Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

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BACHAR MAR KHALIFE – Oil Slick

In des disques... on septembre 13, 2010 at 8:30

Artiste libanais / Electro projet / Infiné

Dans la famille Khalifé on connaissait Marcel, le père à la douceur créative, on était resté subjugué par la dextérité du frère Rami dans sa participation au projet Aufgang, mais on n’avait pas vu venir ce petit frère… et on n’aurait pas parié sur autant de qualité.

Signé chez Infiné (tout comme Aufgang) Bachar Mar Khalifé a plusieurs invités, dont Aymeric Westrich et Rami Khalifé. Album pistonné ? Certainement pas. Six titres seulement, concentré ultime de qualité, matière brute et évolutive à travailler à jamais. Dès les premiers accords on se fait surprendre par la violence des orchestrations. Quelque chose qui nait au fond des tripes pour se répandre dans chacune de vos veinules, propulsé par les tressautements des battements de votre cœur. Une marée noire. Liquide visqueux qui vous embourbe pour ne jamais vous lâcher. Ce qui s’apparentait à une simple comptine enfantine devient en un clin d’œil une éprouvante machine émotionnelle.

On n’est beau que s’il existe le laid, on n’est intelligent que si des imbéciles s’expriment, on n’est doux que si l’on connait la violence, on sait reconnaitre une belle âme lorsqu’on s’est frotté à des raclures monstrueuses. Cet album fonctionne de la même manière, soufflant le chaud et le froid, alternant passages rapides et plus lents. Mélangeant en permanence sonorités classiques (piano, batterie, voix, cuivres) mâtinées de traditionnel libanais et rehaussé d’électronique, le résultat oscille entre jazz et minimal, passant par la pop.

Si ce disque est très structuré, il n’en reste pas moins spontané. On ne ressent pas un disque travaillé pendant des années mais une idée mûrement réfléchie et splendide en quelques prises lorsqu’il a été enregistré.

Laisser les émotions sourdre d’elles-mêmes.

Des douleurs et des colères dans leur expression la plus sobre lorsque sont énumérés un à un les prisonniers politiques libanais ; une prise de position forte en choisissant de chanter une douce comptine en duo avec la chanteuse palestinienne Lita Jana.  Never to forget / Never to forgive.

La pièce maîtresse a donné son titre à l’opus. Oil Slick est une bile qu’il est sain d’exprimer. Chaque mot, chaque note jouée, chaque rythme donné est ici à la fois une entité indépendante d’une violence redoutable et fait partie d’un ensemble d’une beauté fascinante. Une sorte de syndrome de Stockholm schizophrène (Tu me Dégoûtes – Enlever le goût – Ordure – Sac à merde – Minable – misérable – inconscient qui n’a pas de conscience, qui provoque le mal autour et en lui – même malgré lui), un monologue de rejet de soi et de tout ce qui nous entoure, être son propre bourreau, plus la peine est lourde, plus on l’aime (Je m’en veux terriblement. Elle m’en veut, je m’en veux, je m’en veux parce qu’elle m’en veut, parce que je n’ai pas le droit qu’elle m’en veuille, ça ne se fait pas… je m’en veux qu’elle m’en veuille). Durant les sept premières minutes, le piano n’est plus qu’une seule boucle, fil rouge, la batterie lui emboite le pas et les phrases électroniques font de brèves incursions dans ce récit.

Certaines familles doivent être décidément douées pour avoir du talent. Si les productions de Khalifé père et celle de Rami sont ambitieuses et de haute qualité, Bachar Mar Khalifé possède résolument comme une aura supplémentaire et une créativité bouillonnante qui font de son disque un opus indispensable. Matière à remixes, outil de méditation et de réflexion, objet de contestation, par-dessus tout splendide transposition musicale de ce qu’est une marée noire : un désastre d’une incroyable cruauté qui est également diaboliquement beau et qu’on voudrait contempler à jamais.

Sortie le 27 septembre, Myspace (qui n’est pas représentatif du sublime de l’œuvre)

En écoute : Distance – Bachar Mar Khalifé in Oil Slick

Chronique à retrouver sur Le Hiboo

THE HUNDRED IN THE HANDS – s/t

In des disques... on septembre 7, 2010 at 11:21

Duo Brooklyn / Pop – Electro / Warp

Avec un nom aussi long qu’incompréhensible, le duo The Hundred in the Hands serait passé à côté de mes oreilles grâce à l’apriori tenace que je conserve à l’égard des groupes au nom fashion-ta-mère. Et pourtant, c’est véritablement un des meilleurs disques de cette rentrée musicale.

Les mélodies oscillent entre pop soignée et electro voluptueuse. Essentiellement dirigées par la basse-rythmique, la voix de la chanteuse vient s’y nicher sans fioritures. Dès les premiers accords de guitare, on reste subjugué et envouté par le timbre d’Eleanore Everdell qui a recours à une légère reverb qui n’est pas déplaisante. Ici plusieurs échos à la disco des 80’s ajoutent une texture rétro terriblement dansante et euphorisante. Là nos oreilles reçoivent de plein front des accents shoegaze donnant envie de tout faire valser.

On peut d’ailleurs souligner un enchaînement des morceaux particulièrement prenant qui vous émeuvent autant le corps que l’esprit. Ca pétille de partout et, telle Cendrillon, on voudrait ne plus s’arrêter et avoir de nouveau vingt ans pour danser de bout en bout sans respirer le temps de cet LP.

Un album à la fois frais et acide par ses sonorités, sombre par ses textes, entraînant par ses orchestrations, The Hundred In The Hands se révèle un duo qui a de beaux jours devant lui, qu’il ne faudra rater sous aucun prétexte lors de leur prochaine scène.

Sortie le 20 septembre

THE DRUMS – s/t

In des disques... on juillet 19, 2010 at 8:00

Groupe américain / rock / Moshi-moshi Records

Parfois on rève d’être né à une autre époque. Il arrive qu’on y pense tellement fort que cela influe sur notre comportement et nos actes. Les jeunes de The Drums sont de ceux qui auraient dû naître quarante ans plus tôt et sous une autre nationalité.

Sans même l’avoir écouté, la pochette de ce disque fait presque froid dans le dos. Fluokids ? Electro bling-bling ? Indie rock qui se la raconte ?

A l’écoute c’est tout aussi troublant. On croit reconnaitre en permanence The Clash, Joy Division, les Beach Boys… sauf que non, ce sont des jeunes d’aujourd’hui.

On peut d’ailleurs s’interroger sur cette tendance actuelle des jeunes groupes à ne jouer de la musique d’avant leur naissance. Notre époque est-elle si anxiogène et déprimante que les mois de trente ans en perdent leurs facultés créatives pour s’enfermer dans des ersatz d’une époque qui semblait plus heureuse et facile ? Un No future de désespoir tout en restant un Fuck the future de jeunesse qui leur passera.

Si les titres de cet opus sont tous des singles en puissance, la qualité des textes n’atteint pas celles de leurs aînés, pas plus que les orchestrations rivalisent avec les groupes d’origine.

C’est à la fois agréable et agaçant de sans cesse avoir l’impression de retrouver d’autres groupes de rock. Un disque plaisant qui, passé l’effet de surprise, s’avère assez lassant mais n’en demeure pas moins de qualité. Reste à voir si, l’effet de surprise passé et la saison estivale derrière eux, The Drums saura s’extraire plus habilement que Mgmt du carcan que l’on a commencé de leur fixer.

ELDIA – Yayaya

In des disques... on février 23, 2010 at 8:30

Groupe parisien / Rock – Pop / Emergence Music

Deux EP d’eLdia ont tourné dans nos platines avant de recevoir ce premier album au nom un peu fashion-branchouille répulsif (mais en accord avec leur nom de scène…). Yayaya, tic de langage hispanique, est aussi excitant que de picoler une pina-colada à l’ombre d’un palmier et évoque des sonorités tout aussi… rafraîchissantes.

On avait eu un aperçu intéressant de ce qui nous attendait avec la sortie de l’EP Favourite Murderer en juin dernier, de la pop léchée assez énergique, suffisamment travaillée pour avoir envie de croire que ce groupe pourrait avoir les faveurs d’outre-Manche. Et l’album n’est pas à la hauteur des suppositions qu’on avait émises lors de l’avant-goût. Alternant entre britpop impeccable et rock aux accents Joy divisionesque, il faut attendre le troisième titre (celui de l’EP, Favourite Murderer) et ne pas se formaliser du copier-coller sur les Strokes de I Wish I Could Be So Free pour commencer à trouver qu’eLdia aura droit à plusieurs écoutes de notre part. Deux titres sortent cependant largement du lot. KO est aussi entrainant que les meilleurs morceaux de pop sucrée dont, telles des abeilles en manque de nectar, on se délecte. Et les sombres variations de Kenneth Anger Satanic Blues ne sont pas dénuées de charme.

On peut déplorer qu’un groupe prometteur, que l’on suivait et soutenait, se ramasse de cette façon. On ne peut se retirer du crâne que les membres d’eLdia sont des personnalités froides, la pochette de cet opus continue de le laisser penser. Hautains, méprisant, distants, ils ne semblent pas enclins à devenir vos meilleurs potes (je n’ai pas mis leur pochette d’album que je ne sais pas définitive ou non). Déception. Plus “Nonono” que “Yayaya”, on leur préfèrera de loin les Gush.

CLARA MOTO – Polyamour

In des disques... on février 5, 2010 at 8:30

Dj autrichienne / Electro – Minimale / Infiné

Non content d’être un artiste renommé et de qualité, Agoria est également un excellent dénicheur de talents. N’ayant pas l’oreille dans sa poche, il a ainsi révélé les garçons de Rone et Aufgang en 2009 et récidive avec Clara Moto en 2010, une autrichienne qui signe un premier album d’électro sensible.

En 2008, j’assiste mi-médusée mi-perplexe au set de Clara Moto aux Transmusicales. Il n’y a personne et pour cause, ces imbéciles l’ont programmée à 21h. De la minimale de si bonne heure, personne ne se bouscule au portillon, mais du haut de ses 22 ans, Clara joue dans ce gigantesque hangar vide sans se démonter et aligne les titres house de Silently, première collaboration avec Mimu. Combien d’artiste electro femme connait-on ? Vos mains suffiront pour faire le total, dans cet univers nocturne, gagner ses galons lorsqu’on est une femme n’est pas aisé. Clara Prettenhofer a eu recours à un sentiment noble et sans bassesses : l’amour.

De l’amour Clara en a revendre. De la musique d’abord, Clara déroule calmement des influences tantôt pop (Alma ou le splendide Deer and Fox, l’une des masterpieces de cet opus), tantôt punk (The Opposite Is Also Wrong), parfois très masculines (Glove Affair, Take a Second). Du travail bien fait également, son electro est sensible, attentive au moindre détail, les nappes sont étudiées et sonnent souvent comme un appel à prendre le temps d’aimer. De la vie aussi, l’electro est une matière souple et vivante, à condition qu’on sache lui donner suffisamment d’importance pour qu’elle vous raconte des tranches d’existence. A trois reprises, Clara Prettenhofer partage ses titres avec Mimu pour des collaborations extrêmement léchées et dynamiques, notamment le beau paradoxe de Silently qui ne cesse d’inviter au dialogue.

Mimu qui signe par ailleurs la pochette à l’image de l’artiste – féminine par ses formes rondes, rigoureuse de par sa déclinaison de gris et pointilleuse à la Kandinsky – est la touche de classe indispensable au parachèvement de la très belle première œuvre musicale d’une jeune autrichienne parvenue à se faire une place dans un monde masculin et impitoyable. Clara Moto clame sa passion des influences musicales variées (Joy of my heart), affirme son euphorie de faire partie du monde de la nuit (Goodnight Twilight) et cligne de l’œil pour rappeler que « ce n’est que le début, elle est là pour longtemps » (Song of Exhaustion and Ivory).

L’amour, l’amitié et la beauté sont des thèmes si galvaudés qu’il fallait bien l’audace d’une jeune-femme-seule-dans-un-milieu-hostile pour parvenir à les réhabiliter : une Clara Moto à estimer, un Polyamour pour synthétiser.

Son album dans les bacs un an jour pour jour après celui de Rone : sortie le 1er mars 2010

Autre chronique chez le revenant GoodKarma (comprenez par là que si même lui sort de son silence pour parler de Clara Moto, c’est qu’il vous faut  vraiment ce disque…)

GUSH – Everybody’s god

In des disques... on février 4, 2010 at 4:11

Groupe français / Rock – Pop / Cinq 7

Le premier album de Gush est une complète révision de mes a-prioris. Mais lorsqu’un groupe français rocke comme il faut, on se doit de le souligner. Un premier opus plein de fraîcheur et d’humour qui s’écoute en boucle.

Il y a quelques années, les quatre énergumènes de Gush m’avaient massacré les oreilles à grands coups de rock un peu pataud. Mais ils étaient déjà plein d’énergie et j’aurai dû mieux me méfier…

Ce groupe porte parfaitement son nom, sa musique jaillit littéralement. Il vous suffit d’insérer l’opus dans votre platine et boum ! Vous vous retrouvez comme devant les plus beaux geysers d’Islande, mais version rock. La pochette du disque souligne leur aspect brut de décoffrage, pas de fioritures ennuyeuses – No more chitchat, we’re back on the track, ils semblent n’avoir gardé que le meilleur de chacune de leurs influences.

Les quatre membres du groupe font alterner leurs influences musicales entre britpop, rock endiablé et soul entraînante ; mais changent aussi régulièrement d’instruments. Tous chantent, tous jouent, tous s’amusent, tous ont leur moment de gloire personnelle. Je souligne d’ailleurs encore une fois (cf. chronique du concert au Scopitone) les talents du batteur qui a une voix à faire fondre les glaciers islandais.

Parmi les treize titres, seul un est plus calme (In the Sun), ce qui vous laisse augurer de l’écoute que vous allez passer : sportive. Impossible de rester statique lorsque Gush entonne You Really Got Style ou qu’ils vous font (re)vivre les seventies avec Let’s Burn Again. Les titres sont bourrés d’humour plus ou moins évident. Ainsi P.nis, au titre pourtant explicite, prend des allures de gospel, musique Sainte avant de se changer en rock-soul en hommage à leur organe…sacré, sans jamais tomber dans le graveleux : I’m never gonna give you up. C’est très cohérent avec le titre de ce premier opus finalement : à la fois personne et tout le monde est Dieu… ou Vit… et vice-versa.

Une fois de plus, Gush m’a permis de vérifier que mon dicton favori est toujours d’actualité : seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis. Leur univers musical, bien que bordé de nombreuses influences très présentes, se dégage peu à peu. Gush a de l’avenir dans la tête et le corps, leurs mélodies dansantes ne laissent personne de marbre et c’est déjà une grande victoire dans une capitale morose et austère comme Paris.

Sortie le 15 février 2010

ED LAURIE – Small boat Big sea…

In des disques... on novembre 11, 2009 at 11:29

Artiste britannique / Folk / Tôt ou Tard

Il est rare que j’apprécie les disques qu’on prend la liberté de m’envoyer sans demander mon avis avant (cf. Asyl). Ajoutez à cela un nom qui ne donne pas envie d’enfourner le disque dans la platine et Ed Laurie semble le parfait artiste bien parti pour finir dans mes oubliettes de la musique. Et pourtant, je reste retenue par la pochette et un titre attrayant.

Ed Laurie s’inscrit dans la droite lignée des meilleurs songwriters de folk classique. Celle qui vous ballade, vous repose, vous laisse songeur quel que soit le paysage sous vos yeux. Rappelant Hugh Coltman par son timbre de voix envoûtant et naviguant entre des orchestrations évoquant Cesaria Evora, Chet Baker ou Django Reinhardt, Ed Laurie signe douze titres mélancoliques et émouvant juste ce qu’il faut pour ne pas tomber dans le caricatural et sirupeux. Où que l’on soit, on prend le large, on s’évade l’instant d’un disque. L’une de mes favorites est la très orchestrale Never the same day twice qui vous plonge dans une aventure plus ou moins agitée.

Le mot clé de cet opus reste qu’il est reposant, ce qui dans nos sociétés urbaines, devient un luxe dont il faut savoir se délecter dès que l’occasion se présente. Attendons la suite de cet anglais charmant – desservi par son nom – pour continuer de partir vers de nouvelles destinations.

Note : 7,5/10

BOULBAR – Requiem pour un champion

In des disques... on novembre 9, 2009 at 10:24

Artiste français / Chrooner – Jazz / Roy Music

Quel lien y a t’il entre un jeune chanteur français, un boxer américain, une jeune fille frivole attirée par l’argent ou un vieux snack-bar sur l’autoroute ? Boulbar et un très bel album réédité chez Roy Music (après avoir été autoproduit). Après la bande dessinée au cinéma, laissez-moi vous présenter la bd au casque…

Requiem pour un champion est plus qu’un disque, c’est une épopée tragique et moderne qui vous fout un cafard terrible doublé d’un puissant amour de la vie et de ses emmerdes. Jack Ranieri, ancien boxeur à la gloire éphémère, tient un snack-bar sur l’autoroute, au milieu de nulle part. Un jour il vient à passer une oreille attentive et Jack raconte comment il en est arrivé là, pourquoi la boxe c’est fini, comment il a fait de la taule, où il est tombé amoureux…

Une orchestration jazz-blues classique et classieuse piano-contrebasse-batterie accompagne une voix qui se fait plus originale, oscillant entre les influences de Gainsbourg (phrasé et nonchalence), Grand Corps Malade (dans ce qu’il a apporté d’intéressant au slam), Miossec (détermination dans le propos) ou Dominique A (amour des rimes un peu faciles). Ce qui est poignant, presque troublant, ce sont les textes : pas une once d’humour, pas un trait de légèreté permettant de respirer…non Boulbar n’a pas fait comme son collègues Florent Marchet, ce qu’il raconte est noir, glauque, triste, une descente directe vers la vie dans ce qu’elle a de plus triste et déprimante. Exercice difficile de ne pas tomber dans le pathos lorsqu’on raconte la déchéance d’un homme qui s’est réduit à néant par ses seuls choix de vie.

A l’écoute de cette aventure tragique, on pense aux films de Clint Eastwood (la Mustang, la boxe, la petite frappe, les paysages à vous couper le souffle par leur beauté sans concessions…), on a en tête des polars retraçant les péripéties de voyous attachant pour qui on n’éprouve pas de pitié mais de la compassion (Bonnie Parker & Clyde Barrow, John Dillinger, Jacques Mesrine & Charlie Bauer, Billy the Kid…). De cette histoire noire, on a soudain des images en sépia qui nous apparaissent, ce sont bien des planches de bandes dessinées, on n’a seulement les images principales, quelques scènes et discussions… pas étonnant que Boulbar ait collaboré à un projet avec Vincent Gravé qui a choisit de développer une partie de l’histoire simplement suggérée (un hold-up raté).

On pourrait simplement parfois regretter que Boulbar n’ose pas aller jusqu’au bout de certaines démarches. Les titres terminent souvent un peu trop secs (surtout les derniers), les textes en anglais sont moins intéressants que les paroles en français (surtout que l’accent laisse franchement à désirer, notamment sur Le rêve américain) et le vocabulaire mériterait d’être parfois plus littéraire, plus fouillé et recherché. Quelques figures de styles ne seraient pas malvenues, pour cela Boulbar devra travailler sur sa capacité à distinguer les textes aux fioritures inutiles des discours complexes mais raffinés qui apportent une valeur ajoutée certaine.

C’est quoiqu’il en soit un très beau disque, qui mérite que l’on y revienne plusieurs fois. Et, dans cette détresse affective et sociale, dans cette noirceur intransigeante, on arrive à ressortir de cet album étonnamment calme et apaisé. Le feu de la rage s’éteint, la colère s’estompe, on ravale ses larmes et l’on va de l’avant. Parce que la vie c’est ça, du malheur à la pelle ponctué de moments de bonheur fugitifs qu’il faut savoir attraper, emprisonner dans sa mémoire pour pouvoir vivre heureux quoi qu’il arrive.

Note : 8/10

Sortie le 9 novembre

Pour une chronique plus longue et rédigée par la gent masculine, essayez La Quenelle Culturelle

THE LIMES – s/t

In des disques... on octobre 26, 2009 at 10:02

Groupe transcontinental / Folk – Rock / Sauvage Records

Les limes, ce sont ces citrons verts mi-acides, mi-amers que l’on aime ajouter à beaucoup de plats asiatiques et sud-américains. C’est aussi le meilleur ami des cocktails à base de rhum qui se boivent comme du petit-lait. A ce titre, The Limes est un groupe qui porte très bien son nom. Démonstration.

1)   Un citron vert reste un citron. Sous une peau épaisse et rugueuse se cachent des grains fins et lisses. Lesquels renferment un liquide clair et acide. Les dix titres de The Limes sont autant de surprises : on s’attend à une pop-folk forcément déjà un peu entendue vu qu’on connaît (et apprécie) les autres groupes auxquels ces musiciens appartiennent (Toy Fight, Milk n’ Juice ou Mina Tindle par exemple), mais il n’en est rien. Pauline et sa voix cristalline transcendent Between Roof and Bird, Maxime donne tout son cachet à Left Hand Cycles, Brent Ballantyne (aka Henry Sparrow) kidnappe vos oreilles sur Morning Noon and Night ou Dead Furnitures… Chacun apporte son énergie, sa douceur et sa poésie au petit édifice et rend ce premier disque à première vue basique mais bien unique une fois dans la platine.

2)   Un citron vert est plus petit qu’un citron, mais beaucoup plus fort et aux arômes plein de subtilités. Pas de titre superflu parmi les dix balades oscillant entre pop fruitée, folk énergique et rock dansant ; du concentré de talent. City Lights démarre comme un morceau des  New Order et se poursuit comme un morceau des Toy Fight. Pas de longueur, pas de subtilités superflues, simplement des mélodies et instrumentations qui se complètent pour parfaire un morceau calme qui résume parfaitement ce qu’on peut éprouver dans un taxi en regardant les lumières danser dans une ville que l’on ne connaît pas (encore). Les deux titres suivant sont beaucoup plus énergiques, avant d’évoluer en folk.

3)   Un citron vert, c’est un basique de la cuisine, vous avez toujours dans le réfrigérateur, comme les tomates. Du coup, vous ne posez plus trop la question de savoir d’où viennent les citrons verts. Il doit en pousser à côté de chez tout le monde vu qu’on en trouve toujours. Alors quand vous vous penchez sur l’origine contrôlée de The Limes, vous découvrez qu’ils sont à la fois proches et éloignés de votre chez-vous. Composé à distance, les titres de cet album sont à la fois français et américains. Mais au final le résultat est le même : vous le gardez sous le coude car on en a toujours besoin. C’est leur première réussite, avoir travesti leurs origines et s’être rendus indispensables. Avoir rendu originale une musique intemporelle.

Résolument l’un des meilleurs albums de l’année dans sa catégorie, on écoute The Limes comme on se délecte d’un bon poulet à la thaï le soir, comme on boit jusqu’à la lie un Mojito frappé en profitant des derniers jours d’été indien, comme on danse sur nos albums pop favoris… Et l’on ne peut s’empêcher d’être fier et rassuré de voir une jeune relève française intelligente sachant s’affranchir des frontières pour notre bien (allez-y, essayez donc de lire cette phrase à haute voix !). Les super groupes existent en France, les groupes super aussi.

Note : 8,5/10

Pour les férus de lecture sur le même sujet, lisez Words and Sounds, Arbobo, Dans le Mur du Son ou Playtime

RONE – Spanish Breakfast

In des disques... on octobre 2, 2009 at 9:00

Artiste parisien / Electronica – Minimal / Infiné

3 mars : Mon corps prend un coup de vieux, mon mental a du mal à s’en remettre et il me faudra… six mois avant de parvenir à écrire sur Rone. C’était un beau cadeau d’anniversaire ce disque pourtant. Allons, rattrapons le temps perdu.

Dans la panoplie des artistes électro français, on n’en connaît assez peu capables d’affronter l’international. Zombie Zombie ou Turzi bien sûr, l’exilé Dantom Eeprom probablement… auxquels il faudra désormais intégrer Rone. C’est sous protection d’Agoria et signé chez le prestigieux Infiné qu’il nous livre (enfin) son premier opus après un EP remarqué (La Dame Blanche).

Electronica classieuse et minutieuse, structuré par une Intro, une Outro et un Interlude, avec Rone la plongée se fait douce et hypnotique. Le temps semble se démultiplier, on est propulsé dans des rêveries agréables sans angoisses. Le saxophone fait régulièrement des apparitions tel un phare, pour nous guider à travers ces mélopées minimal. On passe une nuit éveillée dans l’optique de déguster un petit-déjeuner espagnol mais c’est pourtant Paris que l’on revisite. Belleville et ses sonorités asiatiques, Bora et ses conseils littéraires tout droit sortis du café des Editeurs (La seule chose qui ait de la valeur c’est quand tu es capable de faire un chapitre comme celui-là, ça mérite que tu vives, tu peux vivres pour écrire ça) ou Tasty City et ses quais au petit matin, quand Paris est calme. Outro sonne comme la fin de l’insouciance, le stress va bientôt recouvrir la ville de sa chape de plomb, on étouffe, mieux vaut partir se coucher en rattrapant un marchand de sommeil avare.

Seules ombres au tableau, cette pochette hideuse et la durée du disque un peu ric-rac… ce dernier point étant excusé par sa qualité irréprochable (pas une seconde n’est superflue). Un très bel album, probablement l’un des meilleurs de 2009, un artiste à suivre de très près.

Note : 8,5/10

MELANIE PAIN – My name

In des disques... on octobre 2, 2009 at 12:03

Artiste française / Pop / Cinq7

Il y a certains matins où, lorsqu’on est une fille, on est d’humeur plus légère et tout notre être désire de la musique frivole. Mélanie Pain répond parfaitement à cette requête corporelle exclusivement féminine. Et, un matin où j’avais quitté mes apriori sur « la musique que j’aime », je me suis surprise à aimer ce disque.

Résumons, My name est un premier album, dans lequel Mélanie Pain cherche son identité : professionnelle, musicale, sexuelle… Force est de constater qu’au sortir de l’adolescence et après ce court moment où les filles sont à la fois majeures, innocentes et sûres de leurs atours, toute femme passe par cette phase d’interrogation : Qui suis-je ? Où vais-je ? Pourquoi et comment ? Période délicate, douloureuse et faisant prendre un coup de vieux radical. C’est l’âge des essais, des one night stand et autres expériences plus ou moins dégradantes. Mélanie Pain synthétise toutes les réponses que toute fille rêve d’être capable d’avoir avec certains ratés le lendemain (Peut-être pas), certains sentiments une fois loin (Helsinki), certains rêves de gamine (L’espace d’un instant). Mélanie Pain parvient à livrer une pop qui ne vire jamais dans le trop sucré, même si l’on pourrait reprocher ses titres trop mélancoliques (Sans l’ombre de toi) qui sont de trop. Son interprétation simple et touchante de Little Cowboy ou la pertinence des paroles et du ton charmeur de Ignore-moi ou La Cigarette parviennent à briser les barrières de mon petit cœur d’ordinaire bien carapacé contre la cruauté affective ambiante.

Alors certes, ne comptez pas sur moi pour trouver que les chanteuses françaises sont subitement devenues très talentueuses, non, mais plusieurs morceaux de Mélanie Pain démontrent qu’elle se hisse sans problèmes en haut du panier. Est-ce par besoin de se rassurer ou parce que cela pourrait contribuer à lui faire vendre plus de disques, la demoiselle n’avait absolument pas besoin d’un featuring avec cet insipide Julien Doré qui ne peut s’empêcher de se donner de grands airs. Le duo avec l’autrement plus classieux Thomas Dybdahl est plus intéressant mais était dispensable. La seule collaboration qui aurait méritée d’être précisée est ce dernier titre travaillé avec Phoebe Killdeer (If You Knew). On regrette qu’elle n’ait pas collaborer sur l’album de Séverin, ça aurait probablement eu du chien.

« Suis-je une femme ou une fille qui essaie et qui échoue lamentablement » (Celle de mes vingt ans) est une question qui traverse tout cerveau féminin normalement constitué jusqu’à ses trente ans où la question de « l’horloge biologique qui tourne » prend le pas sur le reste. Que souhaiter d’autre à Mélanie Pain que de garder sa fraicheur et d’oser avoir confiance en elle pour un second disque sans fioritures masculines inutiles. Quoiqu’il en soit, elle remporte son pari, beaucoup connaissent son nom à présent.

Note : 7,5/10

ETIENNE JAUMET – Night Music

In des disques... on septembre 30, 2009 at 12:32

Artiste français / Expérimentations Electroniques / Versatile

On le connaissait Married Monk, on le savait Zombie (l’autre Zombie étant Cosmic Neman), il nous flanquait régulièrement la chair de poule lorsqu’il accompagnait Turzi au point FMR. Le voilà seul, prêt à étaler son talent à la face d’un monde en mal de musique audacieuse. Accrochez bien vos oreilles, ne paniquez pas si vos sens sont détraqués, les baptêmes de la NASA à côté du Voyage Jaumet sont des parcours de santé pour débutants.

Pour assurer un envol de qualité, notre savant agitateur de machines électroniques s’est entouré d’un copilote de choix, Carl Craig. Appréhension au moment d’introduire le disque : le premier titre dure 20’26. Je ferme les yeux, ça ira mieux. Décollage en douceur mais ferme, en moins de quinze secondes votre cerveau navigue déjà ailleurs. Le micro crachouille, Etienne nous livre son plan de vol à travers les univers parallèles : For Falling Asleep, Mental Vortex, Entropy, Through the strata, At the Crack of Dawn… Je tente d’émettre une protestation à l’énoncé de ce dernier lieu, je crève de trouille : Jaumet je t’aime beaucoup mais je ne veux pas y passer ce soir / Soit humain et tais-toi, écoute. Pauvre être que je suis, je me fais happer avec délectation par les boucles hypnotiques. La sirène Emmanuelle Parrenin me tient la main et chante pour moi. Les premiers Ovni commencent à croiser notre route, les battements de cœur s’espacent, le plexus se libère, le cerveau laisse les pleins pouvoirs au reste du corps. Je suis le saxophone, à demi-rassurée, au bord du gouffre qui me sépare de la population terrienne, bordel ce que c’est beau !  Parlementations avec d’autres formes de vie, reflexe terrien que de vouloir se réfugier dans le paracétamol. Geste ferme d’Etienne, Ne touche à rien, tu as seulement le cerveau en ébullition, c’est que du bon. Une guitare retentit pleine de douces sonorités, les aliens ont compris, s’amusent et nous laissent nous poser.

Soudain, on se saisit de mon crâne, on y place des électrodes, je ressemble à une méduse avec tous ces câbles. On me retire du fluide formaté, on m’insère des vagues de nouveauté. C’est rond, c’est doux, c’est régulier… on va me laisser essayer de prendre les commandes du vaisseau ? Clignotants, klaxon, train d’aplanétage… Non ! il ne fallait pas toucher à ça ! Ah décidément, retourne à ta place ou je te renvoie à ta misérable vie !

Assoupissement, notre multi-instrumentiste et ingénieur du son hors-pair a tout réparé, on a quitté une galaxie pour une autre, je me réveille sous un néon violent, les pieds se muent en Minimal, je suis reliée à un défibrillateur « au cas où ».  Les tressaillements de mon corps sont normaux, je me gave de nouvelles manière de me déplacer paraît-il…

Allez j’ai été sage, j’ai gagné le droit de visiter le temple des illuminations suprêmes. Marrant car jusque là j’avais toujours eu un mauvais à-priori des sectes, celle-là est remarquable. On m’inocule le bacille de la musique psychique. Les cornemuses acclament l’arrivée d’un des leurs, Emmanuelle Parrenin entre en transe devant cet apôtre. Dieu n’existe pas, Etienne Jaumet si.

Notre dernière escale est trop courte, je ne veux plus sortir, Etienne me fiche à la porte, m’ouvre les yeux, rallume la lumière. Il a promis de revenir, de m’emmener découvrir de nouveaux horizons… Seule, hébétée, je range le précieux sésame dans mon étagère aux trésors, à côté de Turzi et Aufgang. Night Music s’écoute le jour, pour prolonger l’expérience psychédélique. Cet homme vient d’ailleurs, la planète Splendeur ?

Note : 9/10

Sortie le 5 octobre

En concert le 28 octobre au Point FMR.

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PAMELA HUTE – Turtle Tales From Overseas

In des disques... on mai 24, 2009 at 10:30

Groupe parisien / Rock / IB Records

A l’écoute du sampler, j’avais déjà tout dit, le talent de Pamela Hute se résume en trois mots : énergique, épuré, élégant. L’album de Pamela Hute doit-il se contenter d’un bon sampler de 5 titres ou peut-on trouver d’autres atouts parmi les 13 titres de ce premier album ?

S’il y a quelques passages un peu agaçants comme le refrain de You Call Me Dear qui donne l’impression d’un travail un peu bâclé cédant à la facilité, ce disque n’a pas été fait à la va-vite. Comme pressenti avec le sampler, on perçoit un véritable travail d’émancipation de la mouvance actuelle consistant à balancer du rock en braillant comme un âne et en plaquant des accords de guitare désastreux censés relever le niveau… Autrement dit, Pamela Hute révendique le Back to basics mais dans le bon sens du terme : Nirvana (Umbrella), Portishead (Pink Safari), Pretenders (My Dear). Il ne s’agit pas de piller les aînés mais de s’inspirer de leur hygiène (musicale, pas de vie hein…). La synthèse avec la tendance électro d’aujourd’hui présente ça et là (My Dear) permet aux Turtle Tales From Overseas d’être un album bien dans son genre, capable de prendre le meilleur des époques qu’il traverse.

Tie est un titre capable de vous mettre en appétit pour une nuit de concerts punk, Don’t Help Me pourrait bien vous faire danser, et le petit dessert reste Pink Safari, dont les volutes sonores sauraient presque vous tirer une larme sans tomber dans le mélo.

Un bon premier disque qui aura besoin d’envoyer avec autant d’énergie et de concentration sur scène pour se faire respecter comme il se doit dans la cour des musiciens professionnels. Tiens, d’ailleurs ils ont un site Internet, c’est un bon début ;) : www.pamelahute.com

Note : 7/10

YUKSEK – Away from the sea

In des disques... on février 12, 2009 at 11:24

Dj français / électro / 2009

Ahah on l’attendait au virage lui… et il s’en sort honorablement. Yuksek ou l’histoire du mec à qui on ne peut rien envier de prime abord (vivre à Reims et s’appeler Pierre-Alexandre Busson, ça n’a rien d’excitant)… de prime abord seulement. Après le succès de son maxi Tonight et de ses multiples remixes de ShitDisco, Zombie Nation, Chromeo, Naast, Detect, Teenage Bad Girl et Adam Kesher, Yuksek sort enfin son premier album.

La pochette d’abord, on n’en attendait pas moins du rémois : tel un livre d’enfants, vous découvrez que derrière les yeux oranges du visage se cache une photo d’un Yuksek affalé dans un pouf 70’s devant une photo ultra cliché de couché de soleil caribéen. Sur la droite est posé à l’envers un carton de présentation de Yuksek… il semble bouquiner en attendant que ce soit son tour de mixer tout simplement. Alors forcément ça donne envie d’ouvrir le troisième volet tout en noir et turquoise et de découvrir un livret comportant une petite histoire qui en une seule (très longue) phrase résume et relie tous les titres de l’album. L’album, tout comme sa présentation, est progressif, très scolaire mais pas chiant.

La musique est à l’image de la pochette, jouant de titres ultra-rabachés disco, funk et pop. Quelques bits classiques par dessus et des rythmes énervés accompagnés d’un soupçon de break, le tout produit une petite mixture explosive, terriblement efficace et incroyablement belle. Dès le premier titre (Break Ya) on est au milieu du dancefloor, avec la pêche et l’envie d’en découdre, comme savent le faire Brodinski ou Danger. Tonight confirme que le titre est un tube incontesté et avec A certain life, ça y est vous ne voulez plus sortir du club (mélange Jackson Five, Brodinski, le tout posé et avec un texte scandé). Notons le délicieux So Far Away From The Sea où Yuksek ressuscite Grandaddy, Architecture in Helsinki et autres groupes de psyché-pop de la même veine. A la moitié de l’album (I Could Never Be a Dancer), les paroles s’estompent peu à peu ou deviennent très géométriques et laissent place à des titres de minimal très construits. Les titres qui oscillaient entre 3’01 et 3’42 s’allongent graduellement (de 4’16 à 7’39). A plusieurs reprises, on ne peut s’empêcher de penser au duo de Justice (So Down surtout), mais la version Yuksek est plus chaloupée, comme possédant une touche Afro. L’album se termine sur un titre pop-rock basique (voix-guitare-batterie).

Alors oui, pour un premier album qui a su se faire désirer (trois ans d’EP et remixes), le premier opus de Yuksek est à la hauteur (comme son nom l’indique en turc). Yuksek ne sera peut-être jamais un danseur et vivra toujours loin de la mer dans les terres froides, mais il va sans aucun doute continuer de faire se remuer un bon nombre de petits corps dégingandés… y compris sur la plage sous les tropiques après une journée de surf.

Note : 8/10

Prestations de Yuksek en concert ?

Chronique de Yuksek à la Cigale (09/04/2009)

Chronique de Yuksek au Point FMR (12/10/2009)

TUCUMCARI – Sammy Decoster

In des disques... on janvier 21, 2009 at 11:38

Rock et ballade franco-américaine / 2009 / Barclay

Il y a 2 ans je découvrais l’EMB-Sannois (salle géniale, je ne me lasserai jamais de le dire) et sur scène un jeune homme, un peu hésitant, un peu maladroit, qui semblait néanmoins ne faire qu’un avec sa guitare… et terriblement émouvant ! Parce que voilà, la chanson française ce n’est pas mon très grand dada, mais il y en a quelques uns capables de me toucher. Et puis, d’un coup, plus rien, coupure de son, plus de Sammy… jusqu’aux Transmusicales 2008 et la sortie de son premier disque.

Pendant ¾ d’heure, le premier album de Sammy Decoster vous embarque dans un road-movie (à la fois en voiture, en bus et à cheval) un peu mélancolique à travers les états d’âmes de ce jeune chanteur. Rien de pleurnichant, rien de gnan-gnan, non, seuls les textes laissent transparaître une douleur lancinante. Les mélodies elles, restent entrainantes, alternant doux arpèges de guitare acoustique et chœurs (Venaco), de piano désaccordé (Mon dernier rêve), scie hurlante (Tu me hantes), ou banjo (Savannah Bay), avec des passages plus nerveux guitare-batterie (L’Exil). Le tout est extrêmement dynamique, dansant et émouvant. Que dire de la voix ? Sammy nous annoncerait qu’il s’est fait greffer les cordes vocales d’Elvis que cela ne nous étonnerait pas. Donc nous voilà transportés au Nouveau Mexique par un jeune français qui revisite le(s) rock(s) à l’américaine tout en chantant en français… à mi-chemin entre Memphis et Los Angeles.

Mais la cerise sur le gâteau, c’est bien la beauté des textes. Cela ne m’avait pas frappé auparavant, mais à présent qu’on prédit macabrement la fin imminente du génial M. Bashung, voilà enfin quelqu’un qui serait digne de lui succéder, qui aurait la classe et la carrure pour continuer de tracer une route que je ne souhaite pas voir s’arrêter en 2009 (au moins jusqu’à ce que je le vois en concert). Fantasques, emplis de spleen et faisant fondre le cœur, c’est ainsi que j’ai toujours considéré les textes de M. Bashung. Sammy Decoster peut relever le défi : il crève de trouille à Tucumcari, voit le reflet de l’homme qu’il n’est pas lorsqu’il se regarde dans les yeux (une histoire qui s’achève sur un grand champ de Colza, c’est un choix), met le « feu au couple » et part se suicider à Hawaï, discute avec Satan de ses rêves, quitte tout sans dire Adieu et reste hanté par tout ce qu’il a laissé en plan.

Sûrs de nous, on a attendu Sammy Decoster, on l’a attendu 2 ans et ça en valait la peine. Il revient avec un premier opus poignant, très bien fini (signer directement chez Barclay n’est pas donné à tout le monde) et il est prêt à prendre sa place dans le paysage de la chanson française : la meilleure. Bon vent joli cœur !

Note : 8 ,5/10

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NOAH AND THE WHALE – Peaceful the world lays me down

In des disques... on décembre 4, 2008 at 7:41

Pop-folk-rock / Grande Bretagne /Young and lost club Records /2008

Le principe d’une surprise, c’est qu’elle déboule toujours au moment où vous vous y attendez le moins. Lorsqu’un ami me glisse l’album dans les mains, je dis merci (c’est toujours très agréable de recevoir un cadeau) mais je ne m’attendais pas à être subjuguée par un simple album pop-rock. C’est ce qu’on peut appeler une pépite. Et celle-là est de taille.

Le principe d’être subjugué par une œuvre, qu’elle soit musicale, littéraire, cinématographique ou picturale,  c’est que lorsqu’elle vous est présentée, ce sont immédiatement des critères subjectifs qui vous viennent à l’esprit. Et ce sont ces chroniques qui, tout en étant celles qui vous tiennent le plus à cœur, sont les plus difficiles à rédiger. Et pourtant il s’agit uniquement de chansons d’amour…pas un défi facile car il n’y a rien de plus gonflant que des groupes qui ne parlent que de L’Amour (comme d’autre parlent de La Nature).

Le nom du groupe tout d’abord est génial. Ces dernières années, on a eu les « groupes en The » (The Strokes, The Spinto Band, The Do…) , les noms amusants avec une volonté transfrontalière pour être compris de tous (Caribou, Metronomy, Mgmt,…), les noms de provenances truquées (Of Montreal, I’m From Barcelona, Architecture in Helsinki…). On avait aussi eu les copains qui s’affichent (Fujiya & Miyagi, Anthony & the Johnsons, Uzi & Ari…), mais Noah and the Whale inaugure une nouvelle tendance : les inspirations cinématographiques rendant hommage à un réalisateur et son film préféré, il s’agit ici de Noah Baumbach avec The Squid and the Whale (en VF Les Bergman se séparent, racontant la séparation hilarante de parents du point de vue d’un petit garçon). Donc les membres de Noah and the Whale ont d’abord d’excellents goûts en matière de ciné. Ils se retrouvent en prime un nom loufoque qui interpelle.

Côté musique, on peut y retrouver un côté Beirut dans la voix et un côté Arcade Fire (bonne période) ou Tilly and the Wall dans l’orchestration, mais à mon humble connaissance personne n’égale le piment des textes d’amour de ces quatre anglais. Car si leur univers est un peu mélancolique, leurs piques sont jubilatoires : par exemple Mary où Charly raconte comment il a avoué son amour à Mary qui lui répond oui juste pour lui faire plaisir, il lui demande alors de ne pas lui mentir car il en souffre et elle lui répond juste de la fermer… Cul-cul et barbantes les chansons d’amour ? Pas du tout, c’est plutôt le combat du siècle le plus éprouvant : Si l’amour n’est qu’un jeu pourquoi ce n’est pas drôle ?/ Si l’amour n’est qu’un jeu pourquoi je perds à chaque fois ? (2 atoms in A Molecule), Si tu ne crois pas en Dieu / comment peux-tu croire en l’Amour ? (Peaceful, the world lays lays me down), Il existe un plaisir que nous devons tous éprouver/ c’est un plaisir que je connais bien /que celui de perdre ton cœur / et laisser l’amour grandir (Do what you do).

Ce qui fascine et dérange le plus finalement, c’est qu’il s’agit d’un premier disque. Les musiciens n’ont pas 20 ans de carrière mais sont de tout jeunes adultes. Quarante minutes pour un premier album c’est bien, quarante minutes de qualité c’est mieux. D’un coup, on se sente vieux à côté d’eux…

Je concède sans honte aucune qu’Of Montreal est un groupe qui parle d’amour pour les filles, mais concernant Noah and the Whale, ce groupe saura convaincre tout le monde. L’amoncellement de trouvailles musicales (la boite d’allumettes agitée sur Give a little love comme seule rythmique ou les claps discrets faisant écho à des bruitages de dessins animés dans Five Years Time) fera fondre les cœurs les plus secs, le violon plaintif attendrira même les plus désabusés, les chœurs parachèveront de vous rendre compte que vos vies sont chouettes malgré les épines récurrentes des déceptions amoureuses… Parce qu’il s’agit bien d’un hymne à la vie telle qu’elle est : « Quoique vous fassiez et où que vous alliez / il y aura quelqu’un sur terre qui vous aimera à jamais » (Second Lover). Si seulement on pouvait offrir aux comédies romantiques des bandes-sons aussi drôles et palpitantes…

Mention spéciale à la pochette (avec le retour du livret !).

Note : 9/10 bien méritée.

DIVING WITH ANDY – Diving with Andy

In des disques... on novembre 25, 2006 at 11:11

 Pop folk/ France / 2006 / Dièse

Diving with Andy c’est au départ un malentendu téléphonique. Le nom de ce jeune trio devait être « Dining with A », en référence à une nouvelle américaine, mais cela a été compris de travers et c’est resté : inutile de se parer de pseudo-références lorsqu’on a du talent, cela parle de soi-même. Cela explique aussi en partie leur signature chez le label Dièse, fraîchement fondé sous la direction d’artistes comme Benjamin Biolay ou Kerenn Ann.

DWA, c’est tout d’abord Julien Perraudeau et Rémy Galichet, qui cumulent à eux-seuls les rôles de guitariste, bassiste, batteur et ingénieur du son pour le premier ; pianiste, compositeur et arrangeur pour le second. DWA c’est aussi Juliette Paquereau, une chanteuse à la voix veloutée, sorte de synthèse de Stina NordenstamSuzanne Véga et Cat Power, à qui elle ressemble également physiquement. Juliette fait de la chanson française… en anglais, sans prétention, avec un accent impeccable. Sa voix est douce, avec cette boule amère permanente dans la gorge qui manque de la faire basculer dans le mélo : « A funny tricky strange taste ».

Les dix titres mettent en scène Andrew, personnage marqué par le taedium vitae. Les mélodies évoquent des ambiances surannées, mélancoliques tout en restant entraînantes. Les boucles de batteries sont épurées au maximum pour laisser s’exprimer basse électrique et doux arpèges folk (October in May) ; un violon orchestral emboîtant régulièrement le pas du piano (Andrew). Sans arrangements la musique n’est rien ou presque, c’est précisément dans ce domaine que les deux figures masculines excellent, parant la voix et les textes de Juliette des mille atours nécessaires pour produire un ensemble souriant, dansant et sophistiqué.

Intégrer la compilation CQFD 2006 des Inrocks n’était qu’une cerise sur le gâteau de Diving with Andy, retenez bien ces noms qui, sinon le devant, hanteront le derrière de la scène des vingt prochaines années.

Note : 7/10