noisettes (cf. chronique du disque). Des attentes en partie satisfaites.
A la tête des Noisettes il y a une sirène noire, Shingai Shoniwa, belle plante branchée sur 2000 volts. Sans elle ce groupe ne serait rien, le problème c’est qu’elle le sait un peu trop. Elle délaisse son instrument pour ne se consacrer qu’au chant, aux chorégraphies minutées et à la gesticulation pseudo-naturelle. La Dame ira même s’accrocher aux rampes de spots… Un peu mégalo, elle aime se faire prier par ses choristes, siffler, fendre la foule, jouer de tous ses charmes. Un spectacle minuté ne laissant pas une seule opportunité à l’improvisation et la spontanéité. Si j’avais rédigé cette chronique à chaud, dix minutes après le show, mes conclusions seraient quelque peu différentes car Shingai Shoniwa reste vraiment envoûtante.
La setliste chronométrée du soir, pas une minute de plus...
Pourtant, The Noisettes risque définitivement d’avoir perdu sa place parmi les bons groupes de pop. Il n’y a qu’à jeter un œil à la setliste pour se rendre compte que les titres du premier album sont bien meilleurs. Ce second opus est mou et toutes les gesticulations du monde n’en rendront pas les rythmes plus dynamiques…
Note : 7/10
Un mot sur la première partie :
THE RODEO vaut le coup d’œil et d’oreille. Jeune dame du sud des USA, sa voix chaude et rocailleuse rappelle My Brightest Diamond ou Phoebe Kildeer (dont elle a d’ailleurs assuré les premières parties). Ses ballades folk sont simples et amusantes. Son air mutin révèle son amour de la scène. La présence de Jean Thévenin, batteur de trop nombreux groupes parisiens (à commencer par Toy Fight et Tahiti Boy), ajoute une touche foutraque à l’univers de The Rodeo. Une première partie trop courte pour permettre d’apprécier pleinement ses capacités, à suivre !
Trio américain / Pop Aérienne / Moshi Moshi – Cooperative Music
Deux ans après The Bird of Music, les Au Revoir Simone remettent ça avec un album printanier toujours aussi léger…
Ce nouvel album a un titre de plus que le précédent mais est moins long… arf. Ça commence moyen c’histoire… A priori, il ne faut pas s’attendre à un grand renouvellement de la part des trois Miss de Brooklyn, d’ailleurs la couleur est annoncée dès le début, il ne s’agit que d’une Another likely story. On retrouve donc les claviers, les voix claires en chœur, la boite à rythmes… et leurs thèmes favoris reviennent également : la perte amoureuse, le questionnement, l’inquiétude, la solitude…
Mais si on pouvait se montrer sceptiques à l’idée de se faire à nouveau envahir par la vague électro aérienne américaine copiée-collée de nos frenchies Air (dont elles avaient d’ailleurs assuré les premières parties), on ne peut finalement que succomber une fois de plus et se laisser embarquer dans les épopées éthérées d’Au Revoir Simone. Knight of Wands révèle vos rêves les plus enfouis de Magicien d’Oz, Take Me As I Am est ce vous aimeriez dire en cas de scène de ménage et Organized Scenary vous plonge dans un délicieux sommeil lorsque vous peinez à le trouver.
Douze titres qui fleurent bon le soleil, les arbres bourgeonnants et les robes légères en coton s’agitant dans la brise matinale, délicatement parfumées de senteurs boisées. A écouter à la tombée de la nuit, appuyé à la balustrade de la fenêtre de votre chambre. Fermez les yeux et, oui, vous sentirez la morsure des températures qui déclinent légèrement après une belle journée… Still Light, Still Night.
Trois ans qu’on attendait la suite des aventures d’un groupe parisien qui mérite d’être connu et reconnu… Sébastien Broca, David Simonetta et Maxime Chamoux passent avec brio le périlleux exercice du second opus.
Sortir un bon premier album lorsqu’on est un groupe de rock-pop parisien, ce n’est pas gagné. Il faut éviter le piège des baby-rockers (Second Sex, BB Brunes …ou pire, les Naast) et des groupes bankable dénaturés (The Do). Mais également se démarquer des proches ainés talentueux (Syd Matters). Autoproduit, le premier opus de Toy Fight (Anagram Dances) avait ravi nos oreilles en 2006, restait alors l’épreuve la plus difficile : le retour de bâton de la critique lors du second album labellisé. Après avoir longtemps hésité à tout plaquer, le groupe livre finalement seize titres qui vous embarquent dans une aventure musicale, entrecoupée de trois teasers d’une demi-minute (David Simonetta présente, Maxime Chamoux présente et Sébastien Broca présente).
Dans un bon Peplum, il y a d’abord des costumes. La pop de Toy Fight s’est parée de tous les atours nécessaires pour livrer bataille à la médiocrité : voix, guitares, mandoline, banjo, glockenspiel, piano, farfisa, claviers, mélodica… Et puis, pour mieux se battre, notre trio a recruté trois nouvelles têtes pour leur prêter main forte : Bertrand Faure-Brac (bassiste ingénieux), Jean « Jaune » Thévenin (batteur humble), et Pauline De Lassus (voix féminine bienvenue).
Après évidemment, il faut des grands discours de valeureux guerriers, toujours un peu mystérieux et très poétiques. Le respect des aînés d’abord, la britpop, le Velvet Underground, la vague scandinave sont des influences qui sont respectées sans être plagiées ou dénaturées. Les paroles aussi, encore une fois notre groupe parisien s’en sort très bien : lorsqu’on chante dans une autre langue que son langage maternel, on ne conceptualise pas exactement les idées comme un natif le ferait. Cela donne lieu à des paroles fantastiques et surprenantes (Les Indes Noires) et terriblement craquantes (Golden Make Up).
Enfin, dans tout Peplum se dissimule toujours une histoire d’amour. La déclaration de Toy Fight va droit au cœur, ils aiment trop la musique pour la quitter. Dépêchez-vous donc de les accueillir comme il se doit, le paysage musical de notre vieille capitale en a bien besoin.
Toy Fight était un trio autoproduit, trois ans après c’est un beau groupe signé chez Cityslang. Bis repetita placent, ce second opus est leur victoire.
Aperçus succinctement après moult problèmes techniques lors du Festival Alligator, Dear Reader, ex Harris Tweed, sort un premier album pour le printemps. Oui, pour une fois la coupe du Monde de football sert à quelque chose d’intéressant, promouvoir la scène musicale d’Afrique du Sud.
Originaire de Johannesburg, leur musique est pourtant à l’image de leur couleur de peau : blanche. Alors certes, Dear Reader n’est pas exactement ce à quoi on s’attend, point de musiciens noirs mais de jeunes adultes issus de l’émigration britannique. Oubliez Johnny Clegg également car les rythmes chauds de l’Afrique n’animent pas particulièrement l’opus. Seul le premier titre de l’album, Way of the World, laisse entendre quelques sonorités de la sorte.
Dix titres composent l’album, exclusivement chantés en anglais et emplis de références à la littérature classique anglaise. Charlotte Brontë aurait probablement trouvé comique de voir sa phrase leitmotiv de Jane Eyre, adaptée à un groupe de pop. La voix de Cherilyn MacNeil épouse les volutes sonores concoctées à l’aide de Brent Knopf, guitariste de Menomena. L’univers très poppy évoque essentiellement le thème classique de la déception amoureuse. Fort heureusement l’orchestration ne se cantonne pas à du piano-voix (Never Goes) mais est agrémenté d’envolées de batterie, de cuivres, carillons (Great White Bear), guitares un peu déglinguée (Out out out) et autres petites trouvailles qui font qu’on aime Menomena et qu’on s’intéresse maintenant à Dear Reader.
Il y a dans la rupture de sentiment (amoureux, amical, familial…), un moment paroxysme et paradoxal : lorsque la douleur et la tristesse sont si intenses que leur vibration en devient splendide. La voix claire et les chœurs de Dear Reader le traduisent bien. Dear Reader ou l’hommage de jeunes sud-africains à leurs racines : l’Angleterre. He oui, car finalement penser qu’on va écouter des noirs faire de la musique seulement parce qu’ils sont d’Afrique du Sud, c’est aussi un préjugé. L’Afrique n’est pas exemptée du phénomène de métissage. Un opus tout en douceur, idéal pour regarder s’ouvrir les bourgeons printaniers de ce côté du globe…
Concert de présentation du nouvel album de Peter Bjorn and John, la part belle était donnée aux nouvelles compositions. L’album m’avait laissé une excellente impression, le concert tout autant.
Habillage scénique sobre et graphique, plan de scène intimiste. Dresscode Noir et Blanc. Trio qui se change en quatuor pour leur tube Young Folks, les suédois occupent la scène avec entrain. Ils sont heureux d’être là, sourient de toutes leurs dents blanches, ça se voit et c’est vraiment agréable car les soupes à la grimace parisiennes sont parfois pénibles. Le public est très attentif donc calme, ce qui est agréable pour mieux pouvoir apprécier les toutes les petites subtilités du groupe : un clavier, 2 guitares, une batterie simplifiée (permettant de jouer debout comme les autres). Les titres faisant intervenir les 2 chants grave et aigu sont très réussies (J’aurais à ce titre aimé entendre Picasso). Les mélodies sont résolument pop et plus glacées que les opus précédents.
Comme je l’avais supposé, Nothing to worry about et Lay It Down sont les deux titres les plus dansants et entraînants qui ne vont pas tarder à succéder à Young Folks. Mais plusieurs autres titres sont tout aussi délicieux, notamment Living Thing qui a bien fait de donner son titre à l’album car un live de Peter Bjorn and John est réellement vivant, animé de cette ardeur calme (oui c’est un oxymore mérité) qui caractérise souvent les Suédois.
On ressort de là électrisé et apaisé à la fois, avec un sourire jusqu’aux oreilles et prêt à en découdre avec une piste de danse. L’abus de Peter Bjorn and John est recommandé pour la santé.
Inconnu à mes oreilles il y a quelques mois seulement, Fredo Viola est devenu rapidement un de mes disques de chevet du moment. Rien de transcendant, rien de vraiment original, mais un opus pop frais et très agréable à écouter. Un disques pour les nostalgiques de la britpop des 70’s ? Pas seulement…
De la pop assurément. Et interprétée comme il faut. Claquement de doigts et de mains assurant la rythmique, cœurs dynamiques, flûte et carillon joyeux, orchestration classique (piano-voix-synthé,) et parfois un peu kitsch… Son timbre de voix fait tour à tour penser à Sigur Ross ou Peter Von Poehl (Friendship Is…, Robinson Crusoe), aux Beatles et Beach Boys (Red States, Moon after berceuse), voire à Mika (Puss). Le premier titre The turn, qui a aussi donné son nom à l’album, est assurément le plus agréable, s’inscrivant dans la tradition un peu tombée en désuétude des Flying Pickets, impulsant un rythme assez lent et reposant, agrémenté de diverses sonorités vacancières : un café où l’on discute, des goélands guettant le retour de chalutiers…
Mais l’intérêt du disque est d’être régulièrement entrecoupé de titres plus inhabituels comme K thru 6, qui joue de distorsions de sons un peu angoissantes, ou les plus graves Death of a Son et Umbrellas rappelant les requiems et les chants traditionnels du nord de l’Angleterre.
Fredo Viola, dont le nom rappelle ce vieil instrument à vent, produit un très bel opus qui réalise une belle synthèse de héritage musical sur lequel se fonde la pop actuelle : musique de chambre du XVIIIe siècle, chœurs liturgiques médiévaux, mélodies planantes et entrainantes, sonorités aquatiques…
Et ce n’est pas tout, car il faut mentionner le splendide objet qu’est ce disque, accompagné d’un Dvd de montages vidéos de l’artiste tous plus réussis les uns que les autres, rappelant une fois de plus un temps révolu où l’on avait recours à des kaléidoscopes et autres rubans de photos pour créer le mouvement. A noter une très belle interprétation de ‘Silent Night’ avec le baryton norvégien Nils Christian Fossdal. Le livret n’est pas en reste, très soigné, orné de différents dessins rappelant le travail des moines copistes du XIIIe siècle.
Vous l’aurez compris, Fredo Viola est un artiste complet, qui tel un chevalier, a attendu the (right) turn pour nous conquérir… Reste à vérifier que la prestation scénique sera à la hauteur de cet opus.
La machine à tubes est de retour ! Alors que tout le monde a encore en tête Young Folks, qui est régulièrement remixé (celui de Diplo est d’ailleurs très plaisant), le trio suédois ne s’arrêtent pas en si bon chemin et signent un quatrième album toujours aussi dansant.
Sonorités glaciales, rythmique de batterie ultra-basique, guitare aux lignes simples et évidemment ces voix qui enchantent nos oreilles à chaque fois… la même chose qu’à l’accoutumée est-on tenté de penser, sauf que curieusement, c’est très différent.
Les mélodies regorgent de petites trouvailles toutes plus délicieuses les unes que les autres : jeux de respiration saccadée, utilisation raisonnée du vocodeur, claps, boucles très courtes de piano, échos métalliques, agitation de plaques de plexiglas… Les textes sont tout sauf niaiseux, comme dans Lay It Down, où la mélodie pop-sucrée ne laisse pas penser que les textes sont si piquants : « Hey shut the fuck up boy, your’re starting to piss me off, take your hands off that girl, you’ve already had enough ». Ou très drôles dans Picasso lorsque la narration prend la point de vue d’un tableau de Picasso s’ennuyant sur le mur du Musée de Barcelone et ayant besoin d’affection…
The Feeling et Nothing to worry about sont déjà calibrés pour les dancefloors de la planète, prêts à être réappropriés par les djs du monde entier… à la maison ou dehors, vous n’avez pas fini d’entendre Peter Bjorn and John, qui s’imposent en douceur comme des références incontournables de l’eletro-pop.
Après avoir revisité la New Wave avec le projet Nouvelle Vague (qu’il continue d’ailleurs puisque le 3e album sortira cette année), Marc Collin s’attaque aux grands classiques pop-rock des films 80’s restés cultes : James Bond (For your eyes only, It ‘s wrong for me to love you), Top Gun (Take my breath away), Cat People (David Bowie), Purple Rain (When doves cry de Prince)… et même La Boum (Reality).
Mis à part le fait qu’il faille rester assis pour écouter tous les standards interprêtés par Katrine Ottosen (beauté froide, très grande, venue du Danemark dont les poses sur scènes sont des gravures de mode) et Dea Li (chanteuse ibérique de pop bas de gamme qui s’en sort bien mieux ici). Les reprises sont assez variées et curieusement, une fois épurée, sont parfois plus intéressantes que les morceaux originaux : Hero de Mariah Carey, normalement irritant, est présenté ici dans une version moins mélo et avec une orchestration plus tonique. Les musiciens (5) jouent très bien, ce qui n’est pas le cas des chanteuses qui en font beaucoup trop une fois sur deux mais semblent prendre néanmoins du plaisir. Le jeu de lumières très bien maîtrisé permet néanmoins de rattraper le tout. Le rappel avec Gostbusters est assez déjanté… même si on préfère l’original.
La setliste, avec fautes d'orthographe, c'est toujours plus classe...
Je reste donc sur une impression mitigée pendant les ¾ du spectacle jusqu’à l’arrivée de Skye pour 3 titres. Là, on reste simplement subjugué : la voix de Morcheeba enveloppe les tubes de Blondie (Call me – American Gigolo) ou David Bowie (This is not America – The falcon and the Snowman) dans des versions plus bluesy. Tout dépend donc de l’interprète…
Autre problème, si l’idée de faire des reprises en révisant chaque époque et genre musical peut paraître intéressante, on prend quand même un coup de vieux (la moitié des titres ne me touchent pas donc à l’inverse, je me sens jeune et je ne dois pas être le public visé) et ça perpétue un peu l’idée du rock « c‘était mieux avant » qui est tout de même assez horripilante (et qui explique pourquoi Rock n’Folk adore ces projets).
Pop-folk-rock / Grande Bretagne /Young and lost club Records /2008
Le principe d’une surprise, c’est qu’elle déboule toujours au moment où vous vous y attendez le moins. Lorsqu’un ami me glisse l’album dans les mains, je dis merci (c’est toujours très agréable de recevoir un cadeau) mais je ne m’attendais pas à être subjuguée par un simple album pop-rock. C’est ce qu’on peut appeler une pépite. Et celle-là est de taille.
Le principe d’être subjugué par une œuvre, qu’elle soit musicale, littéraire, cinématographique ou picturale, c’est que lorsqu’elle vous est présentée, ce sont immédiatement des critères subjectifs qui vous viennent à l’esprit. Et ce sont ces chroniques qui, tout en étant celles qui vous tiennent le plus à cœur, sont les plus difficiles à rédiger. Et pourtant il s’agit uniquement de chansons d’amour…pas un défi facile car il n’y a rien de plus gonflant que des groupes qui ne parlent que de L’Amour (comme d’autre parlent de La Nature).
Le nom du groupe tout d’abord est génial. Ces dernières années, on a eu les « groupes en The » (The Strokes, The Spinto Band, The Do…) , les noms amusants avec une volonté transfrontalière pour être compris de tous (Caribou, Metronomy, Mgmt,…), les noms de provenances truquées (Of Montreal, I’m From Barcelona, Architecture in Helsinki…). On avait aussi eu les copains qui s’affichent (Fujiya & Miyagi, Anthony & the Johnsons, Uzi & Ari…), mais Noah and the Whale inaugure une nouvelle tendance : les inspirations cinématographiques rendant hommage à un réalisateur et son film préféré, il s’agit ici de Noah Baumbach avec The Squid and the Whale (en VF Les Bergman se séparent, racontant la séparation hilarante de parents du point de vue d’un petit garçon). Donc les membres de Noah and the Whale ont d’abord d’excellents goûts en matière de ciné. Ils se retrouvent en prime un nom loufoque qui interpelle.
Côté musique, on peut y retrouver un côté Beirut dans la voix et un côté Arcade Fire (bonne période) ou Tilly and the Wall dans l’orchestration, mais à mon humble connaissance personne n’égale le piment des textes d’amour de ces quatre anglais. Car si leur univers est un peu mélancolique, leurs piques sont jubilatoires : par exemple Mary où Charly raconte comment il a avoué son amour à Mary qui lui répond oui juste pour lui faire plaisir, il lui demande alors de ne pas lui mentir car il en souffre et elle lui répond juste de la fermer… Cul-cul et barbantes les chansons d’amour ? Pas du tout, c’est plutôt le combat du siècle le plus éprouvant : Si l’amour n’est qu’un jeu pourquoi ce n’est pas drôle ?/ Si l’amour n’est qu’un jeu pourquoi je perds à chaque fois ? (2 atoms in A Molecule), Si tu ne crois pas en Dieu / comment peux-tu croire en l’Amour ? (Peaceful, the world lays lays me down), Il existe un plaisir que nous devons tous éprouver/ c’est un plaisir que je connais bien /que celui de perdre ton cœur / et laisser l’amour grandir (Do what you do).
Ce qui fascine et dérange le plus finalement, c’est qu’il s’agit d’un premier disque. Les musiciens n’ont pas 20 ans de carrière mais sont de tout jeunes adultes. Quarante minutes pour un premier album c’est bien, quarante minutes de qualité c’est mieux. D’un coup, on se sente vieux à côté d’eux…
Je concède sans honte aucune qu’Of Montreal est un groupe qui parle d’amour pour les filles, mais concernant Noah and the Whale, ce groupe saura convaincre tout le monde. L’amoncellement de trouvailles musicales (la boite d’allumettes agitée sur Give a little love comme seule rythmique ou les claps discrets faisant écho à des bruitages de dessins animés dans Five Years Time) fera fondre les cœurs les plus secs, le violon plaintif attendrira même les plus désabusés, les chœurs parachèveront de vous rendre compte que vos vies sont chouettes malgré les épines récurrentes des déceptions amoureuses… Parce qu’il s’agit bien d’un hymne à la vie telle qu’elle est : « Quoique vous fassiez et où que vous alliez / il y aura quelqu’un sur terre qui vous aimera à jamais » (Second Lover). Si seulement on pouvait offrir aux comédies romantiques des bandes-sons aussi drôles et palpitantes…
Mention spéciale à la pochette (avec le retour du livret !).
Pop – Rock – New Wave / Grande Bretagne / 16/11/2008
Bon ce même soir il y avait une belle soirée électro à La Cigale (Inrocks Festival), mais étant donné que l’organisation des Inrocks laisse toujours beaucoup à désirer (mauvais ingés son, mauvaise organisation…) je préférais ne pas y aller pour ne pas être déçue comme les années précédentes (effroyable show de LightspeedChampion ou oreilles qui saignent sur Midlake…)
A la place, la Maroquinerie proposait une soirée très british avec un groupe de filles puis un groupe de garçons. Cela faisait des mois que je n’avais pas été seule à un concert, cela a parfois du bon car on se concentre deux fois mieux sur la musique…
Rachel Unthanks (and the Winterset), jeune fille du nord-est de l’Angleterre, chantait sur scène accompagnée de sa sœur (elle l’a annoncé au bout de 3 titres mais on avait compris tant elles se ressemblent) et de deux autres femmes au piano et à l’accordéon / au violon. Elles interprétaient des chants traditionnels de leur région et d’Ecosse. Des voix claires, des canons parfaitement maîtrisés, un piano mélancolique et un violon entraînant… en fait cela ressemblait souvent à des chants irlandais. Les deux sœurs ont même dansé une sorte de claquettes traditionnelles (avec des semelles en bois) sur Blue’s Gaen Oot othe fashion. Une première partie très appropriée à un début de soirée de fin de week-end.
TheMabuses est un groupe peu conventionnel. D’abord il s’agit du 3e album du groupe sauf que le second opus est sorti il y a… 15 ans ! Donc même si j’avais une excellente mémoire, j’aurai du mal, vu mon âge, à déterminer si, comme moult anciens groupes faisant leur come-back, ils ont bien fait de revenir ou non.
L’ensemble était parfaitement maîtrisé : une batterie jazz-rock sur un tapis zébré, un clavier agile, deux basses, une guitare et un Ukulélé… Bon, on va s’ennuyer si tout est trop carré… Mais c’est là que se réveille le talent de Kim Fahy, leader du groupe. Leurs titres rappellent autant les Beatles (époque White Album) par leurs mélodies que les MonthyPython par leurs paroles. Sur scène on sent que l’équipe se connaît très bien, ils font des blagues entre eux, ils dansent, ils s’envoient des coups de pieds aux fesses (si si, tout en jouant). Les ruptures de rythmes ou les fins expéditives des morceaux participentégalement de cette impression de Joyeux Bazar au pays d’Alice au Pays des Merveilles… rien ne laisse entrevoir qu’ils ont vieilli…
Rien sauf lorsque le pianiste à la longue barbe noire et au béret anarchiste met ses lunettes pour relire les partitions . A mon avis ils n’ont rien perdu de leur âme d’enfant et ont bien fait de revenir sur scène ! Ci-joint la set-liste.
Une excellente soirée pour un dimanche où l’on sait que nous attend une masse de travail le lendemain. Note : 8/10
Ecrire pour un groupe de choristes belges, exclusivement des femmes, un univers foutraque et détraqué, un défi qui semblait convenir à Philippe Katerine… Oui mais voilà, il faudrait aussi un peu de talent pour que la sauce prenne vraiment.
D’abord, ne jamais écouter l’album dans l’ordre présenté car le premier titre est crispant, épellation de leur nom sur fond d’accords aux accents hard-rock. Ensuite ne pas prêter attention aux paroles parce qu’elles sont d’un niveau aussi élevé que celles des braillards qu’on trouve à la télé (J’ai marché dans la rue sans savoir pourquoi / Et là c’était la lune même moi j’y croyais pas). Les sujets sont d’une pauvreté affligeante : drogues dégeulasses, sexe au rabais et… c’est tout ! Enfin, venant de Katerine, on s’attendait à beaucoup mieux au niveau des improvisations musicales, là on enchaîne les thèmes ultra-éculés de funk de fanfare…
Entièrement pompé sur Billy the Kid, le problème des donzelles est que contrairement à leurs aînés, elles ont passé l’âge de chanter des conneries et de boire du Seven Up (Futur Hot Dog). Sortant un peu du lot, Vive papa ! peut au moins être diffusée pendant une fête pour lancer le début de soirée, les chœurs britpop sont sympathiques et les textes un peu drôles.
Espérons qu’en live, les midinettes savent séduire un peu plus que sur ce Disque n°1. Habituellement, j’aurais souligné que 38 minutes c’est un peu court pour un premier opus, là on a juste envie que ça s’arrête. Gageons pour finir que Katerine saura reconnaître qu’à force de produire n’importe quelle niaiserie qui traîne – il risque d’y perdre sa cohérence – et qu’il n’y aura jamais de Disque n°2.
Deux ans après la petite perle pop-rock Oh Mandy (cf. chronique septembre 2006), issue du premier album du Spinto Band majeur (oui ces jeunes ont produit 7 autres albums en tant que mineurs), les new-yorkais nous reviennent dans un opus dont on attendait beaucoup mieux.
Tout d’abord, on pardonne plus facilement les maladresses venant de gamins inexpérimentés que celles venant de jeunes qui viennent de s’exercer à deux ans de tournée, même s’il restent encore très jeunes (le plus jeune à 21 ans, il n’est pas certain qu’ils soient tous en âge de voter Obama). Donc, il y a deux ans, on leur reprochait d’un peu trop s’inspirer de leurs aînés du rock et de la britpop, et là, force est de constater que le Spinto Band n’a pas encore exactement trouvé un style qui lui est propre.
D’autre part, nous avions déjà souligné dans le premier album la mauvaise articulation des titres qui provoquait une rupture musicale rendant obligatoire la lecture en mode aléatoire pour pouvoir apprécier l’album entier. A nouveau, le second opus est difficile à apprécier dans son organisation normale, par l’introduction de titres crispants en 2e (Vivian Don’t) et 4e position (The Carnival) : les synthés saturés et les voix qui mâchouillent du chewing-gum dans la gamme soprano sont rédhibitoires.
Enfin, lorsqu’on compare les deux albums, on se demande si les jeunes de Brooklyn ne se paient pas notre tête. Onze titres chacun, les mêmes introductions sur un tiers des titres : comparez par exemple les titres Pumpin’s and Paisley (album 2 – titre n°8) et Late (album 1 – titre n°8) ou Black Flag (album 2 – titre n°11) et Mountains (album 1 – titre n°10), sont quasi-identiques, sauf que la version du premier album est meilleure que celle du nouvel opus. Mais l’exemple de copiage le plus raté est surement Summer Grof (titre n°3) qui essaye de retrouver le charme de Oh Mandy. Mais même en utilisant la mandoline, les chœurs et les voix très claires et la mélodie légère, la batterie a ici une cadence plus rapide qui colle pas…Aucun titre ne se démarque vraiment par sa créativité, seule Alphabetical Order est un peu plus amusante, mais très courte (2’39), comme inachevée.
Dernière petite pique avant de se désintéresser de ce groupe, le premier album était déjà très court, le second l’est encore plus ! Dommage pour le petit espoir de 2006… il n’a pas bien vieilli, souhaitons une meilleure évolution aux espoirs 2008 de Brooklyn Mgmt et Vampire Weekend.
Arrivés après la fin de la première partie de Revolver (non, sérieusement, pas question de se faire casser les oreilles toutes les semaines non plus, en revanche ils distribuaient de splendides masques de chats), nous pensions trouver la salle du Bataclan comble et pleine de déguisements d’Halloween. Mais il n’en était rien, le Bataclan était rempli aux trois-quarts et sans le premier étage) avec un public diablement parisien…
Quatorze sur scène dont seulement quatre femmes (l’une était d’ailleurs enceinte jusqu’au yeux), I’m From Barcelona démarre fort avec l’une de ses chansons phares Barcelona loves you. L’ambiance n’était pas à l’orange citrouille mais au rouge et noir chic (ballons, confettis, instruments de musiques, vêtements…tout y est). Le leader prévient, on va faire la fête mais il doit d’abord jouer des titres tristes.
Et en effet, après avoir interprété You almost killed me, les canons à confettis et les énormes ballons entrent en scène et dynamisent l’ensemble jusqu’à la fin du show. Les titres extraits du nouvel album sont riches, légèrement teintés de mélancolie. Le spectacle est impeccable, presqu’un peu trop lisse : ils sont certes nombreux sur scène et gesticulent dans tous les sens mais ils ne sont pas bordéliques pour autant, chaque mouvement est millimétré, chaque titre est chronométré.
Après un rappel annoncé (« C’est notre dernière chanson ce soir, mais ne vous inquiétez pas elle est longue »), le groupe quitte les lieux calmement non sans avoir passé une annonce de recherche d’un appartement parisien pouvant accueillir 28 personnes.
Un concert très bien maitrisé, bien équilibré entre les tubes ayant fait leur renommée et les titres issus de leur nouvel album. Cependant, le groupe semble parfois en décalage avec le public, comme si on les regardait à travers une vitre sans tein.
La folle équipe du groupe Of Montreal, qui comme son nom l’indique nous vient des Etats-Unis, nous propose un onzième album ! Une heure de musique en quinze titres.
Onzième album d’un genre très restreint consistant en une explosion de sons dans tous les sens, de voix suraigües, de synthé déglingué… ils vont se répéter allez-vous penser. Que neni, Kevin Barnes se surpasse une fois encore, il garde toujours le même thème – la déception amoureuse et la dépression qui suit – mais explore d’autres genres musicaux en petites touches si courtes qu’elles ne dénaturent pas l’originalité mélodique du groupe.
Les titres oscillent entre 1’’26 et 7’’12 créant une dynamique surprenante, il est courant de penser qu’un titre vient de se terminer alors qu’on en est seulement au milieu. L’exemple le plus significatif du tournant pris par le groupe est probablement atteint dès la huitième minute (Wicked Wisdom) : une longue série d’insulte dont les genres musicaux passent des cœurs sixties mielleux aux variations des australiens d’Architecture in Helsinki, en passant par du rap ou une pop acidulée… Kevin connaît ses classiques (Beattles, Flying Pickets, Beach Boys…), observe ses contemporains (Just Jack, We are from Barcelona, voire une pointe de Block Party et Franz Ferdiand), sait les parodier aussi, terminant An Eluardian Instance par un « Don’t you pimp up my heart » qui semble tout droit sorti des tubes des gangstas-rapeurs US.
Dans un monde où l’économie libérale s’entraîne à la chute libre, dans une société où l’on vous demande de rentrer dans le rang, où l’on prône la « normalité » voire la « normalitude », Kevin envoie une fois de plus un violent coup de pied dans cette fourmilière qui implose :
« …Don’t be affraid little [world] of violence, I’m only poisoning you, cause i can’t shoot you / Don’t be affraid little man of my trouble mind, I’m just poisoning you a little every day… » (Death Is Not A Parallel Move).
Diving with Andy c’est au départ un malentendu téléphonique. Le nom de ce jeune trio devait être « Dining with A », en référence à une nouvelle américaine, mais cela a été compris de travers et c’est resté : inutile de se parer de pseudo-références lorsqu’on a du talent, cela parle de soi-même. Cela explique aussi en partie leur signature chez le label Dièse, fraîchement fondé sous la direction d’artistes comme Benjamin Biolay ou Kerenn Ann.
DWA, c’est tout d’abord Julien Perraudeau et Rémy Galichet, qui cumulent à eux-seuls les rôles de guitariste, bassiste, batteur et ingénieur du son pour le premier ; pianiste, compositeur et arrangeur pour le second. DWA c’est aussi Juliette Paquereau, une chanteuse à la voix veloutée, sorte de synthèse de Stina Nordenstam, Suzanne Véga et Cat Power, à qui elle ressemble également physiquement. Juliette fait de la chanson française… en anglais, sans prétention, avec un accent impeccable. Sa voix est douce, avec cette boule amère permanente dans la gorge qui manque de la faire basculer dans le mélo : « A funny tricky strange taste ».
Les dix titres mettent en scène Andrew, personnage marqué par le taedium vitae. Les mélodies évoquent des ambiances surannées, mélancoliques tout en restant entraînantes. Les boucles de batteries sont épurées au maximum pour laisser s’exprimer basse électrique et doux arpèges folk (October in May) ; un violon orchestral emboîtant régulièrement le pas du piano (Andrew). Sans arrangements la musique n’est rien ou presque, c’est précisément dans ce domaine que les deux figures masculines excellent, parant la voix et les textes de Juliette des mille atours nécessaires pour produire un ensemble souriant, dansant et sophistiqué.
Intégrer la compilation CQFD 2006 des Inrocks n’était qu’une cerise sur le gâteau de Diving with Andy, retenez bien ces noms qui, sinon le devant, hanteront le derrière de la scène des vingt prochaines années.
Quelques mois seulement après la sortie de leur EP From the Cliff, revoilà nos drôles d’oiseaux multinationaux Guillemots. Avec ce nouvel album, brillant, le groupe réaffirme en à peine une heure qu’il ne faut jamais prendre la musique au pied de la lettre. Ainsi Through The Window Pane pourrait être une version européenne d’une bande originale d’un film de Bollywood.
Bollywood en premier lieu par la durée des titres. Avec une moyenne de cinq minutes par morceau, nous sommes bien loin du format exigé par les ondes, mais ce groupe peut se le permettre. En effet, contrairement aux Pipettes ou à Lily Allen où le format très court évite que l’on se lasse de la superficialité de leur musique, toutes les subtilités des Guillemots se dévoilent petit à petit, dans la longueur. On retrouve deux titres de l’EP dont l’énergique Trains to Brazil. Through The Window Pane et Annie, Let’s Not Wait possèdent d’ailleurs les ingrédients qui font de ce morceau un tube : l’aspect pop, les passages jazzy plus agressifs et les mouvements plus lents. Samba in the Snowy Rain ou If the World Ends sont pour leur part des ballades douces et planantes. La contrebasse et les cuivres s’expriment plus et dans des variations plus orchestrales. Mais le coup de maître réside dans la clôture de l’album :Sao Paulo, un titre fleuve de douze minutes. A travers lui transparaît tout l’univers des vieux films monochromes des années 50 avec un saxophone mélancolique semblant prendre un ascenseur pour l’échafaud sur fond de doux rouleaux mourants sur la plage, et un clavier où le piano se mue en vieille cloche. Des dérapages musicaux se produisent au milieu du titre : tous les instruments se mettent à monter et descendre leurs gammes, sur tous les octaves, dans tous les sens. On a cette fois l’impression d’être au creux de la houle en pleine tempête (“There’s no skin left on your bones”).
Bollywood toujours par la thématique amoureuse, récurrente en pop, filée dans sa version la plus ringarde et kitsch. Deux jeunes gens s’aiment, font un voyage au Brésil, y dansent une samba (de MC Lord Magrao) sous la pluie neigeuse (canadienne d’Aristobal ?). Malheureusement à leur retour, les doutes sur la véracité de leur amour surgissent et ils se posent beaucoup (trop) de questions derrière les carreaux de leurs fenêtres respectives. Pour finir le jeune homme repart à Sao Paulo où il attendra sa belle Annie, et nous savons tous que si la fin n’est pas contée ici, elle sera heureuse ! Le concert de cloches et cuivres d’une minute terminant l’album en témoigne.
Les textes sont délibérément pauvres et drôles : “If I leave you, all the stars wouldn’t fall from the sky and the moon wouldn’t start to cry”. Cependant certains passages dégoulinants sont un peu fatiguants (We’re Here, And If All). La voix d’Aristabal quant à elle accompagne Fyfe à plusieurs reprises (Redwings), accentuant le côté comédie musicale. On trouve aussi régulièrement des chœurs (Made Up Lovesong #43, Through the Window Pane) et des sursauts disco (We’re Here, Annie, Let’s Not Wait) qui finissent de parfaire la dimension kitsch de cet opus. Soulignons également l’étonnant Blue Would Still Be Blue, performance vocale de Fyfe accompagnée de seulement quatre notes de synthétiseur et de chants d’oiseaux. Et si sa voix déraille moins que dans l’EP, c’est son piano qui est désaccordé (Little Bear).
Nos palmipèdes préférés confirment largement leurs talents musicaux, vocaux et humoristiques, rendant à la pop toutes ses lettres de noblesse. A écouter avec un bon thé à la main, un chat sur les genoux, en regardant la ville à travers les carreaux, pour mettre un peu de fantaisie dans cet automne grincheux…
Formé il y a dix ans, le Spinto Band tient son nom de Roy Spinto, grand-père du guitariste Nick Krill. Ce groupe d’outre-atlantique a déjà sept albums autoproduits à son actif, bien que ses six membres n’ont tous qu’entre 19 et 24 ans. Reste alors à vérifier si ce court opus de 35 minutes est à la hauteur de son titre provocateur.
Les onze titres de l’album oscillent entre un rock énergique et des mélodies pop plus douces et rétro. Ainsi, le groupe emprunte la voie déjà tracée par Franz Ferdinand (Crack the Wip), Blur, Block Party (So Kind, Stacey), ou encore les Strokes avec qui semble avoir été co-écrit Moutains. À l’inverse, Direct to Helmet et le titre caché Japan is an Island, écrit en cours de géographie par Nick Krill et Thomas Hughes, rentrent dans la directe filiation de la britpop des Beatles, en particulier par les chœurs qui soupirent. Ils constituent une sorte de parodie de la chanson mélo typique de l’ado boutonneux mal à l’aise avec le sexe opposé.
Au-delà de cette ligne de partage entre pop et rock, c’est dans les trois premiers titres de l’album, en particulier dans Oh Mandy, tube incontestable, que se trouve le véritable cachet du Spinto Band. Que ce soit par ses chœurs, la rythmique de batterie de Jeff Hobson, les cinq notes du synthétiseur de Sam Hugues ou son refrain accrocheur, Oh Mandy parvient par la plus efficace et jolie des manières à nous communiquer l’enthousiasme de ces jeunes garçons en phase terminale d’adolescence. Tout le charme de ce jeune groupe réside dans l’aptitude de ses membres à tourner en dérision leur propre attitude de gosses mal dans leurs baskets et préférant se réfugier dans la musique plutôt que d’aborder des filles.
Il est dommage que la dynamique de ceux qui nous permettaient d’envisager avec joie une journée de pluies diluviennes en plein mois d’août ou une succession de râteaux auprès d’éventuelles conquêtes, soit brisée par deux morceaux successifs. Crispants, galvaudés et pauvres jusque dans les titres, Trust vs Mistrust et Spy vs Spy sont composés de trois accords de guitare et deux de batterie, ce qui aurait pu être une réussite, comme en sont capables les White Stripes, mais ne fonctionne pas ici.
Malgré ces ratés, le titre de l’album se justifie. Compte tenu de leur jeune âge, ces six américains sont talentueux et ne manquent pas d’assurance. Incontestablement nice, almost nicely done, le Spinto Band est un groupe dont on attend la suite (Give me a chance / I promiss I’ll come back honey). Note : 7/10
Guillemots : hormis le nom d’un oiseau trop souvent confondu avec le pingouin, personne n’avait jamais rien entendu sous ce nom…
L’album commence par une intro de 40 secondes (Sake) de Fyfe Dangerfield seul au piano, apathique, chantonnant quatre vers de mauvaise facture… qui se révèle n’être qu’un pied de nez espiègle pour mieux nous réveiller. En effet, dès Trains to Brazil (dont l’album comporte le clip), on reconnaît tout le talent de ce quatuor éclectique composé d’une contrebassiste canadienne (Aristazabal Hawkes), d’un batteur écossais (Greig Stewart), sans oublier le guitariste brésilien (MC Lord Magrao). Fyfe Dangerfield – c’est son vrai patronyme -, tout droit échappé de Peter Pan, pose au dos de l’album avec son chapeau de corsaire, de vieilles chaussures aux semelles décollées et une bouilloire, et nous emmène visiter son petit monde (“Somebody told me there’s another tale/But together we go somewhere/Somewhere over the stairs”) peuplé de sirènes (Cats Eyes), ou évoquant ses chagrins d’amours (Made Up Lovesong #43).
Mais ce qui rend vraiment magistrale la musique des Guillemots, c’est leur maîtrise des multiples possibilités de leurs instruments. Calmes en début et fin d’album (Sake, MY CHOSEN One), ils savent se faire agressifs et mélodieusement cacophoniques par petites touches. On obtient des morceaux courageux de sept à neuf minutes (Over the Stairs, Cats Eyes, Go Away) qui mixent habilement passages instrumentaux, voix douces ou hurlantes et ruptures de rythmes. L’intervention ponctuelle des cuivres (dans Go Away notamment) agit comme des rappels au monde du jazz, renforçant un aspect expérimental.
Après l’excellent Trains to Brazil pop acidulée, l’un des meilleurs morceaux est sûrement Over the Stairs. On savoure trois minutes de ballade et soudain un dérapage musical survient pendant trente secondes : la voix se fait très aiguë et déraille, accompagnée par une flûte et un piano qui s’emballent. La ballade reprend un peu plus agitée, entrecoupée de sursauts vocaux, et dans la dernière minute, Fyfe est parvenu à nous mener dans un monde aquatique où les voix se sont muées en chants de baleines…
Durant ce court bijou de quarante minutes, tout comme Fyfe se tient à la croisée des chemins (à gauche sa maison, et son terrain de jeux ; à droite des questions existentielles à résoudre comme “Qui vais-je devenir ?”), on passe par tous les états et genres musicaux, et l’on aimerait rester encore avec eux jouer avec des dinosaures et manger des doughnuts.
I Hear the Sound est gravé sur le CD. Si seulement Disney pouvait remplacer ses mélodies pâteuses par ces pépites pop-rock-jazz d’un groupe prometteur à l’âme d’enfant ! Jamais mélos, jamais prévisibles, simplement doués, les Guillemots sont peut-être de futurs empereurs dans leur domaine, certainement pas des manchots : “Best things come from nowhere/I love you I don’t think you care”.